Considérations sur la Passion de Jésus-Christ (page 2)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Considérations sur la Passion de Jésus-Christ · 16 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

péchés; regardez votre Fils innocent suspendu à une croix et vous offrant

ses souffrances et ses humiliations afin que vous ayez pitié de moi. ô Dieu

infiniment aimable et véritablement Ami de mon âme., pour l'amour de ce

Fils qui vous est si cher, faites-moi miséricorde ! La miséricorde que je vous

demande, c'est que vous me donniez votre saint amour. Ah ! tirez-moi de la

fange de mes iniquités, et faites que je sois tout à vous ! ô Feu brûlanmt,

consumez tout ce qui se trouve d'impur dans mon âme et qui l'empêche

d'être entièrement à vous !

- III -

La Mort de Jésus-Christ est notre salut;

elle est un enseignement et un exemple,

un motif de confiance et d'amour

En somme, tout ce que nous pouvons avoir de bien et d'espérance de salut,

nous le devons aux mérites de Jésus-Christ, ainsi que saint Pierre le déclare

expressément: "Il n'y a pas sous le ciel d'autre nom donné aux hommes

pour lequel il nous faille d'être sauvés" (Ac 4, 12). Les théologiens concluent

de là, avec saint Thomas, qu'après la promulgation de l'évangile, nous

devons croire explicitement, non seulement de nécessité de précepte, mais

encore de nécessité de moyen, que nous ne pouvons nous sauver que par la

médiation de notre Rédempteur. Tout le fondement de notre salut est donc dans la rédemption des hommes

opérée sur la terre par le Verbe divin. Il faut observer en outre que, quoique

toutes les actions de Jésus-Christ en ce comme, comme émanant d'une

personne divine, fussent d'un prix infini, en sorte que la moindre eût suffit

pour expier tous les péchés des hommes, néanmoins la mort de

Jésus-Christ fut le grand sacrifice par lequel notre rédemption s'est

accomplie. C'est pour cela que, dans les saintes écritures, la rédemption des

hommes est principalement attribuée à la mort de notre Sauveur sur la croix

(Ph 2, 8). Ainsi, l'Apôtre dit qu'en recevant la Sainte Eucharistie, nous

devons nous souvenir de la mort du Seigneur (1 Co 11, 26). Pourquoi

parle-t-il de la mort, et non de l'incarnation, de la naissance, de la

résurrection ? Il parle de la mort, parce que ce supplice, le plus douloureux

et le plus humiliant que Jésus-Christ ait souffert, est celui par lequel il a

consommé l'oeuvre de notre rédemption. Saint Paul disait encore qu'il ne prétendait pas savoir autre chose que Jésus

crucifié (1 Co 2, 2). L'Apôtre n'ignorait pas que Jésus-Christ est né dans une

grotte, qu'il a vécu trente années dans la maison d'un pauvre artisan, qu'il est

ressuscité après sa mort, et qu'il est monté au ciel ; pourquoi donc

proteste-t-il que tout sa science consiste à connaître Jésus crucifié ? C'est

que la mort soufferte par Jésus-Christ sur la croix était ce qui l'excitait le

plus vivement à aimer ce divin Sauveur, et à pratiquer l'obéissance envers

Dieu, la charité envers le prochain, la patience dans les adversités, vertus

spécialement exercées et enseignées par Notre-Seigneur sur la croix, comme

du haut d'une chaire élevée pour nous instruire, suivant la pensée du

Docteur Angélique et de saint Augustin. Tâchons donc, âmes fidèles, d'imiter l'épouse des Cantiques, qui goûtait,

disait-elle un doux repos aux pieds de son Bien-Aimé (Ct 2, 3).

Mettons-nous fréquemment devant les yeux, surtout le vendredi, Jésus

mourant sur la croix; arrêtons-nous quelque temps aux pieds de ce divin

Sauveurm et contemplons avec attendrissement les souffrances qu'il endure

et l'amour qu'il nous témoigne dans son agonie sur ce lit de douleur.

