Les Gloires de Marie (page 22)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Gloires de Marie (1re et 2de parties) · 27 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

puissante pour obtenir de mon Fils le salut de mille pécheurs ? Cela est déjà fait, les voilà ". Alors elle la conduisit en esprit dans le

paradis, où elle lui montra des âmes sans nombre, qui avaient mérité l'enfer, et qui, sauvés par son intercession, jouissaient de la

béatitude éternelle. Il est vrai qu'en cette vie nul ne peut être assuré de son salut : Nul ne sait s'il est digne d'amour ou de haine ; mais toutes choses

demeurent incertaines jusqu'au siècle à venir. Toutefois, à la question du psalmiste : Seigneur, qui sera reçu dans votre tabernacle ?

qui sera sauvé ? Saint Bonaventure répond : " Nous tous, pécheurs, baisons les traces des pieds de Marie, prosternons-nous à ses

pieds sacrés, tenons-les embrassés, et ne la laissons point aller qu'elle ne nous ait bénis ; car sa bénédiction sera pour nous un gage

certain du bonheur céleste ". O grande Reine, s'écrie saint Anselme, dites seulement que vous voulez notre salut, et nous ne pourrons manquer d'être sauvés. Saint

Antonin ajoute que les âmes protégées par Marie se sauvent nécessairement. Selon la remarque de saint Idelphonse, la sainte Vierge a eu raison de prédire que tous les générations la proclameraient Bienheureuse :

Beatam me dicent omnes generationes, puisque c'est par elle que tous les élus parviennent à l'éternelle béatitude. De là, cette

exclamation de saint Méthode : " Vous êtes, ô Mère de Dieu, le commencement, le milieu et la fin de notre félicité ". - Il dit : Le

commencement, parce que Marie nous obtient le pardon de nos péchés ; le milieu, parce qu'elle nous obtient la persévérance dans la

grâce ; la fin, parce qu'à la mort elle nous obtient le paradis. - De là encore ces belles paroles de saint Bernard à Marie : " Par vous, le

ciel a été rempli, par vous l'enfer a été dépeuplé (1) ; par vous, les ruines du paradis ont été relevées ; par vous, en un mot, la vie

éternelle a été accordée à une multitude de malheureux qui s'en étaient rendus indignes. (1) L'enfer a été dépeuplé, c'est-à-dire : l'enfer a perdu une multitude d'âmes qui, sans vous, y seraient tombés. Mais ce qui doit surtout nous faire attendre avec une inébranlable confiance le bonheur céleste, c'est la magnifique promesse faite par

Marie elle-même à ceux qui l'honorent, et spécialement à ceux qui, par leurs discours et leurs exemples, s'efforcent de la faire

connaître et honorer aussi des autres : Ceux qui travaillent pour moi, ne tomberont pas dans le péché ; ceux qui me font connaître,

auront la vie éternelle. Heureux donc, s'écrie saint Bonaventure, heureux ceux qui savent mériter les bonnes grâces de Marie ! Ils sont

reconnus d'avance par les habitants de la céleste Jérusalem pour les compagnons de leur gloire ; et quiconque porte la marque de

serviteur de Marie, a déjà son nom inscrit au livre de vie. Que set-il après cela, de nous embarasser de la question tant agitée dans l'école : si la prédestination à la gloire précède ou suit la

prévision des mérites, et de nous demander avec inquiétude si nous sommes inscrits, oui ou non, au livre de vie ? - Pourvu que nous

soyons de vrais serviteurs de Marie, et que nous obtenions sa protection, nous serons certainement du nombre des élus ; car, saint

Jean Damascène nous l'assure, Dieu n'accorde la dévotion envers sa sainte Mère qu'à ceux qu'il a résolu de sauver. Cela paraît

conforme à ce que le Seigneur révéla expressément par l'organe de saint Jean : Quiconque sera victorieux, j'écrirai sur lui le nom de

mon Dieu et le nom de la cité de mon Dieu. Celui qui doit vaincre et se sauver, portera donc écrit sur son coeur le nom de la cité de

Dieu ; et quelle est cette cité de Dieu, sinon Marie, comme l'explique saint Grégoire à propos de ce passage de David : On a dit de

vous des choses glorieuses, ô cité de Dieu ! On peut donc très bien dire, en empruntant les expressions de saint Paul : A ce signe le seigneur reconnaît ceux qui sont à lui. Ce signe

est la dévotion à Marie ; celui qui en est marqué, Dieu le reconnaît comme l'un des siens. Aussi Pelbart affirme que la dévotion à la

