La Légende dorée (Legenda aurea) (page 13)

Jacques de Voragine · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — La Légende dorée (trad. T. de Wyzewa, Perrin 1910) · 39 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Et dans la nuit de Pâques qui fut celle de la translation à l’église du corps de saint Ambroise, une foule de petits enfants chrétiens virent celui-ci en rêve ; les uns le virent assis dans sa chaire, les autres y montant ; et il y en eut qui racontèrent à leurs parents qu’ils avaient vu une étoile au-dessus de sa tête.

VII. Saint Ambroise peut être cité comme le modèle d’une foule de vertus chrétiennes. Il peut être cité, premièrement, comme un modèle de générosité. Tout ce qu’il avait appartenait aux pauvres. Et lorsque l’empereur voulut lui prendre une église, il répondit : « Si vous me demandiez ce qui m’appartient, je vous le donnerais, bien que tout ce qui m’appartient appartienne aux pauvres. » Secondement, il peut être cité comme un modèle de chasteté, car il resta vierge toute sa vie. Troisièmement, il nous offre l’exemple de la fermeté dans la foi, car à l’empereur, qui voulait lui ôter l’église, il répondit : « Vous m’ôterez la vie avant de m’arracher de mon siège ! » Quatrièmement, saint Ambroise nous est un modèle de la soif du martyre. Un préfet de Valentinien l’ayant menacé de le mettre à mort, il lui répondit : « Fasse Dieu que tu puisses réaliser ta menace, et que tous tes traits épargnent l’Église pour n’accabler que moi seul ! » En cinquième lieu, saint Ambroise nous est un modèle d’application à la prière. Nous lisons, en effet, dans le XIe livre de l’Histoire ecclésiastique que, contre les fureurs de Justine, il ne se défendait que par le jeûne, la veille et les prières au pied de l’autel.

En sixième lieu, saint Ambroise peut être cité comme un modèle de constance. Sa constance nous apparaît surtout en trois choses : 1o dans sa défense de la vérité catholique contre les attaques, de Justine, mère de l’empereur Valentinien, et protectrice de l’hérésie arienne ; 2o dans sa défense de la liberté de l’Église, lorsque l’empereur voulut lui enlever certaine basilique pour la livrer aux ariens. Il nous dit lui-même, dans son 23e décret, comment il résista à l’empereur, en lui disant : « Ne commets point la faute, empereur, de prétendre que tu aies aucun droit dans les choses divines ! À l’empereur appartiennent les palais, mais les églises sont aux prêtres. Naboth, autrefois, a défendu de son propre sang la vigne qu’on voulait lui prendre : s’il a refusé de céder sa vigne, comment peux-tu t’imaginer que nous te céderons une église du Christ ? Le tribut est à César, et nous ne refusons pas de le lui donner ; mais les églises sont à Dieu, et nous ne pouvons donc pas les donner à César. » Enfin, 3o la constance de saint Ambroise nous apparaît dans la façon dont il a su blâmer le vice et l’iniquité. On lit dans l’Histoire tripartite que, le peuple de Thessalonique s’étant révolté et ayant tué quelques fonctionnaires, l’empereur Théodose en fut si irrité qu’il fit mettre à mort tous les habitants de la ville, au nombre de près de cinq mille, sans distinguer les innocents des coupables. Or, lorsqu’il vint ensuite à Milan et voulut entrer dans l’église, saint Ambroise le reçut devant la porte et lui interdit l’entrée, en lui disant : « Comment, empereur, après un tel crime, ne reconnais-tu pas l’énormité de ta présomption ? Ou bien, peut-être, ta dignité impériale t’empêcherait-elle de reconnaître tes péchés ? Tu es prince, ô empereur, mais tu es, comme les autres hommes, l’esclave de Dieu. Comment oserais-tu étendre vers Dieu des mains encore tachées du sang innocent ? Comment oserais-tu prier Dieu, dans son temple, avec la même bouche qui a proféré un ordre injuste et monstrueux ? Allons, retire-toi, afin de ne pas accroître d’un second péché le poids du premier ! » Et l’empereur, pleurant et gémissant, reprit le chemin de son palais. Et comme le chef de ses troupes lui demandait la cause de sa tristesse : « Hélas ! répondit-il, aux esclaves et aux mendiants les églises sont ouvertes, et moi seul n’ai pas le droit d’y pénétrer ! » Alors Rufin : « Si tu veux, je vais courir vers Ambroise, pour qu’il te délivre de son excommunication ! » Et il insista si fort que Théodose finit par le laisser aller. Mais dès qu’Ambroise vit Rufin, il lui dit : « Tu imites l’impudence des chiens, Rufin, en aboyant contre la majesté divine ! » Et comme Rufin le suppliait pour son maître, Ambroise, enflammé du feu céleste, lui dit : « Je te déclare que je lui interdis l’accès du saint lieu. Et s’il change son pouvoir en tyrannie, volontiers j’accepterai la mort ! » Rufin rapporta ces paroles à l’empereur, qui dit : « Je vais aller vers Ambroise, pour recevoir, en face, ses justes reproches. » Alors Ambroise, continuant à lui défendre l’entrée de l’église, lui dit : « Quelle pénitence as-tu faite après un tel crime ? » Et l’empereur lui dit : « C’est à toi de l’imposer, à moi d’obéir ! » Et il fit pénitence publique jusqu’à ce que son excommunication fût levée. Plus tard, étant entré dans l’église, il pénétra dans le chœur, mais Ambroise lui demanda ce qu’il venait y faire, et comme il répondait qu’il était venu pour assister au saint sacrifice, Ambroise lui dit : « Ô empereur, le chœur de l’église est réservé aux seuls prêtres. Retire-toi donc d’ici, et va rejoindre le reste des fidèles dans la nef : car la pourpre fait de toi un empereur, mais nullement un prêtre ! » Et l’empereur obéit aussitôt. Et comme, de retour à Constantinople, il se tenait dans la nef de la cathédrale, l’évêque lui fit dire d’entrer dans le chœur ; mais Théodose s’y refusa, disant : « Je sais maintenant, grâce à Ambroise, la différence qu’il y a entre un empereur et un prêtre. »

