Considérations sur la Passion de Jésus-Christ

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Considérations sur la Passion de Jésus-Christ · 16 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

oeuvres_completes_gratuites_de_saint_alphonse_de_liguori

www.JesusMarie.com Saint Alphonse-Marie de Liguori

Considérations sur la Passion de Jésus-Christ

INTRODUCTION Pour comprendre combien il est agréable à Jésus-Christ que nous pensions

souvent à sa passion et à la mort ignominieuse qu'il a endurées pour nous, il

suffit de se rappeler qu'il a institué le Sacrement de l'autel comme un

mémorial destiné à conserver au milieu de nous le souvenir toujours vivant

de l'amour qu'il nous a témoigné en s'immolant sur la croix pour notre salut.

Nous savons qu'il nous a donné ce Sacrement d'amour dans la nuit même

qui précéda sa mort. Après avoir distribué son corps à ses disciples, il leur a

dit, et par eux à nous tous, qu'en recevant la Sainte communion, nous

devons nous rappeler tout ce qu'il a souffert pour nous (1 Co 11, 26). Aussi

la Sainte église ordonne-t-elle que, à la Messe, après la consécration, le

célébrant dise au nom de Jésus-Christ : " Vous ferez cela en mémoire de

moi. " C'est pour perpétuer en nous le souvenir du bienfait de la

rédemption, dit saint Thomas, que Notre-Seigneur nous a laissé son corps

pour aliment. Cet auguste Sacrement, ajoute le Docteur Angélique, nous

rappelle sans cesse l'amour immense que Jésus-Christ nous a montré dans

sa passion. Si une personne, après avoir souffert des outrages et des blessures pour un

ami, apprenait que cet ami ne veut pas entendre parler de cet acte de

dévouement, ni même y penser, et que, chaque fois qu'on en parle devant

lui, il s'empresse de dire : "Changeons de sujet", quelle peine ne

ressentirait-elle pas d'une telle ingratitude ! Quel plaisir, au contraire,

n'éprouverait-elle pas, si on lui disait que son ami se reconnaît obligé envers

elle à une éternelle reconnaissance, et que jamais il ne parle ni ne se souvient

de ses bienfaits sans en être touché jusqu'aux larmes ! Aussi, tous les Saints,

sachant que c'est une chose agréable à Jésus-Christ de nous voir penser

fréquemment à sa passion, ont été presque sans cesse occupés à méditer les

douleurs et les mépris que ce tendre Rédempteur a soufferts pour nous dans

toutes sa vie et principalement à sa mort. Selon saint Augustin, il n'y a point

d'application plus salutaire pour les âmes que de méditer tous les jours la

passion du Sauveur. Dieu a révélé à un saint anchorète qu'aucun exercice

n'est plus propre à embraser les coeurs de l'amour divin que de penser à la

mort de Jésus-Christ. Louis de Blois rapporte que sainte Gertrude a

pareillement appris par révélation que chaque fois qu'une âme regarde le

crucifix avec dévotion, Jésus la regarde avec amour. Le même auteur assure

qu'une considération ou une lecture quelconque sur la passion fait bien plus

de bien que tout autre exercice de piété. Saint Bonaventure ajoute que celui

qui la médite, de terrestre devient céleste. Il appelle les plaies de Jésus

crucifié des blessures qui touchent les coeurs les plus durs et enflamment

d'amour pour Dieu les âmes les plus froides. On lit dans la Vie du

bienheureux Bernard de Corlion, capucin, que, les autres religieux voulant

lui apprendre à lire, il alla consulter Jésus crucifié. Le Seigneur lui répondit :

" Quoi ! des livres ? des lextures ? C'est moi qui suis ton livre, dans lequel tu

peux toujours lire l'amour que j'ai eu pour toi. " Jésus crucifié était aussi

l'objet de prédilection de saint Philippe Benizi. étant sur son lit de mort, il

demanda son livre. Les assistants ne savaient quel livre il désirait ; mais le

frère Ubald, son confident, lui présenta son crucifix. Alors, le Saint s'écria : "

Voici mon livre !" Et en baisant les plaies sacrées du Seigneur, il expira

doucement. Quoique j'aie déjà traité plusieurs fois de la passion de Jésus-Christ, dans

mes opuscules spirituels, je pense qu'il ne sera pas inutile aux âmes de leur

offrir encore ici beaucoup d'autres réflexions que j'ai lues dans différents

livres ou que j'ai faites moi-même. J'ai jugé bon de les écrire pour le bien des

autres, mais plus encore pour mon propre avantage spirituel ; car, me,

trouvant en ce moment à l'âgfe de soixante-dix sept ans, et conséquemment

près de la mort, j'ai voulu m'occuper de ces considérations pour me préparer

au jour de mes comptes. Et en effet, je m'en sers pour faire mes pauvres

méditations, en en lisant très souvent quelques passages, afin de me trouver,

quand sonnera ma dernière heure, les yeux fixés sur Jésus crucifié, qui est

toute mon espérance ; c'est ainsi que je compte avoir le bonheur de rendre

mon âme entre ses mains. Entrons maintenant en matière.

