Liber Manualis (Manuel pour mon fils) (page 6)
lxvi et lxvii. Ici seulement commence le chap. lxvi dans P. (4) Pour protoplasto. (5) Il faudrait générât ionu7n, mais il faut lire gentium, comme dans répitre de Paul. (6) Ce passage est un arrangement de Rotn., xi, 25 et 26. (7) Pour has. (8) Pour Qitum. (9) Pour crescunt. (10) Voir aux Éclaircissements, viii. (11) Il s'agit des frères de Rebecca, la future femme d'Isaac. (12) Gènes., xxiv, 60. La Vulgate porte : in mille millia. et Rebeccœ conferentem, in Jacob te henedicens, crux (1) benedicat. Amen. Et in virtutis (2) aptis crescat (3) atque multiplicet (4). Amen. CIIAP. LXMI. Même sujet. Que Dieu te donne en abondance la rosée du ciel et la graisse de la terre. Qu'il soit pour toi un puissant défen- seur contre tes ennemis. Enumération des bénédictions que Dliuoda désire pour son fils. La dernière bénédiction est ainsi conçue : Sois béni au début et à la fin de ta jeu- nesse, sois béni dans ta vieillesse et jusqu'au port des âmes. Atteins-y, entre un million, par une marche heu- reuse et par le combat du salut. Amen. LXVII. [Item, de eadetii i*e ad eunidem]. Donet tibi de rore cœli et de pinguedine terrae abundan- tiam. Amen. Prumentum vinumque et oleum fruenter cum cunctis ti])i redundent. Sit tibi adjutor et contra omnes inimicos tuos fortissimus defensor. Secundum ora- tionem cujusdam conferentem in subditis oratrix tibi, nobilis puer, adsisto. (LXVIII) [I,] Benedictus tu in civi- tate ; II, Benedictus in agro ; III, Benedictus in aulam ; ITII, Benedictus cum genitore et benedictus cum fratre; X, Benedictus cum magnis et benedictus cum minimis ; VI, Benedictus cum senioribus et benedictus cumjunio- ribus; X (5), Benedictus cumcnstis et benedictus cum con- (1) Pour crucet (2) Pour virtutibus. (3) Ponr crescas. (4) Pour tnuUiplices. (à) Il manque dans P les bénédictions VII ù. IX et XIV à XV. tinentibiis ; XI, Benedictus cum sobriis et benedictiis ciim vigilantibus digne; XII, Benedictus etiam fruetur (l) terrse tuée; XIII, Benedicta juventus tua, egrediens et re- grediens, et ad senectam et senium perveniens atque ad portum animarum, una cumsalutis agone in mille millia cursu valeas pertingere felicior.
Amen. CHAP. LXVIII. Des époques de ta vie. Tu as déjà seize ans accomplis. Simon second fils avait le même âge, j'écrirais pour lui un autre livre. Si je te voyais parvenir à l'âge de trente ans, j'entrerais dans des développements plus étendus et plus approfondis. Mais la mort approche de moi et la détresse épuise mon corps. Aussi, prévoyant que je n'irai pas jusque-là, je me suis hâtée de composer le présent livre pour te servir à toi et à ton frère. Je t'exhorte à y puiser toujours ta nourriture, et à t'y désaltérer comme à un breuvage parfumé de miel. La date de mon mariage avec ton père, la date de ta nais- sance, aux approches des calendes de décembre, tu y trou- veras tout cela. Depuis le premier vers de ce livre jusqu'à sa dernière syllabe, sache que tout est écrit en vue de ton salut. Pour connaître les matières traitées, lis les titres des chapitres : tu comprendras plus aisément le texte de ces chapitres. Les vers qui précèdent ou qui suivent, je les ai dictés moi-même, avec tout le reste, pour ton esprit et ton corps, et je ne cesserai de t'exhorter à les lire et à les a^Dprendre par cœur. (1) Pour fructus. LXVIII. [ne temporibiisi dits.] Qua(lrans( 1) in quatuor jam habes annos uscfue pcrductos. Si proies secundus (2) tôt tempus haberet, In sui personam illi alium transcriberem libellum ; Et si tantum et aliud tantum, et médium dimidii tan- tum(3), In annis volvens, ut speciem cernerem tuam, Fortiora tibi in verbis prolixis copulare[m]. Sed quia tempus resolutionis non tardât me meum, Et œgritudo angustiarum corpus undique conterit, Istumtibiet fratri, ut prosit, quod collegi festinans, Sciens me ad tempus priedictum pervenire non posse (4), (Ici commence le neuvième et dernier fragment de N) Velutmellifluumpotum, favisque (5) permixtum, In cibum oris, ut dégustes (6) semper ad[h]ortor. Tempus namque ex quo ad genitoremtuumperveni, Vel tuus ex nobis in sseculo processit status, Kalendis mensarum(7), cuncta feruntur in nobis (8). Ex primo namque hujus versu libelli, Usque ad ultimam ejusdem sillabam (9j, (1) Pour Quadrantes.
(2) Pour secunda.
(3) Voir aux Eclaircissements, ix.
(4) P transcrit comme delà prose cette première partie du chap. lxviii. Mais N transcrivant en vers plus ou moins réguliers, comme tous les vers du Manuel, la seconde partie du même chapitre, j'ai cru devoir, par analogie, et en me guidant sur la coupe des phrases, transcrire égale- ment en vers la première partie.
(5) P, favumqne, m. 1.
(6) P, utile gustes, m. 1.
(7) Mabillon lit decembrium. Il faut entendre : tertio kalendas mensis decembris. En effet, Dhuoda dit, dans la préface, que Guillaume est né le 29 novembre.
(8) Pour in isto libella.
(9) P, syllaham, Cimcta tibi ad pensum salutis scripta cogiiosce.
Et quid ibidem gerantur(l), lege capita versuum (2), Ut ad eaqiiœsubtus secmitur (3) facilius valeas ingredi. Item ejiisdem. Hos versiculos supra, infra et subtus, ad mentem corpusque tuum ipsa dictavi, cum cunctis ; et ut legas ore, teneas corde, admonere non cesso.
CIIAP. LXIX.
Vers c»inposé:9 avec les lettres de ton uom.
(Bégumc (le l'enseî^neiueut de Dlitioda.)
Autant que possible, deviens fort et beureux, mon enfant ])ien-aimé ; prends goût à lire les pages que j'ai fait écrire pour toi ; tu y trouveras vite de la douceur.
La parole de Dieu est la vie : recherche-la avec soin, et instruis-toi dans la doctrine sacrée. Alors ton esprit goû- tera les joies éternelles.
