Les Gloires de Marie (page 16)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Gloires de Marie (1re et 2de parties) · 27 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

plaît ; je ne saurais manquer de faire droit à une requête quelconque de votre part :. Et il lui déclara l'admirable motif de cette promesse

: " Quand vous étiez sur la terre, jamais vous ne vous êtes refusée à faire quoi que ce fût pour mon amour ; il est donc juste que moi,

maintenant assis dans le ciel, je ne me refuse jamais à faire ce dont vous me priez ". Quand donc nous donnons à Marie le titre de

toute-puissante, il faut l'entendre dans le sens possible à une créature, laquelle n'est point capable d'une perfection divine ; Marie est

toute-puissante en ce sens que, par le moyen de la prière, elle obtient tout ce qu'elle veut. C'est donc avec raison , ô notre grande Avocate, que saint Bernard vous dit : " Vous n'avec qu'à vouloir, et tout se fera ", si vous

voulez élever à une haute sainteté le pécheur le plus désespéré, il ne tient qu'à vous. - Saint Anselme vous parle de même : " Dites que

vous voulez notre salut, et nous serons infailliblement sauvés ". Et le bienheureux Albert le Grand en conclut qu'on doit vous prier de

vouloir, puisque tout ce que vous voulez, se fait nécessairement. Encouragé par la pensée de cette souveraine puissance de Marie, saint Pierre Damien implorait sa pitié en ces termes : " Que votre

bonté et le pouvoir dont vous disposez, vous engagent à nous secourir : plus vous êtes puissante, plus vous devez être

miséricordieuse. " Oui, ô Marie, oui, ô notre Avocate, votre coeur si tendre est incapable de voir les malheureux sans compatir à leur

maux ; et votre crédit auprès de Dieu est assez grand pour sauver toute âme dont vous prenez la défense ; ah ! ne dédaignez pas de

plaider la cause des misérables que vous voyez à vos pieds, et qui mettent en vous toutes leurs espérances. Si nos prières ne vous

touchent point, suivez au moins l'impulsion de votre bon coeur, faites usage de cette toute-puissance dont le Seigneur vous a revêtue,

afin qu'étant plus à même de nous faire du bien, vous en soyez plus miséricordieuse et mieux disposée à nous secourir. - Or, il en est

bien ainsi, car, au témoignage de saint Bernard, Marie est immensément riche en puissance et en miséricorde, à sa puissante charité

répond la tendre compassion qui la porte à nous venir en aide, et elle ne cesse de nous le prouver par les effets. Dès le même temps que Marie vivait sur la terre, son unique pensée, après la gloire de Dieu, était de secourir les malheureux. Elle

jouissait dès lors du privilège de faire agréer et exaucer toutes ses requêtes ; nous le savons par ce qui se passa aux noces de Cana en

Galilée. Le vin étant venu à manquer, la sainte Vierge fut touchée de l'affliction et de la confusion de ses hôtes, et elle pria son divin

Fils de les consoler par un miracle Le vin manque, lui dit-elle. Jésus lui répondit : " Femme, que vous importe à vous et que m'importe

à moi si le vin manque ? il ne me convient pas de faire aucun miracle maintenant ; le temps n'en est pas encore venu ; " ce temps sera

celui de ma prédication lorsque je devrai confirmer ma doctrine par des prodiges. Par cette réponse, Notre-Seigneur semblait opposer

un refus à la prière de sa Mère ; et pourtant, remarquons-le bien, Marie agit et parle tout comme si la grâce sollicitée lui eût été

accordée. Elle dit aux gens de la maison de faire ce que son Fils ordonnerait, leur promettant qu'ils seraient consolés. Et, en effet, pour

complaire à sa Mère, Jésus fit emplir d'eau de grandes urnes, et puis changea cette eau en un excellent vin. Mais, direz-vous, si le temps fixé pour les miracles était celui de la prédication, comment ce premier miracle a-t-il pu se faire alors,

contrairement au décret divin ? Il est vrai qu'à parler d'une manière générale, le temps des miracles n'était pas encore arrivé ; mais, de

toute éternité, Dieu avait arrêté, par un autre décret général, que jamais aucune supplique de Marie ne serait rejetée. La glorieuse Vierge

connaissait bien son privilège, aussi ne tint-elle nul compte du refus apparent de son Fils, mais elle fît comme si la grâce lui eût été

accordée. Ainsi l'a entendu saint Jean Chrysostôme. Sur ces paroles : Femme, que vous importe à vous, et que m'importe à moi?, il

remarque que, nonobstant une réponse si peu encourageante, Jésus ne laissai pas, pour honorer sa Mère, d'obtempérer à sa demande.

