Poèmes antiques (page 17)
Ses pieds si légers et si blancs.
Toujours prompte, elle accourt aux fêtes de Diane ;
Aux bras nus de ses sœurs ses bras sont enlacés ;
Elle noue en riant sa robe diaphane,
Et conduit les chœurs cadencés.
Pour tout l’or de Phrygie et les biens d’Achémène,
Qui voudrait échanger ces caresses sans prix,
Et sur ce col si frais ces baisers, ô Mécène,
Refusés, donnés ou surpris ?
III.
THALIARQUE.
Ne crains pas de puiser aux réduits du cellier
Le vin scellé quatre ans dans l’amphore rustique ;
Laisse aux Dieux d’apaiser la mer et l’orme antique,
Thaliarque ! Qu’un beau feu s’égaie en ton foyer !
Pour toi, mets à profit la vieillesse tardive :
Il est plus d’une rose aux buissons du chemin.
Cueille ton jour fleuri sans croire au lendemain ;
Prends en souci l’amour et l’heure fugitive.
Les entretiens sont doux sous le portique ami ;
Dans les bois où Phœbé glisse ses lueurs pures,
Il est doux d’effleurer les flottantes ceintures,
Et de baiser des mains rebelles à demi.
IV.
LYDÉ.
Viens ! C’est le jour d’un Dieu. Puisons avec largesse
Le Cécube clos au cellier.
Fière Lydé, permets au plaisir familier
D’amollir un peu ta sagesse.
L’heure fuit, l’horizon rougit sous le soleil,
Hâte-toi. L’amphore remplie
Sous Bibulus consul repose ensevelie :
Trouble son antique sommeil.
Je chanterai les flots amers, la verte tresse
Des Néréides ; toi, Lydé,
Sur ta lyre enlacée à ton bras accoudé
Chante Diane chasseresse.
Puis nous dirons Vénus et son char attelé
De cygnes qu’un lien d’or guide,
Les Cyclades, Paphos et tes rives, ô Gnide !
Puis, un hymne au ciel étoilé.
V.
PHYLLIS.
Depuis neuf ans et plus dans l’amphore scellée
Mon vin des coteaux d’Albe a lentement mûri ;
Il faut ceindre d’acanthe et de myrte fleuri,
Phyllis, ta tresse déroulée.
L’anis brûle à l’autel, et d’un pied diligent
Tous viennent couronnés de verveine pieuse ;
Et mon humble maison étincelle joyeuse
Aux reflets des coupes d’argent.
Ô Phyllis, c’est le jour de Vénus, et je t’aime !
Entends-moi. Téléphus brûle et soupire ailleurs ;
Il t’oublie et je t’aime, et nos jours les meilleurs
Vont rentrer dans la nuit suprême.
C’est toi qui fleuriras en mes derniers beaux jours :
Je ne changerai plus, voici la saison mûre.
Chante ! Les vers sont doux quand ta voix les murmure,
Ô belle fin de mes amours !
VI.
VILE POTABIS.
En mes coupes d’un prix modique
Veux-tu tenter mon humble vin ?
Je l’ai scellé dans l’urne attique
Au sortir du pressoir sabin.
Il est un peu rude et moderne :
Cécube, Calès ni Falerne
Ne mûrissent dans mon cellier ;
Mais les muses me sont amies,
Et les muses font oublier
Ta vigne dorée, ô Formies !
VII.
GLYCÈRE.
Enfant, pour la lune prochaine,
Pour le convive inattendu !
Votre amant, Muses, peut sans peine
Tarir la coupe neuf fois pleine ;
Mais les Grâces l’ont défendu.
Inclinez les lourdes amphores,
Effeuillez la rose des bois !
Anime tes flûtes sonores,
Ô Bérécinthe, et ce hautbois ;
C’est à Glycère que je bois !
Téléphus, ta tresse si noire,
Tes yeux, ton épaule d’ivoire
Font pâlir Rhodé de langueur ;
Mais Glycère brûle en mon cœur :
Je t’aime, ô Glycère, et veux boire !
VIII.
HYMNE.
Vierges, louez Diane, et vous, adolescents,
Apollôn Cynthien aux cheveux florissants ;
Louez Latone en chœur, cette amante si chère.
Vous, celle qui se plaît aux feuillages épais
D’Érymanthe, aux grands cours d’eau vive, ou qui préfère
La verdeur du Cragus ou l’Algide plus frais.
Vous, le carquois sacré, l’épaule, la cithare
Fraternelle, et Tempé, l’honneur Thessalien !
Et la mer murmurante et le bord Délien.
Louez ces jeunes Dieux. Sur le dace barbare
Qu’ils détournent, émus de vos chants alternés,
La fortune incertaine et les maux destinés.
IX.
NÉÈRE.