Puissions-nous dire aussi que nous nous sommes reposés reposés à l'ombre

de la croix. Oh ! quel heureux repos pour les âmes qui aiment Dieu, au

milieu du tumulte de ce monde, des tentations de l'enfer et des craintes

qu'on éprouve à la pensée des jugements de Dieu, que de considérer, dans

la solitude et le silence, notre tendre Rédempteur agonisant sur la croix, où

l'on voit son sang divin couler de tous ses membres percés et déchirés par

les fouets, les épines et les clous ! Comme, à l'aspect de Jésus crucifié, notre

esprit se dégage de tout désir des honneurs mondains, des biens terrestes et

des plaisirs sensuels ! Alors émane de la croix un souffle céleste, qui nous

détache doucement des choses de la terre. Ce souffle allume en nous un

saint désir de souffrir et de mourir pour l'amour de celui qui a voulu souffrir

et mourir pour l'amour de nous. Si Jésus-Christ, au lieu d'être ce qu'il est, Fils de Dieu et vrai Dieu, notre

Créateur et notre souverain Maître, n'était simplement qu'un homme, ah!

qui serait insensible à la vue de ce jeune homme de sang noble, innocent et

saint, expirant dans les tourments sur un gibet infâme, pour expier, non ses

propres fautes, mais les crimes de ses ennemis eux-mêmes, et pour les

délivrer par ce moyen de la mort qu'ils ont méritée ? Comment donc un

Dieu n'obtient-il pas les affections de tous les coeurs, en mourant dans un

abîme d'humiliation et de douleur pour l'amour de ses créatures? Comment,

après cela, ces créatures peuvent-elles encore aimer autre chose que ce Dieu

? comment peuvent-elles penser à autre chose qu'à se montrer

reconnaissantes envers ce tendre bienfaiteur ? Que ne connais-tu le mystère de la croix ! disait saint André au tyran qui

voulait lui faire renier Jésus-Christ parce que Jésus a été crucifié comme un

malfaiteur. Oh ! si tu comprenais l'amour que Jésus-Christ t'a porté en

daignant mourir sur la croix pour expier tes péchés et t'obtenir une félicité

éternelle, sans doute, loin de chercher à me persuader de le renier, tu

renoncerais toi-même à tout ce que tu possèdes et espères ici-bas, pour

obéir et plaire à un Dieu qui t'a tant aimé ! Telle fut en effet la conduite d'un

si grand nombre de Martyrs et d'autres Saints qui ont tout quitté pour

Jésus-Christ. ô honte pour nous ! combien de jeunes vierges ont refusé la

main des grands, des princes, avec les richesses et tous les délices de la

terre, et se sont empressées de sacrifier leur vie pour répondre par quelque

marque de retour à l'amour que leur a témoigné ce Dieu crucifié ! D'où vient

donc qu'il y a tant de chrétiens sur qui la passion de Jésus-Christ fait peu

d'impression ? Cela provient de ce qu'ils ne s'appliquent point à considérer

combien Jésus-Christ a souffert pour l'amour de nous. Ah ! mon doux Rédempteur, j'ai été moi-même du nombre de ces ingrats !

Vous avez sacrifié votre vie sur une croix pour ne pas me voir perdu; et moi,

j'ai tant de fois consenti à vous perdre, vous qui êtes un bien infini, en

perdant votre grâce! Maintenat le démon, en m'offrant le tableau de mes

péchés, voudrait me faire croire que mon salut est devenu trop difficile;

mais, en vous voyant crucifié pour moi, mon Jésus, j'ai la confiance que

vous ne me rejetterez pas de votre présence, si je me repens de vous avoir

offensé et si je veux vous aimer. Oui, je m'en repens, Seigneur, et je désire

vous aimer de tout mon coeur. Je déteste ces plaisirs maudits qui m'ont fait

perdre votre grâce. Je vous aime, ô Amabilité infinie, et je suis résolu de

vous aimer toujours ! Le souvenir de mes péchés ne servira qu'à

m'enflammer d'un plus grand amour pour vous, qui avez daigné me

chercher quand je vous fuyais. Non, mon Jésus, je ne veux plus me séparer

de vous ni cesser jamais de vous aimer ! ô Refuge des pécheurs, tendre Marie, vous qui avez eu tant de part aux

douleurs votre divin Fils dans sa passion, priez-le qu'il me pardonne et qu'il

m'accorde la grâce de l'aimer !

CHAPITRE II SUR LES PEINES QUE JéSUS-CHRIST SOUFFRIT à SA MORT

- I - Prophétie d'Isaië - Abaissements du Rédempteur promis

Considérons maintenant les peines particulières que Jésus-Christ endura

dans sa passion, et qui ont été prédites plusieurs siècles auparavant par les

Prophètes, spécialement dans le chapitre cinquante-troisième d'Isaïe. Ce

dernier, comme l'ont remarqué saint Irénée, saint Justin, saint Cyprien et

d'autres encore, a parlé si clairement des souffrances de notre Rédempteur,

qu'on pourrait le prendre pour un des évangélistes. D'après saint Augustin,

les paroles d'Isaïe concernant la passion de Jésus-Christ ont plutôt besoin de

nos méditations et de nos larmes que de l'explication des interprètes.

