Considérations sur la Passion de Jésus-Christ (page 16)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Considérations sur la Passion de Jésus-Christ · 16 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

pour nous apprendre à ne pas les craindre. Voilà pourquoi ce divin Maître

s'est soumis lui-même à toutes les misères de cette vie, à la pauvreté, à la

faim, à la soif, aux faiblesses, aux ignominies, aux douleurs et jusqu'à la

mort de la croix. Ensuite, par sa résurrection glorieuse, il a voulu nous affermir contre la

crainte de la mort; puisque, si nous lui sommes fidèles jusqu'à notre dernier

soupir, nous entrerons alors dans la vieéternelle, qui est exempte de tous les

maux et pleine de tous les biens. C'est ce que signifient les paroles du texte

sacré, où Jésus-Christ est appelé "l'Auteur et le Consommateur de la foi"

(He 12, 2). En effet, comme il est pour nous l'Auteur de la foi, en nous

enseignant ce que nous devons croire, et en nous donnant la grâce

nécessaire pour le croire, il est aussi le Consommateur de la foi, en nous

promettant de nous faire jouir un jour de cette vie bienheureuse que

maintenant il nous enseigne à croire. Et afin que nous soyons assurés de

l'amour que ce divin Rédempteur nous porte et de la volonté qu'il a de nous

sauver, le passage de l'écriture termine en nous rappelant ce qu'il a fait pour

nous: "Jésus, au lieu de la joie qui lui était proposée, endura une croix, dont

il méprisa l'infamie" (He 12, 2). Saint Jean Chrysostome, expliquant ces

dernières paroles, dit que Jésus-Christ pouvait nous sauver en menant sur la

terre une vie douce et heureuse; mais, pour nous rendre plus certains de son

affection, a préféré une vie pénible et une mort ignominieuse, au point d'être

condamné comme un malfaiteur et de subir le supplice de la croix. Tâchons donc, ô âmes reconnaissantes envers Jésus crucifié, tâchons, le

reste de notre vie, d'aimer autant que nous le pouvons notre aimable

Rédempteur, et de souffrir pour celui qui a daigné tant souffrir pour nous!

Supplions-le sans cesse de nous accorder le don de son saint amour! Quel

bonheur pour nous, si nous parvenons à avoir un ardent amour envers

Jésus-Christ! Un grand serviteur de Dieu, le vénérable Père Vincent Carafa,

dans une lettre adressée à quelques jeunes gens zélés et pieux, s'exprimait

ainsi: "Pour réformer toute notre vie, nous devons nous adonner

entièrement à l'exercice de l'amour divin. La charité envers Dieu, quand elle

entre dans un coeur et qu'elle parvient à le posséder, suffit pour le délivrer

de tout affection déréglée et le rendre aussitôt pur et docile. Le coeur est

pur, dit saint Augustin, lorsqu'il est vide de tout désir terrestre. Saint Bernard

