La Légende dorée (Legenda aurea) (page 9)

Jacques de Voragine · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — La Légende dorée (trad. T. de Wyzewa, Perrin 1910) · 39 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

XXXVIII SAINTE AGATHE, vierge et martyre (5 février)

I. Agathe, vierge, de famille noble et d’une grande beauté, habitait Catane, où, dès l’enfance, elle cultivait saintement le Seigneur. Or, le consul de Sicile, Quintien, homme d’extraction basse, débauché, avare et idolâtre, convoitait de la prendre pour femme. Étant d’extraction basse, il pensait qu’un mariage avec une jeune fille noble le ferait respecter ; étant débauché, il désirait jouir de la beauté d’Agathe ; étant avare, il guettait ses richesses ; étant idolâtre, il rêvait de l’amener à sacrifier aux dieux. Mais comme la jeune fille, sollicitée par lui, restait inébranlable dans sa foi et sa chasteté, il la livra à une entremetteuse nommée Aphrodise et à ses neuf filles, qui vivaient de leur corps ; et il ordonna à ces créatures d’insister pendant trente jours auprès d’Agathe pour la faire changer d’avis. Et ces femmes s’ingéniaient à la détourner de la bonne voie, tantôt par la promesse de grands plaisirs, tantôt par la menace de cruels supplices. Mais sainte Agathe leur disait : « Mon âme s’appuie sur la pierre et a ses fondements dans le Christ ; et vos paroles ne sont que du vent, vos promesses des pluies, et les supplices dont vous voulez m’effrayer ne sont que des flots battant le rivage. En vain tout cela fait assaut contre ma maison ; celle-ci est solide et ne tombera pas ! » Mais tout en parlant ainsi elle pleurait jour et nuit, et priait, et implorait du ciel la palme du martyre. Et Aphrodise, la voyant rester inébranlable, dit au consul : « Ce serait chose plus facile d’amollir une pierre ou de changer du fer en plomb que d’écarter de sa direction chrétienne l’âme de cette jeune fille ! »

II. Alors Quintien se fit amener Agathe et lui dit : « De quelle condition es-tu ? » Et elle : « Non seulement je suis noble, mais aussi d’une famille illustre, comme peut l’attester toute ma maison ! » Et Quintien : « Si tu es noble, pourquoi as-tu des mœurs d’esclave ? » Et elle : « Parce que je suis l’esclave du Christ ! » Et Quintien : « Si tu te dis noble, comment peux-tu, en même temps, te dire esclave ? » Et elle : « L’esclavage du Christ est la noblesse suprême. » Alors le consul lui dit de sacrifier aux dieux, ou, si elle s’y refusait, de s’apprêter à tous les supplices. Et Agathe lui dit : « Que ta femme soit comme ta déesse, Vénus, et que tu sois, toi-même, comme a été ton dieu Jupiter ! » Alors Quintien la fit souffleter, disant : « Ne t’avise pas d’injurier ton juge ! » Mais Agathe lui répondit : « Je m’étonne que, raisonnable comme tu es, tu aies la sottise d’appeler dieux des êtres à qui tu ne veux point que ta femme et toi vous ressembliez. Tu dis, en effet, que je t’ai injurié en te souhaitant d’être comme Jupiter. Or, si tes dieux sont bons, je ne t’ai rien souhaité que de bon ; et si, au contraire, tu détestes leur coupable amour, tu n’as plus qu’à devenir chrétien comme je suis chrétienne. » Et le consul : « Assez parlé ! Sacrifie aux dieux, ou je te ferai mourir dans les pires supplices ! » Et, comme elle bravait ses menaces et l’invectivait devant tous, il la fit conduire en prison. Elle y alla joyeuse et triomphante, comme à un festin.

