Liber Manualis (Manuel pour mon fils)
Incipit liber Dodana3 Manualis quem ad filiiim suiim direxit Willelmum. La plupart des parents ont, dans ce monde, la joie de vivre avec leurs enfants. Mais moi, ô mon fils Guillaume, je me vois éloignée de toi. L'anxiété que j'en éprouve et le désir de ton bien m'ont portée à faire écrire pour toi cet opuscule. Il est fait en mon nom, et je serai heureuse qu'il t'apprenne ce que tu dois être pour ta mère a])sente. Cernens plurimos cum suis in sgeculo gaudere proies, et me Dodanam, ofili Willelme, a te elongatam conspiciens procuLobid quasi anxia, et utilitatis desiderio plena, hoc opusculum ex nomine meo scriptum in tuam specie tenus formam legendum dirigo, gaudens quod, si absens sum cor- pore, iste prsesens libellus tibi ad mentem reducat quid ergame, cum legeris, fili, debeas agere. Invocatiou on vers. Dieu très haut, créateur de la lumière du ciel, toi qui traces leur route aux astres, roi éternel, très saint, achève dans ta clémence Toeuvre que j'entreprends. Ignorante, je cherche auprès de toi rintelligence de ta volonté, pour le présent et l'avenir. Toi qui es un dans ta trinité, tu répands les prospérités sur ceux qui t'appartiennent, et tu récompenses tes serviteurs suivant leur mérite. Le genou fléchi, je te rends d'abondantes grâces. Viens à mon aide et soutiens mes pas dans la droite voie. Les tiens reposent sans lin dans ton royaume. Quoique indigne, fragile et exilée, quoique née du limon et entraînée vers la tombe, j'ai une compagne dévouée et fidèle qui atténue mes épreuves. Toi qui contiens le centre et la circonférence du ciel, toi qui enfermes dans ta main les mers et les conti- nents, je te confie mon fils Guillaume. Que toutes ses heu- res soient heureuses, qu'il t'aime par dessus tout, et qu'il gravisse d'un pas rapide, avec tes fils, les sommets du bonheur. Que son intelligence veille toujours en toi. Étends sa félicité dans les siècles. Qu'il ne tombe point dans la colère et qu'il n'erre pas séparé des tiens. Que sa course soit enchantée, et que sa vertu l'élève, brillant, aux régions supérieures.
Qu'il te demande tout ce qu'il lui faut. Toi qui donnes sans dédain, enseigne-lui à te croire, à t'aimer, à te louer avec effusion. Que ta grâce l'inonde. Qu'il ait la paix et la sécurité du corps et de l'esprit, et que lui et sa race y puisent leur durée. Eloigne d'eux la colère. Quand il lira, qu'il le fasse à propos. Qu'il suive les préceptes des saints et reçoive de toi son entendement. Qu'il soit secourable , qu'il pratique les quatre vertus, qu'il soit généreux et prudent, pieux et courageux. Qu'il n'abandonne jamais la tempérance. Quoique ce soit une mère indigne qui t'implore à tous ses moments, aie pitié d mon fils. Je suis dévorée d'angoisses. Ce faible ouvrage est une supplication par laquelle je te recommande mon enfant en toutes choses, suprême dis- pensateur de tous les biens. Le royaume et le pays sont déchirés, mais tu demeures immuable. Puisse-t-on s'ar- rêter aux résolutions les meilleures ! Un signe de toi contient tout. L'immensité de la terre est à toi, et à toi seul toute chose est soumise. Toi dont le règne est éter- nel, aie pitié de mes fils. Que mes deux enfants, je t'en conjure, vivent dans le siècle en te chérissant toujours. Lecteur, si tu désires connaître le sens caché de cette pièce, cherche parmi les premières lettres de mes vers celles qui doivent t'en instruire. Elles t'apprendront rapi- dement ce que j'ai voulu dire. Mère de deux garçons, je te demande de prier le Créateur bienfaisant d'élever leur père à la plus haute fortune, et de me réuuir à eux dans son royaume. Commence ta recherche par la lettre D. C'est à la lettre M. que se termine ma pensée. Grâce au Christ, je vais aborder l'œuvre entreprise. Epigraïuiua operis subséquent!». Deus sunime, lucis conditor poli Syderumque ductor, rex seterne, agius, Hoc a mecoeptum tu perfice clemens. Quanquam ignara, ad te perquiro sensum, Ut tua capax placita perquiram, Preesens et futurum tempus curram aptum. Omnia percuncta trinus et unus, Tuis per ssecula prospéra largiris ; Digna dignis semper meritis ad singula Tribuis celsam tibi famulantes.
Ad te, ut valeo, poplite flexu, Gratias refero, conditori, largas- De tua mihi obsecro largiri Opem, ad dextram sublevans axem. Illic namque credo tuis sine fme Manere posse quiesci in regno. Licet sim indigna fragilis et exul, Limo revoluta, trahens ad yma, Est tamen milii consors ac arnica Fidaque, de caijus relaxant discrimina. Centrum qui poli continens girnm, Pontum et arva concludis palmo, Tibi commando filium Willelmum. Prosperum largiri jubeas in cunctis Horis (1) atque semper currat momentis ; Te super omnem diligat factorem ; Filiis cum tuis mereatur felici Concito gradu scandere culmen. In te suus semper vigilet sensus. Pandens per ssecula vivat féliciter. Lesus nunqiiam ille incidat in iram Neque separatus oberret a tuis. Jubiletjocundos cursu felici ; Pergat cum virtute fulgens ad supra ; Omnia semper a te aptapetat. Qui das sine fastu, donailli sensum Ut te intelligat credere, amare, Laudare gratis duplicatis agmen (2) . Veniat in eum larga tua gratia, Pax et securitas corporis et mentis, In quam in seculo vigeat cum proie, Ira tenens ista careat ne illa, (3) Legensque revolvat volumen (4) adtcmpus. Dicta sanctorum obtemperet sensu. Habeat acceptum a te intellectum. Quid quando cui sublevet opem, Et tibi jugiter quaternas percurrat Virtutes, multorum teneat capax, Largus atque prudens, pius et fortis, Temperantiam nec ne deserat unquam. Mismi (5) similem non habebit unquam, Quanquam indigna genitrixque sua, (i) Ce mot devait être écrit Oris dans le ms. primitif, Tacrostiche l'indique. (2) Je propose de lire : Laudare grains dupltcaeis. Amen. (3) Construction obscure et passage probablement altéré. (4) Qu'il déroule le volume, c. à d. qu'il lise, à propos. (5) Il est difticile d'expliquer ou de rectifier cet étrange mot. Oniuibus semper momenlis et horis. Rogans te obnixe, miserere illi. Sunt mihi rnultse anxiarum tunnse. Flagitans per illum fragili labore, Ad te, largitorem omnium bononim, Emn in cunctis commendo gratanter. Licet sit discors regni et patrise.
Tu tamen mânes solus immutabilis. Utrum digne apta placita perquirant ! In tuo nutu continentur cuncta. Tuum est regnum tuaque potestas Plénitude terrte diffusa per orbem. Et tibi soli famulantur cuncta. Qui régnas semper miserere prolis. Mis (1) duo nati ostensi in seculo Vivant, obsecro, teque semper diligant. Lector qui cupis formulam hanc nosse, Capita perquiras apta versorum. Exin valebis concito gradu Sensu cognosci que sim conscripta. Genitrix duorum masculini sexus, Rogo ut ores conditori almo : Erigat ad summum genitorem prolis Meque cum illis jungat in regnum. A littera delta incipe legendo ; Moida hactenus conclusa sunt. Opitulante Ohristo aggrediar opus ceptum. Explicit epigramma operis subsequentis. (1) Pour : Mei. Prologue. Beaucoup de gens ont des connaissances dont je suis privée, moi et les femmes qui me ressemblent. Mais Celui qui ouvre la bouche des muets et qui fait parler les enfants m'est toujours présent. Malgré la faiblesse de mon intel- ligence, je t'adresse ce Manuel. De même que le jeu des échecs est le plus brillant des arts mondains pour un jeune homme ; de même que le miroir d'une femme lui montre ce qui doit disparaître, de son visage et ce qu'elle doit y laisser voir pour plaire à son époux ; ainsi je désire qu'au milieu du tourbillon du monde et du siècle, tu lises fréquemment mon livre. Fais-le en souvenir de moi, aussi souvent qu'on se regarde dans un miroir ou qu'on joue aux échecs. Fais-le, quel que soit le nombre croissant de tes autres livres, et avec l'aide de Dieu com- prends-le. Tu y trouveras ce que tu préfères connaitre, en abrégé ; tu y trouveras aussi un miroir où tu pourras considérer le salut de ton âme, afin de plaire non seu- lement au siècle, mais encore à Celui qui t'a formé du limon. Au milieu des soucis qui m'accablent, ô mon fils Guillaume, je t'adresse des paroles de salut, et mon cœur désire ardemment que tu lises ce qui a rapport à ta nais- sance. Tu le trouveras au début de ce qui suit. Inoipit prolog^us. Multis plura patent, mihi tamen latent, mea?