Mère de Dieu est le signe le plus assuré qu'on fera son salut. Et Alain de la Roche dit que l'habitude d'honorer souvent la sainte Vierge

par la récitation de la salutation angélique, est une très grande marque de prédestination. Il en dit autant de la fidélité à réciter chaque

jour le saint Rosaire. Ce n'est pas tout, et les privilèges et les faveurs réservés aux serviteurs de la divine Mère ne se bornent pas à la

vie présente ; dans le ciel encore, ils sont honorés d'une manière particulière, assure le père Nieremberg, et, à certaines marques

distinctives et d'un éclat extraordinaire, on reconnaîtra en eux les familiers de la Reine du Ceil et les gens de sa cour : Tous ceux de sa

maison, dit le sage, sont munis d'un double vêtement. Sainte Marie-Madeleine de Pazzi vit un jour sur la mer une nacelle où s'étaient réfugiés tous les serviteurs de Marie, qui faisait

elle-même l'office de pilote et les conduisait sûrement au port. Cette vision apprit à la sainte qu'au sein des périls de la vie présente, les

protégés de Marie échappent au naufrage du péché et de la damnation, guidés qu'ils sont par elle vers le port du paradis. Hâtons-nous

donc d'entrer dans cette heureuse nacelle, en méritant la protection de Marie, et là, tenons-nous assurés de parvenir au royaume

céleste, puisque l'église chante : Sainte Mère de Dieu, tous ceux qui participeront aux joies célestes, habitent en vous et vivent sous

votre tutelle.

EXEMPLE Césaire raconte qu'un cistercien, grandement dévot à Notre-Dame, désirait une visite de cette Reine bien-aimée, et lui en faisait

continuellement la demande. étant sorti, une nuit, au jardin, comme il regardait le ciel, en adressant d'ardents soupirs à celle qu'il

brûlait de voir, il en vit tout à coups descendre une vierge éclatante de beauté et de lumière, qui lui dit : " Thomas, voutrais-tu

m'entendre chanter ? - Certainement ", répondit-il. Aussit/t elle se mit à chanter, mais d'une voix si douce que le pieux moine se croyait

en paradis. Après cela, elle disparut à ses yeux, non sans le laisser bien en peine de savoir qui elle était. Mais voilà qu'o; se trouve en présence d'une autre jeune vierge non moins belle, qui lui fit aussi entendre son chant. Il ne put

s'empêcher de lui demander qui elle était. Elle répondit : " Celle que tu viens de voir, c'est Catherine ; moi je suis Agnès. Nous sommes

toutes les deux martyres de Jésus-christ, et notre Reine nous a envoyées te consoler. Rends grâce à Marie, et prépare-toi à une plus

grande faveur ". Cela dit, elle disparut comme la première ; mais le religieux conçut dès lors l'espérance de voir enfin ses voeux

exaucés. Il ne fut pas trompé dans son attente ; car, peu après, il aperçut une grande lumière et sentit son coeur se remplir d'une joie

toute nouvelle ; et voilà qu'au milieu de cette lumière lui apparaît la Mère de Dieu environnée d'anges, et surpassant immensément en

beauté les deux martyres. Elle lui dit : " Mon cher serviteur et mon fils, j'ai agréé tes hommages et exaucé tes prières : tu as désiré me

voir ; me voici, et, de plus, je veux aussi te faire entendre mon chant ". Et la glorieuse Vierge chante, et, ravi hors de lui-même par la

mélodie de ses accents, le dévot religieux tomba la face en terre. Les Matines sonnèrent, et les moines se réunirent ; ne voyant point le frère Thomas, ils le cherchèrent d'abord dans sa cellule, puis

dans d'autres endroits ; finalement, étant allés voir au jardin, ils le trouvèrent là comem mort. Le supérieur lui ordonna de dire ce qui

était arrivé l alors, revenant à lui par la force de la sainte obéissance, il raconta toutes les faveurs qu'il avait reçues de la divine Mère.

PRIèRE O Reine du paradis, Mère du saint amour ! puisque vous êtes entre toutes les créatures la plus aimable, la plus aimée de Dieu, et sa

première amante, ah ! daignez consentir à être aimé du pécheur le plus ingrat et le plus misérable qui soit sur la terre, mais qui, se

voyant délivré de l'enfer par votre intercession et comblé de vos bienfaits sans aucun mérite de sa part, s'est épris d'amour pour vous.