Cette explication est ainsi confirmée par saint Thomas : " Par ces mots : Mon heure n'est pas encore venue, le Seigneur voulut

témoigner qu'il eût refusé alors le miracle si tout autre le lui eût demandé ; mais parce que la solliciteuse était sa Mère, il le fit ". Tel est

aussi, selon Barrada, le sentiment de saint Cyrille, de saint Jérôme et de Jansenius de Gand. En résumé, nulle créature ne saurait faire descendre sur nous, pauvres pécheurs, les divines miséricordes à l'égal de cette douce

Avocate, que Dieu se plaît à honorer, non seulement comme sa Servante chérie, mais encore comme sa véritable Mère. C'est là ce que

Guillaume de Paris disait à Marie elle-même : Il suffit à Marie de parler pour voir tous ses désirs accomplis par son Fils. Le Seigneur

dit à l'épouse des Cantiques, laquelle est une figure de Marie : Vous qui habitez dans les jardins, nos amis écoutent ; faites-moi

entendre votre voix. - Ces amis, ce sont les saints ; lorsqu'ils sollicitent quelque grâce au profit de leurs clients, ils attendent que leur

Reine la demande à Dieu et l'obtienne ; car, nous l'avons démontré au Chapitre V, aucune grâce n'est accordée sans l'intervention de

Marie. Or, à quelle condition Marie obtient-elle les grâces ? à la seule condition de faire retnetir sa voix aux oreilles de Jésus, comme

lui-même l'y invite : Faites-moi entendre votre voix ; dès qu'elle parle, son Fils l'exauce. A propos du susdit passage des cantiques,

l'abbé Guillaume fait parler ainsi Jésus à Marie : " O vous qui habitez les jardins célestes, intercédez avec confiance pour qui il vous

plaira ; car je ne puis oublier que je suis votre Fils, au point d'avoir la pensée de refuser quelque chose à ma Mère ". " Pour l'obtenir,

ajoute un autre auteur, elle n'a qu'à prononcer un mot ; pour elle, être entendue de son Fils, c'est être exaucée ". Selon l'abbé Geoffroi,

quoique Marie obtienne, elle aussi, en priant, elle prie néanmoins avec une certaine autorité de Mère d'où nous devons tenir pour

indubitable qu'aucune de ses requêtes en notre faveur ne reste jamais sans effet. Selon le récit de Valère Maxime, lorsque Coriolan tenait Rome assiégée, les prières de ses concitoyens et de ses amis ne purent le

décider à se retirer ; mais, lorsque sa mère Véturie se présenta devant lui, il lui fut impossible de résister, et il leva le siège sans aucun

retard. Or, les prières de la sainte Vierge sont bien plus efficaces que celles de Véturie, puisqu'elles s'adressent à un Fils bien plus

reconnaissant et plus affectionné envers sa Mère. D'après le Père Justin de Miéchovie, un seul soupir de Marie a plus de valeur auprès

de Dieu que les suffrages réunis de tous les saints. Et c'est mot pout mot ce que, contraint par l'ordre de saint Dominique, le démon

lui-même avoua un jour par la bouche d'un possédé. A son tour, saint Antonin parle ainsi : " Pour Jésus, la prière de la bienheureuse Vierge est une sorte de commandement, comme étant

celle de sa Mère, et partant il ne saurait point ne l'exaucer. " Dans la même pensée, saint Germain tient à Marie elle-même ce langage

qui doit encourager les pécheurs à implorer la protection d'une si puissante avocate : " O Marie, cotre crédit auprès de Dieu est celui

d'une mère auprès de son Fils, et il n'est pas de si grand pécheur à qui vous n'obteniez le pardon. Que pourrait en effet vous refuser un

Dieu qui se plaît à contenter tous les désirs de sa vraie et immaculée Mère ?" Les saints du ciel ne pensent pas autrement. Sainte

Brigitte les entendit un jour qui disaient à la Vierge : " O notre Reine bénie, qu'y-a-t-il qui dépasse votre pouvoir ? Une chose voulue par

vous, est pour ainsi dire déjà faite ". C'est ce qu'exprime heureusement un vers bien connu :

Quod Deus imperio, tu prece, Virgo potes !

" Que le Seigneur commande, ou que ta voie le prie,

tout s'accomplit de même, ô puissante Marie ! " Eh quoi ! s'écrie saint Augustin, c'est-ce pas chose digne de la bonté du Seigneur d'honorer ainsi sa Mère ? N'a-t-il pas déclaré qu'il

était venu en ce monde, non pour abroger, mais pour accomplir la loi, qui nous ordonne entre autres choses d'honorer nos parents ?