quoque similes, obscurato sensu, carent intellectu, si minus dicam, plus ego. Adest semper Ille qui ora aperit mutorum et infàntium linguas facit disertas. Quanquam in fragili sensu, inter dignas vivens indigné, tamen genitrix tua, fili, ad te nunc meus sermo dirigitur manualis, ut, veluti tabu- larum lusus maxime juvenibus inter cœteras artium par- tes mundanas congruus et aptus constat ad tempus, vel certè inter aliquas ex parte in sijeculis muliemm demons- tratio apparere soleat vultu, ut sordida extergant, exhiben- tesque nitida, suis in sseculo satagunt placere maritis, ita te opto ut, inter mundanas et seculares actionum turmas oppressus, hune libellum a me tibi directum fréquenter légère, et ob memoriam mei velut in speculis atque tabulis joco, utnounegligas. Licetsint tibi multa adcrescentium librorum volumina, hoc opusculum meum tibi placeat fré- quenter légère, et cum adjutorio omnipotentis Dei utiliter valeas intelligere. Invenies in eo quidquid in brevi cognos- cere malis (1) ; invenies etiam et spéculum in quo salu- tem anima3 tuse indubitanter possis conspicere, ut non solumsœculo, sedEi per omnia po'ssis placere qui te for- mavit ex linio : quod tibi per omnia necesse est, fili, ut in utroque negotio talis te exhibeas, qualiter possis utilis esse sseculo, et Deo per omnia placere valeas semper. Sunt mihi curœ mult;e , ad te, o fili Willelme, verba dirigens salutis, inter (|uas ardens et vigil meus sestuat animusut tibi de tua, auxiliante Deo, nativitate, in hoc codice libelli ex meo desiderio habeas conscriptum, sicutin sequentibus est utiliter prœordinatum. Préface. La onzième année de l'avènement de l'empereur Louis, et le 24 juin, j'épousai, dans le palais d'Aix-la-Chapelle, ton père Bernard. La treizième année du règne de l'em- pereur et le 29 novembre, je t'ai donné le jour. Tu es mon premier-né et j'ai ardemment désiré ta naissance. Au milieu des malheurs croissants de ce siècle, et comme le royaume s'abîmait sous les révolutions et les discordes, l'empereur Louis alla où nous allons tous, et mourut sans achever la vingt-huitième année de son règne (2) .
L'année qui suivit sa mort, naquit ton frère. Sa naissance arriva (1^ Pour mavis. (2) C'est la 27« année qu'il faut entendre. Voir plus bas les notes du 'texte. à Uzès le 22 mars. Ton père Bernard se le fit amener en Aquitaine par Eléfant, évêqiie d'Uzès, et quelques autres de ses fidèles, avant même qu'il eût reçu le bap- tême. Les ordres de mon seigneur vous ont éloignés de moi et m'ont fait faire un long séjour à Uzès, où je me suis réjouie de ses prospérités. Mais le cœur plein de toi et de ton frère, j'ai fait écrire pour toi ce petit livre, selon ma faible intelligence. Praefatiu. Anno féliciter, Christo propitio, XI, domino nostro Ludoico quondam fulgente in imperio (1), concurrente VIII Kalcndarum julii die (2), in Aquisgrani palatio, ad meum dominum tuumque genitorem B[ernardum] legalis in conjugio accessi uxor ; et iterum in XIII anno-regni ejus, III Kalendarum decembrium (3), auxiliante, ut credo, Deo, tua ex me, desideratissime fili primogenite, in sseculo processit nativitas. Volvente itaque et crescente calamitatis miseria hujus sœculi, inter multas fluctua- tiones et discordias regni , imperator prœdictus viam omnium iisse non dii])ium est. Nam infra XXVIII anno regni ejus, non perveniens ad summum, vitam seeculi debitam fmivit (4). Post mortem quoque ejus, in anno sequente, nativitas fratris tui, qui exmeopost te secundus egressus est utero, XI Kalendas aprilis (5) in Uzecia urbe, (1) Louis le Débonnaire fut associé à l'empire au mois d'août 813, et succéda à son père Charlemagne le 28 janvier 814. (2) Cela fait le 24 juin 824. (3) Cela fait le 29 novembre 826. (4) Louis le Débonnaire mourut le 20 juin 840. En retranchant de cette date 27 années pleines, on remonte au mois de juin 813. Or, l'asso- ciation de Louis à l'empire n'est que du mois d'aofit 813. Il n'avait donc pas régné 27 années pleines, même en faisant commencer son règne en 813. On ne peut donc pas admettre le chiffre de Dhuoda, qui nous dit que Louis est mort dans la XXVIIP année de son règne, et il faut rame- ner ce chiffre à XXVII.
(5) Cela fait le 22 mars 841.
Deo miserante, exorta est. Etenim parvulum illum, ante- quam baptismatis accepisset gratiani, dominiis et genitor utri[us]que vestrum B [ ernardus ], imà cum Elefanto, prsedictae civitatis episcopo (1), et cum cseteris fidelibus suis, in Aquitanise partibus ad suam fecit adduci prsesen- tiam. Sed cùm diu, ob abseutiam prsesentiœ vestrse, sub jussioiie senioris mei, in pnedieta cum agone illius jam gaudens residerem ui'])e, ex desiderio utrorumque ves- trum hune codicillum secundùm parvitatis meœ intelli- gentiam tibi transcribi et dirigere curavi, Conlinuatlon de la préface.
Quoique mille obstacles s'opposent à ce que je te voie un jour, te voir est le premier de mes soucis, le seul devant Dieu. Si Dieu me donnait de la vertu, je renonce- rais à ce bonheur. Mais j'y aspire, parce que mes péchés ont éloigné mon salut, et mon âme dépérit de mon désir. Il est sans espoir, car j'ai appris que ton père Bernard t'a confié au roi Charles. Je te recommande de te mon- trer digne de cette faveur par ton zèle poui' ce monarque. Cependant, comme dit l'Écriture, cherche d'abord en tout le royaume de Dieu, et le reste te viendra par surcroît. Item eJuHdem.
Licet ex multis sim occupata angustiis, ut tuum ali- quando intuerer aspectum, tamen hœc ima secundùm Deum in arbitrio Domini constat prior(i). Volueram (2) qui- (1) Le Gallia Christiana (VI, 616) s'exprime ainsi sur le compte de cet évêque : Vivebat Elephantus anno 800, ex Samniarthanis, et adhuc 841, ex nova rerum Occitananum historia, îom. 1 , pag. 531 ; quo scilicet anno Bernardus, dux Septimaniœ, audito svmnconjugem filium alterum in urbe Z^cetica peperisse, jussit eum addtici ad se in Aquitaniam, Elephanti episcopi ministerio.
(2) Je propose de lire : Nolneram, po\iv NoHem, dem, si daretur mihi virtiis de Deo ; sed quia longe est a me peccatrice salus, volo, et in hac voluntate meus marescit (1) animus. Audivi enim quod genitor tuus B[ernardus] in manus domini te commendavit Karoli régis (2) ; admoneo te uthujus negotii dignitatem usque ad perfectum volun- tati operam des.
Tamen, ut ait Scriptura, primum in omni- bus regnum qusere Dei (3), et tune ad[j]icientur ea quse necessaria sunt animée et corpori tuo fruenda féliciter. Explicit praefatio. Table des matières. Incipiunt capitula libri sequentis. I. De diligendo Deum. II. De quserendo Deum. III. De magnitudine Dei. IIII. De altitudine Dei. V. Item ejusdem, de Deo. VI. Itemmoralis ejusdem. VII. Admonitio ejusdem. (1) Pour marcescit . (2) On verra au chap. LXII que le comte Théodoric, oncle dn duc Bernard, après avoir tenu sur les fonts baptismaux son petit-neveu Guillaume, lui avait légué tous ses biens en mourant. Mais son filleul étant encore trop jeune pour les recevoir, Théodoric avait prié l'empe- reur de garder ces biens pour les remettre h Guillaume quand il en serait temps. « Louis le Débonnaire mourut avant d'avoir rempli les intentions du comte Théodoric. Après la bataille de Fontenay, Guillaume vint trouver Charles le Chauve et lui demanda de le mettre en posses- sion des biens qui avaient appartenu à sa famille en Bourgogne, à la condition qu'il se recommanderait d lui, c'est-à-dire qu'il se déclare- rait son homme. Charles le Chauve acquiesça à la demande du jeune Guillaume et l'appela auprès de lui pour achever son éducation mili- taire. » {Histoire générale de Languedoc, nouv. édit., t. Il, note recti- ficative de M. Emile Mabille, p. 273.) (3) Math., VI, 33. (Ici commence le premier fragment du m8i7iuscrit de Nîmes.) VIII. De sancta Trinitate. VIIII. De Me, spe et caritate (1). X. De reverentia (2) orationis. XI. Item ejusdem. XII. De reverentia erga genitorem tuum (3). XIII . Item ejusdem, de pâtre. XIIII. De exemplis patrum p[r]iorum accipiendis. XV. De seniore tuo (4). Alla. Alla. XVI. De consilio accipiendo. Alla. Alia. XVII. Item ejusdem, de consiliariis. Alia. XVIII. Admonitio singularis ad te revertendum. XVIIII. Ad propinquos (5) seniorumtuorum. Alia. Alia. XX. Adoptimates ducum. Ejusdem. XXI. Ut cum magniset minimis flectas (6). Ejusdem. XXII. Ut sacerdotibus honorem impendas.