Il me faut retourner aux anciennes amours :
L’immortel qui naquit de la Vierge Thébaine,
Et les jeunes Désirs et leur mère inhumaine
Me commandent d’aimer toujours.
Blanche comme un beau marbre, avec ses roses joues,
Je brûle pour Néère aux yeux pleins de langueur ;
Vénus se précipite et consume mon cœur :
Tu ris, ô Néère, et te joues !
Pour apaiser les Dieux et pour finir mes maux,
D’un vin mûri deux ans versez vos coupes pleines ;
Et sur l’autel rougi du sang pur des agneaux,
Posez l’encens et les verveines.
X.
PHIDYLÉ.
Offre un encens modeste aux Lares familiers.
Phidylé, fruits récents, bandelettes fleuries ;
Et tu verras ployer tes riches espaliers
Sous le faix des grappes mûries.
Laisse, aux pentes d’Algide, au vert pays Albain,
La brebis qui promet une toison prochaine,
Paître cytise et thym sous l’yeuse et le chêne ;
Ne rougis pas ta blanche main.
Unis au romarin le myrte pour tes Lares,
Offerts d’une main pure aux angles de l’autel,
Souvent, ô Phidylé, mieux que les dons plus rares,
Les Dieux aiment l’orge et le sel.
XI.
Plus de neiges aux prés. La Nymphe nue et belle
Danse sur le gazon humide et parfumé ;
Mais la mort est prochaine ; et nous touchant de l’aile,
L’heure emporte ce jour aimé.
Un vent frais amollit l’air aigu de l’espace ;
L’été brûle, et voici, de ses beaux fruits chargé,
L’automne au front pourpré ; puis l’hiver ; et tout passe
Pour renaître, et rien n’est changé.
Tout se répare et chante et fleurit sur la terre ;
Mais quand tu dormiras de l’éternel sommeil,
Ô fier patricien, tes vertus en poussière
Ne te rendront pas le soleil !
XII.
SALINUM.
Il est doux de garder sur sa table frugale
La salière antique, et d’aimer le sommeil,
Et de ne fuir ni soi ni sa vie inégale,
En changeant toujours de soleil.
Le souci, plus léger que les vents de l’Épire,
Poursuivra sur la mer les carènes d’airain :
L’heure présente est douce : égayons d’un sourire
L’amertume du lendemain.
La pourpre par deux fois rougit tes laines fines ;
Ton troupeau de Sicile est immense, et j’ai mieux :
Les muses de la Grèce et leurs leçons divines,
Et l’héritage des aïeux.
XIII.
HYMNE.
Une âme nouvelle m’entraîne
Dans les antres sacrés, dans l’épaisseur des bois ;
Et les monts entendront ma voix,
Le vent l’emportera vers l’étoile sereine.
Évan ! ta prêtresse, au réveil,
Imprime ses pieds nus dans la neige éternelle ;
Évan ! j’aime les monts comme elle,
Et les halliers divins ignorés du soleil.
Dieu des Naïades, des Bacchantes,
Qui brises en riant les frênes élevés,
Loin de moi les chants énervés :
Les cœurs forts sont à toi, Dieu couronné d’acanthes !
Évohé ! noirs soucis, adieu.
Que votre écume d’or, bons vins, neuf fois ruisselle,
Et le monde enivré chancelle,
Et je grandis, sentant que je deviens un Dieu !
XIV.
PHOLOÉ.
Oublie, ô Pholoé, la lyre et les festins,
Les dieux heureux, les nuits si brèves, les bons vins
Et les jeunes désirs volant aux lèvres roses.
L’âge vient : il t’effleure en son vol diligent,
Et mêle en tes cheveux semés de fils d’argent
La pâle asphodèle à tes roses !
XV.
TYNDARIS.
Ô blanche Tyndaris, les Dieux me sont amis :
Ils aiment les Muses Latines ;
Et l’aneth et le myrte et le thym des collines
Croissent aux prés qu’ils m’ont soumis.
Viens ; mes ramiers chéris aux voluptés plaintives
Ici se plaisent à gémir ;
Et sous l’épais feuillage il est doux de dormir
Au bruit des sources fugitives.
XVI.
PYRRHA.
Non loin du cours d’eau vive échappé des forêts,
Quel beau jeune homme, ceint de molles bandelettes,
Pyrrha, te tient pressée au fond de l’antre frais
Sur la rose et les violettes ?
Ah ! Ton cœur est semblable aux flots sitôt troublés ;
Et ce crédule enfant enlacé de tes chaînes
Vous connaîtra bientôt, serments vite envolés,
Dieux trahis et larmes prochaines !
XVII.
LYDIA.
Lydia, sur tes roses joues,
Et sur ton col frais, et plus blanc
Que le lait, roule étincelant
L’or fluide que tu dénoues.