Selon saint Georges, archevêque de Nicomédie, une des fins que Jésus-Christ se propose en exauçant toutes les prières de sa Mère,

c'est d'acquitter en quelque sorte la dette qu'il a contractée envers Celle dont il a reçu l'être humain. Le martyr saint Méthode s'écriait

dans le même sens : " Réjouissez-vous, ô Marie, vous avez pour débiteur un Fils qui donne à tous et ne reçoit rien de personne. Nous

autres, nous sommes tous redevables à Dieu de tout ce que nous avons, puisque tout vient de lui ; mais Dieu lui-même vous est

redevable à vous, depuis qu'il a daigné prendre de vous la chair humaine. " Sur quoi saint Augustin reprend : " Marie ayant mérité de donner au Verbe divin ce corps qui nous a servi de rançon et qui nous a

délivrés de la mort éternelle par son immolation, elle peut, mieux que tous les autres saints, nous aider dans l'affaire de notre salut. "

On lit également dans les oeuvres de saint Théophile, patriarche d'Alexandrie et contemporain de saint Jérôme : " Le Fils aime à être

prié par sa Mère, parce qu'il veut accorder par amour pour elle tout ce qu'il accorde de grâces, et reconnaître ainsi le service qu'elle lui

a rendu en le revêtant de la chair humaine ". Enfin, dans sa liturgie, l'église grecque parle ainsi à la Vierge : " Vous pouvez nous sauver

tous, ô Marie, puisque vous êtes la Mère de Dieu ; l'autorité d'une Mère auprès de son fils donne à vos prières une valeur sans bornes.

" Au souvenir de l'immense bienfait que le Seigneur accorda aux hommes quand il leur donna Marie pour avocate, saint Bonaventure lui

adresse à elle-même ces paroles qui nous serviront de conclusion : " O immense, ô adorable bonté de notre Dieu, qui a daigné donner à

des malheureux, à des criminels, une avocate telle que vous, ô notre Reine, qui pouvez, par votre intercession, leur obtenir tout ce qu'il

vous plaît ! O ineffable clémence de notre Dieu, qui, ne voulant pas que nous ayons trop à redouter la sentence qu'il doit prononcer

dans notre cause, nous a destiné pour avocate sa propre Mère et la Maîtresse de la grâce !"

EXEMPLE Le père Razzi, camaldule, rapporte l'histoire d'un jeune homme, qui, par suite de la mort de son père, avait été envoyé par sa mère à la

cour d'un prince. En lui faisant ses adieux, sa mère, qui était fort dévote à Marie, lui avait fait promettre de réciter chaque jour un Ave

Maria avec cette invocation : " Vierge bénie, assistez-moi à l'heure de ma mort ! " Arrivé à la cour, le jeune homme se livra bientôt au

vice avec un emportement qui obligean le prince de le congédier. Privé ainsi de tout moyen d'existence et ne sachant que devenir,

l'infortuné se mit à courir les grands chemins, et à rançonner et parfois assassiner les voyageurs, sans toutefois renoncer à sa coutume

de se recommander selon le conseil de sa mère, à la très sainte Vierge. Il finit par être arrêté et condamné à mort. La veille du jour

marqué pour son supplice, il pleurait amèrement dans sa prison, en pensant à son déshonneur, à la douleur de sa mère, à la mort qu'il

devait subir. Voyant son extrême abattement, et voulant en profiter, tout à coup le démon lui apparaît sous la forme d'un beau jeune homme, et lui

romet de l'arracher à la mort et de le tirer de sa prison, sous certaines conditions qu'il lui fera connaître. Le condamné se montrer prêt

à tout. Jetant alors le masque : " Je suis le démon, dit le fantôme au jeune homme ; je suis venu pour t'aider ; mais d'abord il faut que

tu renies Jésus-Christ et les saints sacrements. " Le malheureux y consentit. - " Maintenant, ajoute le malin esprit, il faut encore renier

la Vierge Marie et renoncer à sa protection. - Oh ! pour cela, réplique le jeune homme, je ne le ferai jamais ". Et aussitôt, s'adressant à