III. Le lendemain, le consul lui dit : « Renie le Christ et adore les dieux ! » Puis, sur son refus, il la fit attacher à un chevalet pour être torturée. Et Agathe dit : « J’éprouve, parmi ces souffrances, la joie qu’éprouve un homme qui apprend une bonne nouvelle, ou qui voit ce qu’il a longtemps désiré voir, ou qui reçoit un immense trésor ! » Le consul, furieux, lui fit tordre les seins, et ordonna ensuite de les lui arracher. Et Agathe : « Tyran cruel et impie, n’as-tu pas honte de couper, chez une femme, ce que tu as toi-même sucé chez ta mère ? Mais sache que j’ai d’autres mamelles, dans mon âme, dont le lait me nourrit, et sur lesquelles tu es sans pouvoir ! » Alors le consul la fit remettre en prison, défendant qu’aucun médecin vînt la visiter, ni qu’on lui donnât rien à manger ni à boire. Or, voici qu’à minuit un vieillard entra dans sa prison, précédé d’un enfant qui portait une torche. Et ce vieillard lui dit : « Ce consul insensé qui t’a fait souffrir, tu l’as fait souffrir davantage encore par tes réponses. Et moi, qui ai assisté à ton supplice, j’ai vu que les plaies de tes seins pouvaient être guéries. » Et Agathe : « Jamais je n’ai usé pour mon corps de remèdes matériels : ce serait une honte que je perdisse aujourd’hui ce que j’ai su garder jusqu’ici ! » Et le vieillard lui dit : « Ma fille, que ta pudeur ne s’alarme pas de moi, car je suis chrétien ! » Et Agathe : « En vérité, ma pudeur ne saurait s’alarmer, car, d’abord, tu es un vieillard, et puis, mon corps se trouve si affreusement déchiré qu’il ne peut inspirer de convoitise à personne. Mais je te remercie, respectable père, d’avoir daigné t’intéresser à moi ! » Et le vieillard : « Mais alors, pourquoi ne veux-tu pas me permettre de te guérir ? » Agathe répondit : « Parce que j’ai pour maître Jésus-Christ, qui, s’il le juge bon, peut, avec un seul mot, me guérir de suite ! » Alors le vieillard sourit, et lui dit : « Eh bien, ma fille, je suis l’apôtre de Jésus, et c’est lui qui m’a envoyé vers toi pour t’annoncer en son nom que tu étais guérie ! » Sur quoi ce vieillard, qui était saint Pierre, disparut, répandant sur son passage une lumière si prodigieuse que tous les gardes de la prison s’enfuirent, épouvantés. Et sainte Agathe se trouva entièrement guérie, avec ses deux seins restaurés par miracle. Et, comme les portes de la prison étaient ouvertes, d’autres prisonniers l’engagèrent à s’enfuir avec eux. Mais elle répondit : « À Dieu ne plaise que je perde, en m’enfuyant, la couronne qui m’est réservée, et que j’expose aussi les gardes à souffrir de mon fait ! »

IV. Quatre jours après, le consul la fit comparaître devant lui, et, de nouveau, lui ordonna d’adorer les dieux. Et Agathe : « Tes paroles ne sont que du vent ; comment veux-tu, insensé, que j’adore les pierres, et que je renie le Dieu du ciel qui m’a guérie ? » Et le consul : « Qui t’a guérie ? » Et Agathe : « Le Christ, fils de Dieu ! » Et Quintien : « Oses-tu citer de nouveau ce nom que je ne veux pas entendre ? » Et Agathe : « Tant que je vivrai, mon cœur et mes lèvres invoqueront le Christ ! » Et Quintien : « Nous allons bien voir si ton Christ te guérit une seconde fois ! » Il ordonna alors de répandre des tessons brisés, d’y mêler des charbons ardents, et de traîner la jeune fille, toute nue, sur ce lit mortel. Mais pendant qu’on procédait au supplice, un grand tremblement de terre survint, qui ébranla toute la ville, renversa le palais, et écrasa deux conseillers de Quintien. Et tout le peuple accourut vers le consul, lui reprochant d’avoir causé cette catastrophe par l’injuste punition infligée à Agathe. Alors Quintien, qui redoutait à la fois le tremblement de terre et la sédition du peuple, fit ramener Agathe dans sa prison, où elle se mit en prière et dit : « Seigneur Jésus, toi qui m’as créée et gardée depuis l’enfance, toi qui as préservé mon corps de souillure et mon esprit de l’amour du siècle, toi qui m’as permis de vaincre les souffrances, reçois maintenant mon âme dans ta miséricorde ! » Et, après avoir ainsi prié à très haute voix, elle expira. Cela se passait vers l’an du Seigneur 253, sous le règne de l’empereur Decius.

V. Les fidèles oignirent son corps d’aromates et le placèrent dans un sarcophage. Et voici qu’un jeune homme revêtu d’une tunique de soie, et accompagné de cent autres beaux jeunes gens en tuniques blanches, s’approcha du tombeau, y déposa une tablette de marbre, et disparut aussitôt avec ses compagnons. Et, sur la tablette était écrit ceci : « Âme sainte, spontanée, honneur à Dieu et délivrance de la patrie. » Ce qui signifie qu’Agathe eut une âme sainte, s’offrit spontanément au martyre, fit honneur à Dieu, et sauva sa patrie. Et le don miraculeux de cette tablette de marbre eut pour résultat que même les païens et les Juifs commencèrent à vénérer le tombeau de la sainte. Quant à Quintien, il se rendait à la maison de sainte Agathe, dans l’espoir d’y découvrir des trésors cachés lorsque les deux chevaux de son char se mirent à frémir des dents et à ruer ; et l’un d’eux le mordit, l’autre, d’un coup de sabot, le lança dans le fleuve, où jamais son corps ne put être retrouvé.

VI. Un an environ après la mort de sainte Agathe, une montagne voisine de Catane se rompit et un torrent de feu en jaillit, qui, sautant de rocher en rocher et brûlant tout sur son passage, menaçait de s’abattre bientôt sur la ville. Alors la foule des païens courut au tombeau de la sainte, arracha le voile qui le couvrait et l’étendit au pied de la montagne ; et ce voile arrêta la descente du feu, et sauva la ville. Ce miracle eut lieu le jour même de l’anniversaire de la naissance de sainte Agathe.