Que le Roi infmi et puissant, lumineux et bon, daigne en toutes choses nourrir ton esprit, cher enfant qui entres dans l'adolescence ; qu'il te protège et te défende à toute heure. Sois humble d'esprit et chaste de corps, sois prompt à rendre service aux grands et aux petits, dans la mesure de ton pouvoir.
Avant tout, crains et chéris Dieu de tout ton cœur, de tout ton esprit, de toutes tes forces; et ensuite ton père, en toutes choses.
Que l'enfant né de sa race, accroissant l'illustration de ses parents, et brillant au milieu des nobles, ne cesse de servir Dieu.
Aime les grands, considère les premiers de la cour, des- cends jusqu'aux humbles, lie-toi avec les bons, garde-toi de suivre les orgueilleux et les méchants.
Honore toujours les véritables ministres des rites sacrés, (1) P^geratur, h. 1. (2) P, versorion. (3) P, seguimtur. les saints évèques ; recommande-toi xjartout, les mains tendues et en toute simplicité, aux gardiens des autels. Viens souvent en aide aux veuves et aux pupilles, dis- tribue aux pèlerins de quoi manger et boire, prépare-leur des asiles, et donne des vêtements à ceux qui sont nus. Sois, dans les causes, un juge équitable, ne recevant de présents d'aucune main, et n'opprimant personne : ta ré- tribution, c'est Dieu qui te la donnera. Dans tes dons, sois généreux, toujours attentif et pru- dent, sympathique et gracieux; cache-les avec soin, et garde toujours ces mêmes dehors. 11 y a quelqu'un qui pèsera tout cela, et qui, attribuant à chacun suivant ses mérites, ses actions, ses paroles et ses œuvres, pourra te récompenser par les astres du ciel. Eh bien, noble enfant, recherche ces soins avec ardeur, pour en mériter la récompense, et méprise les bûchers de bois sec et de poix (c'est-ù-dire la mort). Quoique ta jeunesse, fleurie de seize rameaux (seize ans), achemine tes membres délicats vers un plus grand nombre d'années, Le moment où tu seras homme me semble bien éloigné. Je voudrais te voir homme, si j'en avais le pouvoir, mais je n'aurai pas ce bonheur. Puisses-tu vivre pour Celui qui t'a créé dans sa bonté, et, ta course achevée, participer à la récompense de ses serviteurs. Assurément, mou esprit se meut dans les ténèbres, mais je t'exhorte pourtant à lire avec assiduité les pages de ce livre et à les graver dans ta mémoire. J'achève ces vers, avec l'aide de Dieu, quand tes seize ans viennent de s'accomplir, au moment d'entrer dans le mois de décembre, le jour de la fête de Saint André, et dans l'Avent du Verbe. Fin des vers. LXVIIII. [De versis et littcrisi coiupo.sitis tuis] (1) Vt valeas, vigeas, optime (2) prolis (3); conscripta a me tibi directa légère ne pigcat; invenias (4) facile pla- cida Luis (5). Est viviis sermo Dei : illum perquire diligentius, sacram disce doctrinam.
Mens etenim tuarepletur(G) gaudiis magnisper sœcula(7).. Rex immensus et fortis, clarus et pins, dignetur per cuncta tuam nutriri (8) mentem, juvenilis puer ; [te] prote- gat, defendat omnibus lioris (9). Sis namque tu humilis mente et castus corpore, pronus in servitiis abtis(lO), magnis et minimis omnibus, ut vales, plectere frequens (11). In primis Dominum Dcum ex toto corde et mente, totis viribus pansis, time et dirige (12) ; genitorem tuum inde per cuncta. Almificum genitum proie exortum(13), genus adcrescens parentum, prosapie(m) (14) refulgens ex magnis, Illi adsidue (15) servi (16) ne pigeât (17). (1) Au lieu (le ce titre, qui est celui de la table de P, N donne : Item nomina. Les premières lettres des dix-huit fers ou plutôt versets qui forment ce cliapitre constituent les mots : versi ad vvillelmvm ¥(Uium). (2) P, optimœ. (3) Pour opthna proies. — P ajoute : dicta. (4) Pour inventes. (5) Pour tibi. (6) Pour replehitur. Ci) Ces quatre mots n'existent pas à cette place dans P. (8) P, nutrire, h. 1. (9) P ajoute, à tort à cette place : ut vales, plectere frequens. (10) P, aptis. (11) Ces quatre mots n'existent pas à cette place dans P. (12) Pour diliije. (13) Il faudrait Almificus genitus proie exortxis. (14) P, pro sapieniia, m. 1. (15) P, assidue. (IC) P, servire, h, 1. (17) P ajoute, t\ tort à cette place : inproîiis cave ne flectas. Dirige (1) obtimates (2) magnos, in aula(m) conspice pri- mes, coequa tehumilibus. junge hencvolis (3), super- bis (4) et improbis cave ne flectas (5). Veros sacrorum (6) digni juris (7) ministres, prœsuli (8) dignos, honora semper ; altarium custodibus tensas manus ubique simplex co[m]menda. Viduis et piipillis subleva frequens, et peregrinis victum potumque largire, para hospitia, nudis namque vesti- tum porrige manum. Justus(9)in causas (10) judex (11) valens adesto, munus a manu non accipias umquam, nec opprimas qucmquam; rctribuet enim tibi Largitor (12). Largusin donis, semper vigil etprudens, omnium concors amabili nisu, ad ima regaudens (13); faciès etenim hœc manebit(14)tibi(15).
