Les Gloires de Marie (page 18)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Gloires de Marie (1re et 2de parties) · 27 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

de la paix que Dieu accordait au genre humain. C'est l'interprétation de saint Bonaventure : " O Marie, dit-il, vous êtes la fidèle Colombe

qui, par son entremise auprès de Dieu, a ménagé au monde, après sa ruine, la paix et le salut ". Céleste Colombe, elle apporta au monde

submergé dans les eaux du péché, le rameau pacifique, le gage du pardon, quand elle donna le jour à Jésus-Christ, source de toute

miséricorde ; et c'est elle qui, depuis lors, nous a obtenu, en vertu des mérites du sauveur, toutes les grâces que Dieu nous a faites. Et

de même que la paix du ciel a été donnée au monde par Marie, comme le lui dit saint épiphane, c'est par le moyen de Marie que,

chaque jour encore, les pécheurs sont réconciliés avec Dieu. De là ces paroles que le bienheureux Albert le Grand lui met sur les lèvres

: " Je suis la Colombe de Noé ; c'est moi qui apporte à l'église la paix universelle. " " Nous avons encore une figure expresse de Marie dans l'arc-en-ciel, dit le cardinal Vitale, c'est Marie, toujours présente au tribunal de

Dieu pour adoucir les sentences et les châtiments suspendus sur la têtes des pécheurs. " D'après saint Bernardin de Sienne, c'était de

cet arc-en-ciel que parlait le Seigneur quand il disait à Noé : Je placerai mon arc dans les nuages, en signe de l'alliance entre moi et la

terre... ; en le voyant, je me souviendrai de la paix perpétuelle que je fais avec les hommes. La bienheureuse Vierge est bien cet arc de

paix éternelle, dit le saint, car, de même qu'à la vue de l'arc-en-ciel Dieu se souvient de la paix promise à la terre, ainsi, à la prière de

Marie, il remet aux pécheurs les offenses qu'ils lui ont faites, et conclut la paix avec eux. En outre, toujours pour la même raison, Marie est comparée à la lune. Cet astre, remarque saint Bonaventure, est entre le ciel et la

terre, et Marie s'interpose continuellement entre Dieu et les hommes, elle apaise le Seigneur irrité contre les coupables, et éclaire

ceux-ci pour les ramener à lui. Et tel fut le principal office dont Dieu chargea Marie quand il la donna à la terre, à savoir, de relever les âmes déchues de la grâce, et

de les réconcilier avec lui. - Paissez vos chevreaux, lui dit le Seigneur en la créant. Les chevreaux, on le sait, représentent les pécheurs

qui, dans la vallée du Jugement, devront rester à la gauche, tandis que les élus, figurés par les brebis seront placés à la droite. Or, dit

l'abbé Guillaume en s'adressant à Marie, ces chevreaux vous seront confiés, ô puissante Reine, afin que vous les changiez en brebis, et

que ceux qui, par leurs fautes, ont mérité d'être jetés à la gauche, soient admis à la droite par votre intercession. Ce commentaire

s'accorde avec une révélation faite à sainte Catherine de Sienne. Le Seigneur lui déclara qu'il avait créé Marie, sa Fille bien-aimée,

comme un doux appât pour prendre et attirer à lui les hommes, et particulièrement les pécheurs. Mais il faut noter ici la belle réflexion

de Guillaume sur le texte sacré que nous venons de citer : " Dieu, dit-il, recommande à Marie les chevreaux qui sont à elle : Paissez vos

chevreaux ; parce que la Vierge ne sauve pas tous les pécheurs, mais seulement ceux qui la servent et l'honorent, quelques souillés

qu'ils soient d'ailleurs. Quant à ceux qui vivent dans le péché, ajoute-t-il, sans honorer Marie par quelque hommage spécial, et sans se

recommander à elle pour sortir de leur triste état, ils ne sont point ses chevreaux ; au jour du jugement, ils seront misérablement placés

à gauche pour être damnés ". Un gentilhomme désespérait de son salut à cause de l'énormité de ses fautes ; un religieux lui conseilla de se rendre dans une certaine

église où l'on vénérait une image de Marie, et d'implorer le secours de cette bonne Mère. Il se transporte à l'église et, à l'aspect de la

pieuse image, il se sent comme invité par la Vierge à se jeter à ses pieds et à prendre confiance. Il approche, se prosterne, et se dispose