Ejusdem. XXIII. Admonitio ad mores corrigendos (7). XXIIII. Item ejusdem de quo supra. Alia. XXV. Ut superbiam fugias (8). XXVI. In septemplici dono Sancti Spiritus fréquenter meditare. Item ejusdem (9). XXVII. Admonitio utilis ad comprimenda vitia. XXVIII. Ut contra vitia virtutes opponas (10). XXVIIII. Ut patientiam (11) mentis et corporis teneas. XXX. Ut facile vitia vincas, octo beatitudines (12) ore lege et corde rétine semper. (1) N, Karitate. (2) N, Reverentiam. (3) N, Erffa genitori tuo, (4) N, Seniorem tuum. (5) N, Propinquis. (6) N, Flectes. (7) N, Admoneo ut diversas corrigas mores. (8) N, Superbia fugas. (9) N, In septimplici dona Sancti Spiritus fréquenter militare. (10) N, Obponas. (H) N, Pacientiam. (12) N ajoute les mots : Sicut hic inveneris. XXXI. Ut pauperibus, ciim valneris, adjuves. XXXII. De diversis tribiilationibus. si tibi evenerint. XXXIII. De reconciliando il), si ali(|uid deliqueris. XXXTIII. De diversis teiUationibus, si tibi evenerint. XXXV. Si tribulatio fuerit (2). XXXVI. Si persecutio fuerit. XXXVII. Si nécessitas fuerit. XXXVIII. Si angustia ingruerit (3). XXXVIIII. Si infirmitas. Itemejusdem. XL. Ut in omnibus Deo gloriam des. XLI. Item, comparatio de septem [donis] (4) et octo beati- tudines virtutum conferentium tibi. XLII. Ut quomodo esse possis immaculatus, juvante Deo, ostendo (5). XLIII. Ut vir perfectus esse valeas admoneo. (Le jiremier fragment de N se termine ici.) WA\ . De VU-'" compoti partibus, his qui in te peccave- rint ut dimittas, proponendum dico. XLV. De gemina nativitate scienda. XL VI. Ut in prima nativitate vigeasopto. XLVII. Ut in secunda persévères admoneo. XLVIII. De prima et secunda morte. XLVIIII. Ut mortem primam conspicias denuncio. L. Ut mortem secundam fugias certare. LI. Ut in lectione (6) et oratione vigeas admoneo. LU. De prseteritis, prœsentibus et futuris. LUI. Qualiter pro omnibus gradibus Ecclesiee ores insi- nuo. LIIII. Proepiscopis et sacerdotibus. LV. Pro regiljus et sublimitate eorum. LVI. Pro seniore tuo.
(1) N, Reconciliandum. (2) N omet fuerit à chacun des intitulés des chap. xxxv à xxxvii. (3) N omet ingruerit. (4) P omet donis. N : dona. (5) Ce chapitre n'existe pas dans P. (6) P, intellectione. LVII, Utpro genitore tiio assidue ores admoneo. LVIII. Item,pro omnibus qui sequuiiLur. Conclude in hoc uhi dicitur : « Et pro omni populo sancto Dei. » LVIIII. Ul pro omnibus fideliljus defunctis ores, pro valde Ijonis et pro non valde bonis. LX. Pro [valde malis] in meritis digna invenies quid agas. LXI. Pro defunctis parentibus genitoris tui ora. LXII. Pro domno Theuderico quondam et pro omnibus iterum defunctis, ut requiescant inpace, ora. LXIII . Item specialiter pro pâtre . LXIIII. De articulis etmetrorum compositis. LXV. De litterisAdam et ejusdem sensibus. LXVI, De quinquies ternis benedictionibus in te offeren- tium et manentium semper. LXVII. Item, de eadem re adeundem. LXVIII. De temporibus tuis. Item ejusdem. LXVIIII. Deversis et litteris compositis tuis. LXX. Post verba praescripta, de re publica. LXXI. Ut pro me, tam in corpore volvente quam et post funebra sepulchri, pro salute animse meeeexores rogo. LXXII. Nomina defunctorum suJjtus transcripta. LXXIII. De epitaphio sepulchri mei ut scribas rogo. CHAPITRE I. De l'amour de Dieu. Dieu doit être aimé et loué non seulement par les Ver- tus supérieures, mais encore par toute créature humaine qui marche sur la terre et tend à s'élever. Sois toujours, mon fils, avec ceux qui aiment Dieu et s'efforcent de se rapprocher de lui, afin que tu jouisses avec eux du royaume éternel. Ni toi, ni ceux à qui tu montreras ce livre, ne me con- damnez pour la témérité de mon entreprise. Je ne cesse pourtant de me la reprocher, car je ne suis que misère, cendre et poussière. Les patriarches, les prophètes et les saints n'ont pu, depuis la création , arriver à la pleine intelligence de la parole de Dieu : que pourrai-je donc, moi chétive et de basse naissance ? OAPUT I. De flilig^endo Deum. Diligendus Deus atque laudandus. non solùm a supernis virtutibus, sed etiam ab omni humana creatura quee gra- ditur super terram et ad superos tendit.
Inter quos adhortor te, fili W[illelme], ut, in quantum vales, illa semper per- quiras, ubi cumdignis et aptis Dominumque (1) diligenti- bus, ad certum possis scandere culmen, atque unà cum illis ad regnum valeas pertingere sine fine mansurum. Amen. Item. Rogo ethumiliter suggero tuam juventutis nobili- tatem, quasi preesens, necnon etiam illos ad quos hune libellum ostenderis legendum, ne me damnent vel re- prehendant pro eo quod sim temera in tali subintrare ago- nisatorio acumine laboris, ut tibi aliquid de Deodirigi(2) audeam sermonis. Certè et ego ipsa, considerans casum humanœ fragilitatis meîB, me reprehendere indesinenter non cesso, cùm sim misera, cinisque et pulvis. Et quid di- cam? Sipatriarcliseetprophetse, etC9eterisancti,apr8eterito plasto (3) usque nunc, Ejus non valuerint plenius intelli- gere sacramentorum documenta, quando magis ego, exigua et infimigeneris orta? Et, sicut ait Scriptura : « Cœlum et cœli cœlorum cum prae magnitudinc capere non possunt (4) .» Quid ego imperitissima valeam dicere ? Legimus in Ge- neseo (5) quod cum beatus Moyses ex consortio familiari- tatis sermonum Dei, ejus voluisset intueri vultum, ita (1) Ea interligne : Deumque. (2) Pour dirigere. (3) Pour protoplasto. (4) Paralipom., ii, 6. (5) C'est une erreur : il n'est pas question de Moïse dans la Genèse. alloquens ait : « Si inveni gratiam in conspectu tiio, os- tende mihi teipsum ut videam te. » itcsponsum autem est illi : « Non poteris videre faciem meam, nec enim videbit me homo et vivere potest. (Il » Et si in sanctis ita, quid putas in terris meis similibns ? In liac denegatione conspi- cuitatis valde meus marcescit animus : est etenim seusus. CHAP. IT. De la recherche de Dieu. Toi et moi, mon lils, nous devons rechercher Dieu, car nous existons et nous agissons dans sa volonté. Je le recherche comme une chatte importune recherche les miettes qui tombent de la table de son maître. Celui qui fit parler un animal muet est assez puissant pour me don- ner les lumières qui me manquent.
Sa miséricorde est infinie.
CAPUT II.
De quacrenilo Deum.