Je voudrais, s'il m'était possible, faire comprendre à tous les hommes qui ne vous connaissent pas, combien vous êtes digne d'être

aimée, afin de les amener tous à vous aimer et à vous honorer. Je voudrais même mourir pour l'amour de vous, en défendant votre

virginité, votre dignité de Mère de dieu, votre immaculée conception, si, pour défendre ces glorieuses prérogatives de votre personne

sacrée, il me fallait mourir. O Mère chérie, agréez cette expression de mes sentiments, et ne permettez pas qu'un de vos serviteurs qui vous aime, devienne jamais

l'ennemi de votre Dieu, que vous aimez tant ! Ah ! malheureux, voilà ce que j'étais autrefois, quand j'offensais mon divin Maître.

Mais alors, ô Marie, je ne vous aimais pas, et je ne me souciais guère d'être aimé de vous ; à cette heure, au contraire, je ne désire

rien tant, après la grâce de Dieu, que de vous aimer et d'être aimé de vous. Mes fautes passées ne m'empêchent pas d'espérer cette

faveur ; car, je le sais, ô ma douce et gracieuse Souveraine, vous ne dédaignez pas d'aimer même les plus misérables pécheurs dont

vous vous voyez aimée ; au contraire, jamais vous ne vous laissez vaincre en amour par personne. Ah ! Reine tout aimable, je veux

aller vous aimer en paradis : là, prosterné à vos pieds, je connaîtrai mieux combien vous êtes aimable, et combien vous avez

contribué à mon salut ; et ainsi, je vous aimerai d'un plus grand amour, et je vous aimerai éternellement, sans crainte de jamais cesser

de vous aimer. O Marie, j'espère avec une entière confiance d'être sauvé par votre secours. Priez Jésus pour moi ; cela suffit ; c'est à

vous de me sauver ; vous êtes mon espérance. J'irai donc toujours chantant :

O mon unique espoir, sainte Vierge Marie,

A vous de me conduire à l'éternelle vie. CHAPITRE IX

O clemens, o pia!

O clémente, ô bonne.

CLéMENCE ET BONTé DE MARIE

Combien sont grandes la clémence et la bonté de Marie Pour exprimer la merveilleuse bonté de Marie envers nous, pauvres enfants d'ève, saint Bernard l'appelle la véritable " terre promise où

coulent le lait et le miel ". Selon saint Léon, on devrait la nommer, non pas simplement Reine miséricordieuse, mais la miséricorde en

personne, tellement ses entrailles maternelles surabondent de tendresse. Telle était également la pensée de saint Bonaventure. Voyant

d'un côté Marie devenue Mère de Dieu en faveur des malheureux et investie de l'office de leur départir les grâces ; songeant d'un autre

côté à sa vive sollicitude pour eux tous, et à l'extrême compassion qu'elel leur porte, et qui semble ne lui plus laisser qu'un désir, celui

de subvenir à leurs besoins ; le saint disait qu'en présence de la bienheureuse Vierge, il oubliait presque la justice divine, pour ne plus

voir que la divine miséricorde dont elle est toute remplie. Voici ce passage plein d'onction : " Oui, auguste Souveraine, quand je vous

regarde, je ne vous plus que miséricorde ; car c'est pour les misérables que Dieu vous a faite sa Mère et vous a confié la charge de

faire miséricorde ; il n'est pas une misère qui vous trouve indifférente ; vous êtes tout enveloppée de miséricorde ; vous semblez

n'avoir à coeur que de faire miséricorde ". Telle est en un mot, la bonté du coeur compatissant de Marie, que, selon le mot de l'abbé Guéric, il ne peut cesser un instant de

produire pour nous des fruits de bonté. Eh ! s'écrie saint Bernard, que pourrait-il jaillir d'une source de bonté, sinon de la bonté ? Voilà pourquoi Marie elle-même se dit : Pareille à un bel olivier qui croît dans les champs. De l'olivier il ne sort que de l'huile, symbole

de miséricorde ; et des mains de Marie il ne tombe que grâces et miséricordes. On pourrait donc, avec le vénérable Louis du Pont,

appeler le coeur de Marie la source de l'huile, puisqu'il est la source de miséricorde. Ainsi, lorsque nous recourons à cette tendre Mère

pour lui demander l'huile de sa bonté, nous n'avons pas à craindre qu'elle ne nous réponde par un refus, comme firent les vierges

prudentes aux vierges folles, en alléguant l'insuffisance de leur provision. Non, l'huile de miséricorde ne saurait lui manquer ; car elle

en est toute remplie, selon la remarque de saint Bonaventure. Aussi la sainte église la proclame-t-elle, non pas seulement Vierge

prudent, mais Vierge très prudente ; c'est nous donner à entendre, dit Hughes de Saint-Victor, qu'elle est assez riche de grâce et de

bonté pour nous en pourvoir tous abondamment, sans courir le risque de la voir jamais s'épuiser : " O pleine de grâce, vous en êtes

