Considérations sur la Passion de Jésus-Christ (page 3)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Considérations sur la Passion de Jésus-Christ · 16 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

je vous aime et que je ne veux plus aimer que vous. Je serais bien ingrat si,

après toutes les miséricordes que vous m'avez faites, j'aimais encore à

l'avenir autre chose que vous.

- III - Jésus-Christ a souffert volontairement pour nous

Voici la suite des paroles d'Isaïe: "Nous l'avons considéré comme un

lépreux, comme un homme que la main de Dieu a frappé et humilié. Mais il

a été frappé pour nos iniquités, il a été brisé pour nos crimes. Le châtiment

qui devait nous réconcilier avec Dieu, est tombé sur lui, et nous avons été

guéris par ses blessures. Nous nous étions tous égarés comme des brebis

errantes, chacun s'était détourné pour suivre sa propre voie; et Dieu l'a

chargé lui seul de l'iniquité de nous tous." (Is 53, 4-6) Et Jésus, plein de

charité, consentit volontiers, sans réplique, au dessein de son Père qui

voulut qu'il fût livré entre les mains des bourreaux pour être tourmenté à

leur gré. "Il fut offert parce que c'était son propre désir, et il n'ouvrit pas la

bouche; comme une brebis qu'on conduit à la boucherie, comme devant les

tondeurs d'une brebis muette" (Is 53, 7). Comme un agneau qui se laisse

tondre sans se plaindre, notre tendre Sauveur se laissa enlever, non la laine,

mais la peau, sans ouvrir la bouche. Quelle obligation le Fils de Dieu avait-il d'expier nos fautes? Aucune, sans

doute; mais il a voulu s'en charger, pour nous délivrer de la damnation

éternelle; et après s'être ainsi rendu volontairement, par pure bonté, débiteur

de toutes nos dettes, il a voulu se sacrifier entièrement pour nous, jusqu'à

expirer dans les tortures de la croix, comme il l'a déclaré lui-même (Jn 10,

17). Chacun de nous doit donc lui rendre grâces, et lui dire avec le prophète

Isaïe: "Seigneur! vous avez arraché mon âme à sa perte; vous avez pris sur

vous et vous avez effacé vous-même tous mes péchés" (Is 38, 17).

- IV - Les souffrances de Jésus-Christ ont été extrêmes

Saint Ambroise, parlant de la passion du Sauveur, dit que ses souffrances ne

peuvent être égalées. Les Saints ont tâché d'imiter Jésus-Christ dans ses

souffrances pour se rendre semblables à lui; mais, y en a-t-il un seul qui soit

parvenu à l'égaler? Il est certain que Notre-Seigneur a souffert plus que tous

les pénitents, tous les anachorètes, et tous les Martys; car Dieu l'a chargé de

satisfaire rigoureusement à sa justice pour tous les péchés des hommes, et

conséquemment, comme le dit saint Pierre, Jésus porta sur la croix le

fardeau de toutes nos iniquités, pour en subir la peine dans son corps

adorable (1 P 2, 24). Selon saint Thomas, en nous rachetant, le Fils de Dieu

n'a pas seulement eu égard à la vertu et au mérite infini de ses souffrances,

mais il a voulu souffrir autant qu'il le fallait pour expier pleinement et

rigoureusement tous les péchés du genre humain. Et selon saint

Bonaventure, il a voulu souffrir autant que s'il eût été lui-même l'auteur de

toutes nos fautes. Or Dieu sut tellement aggraver les douleurs de

Jésus-Christ, qu'elles atteignirent les proportions requises pour acquitter

complètement toutes nos dettes. Ainsi s'est vérifiée cette parole d'Isaïe, que

Dieu a voulu broyer son Fils dans les souffrances, pour le salut du monde

(Is 53, 10-11). Quand on lit les Actes des Martyes, il semble que quelques-uns d'entre eux

ont plus souffert que Jésus-Christ; mais saint Bonaventure dit que les

douleurs d'aucun Martyr n'ont jamais pu égaler en vivacité celles de notre

Sauveur, qui furent les plus aiguës de toutes les douleurs. Saint Thomas

assure pareillement que la douleur sensible qui affligea Jésus-Christ fut la

plus grande que l'on puisse endurer dans la vie présente. Selon saint Laurent

Justinien, dans chaque tourment que Notre-Seigneur eut à subir, si l'on

considère la vivacité et l'intensité de la douleur, il souffrit tous les supplices

des Martyrs. Tout cela d'ailleurs a été prédit en peu de mots par le Roi David

lorsque, parlant à Dieu au nom du Messie, il s'écriait : "Sur moi pèse ta

colère; ... tes épouvantes m'ont réduit à rien" (Ps 87, 8.17), ce qui signifie

que toute la colère de Dieu excitée par nos péchés est venue retomber sur la

personne du Sauveur. On entend dans le même sens ce que l'Apôtre dit: "Il

est devenu malédiction pour nous" (Ga 3, 13). Jésus devint la malédiction,

c'est-à-dire l'objet de toutes les malédictions que méritent les pécheurs.

