Les Gloires de Marie (page 19)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Gloires de Marie (1re et 2de parties) · 27 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

preuve de cette commisération dont elle était pénétrée pour les peines d'autrui, dans le trait déjà cité des noces de Cana : le vin y étant

venu à manquer, Marie n'attendit pas qu'on recourût à elle, remarque saint Bernardin, mais ce fut spontanément qu'elle se chargea du

charitable office de consoler les affligés ; et, par pure compassion pour la peine des jeunes époux, elle intercéda auprès de son Fils, et

en obtint le miracle du changement de l'eau en vin. Mais, ô bienheureuse Vierge, s'écrie ici saint Pierre Damien, depuis que vous êtes élevée à la dignité de Reine du ciel, auriez-vous

peut-être oublié vos pauvres serviteurs ? A Dieu ne plaise qu'on ait jamais une telle pensée ! reprend-il aussitôt ; une miséricorde telle

que celle qui règne dans le coeur de Marie, ne saurait oublier une misère comme la nôtre. A Marie ne s'applique pas le proverbe si

connu, que les honneurs changent les moeurs. Cela est vrai quant aux mondains, qui ne peuvent parvenir à quelque dignité sans

s'enorgueillir et oublier leurs anciens amis restés pauvres ; il n'en est pas ainsi de Marie ; si elle se réjouit de son élévatopm. c'est qu'elle

y trouve un moyen de secourir plus efficacement les malheureux. C'est précisément pour ce motif que saint Bonaventure lui applique les paroles dites à Ruth : Vos dernières bontés ont surpassé les

premières. Le saint entend par là, comme il l'explique ensuite, que la compassion envers les malheureux, déjà si grande en Marie, alors

qu'elle était encore ici-bas, est encore bien plus grande aujourd'hui qu'elle règne dans les cieux. Et il en donne la raison : " Si cette

divine Mère, dit-il, nous témoigne maintenant, par les innombrables grâces qu'elle nous obtient, une plus grande miséricorde, c'est

qu'elle connaît mieux nos misères". " Oui, ajoute-t-il, autant l'éclat du soleil surpasse celui de la lune, autant la compassion de Marie

pour nous, maintenant qu'elle est dans la gloire, surpasse celle qu'elle nous portait ici-bas." Le saint conclut en ces termes : "Est-il au

monde un homme qui ne jouisse de la lumière du soleil ? de même, il n'est personne sur qui ne tombent les rayons de la miséricorde de

Marie". Voilà pourquoi elle est comparée au soleil ; et le docteur séraphique lui applique ce qui est dit de cet astre : Il n'est personne qui

échappe à sa chaleur. Cet enseignement est confirmé par une révélation de sainte Agnès à sainte Brigitte ; on y lit : Maintenant que notre Reine est

étroitement unie avec son Fils dans le ciel, elle ne s'est pas dépouillée de la bonté qui lui est naturelle ; aussi fait-elle sentir les effets de

sa tendresse à tous les hommes,s ans en excepter les pécheurs les plus impies. Et comme le soleil éclaire tous les corps, les terrestres

aussi bien que les célestes ; ainsi, grâce à la douceur de Marie et par son entremise, il n'est personne au monde qui n'ait part aux

divines miséricordes, pourvu qu'il les implore. Au royaume de Valence, un grand criminel avait résolu de passer chez les Turcs et d'y prendre le turban ; il désespérait d'échapper

autrement aux coups de la justice. Déjà même il se rendait au port pour s'embarquer lorsque, passant devant une église, il y entra et

assista au sermon qu'y prêchait en ce moment le Père Jérôme Lopez de la Compagnie de Jésus. A ce sermon, qui roulait sur la

miséricorde divine, le pécheur se convertit et se confessa au prédicateur lui-même. Celui-ci lui demandan s'il avait conservé quelque

pratique pieuse en retour de laquelle Dieu lui aurait fait cette grâce insigne. " La seule dévotion que j'aie pratiquée, répondit-il, a été de

prier chaque jour la sainte Vierge de ne pas m'abandonner". Le même religieux rencontra un jour à l'hôpital un autre pécheur qui ne s'était pas confessé depuis cinquante ans ; toute sa religion

pendant cet intervalle s'était réduite à ceci : quand il voyait une image de Marie, il la saluait et priait la divine Mère de ne pas le laisser

mourir dans le péché mortel. Or, il raconta que, dans une rixe avec un de ses ennemis, son épée s'était rompue; et alors, se tournant

vers le bienheureuse Vierge, il s'était écrié; "Hélas ! me voilà mort et damné. Mère des pécheurs ! secourez-moi." Et, en disant ses

mots, il s'était trouvé, sans savoir comment, en lieu sûr. Cet homme fit une confession générale et mourut plein de confiance. Selon saint Bernard, Marie se fait tout à tous ; elle ouvre à tous les hommes le sein de sa miséricorde, afin que tous reçoivent de sa

plénitude : l'esclave, la liberté, le malade, la santé, l'affligé des consolations, le pécheur, la remise de ses fautes ; il n'est pas jusqu'à