Hue et illuc compensor (16) unus est dator, meritis reddens singulorum , prsefactis(17), verbis et operi tribuens obtima (18) cœlorum sidus (19). (1) Pour Dilige. (2) P, o'ptimates. (3) N, henivolis, (4) P, superbos. (5) Ces quatre mots n'existent pas à cette place dans P. — Il faudrait : ad sui^erhos et improbos cave ne mentztn flectas. (6) N, sacrarinn. (7) P, viris, m. 1. (8) Vonv prœsules (9) P, Judex. (10) P, causis, h. 1. (11) P, justus. (12) P ajoute, à tort à cette place : etenim hoc manebit tibi. (13) P, recondens, b. 1. (14) Pour maneat. (15) Dans P, à cette place, ces quatre mots sont remplacés par : et, (16) Ce mot n'est pas classique. (17) P, de factis. (18) P, optima. (19) P, sydus. Après ce mot, P ajoute, à tort à cette place : esto 7nitis^ despice piras. En, ut curas habeas, nobilis nate, solers perquire, pigeât ne tibi tantarum(I) prsemia accipere, et picei fomitis despicepiras (2). Licetjuventus tua, florida virgis quadrans quaternis, com- putaris in (3) annis senioribus teneris membris gra- dans (4) cursu peragrans (5), Multum a me videtur longior esse, cernere volens tuae speciei tenorem, si daretur virtus (6), attamen adha3c mérita non mea vigent (7). Utinam Illi vivas qui te plasmavit placida mente, famulan- tium dignis jungas consorciis (8), post expletis cursi- bus felix adsurgas (9) . Mens namque meacerte(lO) volvitur antris, hoc tamen [hjortor ut pagin(d)as istius(ll) jam supra exaratas, assidue (12) legas fixas admentem(13). Finiunt versiculi. Deo juvante, annis prseteritis octobinis deductos, incohans(14) december(15), Andrée sancti festa, Adventus Verbi (16). Expliciunt versi. (1) P, tantorum. (2) Pour pyras. Ces quatre mots manquent à cette place dans P. (3)P, ef. (4) Ce mot, qui n'est pas latin, est pour gradus. (5) P ajoute, à tort à cette place : non mea vigent. (6) P, vultus, m. I. (7) Ces trois mots n'existent pas dans P à cette place. (8) P, con.'iors. (9) P ajoute, à tort à cette place : /ixas ad mentem. (10) P, certe mea, (11) Sous-ent.
libellî.
(12) P, assidue.
(13) Ces trois mots n'existent pas dans P à cette place.
(14) P, inchoans.
(15) P, decembris .
(16) On se rappelle que Guillaume est né le 29 novembre 826 (voir la Préface). 11 a donc eu seize ans le 29 novembre 842. La Saint-André est le 30 novembre. L'Avent commence au dimanche qui tombe entre le 27 novembre et Je 3 décembre. Pâques tombant, en 842, le 2 avril, le premier dimanche de l'A vent n'arriva, cette année-là, que le 3 décembre. On voit donc qu'il ne faut pas prendre à la lettre l'indication de Dhuoda : Adventus Verbi. Il ne faut retenir, des trois ind'calions qui composent la date donnée par Dhuoda, que les deux premières : Guillaume vient d'avoir 16 ans, et on est â la Saint-André. Cela fait le 30 novembre 842. GHAP. LXX.
Après les paroles qui précèdent, il est traite de ta vie piihlique.
Voilà terminées les paroles de ce livre, que j'ai dictées avec joie, et que j'ai ordonné de transcrire pour ton utilité. Mais je désire encore que, lorsque tu auras, avec l'aide de Dieu, atteint l'âge d'homme, tu organises ta maison au moyen d'une hiérarchie régulière. A l'instar de David, qui, ayant tué d'un seul coup huit-cents ennemis, ne pa- raissait pourtant qu'un vermisseau entre les vaillants offi- ciers dont il s'était entouré, accomplis toutes choses dans ta vie publique, avec méthode et résolution.
Si je vivrai jusqu'à ce temps et si je le verrai, j'en suis incertaine; incertaine de le mériter, incertaine de le pou- voir, car, frêle et souffrante, je suis brisée par le choc des. vagues. Quoique j'en sois réduite à peu d'espoir, cepen- dant tout est possible au Tout-Puissant. Si l'homme ne peut toujours réaliser son désir, Dieu peut lui accorder cette réalisation. Que sa volonté soit faite. Amen.
[LXX.]
[Post verba prtescripta, de rc piiblica.]
Finita sunt hujus verba libelli, qua^ ut valui, animo libenti(l) dictavi, et utiliter in tuam specie tenus formam tran(s)scribere jussi.
Volo enim (2) et [h]ortor ut cum, auxiliante Deo, ad perfcc- tum pervcneris tempus, domum tuam perlegitimos gradus utiliter disponas, et, ut scriptum est de quodam viro (3), (1) P, lihenter.
(2) P, etenim. (3) David. « velut tenerrimus ligni vermiculiis (1), » in rc publica cuncta ordinabili cursu fidenter perage. Et ut ego ad hoc pervaleam (2) tempus, ut ceruere valeam, incerta consiste, incerta ex meritis, incerta vigore, fragilique labore per undas conquassor. Licet in me ita consistât, tamen apud Omnipotentem cuncta possibiliamanent. Quoniam non est in potestate hominis ut omnia agat que (3) vult, in tantum quantum est, Deus concederejubet. Et secundum quod ait Scriptura, « Neque currentis, neque volentis, sed mise- rentis est Dei (4). » Ob id, in illa fidens, nichil aliud dico. nisi : « Sicut fuerit voluntas in cœlo, sic fiat(5). » Amen. CHAP. LXXL Je iileure, en faisant un retour giir moi-même.'Prie pour le f^alut de mon âme pentlant le temps fiii'il me reste à vivre, et après ma mort. La douceur de mon trop grand amour et le regret de ta beauté m'ont fait presque oublier de moi-môme, et main- tenant que les portes de ce livre sont closes, il me prend le désir d'y rentrer. Quoique indigne d'être comptée dans le nombre de ceux pour lesquels on doit prier, ne cesse pas, je t'en conjure, de prier pour le salut de mon âme. Sans doute, je suis confondue dans la foule, mais tu m'en tireras par ton affection (6). Tu n'ignores pas les périls de toute sorte auxquels mon constant état de souffrance, les événements, et l'obstacle de ma faiblesse, ont livré mon frêle corps. Grâce à Dieu et à la valeur de ton père Bernard, j'ai échappé à tous ces dangers, mais mon esprit retourne vers ces violentes pé- (1) II, Reg., xxni, 8, (2) P, valeam. (3) P, quœ. (4) Rom., IX, 16, (5) Souvenir de Matt., vi, 10. (6) C'est ainsi que je crois devoir traduire : inter innumeros, nume- rabili affectu... . ripéties. Dans ce passé, j'ai trop négligé les louanges de Dieu. Ce que je devais faire pendant les sept heures, je ne l'ai pas fait, demeurant sept fois sept fois inoccupée. Aussi je te supplie de toutes mes forces de te complaire à invoquer sans cesse pour mes fautes la miséricorde de Dieu, afin qu'il daigne m'élever au ciel, moi brisée et ac- cablée.
