Considérations sur la Passion de Jésus-Christ (page 15)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Considérations sur la Passion de Jésus-Christ · 16 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

nécessaire pour toi de prendre patience partout si tu veux avoir la paix. Si tu

portes volontiers la croix, elle portera vers la fin désirée." Chacun ici-bass

désire la paix et voudrait la trouver sans souffrir, mais cela est impossible

dans notre état présent; il faut souffrir, en quelque lieu que nous portions

nos pas, nos croix nous attendent partout. Comment donc trouverons-nous

la paix au milieu de toutes ces croix? En embrassant avec patience celle qui

se présente à nous. Selon sainte Thérèse, la croix semble pesante, fût-elle

bien légère, lorsqu'on la traîne malgré soi; mais, quand on l'embrasse de bon

coeur, quelque grande qu'elle soit, on ne la sent pas. Et Thomas a Kempis

affirme que, si quelqu'un porte sa croix avec résignation, elle le conduira au

but auquel tout chrétien doit tendre, et qui est de plaire à Dieu en vette vie et

de l'aimer éternellement en l'autre. Le même auteur se demande quel saint a été admis dans le ciel sans qu'il

portât le signe de la croix. Et comment pourrait-on y entrer sans croix, si la

vie de Jésus-Christ, notre Chef et notre Rédempteur, a été une croix, un

martyre continuel? Ansi, tandis que Jésus, innocent, saint, Fils de Dieu, a

voulu souffrir durant toute sa vie, nous rechercherions les plaisirs et le

repos? Tandis que lui, pour nous enseigner la patience par son exemple, a

voulu mener une vie pleine d'ignominies et de souffrances, extérieures et

intérieures, nous voudrions nous sauver sans souffrir, ou en souffrant sans

patience, ce qui est souffrir doublement, et cela sans fruit et avec un surcroît

de châtiment? Mais, comment pourrions-nous penser que nous aimons

Jésus-Christ, si nous refusons de souffrir pour l'amour de Jésus-Christ, qui a

tant souffert pour l'amour de nous? Comment pourrons-nous nous glorifier

d'être disciples de Jésus crucifié, si nous repoussons ou ne subissons

qu'avec répugnance les fruits de la croix, tels que les souffrances, les

humiliations, la pauvreté, les douleurs, les maladies et tout ce qui contrarie

l'amour-propre ? - II - La vue de Jésus crucifié nous console et nous soutient

dans les souffrances Ne perdons point courage, regardons constamment les plaies de Jésus

crucifié; nous y puiserons les forces nécessaires pour souffrir les maux de

cette vie, nons seulement avec patience, mais encore avec joie et allégresse,

comme ont fait les saints et comme l'annonçait Isaïe: "Vous puiserez de

l'eau avec joie aux sources du salut" (Is 12, 3). Suivant le commentaire de

saint Bonaventure, les sources du salut sont les plaies de Jésus-Christ. C'est

pourquoi le Docteur Séraphique nous engage à tenir sans cesse les yeux de

notre coeur fixés sur Jésus mourant en croix, si nous voulons vivre toujours

unis à Dieu et conserver en nous la véritable dévotion. La dévotion consiste,

selon saint Thomas, dans la disposition à nous conformer en tout à ce que

Dieu demande de nous. Voici la belle instruction que nous donne l'écriture pour nous maintenir

dans une continuelle union avec Dieu et pour supporter patiemment toutes

les tribulations. Parlant de Jésus, elle dit: "Songez à celui qui a enduré de la

part des pécheurs une telle contradiction, afin de ne pas défaillir par

lassitude de vos âmes" (He 12, 3). Pour souffrir avec résignation et en paix

les maux présents, il ne suffit pas de penser légèrement, et quelquefois

seulement dans l'année, à la passion de Jésus-Christ, il faut y réfléchir

souvent et jeter au moins chaque jour un regard sur les peines que

Notre-Seigneur a souffertes pour l'amour de nous. Et quelles sont ces

peines? La contradiction que Jésus-Christ essuya de la part de ses ennemis

fut telle qu'il devint, ainsi que le Prophète l'avait prédit, le dernier des

hommes, un homme de douleurs (Is 53, 3). On alla jusqu'à le faire mourir de

pure douleur, rassasié d'opprobres, sur un gibet réservé aux plus grands

scélérats. Et pourquoin otre Sauveur a-t-il voulu endurer tant de tourments

et d'outrages? C'est afin que, voyant tout ce qu'un Dieu a daigné souffrir

pour nous donner l'exemple de la patience, nous soyons prêts à tout

supporter, sans jamais perdre courage, pour nous délivrer du péché. Et la Lettre aux Hébreux nous demande ensuite, pour exciter notre ardeur,