En septième lieu, saint Ambroise peut être cité comme modèle pour la sainteté de sa doctrine : car sa doctrine est si pleine de profondeur que saint Jérôme a pu dire de lui, dans ses Douze Docteurs : « Toutes les phrases de saint Ambroise sont des colonnes de la foi et de toutes les vertus. » Et saint Augustin ajoute que « les adversaires eux-mêmes n’ont jamais osé reprendre la doctrine d’Ambroise, ni le sens très pur qu’il a eu des Livres Saints ». Et telle était l’autorité de saint Ambroise que, pour tous les auteurs du temps, chacune de ses paroles faisait foi. Dans sa lettre à Janvier, Augustin raconte que, sa mère, s’étonnant de ce que l’on ne jeûnât pas à Milan le jour du sabbat, en demanda la cause à Ambroise, qui lui dit : « Quand je vais à Rome, je jeûne le jour du sabbat. Et de même toi, lorsque tu te trouves dans un diocèse, fais en sorte d’en suivre les usages, si tu ne veux scandaliser personne, ni être scandalisée par personne ! » Et Augustin ajoute que, depuis lors, après avoir beaucoup réfléchi à ces paroles, il en est venu à les tenir pour un oracle céleste.

La vie et la passion des saints Tiburce et Valérien, — que l’église fête également le 4 avril, — se trouveront racontées dans l’histoire de sainte Cécile.

LVIII SAINT SIXTE, pape et martyr (6 avril)

I. Le pape Sixte était originaire d’Athènes et avait d’abord étudié la philosophie. Il devint, plus tard, disciple du Christ, et fut élu souverain Pontife. Il comparut devant Decius et Valérien, avec ses deux diacres Felicissime et Agapite. Et Décius, voyant qu’il ne parvenait pas à le persuader par ses arguments, le fît conduire au temple de Mars pour y sacrifier aux idoles, faute de quoi il aurait à être jeté en prison. Et saint Laurent, courant derrière Sixte, lui disait : « Père, où vas-tu sans ton fils ? Prêtre, où vas-tu sans ton assistant ? » Et Sixte : « Mon fils, ne crois pas que je t’abandonne ; mais de plus grands combats t’attendent encore pour la foi du Christ. Dans trois jours tu me suivras, comme le lévite suit le prêtre. Et, en attendant, reçois les trésors de l’Église, et distribue-les à qui bon te semblera ! » Laurent distribua ces trésors aux chrétiens pauvres. Et le préfet Valérien voyant que Sixte refusait de sacrifier aux idoles, ordonna qu’il eût la tête tranchée. Or, comme on le conduisait au supplice, de nouveau saint Laurent courut derrière lui en lui disant : « Ne m’abandonne pas, saint père, car j’ai déjà dépensé les trésors que tu m’as remis ! » Sur quoi les soldats, l’entendant parler de trésors, s’emparèrent de lui. Puis ils tranchèrent la tête de Sixte et celles de ses deux compagnons.

II. Le même jour, l’Église célèbre la fête de la Transfiguration du Seigneur. Et certaines églises célèbrent aussi la fête du Sang du Christ avec le vin nouveau, lorsqu’elles peuvent s’en procurer ; et le peuple communie de ce vin. Cela se fait en souvenir de ce que, durant la Cène, le Seigneur a dit à ses disciples : « Maintenant je ne boirai plus de ce jus de la vigne, jusqu’à ce que j’en boive du nouveau dans le royaume de mon père. » On dit cependant que ce n’est point ce jour-là qu’eut lieu la transfiguration, mais qu’elle fut seulement, ce jour-là, révélée par les apôtres. Elle eut lieu, en réalité, au commencement du printemps ; mais défense fut faite aux disciples d’en parler, et ce n’est que ce jour-là qu’ils la révélèrent. C’est du moins ce qu’on lit dans le livre appelé Mitral.

LIX SAINT GEORGES, martyr (23 avril)