Quterendus est Deus, fili, mihi et libi; in illius nutu consistimus, vivimus, movemur et sumus. Certè et ego, quanquam indigna fragilisque, adumbram, ut valeo, eum quairo, etejus adjutorium, ut scio et intelligo, indesinen- ter precor. Est enim mihi valde per omnia necesse, nam solet fieri ut aliquoties importuna catula, sub mensa domini sui, inter calulos alteros, micas cadentes valeat carpere et mandere (2), Potens est enim ille qui os animalis muti loqui (1) Exodus, xxxni, 18 et 20. Ces deux passages ue sont pas reproduits littéralement, (2) Celte image pleine de force rappelle deux passages de la Bible : Matt., IV, 27 ; Nam et catelli edunt de micis quœ cadunt de mensa dom,inoruni suorutn ; et Marc, vu, 2S : Nain et catelli comedunt sub mensa de micis puerorum.
fecit (1), mihi secundum suam sanctam (2) clementiam ape- rire sensum et dare intellectum, et qui parât fidelibus suis in deserto mensam, dansque illis in tempore necessitatis satietatem, tritici mensuram. Potest et meam (3) ancillse suae ex suo desiderio complere voluntatem, scilicet f4) ut sub mensam illius infra sanctam Ecclesiam possim procul cons- picere catulos, hoc est sancti altaris ministres, et demicis intellectus spiritualis mihi et tibi, o pulcher fili W[illelme], pulchrmn et lucidum dignumque et aptum colligere valeam sermonem. Scio enim quod (5) non defecerunt miserationes ejus. Ipse in prseteritis tune, ipse in prsesentibus nunc, ipse in posteris manens, semper hic et ubique est, et esse apud se omnia utilia possibilité!* habet. Apud illum semper esse habetur, dicente illo : « Ego sum alfa et oméga (6). » Et « Ego sum qui sum (7). » Et iterum dicit Scriptura : « Qui est (8). [Alpha] et oméga, etc. »
CHAP. III.
De la grandeur de Dieu.
Il est grand, mon fils, le Dieu qui voit Thumble comme le superbe. L'homme, dans sa faiblesse, veut s'élever, mais alors Dieu s'éloigne de lui. Si l'homme s'humilie, Dieu descend jusqu'à lui. Humilie-toi, et tu seras élevé.
Dieu voit nos actes depuis l'aube jusqu'au soir, c'est-à- dire depuis notre naissance jusqu'à notre dernier soupir, depuis Adam jusqu'au dernier homme. Il sait nos pen- (1) Il y a là une allusion à l'ânesse de Balaam. Voyez Nicm., xxii, 28 : Aperuitque Dominus os asinœ, et locuta est. (2) En interligne : Priscam. (3) Pour Met. (4) En interligne : Saltem. (5) En interligne : Etiam quia. (6) Apocalypsis, i, 8; xxi, G; xxii, 13. (7) Exod., III, 14. (8) Ibid. sées. nos paroles et nos actions. Il connaît ceux qui lui appartiennent, il les tire des bas-fonds pour leur donner son royaume. GAPUT III. De magnitudine Del. Magnus etaltus est Deus, fili, qui humilia conspicit, et alta, hoc est superba, a longé cognoscit. Erigit se fragilis homo et elongatur ab eo sublimis Deus. Iterum humiliât se et Pius descendit ad eum. Tu vero humiliare te ipsura frequens ut exalteris ab Illo semper ; ipse enim meum et tuum cognoscit figmentum et incompositum nostrum, ut ait Scriptura, viderunt oculi ejus, ipse respicit super filios hominum, vidensque si est intelligens aut requirens illum. Et ipse actus conspicit nostros a luce prima in vesperum, hoc est ab ortusolis usque ad occasum, vel certè ab utero egressionis nostrœ usque ad extremum obitus nostri ; sive etiam a luce prima in vesperum, videlicet a primo Adam formato usque ad ultimum nasciturum moriturumque mundi in fmem. Cognoscit quidquid humana fragilitas cogitet. loquatur vel operctur, inter quos novit qui sunt ejus, colligens semper ex ima us(|ue ad summum, tribuens illis regnum et reddens singulis meritis ad bona agonisan- tibusdigna. OHAP. IV. Ue la sublimité de nieu. Personne, comme dit Paul, ne peut pleinement connai' t'.'C la sublimité et la grandeur de Dieu. Malgré ma fai- blesse et mon incapacité, j'entreprends de t'expliquer cette sublimité. CAPUT IIII. De altitiidîue nei. Altitudinem et magnitudinem Dei, fili, ut ait Pauliis, niillus mortalium pleniter unquam cognoscere potiiit nec valiiit (1). Dicit enimipse : « O altitudo divitiarum, sapieii- tise et soieiiti;e Dei, (|iiàmin(*omprehensibilia sont judicia ejus, et investigabiles vite ejiis !
(2j » Et item : « Quis enim cognovit sensum Domini. aiit quis coiisiliarius fuit illi?(3) Aut quis in nubibus cequaljitur ei, vel quis similis illi esse potest? (4) » Su])audis nullus. Quare r* Quum (5) solus sciens corda lîliorum homiuum, et ipse altissimus super omnem terram. Adhuc quanquam fragilis ad umbram habeo tibi insinuandam, fili V[uillelme], quid de Deo altius valeas intelligere, nam conceptum perfectiouis sermonem tenere non possum, nec valeo, nec debeo, jam itaque aggrediar operis similitudinem ex utilissimo sensu composito. CHAP. V. Continuation du même sujet. De Dieu. Un docteur de grand mérite s'exprime ainsi : « Le nom de Dieu, Deus, contient deux syllabes et quatre let- tres. » Quand tu les liras, tu reconnaîtras que le mot Deus a un sens admirable et caché. Quoique ignorante, je commencerai par la première lettre. Ecrite seule, elle a deux sens qui jettent un jour très utile sur la significa- tion générale du mot Deus. Notre D, en effet, s'appelle chez les Grecs A, delta. Suivant leur manière de compter, A vaut 4. Suivant la tradition latine, notre D vaut 500. (1) En interligne : Valet. (2) Rom., XI, 33. (3) Rom., XI, 34; Sap., ix, 13 ; Isaias, sl, 13 ; 1 Cor., ii, 16. (4) Psalm., Lxxxviii, 7. (5) Poui" Quia . Il y a là un saint mystère. Les nombres 1, 2, 3 et 4 res. tent tels par eux-mêmes, mais combinés entre eux ils se transforment en d'autres nombres. Dliabiles mathémati. dens l'ont démontré. 5 fois 5 font 25. Si l'on double 25, on a 50. 5 fois 50 multipliés par 2 font 500. Les deux nombres 4 et 5, qui résultent de la manière dont les Grecs et les Romains ont interprété la lettre D, sont donc contenus dans le mot Deus avec leur sens le plus utile. Cinq rappelle nos cinq sens : la vue, l'ouïe, le goût, l'o- dorat et le tact. Quatre rappelle les quatre éléments des corps : le chaud, le froid, l'humide et le sec. Il signifie encore les quatre vertus : la justice, le courage, la pru- dence et la tempérance. Il y aussi quatre évangiles et qua- tre parties du monde, qui sont l'orient, l'occident, le septentrion et le midi.
Le nombre if rois est un nombre parfait, car il offre la plus haute expression de Dieu : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Il y a trois dons : la pureté de la pensée, la sainteté du discours et la perfection de l'œuvre. Le nombre deux s'entend des deux vies, l'active et la contemplative, ou des deux vertus, l'intelligence et l'action. Nous avons deux devoirs : l'amour de Dieu et l'amour du prochain. Le nombre un est préférable h tous les autres, comme Dieu est préférable à tout. Rapproche des vertus, des éléments et de nos cinq sens, les paroles des saints évangiles et des Pères. En pensant bien, en parlant bien, en agissant bien, crois que Dieu est un dans sa trinité et triple dans son unité. Nul ne peut mesurer Dieu. Il est loué par le chœur des étoiles du matin. Il a posé les fondements de la terre et a resserré la mer dans ses bornes. Il a vêtu la terre de nuées. S'il a pu tout cela, il peut aussi, mon fils bien-aimé, te conduire à la perfection. Citation de Prudence. Nous avons une étrange tendance à nous approprier ce qui n'est t^u'à Dieu. L'un dit : « mon royaume », sans réflé- chir que ce royaume et ses habitants sont à Dieu. Nabu- chodonosor, abaissé et désabusé, avouait que Dieu seul est Roi. Un autre dit : « ma terre », et ne s'aperçoit pas que la terre est au Seigneur, comme les oiseaux de l'air et les poissons de la mer. iSije considère certains de mes parents et des tiens, dont j'ai entendu lire les exploits ou que j'ai vus, peut- être que leur puissance sur la terre n'a pas suffi à leur donner une place auprès de Dieu. Aussi prié-je pour ceux qui ne sont plus de ce monde. Je juge de leur avenir par le mien, quoique chétive, quand la mort me prendra. Toutes choses sont dans la volonté et le pouvoir de Dieu. OAPUT V. Item ejugflciii. De Deo. Dicit doctor, quam magnus est meritis : « Ad nomen qui dicitur Deus, duae continentur syllabae et IIIP"" litterœ. » Cùm lias inveneris et legeris, quid aliud dicis nisi : Deus hoc magnum et admirahile continet sacramentum?