- V -

Peines intérieures de notre Sauveur

Jusqu'ici, nous avons parlé que des souffrances extérieures de Jésus-Christ;

mais qui pourra jamais expliquer, ou seulement concevoir, l'étendue de ses

souffrances intérieures, qui furent mille fois plus grandes que les premières?

La douleur de son âme fut si violente que, dans le jardin de Gethsémani, elle

lui causa une sueur de sang par tout le corps et lui fit dire qu'elle suffisait

pour lui donner la mort (Mt 26, 58). Mais, puisque cette tristesse suffisait

pour le faire mourir, pourquoi ne mourut-il pas? C'est, répond saint

Thomas, parce qu'il retarda lui-même sa mort, voulant se conserver la vie

pour la sacrifier bientôt après sur la croix. Remarquons en outre que cette

tristesse mortelle ne fit qu'affliger plus sensiblement notre Sauveur; car elle

fut le tourment de toute sa vie: dès le premier moment de son existence, il

eut devant les yeux les causes de sa douleur intérieure; et de toutes ces

causes, celle qui l'affligea le plus, ce fut de voir l'ingratitude des hommes

après l'amour qu'il leur témoignait dans sa passion. Il est vrai que, dans cette extrême désolation, un Ange du ciel vint pour

fortifier le Seigneur, ainsi que saint Luc le rapporte. (Lc 22, 43). Mais le

vénérable Bède fait observer que ce secours, loin d'alléger sa peine, ne fit

que l'accroître, puisque l'Ange ranima ses forces pour qu'il souffrit avec plus

de constance pour le salut des hommes, en lui représentant, ajoute le même

auteur, la grandeur des fruits de notre passion, sans en diminuer la douleur.

Aussi, immédiatement après l'apparition de l'Ange, l'évangéliste dit que

Jésus tomba en agonie et sua du sang en abondance au point d'en baigner la

terre (Lc 23, 44). Selon saint Bonaventure, la douleur de Jésus parvint au suprême degré; de

telle sorte qu'à l'aspect des tourments qui allaient terminer sa vie, il fut si

épouvanté qu'il supplia son Père de l'en délivrer (Mt 26, 39). Cependant,

Notre-Seigneur ne fit pas cette prière précisément pour échapper au supplice

qui l'attendait, puisqu'il s'y était soumis volontairement (Jn 10, 18); ce fut

pour nous faire entendre quelles angoisses il éprouvait en subissant une

mort si amère selon les sens. Mais, reprenant aussitôt selon l'esprit, tant

pour se conformer à la volonté de son Père que pour nous obtenir le salut,

ce qu'il désirait si ardemment, il ajouta : "Néanmoins, que votre volonté soit

faite, et non la mienne!" (Mt 26, 44). Et il continua de prier et de se résigner

ainsi durant trois heures (Mc 14, 39).

- VI - Patience de Jésus-Christ - Fruits de sa mort

Reprenons les prophéties d'Isaïe. Il a prédit les soufflets, les coups de poing,

les crachats et les autres mauvais traitements que Jésus-Christ souffrit dans

la nuit qui précéda sa mort, de la part des bourreaux, qui le tenaient

prisonnier dans le palais de Caïphe, en attendant le matin pour le conduire à

Pilate et le faire condamner au supplice de la croix : "J'ai tendu le dos à ceux

qui me frappaient, les joues à ceux qui m'arrachaient la barbe; je n'ai pas

soustrait ma face aux outrages et aux crachats" (Is 50, 6). Ces outrages ont

été décrits après l'événement par saint Marc, qui ajoute que les bourreaux,

voulant se moquer de Notre-Seigneur comme d'un faux prophète, lui

bandèrent les yeux et se mirent ensuite à lui donner des coups de poing et

des soufflets, en lui disant de deviner qui l'avait frapper (Mc 14, 65). Isaïe continue et dit que le Messie sera mené à la mort comme une brebis

qu'on va égorger (Is. 53, 7). C'est ce passage que lisait l'eunuque de la reine

Candace, lorsque saint Philippe vint le joindre par une inspiration divine,

comme on le voit dans les Actes des Apôtres (Ac 8, 32): il lui demanda de

qui les paroles devaient s'entendre, et le saint expliqua tout le mystère de la

Rédemption opérée par Jésus-Christ. Alors, l'eunuque, ouvrant les yeux à la

lumière que Dieu lui communiquait, voulut être baptisé sur-le-champ. Le Prophète termine en annonçant les fruits immenses que la mort du