Hughes Grotius dit que les anciens Hébreux eux-mêmes n'ont pu nieux

qu'Isaïe, principalement au chapitre cinquante-troisième, n'ait eu en vue le

Messie promis de Dieu. Quelques-uns ont voulu appliquer les passages

d'Isaïe à des personnes nommées dans l'écriture, autres que Jésus-Christ;

mais Grotius répond qu'on n'en peut trouver aucun à qui ces textes

conviennent. Isaïe commence par faire pressentir l'incrédulité qui doit accueillir ce qu'il

annonce du Messie et le Messie lui-même: "Qui croirait ce que nous

entendons dire, et le bras du Seigneur, à qui a-t-il été dévoilé?" (Is 53, 1).

C'est ce qui s'est vérifié, comme le remarque saint Jean, lorsque les Juifs,

malgré les nombreux miracles opérés par Jésus-Christ, miracles qu'ils

avaient vus et qui prouvaient bien qu'il était le Messie envoyé de Dieu,

refusèrent de croire en lui (Jn 12, 37). Qui reconnaîtra le bras, c'est-à-dire, la

puissance du Seigneur ? C'est ainsi qu'Isaïe prédit l'obstination des Juifs à

ne pas vouloir croire en Jésus-Christ comme en leur Rédempteur. Ils se

figuraient que le Messie devait faire éclater parmi les hommes sa grandeur et

sa puissance, et, après avoir triomphé de tous ses ennemis, combler le

peuple juif de richesses et d'honneurs; ils pensaient que le Sauveur devait

apparaître comme un superbe cèdre du Liban; mais le Prophète déclare, au

contraire, qu'il croîtra péniblement comme un arbrisseau ou comme un

faible rejeton qui sort d'une terre sèche (Is 53, 2). Isaïe se met ensuite à décrire la passion du Seigneur: "Nous l'avons vu,

s'écrie-t-il, et nous avons voulu le reconnaître: mais nous ne l'avons pu. Il

nous a paru un objet de mépris, le dernier des hommes, et un homme de

douleurs. Nous ne l'avons point reconnu." (Is 53, 2-3) Adam, en refusant d'obéir à la loi de Dieu, a causé la ruine de tous les

hommes par son orgueil; c'est pourquoi le Rédempteur a voulu réparer ce

mal par son humilité, en consentant à être traité comme le dernier et le plus

abject des hommes; c'est-à-dire, en se réduisant au plus profond

abaissement. Saint Bernard admire cette union prodigieuse de la suprême

grandeur avec l'extrême bassesse: "ô toi, le plus bas et le plus élevé, ô toi le

méprisé et le sublime, ô opprobre des hommes et gloire des anges! Nul n'est

plus grand que toi, mais nul n'est plus humble." Si donc, ajoute-t-il, le

Seigneur, qui est le premier de tous les êtres, a voulu paraître comme le

dernier, chacun de nous doit rechercher la dernière place, et craindre d'être

préféré à qui que ce soit. Mais moi, mon Jésus, je crains tout le contraire; je

voudrais être préféré à tout le monde.Seigneur! donnez-moi l'humilité !

Vous embrasez avec amour les humiliations, pour m'apprendre à être

humble, à aimer la vie obscure et méprisée, et je voudrais être estimé de

tous et paraître en tout! De grâce, mon Jésus! donnez-moi votre amour; il

me rendra semblable à vous! Ne me laissez pas vivre plus longtemps dans

l'ingratitude envers vous, après que vous m'avez tant aimé. Vous êtes

tout-puissant : faites que je sois humble, que je sois saint, que je sois tout à

vous.