Tant que tu me sauras vivante, que ta tendresse plaide ainsi pour moi, non-seulement par les veilles et les priè- res, mais encore par les aumônes, afm que, lorsque la mort m'aura délivrée de la chaîne de mes péchés, je sois reçue avec bonté par le souverain juge. Si tes fréquentes prières et celles des autres me sont nécessaires à présent, elles me le seront bien davantage encore après ma mort, dont je sens que l'heure est proche. Mon esprit est déchiré de crainte et d'angoisse au sujet de l'avenir de mon salut, et je suis incertaine de le mériter. Pourquoi ? Parce que j'ai péché en pensées et en paroles. Cependant, je ne désespérerai jamais de la miséricorde de Dieu. Pour l'obtenir un jour, je ne laisse personne qui puisse aussi bien plaider pour moi que toi-même, noble enfant, et ceux qui naîtront de toi. J'ai contracté beaucoup de dettes pour venir en aide à mon seigneur et maître Bernard :je ne voulais pas que, dans la Marche d'Espagne ou partout ailleurs, mes services lui fissent défaut ; je ne voulais pas non plus qu'il se sé- parât de toi ou de moi, comme c'est la coutume dans cer- taines circonstances. Pour subvenir h des dépenses nom- breuses, j'ai dû faire souvent d'importants emprunts, non- seulement à des chrétiens, mais encore à des juifs. Autant que j'ai pu, je les ai remboursés, et je les rembourserai toujours autant que je pourrai. Mais, si après ma mort, il demeure dû quelque chose, je te supplie de rechercher avec soin mes débiteurs. Quand tu les auras trouvés, fais payer tout exactement, d'abord avec les ressources de mon héritage, s'il en reste, et ensuite avec celles que tu as en propre, ou que tu auras, avec l'aide de Dieu, légitimement acquises. Qu'ajouterai-je ? Comment tu dois te conduire à l'égard de ton jeune frère, je te l'ai dit plus haut, et je te le rap- pelle encore. Je lui demande, s'il arrive à l'âge d'homme, de prier pour moi. Je m'adresse à vous deux comme à un seul, afin que vous offriez souvent pour moi les libations des sacrifices et les victimes.
Lorsque mon Rédempteur me retirera de ce monde, qu'il daigne, grâce à tes prières et à celles des autres, me préparer le rafraîchissement et me recevoir au ciel avec les saints.
C'est la fin du Manuel. Amen. Deo cratias.
LXXI.
Ad me recurrcns, lug^co (1).
Ex nimii amoris dulcedinem (2) et desiderio pulc[h]ri- tudinis tuse, me medipsam (3) quasi oblitam postponens, januis clausis, iterumintus (4) ingredi desidero. Sed, quia nec digna in numéro sum computari prsescripto, tamen rogo ut, inter innumeros, numerahili afTectupro anime (5) remedio meae orare non cesses. Tibi non latet qualiter, pro infirmitatibus meis assiduis, etpro certis (e) (6) causis, secundum cujusdam sermonem qui ait : « Periculis ex gé- nère, periculis ex gentibus (7), etc. » hsec omnia vel cse- (1) La table porte : Ut pro tne, tant in corpore volvente qucon et post funehra sepulehri, pro salute animœ meœ exores, rogo. (2) P, dulcedine.
(3) P, metipsum, m. 1.
(4) P, intus iterum.
(5) P, animœ, (6) P,ex.
(7) II, Cor., XI, 26.
Il est nécessaire de reproduire ici en entier ce passage de saint Paul, dont Dhuoda ne donne que six mots. Le voici ;
« In itinerjbus sœpe, periculis fluminum, periculis latronum, periculis ex génère, periculis ex Gentibus, periculis in civitate, periculis in solitu- dine, periculis in mari, periculis in falsis IVatribus. » Nous voyons ainsi que Dhuoda fait allusion à des périls de voyage dont l'a tirée la bravoure de son époux. On peut aisément se figurer ce que tera his similia, pro meis prsepedientibus meritis, in meo fragili sustinui corpore. Auxiliante etenim Deo et merito genitoris tui B[ernardi] (1), de his omnibus evasi fidenter, sed inhas ereptiones animus meus reflectitur. Per(2) re- currentium tempora, multis in laudibus divinis pigra remansi, et quod agere debui per [hjoras septenas, septe- nas septenas (3) desidiosa adstiti in cunctis. Idcirco, sup- plici affectu totis viribus prœcor(4), ut pro meis offensis atque delictis Domini misericordiam jugiter exorare dé- lecter (5), et me allisam atque gravatam ad superos ériger e dignetur.
Dum me vivam in ScBCulo conspicis isto, vigil affectu ita certare stude, non solum in vigiliis et orationibus, sed et in elemosinis paupe(ro)rum (6), ut ex vinculo peccatorum meorum corporaliler erepta, a pio Judice piè merear esse in omnibus recepta. Est michi modo necesse tua vel alio- rum frequens oratio : erit postea plus etperamplius, ut credo, cicius(7) itaesse venturum (8). Ex nimio timoris (9) dolore, quid in futuris michi eveniat, valde meus undique animus discutitur, et qualiter valeam in finem (10) liberari, incerta sum ex meritis. Quare ? Quia peccavi in cogita- cione, in locutione. Ipsa autem locutio, inutilis, ad opus pravum usque pervenit, Licet ita sint, de Dei misericordia nunquam disperans (11) ero, nec sum, ero nec unquam. Et ut ad recuperationem aliquando pervenire possim, nullum similem tui superstitem relinquo, qui ita certet in devait être, pour une femme délicate et souffrante, et au milieu des troubles qui ravageaient le territoire, un voyage de quelque étendue dans la Gaule du ix« siècle. (1) Ce mot manque dans P. (2) P, Et. (3) P, septena. (4) P, precor. (5) Pour delecteris. (6) P, paiiperum. (7) P, citius. (8) P, Ventura. (9) P, amoris, m. 1. (10) P, in fine. i}.\) V,desperans. me sicut tu, et miilti ex te, nobilis puer. Pro utilitatibus domini et senioris mei B. (1) (Bernardi), ut meum erga illum, in Marchis (2) vel in multis locis, non vilesceret servitium, nec a te vel a me se separasset, sicut mos est in aliquis (3), multum me sentio debitis adgravaLam (4). Pro (5) multis vero necessitatibus, non solum de chris- tianis, verum etiamdejudœis, multaex illorum rébus ma- nibus meis fréquenter recepi. In quantum valui reddidi, et in quantum potero semper reddam deinceps. Quod si, post meum discessum, aliquid remanserit ad solvendum, rogo et supplico ut tu ipse diligenter exquiras qui sint de- bitoresmei. Quicum reperti fuerint, non solum ex facul- tatibus meis, si remanserint, verum etiam de tuis que (6) habes, et adhuc, Dco adjuvante, juste adquisieris (7) cuncta in omni])usfaciaspersolvi.
