Les Gloires de Marie (page 26)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Gloires de Marie (1re et 2de parties) · 27 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

DOULEUR VI Coup de lance donné à Jésus et sa descente de croix.

Ames chrétiennes, écoutez ce que vous dit aujourd’hui la Mère de douleurs : Filles chéries, je ne veux pas que vous cherchiez à ma consoler ; non, car mon cœur n’est plus capable de consolation sur cette terre, après la mort de mon Jésus bien-aimé. Si vous voulez me plaire, voici ce que je vous demande : tournez-vous vers moi, et voyez s’il y eut jamais dans le monde une douleur semblable à la mienne, depuis que je me suis vu enlever avec tant de cruauté celui qui était tout mon amour. Mais, ma Souveraine, puisque vous ne voulez point être consolée, et que vous avez une si grande soif de peines, je vous dirai que la mort de votre Fils n’est pas le terme de vos douleurs. Vous serez frappée aujourd’hui d’un nouveau glaive, en voyant percer d’un coup de lance le côté de votre Fils déjà mort, et en le recevant dans vos bras à la descente de croix. Considérons la sixième douleur qui affligea cette pauvre Mère. Soyons attentifs et pleurons. Jusqu’ici les douleurs sont venues tourmenter Marie une à une, mais aujourd’hui elles viennent toutes ensemble l’assaillir. Il suffit d’annoncer à une mère la mort de son fils pour rallumer tout son amour pour lui. Quelques mères qui ont perdu leurs enfants, allégent leur chagrin en se rappelant les torts qu’ils ont eu envers elles. Mais, si j’essayais, ô ma Reine, d’adoucir ainsi les regrets que vous cause la mort de Jésus, de quel tort pourrais-je réveiller le souvenir ? Oh non, toujours il vous aima : toujours il vous obéit, toujours il vous respecta. Maintenant vous l’avez perdu, qui dira votre douleur ? Dites-la, ô vous qui la ressentez. A la mort de notre Rédempteur, écrit un pieux auteur, la première pensée de cette sublime Mère, fut d’accompagner l’âme très sainte de son Fils, pour la présenter au Père éternel : Je vous présente, ô mon Dieu, lui dit alors Marie, l’âme immaculée de mon Fils et du vôtre, qui vous a obéi jusqu’à la mort : recevez-la dans vos bras. Votre justice est satisfaite, votre volonté accomplie, le grand sacrifice à votre gloire éternelle est consommé. Puis, se tournant vers le corps inanimé de Jésus : O plaies, dit-elle, plaies causées par l’amour, je vous adore, je me réjouis de ce que par vous le salut a été donné au monde. Vous resterez ouvertes sur le corps de mon Fils, pour être le refuge de ceux qui recourront à vous. O combien recevront par vous le pardon de leurs péchés, et s’enflammeront d’amour pour le souverain bien !

Pour ne pas troubler l’allégresse du lendemain, sabbat de la Pâque, les Juifs voulurent ôter immédiatement de la croix le corps de Jésus ; mais, les condamnés n’en pouvant être détachés avant que leur mort fût certaine, quelques-uns se présentèrent avec des barres de fer pour lui rompre les jambes, comme on l’avait déjà fait aux deux larrons crucifiés. Marie, qui pleurait la mort de son Fils, vit donc ces hommes menacer encore Jésus. A cette vue, elle frémit d’abord d’épouvante, puis s’écria : Hélas ! mon Fils est déjà mort, cessez de l’outrager davantage, et cessez de tourmenter encore sa pauvre Mère. Pendant qu’elle s’exprimait ainsi, elle vit un soldat lever sa lance avec impétuosité, et, grand Dieu ! en percer le côté de Jésus (Jn. 19).

A ce coup de lance, la croix fut ébranlée et le cœur de Jésus divisé en deux parts, comme sainte Brigitte le connut par révélation (livre 2, ch. 31). Il en sortit du sang et de l’eau, car il ne restait plus que quelques gouttes de sang, et le Sauveur voulut encore le répandre, pour nous faire comprendre qu’il n’en avait plus à nous donner. L’injure de ce coup de lance s’adressa à Jésus, mais la douleur affligea Marie, dit le pieux Lansperge. Les saints Pères prétendent que ce fut là proprement le glaive prédit à la Vierge par saint Siméon ; glaive, non de fer, mais de douleur, qui perça son âme bénie dans le cœur de Jésus où elle ne cessait d’habiter. La sainte Vierge le révéla à sainte Brigitte. L’ange dit aussi à cette sainte que les douleurs de Marie furent telles qu’il fallut un miracle pour qu’elle n’en mourut point. Dans ses autres douleurs, elle avait du moins son Fils pour y compatir ; maintenant qu’elle n’a plus de Fils, il ne lui reste pas même cette consolation.