à baiser les pieds de la statue ; mais elle s'anime à l'instant, et lui présente à baiser sa main bénie sur laquelle il lit ces mots : Ego

eripiam te de affligentibus te ; c'est-à-dire : " Mon fils, ne t'abandonne pas au désespoir ; je te délivrerai de tes péchés, et de toutes les

craintes qui t'affligent ". - On rapporte qu'en lisant ces douces paroles, le pécheur conçut une si grande douleur de ses fautes, et fut

pénétré d'un si ardent amour envers Die et sa tendre Mère, qu'il mourut là même aux pieds de Marie. Oh ! combien de pécheurs obstinés sont attirés tous les jours à Dieu par cet Aimant des coeurs ! C'est ainsi qu'elle s'est appelée

elle-même, en disant à sainte Brigitte : " Comme l'aimant attire le fer, ainsi j'attire les coeurs les plus endurcis pour les réconcilier avec

Dieu ". Et ce prodige se renouvelle, non pas rarement, mais chaque jour. Je pourrais en citer, pour ma part, un grand nombre de cas

arrivés dans nos seules missions : souvent des pécheurs restés plus insensibles que le fer à tous les autres sermons, sont touchés de

repentir et reviennent à Dieu, dès qu'ils entendent prêcher la miséricorde de Marie. Saint Grégoire dit que la licorne est une bête si

féroce qu'aucun chasseur ne peut réussir à la prendre, mais qu'à la voix d'une vierge elle devient docile, s'approche et se laisse lier par

elle sans résistance. Oh ! combien de pécheurs qui, plus intraitables que les bêtes férocesm fuyaient loin de Dieu, accourent auprès de

la Reine des Vierges aussitôt qu'ils entendent sa voix, et se laissent doucement enchaîner par elle au joug du Seigneur ! D'après saint Jean Chrysostome, Marie a encore été élevée à la dignité de Mère de Dieu, afin que sa douce miséricorde et sa puissante

intercession sauvent les misérables que leur mauvaise vie obligerait la justice divine à réprouver. " Il en est bien ainsi, assure saint

Anselme, car c'est pour les pécheurs plue que pour les justes qu'elle est devenue Mère de Dieu ; Jésus-Christ n'a-t-il pas déclaré qu'il

était venu appeler, non les justes, mais les pécheurs " ? Aussi la sainte église n'hésite pas à chanter :

Peccatores non exhorres,

Sine quibus nunquam fores

Tali digna Filio : " Vous n'avez pas horreur des pécheurs, sans lesquels vous n'eussiez jamais été Mère d'un tel Fils ". - Et Guillaume de Paris va jusqu'à

lui tenir ce langage encore plus pressant : O Marie, vous êtes obligée à secourir les pécheurs, puisque tout ce que vous avez reçu de

dons, de grâces et de grandeurs, en un mot, tout ce que renferme votre sublime dignité de Mère de Dieu, vous en êtes, s'il est permis

de le dire, redevable aux pécheurs ; car c'est à cause d'eux que vous avez été rendue digne d'avoir un Dieu pour Fils. S'il en est ainsi,

conclut saint Anselme, comment puis-je désespérer d'obtenir le pardon de mes fautes, quelle qu'en soit l'énormité ? Dans la messe de la vigile de l'Assomption, l'église nous apprend que la Mère de Dieu a été transportée de la terre au ciel, afin

d'intercéder pour nous auprès du Seigneur avec une entière assurance d'être exaucée. De son côté, saint Justin donne à Marie un nom

qui signifie l'arbitre d'un différend, la personne à qui deux parties en procès remettent tous leurs titres. Par là, le saint veut faire

entendre que, comme Jésus est notre Médiateur auprès du Père éternel, ainsi Marie est notre Médiatrice auprès de Jésus, notre Juge,

qui remet à son pacifique arbitrage tous ses griefs contre nous. Pour saint André de Crète, Marie est " la caution, la garantie, ou le gage de notre réconciliation avec Dieu ". Et voici quelle est sa

pensée : tout le désir de Dieu est de se réconcilier avec les pécheurs en leur remettant leurs fautes ; or, afin qu'ils ne doutent

aucunement de sa disposition à leur pardonner, il leur en donne comme un gage dans la personne de Marie. De là, cette exclamation du

même saint : " Je vous salue, ô vous qui êtes la paix entre Dieu et les hommes " ! Saint Bonaventure s'appuie sur cette pensée pour

encourager le pécheur : " Tu crains peut-être, lui dit-il, que dans son courroux le Seigneur ne veuille tirer vengeance de tes fautes ;eh

bien ! suis mon conseil, recours à l'Espérance des pécheurs, adresse-toi à Marie ; et si tu doutes aussi qu'elle consente à plaider ta

cause, sache qu'elle ne peut s'y refuser : Dieu lui-même l'a chargée de secourir d'office les plus misérables. " Mais quoi ! s'écrie l'abbé Adam, un pécheur doit-il jamais craindre de périr, quand la Mère même de son Juge s'offre à lui servir de

mère et d'avocate ? Et vous, ô Marie, ajoute-t-il ; vous, la Mère de miséricorde, dédaignerez-vous de prier votre divin Fils, qui est

notre Juge, pour un autre fils, qui est le pécheur ? refuserez-vous d'intercéder en faveur d'une âme rachetée, auprès de son