I. Georges était originaire de Cappadoce, et servait dans l’armée romaine, avec le grade de tribun. Le hasard d’un voyage le conduisit un jour dans les environs d’une ville de la province de Libye, nommée Silène. Or, dans un vaste étang voisin de cette ville habitait un dragon effroyable qui, maintes fois, avait mis en fuite la foule armée contre lui, et qui, s’approchant parfois des murs de la ville, empoisonnait de son souffle tous ceux qui se trouvaient à sa portée. Pour apaiser la fureur de ce monstre et pour l’empêcher d’anéantir la ville tout entière, les habitants s’étaient mis d’abord à lui offrir, tous les jours, deux brebis. Mais bientôt le nombre des brebis se trouva si réduit qu’on dut, chaque jour, livrer au dragon une brebis et une créature humaine. On tirait donc au sort le nom d’un jeune homme ou d’une jeune fille ; et aucune famille n’était exceptée de ce choix. Et déjà presque tous les jeunes gens de la ville avaient été dévorés lorsque, le jour même de l’arrivée de saint Georges, le sort avait désigné pour victime la fille unique du roi. Alors ce vieillard, désolé, avait dit : « Prenez mon or et mon argent, et la moitié de mon royaume, mais rendez-moi ma fille, afin que lui soit épargnée une mort si affreuse ! » Mais son peuple, furieux, lui répondit : « C’est toi-même, ô roi, qui as fait cet édit ; et maintenant que, à cause de lui, tous nos enfants ont péri, tu voudrais que ta fille échappât à la loi ? Non, il faut qu’elle périsse comme les autres, ou bien nous te brûlerons avec toute ta maison ! » Ce qu’entendant, le roi fondit en larmes, et dit à sa fille : « Hélas, ma douce enfant, que ferai-je de toi ? Et ne me sera-t-il pas donné de voir un jour tes noces ? » Après quoi, voyant qu’il ne parviendrait pas à obtenir le salut de sa fille, il la revêtit de robes royales, la couvrit de baisers, et lui dit : « Hélas, ma douce enfant, j’espérais voir se nourrir sur ton sein des enfants royaux, et voici que tu dois me quitter pour aller servir de pâture à cet horrible dragon ! Hélas, ma douce enfant, j’espérais pouvoir inviter à tes noces tous les princes du pays, et orner de perles mon palais, et entendre le son joyeux des orgues et des tambours ; et voici que je dois t’envoyer à ce dragon qui doit te dévorer ! » Et il la renvoya en lui disant encore : « Hélas, ma fille, que ne suis-je mort avant ce triste jour ! » Alors la jeune fille tomba aux pieds de son père, pour recevoir sa bénédiction ; après quoi, sortant de la ville, elle marcha vers l’étang où était le monstre.

Saint Georges, qui passait par là, la vit toute en larmes, et lui demanda ce qu’elle avait. Et elle : « Bon jeune homme, remonte vite sur ton cheval et fuis, pour ne pas mourir de la même mort dont je vais mourir ! » Et saint Georges : « Ne crains point cela, mon enfant, mais dis-moi pourquoi tu pleures ainsi, sous les yeux de cette foule qui se tient debout sur les murs ? » Et elle : « À ce que je vois, bon jeune homme, tu as le cœur généreux, et tu veux périr avec moi ! Mais, je t’en supplie, enfuis-toi au plus vite ! » Et Georges : « Je ne partirai point d’ici que tu ne m’aies dit ce que tu as ! » Alors, la jeune fille lui raconta toute son histoire, et Georges lui dit : « Mon enfant, sois sans crainte, car, au nom du Christ, je te secourrai ! » Mais elle : « Vaillant chevalier, hâte-toi de te secourir toi-même, pour ne point périr avec moi ! C’est assez que je sois seule à périr ! »

Et pendant qu’ils parlaient ainsi, le dragon souleva sa tête au-dessus de l’étang. La jeune fille, toute tremblante, s’écria : « Fuis, cher seigneur, fuis au plus vite ! » Mais Georges, après être remonté sur son cheval et s’être muni du signe de la croix, assaillit bravement le dragon qui s’avançait vers lui et, brandissant sa lance et se recommandant à Dieu, il fit au monstre une blessure qui le renversa sur le sol. Et le saint dit à la jeune fille : « Mon enfant, ne crains rien, et lance ta ceinture autour du cou du dragon ! » La jeune fille fit ainsi, et le dragon, se redressant, se mit à la suivre comme un petit chien qu’on mènerait en laisse.

Mais, en le voyant s’avancer vers la ville, les habitants épouvantés prirent la fuite, bien certains que tous allaient être dévorés. Saint Georges leur fit signe de revenir, et leur dit : « Soyez sans crainte, car le Seigneur m’a permis de vous délivrer des méfaits de ce monstre ! Croyez au Christ, recevez le baptême, et je tuerai votre persécuteur ! » Alors le roi et tout son peuple se firent baptiser ; on baptisa, ce jour-là vingt mille hommes ainsi qu’une foule de femmes et d’enfants. Et saint Georges, tirant son épée, tua le dragon, qui fut emporté hors de la ville sur un char attelé de quatre paires de bœufs. Et le roi fit élever, en l’honneur de la sainte Vierge et de saint Georges, une immense église, de laquelle jaillit une source vive dont l’eau guérit toutes les maladies de langueur. Le roi offrit aussi à saint Georges une grosse somme d’argent ; mais le saint, sans rien prendre pour lui, la fit distribuer aux pauvres. Il enseigna ensuite au roi quatre choses : Il lui apprit : 1o à avoir soin de l’église de Dieu ; 2o à honorer les prêtres ; 3o à suivre assidûment les offices divins ; 4o à garder toujours le souvenir des pauvres. Après quoi, ayant encore embrassé le vieux roi, il prit congé de lui.

D’autres auteurs racontent cependant l’histoire d’une autre façon. Ils disent que, au moment où le dragon s’avançait pour dévorer la jeune fille, saint Georges, ayant fait le signe de la croix, se jeta sur lui et le tua du coup.