Dieu qui n'en reçoive une grande augmentation de gloire ; en un mot, il n'est personne qui ne ressente la chaleur de ce bienfaisant

Soleil. Et qui dans le monde pourrait ne pas aimer cette Reine tout aimable, s'écrie saint Bonaventure ? elle est plus belle que l'astre du jour,

plus douce que le miel ; crai trésor de bonté, elle est tendre et affable envers tout le monde. Je vous salue donc, ô ma Souveraine et ma

Mère, je dirai même mon Coeur, mon Ame ! Pardonnez-moi, ô Marie, si j'ose dire que je vous aime ; car, si je ne suis pas digne de

vous aimer, vous êtes assurément bien digne d'être aimée de moi. Selon une révélation faite à sainte Gertrude, lorsqu'on adresse avec dévotion à Marie ces paroles du Salve Regina : Eia ergo, Advocata

nostra ! illos tuos misericordes oculos ad nos converte : "De grâce, ô notre Avocate, tournez vers nous vos yeux miséricordieux " ; -

cette bonne Mère ne peut s'empêcher de se rendre au désir de qui la prie ainsi. Oui, dit saint Bernard, l'immense miséricorde de Marie remplit tout l'univers. Et, selon saint Bonaventure, cette Mère pleine de

tendresse, a un tel désir de faire du bien à tout le monde, qu'elle se tient pour offensée, non seulement par ceux qui l'outragent

positivement ; - car il est des hommes, spécialement les joueurs, qui, dans la colère, poussent la perversité jusqu'à blasphémer et

insulter cette douce Reine ; - mais Marie se croit offensée aussi par ceux qui ne lui demandent jamais aucune grâce. Ainsi, ô Marie !

ajoute saint Hildebert, vous nous enseignez à espérer des grâces au-dessus de nos mérites, puisque vous ne cessez de nous en

distribuer qui dépassent de beaucoup ce que nous méritons. Le prophète Isaïe avait prédit que la grande oeuvre de notre rédemption, aurait pour effet de préparer un trône où la divine miséricorde

donnerait audience à notre misère. Quel est ce trône? " C'est Marie, répond saint Bonaventure, car en elle, justes et pécheurs, tous les

hommes trouvent les consolations de la miséricorde". Ensuite, il ajoute : " De même que Notre-Seigneur, Notre-Dame est pleine de

miséricorde ; et la Mère, non plus que le Fils, ne sait refuser sa commisération à ceux qui l'implorent " : Dans le même sens, l'abbé

Guéric fait parler ainsi Jésus à sa Mère : Ma Mère, je placerai en vous le siège de mon empire ; car c'est par vous que j'accorderai les

grâces qui me seront demandées : vous m'avez donné ce que j'ai d'humain ; je vous donnerai ce que j'ai de divin, c'est-à-dire, la

toute-puissance, en vertu de laquelle vous pourrez aider à se sauver ceux que vous voudrez. Un jour que sainte Gertrude adressait avec ferveur à la Mère de Dieu les paroles citées plus haut : " Tournez vers nous vos yeux

miséricordieux", elle vit tout à coup la bienheureuse Vierge, qui lui dit en montrant les yeux de son Fils qu'elle tenait dans ses bras : "

Voici les yeux pleins de miséricorde qui se tournent à mon gré pour sauver ceux qui m'invoquent." Comme un pécheur fondait en larmes devant une image de Marie, la priant de lui obtenir de Dieu son pardon, il entendit cette auguste

Mère dire au Sauver enfant, qu'elle portait entre ses bras : " Mon Fils, ces larmes seront-elles versées en pure perte" ? Et il comprit que

Jésus-Christ lui pardonnait. Comment, en effet, pourrait-il périr, celui qui se recommande à cette clémente Reine, vu que le Sauveur lui-même, parlant avec la

suprême autorité d'un Dieu, a promis à sa Mère d'user pour l'amour d'elle de toute la miséricorde qu'elle voudra envers ceux qui la

prendront pour avocate ? Ceci fut révélé à sainte Brigitte : elle entendit Jésus-Christ qui adressait ces paroles à Marie : " En vertu de ma

toute-puissance, je vous ai accordé, à vous mon auguste Mère, le pouvoir de faire grâce à tous les pécheurs qui invoqueront

pieusement le secours de votre maternelle bonté, et de le faire de telle manière qu'il vous plaira." Plein de confiance en considérant ce haut crédit de Marie auprès de Dieu, et son ineffable tendresse à notre égard, l'abbé Adam de