Quidplura? De fratre tuo mi- nimo (juid erga illum agere debeas, admonui supra, ad- monui (8) deinceps. Hoc rogo ut, si ad perfectum (9) per- venerit tempus, et ipse pro me exorare dignetur. Jam enim quasi utrosque simul admoneo conjunctos, ut sacri- fitiorum (10) libamina, cum oblationibus hostiarum, pro me fréquenter offere dignemini 'l!7 7'> (11). Ut cum redemptor meus e seeculo arcessire (12) jusse- (1) Ce nom manque dans P. (2) « La Marche d'Espagne, ou Gothie, avait Barcelone ou Narbonne pour capitale. Outre les comtés placés au-delà des monts, elle renfermait toute la Septimanie, à l'exception du comté de Carcassonne, et se trouvait composée des comtés de Narbonne, de Razès, de Maguelonne, d Agde, de Nimes, d'Elue ou de Roussillon, d'Ausone, de Girone, d'Ampurias, d'Urgel, de Barcelone et deBesalu. » (Hist. gin. de Languedoc, nouv. édit., t. II, Note rectificative de M. Emile Mabille, p. 270.) (Z) P, aliquihïis. (4) P, aggravatam. (5) P, De. (6) P, quœ. (7) P, acquisierîs . (8) Pour admoneo. (9) Ce mot manque dans P. (10) P, sacrificiorum. (11) Ces signes se retrouvent dans P. (12) Pour oTcessere. rit isto, refrigeriuin iniclii parare digiietur, nique ciim sanctis, si fieri potest, tuis et aliorum dignis orationibus, ad cœlum faciat transire supernum, ille qui dictus est Deus. Finit hic liber manualis. Amen. Deo erratias. CHAP. LXXII. IVonis de tlcfiints. Voici quelques noms que j'ai omis plus haut. Ce sont : Guillaume, Cunégonde, Gerberge, Witberge, Théodoric, Gaucelme, Garnier etRodlinde. Il se trouve encore des membres de la famille qui sont vivants, grâce k Dieu, mais qui se sont entièrement con- sacrés à leur Créateur. Qu'y a-t-il à faire à leur égard, sinon dire avec le Psalmiste : « Nous qui sommes vivants, bénissons le Seigneur maintenant et à toujours »? Lorsqu'un membre de ta famille viendra à mourir, or- donne d'ajouter son nom à la liste des défunts pour lesquels il faut prier. Agis de même pour le seigneur Héribert, ton oncle. [LXXII]. IVoniiiia dcfunctorum [subtus trauscripia.] Quos de quosdani(l) praedictis supra prsetermisi (2) per- sonis, his (3) breviatos agnosce.
Id sunt : Wil[l]elmus, Chungundis (4), Gariberga (5), Vuithburgis (6), Tcddcri- cus(7), Gothzelmus, Guarnarius, Ptothlindis (8) . (1) P, quibusdam. (2) P, prœtermissis, m. 1. (3)Pour/uc. (4) P, Cuhngundis. (5) P, Cariberga. (6) P, Withburgis. (7) P, Theoderlcus. (8) P, Rodlindis. Simt riamque ex praedicta genealogia, Dco auxiliaiite, vigentes (1) in sœculo, quorum vocatio Illi manet per cuncta, qui eos-creavit. ut voluit. Quid in his agendum est, lili, nisi dicere cum Psalmista : « Nos qui vivimus, benedicimus Dominum (2), exhocnunc et usque in ssecu- lum(3). » Item. Quisquis de tua migraverit stirpe, quod non est aliud nisi in potestate Dei, quando jusserit ipse, simi- liter et dedomno (4) Ariberto (5), avunculo tuo, rogo, tu si superstes fueris, nomen illius cum prsescriptis personis supra jubé tran(s)cribi, orando illis. CHAP. LXXIII. De l'épitaphe que je te prie de faire g^raver sur ma tombe. Lorsque j'aurai fini mes jours, ordonne d'ajouter mon nom à la liste des autres défunts de la famille. Je veux et je te demande avec instance et de toutes mes forces, qu'au lieu où je serai inhumée, tu fasses graver, sur la dalle même de mon sépulcre, les vers qui suivent, afin que ceux qui verront cette épitaphe fassent dire, pour moi indigne, de dignes prières. Ce Manuel que tu lis, si quelqu'un vient aussi à le lire, qu'il accomplisse les paroles qui vont suivre, et qu'il me recommande à la clémence de Dieu, moi qui serai déjà sous la terre. (1) F,jungentes, m. 1. ^2) Pour Domino. (3) Psalm., cxiii, 18. (4) P, domino. (5) Héribert était un fils de Guillaume de Gellone. Il tomba, en 830, entre les mains des partisans de Lothaire, et malgré l'intérêt que lui portait l'empereur, il eut les yeux crevés. « Hlotarius de Italia perveniens, placitum illic habuit, et Herebertum, fratrem Bernardi, excaecari jussit, » — Annal. Bert., Pertz, t. i, p. 425. (Note rectificative de M. Emile Mabille dans l'/f/sf. de Languedoc, nouv. édit., t. II, p. 267;. Lecteur, lis à cette place les vers de mon épitaplie.
Aux Dieux Mânes. Dans ce tombeau repose le corps de Dhuoda, formé de la terre : Roi infini, reçois-la. La terre a repris le limon périssable dont elle était faite : Roi bienveillant, pardonne-lui. Abreuvée de maux, il ne lui reste plus que la terre du sépulcre : Roi, remets-lui ses fautes. O vous, de tout âge et de tout sexe, qui viendrez et re- viendrez ici, dites ces mots : Dieu grand et saint, délivre-la de ses chaînes. Percée d'une cruelle blessure, environnée d'amertu- mes, elle a fini sa misérable vie : Roi, pardonne-lui ses péchés. Afin que le serpent du mal ne saisisse point son âme, vous qui priez, dites ces mots : Dieu clément, viens-lui en aide. Que personne ne passe outre avant d'avoir lu. Je con- jure tous les passants de prier et de dire : Dieu bon, donne-lui le repos, Et commande qu'elle participe enfin, avec les saints, à la lumière éternelle : Qu'elle reçoive l'amen après sa mort. . [LXXIIL] [De epitaphio sepulchri luci ut gcrîbas rogo.] Cum autem et ego ipsa dies finierim meos, nomen meum cum illorum nominibus jubé lran(s)scribi defunctum. Quod volo, et quasi ad prsesens totis flagito nisibus, ut in loco in quo fuerim sepulta, super ipso tecto sepulchri quod meum(l) operuerit corpus, hos versiculos jubé tran(s)scri- (1) Mot omis dans P. bere (1) lirmatim (2) , ut ceriieiites ipsum epythaphium (3) sepulchri, pro me indigna dignas ad Deum jubeant iun- dere prseces î77 (4). Sed et istum Manualem quem legis, qui legerit um- quam(5), verba quse subtus secuntur(G) meditetur ipse, et me, jam quasi intus reclusam, Deo commendet solvendam. Hic lege, lector, versiculos epitaphii(7). j-Q_j : ^.o-\ D i-°H M HoH (Dis Manibus) (8) De terra formatum, hoc in tumulo Duodane (9) corpus jacet humatum : Rex immense, suscipe illam. Hsec namque fragile tellus undique suum suscepit cœnum adymma (10) : Rex benignus ilï), illi veniam da. Ulceris (12) rigata, solùm illi superrestat (13) densa (14) sepulchri : Tu, Rex, ejus solve delicta. Omnis œtas et sexus, vadensque et revertens hic (15), rogo, dicite ita : Agyos (16) magne, ejus dilue vincla (17).