Cependant, la Mère de douleurs, craignant qu’on ne fit d’autres outrages à son Fils bien-aimé, pria Joseph d’Arimathie d’obtenir de Pilate le corps de son Jésus, pour le garder du moins après sa mort et le préserver des injures. Joseph alla trouver Pilate, lui exposa la douleur et le désir de cette Mère affligée, et saint Anselme prétend que c’est la compassion qui, en pénétrant Pilate, l’engagea à accorder le corps du Sauver ; Jésus fut donc descendu de la croix. O Vierge sacrée, vous qui avez avec tant d’amour donné votre Fils au monde pour notre salut, voici que le monde vous le rend ; mais, ô Dieu ! dans quel état ! disait alors Marie au monde. Mon Fils était blanc et vermeil, et vous me le rendez noir et livide, les plaies seules que vous lui avez faite ont terni la couleur qui animait son teint : il était beau, et le voilà difforme ; son aspect enflammait d’amour, et il fait peine à regarder. O combien de glaives, dit saint Bonaventure, percèrent le cœur de la Mère quand on lui présenta son Fils descendu de la croix ! Quelle peine ne ressent pas une mère à la vue de son fils privé de la vie ! Il fut révélé à sainte Brigitte qu’à la descente de croix, on appuya trois échelles contre l’instrument du supplice ; d’abord les saints disciples détachèrent les mains, puis les pieds, et remirent les clous à Marie, comme Métaphraste le rapporte. Ensuite, l’un prenant le corps, et l’autre le soutenant en dessous, ils le descendirent de la croix. Bernardin de Bustis suit en esprit cette Mère affligée, qui s’élevant sur la pointe des pieds étend les bras à la rencontre de son cher Fils, l’embrasse et s’assied au pied de la croix. Elle regarde sa bouche ouverte, ses yeux obscurcis ; elle visite ses chairs déchirées, ses os découverts ; elle enlève la couronne, et considère les plaies faites par les épines à cette tête sacrée ; elle examine les mains et les pieds traversés par les clous, et s’écrie : Ah ! mon Fils, à quel état vous a réduit l’amour que vous avez eu pour les hommes ! Quel mal leur aviez-vous fait, pour en être ainsi maltraité ? Mon Fils, voyez mon affliction, regardez-moi et consolez-moi ; mais vous ne parlez plus maintenant que vous êtes mort. épines cruelles, ajoute Marie, en s’adressant aux barbares instruments du supplice, clous, lance impitoyable, comment avez-vous pu tourmenter ainsi votre Créateur ? Mais, que dis-je des épines, des clous ? Ah pécheurs, s’écriait-elle, c’est vous qui avez maltraité mon Fils.

Voilà ce que disait alors Marie, elle se plaignait de nous. Mais, si elle était maintenant susceptible de douleur, que dirait-elle ? quelle peine n’éprouverait-elle pas en voyant que les hommes, après la mort de son Fils continuent à le maltraiter et à le crucifier par leurs péchés ? Ne tourmentons donc plus cette Mère de douleurs et si par le passé nous l’avons affligée par nos fautes, faisons maintenant ce qu’elle nous dit : Pécheurs, revenez au cœur blessé de mon Jésus ; repentez-vous, et il vous accueillera. La sainte Vierge révéla à sainte Brigitte que son Fils étant descendu de la croix, elle lui ferma les yeux, mais qu’elle ne put plier ses bras, Jésus-Christ indiquant par là que ses bras restaient ouverts pour recevoir tous les pécheurs repentants qui se tourneraient vers lui. O monde, continua Marie, ô monde, maintenant que mon Fils est mort pour vous sauver, le temps de la crainte est passé, celui de l’amour commence ; il est temps d’aimer celui qui, pour vous prouver son amour, a voulu tant souffrir. Si mon Fils, conclut Marie, a voulu que son côté fût ouvert pour vous donner son cœur, il est juste, ô homme, que vous lui donniez le vôtre, Et si vous voulez, ô fils de Marie, trouver place, sans crainte d’en être repoussés, dans le cœur de Jésus, allez-y avec Marie, elle vous obtiendra cette grâce. L’exemple suivant le prouvera.

EXEMPLE

Un malheureux pécheur, qui avait, entre autres crimes, tué son père et son frère, et que ses forfaits condamnaient à la fuite, ayant assisté un jour de carême à un sermon sur la divine miséricorde, alla se confesser au prédicateur. Celui-ci, après le récit de ses excès, l’envoya à un autel de la Mère de douleurs, pour lui demander la contrition et le pardon de ses péchés. Le pécheur y alla, se mit à prier et y expira de regret. Le lendemain, le prêtre recommandant au peuple de prier pour ce défunt, une blanche colombe parut dans l’église, et laissa tomber un billet aux pieds du prêtre. Il le prit, et y trouva écrite ces paroles : l’âme du défunt, à peine sortie de son corps, est allé en paradis. Et vous, continuez à prêcher l’infinie miséricorde de Dieu.

PRIERE

O Vierge affligée, âme grande en vertus, et aussi grande en douleurs, car les unes et les autres naissent de ce grand incendie d’amour dont vous êtes embrasée pour Dieu puisque votre cœur n’aime que Dieu : ah ! ma Mère, ayez pitié de moi qui, loin d’aimer Dieu, l’ai tant offensé. Vos douleurs m’animent à espérer mon pardon. Mais cela ne me suffit pas ; je veux aimer le Seigneur ; et qui peut m’obtenir cette grâce mieux que vous, qui êtes la Mère du pur amour ? Ah ! Marie, vous consolez tout le monde, consolez-moi aussi. Amen.

DOULEUR VII Jésus mis dans le tombeau

Quand une mère est présente aux souffrances et à la mort de son fils, nul doute qu’elle n’en ressente et n’en souffre alors toutes les peines ; mais lorsque après la mort de ce fils épuisé de tourments, on va l’ensevelir, et que sa mère affligée prend congé de lui ; la pensée qu’elle ne le reverra jamais plus, est une douleur qui surpasse toutes les autres douleurs. Tel est le dernier glaive que nous avons à considérer aujourd’hui, et qui perça Marie quand, après avoir assisté son fils sur la croix, après l’avoir embrassé lorsqu’on l’en descendit, il lui fallut enfin le laisser dans le sépulcre, pour ne plus jouir de son aimable présence.