Le jour qui luit est le meilleur :
Oublions l’éternelle tombe.
Laisse tes baisers de colombe
Chanter sur tes lèvres en fleur.
Un lys caché répand sans cesse
Une odeur divine en ton sein :
Les délices, comme un essaim,
Sortent de toi, jeune Déesse !
Je t’aime et meurs, ô mes amours !
Mon âme en baisers m’est ravie.
Ô Lydia, rends-moi la vie,
Que je puisse mourir toujours !
XVIII.
ENVOI.
Je n’ai ni trépieds grecs, ni coupes de Sicile,
Ni bronzes d’Étrurie aux contours élégants ;
Pour mon étroit foyer tous les Dieux sont trop grands
Que modelait Scopas dans le Paros docile.
De ces trésors, Gallus, je ne puis t’offrir rien ;
Mais j’ai des mètres chers à la Muse natale ;
La lyre en assouplit la cadence inégale.
Je te les donne, ami ! c’est mon unique bien.
Les Éolides
Ô brises flottantes des cieux,
Du beau Printemps douces haleines,
Qui de baisers capricieux
Caressez les monts et les plaines !
Vierges, filles d’Éole, amantes de la paix,
La Nature éternelle à vos chansons s’éveille ;
Et la Dryade assise aux feuillages épais
Verse aux mousses les pleurs de l’aurore vermeille.
Effleurant le cristal des eaux
Comme un vif essaim d’hirondelles,
De l’Eurotas aux verts roseaux
Revenez-vous, Vierges fidèles ?
Quand les cygnes sacrés y nageaient beaux et blancs,
Et qu’un Dieu palpitait sur les fleurs de la rive,
Vous gonfliez d’amour la neige de ses flancs
Sous le regard charmé de l’Épouse pensive.
L’air où murmure votre essor
S’emplit d’arome et d’harmonie :
Revenez-vous de l’Ionie,
Ou du vert Hymette au miel d’or ?
Éolides, salut ! Ô fraîches messagères,
C’est bien vous qui chantiez sur le berceau des Dieux ;
Et le clair Ilissos d’un flot mélodieux
A baigné le duvet de vos ailes légères.
Quand Theugénis au col de lait
Dansait le soir auprès de l’onde,
Vous avez sur sa tête blonde
Semé les roses de Milet.
Nymphes aux pieds ailés, loin du fleuve d’Homère,
Plus tard prenant la route où l’Alphée aux flots bleus
Suit Aréthuse au sein de l’étendue amère,
Dans l’Ile nourricière aux épis onduleux,
Sous le platane où l’on s’abrite
Des flèches vermeilles du jour,
Vous avez soupiré d’amour
Sur les lèvres de Théocrite.
Zéphyros, Iapyx, Euros au vol si frais,
Rires des Immortels dont s’embellit la Terre,
C’est vous qui fites don au pasteur solitaire
Des loisirs souhaités à l’ombre des forêts.
Au temps où l’abeille murmure
Et vole à la coupe des lys,
Le Mantouan, sous la ramure,
Vous a parlé d’Amaryllis.
Vous avez écouté, dans les feuilles blotties,
Les beaux adolescents de myrtes couronnés,
Enchaînant avec art les molles reparties,
Ouvrir en rougissant les combats alternés,
Tandis que drapés dans la toge,
Debout à l’ombre du hallier,
Les vieillards décernaient l’éloge,
La coupe ornée ou le bélier.
Vous agitiez le saule où sourit Galatée,
Et, des Nymphes baisant les yeux chargés de pleurs,
Vous berçâtes Daphnis, en leur grotte écartée,
Sur le linceul agreste, étincelant de fleurs.
Quand les vierges au corps d’albâtre,
Qu’aimaient les Dieux et les humains,
Portaient des colombes aux mains,
Et d’amour sentaient leurs coeurs battre,
Vous leur chantiez tout bas en un songe charmant
Les hymnes de Vénus, la volupté divine,
Et tendiez leur oreille aux plaintes de l’amant
Qui pleure au seuil nocturne et que le coeur devine.
Oh ! combien vous avez baisé
De bras, d’épaules adorées,
Au bord des fontaines sacrées,
Sur la colline au flanc boisé !
Dans les vallons d’Hellas, dans les champs Italiques,
Dans les Îles d’azur que baigne un flot vermeil,
Ouvrez-vous toujours l’aile, Éolides antiques ?
Souriez-vous toujours au pays du Soleil ?
Ô vous que le thym et l’égile
Ont parfumés, secrets liens
Des douces flûtes de Virgile
Et des roseaux Siciliens,
Vous qui flottiez jadis aux lèvres du génie,
Brises des mois divins, visitez-nous encor !
Versez-nous en passant, avec vos urnes d’or,
Le repos et l’amour, la grâce et l’harmonie !
