Les Gloires de Marie (page 23)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Gloires de Marie (1re et 2de parties) · 27 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Seigneur, lui répondit-elle ; de plus je vais puiser de l'eau en assez grande quantité pour abreuver tous vos chameaux. Ce trait inspire

au dévot saint Bernard les paroles suivantes qu'il adresse à la Vierge : Auguste Reine, le vaisseau de vos miséricordes déborde de toutes

parts ; versez donc, non seulement au serviteur d'Abraham, mais aussi à ses chameaux. C'est-à-dire : Vous êtes pleine de bonté et plus

libérale que Rébecca ; aussi, non contente de faire sentir les effets de votre immense miséricorde au serviteur d'Abraham, qui

représente les fidèles serviteurs de Dieu, vous en faites encore part aux bêtes de somme, qui sont la figure des pécheurs. D'un autre

côté, Rébecca donna plus qu'on lui demandait, et Marie donne toujours plus qu'on ne lui demande. La libéralité de Marie, dit Richard de

Saint-Laurent, ressemble à celle de son Fils, dont les largesses vont toujours au-delà de nos requêtes, et qui, pour cette raison, est

appelé par saint Paul un Dieu riche de grâces, et prodigue de ses dons à l'égard de tous ceux qui le prient. De là cette prière d'un pieux

auteur à Marie : " Vierge sainte, daignez prier vous-même pour moi ; car vous solliciterez les grâces pour moi avec bien plus de

dévotion que je ne saurais le faire, et vous m'obtiendrez beaucoup plus que je ne saurais demander ". Les Samaritains ayant refusé de recevoir Jésus-Christ et sa doctrine, saint Jacques et saint Jean dirent au divin Maître : " Seigneur,

voulez-vous que nous commandions au feu du ciel de descendre sur eux et de les dévorer ? " Mais le Sauveur répondit : Vous ne savez

pas de quel esprit vous êtes. C'est-à-dire : Mon esprit n'est que miséricorde et douceur ; car je suis venu du ciel pour sauver les

pécheurs, et non pour les punir ; et vous demander leur perte Quoi ! du feu, des châtiments ! taisez-vous, ne me parlez plus de

châtiments ; ce n'est pas là mon esprit. - Or, l'esprit de Marie étant entièrement conforme à celui de son Fils, nous ne pouvons douter

de son inclination à user de miséricorde ; elle-même disait un jour à sainte Brigitte : " On m'appelle la Mère de miséricorde ; c'est avec

raisons, ma fille, car la miséricorde de mon Fils m'a rendue compatissante et douce envers tout le monde ". C'est dans ce sens que

saint Bernard interprète la vision où Marie fut montrée à saint Jean revêtue du soleil : " Céleste Reine, dit le saint Docteur, vous revêtez

le soleil, et le soleil vous revêt " ; vous avez revêtu le Verbe divin de la chair humaine, et à son tour il vous a revêtue de sa puissance et

de sa miséricorde. Cette Reine est donc si clémente et si bonne que, quand un pécheur vient réclamer son assistance, elle ne commence point par

examiner ses mérites, assure le même saint, ni s'il est digne ou non d'être exaucé ; mais elle exauce quiconque se présente. Voilà

pourquoi, remarque saint Hildebert, elle est dite belle comme la lune. Elle éclaire et aide les plus indignes pécheurs, comme cet astre

répand ici-bas sa douce et bienfaisante lumière sur les êtres les plus vils. D'autre part, bien que la lune emprunte au soleil toute sa

lumière, elle la distribue en bien moins de temps que lui ne distribue la sienne : ce qu'il fait en un an, remarque un auteur, elle le fait en

un mois. Et, selon saint Anselme, nous obtenons parfois plus promptement le secours du ciel en invoquant le nom de Marie qu'en

invoquant le nom de Jésus. Hugues de Saint-Victor ajoute que, si nos péchés nous font nous craindre de s'approcher de Dieu, Majesté

infinie et offensée par nous, du moins nous ne devons pas hésiter d'aller à Marie, en qui nous ne trouvons rien de redoutable. Sans

doute, elle est sainte, elle est immaculée, elle est Reine de l'univers, elle est Mère de Dieu ; mais enfin elle est revêtue de la même chair

que nous ; comme nous elle est enfant de Marie. En un mot, dit saint Bernard, en Marie tout est grâce et bonté ; comme Mère de miséricorde, elle se fait tout à tous ; et, dans sa grande

charité, elle s'est rendue débitrice à l'égard des justes et des pécheurs ; elle ouvre à tous le sein de sa miséricorde, afin que tous

viennent y puiser. De même donc que le démon rôde sans cesse, cherchant quelqu'un à qui il puisse donner la mort, ou, selon le mot