II. En ce temps-là, sous le règne de Dioclétien et Maximien, le préfet Dacien ouvrit contre les fidèles une persécution si violente que, dans l’espace d’un mois, dix-sept mille d’entre eux reçurent la couronne du martyre, et que beaucoup d’autres, à force de souffrir dans les tourments, fléchirent et se résignèrent à sacrifier aux idoles. Ce que voyant, saint Georges, éperdu de douleur, se dépouilla de tous ses biens, rejeta ses habits guerriers pour revêtir le manteau des chrétiens, et, s’élançant au milieu de la place publique, s’écria : « Tous vos dieux ne sont que des démons ; et c’est notre Seigneur qui a créé le ciel et la terre ! » Le préfet, irrité, lui dit : « Comment oses-tu, présomptueux, blasphémer contre nos dieux ! Qui es-tu, et d’où viens-tu ? » Et saint Georges : « Je me nomme Georges, je descends d’une famille noble de la Cappadoce et, avec l’aide de mon Dieu, j’ai combattu en Palestine ; mais maintenant j’ai renoncé à tout pour servir plus librement le Dieu du ciel. » Alors le préfet, ne pouvant le fléchir, le fit étendre sur un chevalet et ordonna que tous ses membres fussent déchirés, l’un après l’autre, par des ongles de fer ; il lui fit aussi brûler le corps avec des torches ardentes, et fit frotter avec du sel les plaies par où sortaient ses entrailles. Mais, la nuit suivante, le Seigneur apparut à saint Georges avec une grande lumière, et le réconforta si doucement, par sa vision et par ses paroles, que toutes les souffrances lui parurent légères. Et Dacien, voyant que les tourments n’avaient point de prise sur lui, fit venir un magicien, et lui dit : « Ces chrétiens ont des sortilèges qui leur adoucissent les tourments et les rendent intraitables. » Et le magicien répondit : « Si je ne parviens pas à avoir raison des sortilèges de Georges, je consens que tu m’ôtes la vie ! » Sur quoi, après avoir invoqué ses dieux, il versa du poison dans du vin, et fit boire ce vin à saint Georges : celui-ci le but en faisant un signe de croix, et n’en souffrit aucun mal. Le magicien mit alors dans le vin une dose plus forte de poison ; le saint fit un signe de croix, et but le vin sans avoir aucun mal. Ce que voyant, le magicien se prosterna à ses pieds, le supplia en pleurant de lui pardonner, et demanda à devenir chrétien : le préfet lui fit couper la tête peu de temps après. Quant à saint Georges, il le fit placer sur une roue qu’entouraient de toutes parts des glaives à deux tranchants ; mais la roue se brisa au premier mouvement, et saint Georges fut retrouvé sain et sauf où on l’avait mis. Dacien le fit alors plonger dans une chaudière de plomb fondu ; mais lui, ayant fait le signe de la croix, il n’éprouva que la sensation d’un bain rafraîchissant.

Alors Dacien, voyant que menaces et tortures étaient sans prise sur lui, pensa l’amollir par des flatteries et lui dit : « Tu vois, mon cher Georges, quelle est la mansuétude de nos dieux, qui te laissent patiemment blasphémer contre eux, et qui n’en restent pas moins prêts à te favoriser pour peu que tu consentes à te convertir ! Fais donc ce que je te conseille, mon cher enfant, renonce à ta superstition et sacrifie à nos dieux, afin d’obtenir d’eux et de nous d’immenses honneurs ! » Et saint Georges lui répondit en souriant : « Pourquoi n’as-tu pas, dès le début, cherché à me persuader par de douces paroles plutôt que par des tourments ? Soit, je suis prêt à faire ce que tu me conseilles ! » Dacien, tout joyeux de cette promesse, fit annoncer à son de trompe que tout le peuple eût à se rendre au temple, où Georges, après une longue résistance, allait enfin sacrifier aux dieux. Toute la ville fut pavoisée comme pour une fête, et des milliers de personnes se pressèrent devant le temple. Et Georges, dès qu’il y fut entré, s’agenouilla et pria le Seigneur de détruire sur-le-champ ce temple avec ses idoles. Et sur-le-champ un feu, tombant du ciel, brûla le temple, les idoles et les prêtres ; et la terre, s’entr’ouvrant, engloutit leurs restes. C’est de ce miracle que parle saint Ambroise quand il nous dit : « Georges, le fidèle soldat du Christ, en un temps où le christianisme était caché, seul osa courageusement proclamer sa foi dans le Fils de Dieu. Et la grâce divine, lui donna en récompense, une telle fermeté qu’il brava mille menaces et mille tortures. Ô bienheureux et admirable combattant de Dieu ! Et non seulement il ne se laissa point séduire par l’offre du pouvoir temporel, mais, se jouant de son persécuteur, il anéantit le temple avec toutes ses idoles. » Alors Dacien se fit amener Georges et lui dit : « Par quels maléfices as-tu osé, scélérat, commettre un tel forfait ? » Et Georges : « Maître, tu te trompes. Viens avec moi dans un autre temple, et tu me verras sacrifier aux idoles ! » Et lui : « Je devine ta ruse ! tu veux me faire périr, comme tu as fait déjà périr mon temple et mes dieux ! » Alors Georges : « Mais, malheureux, si tes dieux n’ont pas pu se secourir eux-mêmes, comment pourraient-ils t’être d’aucun secours ? »