Perseigne lui parlait ainsi : O Mère de miséricorde, votre bonté égale votre puissance, et vous n'êtes pas moins indulgente envers les

pécheurs que votre intercession est efficace. Quand pourra-t-il se faire que vous refusiez votre compassion aux malheureux, vous qui

êtes la Mère de la toute-puissance ? Jamais, car il vous est aussi facile d'obtenir une grâce quelconque, que de connaître nos misères. Rassasiez-vous donc, ô grande Reine, s'écrie l'abbé Guéric, rassasiez-vous de la gloire de votre divin Fils, et, sinon pour nos mérites,

du moins par compassion, laissez tomber ici-bas, pour nous, vos pauvres serviteurs et enfants, les miettes de votre table. Si nos péchés nous inspirent de la défiance, disons avec Guillaume de Paris : Ma douce Souveraine, n'alléguez pas mes péchés contre

moi, car, contre mes péchés, j'allègue votre miséricorde. Ah ! qu'il ne soit pas dit que mes péchés ont pu tenir en échec votre

miséricorde ; elle peut bien plus pour me faire absoudre, que toutes mes fautes pour me condamner.

EXEMPLE On lit dans les Annales des Capucins, qu'il y avait à Venise un célèbre avocat qui s'était enrichi par des moyens frauduleux et injustes ;

de sorte qu'il vivait dans l'état de péché. Peut-être n'avait-il autre chose de bon que la coutume de réciter chaque jour certaine prière à

la sainte Vierge ; et cependant, grâce à la miséricorde de Marie, cette pauvre dévotion lui valut d'échapper à la mort éternelle. Voici

comment. Il avait eu le bonheur de se lier d'amitié avec le Père Matthieu de Basso ; et il lui faisait si souvent des insistances pour l'avoir

à dîner, qu'enfin le bon religieux lui donna sa parole. En le voyant arriver, l'avocat lui dit : "Maintenant, mon Père, je vais vous faire une

chose que vous n'avez jamais vue. J'ai un singe admirable qui me sert comme un valet : il lave les verres, met la table, ouvre la porte... - Prenez garde, répondit le père, que ce ne soit pas le singe, mais quelque chose de plus ; veuillez le faire venir ici". On appelle le singe,

on l'appelle encore, on le cherche partout, et le singe ne paraît point. On le trouva enfin, caché sous un lit au rez-de-chaussée, mais

l'on ne put le faire sortir de là. " Eh bien ! dit alors le religieux, allons nous-mêmes le trouver ". Arrivé avec l'avocat à la retraite du

singe : " Bête infernale, lui dit-il, sors à l'instant, et je t'ordonne, au nom de Dieu, de déclarer qui tu es ". Le prétendu singe répondit

aussitôt qu'il était le démon. " J'attendais, ajouta-t-il, que ce pécheur laissât passer un jour sans réciter sa prière accoutumée en

l'honneur de la divine Mère ; car Dieu m'avait donné la permission de l'étrangler la première fois qu'il négligerait cette pratique, et de

l'emporter en enfer." Là-dessus, le pauvre avocat se jette à genous et réclame l'assistance du serviteur de Dieu. Celui-ci le rassure, et

commande à l'esprit malin de quitter cette maison, sans aucun dommage. "Je te permets seulement, ajouta-t-il, de percer le mur en

signe de ton départ ". Il l'avait à peine dit, qu'on entendit un grand bruit, et l'on vit une ouverture faite au mur. A plusieurs reprises,

mais toujours en vain, on essaya de la combler avec de la chaux et des pierres ; Dieu voulut qu'elle subsistât longtemps ; et l'on ne

parvait à la fermer qu'en y plaçant, d'après le conseil du serviteur de Dieu, une plaque de marbre où était fixée une figure d'ange. Quant

à notre avocat, il se convertit, et nous avons lieu de croire qu'il persévéra jusqu'à la mort dans ce changement de conduite.