de saint Pierre, qu'il puisse dévorer, ainsi, remarque Bernardin de Bustis, Marie est sans cesse à la recherche d'âmes à qui elle puisse,

au contraire, donner la vie et le salut. Nous devons d'ailleurs être persuadés avec saint Germain que la protection de Marie est plus étendue et plus puissante que nous ne

pouvons l'imaginer. " Et d'où vient, demande le Père Pelbart, que le Seigneur, qui, dans l'ancienne loi, punissait avec tant de rigueur les

moindres fautes, use à présent de tant de miséricorde envers les plus grands coupables ? Dieu le fait, répond-il, pour l'amour de Marie

et en considération de ses mérites ". Ah ! s'écrie saint Fulgence, depuis combien de temps le monde ne serait-il pas abîmé, si Marie ne

l'avait soutenu par son intercession. Mais nous pouvons, dit Arnauld de Chartres, nous présenter à Dieu avec assurance et en espérer

tous les biens, maintenant que le Fils est notre Médiateur auprès du Père, et que la Mère intercède pour nous auprès du Fils. En effet,

comment le Père n'exaucerait-il pas son Fils, lui montrant les plaies qu'il a souffertes pour les pécheurs ? Et comment le Fils

n'exaucerait-il pas sa Mère, lui montrant le sein qui l'a nourri ? Et saint Pierre Chrysologue assure, avec une énergie remarquable, que

cette Vierge unique, ayant logé le Seigneur dans son chaste sein, en exige, pour prix de l'hospitalité qu'elle lui a donnée, la paix du

monde, le salut de ceux qui étaient perdus, et la vie de ceux qui étaient morts. Oh ! s'écrie l'abbé de Celles, combien de pécheurs qui mériteraient d'être condamnés par la justice de Dieu, sons sauvés par la

miséricorde de Marie ! Car elle est le trésor de Dieu et la trésorière de toutes les grâces ; de sorte que notre salut est entre ses mains.

Recourons donc toujours à cette auguste Mère de miséricorde, avec le ferme espoir d'être sauvés par son intercession ; car elle est,

comme l'appelle Bernardin de Bustis, notre salut, notre vie, notre espérance, notre conseil, notre refuge, notre secours. Selon saint

Antonin, Marie est ce trône de la grâce devant lequel l'Apôtre nous exhorte à nous présenter avec confiance, afin d'obtenir la divine

miséricorde et tous les secours nécessaires à notre salut. Et sainte Catherine de Sienne avait coutume de l'appeler " la dispensatrice de

la divine miséricorde ". Concluons par la belle et touchante exclamation de saint Bernard sur ces paroles : " O clémente, ô bonne, ô douce Vierge Marie ! "

Voici comment il s'exprime : " O Marie ! vous êtes clémente envers les misérables, bonne envers ceux qui vous prient, douce envers

ceux qui vous aiment. Vous êtes clémente envers les pénitents, bonne envers ceux qui font des progrès, douce envers ceux qui sont

arrivés à la perfection. Vous montrez votre clémence en nous préservant des châtiments, votre bonté en nous dispensant les grâces,

votre douceur en vous donnant à ceux qui vous cherchent. "

EXEMPLE Le père Charle Bovio rapporte qu'à Dormans, en Champagne, un homme marié entreprenait un commerce criminel avec une femme.

Son épouse, indignée de cette conduite, ne faisait qu'appeler les châtiments de Dieu sur les deux coupables. Un jour entre autres, elle

alla dans une église, devant l'autel de la sainte Vierge, pour demander justice conte celle qui lui avait ravi l'affection de son mari. Or, la

femme pécheresse avait coutume de venir prier aussi devant cet autel, et y récitait chaque jour un Ave Maria. Une nuit, la divine Mère

apparut en songe à l'épouse affligée ; celle-ci ne l'eut pas sitôt vue, qu'elle se mit à répéter son invocation ordinaire : " Justice, ô Mère

de Dieu ! justice ! " Mais Marie lui répondit : " Quoi ! justice ! c'est à moi que tu demandes justice ? adresse-toi pour cela à quelque

autre ; moi, je ne puis faire justice ". Ensuite, elle ajouta : " Sache que cette pécheresse me récite chaque jour certaine prière, et je ne

puis souffrir qu'aucune personne qui récite cette prière soit châtiée pour ses péchés ". Lorsqu'il fit jour, cette pauvre femme se rendit entendre la messe dans l'église susdite ; et, comme elle en sortait, elle rencontra celle

qui lui causait tant de peine. Dès qu'elle l'aperçut, elle se mit à l'injurier, la traitant de sorcière, qui, par ses enchantements, était venue à

bout d'ensorceler la sainte Vierge elle-même. " Taisez-vous, lui cria-t-on alors ; que dîtes-vous là ? - Et pourquoi me tairais-je ?