Dacien, exaspéré, dit à sa femme Alexandrie : « Je mourrai de dépit, car cet homme est plus fort que moi ! » Mais elle : « Tyran sanguinaire, ne t’ai-je pas dit de ne plus tourmenter les chrétiens, parce que leur Dieu combattait pour eux ? Sache maintenant que, moi aussi, je veux devenir chrétienne ! » Le préfet, étonné, s’écria : « Comment ? Toi-même tu t’es laissée séduire ? » Et il la fit suspendre par les cheveux et battre de verges. Et elle, pendant qu’on la battait, dit à Georges : « Georges, lumière de vérité, que penses-tu qu’il advienne de moi, qui vais mourir sans avoir été régénérée par l’eau du baptême ? » Et Georges : « N’aie point de doute à ce sujet, ma fille, car l’effusion de ton sang te tiendra lieu de baptême et te vaudra la couronne céleste ! » Alors Alexandrie, après avoir prié le Seigneur, rendit l’âme. C’est ce qu’atteste saint Ambroise et il ajoute que « cet exemple nous prouve que le martyre permet, à défaut du baptême, de posséder le royaume des cieux ».

Le lendemain, Dacien ordonna que saint Georges fût traîné par toute la ville, puis décapité. Et le saint pria Dieu que quiconque implorerait son aide obtînt la réalisation de son désir ; et une voix divine se fit entendre qui lui dit que sa prière était exaucée. Puis, ayant fini de prier, saint Georges eut la tête tranchée. Quant à Dacien, comme il quittait le lieu du supplice pour rentrer dans son palais, le feu du ciel tomba sur lui et le consuma avec ses ministres.

III. Grégoire de Tours raconte que des moines qui portaient des reliques de saint Georges, et qui s’étaient arrêtés en route dans un certain oratoire, ne purent soulever la châsse où étaient ces reliques, aussi longtemps qu’ils n’en eurent pas laissé une partie dans cet oratoire.

IV. On lit dans l’histoire d’Antioche que, durant la croisade, comme les chrétiens allaient assiéger Jérusalem, un jeune homme merveilleusement beau apparut à un prêtre. Il lui dit qu’il était saint Georges, chef des armées chrétiennes, et que si les croisés emportaient de ses reliques à Jérusalem, il serait là avec eux. Et comme les croisés, assiégeant la ville, n’osaient point grimper aux échelles par crainte des Sarrasins qui défendaient les murs, saint Georges se montra à eux, vêtu d’une armure blanche qu’ornait une croix rouge. Il leur fit signe de le suivre sans crainte à l’assaut des murs. Et eux, ainsi encouragés, ils repoussèrent les Sarrasins et conquirent la ville.

LX SAINT MARC, évangéliste (25 avril)

I. L’évangéliste Marc était de la tribu de Lévi et remplissait les fonctions de prêtre. Baptisé par saint Pierre et instruit par lui dans la foi chrétienne, il l’accompagna lorsque ce saint partit pour Rome. Et là, comme saint Pierre prêchait l’évangile, les fidèles prièrent Marc de mettre par écrit le récit de la vie du Seigneur, de façon à leur en laisser un souvenir durable. Marc écrivit donc ce récit, tel qu’il l’entendait de la bouche de son maître saint Pierre ; et celui-ci, après avoir examiné son travail et en avoir constaté la parfaite exactitude, l’approuva comme pouvant être admis par tous les fidèles.

Puis, voyant la constance de Marc dans la foi, il l’envoya à Aquilée, où sa prédication convertit au christianisme une foule innombrable, et où l’on conserve aujourd’hui encore, très pieusement, un manuscrit de son évangile qui passe pour écrit de sa main. Enfin saint Marc, ayant achevé son œuvre à Aquilée, revint à Rome, emmenant avec lui un citoyen d’Aquilée, Hermagoras, qu’il avait converti, et que saint Pierre, sur sa recommandation, consacra évêque de sa ville natale. Cet Hermagoras gouverna dès lors son diocèse d’une façon exemplaire, jusqu’au jour où, pris par les infidèles, il reçut la couronne glorieuse du martyre.

Quant à Marc, saint Pierre l’envoya ensuite à Alexandrie, où, le premier, il prêcha la parole de Dieu. Le savant juif Philon avoue lui-même que, dès son arrivée dans cette ville, une multitude d’hommes se trouvèrent unis dans la foi et la continence. Papias, évêque d’Hiéropolis, a d’ailleurs résumé en beau style quelques-uns de ses sermons, et Pierre Damien nous dit de lui : « Dieu lui accorda une si précieuse faveur que, dès son arrivée à Alexandrie, tous ceux qu’il convertit acquirent aussitôt une perfection de mœurs presque monastique, ce à quoi lui-même les a d’ailleurs encouragés non seulement par ses miracles, mais aussi par l’exemple de ses propres mœurs. Et Dieu lui a encore permis de revenir, après sa mort, en Italie, de telle sorte que la terre où il a écrit son évangile a obtenu l’honneur de posséder ses reliques. Bienheureuse es-tu, Alexandrie, qui as été empourprée de son sang triomphal ! Bienheureuse es-tu, Italie, qui as été enrichie du trésor de ses restes ! »