XXXIX SAINT VAST, évêque et confesseur (6 février)

Vast fut ordonné par saint Rémy à l’évêché d’Arras. En arrivant à la porte de cette ville, il rencontra deux mendiants, un boiteux et un aveugle, qui lui demandèrent l’aumône. Et il leur dit : « Je n’ai ni or ni argent, mais ce que j’ai, je vous le donne ! » Et il pria pour eux, et tous deux furent guéris. — Un loup s’était installé dans une église abandonnée : saint Vast lui ordonna de sortir de l’église et de n’y plus jamais revenir, et le loup obéit.

La quarantième année de son épiscopat, après avoir converti une foule de païens par sa parole et son exemple, saint Vast vit une colonne de feu qui descendait du ciel jusque sur sa maison. Il comprit que sa fin approchait ; et, en effet, peu de temps après il s’endormit dans le Seigneur, vers l’an 550. Et comme on l’enterrait, le vieux saint Omer, qui, étant aveugle, se désolait de ne pouvoir pas voir le corps du saint évêque, recouvra la vue ; puis, quand il eut vu le corps du saint, il demanda et obtint de redevenir aveugle.

XL SAINT AMAND, évêque et confesseur (6 février)

Né de parents nobles, Amand se fit moine dès sa jeunesse. Se promenant dans son monastère, il vit un serpent : il pria Dieu, fit le signe de la croix, et obtint que la bête rentrât dans son nid pour n’en plus jamais sortir. Il se rendit, plus tard, au tombeau de saint Martin et y resta quinze ans, couvert d’un cilice, et sans autre aliment que de l’eau et du pain d’orge.

S’étant rendu à Rome, il voulut prier toute la nuit dans l’église de saint Pierre ; mais le gardien de l’église le chassa brutalement. Alors le saint s’endormit devant la porte, et saint Pierre lui apparat, qui lui ordonna de se rendre en Gaule pour y faire honte de ses crimes au roi Dagobert. Mais ce roi, irrité, lui enjoignit tout de suite de sortir de son royaume.

Cependant Dagobert, qui se désolait de n’avoir pas de fils, finit par en obtenir un, à force de prières ; et l’idée lui vint de faire baptiser son fils par saint Amand. Il fit donc rechercher celui-ci, se prosterna à ses pieds, le supplia de lui pardonner et de baptiser le fils que le Seigneur lui avait accordé. Le saint consentit volontiers à la première de ces demandes, mais se refusa à la seconde, ne voulant se mêler en rien aux choses séculières. Il céda pourtant aux instances du roi ; et, au moment où il baptisait l’enfant, celui-ci lui répondit à haute voix : Amen. Le roi le promut alors à l’évêché de Maestricht. Mais comme saint Amand voyait qu’on y faisait peu de cas de sa prédication, il se rendit en Gascogne. Là, un jongleur qui se moquait de ses paroles fut envahi du démon et se déchira de ses propres dents, avouant qu’il avait fait injure à un homme de Dieu.

Certain évêque fit garder l’eau dans laquelle saint Amand s’était lavé les mains ; et cette eau rendit, plus tard, la vue à un aveugle. Une autre fois, le saint, avec l’approbation du roi, voulut faire construire un monastère en un certain lieu ; et l’évêque d’une ville voisine, à qui ce projet déplaisait, envoya ses serviteurs pour chasser le saint, ou même pour le tuer. Et les serviteurs, abordant le saint, lui dirent par ruse qu’ils le conduiraient dans un autre lieu plus convenable encore pour la construction. Et le saint devina leur malice ; mais, ayant soif du martyre, il les suivit jusqu’au haut d’une montagne où ils se proposaient de le tuer Or, voici qu’une pluie et un brouillard si épais couvrirent la montagne que les serviteurs de l’évêque ne se voyaient pas les uns les autres. Ils crurent qu’ils allaient mourir et, prosternés aux pieds du saint, ils le supplièrent d’obtenir de Dieu de s’en aller vivants. Et, sur la prière du saint, le beau temps reparut, et les serviteurs de l’évêque s’en retournèrent chez eux ; et saint Amand fit encore beaucoup d’autres miracles avant de s’endormir dans la paix du Seigneur. Ce saint florissait vers l’an 653, sous le règne d’Héraclius.