CHAPITRE I

SUR LA PASSION DE JéSUS-CHRIST

EN GéNéRAL

- I - Nécessité d'un Rédempteur et sa qualité - Incarnation du Verbe, sa vie - Erreur des Juifs - Prophéties Adam pèche, il se révolte contre Dieu et comme il est le premier homme,

père de tous les hommes, il entraîne dans sa perte le genre humain tout

entier. L'injure ayant été faite à Dieu, ni Adam ni les autres hommes, par

tous les sacrifices, même celui de leur propre vie ne pouvaient offrir à la

Majestée divine offensée une satisfaction digne pour l'apaiser pleinement. Il

fallait qu'une personne divine satisfit à la divine Justice. C'est pourquoi le

Fils de Dieu, touché de compassion pour les hommes et poussé par les

entrailles de sa miséricorde, consentit à se revêtir de la chair humaine et à

mourir pour les hommes, afin d'offrir ainsi à Dieu une satisfaction complète

pour tous leurs péchés et de leur rendre la grâce qu'ils avaient perdue. Notre tendre Rédempteur vint donc sur la terre et voulut, en se faisant

homme, remédier à tous les maux que le péché avaient apportés aux

hommes; il voulut, non seulement par ses leçons, mais encore par les

exemples de sa sainte vie, amener les hommes à observer les

commandements de Dieu et à gagner par ce moyen la vie éternelle. à cette

fin, Jésus-Christ renonça à tous les honneurs, à tous les plaisirs et à toutes

les richesses, dont il aurait pu jouir ici-bas et qui lui appartenaient, puisqu'il

était le Maître de l'univers. Il choisit une vie humble, pauvre et pleine de

tribulations, au point de mourir de douleur sur une croix. Ce fut une erreur des Juifs de penser que le Messie devait venir en ce

monde pour triompher de tous ses ennemis par la force des armes, et

qu'après avoir établi sa domination sur toute la terre, il rendrait ses partisans

riches et glorieux. Si le Messie se fût montré tel que les Juifs se le figuraient,

un prince triomphant et honoré de tous les hommes comme souverain du

monde entier, il n'aurait pas été le Rédempteur que Dieu avait promis et que

les Prophètes avaient annoncé. C'est ce que Jésus-Christ a nettement déclaré

lui-même, lorsqu'il répondit à Pilate que son royaume n'était point de ce

monde (Jn 18, 36). Saint Fulgence a donc raison de reprocher à Hérode la

crainte qu'il avait d'être privé de son royaume par l'Enfant de Bethléem, ce

doux Sauveur n'étant pas venu pour vaincre les rois par la guerre, mais pour

les attirer à lui par sa mort. Les Juifs tombèrent dans une double erreur par rapport au Rédempteur

qu'ils attendaient. D'abord, ils voulurent entendre des biens terrestres et

temporels ce que les Prophètes avaient dit des biens spirituels et éternels

dont le Messie devait enrichir son peuple. Voici quelles devaient être les

richesses du salut promis : la foi, la connaissance des vertus et la crainte de

Dieu. Le Seigneur promettait encore aux pénitents le remède, aux pécheurs

le pardon, aux esclaces du démons la liberté (Is 33, 6; 61,1). Les Juifs se

trompèrent en outre en appliquant au premier avènement du Sauveur les

prophéties qui regardent le second, quand il viendra juger le monde à la fin

des siècles. David, il est vrai, a prédit du Messie qu'il doit vaincre les princes

de la terre et abattre l'orgueil d'un grand nombre (Ps 109, 5). Jérémie

annonce pareillement que l'épée du Seigneur ravagera toute la terre (Jr

12,12). Mais tout cela se rapporte au dernier avènement de Jésus-Christ,

lorsqu'il paraîtra comme Juge, pour condamner les méchants. Quant au premier avènement de Notre-Seigneur, où il devait consommer

l'oeuvre de notre rédemption, les Prophètes ont annoncé, de la manière la

plus claire, qu'il vivrait ici-bas dans la pauvreté et l'humiliation. Zacharie a

prédit qu'il serait pauvre, et qu'on le verrait monté sur un ânon (Za 9, 9).