Telle était l’humilité de saint Marc qu’il se coupa le pouce afin de ne pouvoir pas être ordonné prêtre : mais saint Pierre passa outre, et le consacra évêque d’Alexandrie. On raconte que, en arrivant dans cette ville, son soulier se rompit et qu’il le donna à réparer à un savetier rencontré sur sa route. Le savetier, en réparant le soulier, se blessa grièvement à la main gauche, sur quoi il s’écria : « Ah ! Dieu unique ! » Ce qu’entendant, saint Marc dit : « En vérité le Seigneur bénit mon chemin ! » Puis, ayant fait de la boue avec sa salive, il en frotta la main du savetier et aussitôt la guérit. Cet homme, étonné de sa puissance, le fit entrer dans sa maison et se mit à lui demander qui il était et d’où il venait. Saint Marc lui répondit qu’il était le serviteur du Seigneur Jésus. Le savetier dit : « Je voudrais bien voir ton maître ! » Et saint Marc lui répondit : « Je vais te le faire voir ! » Puis il se mit à l’évangéliser, et le baptisa avec toute sa maison. Mais bientôt des hommes de la ville, apprenant l’arrivée d’un Juif qui méprisait leurs dieux, lui tendirent des pièges ; et lui, en ayant été informé, il créa évêque à sa place l’homme qu’il avait guéri, et qui s’appelait Aniane ; après quoi lui-même se rendit en Pentapole, où il resta deux ans. Il revint ensuite à Alexandrie, où il avait construit une église au bord de la mer, dans l’endroit qui se nomme l’Abattoir ; et il trouva que le nombre des fidèles s’était encore augmenté. Mais les prêtres des faux dieux mirent de nouveau tout en œuvre pour s’emparer de lui. Et, le jour de Pâques, pendant qu’il célébrait la messe, ils l’entourèrent, lui passèrent une corde au cou et le traînèrent par les rue de la ville, comme un bœuf mené à l’abattoir. Ses chairs pendaient jusqu’à terre, et le pavé s’arrosait de son sang. Dans la prison où on l’enferma ensuite, il fut consolé par des anges ; et Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même daigna le visiter et lui dire : « Que la paix soit avec toi, Marc, mon évangéliste ! Ne crains rien, car je suis près de toi pour te défendre. » Le lendemain, les prêtres le traînèrent de nouveau, la corde au cou, à travers la ville. Mais au moment où il disait : In manus tuas commendo spiritum meum ! il rendit son âme au Seigneur. Cela se passait sous le règne de Néron.

Et comme les païens voulaient brûler le corps du martyr, soudain l’air se troubla, la grêle s’abattit, le tonnerre mugit, les éclairs jaillirent ; si bien que chacun dut prendre la fuite, laissant intact le corps de saint Marc, que les chrétiens se hâtèrent de prendre et d’ensevelir pieusement dans son église. Saint Marc avait un long nez, des sourcils épais, de beaux yeux, une barbe touffue, une taille moyenne et un port excellent. Il était âgé d’une cinquantaine d’années lorsqu’il souffrit le martyre. Son miracle de la main guérie a été célébré par saint Ambroise.

II. L’an du Seigneur 468, sous le règne de l’empereur Léon, les Vénitiens transportèrent le corps de saint Marc, d’Alexandrie, à Venise, où l’on construisit en l’honneur du saint une église d’une beauté merveilleuse. Ce furent certains marchands vénitiens qui, se trouvant à Alexandrie, obtinrent, par des prières et des promesses, que les deux prêtres préposés à la garde du corps leur permissent d’emporter secrètement le corps et de l’emmener à Venise. Mais quand ils soulevèrent la pierre du tombeau, un si fort parfum se répandit par toute la ville d’Alexandrie que chacun se demandait avec étonnement d’où pouvait venir cette douce odeur. Et comme, durant le voyage, les marchands avaient dit à l’équipage d’un autre bateau quel était le saint corps qu’ils emportaient avec eux, des hommes de cet équipage leur dirent : « Peut-être les Égyptiens vous ont-ils trompés, en vous donnant un autre corps que celui de saint Marc ? » Mais aussitôt le vaisseau où était le corps se retourna contre l’autre vaisseau, fondit sur lui, lui fit une brèche, et aurait achevé de l’anéantir si tout l’équipage ne s’était empressé de proclamer que le corps était bien celui de saint Marc. Une autre fois, le pilote ayant perdu son chemin, dans la nuit, et ne sachant plus où se trouvait le vaisseau, saint Marc apparut au moine chargé de garder son corps, et lui dit : « Va dire aux matelots de plier tout de suite les voiles pour ralentir la course du vaisseau, car la terre est toute proche ! » Les matelots suivirent ce conseil, et bien leur en prit : car le lendemain, au petit jour, ils s’aperçurent qu’ils étaient dans le voisinage d’une île sur laquelle, sans la protection de saint Marc, le vaisseau se serait brisé. Et, dans tous les pays où le vaisseau faisait relâche, les habitants, sans qu’on leur eût rien dit du trésor qu’il portait, accouraient en s’écriant : « Oh ! comme vous êtes heureux de pouvoir porter le corps de saint Marc ! Laissez-nous l’adorer pieusement ! » Et il y avait sur le vaisseau un matelot qui restait incrédule : mais le diable s’empara de lui et le tourmenta jusqu’à ce que, mis en présence du corps, il eût déclaré qu’il y croyait. Et depuis lors cet homme, ainsi délivré du diable, eut pour saint Marc une dévotion toute particulière.