Sauveur devait produire dans le monde, et la multitude de saints qui en

devaient naître spirituellement : "S'il offre sa vie en expiation, il verra une

postérité, il prolongera ses jours; et ce qui plaît au Seigneur s'accomplira par

lui. Il verra la lumière et sera comblé. Par ses souffrances, mon Seviteur

justifiera des multitudes." (Is 53, 10-11).

- VII - Prophéties de David - Diverses particularités

Avant Isaïe, le Prophète-Roi avait prédit d'autres circonstances encore plus

particulières de la passion de Jésus-Christ, principalement dans le Psaume

21, où il dit que le Sauveur aurait les mains et les pieds percés de clousm et

que ses membres seraient tellement étendus qu'on pourrait compter ses os

(Ps 21, 15. 18). Il annonça également que, avant de le crucifier, on lui ôterait

ses vêtements; que ses vêtements extérieurs seraient partagés entre les

bourreaux, et que celui de dessous, étant une tunique sans couture, serait

tiré au sort (Ps. 21, 19). Cette prophétie est rappelée par saint Matthieu et

saint Jean (Mt 27, 35; Jn 19, 23). Voici en oture ce que saint Matthieu rapporte des blasphèmes et des

sarcasmes des Juifs contre Jésus, pendant qu'il était sur la croix : " Ceux qui

passaient par là le blasphémaient, en branlant la tête et en lui disant : Toi qui

détruis le temple de Dieu, et qui le rebâtis en trois jours, que ne te sauves-tu

toi-même ? Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix ! Les Princes des

prêtres se moquaient aussi de lui avec les Scribes et les Anciens, en disant :

Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même; s'il est le Roi d'Israël,

qu'il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui. Il met sa

confiance en Dieu; si donc Dieu l'aime, qu'il le délivre maintenant; puisqu'il

a dit; Je suis le Fils de Dieu." (Mt 27, 40-43). Presque tous ces détails ont été

prédits sommairement par David, en ces termes : " Tous ceux qui me

voyaient, se sont moqués de moi; ils ont dit en branlant la tête: Il a mis son

espérance dans le Seigneur, que le Seigneur le délivre; qu'il le sauve, s'il est

vrai qu'il l'aime" (Ps 21, 8-9). David a aussi prédit la grande peine que Jésus devait éprouver sur la croix

en se voyant abandonner de tout le monde, même de ses disciples, à

l'exception de saint Jean et de la Très Sainte Vierge. Mais la présence de

cette Mère chérie n'adoucit point la peine d'un Fils si tendre; elle

l'augmentait, au contraire, par la compassion qu'il avait de la voir si affligée à

cause de sa mort. Notre-Seigneur, au milieu des angoisses de son cruel

supplice, ne trouva donc personne pour le consoler, précisément comme

David l'avait annoncé (Ps 68, 21). Mais, la douleur qui affligea le plus

profondément notre doux Rédempteur, ce fut d'être abandonné même de

son Père éternel; aussi s'écria-t-il alors, conformément à la prophétie de

David: "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? Loin de

me sauver les paroles de ma bouche " (Ps 21, 2). C'est comme s'il eût dit :

"Mon Père ! les péchés des hommes, que j'appelle les miens parce que je

m'en suis chargé, m'empêchent de me délivrer de ces souffrances qui

consument ma vie ; mais vous, mon Dieu ! dans cette extrême désolation,

pourquoi m'avez-vous abandonné ?" Ces paroles du Prophète-Roi

correspondent parfaitement à celles que Jésus prononça sur la croix, selon

l'évangile de saint Mathieu, peu de temps avant sa mort : " Eli ! Eli ! lema

sabachtani ? " (Mt 27, 46).