disait pareillement: Celui qui aime Dieu, ne souhaite pas autre chose que de

l'aimer, et bannit de son coeur tout ce qui n'est pas Dieu. Et ainsi un coeur

vide devient un coeur pleine, c'est-à-dire, rempli de Dieu, qui apporte avec

lui tous les biens. Alors les choses terrestres, ne trouvant plus aucune place

dans son coeur, n'ont plus la force de l'entraîner. Quelle force peuvent avoir

sur nous les plaisirs de la terre, quand nous jouissons des consolations

divines? Que peut la passion des vains honneurs et des richesses de ce

monde, quand nous avons l'honneur d'être aimés de Dieu, et quand nous

commençons à posséder les trésors du ciel? Si donc nous voulons mesurer

le progrès que nous avons fait dans les voies de Dieu, examinons celui que

nous avons fait dans son amour. Boyons si nous produisons souvent, dans

la journée, des actes d'amour envers Dieu, si nous parlons souvent de

l'amour divin, si nous tâchons de l'inspirer aux autres, si nous faisons nos

dévotions uniquement pour plaire à Dieu, si nous supportons avec une

entière résignation à la volonté divine tout ce qui nous arrive de fâcheux, les

maladies, les souffrances, la pauvreté, les mépris, les persécutions. Les

Saints disent qu'une âme qui aime véritablement Dieu a besoin d'aimer

autant que le corps a besoin de respirer; car la vie de notre âme, dans le

temps comme dans l'éternité, consiste à aimer le Bien suprême, qui est

Dieu." Mais soyons-en persuadés, nous n'arriverons jamais à un haut degré

d'amour divin que par le moyen de Jésus-Christ et par une dévotion spéciale

envers sa passion, qui nous a fait rentrer en grâce avec Dieu. Tout accès près

de lui nous serait fermé, à nous pécheurs, et nous ne serions pas admis à lui

demander des faveurs, sans l'entremise de Jésus-Christ: "Par lui nous avons

accès auprès du Père" (Ep 2, 18). C'est Jésus qui nous ouvre la porte, dit

l'Apôtre, c'est lui qui nous introduit auprès de son Père, et qui, par les

mérites de sa passion, nous obtient le pardon de nos péchés et de toutes les

grâces que nous recevons. Que nous serions malheureuex, si nous n'avions

pas Jésus-Christ! Pourrons-nous jamais assez louer et reconnaître

dignement l'amour et la bonté de ce généreux Rédempteur envers nous,

pauvres pécheurs, pour qui il a daigné mourir, et qu'il a délivrés par ce

moyen de la mort éternelle? à peine trouverait-on quelqu'un qui consentit à

mourir pour un homme juste, tandis que Jésus-Christ a bien voulu donner

sa vie pour nous, quand nous étions plongés dans l'iniquité (Rm 5, 7). Ainsi parle saint Paul. Ensuite il nous assure que, si nous sommes

déterminés à aimer Jésus-Christ à tout prix, nous devons en espérer tous les

secours dont nous auront besoins et toutes les faveurs. Voici comment il

raisonne: Si, lorsque nous étions ennemis de Dieu, nous avons été

réconciliés avec lui par la mort de son Fils, à bien plus forte raison, étant

maintenant réconciliés, nous serons sauvés par ce même Fils (Rm 5, 10).

Ceux qui aiment Jésus-Christ doivent donc remarquer ici que c'est faire

injure à l'amour que nous porte ce bon Sauveur de craindre qu'il ne leur

refuse les grâces nécessaires pour se sauver et se sanctifier. Et afin que nous

ne perdions pas confiance à cause de nos péchés, l'Apôtre ajoute que la

miséricorde de Dieu est infiniment plus grande que notre indignité. Par ces

paroles, il veut nous faire entendre que nous recevons plus de bien du don

de la grâce qui nous est acquise par la passion de notre Rédempteur que le

péché d'Adam ne nous a fait de mal; car les mérites de Jésus-Christ ont plus

de pouvoir pour nous faire aimer de Dieu que n'en a eu le péché d'Adam

pour nous en faire haïr. En un mot, dit saint Léon, nous avons plus gagné

par la grâce ineffable de notre Sauveur, que nous n'avions perdu par la

malice du démon. Terminons. âmes dévotes, aimons Jésus-Christ, aimons ce divin

Rédempteur qui mérite tant d'être aimé, et qui nous atant aimés, et qui a tant

fait pour gagner notre amour qu'il semble ne pouvoir rien faire de plus. C'est

assez de savoir que, pour notre amour, il a voulu mourir consumé de

douleurs sur une croix. Et non content de ce grand sacrifice, il s'est donné

lui-même à nous dans le sacrement de l'Eucharistie, où il nous présente à

manger ce même corps qu'il a immolé pour nous sur la croix, et à boire ce

même sang qu'il a répandu pour nous dans sa passion. Nous sommes donc

coupables d'une extrême ingratitude envers un tel Bienfaiteur, non

seulement quand nous l'offensons, mais encore quand nous l'aimons peu,

quand nous ne lui consacrons pas tout notre amour.ô mon Jésus! que ne

puis-je me consumer tout entier pour vous, comme vous vous êtes consumé

tout entier pour moi! Ah! puisque vous m'avez tant aimé, et que vous

m'avez tant obligé à vous aimer, faites maintenant que je ne sois pas ingrat

envers vous! Et je serais bien ingrat, si j'aimais autre chose que vous! Vous

m'avez aimé sans réserve, je veux vous aimer aussi sans réserve. Je laisse

tout, je renonce à tout, pour me donner tout à vous, et pour n'avoir dans

mon coeur aucun autre amour que le vôtre. De grâce, mon Amour,

acceptez-moi, sans vous souvenir de tous les déplaisirs que je vous ai

donnés par le passé; ne voyez en moi qu'une de ces brebis pour lesquelles

vous avez répandu votre sang! Mon cher Sauveur, oubliez toutes les

offenses que je vous ai faites! Punissez-moi selon votre volonté, pourvu que

vous m'épargniez le malheur de ne plus pouvoir vous aimer; disposez de

moi comme il vous plaît. Privez-moi de tout, mais mon Jésus, ne me privez

pas de vous, qui êtes mon unique bien! Faites-moi connaître ce que vous

demandez de moi; je veux tout accomplir, moyennant votre grâce. Faites

que j'oublie tout, pour ne me souvenir que de vous et de toutes les peines

que vous avez endurées pour moi. Faites que je ne pense plus qu'à vous

plaire et à vous aimer. Ah! regardez-moi avec cet amour avec lequel vous

m'avez regardé du haut du Calvaire en agonisant pour moi sur la croix, et

exaucez-moi! Je remets en vous toutes mes espérances, ô mon Jésus, mon

Dieu, mon Tout! ô vierge Sainte, ma Mère et mon Espérance, tendre Marie,

recommandez-moi à votre divin Fils, et obtenez-moi la fidélité à l'aimer

jusqu'à la mort!

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