À Venise, le corps du saint fut placé sous une des colonnes de marbre de l’église ; et un petit nombre de personnes seulement furent admises à connaître l’endroit où il était déposé, de façon qu’il pût être gardé plus sûrement. Or voici que, ces quelques personnes étant mortes, on se trouva ne plus savoir du tout où était déposé le saint trésor ; et toutes les recherches qu’on fit pour le découvrir restèrent sans effet. Grande fut la désolation, aussi bien parmi les laïcs que parmi les clercs. La foule tremblait à la pensée que son saint patron avait peut-être été dérobé. Un jeûne solennel fut ordonné, une procession parcourut en grande pompe toutes les rues de Venise. Et voici que, à la vue et à l’émerveillement de tous, les pierres de l’une des colonnes s’ébranlent et tombent, mettant à découvert le caveau où est caché le corps. Toute la ville, ravie de bonheur, remercie Dieu d’un tel miracle, et depuis lors, le jour anniversaire de ce miracle est célébré à Venise comme une fête solennelle.

III. Un jeune homme qui avait la poitrine rongée par un cancer implora l’assistance de saint Marc : la nuit suivante, il vit en rêve un pèlerin qui marchait d’un pas rapide sur une route. Le jeune homme lui ayant demandé qui il était et pourquoi il marchait si vite, le pèlerin répondit qu’il était saint Marc ; et qu’il courait au secours d’un vaisseau en danger ; après quoi, étendant la main, il toucha le malade, qui se réveilla entièrement guéri. Or, peu de temps après, un vaisseau entra dans le port de Venise ; et l’équipage raconta que, étant en danger, il avait invoqué saint Marc, qui l’avait secouru.

IV. Des marchands vénitiens se rendaient à Alexandrie, dans un vaisseau qui appartenait à des Sarrasins. Une tempête s’étant élevée, les marchands sautèrent dans une barque, et, à l’instant même où ils sortaient du vaisseau, celui-ci fut englouti par les vagues, et tous les Sarrasins furent noyés. Seul, l’un d’entre eux, se voyant près de périr, invoqua saint Marc, et fit vœu, s’il était sauvé, de recevoir le baptême dans l’église du saint. Et aussitôt lui apparut un étranger tout vêtu de lumière, qui, le retirant des flots, l’installa dans la barque avec les Vénitiens.

Or, cet homme, étant arrivé à Alexandrie, oublia sa miraculeuse délivrance et le vœu qu’il avait fait en échange. Mais saint Marc lui apparut de nouveau, pour lui faire honte de son ingratitude : si bien que le Sarrasin, tout confus, se mit en route pour Venise, où il reçut avec le baptême le nom de Marc, et désormais il crut parfaitement au Christ, et termina sa vie dans les bonnes œuvres.

V. Un homme qui travaillait au haut du campanile de Saint-Marc, à Venise, perdit pied tout à coup et se mit à tomber ; mais ayant imploré saint Marc pendant sa chute, il put s’accrocher à une poutre qu’il trouva devant lui, et descendit de là sans danger le long d’une corde qu’on lui lança, après quoi il s’en retourna achever son travail.

VI. Un fidèle chrétien, qui était au service d’un noble, de Provence, avait fait le vœu de visiter le tombeau de saint Marc, mais ne pouvait obtenir de son maître la permission de se rendre à Venise. Enfin, sacrifiant sa peur du châtiment corporel à sa peur de la disgrâce céleste, il partit sans demander la permission, et alla prier au tombeau du saint. Quand il revint auprès de son maître, celui-ci, furieux, ordonna de lui crever les yeux. Aussitôt ses esclaves, plus cruels encore que leur maître, étendirent sur le sol leur pieux compagnon, et se mirent en devoir de lui crever les yeux avec des pointes de fer. Mais tout leur zèle ne leur servait à rien, car les pointes se brisaient en touchant les yeux. Alors le maître ordonna de rompre à coups de hache les membres du malheureux, et de lui couper les pieds ; mais le fer des haches s’amollissait et devenait du plomb. Alors le maître ordonna de lui briser les dents avec des marteaux de fer. Mais de nouveau le fer s’amollit, comme hébété par la puissance de Dieu. Ce que voyant, le maître, stupéfait, se repentit, demanda pardon à l’esclave, et alla prier avec lui au tombeau de saint Marc.

VII. Un soldat fut si grièvement blessé au bras, dans une bataille, qu’il eut la main presque détachée. Et médecins et amis lui conseillaient de se la faire couper ; mais il hésitait, ayant honte de devenir manchot, car il était réputé pour très adroit de ses mains. Il demanda enfin qu’on lui remît en place la main pendante, et qu’on l’attachât avec des linges : après quoi il invoqua l’aide de saint Marc, et aussitôt sa main recouvra son ancienne santé. Seule une cicatrice resta toujours visible, pour porter témoignage du précieux miracle.

VIII. Un habitant de Mantoue, ayant été faussement accusé par des infâmes, fut mis en prison. Il y était depuis quarante jours et s’ennuyait fort, lorsque enfin, après s’être mortifié par trois jours de jeûne, il invoqua l’appui de saint Marc. Aussitôt le saint lui apparut, et lui dit de sortir de sa prison. Mais l’homme, jugeant la chose impossible, crut qu’il avait rêvé et ne tint nul compte de l’ordre du saint. Une seconde fois, puis une troisième fois, le saint lui apparut et lui renouvela son ordre. Alors le prisonnier, voyant que la porte de sa cellule était ouverte, sortit, après avoir brisé comme de l’étoupe les chaînes de ses pieds. Et il allait, en plein jour, au milieu des gardiens et des autres habitants de la ville, sans que personne d’entre eux pût le voir. Il parvint ainsi à Venise, où il s’empressa d’aller pieusement rendre grâces au tombeau de saint Marc.