de songer que Jésus-Christ, dans sa passion, a épuisé pour nous tout son

sang dans la violence des tortures. Elle dit aussi que les Saints Martyrs, à

l'exemple de leur Roi, ont enduré avec constnce les lames ardentes, les

ongles de fer, qui leur ont déchiré jusqu'aux entrailles. Mais vous,

ajoute-t-elle, vous n'avez pas encore donné une goutte de votre sang pour

Jésus-Christ, bien que vous soyez obligés d'être toujours prêts à sacrifier

même votre vie plutôt que d'offenser Dieu (cf. He 12, 4 et 11, 37-38). Telles

étaient les dispositions de saint Edmond: "Je sauterais sur un bûcher ardent

plutôt que de commettre un péché contre mon Dieu." Et saint Anselme,

archevêque de Cantorbéry, disait: "Si je devais endurer tous les corporels de

l'enfer ou commettre un péché, je choisirais l'enfer." Durant toute notre vie, le lion infernal ne cesse de tourner autour de nous,

cherchant à nous dévorer. Pour résister à ses attaques, saint Pierre nous

engage à nous armer du souvenir continuel de la passion de Jésus-Christ (1

P 4, 1). En effet, dit saint Thoms, le seul souvenir de la passion est une

puissante défense contre toutes les tentations de l'enfer. Si Notre-Seigneur

eût connu pour nous un autre moyen de salut, préférable à celui des

souffrances, il nous l'aurait indiqué; mais, en marchant devant nous avex sa

croix sur les épaules, il nous a montré que, le meilleur moyen pour parvenir

au salut, c'est de souffrir avec patience et résignation; et il a coulu nous en

donner lui-même un exemple dans sa personne. Saint Bernard dit qu'en voyant les grandes afflictions de Jésus crucifié, nous

devons trouver les nôtres légères. Il demande si quelque chose peut nous

paraître dur quand nous considérons les peines endurées par notre divin

Maître. Saint Elzéar, interrogé un jour par sa vertueuse épouse, sainte

Delphine, comment il supportait tant d'injures avec un esprit si tranquille, il

répondit: "Quand je reçois des injures, je pense à celles de mon Sauveur, et

je ne perds point de vue cette pensée jusqu'à ce que je me retrouve tout à

fait dans le calme." Lorsqu'une âme désire plaire à Jésus-Christ, dit encore saint Bernard, les

outrages qu'elle reçoit, loin de l'affliger, lui sont agréables. Qui, en effet, ne

sera pas disposé à embrasser avec joie les opprobres et les persécutions, s'il

considère seulement les outrages que notre Sauveur souffrit au

commencement de sa passion, lorsque, dans cette cruelle nuit qu'il passa

chez Caïphe, on prit plaisir à lui donner des coups de poing et des soufflet, à

lui cracher au visage, et à le tourner en dérision comme un faux prophète en

lui bandant les yeux, ainsi que le rapporte saint Matthieu? (Mt 26, 67). Comment les Martyrs pouvaient-ils supporter avec tant de patience la

cruauté des bourreaux ? On leur déchirait le corps avec le fer, on les brûlait

vifs sur des grils...; n'étaient-ils pas des hommes de chair comme nous, ou

étaient-ils devenus insensibles? Pierre de Blois répond que les Martyrs ne

regardaient pas leurs propres plaies, mais celles de leur divin Rédempteur, et

qu'ainsi ils sentaient peu la douleur qu'ils éprouvaient; les tourments ne

laissaient pas de les affliger, mais leur amour pour Jésus-Christ les leur

faisait mépriser. Il n'est point de souffrance, si violente qu'elle soit, ajoute le

même auteur, qu'on n'accepterait avec empressement à la vue de Jésus mort

sur la croix. L'Apôtre nous déclare que, par les mérites de Jésus-Christ, nous avons été