XLI SAINTE APOLLINE, vierge et martyre (9 février)

Sous l’empereur Décius une grande persécution sévit, à Alexandrie, contre les serviteurs de Dieu. Prévenant les édits de l’empereur, un misérable, nommé Divin, excita contre les chrétiens une foule superstitieuse, qui, enflammée par lui, devint tout altérée du sang des fidèles. On s’empara d’abord de quelques saintes personnes des deux sexes, dont les unes eurent le corps déchiré membre à membre, les yeux crevés, le visage mutilé, et furent ensuite chassées de la ville ; d’autres qu’on avait traînées devant les idoles, et qui, loin de vouloir les adorer, les accablaient d’invectives, se voyaient traînées par les rues de la ville, les pieds enchaînés, jusqu’à ce que leurs corps s’en allassent en morceaux.

Or il y avait à Alexandrie une vierge admirable nommée Apolline, déjà fort avancée en âge, et tout éclatante de chasteté, de pureté, de piété et de charité. Et lorsque la foule furieuse eut envahi les maisons des serviteurs de Dieu, Apolline fut conduite au tribunal des impies. S’acharnant sur elle, ses persécuteurs commencèrent par lui arracher toutes ses dents ; puis, ayant allumé un grand bûcher, ils la menacèrent de l’y jeter vive, si elle se refusait à blasphémer avec eux. Mais elle, dès qu’elle vit le bûcher allumé, se recueillit d’abord un instant en elle-même, puis, s’échappant des mains de ses bourreaux, s’élança dans le feu dont on la menaçait, effrayant même la cruauté des persécuteurs. Éprouvée déjà par divers supplices, elle ne se laissa vaincre ni par ses souffrances, ni par l’ardeur des flammes, qui n’était rien en comparaison de l’ardeur allumée en elle par les rayons de la vérité.

XLII SAINT VALENTIN, prêtre et martyr (14 février)

Valentin était un saint prêtre. L’empereur Claude se le fît amener, et lui dit : « Pourquoi donc, Valentin, ne t’acquiers-tu pas notre amitié en adorant nos dieux et en renonçant à tes vaines superstitions ? » Et Valentin : « Si tu connaissais la grâce de Dieu, tu ne parlerais pas ainsi, et c’est toi qui, renonçant à tes idoles, adorerais le Dieu du Ciel ! » Alors un des familiers de Claude dit : « Oserais-tu médire de la sainteté de nos dieux ? » Et Valentin : « Vos dieux ne sont que de misérables créatures humaines, et remplies d’impureté. » Alors Claude : « Si ton Christ est le vrai Dieu, dis-moi la vérité ! » Et Valentin : « La vérité est que le Christ est le seul Dieu, et que, si tu crois en lui, ton âme sera sauvée, ton pouvoir s’accroîtra, tes ennemis seront vaincus ! » Et Claude, se tournant vers les assistants, leur dit : « Romains, entendez-vous comme cet homme parle bien et avec sagesse ? » Mais le préfet dit : « On trompe l’empereur ! Faudra-t-il donc que nous abandonnions ce que nous avions tenu pour vrai depuis l’enfance ? » Et ces paroles endurcirent le cœur de Claude, qui livra saint Valentin à un prince de sa cour, en le chargeant de le garder prisonnier chez lui.

Et quand il fut arrivé dans la maison de ce prince, Valentin s’écria : « Seigneur Jésus, lumière unique, illumine cette maison afin qu’on te reconnaisse comme le vrai Dieu ! » Sur quoi le prince lui dit : « Puisque tu affirmes que ton Christ est la lumière, demande-lui de rendre la vue à ma fille aveugle ! S’il le fait, je croirai en lui ! » Valentin se mit en prière, rendit la vue à l’aveugle, et convertit toute la maison. Mais l’empereur ne l’en fit pas moins décapiter. Ce martyre eut lieu en l’an du Seigneur 280.

XLIII SAINTE JULIENNE, vierge et martyre (16 février)

Julienne était fiancée à Euloge, préfet de Nicomédie ; mais elle refusait d’entrer dans le lit d’Euloge avant qu’il eût reçu la foi du Christ. Alors son père, furieux de sa désobéissance, la fit mettre à nu, rouer de coups, et la livra ensuite au préfet. Et celui-ci lui dit : « Ma douce Julienne, pourquoi m’as-tu trompé par tes promesses d’amour, puisque, aujourd’hui, tu refuses ma main ? » Et elle : « Si tu veux adorer mon Dieu, je serai à toi ; sinon, jamais tu ne seras mon maître ! » Et le préfet : « Bien-aimée, je ne puis consentir à ce que tu me demandes, car l’empereur me ferait couper le cou ! » Et Julienne : « Si tu crains si fort un empereur mortel, combien davantage je dois craindre mon empereur à moi, qui est immortel ! Fais de moi ce que tu voudras, rien ne pourra me fléchir ! » Alors le préfet la fit battre de verges, puis, pendant une demi-journée, il la fit suspendre par les cheveux et lui fit verser sur la tête du plomb fondu. Et comme, de tout cela, elle n’avait aucun mal, il lui fit mettre des chaînes et l’enferma dans une prison.