Mais, afin de mieux considérer cette dernière douleur, remontons au Calvaire, regardons-y cette Mère affligée qui tient encore embrassé son Fils déjà mort. Mon Fils, lui dit-elle avec Job, (Job, ch. 30, 7-21), toutes vos qualités, votre beauté, votre grâce, votre vertu, vos manières aimables, tous les signes d’amour spécial que vous m’avez donnés, les faveurs singulières que j’ai reçues, tout s’est changé en autant de traits de douleur, et plus j’étais enflammée d’amour pour vous, plus j’éprouve cruellement la peine de vous avoir perdu. Ah ! mon Fils bien-aimé, en vous perdant, j’ai tout perdu. C’est le langage que lui prête saint Bernard. Ainsi Marie se consumait de douleur en embrassant son Fils ; mais les saints disciples, craignant que cette pauvre Mère n’expirât de chagrin, se hâtèrent de l’éloigner de son sein pour l’ensevelir. Faisant une respectueuse violence à Marie, ils l’enlevèrent de ses bras, puis l’embaumant avec des aromates, ils l’enveloppèrent dans un linceul où le Seigneur laissa au monde l’impression de son visage, comme on le voit aujourd’hui à Turin. On le conduit au tombeau, le triste cortège s’avance, les disciples portent le corps sur les épaules, un groupe d’anges venus du ciel l’accompagnent, les saintes femmes se placent à la suite, et au milieu d’elles la Mère de douleurs marche au lieu de la sépulture. Arrivée à ce lieu, combien Marie s’y serait volontiers ensevelie vivant avec son Fils. Mais, comme telle n’était point la volonté divine, elle accompagna seulement le corps sacré de Jésus au sépulcre où, au rapport de Baronius, on déposa les clous et la couronne d’épines. Au moment d’élever la pierre pour clore le sépulcre, les disciples du Sauveur durent se tourner vers Marie et lui dire : Courage, ô notre Mère, nous allons fermer le tombeau, prenez patience, jetez-y un dernier regard, et dites adieu à votre Fils. Ainsi, ô mon Fils bien-aimé, aura répondu la Mère de douleurs, je ne vous reverrai plus ! Permettez donc, pour la dernière fois que je vous contemple, recevez le dernier adieu de votre tendre Mère, eet recevez mon cœur que je laisse enseveli avec vous.

Enfin les disciples prirent la pierre, et enfermèrent dans le saint sépulcre le corps de Jésus, trésor tel qu’il n’y en a point de plus grand dans le Ciel ni sur la terre. On nous permettra une digression : Marie laisse son cœur enseveli avec Jésus, parce que Jésus est tout son trésor :

" Là où est votre cœur, là est votre trésor " (Lc. 12, 34). Et nous où ensevelirons-nous le nôtre ? Est-ce dans les créatures ? dans la fange ? Et pourquoi pas avec Jésus, qui, bien que monté au Ciel, a voulu rester avec nous, non dans un état de mort, mais vivant dans le Saint Sacrement de l’autel, afin d’avoir avec lui et de posséder nos cœurs ? Mais revenons à Marie. Avant de quitter le sépulcre, saint Bonaventure assure qu’elle en bénit la pierre sacrée : Heureuse pierre, dit-elle, qui recèles maintenant celui que j’ai porté neuf mois dans mon sein, je te bénis, et j’envie ton sort ; je te laisse pour protéger mon Fils, qui est tout mon bien, tout mon amour. Puis, s’adressant au Père éternel, elle s’écria : O mon Père, je vous recommande votre Fils et le mien. Disant en même temps un dernier adieux à son Fils et au sépulcre, elle partit pour retourner à sa demeure. Cette pauvre Mère, dit saint Bernard, était si affligée, si triste, que tous ceux qui la rencontraient sur le chemin ne pouvaient retenir leurs larmes ; et il ajoute que les saints disciples et les femmes qui l’accompagnaient pleuraient sur elle plutôt que sur leur Maître. Saint Bonaventure veut que les saintes femmes aient voilé Marie d’un manteau de deuil. Il dit que, passant à son retour, devant la croix encore baignée du sang de son Jésus, elle fut la première à l’adorer : O croix sainte, dit-elle, je te baise et t’adore, car tu n’es plus un bois infâme, mais un trône d’amour, et un autel de miséricorde, consacré par le sang de l’Agneau divin, qui vient d’être sacrifié pour le salut du monde. Marie quitte la croix, retourne à sa demeure : là, cette Mère affligée porte ses regards tout autour d’elle, et ne rencontre plus son Jésus ; mais, en l’absence de son Fils, tous les souvenirs de sa belle vie et de sa mort effroyable se pressent dans son esprit. Elle se rappelle les baisers qu’elle lui prodiguait dans l’étable de Bethléem, les conversations qu’ils eurent ensemble durant tant d’années dans la boutique de Nazareth ; elle se rappelle les affections réciproques, les tendres regards, les paroles de vie éternelle que prononçait sa bouche divine. Puis, se reproduit la scène funeste de cette journée ; elle croit revoir les clous, les épines, les chairs déchirées de son Fils, ses plaies profondes, ses os mis à nu, sa bouche ouverte, ses yeux éteints. Hélas ! quelle nuit de douleur traversa Marie !

S’adressant à saint Jean, la Mère de douleurs lui demandait : Ah ! Jean, votre Maître, où est-il ? Puis elle demandait à la Magdeleine : Ma Fille, dites-moi où est votre bien-aimé ? Ah ! Dieu, qui nous l’a ravi ? Marie pleurait, et à son exemple tout ce qui l’entourait. Et toi, mon âme, ne pleures-tu point ? Ah ! adresse-toi à Marie, demande-lui des larmes, avec saint Bonaventure. Elle pleure d’amour ; toi, pleure de douleur de tes péchés.

Ce n’est qu’ainsi que tu pourras avoir le sort de celui dont parle l’exemple suivant.

EXEMPLE

Le Père Engelgrave raconte qu’un religieux était quelquefois réduit, par les scrupules qui le tourmentaient, à un état voisin du désespoir ; mais, comme il était très dévot à la Mère de douleurs, il recourait toujours à elle dans ses anxiétés, et il se sentait fortifié en contemplant ses afflictions. La mort survint ; et alors le démon l’assiégea de scrupules, et le tenta jusqu’au désespoir. Mais la Mère de pitié, voyant son pauvre serviteur dans ces angoisses, lui apparut et lui dit : Mon fils, pourquoi craindre tant et vous attrister ainsi, vous qui m’avez si souvent consolée en compatissant à mes douleurs ? Jésus m’envoie pour vous consoler à mon tour, vous donner confiance et allégresse ; suivez-moi en Paradis. A ces mots, le dévot religieux, rempli de consolation et d’assurance, expira doucement.