Jam quasi una ex insipientibus, incipiam a prima ejus littera, quid (1) in duobus vocahulis sola expressa utilissimum in ejus nomen continet agmen. D. enim nostra, a quo Dei incipit nomen, apud Grsecos vocitatur A, delta. Nam hic expressa, secundum illorum compoti elementa. quaterna- rium perfectionis continet numerum ; secundum latinita- tem quoque nostram, prsescripta D. quinquies centum erigit ad summum. Et hoc non vacatsacrosanctomisterio. Unus autem, ii, m, et iiii, quamquam in seipsis ita consis- tant , tamen implicati per partes in alium transcendunt numerum. A peritissimis nempe viris patent cuncta. Quinquies quini, XXV. Duplicati itidem, ad quinquagesi- mum transvolant culmen. V** L d*'(2). Quod utrumque, sive secundum subputationem Graecorum, sive secundum latinitatem (3j , utilitatis expressionem omnia in ipsum (1) four gucë. (2) C'est-à-dire Quinquies gulnquaginta duplicati (5 X 50 X 2). Celte phrase est inachevée. Il faut la compléter par D, ou Quingenti, c'est*à-tlire « font 500. » (3; Il s'agit des deux nombres 4 (A), et 5 (facteur de 500 ou de D). continent qui dicitur Deus ; quinariiis a quinque rorporis sensibus, videlicet visu, auditu, gustu, odoratu et tactu, pertinet custodiendum; ([ualernarius vero ad IIIP'', sive per quatuor elementa corporum, hoc est calidam, frigidam, humidam et siccam in se retinendum, sive per IIIP"" vir- tutes , videlicet justitiam, fortitudinem, prudentiani et temperantiam in se custodiendas; vel IIIP'' evangeliorum ; [vel] dicta per quatuor mundi partes, hoc est oriens, occi- dens, septentrio, atque meridies in se intelligenda custo- diendaque agnoscat. Ternarius quoque perfectum terna- rium (I) continet numerum, quod intelligitur ad summum Deus, Pater et Filius et Spiritus Sanctus; sive tria data hsec, scilicet (2j : cogiLatio munda, locutio sancta, opus perfectum, et hœcomnia per ipsum qui dicitur Deus. Dute autem (duœi intelligunliu- vitte, hoc est activa et contcm- plativa, velcerteduju virtutes, intellectus etoperatio, qua^ in duohus pendent mandalis, in dilectionem videlicet Dei et dilectionem proximi.
Unum autem, qui omniaprtecellit, ipsum intellige qui dicitur Deus. Hoc te admoneo ut et in virtutes, et in elementa, et in corporis sensu[s], dicta sanctorum evangeliorum cum aliorum documenta Patrum in tuasemper revolvas mente; ut unum in trinitate et tri- num in unitate, hene cogitando, hene loquendo, henc operando, sine fine posse credas manentem ipsum qui dicitur Deus. Ipse est quem nuUus sestimare potest; ipse est, ut ait Scripturà, quem laudant simul astra matutina et cui omnes jubilant lilii Dei (3). Ipse est qui posuit fun- damenta terrcB (4) et extendit super eam lineam (5), con- clusit mare terminisiG), posuitque nubem vestimenta ejus (7) . Et si talis est et talia cuncta per sœcula régit, potest et tuum, 0 amantissime lili V[uillelme], ad culmen per- (1) En interligne : Trinum, (2) En interligne . Sunt. (3) Job, XXXVIII, 7. (4) Job, XXXVIII, 4. (5) Job, xxxvin, 5. (6) Job, xxxviii, 8. (7) Job, xxxviii, 9, fectionis deducere statum, matrisque (\) cresci admanus (2). Nam, cum ceperis considerare quis, quaiitus aut qualis sit, et non poteris compiehendere vel invenire coopera- torem similem illi, scies per omnia quod (3) hoc (4) est Deus. Ipse, ut ait quidam poeta (5), jussit et creata (6), dixit et facta (7) cœlum teiTa(m)que, ponti fossa, sol[is] glo- bumque et luna (8) . Usus locutionis nostrœ in sœculo talis est ut cujuslibet rem in nostram vertamus potestatem, cum non sit ita. Contendit quis in saeculo et dicit « meum regnum » et « in toto meo regno, » et non considérât quod Domini est regnum et omnium currentium in eo. Nam et Nabugodo- nosor incredulus pessimusque, victus et prostratus et quasi recuperatus, ita alYatus est dicens : « Ipse est Rex imperans et regens, habens potestatem exaltandi, et eos qui in superbia gradiuntur potest humiliare habensque regnum et cui voluerit dabit illud. (9) » Contendit alius et dicit : « Mea est terra, » et non considérât Psalmographi (1) En interligne : Nutrixque. (2) En interligne : Majus. (3) En interligne : Quia.
(4) En interligne : Hic, 1). 1.
(5) Ce poète, que nous retrouverons encore cité dans le Manuel, mais qui n'y est nulle part nomaié, c'est Prudence (Aurelius Prudentius Clemens), poète latin chrétien, né près de Tarragone, en 348. Il fut suc- cessivement avocat, juge, gouverneur de cité, soldat, et attaché à la cour d'Honorius. Vers 406, ayant perdu une partie de sa fortune, il revint finir sa vie en Espagne.
(6) Le sens commande d'ajouter Sunt.
(7) Même observation.
(8) Ce passage, remanié on prose par Tauteur du Manuel, est tiré de trois vers de Prudence, les vers 13 à 15 de VHyynnus omnis horœ. Voici ces vers :
Ipse jussit, et creata, dixit ipse, et facta sunt • Terra, cœlum, fossa ponti, trina rerum machina, Quseque in his vigent sub alto Solis et Lunse globo.
(Aurelii Prudentii Cathemerinon Liber, ix, Hymnus omnis horœ.) (9) Cette citation donne le sens, mais non le texte de Daniel, m, 100, et IV, 31.
dictum : « Domini est terra; (t) Domini sunt volucres etiam et pisces qui dant saltus et per semitas ambulant maris. (2) » In manu etenim ejus sunt omnes fines terrœ, regensque et ordinans cuncta habitantes in ea. Ista contendenles in seculo dicimus et dicunt : « Nostrum (3) est, et cetera ».
Verum dicunt quod est et non est, habent et non habent, est ad modicnm sed non semper, habent ad tempus sed non pmne tempus. Considero quos audivi légère, etiam et vidi, aliquos ex parentibus meis tuisque, lili ^"[uillelme], qui fueruntin seculo quasi potentes, et non sunt fortasse apud Dominum (4) pro meritis dignis ; sed, nisi corporaliter con- versantes in mundo, pro bis atque aliis supplex dico. In me etenim, licet minima considerans ista, casuque acci- dentimortali, aspicio ventura. Prieterea, Ipse est timendus amandusque et certissimè immortalis credendus, qui sine diminutione semper est Rex potens, imperans et faciens quœcumque vult. In volunlate etenim et potestate ejus cuncta sunt posita. Non est qui ejuspossit resistere volun- tati, dicens : « Quare sic fecisti? » Deus universorum ipse est; ipsius est potestas regnumque et imperium.
De qua potestate et regno sanctissimus Daniel firmiter dixit : «Potestas ejus, potestas ieterna qua; non auferetur et regnum quod non corrumpetur (5), » et multa. CHAP. VI. Continuation du même sujet. Iforalc. Vase fragile, qu'ajouterai-je ? Je vais emprunter les pensées des autres. Quand même le ciel et la surface de la terre se dérouleraient pour nous à travers l'espace comme une peau de parchemin ; quand même les abîmes de la mer nous apparaîtraient desséchés ; quand même (ce qui est contraire à l'ordre de la nature) tous les habi- (1) Psalm., xxin, 1. {2) Pmlm.,vm,9. (3) En interligne : Meum. (4) En interligne : Deum. (5) Dan., vu, 14. Voyez encore Dan., iii, 100 et iv, 31. — es- tants de la terre, nés depuis l'origine jusqu'à présent, auraient été ou seraient des écrivains faisant honneur à l'humanité ; alors même nul ne pourrait comprendre la grandeur, la largeur, la hauteur et la profonde sublimité du Tout-Puissant, ni retracer sa divinité, sa science, sa piété et sa clémence. Crains et aime Dieu de tout ton être. Crois que Dieu est dessus, dessous, dedans et dehors. Il est supérieur, parce qu'il nous régit tous. Il est infé- rieur, parce qu'il nous porte tous. Il est intérieur, parce qu'il nous remplit tous de ses biens. Il est extérieur, parce qu'il nous entoure tous d'un rempart inexpugnable. Moi Dhuoda, ta mère, quoique méprisable par la peti- tesse de mon entendement, je crois tel le Dieu qui est béni dans les siècles. Amen. OAPUT VL [Item I moralis [ejusdem] . Etquid, situla fragilis, dicam? Jam me quasi sociamad plures convertam. Certe, si polus et arva in modum artis (1) membrante extensse per aéra essent, et potenti (2) concava intinctis (3) diversis firma (4) mutata fuisset, atque ipsi orbi cultores cuncti nascentes in mundum, ob ingénie humanitatis augmentum omnes fuissent scriptores, de initio usque nunc, quod est contra naturam impossibile, comprehendere non valerent Omnipotentis magnitudinem et latitudinem altitudinemque et sublimitatis profundita- tem, atque divinitatis, scientiee et pietatis clementiee nar- rari illius qui dictus est Deus.