- II - Humiliations et souffrances de Jésus-Christ

Isaïe appelle notre Sauveur un Homme de douleurs (Is 53, 3). Aussi

applique-t-on justement à Jésus crucifié ce texte de Jérémie: "Votre

affliction est semblable à une mer" (Lm, 2, 13). Comme toutes les eaux vont

se jeter dans la mer, ainsi se réunirent dans le coeur de Jésus, pour l'affliger,

toutes les souffrances des malades, toutes les austérités des anachorètes et

toutes les humiliations des martyrs. Il fut rassasié de douleurs dans l'âme et

dans le corps. Mon Père! disait-il par la bouche de David, vous avez fait

passer sur moi tous les flots de votre colère (Ps 87, 8) ! Et il ajouta en

mourant, qu'il expirait abîmé dans un océan de douleurs et d'opprobres (Ps

68, 3). L'Apôtre a écrit que Dieu en envoyant son propre Fils au monde

pour payer de son sang la dette de nos fautes, a voulu par là montrer la

grandeur de sa justice (Rm 3, 25). Remarquez ces derniers mots. Pour se faire une idée de tout ce que Jésus-Christ eut à souffrir pendant sa

vie, et surtout à sa mort, il faut considérer ce que dit encore saint Paul dans

sa Lettre aux Romains: "Dieu, en envoyant son propre Fils avec une chair

semblable à celle du péché et en vue du péché, a condamné le péché dans sa

chair" (Rm 8, 3). Jésus-Christ, envoyé par son Père pour racheter l'homme,

se revêtit de notre chair infectée du péché d'Adam. Quoiqu'il n'eût pas

contracté la tache du péché, il prit néanmoins sur lui les misères dont la

nature humaine était affligée en punition du péch, et il s'offrit

volontairement à son Père éternel, comme le dit Isaïe, afin de satisfaire par

ses souffrances à la Justice divine pour toutes les dettes du genre humain; et

Dieu le Père l'a chargé lui seul des iniquités de nous tous (Is 53, 6-7). Voilà

donc Jésus sous le poids de tous les blasphèmes, de tous les sacrilèges, de

toutes les impuretés, de tous les forfaits que les hommes ont commis et

commettront jamais; le voilà, en un mot, devenu l'objet de toutes les

malédictions divines que nous avons méritées par nos fautes (Ga 3, 13). Aussi saint Thomas assure-t-il que les douleurs de Jésus-Christ, tant

intérieures qu'extérieures, ont surpassé tout ce qu'on peut souffrir en cette

vie. Pour comprendre quelles ont dû être ses souffrances extérieures, il suffit

de savoir que Dieu le Père lui avait formé un corps exprès pour souffrir,

ainsi que Notre-Seigneur le déclara lui-même (He 10, 5). Le Docteur

Angélique observe que Notre-Seigneur fut affligé dans tous les sens: dans le

toucher, toutes ses chairs ayant été déchirées; dans le goût, par le fiel et le

vinaigre; dans l'ouïe, par les blasphèmes et les dérisions; dans la vue, en

regardant sa Mère qui assistait à sa mort. Il souffrit également dans tous ses

membres: sa tête sacrée fut tourmentée par les épines, ses mains et ses pieds

par les clous, son visage par les soufflets et les crachats, et tout son corps

par les fouets, précisément comme Isaïe l'avait prédit, ce Prophète ayant

annoncé que Notre Rédempteur, dans sa passion, semblable à un lépreux,

dont la chair n'a plus aucune partie saine, et qui fait horreur à voir, n'offrant

aux regards que plaies de la tête aux pieds. En un mot, Jésus flagellé parut

aux yeux de Pilate dans un tel état qu'il espérait fléchir les Juifs en le leur

montrant; il cru qu'il suffirait pour qu'on cessât de demander sa mort, de le

présenter du haut de son tribunal aux regards du peuple, en disant: "Voilà

l'Homme!" (Jn 19, 5). Saint Isidore remarque en outre que, chez les autres hommes, lorsqu'une

douleur et lourde et dure un certain temps, la violence même du mal fait

perdre la sensation de douleur. Il n'en fut pas ainsi pour notre Sauvuer: les

dernières douleurs lui furent aussi sensibles que les dernières, et les premiers

coups de fouets ne le furent pas moins que les derniers; et cela, parce que sa

passion ne fut pas simplement l'ouvrage des hommes, mais ce fut un acte de

la justice de Dieu, qui a voulu faire subir en toute rigueur à son Fils innocent

le châtiment que méritaient les péchés de tous les hommes.Ainsi, mon

Jésus! dans votre passion, vous avez voulu porter la peine qui m'était due

pour mes péchés; si donc je vous avez moins offensé, vous eussiez moins

souffert en ce moment pour moi. Et moi, sachant bien cela, pourrai-je

encore vivre sans vous aimer, et sans pleurer continuellement les offenses

que je vous ai faites? Mon doux Rédempteur, je me repens de vous avoir

méprisé, et je vous aime par-dessus toutes choses. De grâce, ne me rejetez

point comme je l'ai mérité; recevez-moi dans votre amour, maintenant que

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