PRIERE

O Mère de douleurs, je ne veux pas vous laisser pleurer seul ; non, je veux unir mes larmes aux vôtres. Je vous demande aujourd’hui une grâce : obtenez-moi, avec un continuel souvenir, une dévotion tendre à la Passion de Jésus et à la vôtre, afin que tous les jours qui me restent à vivre soient employés à pleurer vos douleurs, ô ma Mère, et celles de mon Rédempteur. Ces douleurs, je l’espère, me donneront à l’heure de la mort de la confiance et la force de ne point me désespérer à la vue des offenses que j’ai faites au Seigneur. Ces douleurs m’obtiendront le pardon, la persévérance, le paradis, où j’espère aller me réjouir avec vous, et chanter les miséricordes infinies de mon Dieu pendant toute l’éternité ; je l’espère. Ainsi soit-il. Amen, amen.

DEUXIEME PARTIE DES VERTUS DE MARIE _________

Saint Augustin dit que, pour obtenir plus sûrement et avec abondance la faveur des saints, il faut les imiter, parce qu’en nous voyant pratiquer les vertus dont ils ont donné l’exemple, ils sont disposés à prier pour nous. La Reine des saints, et notre première avocate, Marie, quand elle a soustrait une âme au bras de Lucifer pour l’unir à Dieu, veut que cette âme s’exerce à l’imiter ; autrement, elle ne pourrait l’enrichir de ses grâces, comme elle le voudrait, celle-ci y mettant obstacle par sa conduite. C’est pourquoi Marie appelle bienheureux ceux qui l’imitent (Prov. 8, 32). Celui qui aime, ou est déjà semblable, ou cherche à ressembler à la personne aimée, suivant un adage célèbre. En conséquence, saint Jérôme déclare que, si nous aimons Marie, il faut que nous cherchions à l’imiter, parce que c’est là le plus grand hommage que nous puissions lui rendre. Richard de Saint-Laurent dit que ceux-là sont et peuvent s’appeler les vrais fils de Marie qui conforment leur vie à la sienne. Que le fils, conclut saint Bernard, s’efforce donc d’imiter sa mère, s’il désire ses faveurs ; car celle-ci se voyant alors honorée en mère, le traitera et le favorisera comme un fils.

Pour en venir aux vertus de Marie, les évangélistes nous offrent peu de particularités sur ce sujet ; néanmoins, en déclarant que la Vierge fut pleine de grâce, ils nous font bien connaître qu’elle eut toutes les vertus, et qu’elle les eut toutes dans un degré héroïque. De telle sorte, enseigne saint Thomas, que les autres saints ont excellé chacun dans une vertu particulière, au lieu que la bienheureuse Vierge a excellé dans toutes, et nous a confirmé par saint Ambroise. Comme, suivant les saints Pères, l’humilité est le fondement de toutes les vertus, voyons en premier lieu combien fut grand l’humilité de Marie.

1 – De l’humilité de Marie Sans l’humilité, il ne saurait y avoir aucune autre vertu dans une âme ; quand elle les posséderait toutes, elle les perdrait en perdant l’humilité.

Au contraire, saint François de Sales écrivait à la bienheureuse Françoise de Chantal, que Dieu aime tant l’humilité, qu’il court aussitôt où il la voit. Elle était inconnue au monde, cette belle et nécessaire vertu lorsque le Fils de Dieu lui-même descendit sur la terre pour l’enseigner par son exemple, voulant que nous l’imitassions spécialement dans cette humilité (Matth. 11, 29). Et comme Marie fut la première et la plus parfaite imitatrice de Jésus-Christ dans toutes ses vertus, elle le fut aussi dans celle de l’humilité, qui lui mérita d’être exaltée au-dessus de toutes les créatures. Sainte Mechtilde apprit par révélation que l’humilité fut la première vertu dans laquelle la bienheureuse Mère s’exerça singulièrement dès sa jeunesse.

Le premier acte de l’humilité de cœur, c’est d’avoir une modeste opinion de soi-même ; or, comme il fut aussi révélé à sainte Mechtilde, Marie eut toujours d’elle-même une opinion si modeste, que, bien qu’elle se vit enrichie de plus de grâces que les autres, elle ne se préférait à personne. L’abbé Rupert, expliquant un passage des Cantiques (Cant. 4, 9), l’entend de l’humble idée que Marie avait d’elle-même, et qui toucha le cœur de Dieu. Ce n’est pas que la sainte Vierge se crût pécheresse, car l’humilité est la vérité, dit sainte Thérèse, et Marie avait la conscience de n’avoir jamais offensé Dieu ; ce n’est pas non plus qu’elle ignorât qu’elle avait reçu du Seigneur des grâces plus grandes que toutes les autres créatures, car un cœur humble considère ces faveurs spéciales pour s’humilier davantage, mais la même lumière qui lui permettait de mieux connaître l’infinie grandeur et la bonté de son Dieu, lui faisait aussi apercevoir plus clairement sa propre bassesse et c’est pourquoi elle s’humiliait plus que tout autre (Cant. 1, 6). Comme un mendiant, revêtu d’un riche vêtement qu’on lui a donné, loin de s’enorgueillir, ne fait au contraire que s’humilier davantage devant son bienfaiteur, parce que le don lui rappelle sa pauvreté ; ainsi plus Marie se voyait enrichie de grâces, plus elle s’humiliait, en se souvenant que tout cela était un don de Dieu ; elle-même l’a déclaré à sainte élisabeth de l’ordre de saint Benoît. Aussi, dit saint Bernardin, il n’y a point eu au monde de créature plus élevée que Marie parce qu’il n’y en a point eu de plus humble.

En outre, c’est un acte d’humilité de tenir cachés les dons du Ciel. Marie voulut celer à saint Joseph la grâce qu’elle avait eue d’être faite Mère de Dieu, encore bien que la nécessité de la lui apprendre fût manifestée, pour délivrer au moins son époux des soupçons qu’il pouvait concevoir sur son honnêteté en la voyant enceinte, ou pour éviter la confusion ; car Joseph ne pouvant d’une part mettre en doute la chasteté de Marie, et de l’autre ignorant le mystère, songeait déjà à la congédier en secret (Matth. 1, 19). Et si l’ange ne lui avait appris que son épouse était enceinte par l’opération du Saint-Esprit, il s’en serait réellement séparé.