Fultus Hyacintho
C’est le roi de la plaine et des gras pâturages.
Plein d’une force lente, à travers les herbages
Il guide en mugissant ses compagnons pourprés
Et s’enivre à loisir de la verdeur des prés.
Tel que Zeus, sur les mers portant la vierge Europe,
Une blancheur sans tache en entier l’enveloppe.
Sa corne est fine, aux bouts recourbés et polis,
Ses fanons florissants abondent à grands plis,
Une écume d’argent tombe à flots de sa bouche,
Et de longs poils épars couvrent son œil farouche.
Il paît jusques à l’heure où, du Zénith brûlant,
Midi plane, immobile, et lui chauffe le flanc.
Alors des saules verts l’ombre discrète et douce
Lui fait un large lit d’hyacinthe et de mousse,
Et couché comme un Dieu près du fleuve endormi,
Pacifique, il rumine, et clôt l’œil à demi.
Phidylé
L’herbe est molle au soleil sous les frais peupliers,
Aux pentes des sources moussues
Qui, dans les prés en fleurs germant par mille issues,
Se perdent sous les noirs halliers.
Repose, ô Phidylé ! Midi sur les feuillages
Rayonne, et t’invite au sommeil.
Par le trèfle et le thym, seules, en plein soleil,
Chantent les abeilles volages.
Un chaud parfum circule aux détours des sentiers ;
La rouge fleur des blés s’incline ;
Et les oiseaux, rasant de l’aile la colline,
Cherchent l’ombre des églantiers.
Les taillis sont muets ; le daim, par les clairières,
Devant les meutes aux abois
Ne bondit plus ; Diane, assise au fond des bois,
Polit ses flèches meurtrières.
Dors en paix, belle enfant aux rires ingénus,
Aux Nymphes agrestes pareille !
De ta bouche au miel pur j’écarterai l’abeille,
Je garantirai tes pieds nus.
Laisse sur ton épaule et ses formes divines,
Comme un or fluide et léger,
Sous mon souffle amoureux courir et voltiger
L’épaisseur de tes tresses fines !
Sans troubler ton repos, sur ton front transparent,
Libre des souples bandelettes,
J’unirai l’hyacinthe aux pâles violettes,
Et la rose au myrte odorant.
Belle comme Érycine aux jardins de Sicile,
Et plus chère à mon cœur jaloux,
Repose ! Et j’emplirai du souffle le plus doux
La flûte à mes lèvres docile.
Je charmerai les bois, ô blanche Phidylé,
De ta louange familière ;
Et les Nymphes, au seuil de leurs grottes de lierre,
En pâliront, le cœur troublé.
Mais quand l’Astre, incliné sur sa courbe éclatante,
Verra ses ardeurs s’apaiser,
Que ton plus beau sourire et ton meilleur baiser
Me récompensent de l’attente !
Chant alterné
I.
Déesse Athénienne aux tissus diaphanes,
Ton peuple, ô blanche Hellas, me créa de ses mains.
J’ai convié les Dieux à mes baisers profanes ;
D’un immortel amour j’ai brûlé les humains.
II.
Dans ma robe aux longs plis, humble vierge voilée,
Les bras en croix, je viens du mystique Orient.
J’ai fleuri sur ton sable, ô lac de Galilée !
Sous les larmes d’un Dieu je suis née en priant.
I.
Sur mon front plein d’ivresse éclate un divin rire,
Un trouble rayonnant s’épanche de mes yeux ;
Ton miel, ô volupté, sur mes lèvres respire,
Et ta flamme a doré mon corps harmonieux.
II.
La tristesse pieuse où s’écoule ma vie
Est comme une ombre douce aux cœurs déjà blessés ;
Quand vers l’Époux divin vole l’âme ravie,
J’allège pour le ciel le poids des jours passés.
I.
Jamais le papyrus n’a noué ma tunique :
Mon sein libre jaillit, blanc trésor de Paros !
Et je chante Kypris sur le mode Ionique,
Foulant d’un pied d’ivoire hyacinthe et lotos.
II.
Heureux qui se réchauffe à mon pieux délire,
Heureux qui s’agenouille à mon autel sacré !
Les cieux sont comme un livre où tout homme peut lire,
Pourvu qu’il ait aimé, pourvu qu’il ait pleuré.
I.
Éros aux traits aigus, d’une atteinte assurée
Dès le berceau récent m’a blessée en ses jeux ;
Et depuis, le désir, cette flèche dorée,
Étincelle et frémit dans mon cœur orageux.
II.
Les roses de Sâron, le muguet des collines
N’ont jamais de mon front couronné la pâleur ;
Mais j’ai la tige d’or et les odeurs divines
Et le mystique éclat de l’éternelle Fleur.