Cette prophétie se vérifia particulièrement lorsque Jésus-Christ fit son entrée

solennelle dans Jérusalem et qu'il y fut reçu avec honneur comme le Messie

désiré, ainsi que saint Jean le rapporte, en ne manquant pas de rappeler la

prédiction de Zacharie (Jn 12, 14). Nous savons d'ailleurs qu'il fut pauvre

dès sa naissance, qui eut lieu dans une grotte et dans une ville obscure,

Bethléem, suivant la prophétie de Michée (Mi 5, 1), prophétie notée par

saint Mathieu (Mt 2, 6) et par saint Jean (Jn 7, 42). De plus, Osée a prédit

que le Fils de Dieu se trouverait en égypte (Os 11, 1), ce qui se vérifia

lorsque Jésus Enfant fut porté dans cette contrée, où il demeura au milieu

d'un peuple étranger, y étant donc nécessairement fort pauvre (Mt 2, 13-15).

De retour en Judée, il continua de vivre dans la pauvreté; il avait lui-même

prédit par la bouche de David que toute sa vie devait être pauvre et pleine de

travaux (Ps 87, 16). Dieu ne pouvait voir sa justice pleinement satisfaite par tous les sacrifices

que les hommes lui eussent offerts, y compris celui de leur vie. Il permit

donc que son propre Fils prit un corps humain et s'offrit comme une victime

digne de le réconcilier avec les hommes et de leur obtenir le salut (He 10, 5).

Le Fils unique de Dieu consentit à s'immoler pour nous; il descendit sur la

terre pour accomplir ce sacrifice par sa mort, et opérer ainsi la rédemption

des hommes d'une manière parfaite selon la volonté de son Père (He 10, 7). " à quoi servirait de vous frapper davantage ? " dit le Seigneur en

s'adressant aux pécheurs (Is 1, 5). Il nous fait entendre par là que, quel que

soit le châtiment de ceux qui l'outragent, leur supplice ne peut réparer son

honneur blessé; c'est pourquoi il charge son propre Fils de satisfaire pour les

péchés des hommes, le Fils de Dieu étant seul capable de donner une digne

compensation à la Justice divine. Après cela, le Seigneur déclare qu'il a

frappé Jésus-Christ comme la victime destinée à expier nos fautes (Is 53, 8).

Il ne s'est pas contenté d'une satisfaction légère, mais il a voulu voir cette

victime consumée dans les tourments (Is 53, 10). ô mon Jésus ! victime d'amour consumée de douleur sur la croix pour

expier mes péch1s, je voudrais mourir de regret, quand je pense que je vous

ai tant de fois méprisé, après avoir été tant aimé de vous ! Ah ! ne permettez

pas que je continue de répondre par l'ingratitude à tant de bonté !

Attirez-moi tout à vous; faites-le Seigneur, par les mérites de ce sang que

vous avez répandu pour moi.

- II - Figures de l'Ancien Testament - Autre prophéties -

Reconnaissance due au Père et au Fils Lorsque le Verbe divin s'offrit pour racheter les hommes, deux voies se

présentèrent à lui pour y parvenir, l'une de plaisir et de gloire, l'autre de

souffrance et d'opprobre. Cependant, comme il voulait venir sur la terre,

non seulement pour délivrer l'homme de la mort éternelle, mais encore pour

se concilier l'amour de tous les coeurs, il renonçau au plaisir et à la gloire et

choisit les souffrances et les opprobres (He 12,12). Afin donc de satisfaire

pour nous à la Justice divine, et de nous enflammer en même temps de son

saint amour, il voulut se charger de toutes nos dettes et, en mourant sur la

croix, nous obtenir la grâce de la vie bienheureuse. C'est ce qu'Isaïe exprime

clairement quand il dit que le Sauveur a pris sur lui les peines que nous

avons méritées. (Is. 53, 4). L'Ancien Testament contient deux figures expresses de ce mystère. La