PRIèRE O la plus grande et la plus sublime de toutes les créatures, Vierge très sainte, du fond de mon exil je vous salue, moi misérable qui,

tant de fois, me suis révolté contre Dieu, moi qui mérite des châtiments et non des grâces, des rigueurs et non des miséricordes. Ma

Souveraine, ce n'est pas la défiance, qui m'inspire ce langage, votre bonté m'est connue : je sais que, plus vous êtes grande, plus vous

vous glorifiez d'être douce et bienfaisante ; je sais que vos immenses richesses ont du prix à vos yeux, précisément parce qu'elles vous

permettent de venir en aide à notre indigence ; je sais que la pauvreté même de ceux qui vous invoquent, est un titre chez vous pour

redoubler de zèle à les protéger, à les sauver. C'est vous, ô ma Mère, qui pleurâtes un Fils mort pour l'amour de moi : vos larmes, offrez-les à Dieu, je vous en supplie, afin de

m'obtenir une vraie douleur de mes péchés. Oh ! quelle douleur vous causèrent en ce jour les pécheurs ; dans quelle amertume, moi

aussi, je vous plongeai par mes crimes ! O Marie, obtenez-moi la grâce de ne plus vous affliger du moins à l'avenir, vous et votre

Fils, en renouvelant mes ingratitudes à votre égard. De quelle utilité me seraient vos lamermes si je continuais de me montrer ingrat

envers vous ? Ah ! ma Reine, ne le souffrez pas. Vous avez suppléé à toute mon indignité ; vous obtenez de Dieu tout ce que vous

voulez ; vous exaucez tous ceux qui vous prient ; eh bien ! voici deux grâces que je vous demande ; je les attends de vous avec

assurance, je les veux : obtenez-moi d'être fidèle à Dieu, de ne l'offenser jamais plus, et de l'aimer le reste de ma vie autant que je l'ai

offensé.

CHAPITRE VIII

Et Jesum benedictum Fructum ventris tui, nobis post hoc exilium ostende.

Et après cet exil, montrez-nous Jésus, le fruit béni de vos entrailles.

MARIE, NOTRE SALUT

I

Marie préserve de l'enfer ceux qui l'honorent Il est impossible qu'un serviteur de Marie se damne, pourvu qu'il la serve fidèlement et qu'il se recommende à elle. - A première vue,

cette proposition paraîtra peut-être à quelques-uns bien hasardée ; mais je le prierai de ne pas la condamner, avant d'avoir lu les

éclaircissements que je vais y donner. Quand nous disons qu'il est impossible qu'un serviteur de la sainte Vierge se damne, cela ne s'étend point de ceux qui se prévalent de

leur dévotion pour pécher avec plus de sécurité. C'est donc bien à tort, ce nous semble, que l'on nous blâme de tant exalter la

miséricorde de Marie envers les pécheurs, sous prétexte que ces malheureux s'en autorisent pour pécher plus librement ; car nous

disons que de tels présomptueux, par leur téméraire confiance, se rendent dignes de châtiment, et non de miséricorde. Ainsi, les

pécheurs, dont il est ici question, sont ceux qui, au désir de s'amender, joignent la fidélité à servir et à invoquer la Mère de Dieu. Pour

ceux-ci, je le soutiens, il est moralement impossible qu'ils se perdent ; et je trouve que ce sentiment est aussi celui du Père Crasset, et,

avant lui , de Vega, de Mendoza, ainsi que d'autres théologiens. Mais, pour nous assurer qu'ils n'ont point parlé au hasard, voyons quel

est sur ce point l'enseignement des docteurs et des saints. Que l'on ne s'étonne pas, si plusieurs de mes citations sont uniformes ; j'ai

voulu les enregistrer toutes, afin de démontrer combien les auteurs sont d'accord sur cette question. Selon saint Anselme, autant il est impossible que celui-là se sauve, qui, faute de dévotion envers Marie, n'est pas protégé par elle ;

autant il est impossible que celui-là se damne, qui se recommande à la Vierge, et sur qui elle abaisse ses regards avec amour. Saint

Antonin exprime la même chose presque dans les mêmes termes, et va jusqu'à dire que les dévots serviteurs de Marie se sauvent

nécessairement. " Comme il est impossible, écrit-il, que ceux dont Marie détourne les yeux de sa miséricorce, parviennent au bonheur

céleste ; ainsi ceux vers qui elle tourne ses regards et dont elle plaide la cause, seront nécessairement justifiés et glorifiés." On remarquera d'abors la première partie de cette proposition, et ceux-là trembleront, qui font peu de cas de la dévotion à la Mère de

Dieu, ou qui l'abandonnent par négligence. Les deux saints nous assurent qu'il est impossible de se sauver, quand on n'est point

protégé par Marie. - Et ils ne sont pas les seuls à l'affirmer ; écoutons le bienheureux Albert le Grand : " Ceux qui ne sont pas vos

serviteurs, ô Marie, périront tous". écoutons saint Bonaventure : " Celui qui néglige le service de Marie, mourra dans son péché. Non,

celui qui ne recourt point à vous en cette vie, ô Vierge sainte, n'entrera point en paradis ". - Et dans un autre endroit, le séraphique

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