enrichis de toutes sortes de biens (1 Co 1, 5). Mais Notre-Seigneur exige

que, pour obtenir toutes les grâces que nous désirons, nous ayons recours à

Dieu par la prière, et que nous lui demandions de nous exaucer par les

mérites de son Fils. Jésus nous promet que, si nous faisons ainsi, son Père

nous accordera tout ce que nous lui demanderons (Jn 16, 23). Ainsi faisaient

les Martyrs; quand, dans les tortures, la douleur était fort aiguë, ils

recouraient à Dieu, et le Seigneur leur donnait la patience dont ils avaient

besoin. Saint Théodore, au milieu de tant de cruautés qu'on exerça sur lui,

éprouvant surtout une vive douleur causée par des gragments de poterie

rougis au feu, qu'on appliquait sur ses plaies, pria Jésus-Christ de lui donner

la force de souffrir cet horrible supplice, et il remporta la couronne du

martyre. Ne craignons donc point les combats que nous avons à soutenir contre le

monde et l'enfer; si nous avons toujours soin de recourir à Jésus-Christ par

la prière, il nous procurera tous les biens désirables, la patience dans les

épreuves, la persévérance, et enfin une bonne mort.

- III -

La passion du Sauveur fait notre force

dans notre dernière lutte Ce sont de grandes tribulations que celles qu'on souffre au moment de la

mort. Jésus-Christ seul peut nous donner la constance nécessaire pour les

supporter avec fruit. C'est alors surtout que nous avons à redouter les

attaques de l'enfer; il s'efforce d'autant plus de nous perdre qu'il nous voit

près de notre fin. Rainaldi rapporte de saint Elzéar, qui avait mené une vie si

pure, qu'aux approches de sa mort les démons lui livrèrent d'horribles

assauts, et qu'il dit alors: "Les tentations infernales sont bien grandes en ce

moment, mais Jésus-Christ, par les mérites de sa passion, de leur ôte leur

force." Aussi saint François voulut qu'à l'heure de sa mort on lui lût la

Passion du Sauveur; et saint Charles Borromée, se voyant près de mourir, fit

placer autour de lui des images représentant la Passion; c'est en considérant

les souffrances de Jésus-Christ qu'il voulut rendre à Dieu son âme bénie. La Sainte écriture affirme que le Fils de Dieu a voulu mourir pour nous, afin

d'abattre par ce moyen la puissance du démon, qui exerçait l'empire de la

mort, de nous soustraire ainsi à sa domination, et de nous délivrer par

conséquent de la crainte de la mort éternelle (He 2, 14). Et le texte poursuit:

"Il a dû devenir en tout semblables à ses frères... car du fait qu'il a lui-même

souffert par l'épreuve, il est capable de venir en aide à ceux qui sont

éprouvés" (He 2, 17-18). Le Seigneur a donc daigné prendre toutes les

conditions et les infirmités de la nature humaine, hormis toutefois

l'ignorance, la concupiscence, et le péché; et cela à quelle fin? Pour qu'en

éprouvant en lui-même nos misères, il devint plus compatissant envers

nous. On connaît beaucoup mieux les maux en les souffrant soi-même

qu'en les considérant seulement dans les autres; l'expérience propre de Jésus

devait le rendre plus disposé à nous secourir, lorsque nous sommes tentés

en cette vie, et surtout au moment de la mort. C'est à cela que saint

Augustin fait allusion dans ce passage que nous avons déjà cité:

Jésus-Christ, aux approches de la mort, a voulu sentir la peine d'enm être

troublé, afin que, si nous éprouvons quelque trouble à notre mort, nous

n'aillions pas jusqu'à perdre confiance, puisque nous devons nous souvenir

alors que notre Sauveur lui-même est passé par cette épreuve. Ainsi, dans nos derniers moments, l'enfer emttra tout en oeuvre pour nous

faire désespérer de la divine miséricorde, en nous remettant devant les yeux

tous les péchés de notre vie; mais le souvenir de la mort de Jésus-Christ

nous portera à nous confier en ses mérites et nous ôtera la crainte de la

mort, selon ce que dit saint Thomas sur le texte de la Lettre aux Hébreux

que nous venons de citer. Voici comment le Docteur Angélique s'exprime:

Lorsque nous considérons que le Fils de Dieu a bien voulu souffrir la mort

pour nous obtenir le pardon de nos fautes, la crainte de la mort s'éloigne de

nous et fait place au désir de mourir. Pour les incrédules, rien n'est plus

redoutable que la mort, parce qu'ils la regardent comme la fin de tous les

biens; mais pour nous, la mort de Jésus-Christ nous donne la ferme

espérance que, si nous mourons dans la grâce de Dieu, nous passerons de la

mort à la vie éternelle. Saint Paul nous montre combien cette espérance est

fondée, en disant que le Père éternel a livré son propre Fils à la mort par

tous les hommes, et que par là il leur a tout donné (Rm 8, 32). Nous ayant

donné son propre Fils, Dieu ne peut rien nous refuser; il nous accordera

certainement le pardon de nos péchés, la persévérance finale, son amour,

une bonne mort, la vie éternelle, et tous les biens. Si donc le démon cherche à nous troubler, soit dans le cours de la vie, soit à

l'heure de la mort, en nous représentant les fautes de notre jeunesse,

répondons-lui avec saint Bernard: Ce qui manque en moi-même pour aller

en paradis, je le prends dans les mérites de Jésus-Christ, qui a daigné

souffrir et mourir précisément pour me procurer la gloire éternelle, dont

j'étais indigne. Ajoutons les paroles suivantes de l'Apôtre, paroles bien

consolantes pour les pécheurs: "C'est Dieu qui justifie; qui donc nous

condamnera ? Le Christ Jésus, celui qui est mort, que dis-je? ressuscité, qui

est à la droite de Dieu, qui intercède pour nous?" (Rm 8, 34). Dieu lui-même

pardonne nos péchés et nous justifie par sa grâce; or, si Dieu nous rend

justes, qui pourra nous condamner comme coupables? est-ce Jésus-Christ

qui nous condamnera, lui qui, pour ne pas nous condamner, s'est livré à la

mort, et qui continue d'intercéder pour nous devant le trône de son Père; lui

qui a versé son sang pour effacer nos péchés, et nous retirer de la

corruption? (Ga 1, 4). L'Apôtre vient de nous assurer que le Fils de Dieu, après s'être chargé de

nos péchés, et avoir daigné les expier lui-même en mourant pour nous, afin

de nous délivrer de ce monde d'iniquités et de nous conduire dans son

royaume, s'y fait encore, en attendant, notre Avocat auprès de son Père

éternel. Saint Thomas, expliquant ces paroles, dit que, dans le ciel,

Jésus-Christ intercède pour nous en présentant à son Père les plaies qu'il a

souffertes pour notre amour. Saint Grégoire le Grand ne fait pas difficulté

d'affirmer, chose que tous n'osent pas admettre, que notre divin

Rédempteur, comme homme proprement, n'a pas cessé de prier, même

après sa mort, pour l'église militante, qui se compose de tous les fidèles sur

la terre. Tel est aussi le sentiment de saint Grégoire de Naziance. Saint

Augustin dit que Jésus-Christ prie pour nous dans le ciel, non comme

demandant pour nous quelque grâce nouvelle, puisqu'il nous a obtenu

pendant sa vie tout ce qu'il pouvait nous obtenir, mais comme exigeant de

son Père, en vertu de ses mérites, notre salut déjà obtenu et promis.

- IV -

Confiance et Amour envers Jésus-Christ Revenons à la confiance que nous devons avoir en Jésus-Christ

relativement au salut. Saint Augustin continue de nous encourager, en

disant que ce bon Maître, qui nous a rachetés au prix de tout son sang, ne

veut pas que nous nous perdions. Si nos fautes nous séparent de Dieu, et

nous rendent dignes d'en être méprisés, notre Sauveur ne saurait mépriser le

sang qu'il a répandu pour nous. Suivons donc avec confiance le conseil de la

Lettre aux Hébreux: ne cessont point de courir par la patience dans la

carrière qui nous est offerte par Jésus-Christ lui-même, notre Maître et notre

Modèle, préférant à tout comme lui les souffrances et les humiliations, et

persévérant jusqu'au dernier soupir (He 12, 1). Il nous servira peu d'avoir

bien commencé, si nous ne continuons pas jusqu'à la fin; c'est par la

patience et la persévérance dans le combat que nous obtiendrons la victoire

et la couronne promise au vainqueur. Cette patience même sera pour nous une cuirasse, qui nous protégera contre

les traits de nos ennemis. Mais, comment acquerrons-nous cette vertu? En

tenant constamment, durant la lutte, nos regards sur Jésus crucifié (He 12,

2), qui, comme le remarque saint Augustin, a méprisé tous les biens de la

terre pour nous apprendre à les mépriser et à ne pas chercher en eux notre

bonheur, mais qui a voulu, au contraire, souffrir tous les maux d'ici-bas,

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