première est la cérémonie annuelle du Bouc émissaire (Lv 16, 5). Le Grand

Prêtre le chargeait, avec imprécation, de tous les péchés du peuple; après

quoi, on l'envoyait dans un désert comme étant devenu l'objet de la colère

de Dieu. Ce bouc représentait notre Rédempteur, qui daigna se charger de

nos fautes, et devenir la malédiction même, suivant l'expression de saint

Paul (Ga 3, 13), afin de nous obtenir la bénédiction divine. L'Apôtre dit

ailleurs : " Celui qui n'avait pas connu le péché, il l'a fait péché pour nous,

afin que nous devenions en lui justice de Dieu" (2 Co 5, 21). Comme

l'expliquent saint Ambroise et saint Augustin, cela signifie que celui qui était

l'innocence même a paru devant Dieu comme s'il eût été le péché même. En

d'autres mots, il prit les dehors du pêcheur et voulut subir les peines dues à

tous les pécheurs, afin d'obtenir leur pardon et de les rendre justes auprès de

Dieu. La seconde figure du sacrifice que Jésus a offert pour nous à son Père

éternel sur la croix est celle du Serpent d'Airain (Nb 21, 8) élevé sur un

poteau. Les Hébreux mordus par les serpents, dont le venin brûlant causait

la mort, n'avaient qu'à le regarder pour être guéris. Notre Sauveur a donné

lui-même l'explication de cette figure, en ces termes: "Comme Moïse éleva

le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l'homme soit élevé;

afin que tout homme qui croit en lui, ne périsse point, mais obtienne la vie

éternelle" (Jn 3, 14-15). Observons ici avec quelle clarté la mort ignominieuse de Jésus-Christ est

prédite dans le deuxième chapitre du livre de la Sagesse. Quoique les

paroles de ce chapitre puissent s'entendre de la mort de tout homme de

bien, selon saint Cyprien, saint Jérôme et beaucoup d'autres Pères, elles

conviennent principalement à la mort du Sauveur. On y lit : "S'il est

véritablement le Fils de Dieu, Dieu prendra sa défense et le délivrera" (Sg 2,

18). Ces paroles cadrent parfaitement avec ce que disaient les Juifs pendant

que Jésus était en croix : "Il met sa confiance en Dieu ; si donc Dieu l'aime,

qu'il le délivre maintenant; car il a dit: Je suis le Fils de Dieu" (Mt 27, 43). Le

Sage continue: "Interrogeons-le par l'outrage et le tourment (de la croix);

éprouvons sa patience; condamnons-le à la mort la plus infâme" (Sg 2,

19-20). Les Juifs choisirent pour Christ la mort de la croix, comme la plus

ignominieuse, afin que son fût à jamais couvert d'infamie et entièrement

oublié des hommes, ainsi que Jérémie l'avait prédit (Jr 11, 19). Comment

dont les Juifs peuvent-il nier aujourd'hui que Jésus-Christ ait été le Messie

promis, la vie lui ayant été ôtée par le supplice le plus infamant, exactement

comme les prophètes l'avaient annoncé? Jésus accepta une telle mort, parce qu'il mourait pour expier nos péchés.

C'est pour cela qu'il voulut d'abord, comme s'il eût été un pécheur, être

circoncis, être racheté lorsqu'il fut présenté dans le temple, recevoir le

baptême de pénitence de la main de saint Jean-Baptiste. Il voulut enfin, dans

sa passion, être cloué à la croix, pour expier l'abus que nous avons fait de

notre liberté. Il voulut expier notre avarice par sa nudité, notre orgueil par

ses humiliations, notre envie de dominer par sa soumission aux bourreaux,

nos mauvaises pensées par sa couronne d'épines, notre intempérance par le

fiel qu'il goûta, et nos plaisirs sensuels par les souffrances de son corps.

Après un tel bienfait, nous devrions sans cesse, avec des larmes

d'attendrissement, rendre grâces au Père éternel, qui nous a aimés au point

de livrer à la mort son Fils innocent pour nous délivrer de l'enfer, et qui, en

nous donnant son Fils unique, nous a tout donné (Rm 8, 32). Ainsi parle

saint Paul, et comme Notre-Seigneur l'a déclaré lui-même, tout cela est

l'effet de l'amour de Dieu son Père envers nous (Jn 3, 16). Aussi la Sainte

église s'écrie-t-elle dans son office du Samedi-Saint : " Merveilleuse

condescendance de ta grâce ! Imprévisible choix de ton amour ! Pour

racheter l'esclave, tu livres le Fils." Si nous croyons et confessons cette

vérité, comment pouvons-nous vivre sans brûler d'amour envers un Dieu si

aimant et si aimable ?ô Dieu éternel ! ne regardez pas mon âme souillée de

Tous les livres