De plus, Marie refuse pour elle les louanges, et les rapporte toutes à Dieu. Ainsi elle se trouble en entendant saint Gabriel célébrer son éloge. Et lorsque élisabeth les célèbre à son tour (Luc. 1), Marie attribuant toutes ces louanges à Dieu, répond par un humble cantique (Magnificat anima mea Dominum ; Mon âme magnifie le Seigneur). Comme si elle eût dit : élisabeth, vous me louez, mais moi je loue le Seigneur, à qui seul tout honneur est dû. Vous m’admirez parce que je viens à vous, et moi j’admire la divine bonté, en laquelle mon esprit se réjouit uniquement. Vous me louez d’avoir cru, et moi je loue mon Dieu qui a voulu élever mon néant. C’est ce que confirment et les révélations de Marie à sainte Brigitte (Rev. l. 2, c. 23), et un texte de saint Augustin sur l’humilité de la Vierge.

D’ailleurs, le propre des humbles est de servir les autres, et Marie ne refusa point de servir élisabeth pendant trois mois. Les humbles se tiennent dans la retraitent, choisissent le lieu le moins commode ; c’est par ce motif, suivant saint Bernard, que Marie, désirant parler à son Fils qui prêchait dans une maison (Matth. c. 12), ne voulut point y entrer d’elle-même. C’est pour ce motif encore que, se trouvant dans le cénacle avec les apôtres, elle voulut prendre la dernière place (Act. 1, 14). Ce n’est pas que saint Luc, qui rapport ce fait, ignorât le mérite de la divine Mère, qu’il aurait dû nommer la première ; mais c’est que Marie s’était réellement placée la dernière dans le cénacle, après les apôtres et les autres femmes, et que saint Luc, suivant la réflexion d’un auteur, les énumère d’après la place qu’ils occupaient.

Les humbles enfin aiment les mépris ; aussi ne lit-on point que Marie ait paru à Jérusalem lorsque son Fils y fut reçu avec tant d’honneur par le peuple ; le dimanche des Rameaux, au contraire, à l’époque de sa mort, elle ne craignit point de se montrer publiquement sur le Calvaire, ne reculant pas devant le déshonneur d’être connue comme la Mère du condamné qui allait subit la mort infâme de la main d’infâmes bourreaux ; c’est bien là la pensée qu’elle exprima à sainte Brigitte.

La vénérable sœur Paule de Foligno eut le bonheur de connaître, dans une extase, combien fut grande l’humilité de la sainte Vierge ; faisant à son confesseur le récit de cette faveur, elle s’écriait d’étonnement : L’humilité de Notre-Dame ! ô mon Père, l’humilité de Notre-Dame ! il n’y a rien d’assez humble au monde, pour soutenir le parallèle, même le plus éloigné, avec l’humilité de Marie. Le Seigneur permit aussi un jour que sainte Brigitte vit en esprit deux femmes, l’une toute remplie de vanité et entourée de faste : celle-là, dit-il, est la superbe. Cette autre que vous voyez la tête baissée, serviable pour toute le monde, occupée de Dieu seul, ne s’estimant rien, celle-là est l’humilité, et elle se nomme Marie (Rev., l. 1, ch. 29). Dieu révélait par là que sa bienheureuse Mère est aussi humble que l’humilité elle-même.

Nul doute qu’à cause de la corruption de notre nature par le péché, il n’y ait peut-être pas, dit saint Grégoire de Nysse, de vertu plus difficile à pratiquer que celle de l’humilité. Mais, et à cela point de remède, nous ne serions être de vrais enfants de Marie, si nous ne sommes humbles. Elle abhorre les superbes, et n’appelle à elle que les humbles, suivant Richard de saint Laurent (" Marie nous protège sous le manteau de son humilité "), suivant la Mère de Dieu elle-même parlant à sainte Brigitte : " Venez donc, vous aussi ma fille, et cachez-vous sous mon manteau, ce manteau, c’est mon humilité ". La considération de son humilité est un bon manteau qui nous réchauffe. Mais, ajoute-t-elle, un manteau ne réchauffe que celui qui le porte, non en pensée ; mais en effet. Oh ! que les âmes humbles sont chères à Marie ! Aussi saint Bernard exhorte-t-il tous ceux qui aiment Marie à être humbles. Marin, ou Martin d’Albert, de la Compagnie de Jésus, faisait habituellement les œuvres les plus abjectes pour l’amour de Marie : il balayait la maison, et recueillait les immondices. Un jour, la divine mère lui apparut, ainsi que le rapporte dans sa Vie le P. Nieremberg, et elle lui dit comme pour le remercier : " Combien m’est cher cet acte d’humilité fait pour l’amour de moi ! " Ainsi donc, ô ma Reine, je ne pourrai jamais être vraiment votre fils, si je ne suis humble ; mais ne voyez-vous pas que mes péchés, après m’avoir rendu ingrat envers Dieu, m’ont aussi rendu orgueilleux ? ô ma Mère, remédiez-y, faites que par les mérites de votre humilités, j’obtienne d’être humble et de devenir ainsi votre fils. Amen.

2 – De l’amour de Marie envers Dieu Saint Anselme dit : plus un cœur est pur et vide de soi-même, plus il est rempli d’amour envers Dieu. Marie, étant très humble et vide d’elle-même, fut donc toute remplie de l’amour divin, en sorte qu’elle surpassa en amour tous les hommes et tous les anges. Saint François l’appelle à juste titre la Reine de l’amour. Le Seigneur a ordonné à l’homme de l’aimer de tout son cœur (Matth. 22, 37) ; ce n’est point sur cette terre, dit saint Thomas, mais dans le Ciel que l’homme accomplira parfaitement ce précepte. Cependant, suivant la réflexion du bienheureux Albert le Grand, il ne convenait point que dieu intimât un précepte qui n’eût pas été parfaitement accompli par personne, si sa divine Mère ne l’avait pleinement rempli ; pensée confirmée par Richard de Saint-Victor. L’amour divin, dit saint Bernard, blessa et perça tellement l’âme de Marie, qu’il n’y resta aucune partie qui ne fût blessée d’amour ; aussi accomplit-elle entièrement ce premier précepte. Marie pouvant bien dire : Mon bien-aimé s’est donné tout entier à moi, et je me suis donnée tout entière à lui (Cant. 2, 10). Ah ! s’écrie Richard, les séraphins pouvaient descendre du Ciel pour apprendre dans le cœur de Marie la manière d’aimer Dieu.