IX. Comme toute la Pouille souffrait de disette, et que la pluie s’obstinait à ne point tomber pour arroser le sol, on apprit que cette calamité venait de ce que les habitants ne célébraient point la fête de saint Marc. Ils s’empressèrent donc d’invoquer ce saint, avec la promesse de célébrer solennellement sa fête ; et aussitôt saint Marc, les délivrant de la sécheresse, leur accorda un air sain et la pluie qu’ils désiraient.

LXI SAINT MARCELIN, pape (26 avril)

Saint Marcelin, pape, gouverna l’église de Rome pendant neuf ans et quatre mois. Sur l’ordre de Dioclétien et de Maximien, il fut arrêté et mis en demeure de sacrifier aux idoles. Il s’y refusa d’abord ; mais, comme on le menaçait de diverses tortures, la peur de la souffrance fit qu’il consentit à sacrifier, sur l’autel, deux grains d’encens. Grande fut la joie des infidèles, mais plus grande encore la tristesse des fidèles. Ceux-ci se rendent en foule auprès de Marcelin et lui reprochent son manque de courage ; et Marcelin, tout confus, demande à être jugé par l’assemblée des évêques. Mais les évêques lui disent : « En ta qualité de souverain pontife, aucun homme sur terre ne saurait être ton juge ; mais recueille-toi en toi-même, et juge-toi de ta propre bouche ! » Alors Marcelin, plein de repentir et pleurant amèrement, se déposa lui-même de ses fonctions de pape ; mais la foule s’empressa de le réélire. Ce qu’apprenant, les empereurs le firent de nouveau arrêter ; et comme, cette fois, il se refusait absolument à sacrifier aux dieux, ils ordonnèrent qu’il eût la tête tranchée ; après quoi, leur rage s’accrût à tel point qu’en un seul mois ils firent périr dix-sept mille chrétiens. Quant à Marcelin, se jugeant indigné de la sépulture chrétienne, il décréta, avant de mourir, que tous ceux qui voudraient l’ensevelir seraient excommuniés. Et ainsi son corps resta privé de sépulture pendant trente-cinq jours. Mais, au bout de ce temps, saint Pierre apparut à son successeur, le pape Marcel, et lui dit : « Mon frère Marcel, pourquoi tardes-tu à m’ensevelir ? » Et Marcel : « Mais, maître, est-ce que vous n’êtes pas enseveli depuis longtemps ? » Et l’apôtre : « Je me considérerai comme n’étant pas enseveli aussi longtemps que je verrai Marcelin privé de sépulture. » Et le pape : « Mais, maître, ne savez-vous donc pas qu’il a excommunié tous ceux qui penseraient à l’ensevelir ? » Et saint Pierre : « Ne sais-tu pas qu’il est écrit que celui qui s’humilie sera élevé ? Va donc, et ensevelis Marcelin au pied de mon tombeau ! » Et le pape fit ainsi ; obéissant à l’ordre de l’apôtre.

LXII SAINT VITAL, martyr (28 avril)

Saint Vital, chevalier consulaire, eut pour fils, de sa femme Valérie, les deux saints Gervais et Protais. Entrant un jour dans la ville de Ravenne en compagnie d’un juge nommé Paulin, il se trouva assister à l’exécution d’un médecin chrétien qui avait nom Urcisin. Et comme celui-ci, déjà éprouvé par divers supplices, paraissait effrayé, saint Vital lui cria : « Hé, mon frère le médecin, toi qui avais l’habitude de guérir les autres, ne te laisse pas mourir toi-même de la mort éternelle, et ne perds pas la couronne que Dieu t’a préparée ! » Ce qu’entendant, Urcisin reprit courage, et, rougissant de sa lâcheté, accepta avec joie le martyre ; et saint Vital, après l’avoir enseveli chrétiennement, refusa d’aller rejoindre son maître Paulin. Celui-ci, furieux, le fit étendre sur un chevalet. Et Vital lui dit : « Comment peux-tu croire, insensé, que tu parviendras à me détourner de ma foi, moi qui ai souvent empêché les autres d’en être détournés ? » Et Paulin dit à ses serviteurs : « Conduisez-le au temple, et, s’il refuse de sacrifier, creusez une fosse très profonde, jusqu’à ce que vous ayez trouvé de l’eau ; et alors ensevelissez-le tout vivant, la tête en bas ! » C’est ce qu’ils firent, et ainsi saint Vital fut enseveli vivant, sous le règne de l’empereur Néron. Mais le prêtre païen, qui avait suggéré aux juges l’idée de cette mort, fut aussitôt envahi par un démon. Pendant sept jours il délira sur le lieu où avait été ensevelie sa victime, disant : « Tu me brûles, Vital ! » Et, le septième jour, il se précipita dans le fleuve et périt misérablement.

La femme de saint Vital, sainte Valérie, se rendant à Milan, rencontra des païens qui sacrifiaient aux idoles et qui l’engagèrent à prendre sa part de leur sacrifice. Mais elle répondit : « Sachez que je suis chrétienne et que je n’ai pas le droit de me mêler à vos cérémonies ! » Alors ces hommes se jetèrent sur elle et la battirent si cruellement que ses serviteurs l’emportèrent à Milan à demi morte, et que, trois jours après, son âme s’envola joyeusement vers le Seigneur.

LXIII SAINT PIERRE LE NOUVEAU, martyr (29 avril)

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