- VIII - Jésus-Christ est le vrai Messie - Surabondance de ses mérites

D'après toutes ces citations, on peut juger du grand tort qu'ont les Juifs,

lorsqu'ils refusent de reconnaître Jésus-Christ comme leur Messie et leur

Sauveur, parce qu'il est mort d'un supplicie ignominieux. Mais, ne

s'aperçoivent-ils pas que, si Jésus-Christ, au lieu de mourir en croix comme

un criminel, avait eu une mort honorée et glorieuse aux yeux des hommes,

il n'aurait pas été le Messie promis de Dieu et prédit par les Prophètes, qui

annonçaient depuis tant de siècles que le Rédempteur devait mourir rassasié

d'opprobres (Lm 3, 30) ? Au reste, toutes ces humiliations et toutes ces

souffrances du Fils de Dieu, si bien prédites par les Prophètes, ne furent

comprises, même de ses disciples, qu'après sa résurrection et son ascension

dans le ciel (Jn 12, 16). Enfin, la passion de Jésus-Christ a vérifié cette parole de David: "La Justice

et la Miséricorde se sont donné le baiser de paix" (Ps 84, 11). En effet, d'un

côté, par les mérites du Sauveur, les hommes ont été miséricordieusement

réconciliés avec Dieu; et de l'autre, par sa mort, la Justice divine a été

surabondamment satisfaite, puisque, pour nous racheter, il n'était pas

nécessaire que l'Homme-Dieu supportât tant de souffrances et d'opprobres;

il suffisait, comme nous l'avons dit, d'une seule goutte de son sang, d'une

simple prière de sa part, pour sauver le monde entier. C'est pour nous

inspirer plus de confiance et nous enflammer d'un plus grand amour envers

lui, qu'il a voulu que notre rédemption fût, non seulement suffisante, mais

encore surabondante, ainsi que David l'annonçait: "Espère Israël dans le

Seigneur, puisque auprès du Seigneur est la grâce, près de lui l'abondance

du rachat" (Ps 129, 6). Job a aussi prophétisé cette surabondance de la grâce lorsque, parlant au

nom du Messie, il déclara que son affliction était incomparablement plus

grande que ses péchés (Jb 6, 2). Ici encore, Jésus, par la bouche de Job,

appelle ses péchés ceux des hommes, parce qu'il s'était obligé à satisfaire

pour nous, afin que sa justice devint notre justice, suivant la pensée de saint

Augustin. La Glose commente le texte de Job en disant que, dans la balance

de la Justice divine, la passion de Jésus-Christ l'emporte sur tous les péchés

du genre humain. Toutes les vies des hommes ne suffiraient point pour

expier un seul péché, mais les souffrances du Fils de Dieu ont satisfait pour

toutes nos dettes (1 Jn 2, 2). De là, saint Laurent Justinien encourage tout

pécheur véritablement contrit à espérer son pardon avec assurance par les

mérites de Jésus-Christ. Pauvre pécheur, lui dit-il, ne mesure point

l'espérance d'obtenir le pardon de tes fautes à la grandeur de ton repentir, car

toutes tes oeuvres ne peuvent te le mériter; mais mesure-la aux souffrances

de ton divin Rédempteur, qui a surabondamment satisfait pour toi.ô

Sauveur du monde ! dans vos chairs déchirées par les fouets, les épines et

les clous, je reconnais votre amour pour moi et l'ingratitude que j'aie eue de

répondre par tant d'injures à tant de bienfaits! Mais votre sang est mon

espérance puisque c'est au prix de votre sang que vous m'avez délivré de

l'enfer autant de fois que je l'ai mérité. Ah ! qu'en serait-il de moi pour toute

l'éternité, si vous n'aviez pensé à me sauver par votre mort ? Malheureux

que je suis ! je savais qu'en perdant votre grâce, je me condamnais

moi-même à rester à jamais, sans espoir, éloigné de vous en enfer, et j'ai

souvent osé vous tourner le dos ! Mais, je le répète, votre sang est mon

espérance. Ah ! que ne suis-je mort sans vous avoir jamais offensé ! ô

bonté infinie, je méritais d'être aveuglé, et vous m'avez éclairé de nouvelles

lumières; je méritais d'être endurci et vous m'avez attendri et touché de

componction, au point que j'abhorre maintenant plus que la mort les injures

que je vous ai faites, et que je me sens un grand désir de vous aimer ! Ces

grâces que j'ai reçues de vous, me donnent l'assurance que vous m'avez

pardonné et que vous voulez me sauver. ô mon Jésus ! qui pourrait cesser

encore de vous aimer, et aimer autre chose que vous ? Je vous aime, mon

Jésus ! et je me confie en vous; augmentez cette confiance et cet amou, afin

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