Dieu, qui est l’amour même, vint sur la terre pour allumer chez tous les hommes la flamme de son divin amour ; mais aucun cœur n’en fut aussi embrasé que celui de sa divine Mère, qui, étant entièrement pur d’affections terrestres, se trouvait tout disposé à brûler de ce feu céleste.

Le cœur de Marie fut donc feu et flamme, comme on le lit dans les Cantiques (Cant. 8, 6) : c’était un feu, selon l’explication de saint Anselme, parce qu’il brûlait intérieurement d’amour ; et flamme, parce qu’il brillait extérieurement dans la conduite vertueuse de Marie. Lorsque, sur la terre, Marie portait Jésus dans ses bras, on pouvait dire d’elle, que le feu portait le feu, avec plus de raison qu’Hippocrate le dit un jour d’une femme qui avait du feu dans sa main. Saint Ildefonse entre dans cette pensée. De son côté, saint Thomas de Villeneuve prétend que le cœur de la Vierge était figuré par le buisson que Moïse vit brûler sans se consumer.

Et c’est avec raison qu’elle se montra à saint Jean revêtue du soleil (Ap. 12, 1), puisqu’elle fut si unie à Dieu par l’amour, dit saint Bernard, qu’il semble qu’une créature ne saurait s’unir davantage à son Créateur.

Saint Bonaventure affirme que la sainte Vierge ne fut jamais tentée par l’enfer, et il en donne pour motif que, comme les mouches s’éloignent d’un grand feu, ainsi les démons s’éloignaient de son cœur tout enflammé d’amour, et n’osaient pas même s’approcher d’elle. Richard exprime la même idée. Marie révéla à sainte Brigitte qu’elle n’eut en ce monde d’autre pensée, d’autre désir, d’autre bonheur que Dieu. Son âme bénie étant presque toujours occupée sur la terre à contempler Dieu, les actes d’amour qu’elle formait étaient sans nombre, écrit le P. Suarez. J’aime encore mieux cette pensée de Bernardin de Bustis que Marie, sans répéter les actes d’amour l’un après l’autre, comme font les autres saints, avait plutôt le singulier privilège d’aimer toujours actuellement Dieu par un seul et continuel acte d’amour. Cet aigle royal tenait incessamment les yeux fixés sur le soleil divin, de sorte, dit saint Pierre Damien, que les actions journalières de la vie ne l’empêchaient point d’aimer, et que l’amour ne l’empêchait point de vaquer à ses occupations. Suivant saint Germain, Marie fut figurée par l’autel de propitiation où le feu ne s’éteignit jamais, ni jour ni nuit.

Le sommeil même n’empêchait point Marie d’aimer son Dieu. Et si ce privilège fut accordé à nos premiers parents dans l’état d’innocence, comme l’affirme saint Augustin, il ne fut certainement pas refusé à la divine Mère, comme le pensent Suarez, l’abbé Rupert, saint Bernardin et saint Ambroise. Marie ayant vérifié par là les paroles du Sage : " Sa lampe ne s’éteindra point pendant la nuit. " (Prov. 21, 18). Pendant que son corps bienheureux prenait dans un léger sommeil un repos nécessaire, son âme veillait, disent saint Bernardin et Suarez. Et en un mot, tant que Marie vécut sur cette terre, elle aima continuellement Dieu. De plus, elle ne fit jamais que ce qu’elle connut être agréable à Dieu et elle l’aimant autant qu’elle crut devoir l’aimer. En sorte qu’on peut dire, d’après le bienheureux Albert le Grand, que Marie fut remplie de tant de charité, qu’une pure créature n’aurait pu en recevoir davantage sur la terre. Par son ardente charité, dit saint Thomas de Villeneuve, la Vierge se rendit si belle et enflamma tellement son Dieu d’amour, qu’épris de tendresse il descendit dans son sein pour s’y faire homme. Et saint Bernardin s’écrie : Une Vierge a blessé, a ravi le cœur de Dieu.

Mais, puisque Marie aime tant son Dieu, il est certain qu’elle ne désire rien tant de ses serviteurs, que de les voir aimer Dieu de toutes leurs forces. Un jour qu’elle apparut à la bienheureuse Angèle de Foligno, qui venait de communier : Angèle, dit Marie, pour être bénie de mon Fils, efforcez-vous de l’aimer de tout votre pouvoir. Ma fille, dit encore la bienheureuse Vierge à sainte Brigitte, si vous voulez que je m’unisse à vous, aimez mon Fils. Marie n’a rien plus à cœur que de vous voir chérir son bien-aimé, c’est-à-dire Dieu. Novarin demande pourquoi la sainte Vierge prie les anges, avec l’épouse des cantiques, de faire connaître à Dieu le grand amour qu’elle lui porte : " Je vous conjure, ô filles de Jérusalem, si vous rencontrez mon bien-aimé, de lui dire que je languis d’amour " (Cant. 5, 8) ? Et Novarin répond que la divine Mère voulait par là révéler son amour, non point à Dieu, mais à nous, afin de nous blesser de l’amour divin, comme elle en était blessée elle-même. Parce qu’elle est toute de feu pour aimer Dieu, elle communique sa flamme à ceux qui l’aiment elle-même et qui l’approchent, et les rend ainsi semblables à elle ; en conséquence sainte Catherine de Sienne lui donna le nom de porte-feu du divin amour. Si donc nous désirons brûler à notre tour de cette heureuse flamme, tâchons sans cesse de nous unir à notre Mère et par nos prières et par nos affections.