(1) P, transcribi. (2) Ce mot n'est pas classique. (3) P, epitaphium . (4) Ces signes se retrouvent dans P. (5) P, unquam. (6) P, seqiiuntur. (7) Dans P, lege est à la tin de cette phrase. (8) Les croix et la formule D. M. sont omises dans P. (9) P, Duodanœ. (10) P, ima. (11) Pour bénigne. (12) Pour ulceribus. (13) Ce mot n'est pas classique. (14) Sous-entendu terra. (15) Pour hue. (IG) P, Agios. (17) P, vineula. Diri vulncris antro defixa, sopta follis(I), vilam linivit cœnosam : Tu, Rex, suis parce peccatis. Anguis ne ille suam obscurus animam captet, orantes dicite ita : Deus clemens, illi succurre. Ne hinc(2) pertranseat quis, usque dum légat. Conjuro omnes ut orent, ita dicentes : Requiem illi tribue, Aime, El lucem perpetuam ei cum sanctis jubé, benignus (3), in flnem largiri. T Amen recipiat post funcris (4) ipsa '-°-' (Ô). aTm Ue l'ordre <iue tu dois suivre tlaiis le chant des Psaumes. Je t'ai, plus baut, recommandé de cbanter les sept heu- res. Je reviens à présent sur ce sujet, pour entrer dans le détail de la manière dont tu dois le faire. Le chant des psaumes, quand il est exécuté avec âme, ouvre au cœur le chemin de Dieu. Alors il nous pénètre du mystère des pro- phéties et des grâces de la ferveur. Cette ferveur nous mène à Jésus. 11 est nécessaire que notre esprit se purifie des souillures du siècle et se pénètre des choses divines et célestes, pour que le ciel lui soit révélé. Dans cette vie mortelle, il n'est rien dans quoi nous puissions plus inti- mement pénétrer que les divines louanges des psaumes. Aucun mortel, pourtant, ne peut en exprimer ni en com- prendre les vertus. Énumération de ce que Guillaume trouvera dans les psaumes : l'incarnation du Verbe, la Passion, la Résur- rection, l'Ascension, une pénétrante prière, une complète (1) Pour felle ou felUhus. P, fluminis, m. 1. (2) N, X>e hinc, m. 1. (3) Pour bénigne. (4) Pour fumes. (5) La croix, l'A et l'il n'existent pas Jans P. confession de ses péchés, le moyen d'implorer dignement la miséricorde divine, la raison cachée de tout ce qui lui arrivera, l'aveu de sa faiblesse et de sa misère, ce qui lui vaudra la clémence d-e Dieu, et enfm toutes les vertus.
Indication des psaumes que Guillaume devra chanter, immaculati. Tu n'as pas besoin d'éparpiller ton esprit dans beaucoup de livres. Dans le psautier (1) seul, jusqu'à la fm de ta vie, tu trouveras matière à lire, à étudier et à apprendre, car il contient les prophètes, les évangiles, et tous les livres apostoliques et divins. N'oublie pas, dès que finiront les sept heures du jour, de chanter le TeDeum. Le chant des psaumes a tant de vertus, que tu dois les chanter assidûment pour toi, pour ton père, pour tous les vivants, pour les personnes qui te sont chères, pour tous les fidèles défunts, et pour ceux dont la commémoration est écrite plus haut. J'ajoute aussi : pour le salut de mon àme, si tu ne redoutes pas de chanter pour moi les psaumes que tu auras choisis, ailn que, lorsque la fin de ma vie arrivera, je ne sois pas à gauche avec les méchants, mais à droite avec les bons. Amen. Recours toujours à ce livre. Sois toujours, noble enfant, fort et prospère dans le Christ. 4|jiialitcr orilincin |>salmi (2j ex parte coiMpoiie(u)s. De septenishoris ut cantes, tibi supra(3) admonui. Nunc iterum quales, secundum tuœ qualitatis mensuram, utili- ter debeas canere, adjuvante Domino, ordinatrix tibi in cunctis adsisto. (1) C'est-à-dire la Bible. (2) P, psahnoruin. (3) Voyez les chap. x et lxii. Vox eiiim psalmodie (I), cum per iiiteiitionem cordis agitur, per hanc omnipotenti Deo ad cor (2) iter (3) paratur, ut intenti mente, vel prophétise misterium. vel compunc- tionis gratiam, meditantibiis infundat. Unde scriptum est : « Sacrifitium laudis honorificabis (4) me (5), etc. » In sacrifitio igitur divine (6) laudis, fid (7) in Jhesu (8) itei'(9) ostensionis. Quia dumperpsalmodiam compunctio effunditur, viam(IO) nobis(ll) in corde fid {fit) per quam ad Jhesum veniamus. Dignum quippe est ut mens a prse- sentibus universis, in quantum valet, se mundet, et divi- nis, cœlestibus atque spiritualibus, se inhereat (12), ut cœlestia ei revelentur. Nihil est in hac mortali vita, in (jua possimus nos familiarius inhererc, quam in divinis psalmodies laudibus.