Rédempteur, qui est mort sur la croix pour sauver les pécheurs ? Oh ! non, vous ne le refuserez point ; vous vous emploierez avec

toute l'ardeur de votre zèle à prier pour tous ceux qui ont recours à vous ; car vous savez que le Seigneur, qui a établi votre Fils

Médiateur de paix entre Dieu et l'homme, vous a établie en même temps Médiatrice entre le Juge et le coupable. Concluons avec saint Bernard : Pécheur, quel que tu sois, fusses-tu tout couvert de la fange de tes fautes, eusses-tu vieilli dans

l'iniquité, garde-toi de te livrer au désespoir. Rends grâces à ton Seigneur qui, dans son désir de te faire miséricorde, ne s'est pas

contenté de donner son Fils pour avocat, mais a voulu t'inspirer plus de courage encore et plus de confiance, en te remettant aux

mains d'une Médiatrice qui obtient par ses prières tout ce qui lui plaît. Va donc, recours à Marie et tu seras sauvé.

EXEMPLE L'histoire qu'on va lire est rapportée par Alain de la Roche et Bonifacius. Il y avait à Florence une jeune fille nommée Benoîte (Bénie),

mais qui méritait bien plutôt le nom de maudite par la vie scandaleuse qu'elle menait. Par bonheur pour elle, saint Dominique vint

prêcher dans cette ville. Elle alla un jour l'entendre par pure curiosité ; mais Dieu lui toucha le coeur par le moyen de ce sermon,

tellement que, fondant en larmes, elle alla se confesser au Saint. Celui-ci l'entendit, lui donna l'absolution, et lui imposa pour pénitence

la récitation du rosaire. Mais bientôt, entrainée par la force de l'habitude, la malheureuse retomba dans ses désordres. Saint Dominique l'apprit, il alla trouver,

et obtint qu'elle se confessât de nouveau. De son côté, afin de l'affermir dans le bien, Dieu lui fit voir un jour l'enfer, lui montra ceux

qui, à cause d'elle, s'étaient déjà damnés, et la força ensuite de lire, dans un livre ouvert devant ses yeux, l'épouvantable série de ses

péchés. A cette vue, la pénitente fut saisie d'horreur ; mais, pleine de confiance en la sainte Vierge, elle invoqua son secours, et

comprit que cette miséricordieuse Mère lui obtenait du Seigneur le temps nécessaire pour pleurer ses énormes excès. La vision finit là, et Benoîte se mit dès lors à vivre d'une manière exemplaire ; mais, ayant sans cesse devant les yeux l'affreux dossier

qui lui avait été montré, elle adressa un jour cette prière à sa douce Consolatrice : " Ma mère, je le confesse, en punition de mes

crimes, je devrais être maintenant au fond de l'enfer ; mais, puisque vous m'avez obtenu le temps de faire pénitence, ô Reine

compatissante, je vous demande encore une grâce : je ne veux jamais cesser de pleurer mes péchés ; mais faites qu'ils soient effacés

de ce livre ". Marie entendit sa prière, lui apparut et lui dit que, pour obtenir ce qu'elle désirait, elle ne devait jamais perdre de vue le

souvenir de ses péchés et de la miséricorde avec laquelle Dieu l'avait traitée ; elle devait penser sans cesse à la passion soufferte par

Jésus pour l'amour d'elle, et considérer combien de malheureux étaient damnés pour des fautes moins nombreuses que les siennes ;

elle lui révéla en même temps que, ce jour-là, un enfant de huit ans devait être précipité en enfer pour un seul péché. - Benoîte ayant

obéi fidèlement à la très sainte Vierge, Notre-Seigneur daigna un jour lui apparaître lui-même, et lui montrant le livre tant redouté, il lui

dit : " Voici que tes péchés sont effacés, le livre est blanc ; écris-y maintenant des actes d'amour et de vertu ". C'est ce que fît Benoîte,

et elle mena depuis une vie sainte, qui fut couronnée par une sainte mort.