Ah ! Reine de l’amour, la plus aimable, la plus aimée, la plus aimante de toutes les créatures, comme disait saint François de Sales, ah ! ma Mère, qui brûlez toujours et toute entière d’amour pour Dieu, daignez m’en communiquer une étincelle. Vous priiez votre Fils pour les époux qui manquaient de vin, et vous ne prieriez pas pour nous, qui manquons d’amour envers Dieu, que nous sommes obligés d’aimer ? Dites un mot et vous nous obtiendrez cet amour. Nous ne vous demanderons pas d’autre grâce que celle-là. Ah ! ma Mère, par le grand amour que vous portez à Jésus, exaucez-nous, priez pour nous. Ainsi soit-il.

3 – De la charité de Marie envers le prochain. L'amour envers Dieu et envers le prochain nous est impose par le même précepte (Jean 4, 21). La raison en est, dit saint Thomas, que celui qui aime Dieu aime tout ce qui est aime de Dieu. Sainte Catherine de Gênes disait un jour a Dieu : Seigneur, vous

voulez que j'aime mon prochain, et je ne puis rien aimer que vous. Dieu lui répondit : Celui qui m'aime, aime tout ce qui m'est cher. Or comme il n'y a jamais eu, et comme il n'y aura jamais de créature plus enflammée d'amour pour Dieu que Marie, ainsi

il n'y a jamais eu, et il n'y aura jamais de créature plus dévouée qu'elle à son prochain. Corneille de La Pierre, expliquant un texte des Cantiques (Cant. 3, 9), dit que le Verbe incarné dans le sein de Marie, remplit sa Mère de charité afin qu'elle

aidât quiconque s'adressant à elle. Marie était si remplie de charite quand elle vivait sur la terre, qu'elle secourait ceux qui avaient besoin de son aide, sans meme qu'ils le demandassent : citons pour preuve les noces de Cana, ou elle demanda a son Fils

le miracle du vin, en lui exposant l'embarras de la famille (Jean 2). Oh ! quel etait son empressement lorsqu'il s'agissait de secourir le prochain ! par exemple, quand elle alla chez Elisabeth pour y remplir un office de charite (Luc I). elle ne put

nous prouver cette grande charite qu'en offrant son Fils a la mort pour notre salut. Et cette charite de Marie envers nous, dit saint Bonaventure, ne s'est point affaiblie dans le Ciel ; elle s'y est au contraire beaucoup accrue. L'ange declara a sainte

Brigitte que nul ne prie la Vierge sans recevoir les graces qu'il attend de sa charite (Rev. l. 3, ch. 30). Malheur a nous, si Marie n'intercedait en notre faveur ! Jesus lui-meme le dit a la Sainte (l. 6, ch. 29).

Heureux, dit la divine Mere, celui qui m'ecoute, et qui observe ma charite, pour se montrer ensuite, a mon exemple, charitable envers les autres (Prov. 8, 34) ! Saint Gregoire de Nazianze dit qu'il n'y a pas de meilleure maniere de conquerir l'affection

de Marie que d'user de charite envers le prochain. Marie adresse specialement a ses serviteurs (Luc. 6, 63) la recommandation que Dieu nous fait a cet egard. Il est certain que Dieu et Marie seront misercirodieux envers nous comme nous l'aurons ete enver

s les autres. Donnez au pauvre, dit saint Methode, et recevez en echange le paradis. L'Aporte a ecrit que la charite envers le prochain nous rend heureux dans cette vie et dans l'autre (2 Tim. 3, 5). Et saint Jean Chrysostome explique un passage des

Proverbes (Prov. 2, 2) en ce sens, que secourir les indigens, c'est faire Dieu son debiteur. O Mere de misericorde ! vous qui etes pleine de charite pour tout le monde, n'oubliez pas mes miseres. Vous les voyez. Recommandez-moi donc a ce Dieu, qui ne

vous refuse rien. Obetnez-moi la grace de pouvoir vous imiter dans votre saint amour envers le Seigneur et envers le prochain. Ainsi soit-il.

4 – De la foi de Marie La bienheureuse Vierge, Mere de la charite et de l'esperance, l'est aussi de la foi (Eccles. 24, 24). Saint Irenee dit avec raison que Marie repara par sa foi le dommage qu'Eve causa par son incredulite. Eve crut le serpent, malgre la defense de Dieu, et

engendra la mort ; notre Reine, au contraire, crut Gabriel, qui lui annoncait qu'elle deviendrait la Mere du Seigneur sans cesser d'etre vierge, et elle engendra le salut. C'est pourquoi saint Augustin declare que Marie, en donnant son consentement a

l'incarnation du Verbe, ouvrit le paradis aux hommes par sa foi. Richard, expliquant un texte de saint Paul (I Cor. 7, 14) a la meme pensee. C'est a cause de cette foi que sainte Elisabeth appela la Vierge bienheureuse (Luc I, 45), et saint Augustin

insiste sur ce point.

Le Pere Suarez declare que Marie eut plus de foi que tous les hommes et que tous les anges. Elle voyait son Fils dans l'etable de Bethleem, et elle croyait le createur du monde. Elle le voyait fuir Herode, et elle ne laissait pas que de croire qu'il etai

t le Roi des rois. Elle le vit naitre et le crut eternel. Elle le vit pauvre, ayant besoin d'aliments, et elle le crut maitre de l'univers ; couche sur le foin, et elle le crut tout-puissant. Elle remarque qu'il ne parlait point, et elle le crut la

sagesse infinie. Elle l'entendit pleurer, sans cesser de le croire la joie du paradis. Elle le vit enfin a sa mort meprise et crucifie, et tandis que la foi chancelait chez les autres, Marie persistait a croire fermement qu'il etait Dieu. C'est pourquoi

, dit saint Antonin, dans l'office des tenebres, on ne laisse a la fin qu'un seul cierge allume ; les temoignages de saint Leon sur un texte des Proverbes (Prov. 21, 18), et de saint Thomas sur un texte d'Isaie (Isaie 6, 3), viennent a l'appui. Marie,

conclut le bienheureux Albert le Grand, eut donc la foi par excellence. Cette grande foi lui merita de devenir la lumiere de tous les fideles, comme la nomme saint Methode, la reine de la foi orthodoxe, comme dit saint Cyrille d'Alexandrie. Et l'Eglise

attribue a la sainte Vierge, a raison de sa foi, l'extirpation de toutes les heresies. Les yeux de Marie, fait observer saint Thomas de Villeneuve sur les paroles de l'Esprit saint, c'est la foi qui la rendit si agreable a Dieu (Cant. 5, 9).