Nullus itaque mortalium potest, nec verbis, nec mente, psalmorum explicare virtutes. Ejusdem. In psalmis itaque invenies, si intenta mente perscruteris, et ad spiritualem intellectum pervenis, do- minici Verbi incarnationem, passionemque et resurrcc- tionem atque ascensionem. Ejusdem (13). In psalmis invenies tam intimam oratio- nem, si intenta mente perscruteris, sicut non potes per te ipsum ullatenus excogitare. Item (14). In psalmis invenies intimam confessionem peccatorum tuorum, et integram deprœcalionem(15) divinie atque dominicœ misericordiœ. (1) P, psalmodiœ. (2) Pour ad omnipotentem Deum cordi. (3) P, iterum, m. 1. (4) P, honorificabit, b. 1. (5) Psalm., XLix, 23. (6) P, divines. (7) Pour fit. (8) P, Jesu. (9) P, iteruniy m. I. (10) P, via, b. 1. (11) Mot omis dans P. (12j P, inhœreat. (13) P, Item. (14) P, Ejusdem. (15) P, deprecationem. Ejiisdemfl). In psalmis quoque iiiveiiies, omiiiuin re- rum quœ tibi accedimt. intima actionum (2). Item(3j. In psalmo quoque confiteris infirmitatem tnam atque miseriam, et per ipsam misericordiam Dei ad te provocas. Omnes enim virtutes in psalmis invenies, si a Dco merueris ul tilji revelet secrela psalmovum. Si vis pro peccatis tuispœnilentiam agerc et confessio- nem, et peccatorum tuorum veniamrogare delictis, quan- tum vales intendo. non (s)celeritate verborum, sed mente cogitando ac scrutando, décanta (4) septcnos daviticos (5) psalmos quorum initium est, duo : «Domine, ne in furore tuo (G) », et duo : « Domine exaudi (7) », « Beati quo- rum (8) », necnon et : « Miserere mei, Deus (9) », seeun- dum atque : «De profundis (10) »; et (s)ccleiTimè invenies (dementiam Dei. Si vis mentem tuam spirituali (1 1) gaudio aclœticia inlu- minare (12j décanta prom[p]ta mente hos psalmos quorum initium est : « Exaudi, Domine, justiciam mcam (13)»; « Ad te, Domine, levavi (M)' » ; et « Deus, in nomine tuo (15) », « Deus misereatur nostri (IG) », « Deus in adju- torium(17j » et « In te, Domine (18], speravi (19) », nec non (I) P, Item.
(i) Il vaudrait peut-êti-e mieux lire inthnam rationem. (3) P, EJusdem. (4) P, deccintando. (5) P, davidicos , (ô) Psalm., VI, 2. (7) Psabn., cxxix, 2, et cxlii, I. (6) Psalm., XXXI, I. (9) Psalm., Lv, 2. (10) Psalm., cxxix, 1. (II) P, spirilali. (12) P, lœtltia illuminare. (13) Psalm., x\'i, 1. (14) P ajoute: anlmam meam. — Psalm., xxiv, 1. (15) Psalm., LUI, 3. (IG) Psalm., Lxvi, 2. (17) P ajoute : meum intende. — Psalm., lxix, 2. (18) P, JDe^is. (19) Psalm., XXX, 2, « Inclina., Domine (1) » ; et tune misericordiam Dei ci- cius (2) impetrare valebis (3) lidenter. Si vis omnipotentem Deiim laudare, ipsius majeslatcm omniiimque henefitiorum (i) tiiorum (5) qni])iis huma- ni (6) geneii ab initio mundi concedere dignatus est, quan- tulumcumque scire, décanta illos psalmos quorum titu- lum (7) « Alléluia (8) » ^st ; quorum initium est : « Con- fitemini Domino (9) » , « Laudate Dominum (10) » , et : « Benedic, anima mca, Domino (11). » Omne mel etfavum omnipotenti Dco dulce munus offeres , si in his psalmis continué illum laudes ac magnifiées. Item. Si diversis tribulationibus adflictus (12), et, vel (13) humanos (14), vel spiritualibus temptationibus (15) undi- cjue adstrictus (16), et tibi videtur a Deo derelictum (17), qui plcrumquc sanctos suos ad tempus derelinquid (18) probandos , et per (b)id tibi videtur temptacionem majo- rem esse quam tolerare possis, intima mente décanta (19) illos psalmos quorum initium est : « Deus, Deus meus respice (20) », « Exaudi, Deus, deprecationem meam(21) », (1) Psalm., Lxxxv, 1. (2) P, citius. (3j P, valcbit, m. 1. (4) P, bene/îciorum. (5) P, suoruni, b. 1. (6) P, Immano, b. I. (7) Pour titulus. (8) P, titulus aUatus, m. 1. — Ces psaumes sont au nombre de vingt, sur lesquels Dhuoda en choisit trois, dont le dernier n'a pas pour titré I « Alléluia », mais « Ipsi David » (cm). (9) Psalm., civ, 1. (10) Pyo!/m., cxvi, 1. (11) Ces deux mots manquent dans P. — Fsahii., cm, 1 et 35. (12) P, afflictus. (13) P, ut. (14) P, htimanis, b. 1. (15) P, tentationihics, (IG) S.-ent.
es. (17) Pour dereliclus. (18) P, derelinqidt. (19) Mot omis dans P, (20) Psalm., xxi, 2. (21) Mot omis dans P. — P^alm., lx, 2. (et) « Exaudi, Deus, orationem meam cum deprsecor (I) », « Salvum me fac, Deus (2) » ; et statim te adjuvat (3), ut temptacionem quam patereris tolerare possis. Si tibi prœsens vita fastidiosa (4) est et animum tuum delectet supernam patriam contemplari, et omnipotentem Deum ardenti desiderio intueri , hos psalmos intenta mente décanta : « Quemadmodum (5) », « Quam dilec- ta (6) », « Deus, Deus meus ad te de luce (7) »; et dé- mens Deus cito mentem tuam consolatur (8). Si te in tribulationibus a Deo derelictum intelligas, compuncto corde hos psalmos décanta : « Usque quo, Deus (9) », « Deus auribus nostris (10) », « Miserere michi, Domine (11) ». « Exaudi, Deus, orationem (12) » et « Ne dispexeris (13) », « In te. Domine, speravi (14) » ; et Deus statim te Isetificat in omnibus angustiis tuis. Post acceptam c[uietem (h)ac prosperitatis tempora, hos psalmos in laude décanta : « Benedicam Dominum (15) », « Benedic , anima mea, Dominum (16) et omnia (17) », « Exaltabo te, Deus, meus rex (18) ». Et in omni prosperi- tatis sive adversitatis tempore semper himnum(19) trium puerorum (20) décanta. NuUus itaque mortalium virtutem (1) P, deprecor, — Psalm.^ liv, 2. (2) Psalm., m, 7. (3) P, adjuvabit, h. 1. (4) P, fastidio. (5) Psalva., xli, 2. (6) Psalm., Lxxxiii, 2. (7) P ajoute : vigilo. — Psalm., lxii, 2. (S) Pour consolabitur. (9) Psalm., Lxxiii, 10. (10) Psalm., xLiit, 2. (11) P, mei, Deus. — Cinq psaumes commencent par : Miserere met. Domine, et deux par : Miserere mei, Deus. (12) P ajoute: meam. — Psalm., liv, 2 et lxiii, 2. (13) Ces trois mots manquent dans P. — Psalm,, iiv, 2. (14) Psalm., XXX, 2 et lxx, 1, (15) P ajoute : in omni. — Psalm., xxxiii, 2. (16) P, Domino. (17) Ces deux mots manquent dans P. — Psalm., on, 1. (18) Psalm., cxLiv, 1. (19) P, hyyjinum. {20) Dan., m, 24 à 90. hujus himni explicari (1) potest, in quo omnis creatura ad laudandum Creatorem invitatur.