tellement pleine, que le monde entier peut aller puiser en vous et s'enrichir de votre surabondance ; les vierges prudentes prirent de

l'huile dans leurs vases pour entretenir leurs lampes ; mais vous, qui êtes la Vierge très prudente, vous avez pris avec vous un vase

inépuisable, et d'où l'huile de la miséricorde déborde et suffit à tenir enflammées les lampes de tous les mortels." Mais pourquoi, dans le texte que nous expliquons, est-il dit de ce bel olivier qu'il se trouve au milieu des champs ? Pourquoi pas plutôt

dans un jardin entouré de murs ou de haies ? C'est, répond Hughes de Saint-Victor, afin que tous puissent aisément le voir et s'en

approcher, pour en obtenir le remède dont ils ont besoin. - Saint Antonin confirme cette belle pensée. " Quand un olivier est exposé

dans un champ ouvert à tout le monde, observe-t-il, chacun peut aller en cuillir les fruits ; ainsi en est-il de Marie : tous les hommes,

justes et pécheurs, peuvent recourir à elle pour avoir part à ses bontés ". Oh ! continue le saint, combien de sentences, de châtiments,

la bienheureuse Vierge a su faire révoquer par ses charitables prières, en faveur des pécheurs qui ont recours à elle ?" - " Et quel

refuge plus assuré pour nous que le sein compatissant de Marie ? Là, le pauvre a un asile, le malade y puise des remèdes et l'affligé des

consolations ; dans la perplexité on y trouve des conseils, et dans le délaissement un appui ". Ainsi parle le dévot Thomas a Kempis. Que nous serions à plaindre, si nous n'avions pas cette Mère de miséricorde, si attentive et si empressée à nous secourir dans nos

misères ! Où la femme manque, dit l'Esprit-Saint, l'indigent souffre et gémit. Par cette femme, saint Jean Damascène entend Marie,

sans laquelle nous sommes tous infirmes et souffrants. C'est bien dit, car, Dieu ayant décrété qu'aucune grâce ne s'accordera qu'à la

prière de Marie, là où cette prière n'intervient pas, il n'est nul espoir de miséricorde ; ainsi le Seigneur lui-même l'a-t-il déclaré à sainte

Brigitte. Mais qui sait ? peut-être Marie ne voit pas nos misères, ou les voit sans compassion. Gardons-nou de cette pensée : bien mieux que

nous-mêmes elle les voit et elle est loin d'y être insensible. " Entre tous les saints, il n'en est aucun qui compatisse comme elle à nos

maux ", dit saint Antonin. Aussi, " partout où elle aperçoit des souffrances, elle y court avec les remèdes de sa grande miséricorde ".

Cette pensée de Richard de Saint-Laurent est confirmée en ces termes par Mendoza : " Oui, ô Vierge bénie et notre Mère, vous

répandez à pleines mains vos bienfaits là où vous rencontrez nos besoins ". - Et ce charitable office, notre bonne Mère ne cessera

jamais de le remplir ; c'est elle qui nous l'assure ; Je ne cesserai jusqu'au siècle futur, de remplir mon ministère en présence du

Seigneur dans la sainte demeure. Paroles que le cardinal Hughes commente ainsi : " Je ne cesserai pas, jusqu'à la fin du monde, de

secourir les hommes dans leurs besoins, et de prier pour les pécheurs, afin qu'ils se sauvent et qu'ils soient préservés du malheur

éternel ". Au rapport de Suétone, l'empreur Titus était si désireux d'accorder ses faveurs à qui les lui demandait que, si parfois il n'avait pas eu

l'occasion d'accorder quelque grâce, il disait tout contristé : Diem perditi, ce jour est un jour perdu pour moi, puisque je l'ai passé sans

faire de bien à personne. - Vraisemblablement, Titus parlait ainsi plus par vanité, ou par recherche ambitieuse de l'estime du monde que

par un sentiment d'humanité. Il n'en est pas ainsi de notre Reine Marie ; si jamais un de ses jours se passait sans être signalé par aucun

bienfait, elle dirait aussi : J'ai perdu ma journée ; mais elle le dirait uniquement parce qu'elle est pleine de charité et animée du désir de

nous faire du bien. Ce désir va si loin que, selon Bernardin de Bustis, il surpasse notre aividité à recevoir ses bienfaits. Aussi, ajoute le

même, jamais nous ne recourrons à elle sans lui trouver les mains pleines de miséricorde et de libéralité. Marie a été figurée par Rébecca, dont on sait l'histoire. Comme le serviteur d'Abraham lui demandait un peu d'eau à boire : Buvez,

Tous les livres