Cùm talis et tam magnus est ut nullus essentiam illius comprehendere valeat, hortor te ut timeas et diligas eum ex toto corde, tota mente, toto intellectu, et in omnibus viis atque operibus tuis, ipsum (1) En interligne : Cutis, b. 1. (2) En interligne : Ponti, b. 1. (3) Je propose de lire exstinctis, desséchés. (4) En interligne : Forma, b. 1. benedic et décanta : « Quàm bonus, quàm in seculum misericordia ejus ! » Item. Credo (I) eum supter, siibtus, infra et extra; ipse est enim superior, subterior, interior et exterior. Superior, quia omnes pr.nesidet et régit. Ipse est excelsus, et, ut ait Psahuista, super omnes coelos gioria ejus (2). Subterior, qui[a] omnes nos portât : in illo vivimus, movemur et sumus, et in illo subsistimus semper. Interior, quia omnes bonis suis replet et satiat, ut scriptum est : « De fructu operum tuorum satiabitur terra (3) ; et repies omne animal bene- dictione (4). » Exterior, quia omnes nos muro suo inexpu- gnabili circumcingit , munit , protegit ac défendit, ut scriptum est : « Muro cingit et in modum senti inducit corona. » Ego enim genitrix tua D[huoda], licet vilis»se- cundum parvitatem et capacitatem sensus intelligentise meœ, talem credo illum qui est Deus benedictus in sœcula. Amen. OHAP. VIL Continuation du même sujet. Avertissement. Je t'avertis encore, ô mon bel et aimable enfant, d'ac- quérir, au milieu des préoccupations du siècle, les livres qui contiennent sur Dieu ton créateur l'enseignement des docteurs et des maîtres sacrés. Tu y trouveras plus et mieux que ce qui est écrit ci-dessus. Implore et chéris Dieu. Alors il sera pour toi le gardien, le duc, le comte, la patrie, la voie, la vérité et la vie, te comblant des biens de ce monde et apaisant tous tes ennemis. Pour toi, comme il est écrit dans Job. ceins tes reins, sois humble de cœur et chaste de corps. Dhuoda doit t'être toujours présente, mon fils. Si je viens à te manquer, il te restera mon livre, où tu pour- ras me retrouver comme dans un miroir. Tu y apprendras (1) En interligne : Crede, b, 1.
(2) Psalm., VIII, 2. (.3) Psalm., cm, 13. (4) Psalm. y cxnv, 16. tes devoirs envers moi. Tu auras des docteurs dont ren- seignement sera plus varié et plus élevé ; mais tu ne trouveras que dans mon livre l'ardent amour de ta mère pour sou premier-né. Lis-le, comprends-le. ai)plique-le, instruis ton jeune frère, dont j'ignore encore le nom, lorsqu'il aura reçu la grâce du Laptôme, instruis-le dans le bien et aime-le. Montre-lui ce Manuel, entrepris par moi et écrit pour toi, lorsqu'il saura parler ou lire, et accompagne tes lectures de conseils. Car ton frère est ta chair. Moi Dhuoda, votre mère, je vous avertis tous deux d'élever vos cœurs quand vous soufFi-irez des épreuves du monde. Regardez alors Dieu régnant aux cieux. Que le Tout-Puissant, dont je fais de si fréquentes mentions quoique indigne , vous rende heureux sur la terre avec votre père Bernard mon seigneur. Quand vous aurez ter- miné le cours de votre vie, qu'il vous introduise dans le ciel au milieu des saints. Amen. GAPUT VII. Item, admoiiifio ejusdeni. Admoneo te ctiam, o lili mi V[uillelme] pulchre et ama- hilis. utinter mundanas hujussseculi curas, plurima volu- mina lihrorum tibi acquiri non pigeas, ubideDeo creatore tuo(rum) per sacratissimos doctorum magistros aliquid sentire et discere debeas.plura atque majora quam supra scriptum est. Ipsum obsecra, dilige et ama. Quod si fece- ris,erit tibi custos, dux, commisericors (1) (et) patientia(2), via, Veritas et vita. tribuens tibi prospéra in mundo largissimè, et omnes inimicos tuos convertet ad pacem. Tu autem, ut scriptum est in Job, accinge lumbos tuos (3), sis humilis corde castusque et corpore, atque, erectus in sublime, esto gioriosus valdè et speciosis iuduere ves- (1) En interligne : Cornes, b. 1. (2) En interligne : Patria, b. 1. (3) Job, xxxviii, 3, et XL, 2. tibus (1). Et quidplura? Ilortatrix tua D[huoda] semper adest, fili, et si defuerim deflciens, qiiod fiiturum est, habes hic memoriale libellum, 0''. M'^. R. (2), ut quasi in picturam speculi, me mente et corpore legendo et Deum deprecando intueri possis, et quid erga me obsequi de- beas pleniter intueri potes, Fili, habebis doctores qui te plura et ampliora utilitatis doceant documenta, sed non jfiquali conditione, animo ardentis in pectore, sicut ego genitrix tua.
Fili V[uillelme] primogenite, hœc verba a me tibi directa lege, intellige et opère comple, fratremque tuum parvulum, cujus modo inscia suni nominis, cùm bap- timatis in Oliristo acceperit gratiam, insinuare, nutrire, amare, ac de bono in melius provocare non pigeas, atque hune codicillum manualis a me comprehensum, et in tuo nomine conscriptum, cùm perfectum loquendi vel legendi acceperit tempus, illi ostende, et admone legendo. Caro- lus (3) etenim (4) frater tuus est. Admoneo vos jam quasi utrosque egoD[huoda] genitrix vestra, ut, inter mundanas sseculi curas oppressi, saltem ad tempus sursum teneatis cor ; aspicite rcgnantem in celis illum qui dicitur Deus. Ipse vos omnipotens, cujus quanquam indigna mentionem facio frequens, unàcùm genitore vestro domino et seniore meo B[ernardo] in sgeculo prsesenti faciat felices atque jocundos, prospère in omniljus agentes, et post expletum hujus vitce cursum, polum faciat cum sanctis introire lœtan- tes. Amen. OHAP. VIII. De la Plainte Trinité. La Sainte Trinité se compose du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Je n'ose ni ne puis, dans ce chapitre, trai- (1) Joh, XL, 5. (2) Faut-il voir dans ces sigles ob memoriam rei ? (3) Ed interligne : Caro, b. 1. N'oublions pas que Dhuoda ignore le nom de son second âls. Elle ne peut donc le nommer Charles. Je pro- pose de lire Caro Wa. (4) En interligne : Enim et. ter ce sujet. Lis les ouvrages des Pères orthodoxes, et tu y trouveras ce qu'est la Trinité. Quand tu l'auras trouvé, grave-le fortement dans ton cœur et dans ta foi. Les saints Pères, en effet, avant la venue du Christ, ont con- templé la Sainte Trinité comme dans un miroir. L'un d'eux, assis à l'omhre d'un chêne vert, vit venir à lui trois hommes. Ils lui parurent semhlahles à la Sainte Trinité, et il leur parla à tous trois comme à un seul. Il les vit trois et les adora comme un seul. Les enfants envoyés dans la fournaise adorèrent la figure de la Tri- nité et méritèrent par là de sortir sains et saufs. Quoique le nom de chacune des personnes de la Trinité la désigne particulièrement, il en contient un qui les désigne toutes les trois, il contient Dieu.