Marie, il répète la prière qu'il a apprise de sa mère : " Vierge bénie, assistez-moi à l'heure de ma mort " ! A ces mots, le démon

disparut, Mais le jeune homme demeura excessivement affligé du crime énorme qu'il avait commis en reniant Jésus-Christ. Il eut cependant

recours à la sainte Vierge, et elle lui obtint une grande douleur de tous ses péchés, qu'il confessa avec de vifs sentiments de contrition

et en versant un torrent de larmes. Comme il se rendait au lieu du supplice, il rencontra en chemin une statue de Marie, et il la salua en

récitant sa prière accoutumée : " Vierge bénie, assistez-moi à l'heure de ma mort " Il vit alors, et tous les assistants purent voir que la

statue inclinait la tête comme pour lui rendre le salut. Vivement ému, il demanda qu'on lui permît de baiser les pieds de la statue, par un

nouveau prodige, celle-ci étendit le bras, saisit le condamné par la main, et le retint avec tant de force qu'il fut impossible de l'arracher

de là. A cette vue, tous les spectateurs de crier : " Grâce ! grâce ! " et la grâce fut accordée. Revenu ensuite dans son pays, ce jeune

homme y mena une vie exemplaire, et se montra toujours dévoué à la bienheureuse Vierge, qui l'avait délivré de la mort temporelle et

de la mort éternelle.

PRIèRE Auguste Mère de Dieu, je vous dirai avec saint Bernard : " Votre divin Fils vous écoute, et il est disposé à vous accorder tout ce que

vous lui demanderez ; parlez donc, ô Marie, notre avocate, parlez pour nous, misérables que nous sommes ". Daignez ne pas l'oublier

: ce n'est pas pour votre seul avantage, mais pour le nôtre aussi, que vous avez été élevée à une si haute dignité et inverstie d'une si

grande puissance. Si un Dieu a voulu se rendre votre débiteur en prenant de vous la nature humaine, ce fut afin que vous puissiez, à

votre gré, faire part aux pauvres pécheurs des trésors de la miséricorde divine. Nous sommes vos serviteurs, nous nous sommes consacrés d'une manière spéciale à votre culte ; je parle ainsi parce que j'ai la

confiance d'être de ce nombre ; nous nous faisons gloire de vivre sous votre protection ; si vous faites du bien à tous, même à ceux

qui ne vous connaissent pas ou qui négligent de vous honorer, à ceux même qui vous outragent et vous blasphèment, combien plus ne

devons-nous pas espérer de votre bonté, qui va cherchant les malheureux pour les soulager, nous qui vous honorons, qui vous aimons,

et qui nous confions en vous ! Nous sommes de grands pécheurs ; mais Dieu vous a enrichie d'une bonté et d'une puissance bien

au-dessus de toutes nos iniquités. Vous pouvez nous sauver, vous le voulez ; et nous, de notre côté, nous voulons attendre de vous

notre salut avec d'autant plus de confiance que nous en sommes plus indignes, afin de vous glorifier davantage dans le ciel, quand

nous y entrerons par votre intercession. O Mère de miséricorde, nous vous présentons nos âmes, autrefois belles, lavées qu'elles étaient dans le sang de Jésus-Christ, mais

qu'ensuite nous avons horriblement souillées par le péché ; nous vous les présentons, afin que vous pensiez à les purifier.

Obtenez-nous un sincère amendement ; obtenez-nous l'amour de Dieu, la persévérance, le paradis. Nous vous demandons de grandes

choses, mais, quoi ! n'êtes-vous pas assez puissante pour nous les obtenir ? dépassent-elles les bornes de l'amour dont vous êtes l'objet

de la part de Dieu ? Il vous suffit d'ouvrir la bouche et de prier votre divin Fils ; il ne vous refuse rien. Priez donc, ô Marie, priez

pour nous, priez, et vous serez certainement exaucée, et nous serons infailliblement sauvés.

II

Marie est une Avocate compatissante, qui ne refuse pas de défendre la cause des plus misérables. Combien de motifs nous font une loi d'aimer notre affectueuse Reine ! Quand même on louerait Marie d'un bout de l'univers à l'autre ;

quand même on ne parlerait que de Marie dans tous les sermons ; quand même tous les hommes donneraient leur vie pour l'amour de

Marie, ce serait peu encore pour honorer et reconnaître l'amour si tendre dont elle aime tous les hommes, sans en excepter les plus

misérables pécheurs, ceuz-là du moins qui conservent en elle quelque sentiment de dévotion. Le bienheureux Raymond Jourdain, qui prit par humilité le nom d'Idiot, disait que Marie ne sais se défendre d'aimer ceux qui l'aiment,

qu'elle ne dédaigne pas de servir ceux qui la servent, et que, s'ils sont pécheurs, elle déploie toute la puissance de son intercession pour

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