Si volueris intima mente (2) in divinis laudibus ac (3) prseceptis (4) et mandatis cœlestibus, hune psalmum dé- canta : « Beati immaculati (5) ». Et licet ad obitum vitse tuœ hujus psahni virtutem contempleris ac scruteris, nun- quam perfectè iUum, ut puto, intelligere potes. In quo nullus versus est ubi non sit vel via Dei, vel lex, vel man- data seu prœceptum Dei, velverba, aud(6) justificationes, vel juditia, aud sermones Dei (7) descripti. Et ideo non est tibi opus ut per diversos libros animum diffundas (8). In psalterio solo, usque ad obitum vite (9), habes mathe- riam (10) legendi , scrutandi, docendi, in quo invenies prophetas, evangelia, atque apostolicos et omnes divinos libros, specialiterque intelligitur ex parte tractos atque discriptos. Et priorem atque secundum adventum Domini ibi rep(p)eries prophetatos (11). Incarnationem quoque (h)ac passionem, resurrectionemque atque ascensionem dominicam, et omnem virtutem divinorum dictorum in psalmis invenies. Si intima mente perscruteris. et ad medulla (12) intimi intellcctus per Dei gratiam pervenies. Ne hoc prœtereundum putes, ut finit expleto cursu sep- tenis [hjorarum diurno (13), hymnum : « TeDeum lauda- mus(14),» et « Fidem, ut scriptum est, quicumque vult, etc. » Et cum tot(h) et tantashabeant virtutes, lili, cantica (1) Pour explicare. (2) P ajoute : te. (3) P, hac. (4) P, perceptis, m. 1, (5) Psalm., cxviii, 1. (6) P, aut. (7) Ce mot manque dans P. (8) Cette phrase manque dans P. (9) P, vitœ. (10) P, materiam. (11) P, profatos, m. 1. (12) P, medullam. (13) Pour ut finiet expletus cursus septemtrum horarum diurmts. (14) Le Te Deum est une hymne de saint Ambroise et de saint Au- gustin. psalmorum, V[iiillelme], horto[i'] et admoneo iil adsiduè eos (1), pro te et genitori (2) tuo, décantes, nec non etpro omnibus vivis, seu etiam et pro personis qui tibi cari (3) adsistunt (4), sive et pro omnibus fidelibus defunctis, atque pro illis quos (5) supra commemorationem habes conscrip- tam. Additamque (G), si jubés, et pro animœ remedium (7) [m]ei, psalmos quos elegeris non oberrescas (8) cantare, ut cum micbi extrema dies linisque vite (9) advenerit, non cum impiis ad sinistram, sed cumpiis et digne agen- tibus ad dextcram merear sublevari.
Axem (/l?7ien).
Ad istum tamen semper recurre libellum.
Vale et vige, nobilis puer, semper in Christo. '"i"' (iOj Soiiscri|itiou.
Ce livre a été commencé la seconde année de la mort de l'empereur Louis, la veille des calendes de décembre, à la messe de la Saint-André, dans les premiers jours de l'Avent. Il a été terminé, avec l'aide de Dieu,... le quatre des nones de février, jour de la Purilication de sainte ]\Iarie, toujours vierge, sous le règne favorable du Christ, et dans l'attente du roi que Dieu nous aura donné. Lec- teur, prie pour Dhuoda et pour le scribe Guilbert, qui a (1) Pour ea.
(2) P, genitore, b. 1.
(3) Pour carœ. P, chari.
(4) P, ajoute, à tort à cette place : et ideo non est tibi opus ut per di- versos libros anitnum diffiindas , (5) P, quorum, h. 1.
(6) Pour Additoque.
(7) P, remédia.
{S) P, obhorrescas, b. I. Ce composé de horresco n'est i)as classique. (9) P, vitœ.
(10) La croix manque clans P.
écrit ce livre avec grand travail, si tu veux mériter de contempler le Christ dans l'éternelle félicité.
C'est ici que se termine, grâce à Dieu, le livre du Ma- nuel de Guillaume. Comme dit l'Évangile, tout est con- sommé.
[Siibscrîptio.]
Incoatio (I) liujus libcUi II ("2) anno oJjiLus Ludovic! coydam imperatori[s] (3) , II kalendas (4j decembri[s], sancti Andreœ missa, incoante sanctum (5) Domini Ad- ventum (6). Finitus est autem, auxiliante Deo, IIIP nonas (7) februarii (8), Purificationis sancte (9) semper- que virginis Mari;e, Cliristo propitio régnante, et regem (10) quem Deus dcderit (11) sperantem (12). Qui legis, ora pro prescripta DuodaneflS), si merearis Christum videre in œterna felicitatc. Finit hic, Deo gratias, liJjcr manualis (14) Wilelmi, in eo (juod ait Evangelium : « Consu[m]niaLuni est. »
(Ici se te7inine, avec le Manuel, le neuvième et dernier fragment cleN).
(1) P, Inchoatio.
(2) P, secundo.
(3) P, quondam mei frulris, m. 1, — Voir aux Éclaircissements, x. (4) P, kalendarum.
(5) P, sancto, b. 1.
(6) P, Adventu, b. 1. — Voir aux Eclaircissements , xi. (7) P, mensis.
(8) Voir aux Éclaircissements, xii.
(9) P, sanctœ.
(10) P, rege.
(11) P, dédit.
(12) P, regnando, m. 1. — Voir aux Eclaircissements, xiii. (13) P, Duodana. P ajoute : et pro scriptore Wislaberto, qui uiagno tahore liunc codicem scripsit tna^xiialem. — ^'oir aux Kclaircisse- jnents, xiv.
(14) P ajoute ; domni.