Là un diable vint la voir, sous l’apparence d’un ange, et lui dit : « Julienne, je suis un ange du Seigneur, et mon maître m’envoie vers toi pour t’engager à sacrifier aux dieux : car le Seigneur à pitié de toi, et veut t’épargner un affreux supplice suivi d’une mort affreuse. » Alors Julienne fondit en larmes et s’écria : « Jésus mon Seigneur, sauve-moi du péril de mon âme en me faisant connaître, qui est celui qui me donne un tel conseil ! » Et une Voix d’en haut lui dit de saisir son visiteur et de le contraindre à avouer lui-même qui il était. Julienne ayant donc saisi le faux ange, et lui ayant demandé qui il était, il répondit qu’il était un démon, envoyé par son père pour la tromper. Julienne lui demanda qui était son père. Et le démon répondit : « C’est Belzébuth, qui nous conduit à mal faire, et nous bat cruellement toutes les fois que nous nous laissons vaincre par les chrétiens. Aussi suis-je sûr de payer cher cette journée, où je n’ai pu triompher de toi ! » Et, entre autres choses qu’il lui avoua, il lui dit que les diables souffrent surtout pendant que les chrétiens célèbrent la messe, ou pendant que se font les prières et les prédications. Alors Julienne lui lia les mains derrière le dos, et, l’ayant jeté à terre, elle le battit rudement avec la chaîne dont on l’avait liée ; et le diable la suppliait avec de grands cris, lui disant : « Bonne Julienne, ayez pitié de moi ! » Puis, le préfet ayant donné ordre qu’on la tirât de sa prison, elle traîna derrière elle le démon, toujours lié. Et le démon la priait, en lui disant : « Madame Julienne, cessez de me rendre ridicule, ou bien jamais plus je ne pourrai avoir d’action sur aucun chrétien ! On dit que les chrétiens sont miséricordieux, et vous, cependant, vous ne voulez pas avoir un peu pitié de moi ! » Mais la sainte n’en continua pas moins à le traîner par tout le marché, après quoi elle le jeta dans une latrine.

Le préfet fit étendre sainte Julienne sur une roue qui lui broya tous les os jusqu’à en faire jaillir la moelle ; mais un ange détruisit la roue et guérit la sainte. Ce que voyant, tous les assistants crurent au Christ, et subirent aussitôt le martyre. Cinq cents hommes et cent trente femmes eurent la tête tranchée. Le préfet fit ensuite plonger la sainte dans une chaudière de plomb fondu ; mais le plomb se refroidit soudain au point de devenir comme un bain tiède. Alors le préfet maudit ses dieux, pour leur impuissance à punir une jeune femme qui leur faisait tant d’outrages. Puis il ordonna qu’elle eût la tête tranchée. Et comme on la conduisait à l’échafaud, voici que le démon qu’elle avait battu se montra de nouveau, cette fois sous l’apparence d’un jeune homme ; et il criait aux bourreaux : « Ne ménagez pas cette coquine, car elle a dit les pires choses de vos dieux, et m’a moi-même battu cette nuit ! Rendez-lui ce qu’elle mérite ! » Mais comme Julienne qui avait les yeux fermés, les entr’ouvrait pour voir celui qui parlait ainsi, le démon s’enfuit en criant : « Malheur à moi, elle va encore me prendre et me lier ! » Et la sainte subit son supplice ; et, quelques jours après, le préfet, qui voyageait sur mer, périt dans une tempête avec trente-quatre hommes. Leurs corps, que la mer avait vomis sur le rivage, furent dévorés par les bêtes et les oiseaux de proie.

XLIV LA CHAIRE DE SAINT PIERRE À ANTIOCHE (22 février)

L’église célèbre en ce jour la Chaire de saint Pierre parce que c’est en ce jour que ce saint, à Antioche, s’assit pour la première fois dans le siège pontifical. Et l’institution de cette fête est due à quatre causes.