PRIèRE Si donc, ô ma très douce Souveraine, si votre office est, comme vous le dit Guillaume de Paris, de vous porter Médiatrice entre Dieu

et les pécheurs, je vous adresserai la prière de saint Thomas de Villeneuve, et vous dirai : Montrez que vous êtes notre Avocate et, en

ma faveur aussi, acquittez-vous de votre office. Ne me dites pas que ma cause est trop difficile à gagner, car je le sais, et tout le

monde me l'assure : jamais cause défendue par vous, si désespérée fût-elle, n'a été perdue, et la mienne le serait ? Non, je ne le crains

pas. A la vérité, si je ne voyais que mes innombrables péchés, j'aurais lieu de douter de votre disposition à me défendre, mais quand je

pense à votre immense miséricorde, et à l'extrême désir qui anime votre bon coeur, de secourir les pécheurs les plus désespérés, je ne

saurais non plus m'arrêter à cette crainte-là. Et qui jamais s'est perdu, après avoir eu recours à vous ? Je vous appelle donc à mon

secours, ô Marie, ma puissante Avocate, mon refuge, mon espérance et ma Mère ; je remet entre vos mains la cause de mon salut

éternel ; je vous confie mon âme : elle était perdue, mais c'est à vous de la sauver. Je rends de continuelles actions de grâces au

Seigneur qui me donne une si grande confiance en vous ; car je le sens : nonobstant mon indignité, cette confiance m'assure de mon

salut. Une seule crainte me reste et m'afflige, ô ma bien-aimée Reine, c'est que je vienne à perdre un jour, par ma négligence, cette

confiance en vous. Je vous en supplie donc, ô Marie, par tout l'amour que vous portez à votre Jésus, conservez et augmentez sans

cesse en moi l'heureuse confiance en vos prières par lesquelles j'espère avec certitude récupérer l'amitié divine. Cette amitié, je l'ai

fortement méprisée et perdue par le passé ; mais, une fois recouvrée, j'espère la conserver par votre secours ; et ainsi, je l'espère

encore, un jour enfin j'irai en paradis vous remercier et chanter les miséricordes de Dieu et les vôtres pendant toute l'éternité. Amen.

Tel est mon espoir. Puisse-t-il être rempli ! Il le sera. CHAPITRE VII

Illos tuos misericordes ocula as nos converte

Tournez vers nous vos yeux plein de miséricorde.

MARIE, NOTRE GARDIENNE

Marie est tout yeux pour compatir à nos misères et les soulager Saint épiphane appelle la Mère de Dieu Multocula, c'est-à-dire, celle qui est tout yeux pour soulager nos misères ici-bas. Un jour, en

exorcisant un possédé. on demanda au démon ce que faisait Marie : " Elle descend et elle monte ", telle fut la réponse de l'esprit malin.

Par là, il voulait dire que cette bonne Reine ne fait autre chose que descendre sur la terre pour apporter des grâces aux hommes, et

monter au ciel pour présenter nos suppliques au Seigneur et les lui faire agréer. Saint André d'Avellin avait donc raison d'appeler la

bienheureuse Vierge la Femme d'affaires du paradis, celle que sa miséricorde tient toujours en action, et qui ménage des grâces à tous,

justes et pécheurs. Le Seigneur, dit David, a les yeux ouverts sur les justes ; mais les yeux de Notre-Dame, observe Richard de

Saint-Laurent, sont également fixés sur les justes et sur les pécheurs. C'est, ajoute-t-il, que les yeux de Marie sont des yeux de Mère,

et qu'une mère regarde sans cesse son enfant, non seulement pour l'empêcher de tomber, mais encore pour le relever, s'il tombe. Jésus-Christ lui-même a daigné manifester cette vérité à sainte Brigitte ; elle l'entendit un jour parler ainsi à sa glorieuse Mère ; " Ma

Mère, demandez-moi tout ce que vous désirez ". - Tel est le langage que Jésus tient sans cesse à Marie dans le ciel ; car il aime à

contenter cette Mère chérie en tout ce qu'elle lui demande. - Mais que lui demande Marie ? Sainte Brigitte l'entendit qui répondait à son

divin Fils : Je demande miséricorde pour les misérables ; comme si elle eût dit : Mon Fils, vous avez voulu que je sois la Mère de

miséricorde, le Refuge des pécheurs et l'Avocate des malheureux ; et vous me dites de vous demander ce que je veux ; mais, que

puis-je vouloir, sinon que vous usiez de miséricorde envers les misérables ? c'est là que je vous demande : Misericordiam peto miseris. :" Ainsi, ô Marie, s'écrie avec attendrissement saint Bonaventure ; vous êtes si pleine de miséricorde, si attentive à secourir les

malheureux, que vous semblez n'avoir aucun autre désir, aucune autre sollicitude, que de les assister." Et, comme, entre tous les

malheureux, les pécheurs sont les plus à plaindre, le vénérable Bède assure que Marie est continuellement occupée à prier son divin Fils

pour les pécheurs. Dès le temps même que Marie vivait sur la terre dit saint Jérôme, elle avait le coeur si compatissant et si tendre envers les hommes,

que personne n'a jamais souffert de ses propres peines autant que cette bonne Mère souffrait celle des autres. Elle donna une belle

Tous les livres