répondit-elle ; ce que je dis, n'est que trop vrai ; cette nuit, la sainte Vierge m'est apparue ; et, comme je lui demandais justice, elle m'a

répondu qu'elle ne pouvait me satisfaire, à cause d'une prière que cette scélérate lui récite tous les jours." Là-dessus, on demanda de

celle-ci quelle était la prière qu'elle récitait à la Mère de Dieu ; elle répondit que c'était l'Ave Maria. Mais, apprenant que la bienheureuse

Vierge, pour cette simple dévotion, usait envers elle d'une si grande miséricorde, elle alla immédiatement se jeter aux pieds de son

image ; et là,e n présence de tout le monde, elle demanda pardon du scandale qu'elle avait causé, et fit voeu de continence perpétuelle.

De plus, s'étant revêtue d'un habit religieux, et s'étant construit une petite cellule dans le voisinage de cette église, elle s'y renferma, et

persévéra dans les exercices de la pénitence jusqu'à sa mort.

PRIèRE O Mère de miséricorde, puisque vous êtes si compatissante, et que vous avez un sigrand désir de nous faire du bien, à nous,

misérables pécheurs, et de nous accorder ce que nous vous demandons, moi, le plus misérable de tous les hommes, je viens implorer

votre bonté ; daignez m'exaucer. Que d'autres vous demandent tout ce qu'ils voudront, santé, biens et avantages temporels ; pour moi,

ô Marie, je vous demande ce que vous-même désirez trouver en moi, ce qui est le plus conforme et le plus agréable à votre très saint

coeur. Vous êtes si humble ; obtenez-moi donc l'humilité et l'amour des mépris. Vous avez été si patiente dans les peines de cette vie ;

obtenez-moi la patience dans les contrariétés. Vous êtes si remplie d'amour pour Dieu ; obtenez-moi le don du saint et pur amour.

Vous êtes toute pleine de charité pour le prochain ; obtenez-moi la charité envers tous, et surtout envers ceux qui me sont opposés.

Vous fûtes toujours unie à la volonté de Dieu ; obtenez-moi une entière conformité à toutes les dispositions de la providence qui me

concernent. En un mot, vous êtes la plus sainte de toutes les créature ; ô Marie, rendez-moi saint. L'amour ne vous manque point, vous pouvez et

vous voulez me procurer tous les biens ; la seule chose donc qui puisse m'empêcher de recevoir vos grâces, c'est, ou ma négligence à

vous invoquer, ou mon peu de confiance en votre intercession ; mais, ce deux dispositions essentielles, la fidélité à vous invoquer et la

confiance en vous, c'est vous-même quid evez me les obtenir, et c'est à vous que je les demande, c'est de vous que je les veux, d'est de

vous que je les espère, et je les attends de vous avec assurance, ô Marie, ma Mère, mon espérance, mon amour, ma vie, mon refuge,

mon secours et ma consolation ! Amen.

CHAPITRE X

O dulcis Virgo Maria

O douce vierge Marie.

DOUCEUR DU NOM DE MARIE

Combien le nom de Marie est doux pendant la vie et à la mort L'auguste nom de la Mère de Dieu, le nom de Marie, n'est pas d'origine terrestre ; il ne fut pas, comme les autres noms, inventé par

l'esprit des hommes ; il ne lui fut pas donné par livre choix : descendu du ciel, il lui fut imposé par un décret divin ; ainsi l'attestent

saint Jérôme, saint épiphane, saint Antonin et d'autres auteurs. " Le nom de Marie, dit saint Pierre Damien, fut tiré du trésor de la Divinité ". Oui, ô Marie, ajoute Richard de Saint-Laurent, votre nom

sublime et admirable est sorti du trésor de la Divinité ; les trois personnes de la Trinité sainte vous l'ont donné d'un commun accord,

ce nom qui éclipse tous les noms après celui de votre Fils ; elles l'ont rempli de tant de majesté et de puissance que, quand il est

prononcé, il faut que tout se prosterne pour le vénérer, au ciel, sur la terre et dans les enfers ". Mais, sans parler des autres

prérogatives que le Seigneur a voulu attacher au nom de Marie, considérons ici combien il l'a rendu doux aux serviteurs de cette

céleste Reine, soit pendant la vie, soit à l'heure de la mort. Premièrement, le nom de Marie est doux à ses serviteurs pendant leur vie. Le saint anachorète Honorius le trouvait plein de tout ce qu'il

y a de douceur et de suavité en Dieu ; et, pour le glorieux saint Antoine de Padoue, ce nom avait les mêmes charmes que saint Bernard

trouvait dans celui de Jésus. " Le nom de Jésus, avait dit Bernard, le nom de Marie, reprenait Antoine, est une joie au coeur de ses