1o Comme saint Pierre prêchait à Antioche, le préfet Théophile lui dit : « Pierre, pourquoi corromps-tu mon peuple ? » Et comme Pierre lui prêchait la foi du Christ, il le fit enchaîner et jeter en prison, où il ordonna qu’on le laissât sans boire et sans manger. Mais Pierre, déjà défaillant, reprit assez de forces pour lever les yeux au ciel et pour dire : « Jésus-Christ, soutien des malheureux, sois mon soutien dans ces tribulations ! » Et le Seigneur lui répondit : « Crois-tu donc que je t’aie abandonné ? Bientôt viendra quelqu’un qui secourra ta misère ! » En effet, saint Paul, en apprenant l’incarcération de Pierre, vint trouver Théophile, et se présenta à lui comme un artiste d’une habileté extrême, sachant sculpter le bois et le marbre, peindre sur la toile, etc. Théophile le pria d’habiter chez lui. Et, peu de jours après, Paul pénétra secrètement dans le cachot de Pierre. Voyant celui-ci presque mort d’épuisement, il pleura des larmes amères ; puis, se jetant dans ses bras, il lui dit : « Ô Pierre, mon frère, ma gloire, ma joie, moitié de mon âme, reprends tes forces ! » Alors Pierre, ouvrant les yeux et le reconnaissant, se mit à pleurer, mais sans pouvoir parler. Paul lui ouvrit la bouche et y versa de la nourriture, qui ne tarda pas à le réconforter. Puis, se rendant auprès de Théophile, saint Paul lui dit : « Ô bon Théophile, homme aimable et hospitalier, rappelle-toi qu’un petit mal suffit pour détruire un grand bien ! Qu’as-tu fait de ce serviteur de Dieu qui s’appelle Pierre ? Faible et pauvre, il ne vit que par la parole : et c’est un tel homme que tu as pu mettre en prison ! Sans compter que, si tu l’avais laissé en liberté, il aurait pu t’être utile ; car on dit qu’il guérit les malades et ressuscite les morts ! » Et Théophile : « Ce sont là des fables, mon cher Paul, car si cet homme pouvait ressusciter des morts, il pourrait bien se délivrer lui-même de sa prison ! » Et Paul : « On m’a dit que, de même que le Christ, qui ensuite est ressuscité, n’a pas voulu descendre de sa croix, de même ce Pierre, pour suivre l’exemple de son maître, refuse de se délivrer, préférant souffrir pour le Christ. » Alors Théophile : « Eh bien, va lui dire que je lui rendrai sa liberté, s’il ressuscite mon fils, mort depuis quatorze ans ! » Paul rapporta cette condition à Pierre, qui lui dit : « C’est là un bien grand miracle qu’on exige de moi : mais la grâce de Dieu le fera par moi ! » Puis, conduit au sépulcre du fils de Théophile, il ordonna qu’on ouvrît la porte, et le mort ressuscita. — Mais nous devons avouer que ce miracle ne nous paraît pas très vraisemblable : d’abord à cause des quatorze ans que Dieu aurait permis que le mort passât dans son tombeau ; et puis, surtout, à cause de la ruse et du mensonge que l’histoire prête à saint Paul. Toujours est-il que Théophile et tout le peuple d’Antioche finirent par se convertir au Seigneur, et construisirent une magnifique église au milieu de laquelle ils mirent une chaire très élevée pour Pierre, d’où il put être vu et entendu par tous. Il y siégea pendant sept ans avant de se rendre à Rome, où il siégea ensuite dans la chaire romaine pendant vingt-cinq ans. Et c’est en souvenir de cet événement que l’Église célèbre cette fête, parce que, ce jour-là, pour la première fois, les chefs de l’Église commencèrent à être élevés en nom et en puissance.

Cette fête est, comme l’on sait, la troisième de celles où l’Église célèbre le glorieux successeur du Christ. Saint Pierre a, en effet, mérité d’avoir trois fêtes, d’abord parce qu’il a été privilégié, parmi les apôtres, en trois choses : en autorité, en amour du Christ, et en pouvoir d’opérer des miracles. De plus, saint Pierre a été le prince de toute l’Église, qui est répandue dans les trois parties du monde, l’Asie, l’Afrique et l’Europe : de là les trois fêtes où l’Église l’honore. Enfin, saint Pierre, depuis qu’il a reçu la faculté de lier ou de délier, nous délivre des trois genres de péchés, ceux de la pensée, de la parole et de l’acte, comme aussi de ceux que nous commettons envers Dieu, envers le prochain et envers nous-mêmes.

2o La seconde cause de l’institution de cette fête se trouve indiquée dans l’Itinéraire de Clément. Comme saint Pierre s’approchait d’Antioche, tous les habitants vinrent au-devant de lui revêtus de ciliées, les pieds nus et la tête couverte de cendres, en signe de leur repentir, car ils avaient cru aux mensonges de Simon le Magicien. Et Pierre, heureux de ce repentir, fit placer devant lui tous les malades et les possédés ; et dès qu’il eut invoqué sur eux le nom de Dieu, une immense lumière apparut et tous furent guéris. Pendant la semaine qui suivit, plus de dix mille hommes reçurent le baptême. Ce que voyant, le préfet Théophile transforma son palais en basilique, et y fit placer pour l’apôtre une chaire très élevée d’où il pût être vu et entendu par tous. Et la contradiction n’est qu’apparente entre cette histoire et celle que nous venons de raconter : car rien n’empêche que Pierre ait été mis en prison par Théophile et délivré par l’entremise de saint Paul, puis que, pendant un de ses voyages, les habitants d’Antioche se soient laissés prendre aux mensonges de Simon le Magicien, et s’en soient enfin repentis.

3o En troisième lieu cette fête, — qu’on appelle aussi le Banquet de saint Pierre, — doit son institution à une coutume ancienne que l’Église a transformée en une fête chrétienne. En effet, maître Jean Beleth raconte que c’était l’usage chez les païens, au mois de février, d’aller porter un repas sur la tombe des morts. Les païens croyaient que ces repas étaient mangés par les âmes de leurs parents défunts, tandis qu’en réalité c’étaient les démons qui s’en régalaient. Et comme les premiers convertis au christianisme avaient peine à se départir de cette coutume, on résolut de substituer au banquet des morts, le jour de la Chaire de saint Pierre, un banquet célébré en l’honneur du saint.