Crois fermement ce que tu trouveras dans mon livre, afin d'éviter le feu éternel et d'être admis au rang des élus, avec les enfants échappés delà fournaise. Amen. CAPUT VIII. De [iSancta] Trinitate. Sancta ergo Trinitas, lili A'[uillelme], ut legimus, hoc est quod est Pater et Filius et Spiritus Sanctus. Quid tihi in hac particula hujuslibelli valeamconscriherenecaudeo necpossum. Lege volumina ortodoxorum Patrum, et quid sit Trinitas invenies. At tucùm inveneris, lege, crede, fir- miter tene, nam Patres sancti hanc habuerunt sollicitudi- nis curam, ut Sanctse Trinitatis mysteria indesinenter perquirerent, inventa crederent, firma tenerent. Multi autem ex eis ante adventum Domini et Salvatoris nostri Christi, ita (1) figuram Sanctœ Trinitatis contemplantes quasi per spéculum, ad summum confitehantur atque ado- rabant. Unde unus ex liis. cum suh ilicem sederet in ani- hre (2), très ad se descendere perviam venisse perhihetur (1) En interligne : Jesu. (2) Pour in umbrâ. viros, quos in specie summie Tiiuifntis conspiciens. sic tribus quasi uni loquitur, et caetera. Très vidit et unum adoravit. Unum in trinitate et trinuni in unitate, hoc est Trinitas. Et alius quidam Patrum, cujus nomen, ut credo, tibi non latet, in suis carminibus ita affjitus est, dicens : « Benedicat nos Deus, Deus noster, benedicat nos Deus (I).» Quod dicit primo Deus, ostendit Patrem. Cum dicit ite- rum Deus, ostendit Filium. Cum dicit tertio Deus, os- tendit Spiritum Sanctum. Cum dicit singulariter : « Et metuant eum omnes fuies terrœ (2) », ostendit unitatem in Trinitate, et Trinitatem in unitate veram esse credenclam, confitendam firmiterque adorandam. Et alii plures de hoc mysterio plura scripsisse feruntur, nam de prœdicta Tri- nitate Paulus, prgedicator egregius, fiducialiter aieba(n)t dicens : « Quum ex ipso, et per ipsum et in ipso sunt om- nia(3). » Cum dicit ex ipso ostendit Patrem, per ipsimi, Filium, cumipso, Spiritum Sanctum. Cum dicit ipsi gloria hoc est quod supra, ostendens trinum et unum in divini- tatis potentia aequaliter manentem.
Etiam (4) pueri in camino ignis missi, sanctse Trinitatis figuram adorantes, evadere meruerunt iUœsi. Tu ergo, fili, crede in quan- tum vales Patrem et Filium et Spiritum Sanctum. Quàm illorum divinitas et gloria œqualis est et coaeterna majes- tas ! Quod (5) qualis Pater, talis Filius, talis et Spiritus Sanctus. Et quanquam in personis singulorum nomina singillatim teneant nomen , tamen naturaliter horum nomen continet (6) trinum, qui dicitur Deus. Hoc est Trini- tas, Pater et Filius et Spiritus Sanctus. Et licet longum sit illorum proprietates tibi conscribere per singula, hoc te admoneoutita credas, âmes etdiligas. Sic (7) in hoc opus- culo parvitatis mese inveneris, tene, crede, et opère comple, ut ab incendio œternarum flammarum eripi possis, et in (1) Psa /m., Lxvi, 7 et 8. (2) Psalm., Lxvi, 8. (3) Rom., XI, 36, (4) En interligne : Nam et. (5) En interligne : Quia. (6) En interligne : Cantine titr. (7) En interligne : Sicut. electorum consortio. cum pueris ex igné evasis, merearis juiigi ad regiium sine fine mcinsurum. Amen. CHAP. IX. Do la Foi, de l'Espérance et de la Charité. Quoique la charité vienne la dernière dans cet intitulé, qui est celui de tous les livres, elle est cependant la pre- mièi;e et la plus précieuse de ces trois vertus. Leç choses de la terre doivent t"éclairer sur les biens du ciel. Tu te réjouiras d'obtenir les biens du siècle. Je t'en- gagea régler tes désirs sur la possibilité de leur succès. Mais il faut, avant les biens terrestres, rechercher ce qui est nécessaire à ton âme. Dis avec le Psalmiste : « Que ma part, Seigneur, soit dans la terre des vivants. » Considère, mon fils, ce qui est élevé et sublime. Demande par la foi, cherche par l'espérance, touche par la charité celui qui s'appelle Dieu. La charité est la vertu suprême et parfaite. Elle signifie grâce et tendresse. Dieu est charité ; celui qui aime la charité vit en Dieu, et Dieu vit en lui. Que le Seigneur nous accorde le banquet et la demeure des bienheureux à ton père, à vous nos lils.
et à moi. Amen. OAPUT VIIII. De flde, spe et charitate. Licet ita (1) sint in voluminibus librorum conscripta, ta- men una est et summa quse dicitur charitas. Spes dicta ab sperando rem quam nondum habes ; sed speras ut nunc (2) perveniat. Quidquid enim tenes non speras, quod (3) jam utilitatem sentis habendi. Fides a fidendo dicta. Rem, (1) En interligne : Tria. (2) Bd interligne : Tibû (3) FoMiquia. videlicet tibi artem cujiislibet acquii'^nrli negotii, cumnon habes, speras ; cum habiieris, tenes, et Mus inde es quod (I) hoc quod ab desiderio sperabas jam tenes ex utilitate; et restât sola possidendi voluiitas, hoc est chantas, dicente Apostolo : spes. tides, charitas. Ita (2) hcec, major autem bis est charitas. Docelit, lili, terrena qu.-B sunt cœlestia. Tu cum pulsaveris in saîculo et acquisieris, gaudebis, sicut mos est ; hortor te et admoneo ut petitio vehiti (3) acquisi- tio tua sit. Non sohun hic, sed etiam in futuro ea diligenter quœras quœ aninitie tute sunt necessario exigenda. Potes ista, queere iUa. Die cum Psalmista : « Portio mea. Domine, sit in terra viventium. (4) » Crede in illo et citiùs evenient tibi bona. Spera in Domino et fac bonitatem. Subditus esto illi et ora fréquenter. Delectare in illo et dabit tibi petitiones cordis tui, etc. Tu ergo, lili V[uillelme], ea semper perpende quœ alta sunt et suljlimiora. Quod si fe- ceris, merueris pascere in deliciis ejus qui (5) plus et mise- ricors esurientes et quœrentes se in veritate omnibus replere dignatur bonis. Crede ut supra Patrem Trinita- temque. Pete per fldem, quœre prospère (6), puisa per cha- ritatem, illum videlicet qui dictus est Deus. A quo bona cuncta speras accipere, quœre cogitando, pete loquendo, puisa operando. Hiec ita (7j agendoad sum- mam et perfectam venies quse dicitur charitas. Nam cha- ritas graecè, latine dicitur dilectio. Utrumque ad summum continet pertinendum qui adoratur etcolitur Deus. « Deus enim, ut aiunt Scripturse, charitas, et qui manet in cha- ritate in Deo manet, et Deus in eo (8).
» Tu ergo, fili V[uillelme], ama illum etamabitte, dilige illum et diliget te. Dicit enim ipse : « Ego diligentes me diligo, et qui mane (1) En interligne : Quia. (2) En interligne : Tria. (3) En interligne : Vel. (4) Psalm., cxLi, 6. (5) En interligne : Quia, m. 1. (6) Pour : per spem. (7) En interligne : Tria. (8) Joan., IV, 16, vigilaverint ad me, invenient me (1). » Et iterum : « Ecce ego sto ad ostium et pulso : si quis surrexerit et aperuerit mihi, intrabo ad illum et cœnabo cum illo, et ille mecum (2) ; diligamque eum spontanée (3) ; et non solum ego, sed et Pater meus diliget emii, et ad eum veniemus, etapud eum mansionem faciemus. (4) » Adquam cœnam etmansionem genitorem cum prolis additàmque et me plus Dominus pro sua pietate perducere dignetur. Amen. CHAP. X. nu respect dans la prière. La prière est dite oraison, parce qu'elle est la raison de la bouche, oris ratio. Le respect, reverentia, s'adresse à l'objet respectable, rem uenerabîiem, que nous devons rechercher par un intime sentiment du cœur et par un pur mouvement de la raison. Si nous avons une grâce à deman- der à un grand de la terre, nous ne le ferons pas avec inso- lence, mais avec humilité.. Combien plus devrons-nous être respectueux en nous adressant au Créateur et au dis- pensateur de toutes choses ! Moi, la tiède et négligente Dhuoda, je ne me plais ni dans une longue, ni même dans une courte prière. J'espère cependant en Celui qui a donné à ses fidèles la permission de le prier. Pour toi, mon fils Guillaume, prie Dieu en peu de mots, d'une prière ferme et pure. Prie non seulement h l'église, mais partout où la circonstance le voudra. Prie de la bouche, cric du cœur, demande par tes œu- vres, afin que Dieu te secoure le jour et la nuit. Prières à dire au lit. Après ces prières, fais le signe de la croix sur ton front et sur ton lit, en mémoire de la croix de Celui qui t'a racheté. Que la bénédiction du Père, du Fils et du Saint-Esprit descende et demeure sur toi perpétuellement (l)Prot>., vm, 17.