pieux serviteurs, un miel sur les lèvres, une mélodie pour leurs oreilles ". Le vénérable Juvénal Ancina, évêque de Saluces, goûtait, en

prononçant le nom de Marie, une douceur sensible telle, dit son historien, qu'il s'en léchait les lèvres. On lit la même chose d'une

femme de Cologne : " Je ne prononce jamais le nom de Marie, assurait-elle à l'évêque Massilius sans que mon palais soit flatté d'une

saveur supérieure à celle du miel ". Massilius adopta sa pratique la même douceur. Lors de l'Assomption de la Vierge, les anges demandèrent à trois reprises quel était son nom ; on peut le conclure de ces trois passages

des Cantiques : " Quelle est celle-ci qui mont du désert comme un nuage d'encens ? - Quelle est celle-ci qui s'avance comme une

aurore naissante ? - Quelle est celle-ci qui s'élève du désert, nageant dans les délices ? " Pourquoi, se demande Richard, pourquoi les

anges répètent-ils tant de fois leur question : Quelle est celle-ci ?. . . C'est sans doute, répond-il, afin d'entendre répéter le nom de

Marie, tant ce nom résonne délicieusement à l'oreille des anges eux-mêmes. Mais ce n'est pas de cette douceur sensible que j'entends parler ici : il n'est pas donné à tous de la sentir ; je veux parler d'une douceur

spirituelle, d'un sentiment salutaire de consolation, d'amour, de joie, de confiance et de force, que le nom de Marie inspire

communément à ceux qui le prononcent avec dévotion. L'abbé Francon dit à ce sujet : " Après le saint nom de Jésus, le nom de Marie est si fécond en biens de tout genre, que, ni sur la terre,

ni dans le ciel, on n'entend prononcer aucun nom qui remplisse les âmes dévotes d'autant de grâces, de consolation et d'espérance. En

effet, continue le même auteur, le nom de Marie renferme je ne sais quoi d'admirable, de doux et de divin, qui fait qu'il ne peut retentir

dans un coeur aimant sans l'embaumer d'une odeur de sainte suavité. Et voici, dit-il en finissant, la merveille de cet auguste nom : mille

fois répété, il paraît toujours nouveau à ceux qui aiment Marie, aussi bien que le plaisir avec lequel ils l'entendent ". Le bienheureux Henri Suso avait bien fait, lui aussi, l'expérience de cette douceur du nom de Marie. En le prononçant, il se sentait,

disait-il lui-même, pénétré de confiance et enflammé d'amour ; aussi, versant des larmes de joie et transporté hors de lui-même, il eut

voulu que le coeur lui bondît de la poitrine jusque sur les lèvres ; car, assurait-il, ce nom si doux, si cher, se liquéfiait au fond de son

âme comme un rayon de miel. Après quoi, il s'écriait : " O nom plein de suavité ! O Marie ! que devez-vous donc être vous-même, si

votre nom seul est déjà si aimable et si gracieux ? " De son côté, saint Bernard, s'adressant à sa bonne Mère, lui disait, en ces termes pleins de tendresse, la flamme dont il brûlait pour elle

: " O grande, ô clémente, ô admirable Marie ! ô Vierge très sainte et digne de toute louange, combien doux et aimable est votre nom !

On ne peut le prononcer sans se sentir embrasé d'amour et pour vous et pour Dieu ; il suffit même que ce nom se présente à la pensée

de ceux qui vous aiment, pour accroître beaucoup leur amour et les consoler ". - Ah ! si les richesses consolent les pauvres, en les

tirant de leur misère, ajoute Richard de Saint-Laurent, combien plus, ô Marie, votre nom nous console dans nos peines, car, bien

mieux que les richesses de la terre, il adoucit les angoisses de la vie présente ! En un mot, ô Mère de Dieu, votre nom est tellement rempli, comme le dit saint Méthode, de grâces et de bénédictions divines, que,

comme l'affirme saint Bonaventure, on ne saurait le prononcer dévotement sans en tirer quelque bien. Quelque endurci que puisse être

un pécheur, eût-il même perdu toute confiance en Dieu, qu'il vous nomme seulement, ô Vierge pleine de bonté ; et, ajoute le pieux

Idiot, telle est la vertu de votre nom qu'il sentira sa dureté s'ammolir d'une manière merveilleuse ; car c'est vous qui faites revivres les

pécheurs à l'espérance du pardon et de la grâce. Votre doux nom, dit à son tour saint Ambroise, est un baume qui répand l'odeur de la grâce ; ah ! que ce bauime de salut descende au

fond de nos âmes ! Voici donc ce que le saint vous demandait par ces paroles, ô Marie, et ce que nous vous demandons après lui :

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