4o Et cette fête a aussi pour objet de célébrer l’institution de la tonsure des prêtres. Car, pendant que Pierre prêchait à Antioche, on lui fit raser la tête en signe d’infamie ; et ce signe d’infamie fut ensuite adopté par tout le clergé, en signe d’honneur. Au point de vue symbolique, la tonsure signifie la conservation de la pureté, l’abandon des ornements extérieurs et le renoncement aux biens temporels. Et si la tonsure est de forme circulaire, c’est pour donner à entendre que, le cercle étant la plus parfaite des figures, les prêtres doivent veiller à représenter sur terre la perfection chrétienne.

XLV SAINT MATHIAS, apôtre (24 février)

La vie de saint Mathias, telle qu’elle se lit dans les églises, a été écrite, croit-on, par le vénérable Bède.

I. Mathias fut appelé à prendre, parmi les apôtres, la place laissée vide par la défection de Judas. Et, puisque l’occasion s’en présente à nous, nous allons d’abord résumer ce que l’on a dit de l’origine et de la jeunesse de Judas lui-même. Certaine histoire, qui malheureusement est apocryphe et ne mérite que peu de créance, raconte à ce sujet ce qui suit :

Il y avait à Jérusalem un homme appelé Ruben (et de son autre nom Simon) de la tribu de Dan (ou, selon saint Jérôme, de la tribu d’Issachar) et marié à une femme nommée Ciborée. Or, une nuit, après que les deux époux eussent accompli le devoir conjugal, Ciborée, s’étant endormie, eut un songe dont elle s’éveilla tout effrayée, avec des gémissements et des soupirs. Et elle dit à son mari : « J’ai vu en rêve que j’enfantais un fils monstrueux, qui devait causer la perte de toute notre race. » Et Ruben : « Quelle sottise scandaleuse tu dis là ! Le diable, sans doute, te fait délirer ! » Mais elle : « Si notre acte de cette nuit a pour effet que je conçoive un fils, ce sera la preuve que je ne suis point victime d’une illusion diabolique, mais que mon rêve est bien la révélation de la vérité ! » Et comme, neuf mois après cette nuit, elle mit au monde un fils, son mari et elle furent épouvantés, et ne surent que faire : car ils avaient horreur de tuer leur enfant, et, d’autre part, ne pouvaient consentir à nourrir le futur destructeur de leur race. Ils décidèrent enfin de poser l’enfant dans un petit panier et de le laisser aller au gré des flots. Et ceux-ci poussèrent le panier jusqu’à une île nommée Iscarioth, d’où viendrait le nom de Judas Iscarioth donné à l’apôtre maudit. Et la reine de cette île, qui n’avait point d’enfants, ayant aperçu le panier pendant qu’elle se promenait sur le rivage, le fit tirer de l’eau, et s’écria, quand elle vit l’enfant : « Oh ! comme je serais heureuse d’avoir un tel enfant, afin que mon trône, après moi, ne restât pas vide ! » Et elle fit nourrir l’enfant en cachette, et feignit d’être enceinte, et présenta l’enfant comme son fils, ce qui fut fêté par tout le royaume. Le roi, enchanté d’être père, fit élever l’enfant avec toute la magnificence qui convenait à son rang. Or, peu de temps après, la reine fut vraiment enceinte du fait de son mari, et mit au monde un fils. Les deux enfants furent élevés ensemble ; mais Judas, dans leurs jeux, injuriait et battait souvent l’enfant royal, et le faisait pleurer : sur quoi la reine, qui savait qu’il n’était pas son fils, le faisait très souvent battre à son tour. Mais rien ne parvenait à corriger le méchant enfant. Un jour enfin toute la vérité se découvrit, et l’on sut que Judas n’était pas le vrai fils du roi. Alors Judas, plein de honte et de jalousie, tua secrètement le vrai fils du roi, son frère supposé. Puis, craignant d’en être puni, il s’enfuit avec ses familiers à Jérusalem, où le préfet Pilate (tant on a raison de dire que qui se ressemble s’assemble) reconnut en lui un caractère pareil au sien, et se prit pour lui d’une vive affection.

Voilà donc Judas régnant en maître à la cour de Pilate ; Et un jour, Pilate, considérant un champ de pommes voisin de son palais, éprouva un extrême désir de goûter aux pommes de ce champ. Or ce champ appartenait à Ruben, le père de Judas ; mais ni Judas ne connaissait son père, ni celui-ci ne savait que Judas était son fils. Et Judas, voyant le désir de Pilate, entra dans le champ et cueillit des pommes. Et comme Ruben le surprit, tous deux commencèrent par s’injurier, puis en vinrent aux coups ; et Judas finit par tuer Ruben en le frappant d’une pierre sur la nuque. Après quoi il porta les pommes à Pilate et lui raconta ce qui s’était passé. Et lorsque la mort de Ruben fut connue, Pilate donna à son favori Judas tous les biens du mort, et le maria avec la veuve de celui-ci, qui n’était autre que sa mère Ciborée.