Comment, ainsi que le voudrait saint Idelphonse, imiterons-nous cette foi de MArie ? La foi est tout ensemble un don et une vertu. Elle est un don de Dieu, en tant que c'est une lumiere que Dieu repand dans les ames ; elle est une vertu, quant a l'exercice

que l'ame en fait. La foi ne doit pas nous servir de regle seulement pour croire, mais aussi pour nous conduire, suivant saint Gregoire et saint Augustin. Avoir une foi vive, c'est vivre selon sa croyance (Hebr. 10, 38). Ainsi vecut la bienheureuse Vierg

e, a la difference de ceux qui, ne vivant pas selon leur croyance, ont une foi mort, comme dit saint Jacques (Jacques 20, 26). Diogene cherchait un homme sur la terre. Il semble que Dieu, parmi tant de fideles, cherche un chretien. En effet, il y en a

bien peu qui soient chretiens de conduite, la plus grande partie ne l'est que de nom. Ceux-ci meriteraient qu'on leur adressat ce qu'Alexandrie dit a un lache solada qui se nommait aussi Alexandre : Change de nom ou de conduite. Ou plutot, suivant le

Pere Avila, on devrait enfermer ces malheureux comme des fous dans une prison, puisqu'ils croient qu'une eternite est preparee a ceux qui vivent bien, qu'une eternite d'infortune attend ceux qui vivent mal, et que cependant ils vivent comme s'ils ne le

croyaient pas. saint Augustin nous exhorte a voir les choses avec des yeux chretiens, c'est-a-dire au flambeau de la foi. C'est du defaut de foi, dit sainte Therese, que naissent tous les peches. Prions donc la sainte Vierge, par le merite de sa foi, de

nous obtenir une foi vive.

5 – De l’espérance de Marie De la foi nait l'esperance, puisque Dieu nous initie par la foi a la connaissance de sa bonte et de ses promesses, afin que nous nous elevions par l'esperance au desir de le posseder. Marie, ayant donc eu la vertu de la foi par excellence, posseda encore

celle de l'esperance a un degre eminent, et elle put s'appliquer les paroles de David (Ps. 72, 28). Marie fut la fidele Epouse du Saint-Esprit, dont parlent les Cantiques (Cant. 8, 5). Toujours et completement detachee des affections du monde, qu'elle

regardait comme un desert, ne se fiant, ni aux creatures, ni a ses propres merites, uniquement appuyee sur la grace divine, en qui elle avait place toute sa confiance, elle avancait toujours dans l'amour de son Dieu.

La sainte Vierge prouva combien etait grande sa confiance en Dieu, d'abord lorsqu'elle s'apercut que saint Joseph son epoux, ignorant la cause de sa merveilleuse grossesse, etait agite et songeait a la quitter (Matth. 1, 19). Il semblait alors, comme

nous l'avons vu plus ahut, qu'il etit necessaire qu'elle decouvrit le mystere a Joseph ; mais non, elle ne veut point reveler elle-meme la grace qu'elle a recue, elle aime mieux s'abandonner a la divine Providence, certaine qu'elle est que Dieu lui-meme

defendra son innocence et sa reputation. Elle prouva encore sa confiance en Dieu, lorsque, sur le point d'enfanter, elle se vit exclue a Bethleem des hospices memes des pauvres, et reduite a enfanter dans une etable (Luc 2, 7). Pas une plainte ne lui

echappat en ce moment ; mais, s'abandonnant toute entiere a Dieu, elle eut la confiance qu'il l'assisterait dans ses besoins. Cette confiance de la divine Mere dans la Providence eclat toujours lorsque, avertie par saint Joseph qu'il fallait fuir en

Egypte, elle se disposa dans la meme nuit a entreprendre un si long voyage dans des pays etrngers et inconnus, sans provisions, sans argent, sans autre compagnie que celle de l'Enfant Jesus et de son pauvre epoux (Matth. 2, 14). Marie temoigna bien plus

encore sa confiance lorsqu'elle demanda a son Fils le miracle du vin en faveur des epoux de Cana (Jean 3). Malgre la reponse de Jesus, qui paraissait rejeter la priere, toute confiante en sa bonte divine, elle dit aux serviteurs de faire ce que son Fils

leur commanderait, parce que la grace etait assuree ; en effet, Jesus-Chrit fit remplir les cases d'eau, et il la changea ensuite en vin. Apprenons donc de Marie a esperer, comme il faut, principalement pour la grand affaire du salut eternel, car, bien que notre cooperation soit necessaire, nous devons néanmoins attendre de Dieu seul la grace indispensable pour y parvenir, dans la defiance

de nos propres forces, et dans la conviction que chacun peut tout en celui qui le fortifie (Phil. 4, 33) Ah ! ma tres sainte Reine, l'Ecclesiastique me dit que vous etes la Mere de l'esperance (Eccles. 24), et l'Eglise que vous etes l'esperance meme (Spes nostra, salve). Quelle autre esperance pourrais-je donc avoir ? Vous etes tout mon espoir apres Jesus ;

je le repeterai toujours avec saint Bernard et saint Bonaventure.

6 – De la chasteté de Marie

Apres la chute d'Adam, les sens s'etant revoltes contre la raison, la vertu de la chasteté devint pour les hommes la plus difficile a pratiquer. Que le Seigneur soit cependant à jamais loué de nous avoir donne dans Marie un grand exemple de cette vertu.

C'est avec raison, dit le Bienheureux Albert le Grand que Marie est appelee Vierge des vierges, parce qu'en offrant la premiere, sans le conseil ni l'exemple de personne, sa virginite a Dieu, elle lui a donne par la toutes les vierges qui l'ont imitee,

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