(2) Apoc, m, 20. (3) Oseœ, xiv, 5. (4) Joan., XIV, 23. et sur ton frère. Que cette croix et cette bénédiction soient toujours avec ceux dont la fragile Dhuoda fait plus haut fréquente mention. Comme la rosée d'Hermon rafraîchit la montagne de Sion, ou comme le parfum répandu sur la tète d'Aaron embaume jusqu'à sa barbe, ainsi reçois la grâce de Jésus de Nazareth, fils de Dieu. Qu'elle descende et demeure sur toi partout où tu iras, et sur ton frère, qui est sorti de mon sein après toi. Lorsque, avec l'aide de Dieu, tu te lèveras le matin, ou lorsque tu en auras le loisir à toute autre heure, dis trois fois le nom de Dieu. Ensuite, l'oraison dominicale. Ente levant, chausse-toi, suivant la coutume, et prépare-toi par l'évangile de paix. Chante les heures canoniques. Achève ton office, car il est écrit : « Sept fois par jour je t'ai loué. » Dis tes chapitres dans l'ordre où tu les sauras le mieux, ou comme ils te viendront, mais achève-les toujours. Dis les oraisons suivant les convenances des heures. Alors, au nom du Dieu souverain, tu te rendras à l'accomplissement de ton service temporel, et tu accompliras, soit les ordres de ton seigneur et père Bernard, soit ceux de ton seigneur Charles, à condition qu'ils n'aient rien de contraire aux ordres de Dieu. CAPUT X. De reverentia orationis. Oratio dicta quasi oris ratio. Dicta autem reverentia ad rem venerabilem cum intimo cordis et puro rationis affectu qurerendam. Et si homini terreno potentiori nos aliquam utilitatem, magnam vel parvam, volumus petere ut det, non superbiendo nec in strepitu clamoris petimus mur- murando, sed humiliando rogamus , ut hoc quod quse- rimus jubeat dari. Quanto magis conditori (1) et largi- tori (2) omnium bonorum summo cum honore orandus (\) Pour Conditor, [2) Four Largitor, est, petendi, quœrendi. inveniendi (1). quod non in voce clamosa vel (2) longa protrahendo verba, sed in summo et Lrevi affectu cum silentio qujerendiim est ut sua det, tri- buat, largiatur. ac quod petimus concedere dignetur !
Nam Patres sancti antiquis lemporibus largas protrahebant orationes,et pure petentes adcertumperducebant afîectum. Quare? Quod (3) pro meritis digna cum Doiiiino semper erant assuidi. Ego autem tepida et desidiosa D[huoda] fra- gilisque et declinans semper ad yma, non solum longa sed nec brevis mihi delectatur oratio. Spero tamen in illuni qui fidelibus suis licentiam Iribuit petendi. Tu autem, fili V[uillehue], pete cum etora in brevi et lixo puroque ser- mone. Die non solum in ecclesia, sed ubicumque tibi per- venerit (4) eventus ora, et die : « Miserator et misericors, justus piusque. clemens et verax, miserere plasmae tuœ quam creasti et sanguine redemisti tuo, miserere mei, et concède ut ambulem in viis atque justiticationibus tuis; de mihi memoriam et sensum ut te intelligam cred|3re, amare, timere, laudare, gratias agere, et in omni opère bono perlicere per rectam lidem et bonam vokuilatem. Domine Deus meus. Amen. » Oraore, clama corde, roga opère, ut tibi Deus succurrat semper diebus et uoctibus, horis atque momentis. Cum quieveris in lecto, die tune : « Deus in adjutorium meum intende. Domine, ad adjuvandum me festina (5). » Et « Gloria « usque in finem ; deinde Orationem Dominicam. Qua expleta, die : « Custodisti me, Deus, per diem, cus- todi me et in bac nocte, si jubés, et sub umbra alarum tuarum merear esse protectus, Spiritu Sancto repletus^ munimine regio septus, angelorumque custodia circum- datus, ut in bac nocte, quamvis parum quiescens, somnum capiam pacis ; et si quando evigilavero, infra te per sopo- rem sentiam custodem, qui beato Jacob innixus appa- ruisti scalœ Salvator. » Cum hoc compleveris, fac crucem (1) Ponr jietendus, quœrendus, inveniendus. (2) En interligne : Nec. (3) En interligne : Quia. (4) En interligne ; Ptoveaeru, (5) Psalm., LXix, 2. in fronte et super lectum timm in similitudinem cnicis illius a quo redemptus es hoc modo : i-f" , ita dicendo : « Crucem tuam adoro, Domine, et sanctam resurrectionem tuam credo. Crux tua sancta mecum.
Crux est quam ut cognovi, semper amavi, semperque adoro. Crux mihi salus, crux mihi defensio, crux mihi protectio, semper refugium. Crux mihi vita, mors tibi, diahole, inimice veritatis, cultor vanitatis ; crux mihi vita, mors tibi sem- per. » Et item : «Tuam, Domine, >+• crucem adoro, tuamque gioriosam passionem recolo, qui dignatus es nasci, pati, mori ac resurgere a mortuis, qui cum Pâtre et Spiritu Sancto ^> . « Benedictio Patris et Filii et Spiritus Sancti descendat et maneat super me (1) [in] perpctuum et super fratrem (2) tuum, W[illelme], minimum; ac (3) ista crux atque benedictio sit semper cum illis cujus super (4) mentionem ego fragilis D[huoda] facio frequens ; et sicut ros [H]ermon qui descendit in montem Sion, (5) vel sicut unguentum in capite fusum declinan[s]que in Inirbam Aaron (6), ita inlusio Jésus Nazareni, fllii Dei, descendat et maneat super te ubicumque perrexeris, et super fratrem tuum, qui post te ex meo secundus egressus est utero. Quod si plus, Deo auxiliante, fuerint, id consequantur una ubicumque (7), quod a me invocatum est supra, praes- tante et adjuvante Illo qui vivit et régnât per intinita semper ssecula sseculorum. Amen. Item. Cum, auxiliante Deo, surrexeris mane, vel qua hora tibi permiserit tempus, die iterum tertio : « Deus », ut supra. Deinde Orationem Dominicam. Qua expleta, die : « Rex meus et Deus meus, exurge, adjuva me, intellige clamorem meum. Quum ad te oro mane, exaudi vocem meam, surge et intende judicium meum, ut sis hodie (1) Il faut lire te. (2) On a etfacé ces quatre mots dans P et on les a remplacés par ser* vum, ce qui est une correction malheureuse. (3) On a effacé ac et ou a mis amen. Même observation. (i) En interligne ; Supra. (5) Psalm., cxxxii, 3. (6) Psabn., cxxxii, 2. (7) En interligne : vobiscum, h. 1. prsestans (1) in causa mea. Dons mous. » Et quid pliira, fili ? Surgens calcia te, ut mos est ; para te in preepara- tione (2) Evangelii pacis. Décanta horas canonicas, comple officium tuum, ut scriptum est : « Septies in die laudem dixi tibi (3).
» Die per omnis pra^parationis tuas capitulas, (4), sicut melius nosti, vel sicut inveneris, Completis ut supra, die orationes per proprietates horarum, etc (5). Tune in nomine Dei summi egredere in servitio tibi adcres- cente temporali, aut quod domnus et genitor tuus jusserit B[ernardus], aut senior pr?eceperit faciendum K[arolus], ita tamen si Deus permiserit. CHAP.XI. Même sujet. Lorsque tu sortiras, aie Dieu dans ta pensée, fais le signe de la croix et dis : « Aie pitié de moi. Père céleste, et dirige aujourd'hui mes pas dans tes sentiers, etc. » XL Item [ejusdem]. Cum egrederis foras, in mente habe Deum cum signo crucis et die : « Miserere mei, pius Pater, etperfice hodie gressusmeos in semitis tuis (6j. IIL Deduc me in via tua et dirige in veritate tua (7). Adjuva me, Deus meus, hodie et semper, ut non mihi occurant calumnise, necdominetur in me omnis injustitia, sed lœtifica cor meum gradiens in bonlim , quatenus ea agendo qujfi tibi placita sunt , merear, te auxiliante, ad vesperum pertingere. » Dicam- (1) En interligne : prœsens, (2) Exercice, lecture, méditation, (3) Psalm., cxviii, 164. (4) Je propose de lire : Die, per omnes prœparationes, tua capitula, (h) En interligne : Et,. {6) Psalm., XVI, 5. (7) Psalm., Lxxxv, 11. que (1) : « Benedictus es, Domine Dens, qui adjuvasti me et cousolatus es me (2j. Tu es Lenedictus a quo cuncla bona procedunt, qui vivis, elc. ». CHAP. XII. Du respect que (u tloi!; avoir pour ton père. Je vais m'e [forcer de l'apprendre la crainte, l'amour et la fidélité que tu dois à ton seigneur et père Bernard, pré- sent ou absent. Le docte et très sage Salomon t'avertit d'honorer ton père. Afin de vivre longtemps, honore ton père et prie pour lui assidûment. Sans lui, tu ne serais pas. Obéis à ses avis. Soutiens sa vieillesse. Ne contriste pas sa vie et ne le méprise pas dans ta force. Ne commets jamais ce crime. Que la terre recouvre plutôt mon corps. Mais je ne crois pas que cela arrive à ton père, et je ne parle pas ainsi parce que je le crains.