Un soir, Ciborée soupirait si tristement que Judas, son nouveau mari, lui demanda ce qu’elle avait. Elle lui répondit : « Hélas ! je suis la plus malheureuse de toutes les femmes ! J’ai dû noyer mon unique enfant, on m’a tué mon mari, et, pour comble de misère, Pilate m’a forcée à me remarier malgré mon deuil ! » Elle raconta alors l’histoire de l’enfant ; et Judas lui raconta toutes ses aventures ; et ils découvrirent ainsi que Judas avait tué son père et épousé sa mère. Alors, sur le conseil de Ciborée, le misérable voulut faire pénitence, et, étant allé trouver Notre-Seigneur Jésus-Christ, il implora de lui le pardon de ses péchés. Voilà ce qu’on lit dans cette histoire apocryphe. Doit-on tenir pour vraie ou non cette suite d’aventures ? C’est au lecteur à en décider : mais, suivant nous, elle mérite infiniment plus d’être rejetée qu’admise.

Ce qui est, au contraire, certain c’est que Notre-Seigneur fit de Judas son disciple, et l’élut au nombre de ses douze apôtres. Et Judas entra si fort dans sa familiarité qu’il devint son procureur. C’était lui, en effet, qui portait les aumônes qu’on donnait à Jésus ; et, sans doute, il ne se faisait pas faute de les voler. Peu de temps avant la passion de Notre-Seigneur, il s’irrita de ce qu’on ne vendît point un parfum qu’on avait donné à Jésus, et qui valait trois cents deniers : car, sans doute, il avait projeté de s’approprier cette somme. Il alla donc trouver les Juifs, et leur vendit le Christ pour trente deniers. Notons que deux versions ont cours sur ce point. L’une prétend que les deniers obtenus par Judas valaient chacun dix deniers Ordinaires, de façon qu’en les recevant Judas eut l’équivalent des trois cents deniers que lui aurait procurés la vente du parfum. D’après l’autre version, judas avait l’habitude de s’approprier la dixième partie de l’argent qu’on lui donnait à garder ; et ainsi les trente deniers reçus des Juifs ont été, pour lui, l’équivalent du profit qu’il aurait tiré de la vente du parfum. Mais, dès qu’il eut reçu les trente deniers, la honte le prit ; et il les rapporta ; et il alla se pendre à un arbre, et son corps creva par le milieu, et tous ses boyaux se répandirent sur le sol. Il ne les vomit point par la bouche, car sa bouche ne pouvait pas être profanée, ayant eu l’honneur de toucher le visage glorieux du Christ. Et il mourut en l’air, car, ayant offensé les anges dans le ciel et les hommes sur la terre, il avait mérité de périr entre ciel et terre.

II. Or, quelques jours après l’Ascension du Seigneur, saint Pierre se leva au milieu des disciples et dit : « Frères, il faut que, de ceux qui ont été avec nous tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, il y en ait un pour témoigner avec nous de sa résurrection. » Alors les disciples présentèrent deux d’entre eux, à savoir : 1o Joseph, appelé Barsabas, et surnommé le Juste en raison de sa sainteté ; 2o Mathias, dont l’auteur des Actes a jugé inutile de faire l’éloge, estimant que le fait de son élection à l’apostolat rendait tous les éloges superflus. Et, tombant en prière, les apôtres dirent : « Toi, Seigneur, qui connais les cœurs de tous, montre-nous lequel de ces deux hommes tu as choisi pour prendre la place de Judas, dans le ministère et l’apostolat ! » Et l’on jeta les sorts, et le sort désigna Mathias, qui, d’un commun accord, fut adjoint aux onze apôtres.

Saint Jérôme fait observer, à ce propos, que l’exemple de ce choix ne prouve nullement qu’on doive se servir du sort pour les élections religieuses : car le privilège du petit nombre ne saurait constituer la loi de tous. Comme le dit en effet, Bède, c’est seulement au jour de la Pentecôte que fut consommée l’hostie immolée dans la Passion ; c’est au jour de la Pentecôte que la vérité du dogme se trouva entièrement constituée. Or, l’élection de Mathias étant avant la Pentecôte, on s’y est servi du sort pour se conformer à la loi ancienne, suivant laquelle le grand prêtre était choisi au sort. Mais, dès que la Pentecôte eut achevé d’abroger l’ancienne loi, ce n’est plus au sort que furent élus les sept diacres, mais bien par le choix des disciples ; et ils furent ensuite ordonnés par l’imposition des mains des apôtres.

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