Les Gloires de Marie (page 4)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Gloires de Marie (1re et 2de parties) · 27 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

mourir avec son divin Fils pour l'amour de nous. Ainsi, ajoute saint Ambroise, pendant que le Fils mourait

pour nous sur la croix, la Mère se présentait aux bourreaux, toute prête à donner également sa vie pour

notre amour. Mais nous nous ferons une plus juste idée du grand amour de cette bonne Mère envers nous, si nous en

considérons les motifs. Le premier, c'est son immense amour pour Dieu. Selon saint Jean, l'amour de Dieu et celui du prochain,

sont l'objet du même précepte : C'est là un commendement que nous avons reçu de Dieu : elui qui aime

Dieu, doit aimer aussi son frère ; aussi ces deux amours sont toujours unis, et l'un ne peut grandir sans

que l'autre grandisse d'autant. Voyez les saints, qui aimaient Dieu si ardemment, que n'ont-ils pas fait

pour le bien du prochain ! Dans leur désir de le sauver, ils en sont venus jusqu'à exposer et sacrifier leur

liberté, et même leurs jours. Leurs histoires sont pleines de traits de la plus héroïque charité. Afin de venir

en aide aux peuplades barbares de l'Inde, saint François Xavier gravissait en rampant des montagnes

escarpées, et allait à travers milles dangers, trouver au fond des cavernes les malheureux qui y vivaient

comme des bêtes sauvages, et qu'il voulait amener à Dieu. Dans ses missions aux hérétiques du Chablais,

saint François de Sales se hasarda chaque jour, une année durant, à passer une rivière en se cramponnant

des mains et des pieds sur une poutre parfois couverte de glaçons, afin d'aller sur l'autre rive prêcher ses

obstinés. Saint Paulin se fit esclave, pour rendre à liberté le fils d'une pauvre veuve ; saint Fidèle de

Sigmaringen s'estima heureux de perdre la vie en prêchant la vraie foi à un peuple hérétique. Comment les

saints ont-ils pu pousser si loin l'amour du prochain ? C'est qu'ils aimaient Dieu très ardemment. Or, qui

l'a plus aimé que Marie ? Elle a plus aimé Dieu au premier moment de sa vie, que ne l'ont aimé tous les

saints et tous les anges dans tout le cours de leur existence, comme nous le feront voir au long, en parlant

de ses vertus. D'après une révélation de la bienheureuse Vierge elle-même à la soeur Marie-Crucifiée, le feu dont elle

brûle pour Dieu, mettrait en cendres en un instant le ciel et la terre, et, auprès de ses ardeurs, toutes celles

des séraphins sont comme le souffle d'un vent frais. Si donc, parmi tous les esprits célestes, aucun n'aime

Dieu plus que Marie, nous n'avons ni n'auront jamais, Dieu seul excepté, qui nous aime plus que cette

tendre Mère. Quand même on réunirait l'amour de toutes les mères pour leurs enfants, de tous les époux

pour leurs épouses, de tous les saints et de tous les anges pour leurs protégés, tous ces amours

n'égaleraient point ensemble celui que Marie porte à une seule âme. La tendresse de toutes les mères pour

leurs enfants est une ombre en comparaison de celui que Marie porte à chacun de nous, assure

Nieremberg ; et elle nous aime, à elle seule, immensément plus que tous les anges et tous les saints

ensemble. Un autre motif pour lequel notre sainte Mère nous aime beaucoup, c'est que nous lui fûmes donnés pour

enfants, et recommandés par son bien-aimé Jésus, quand, sur le point d'expirer, il lui dit : Femme, voilà

votre Fils. Comme il a été vu plus haut, il lui désignait ainsi tous les hommes dans la personne de saint

Jean. Ces paroles furent les dernières que son divin Fils lui adressa en ce monde. Trop précieuses sont les

suprêmes recommandations d'une personne chérie aux prises avec la mort, pour qu'on en puisse jamais

perdre la mémoire. De plus, nous sommes des enfants excessivement chers à Marie, parce que nous lui coûtons d'excessives

douleurs. Une mère ressent toujours une affection spéciale pour l'enfant auquel elle n'a conservé la vie

qu'à force de soins et de peines. Tels sommes-nous à l'égard de Marie : pour nous faire naître à la vie de

la grâce, il lui a fallu - quel supplice pour son coeur ! - il lui a fallu sacrifier elle-même la vie si précieuse

de son Jésus, et se résigner à voir de ses yeux ce fils qui expirait dans les tourments. C'est à ce grand

sacrifice de Marie, je le répète, que nous sommes redevables de la vie de la grâce ; sa tendresse pour

nous, pour des enfants qui lui ont coûté tant de peines, est donc extrême. Ainsi, ce qui est dit du Père

éternel, à savoir, qu'il a aimé les hommes jusqu'à livrer pour eux son Fils unique, nous pouvons,

remarque saint Bonaventure, le dire pareillement de Marie : elle nous a aimés, elle aussi, au point de nous

donner son Fils unique. Et quand nous le donna-t-elle ? Elle nous le donna,. répond le père Nieremberg,

d'abord, quand elle lui permit d'aller à la mort. Elle nous le donna quand, les autres manquant à leur

devoir par haine ou par crainte, elle pouvait bien, elle seule, défendre auprès des juges la vie de son Fils.

Ne doit-on pas croire, en effet, que les paroles d'une mère si sage, si tendre à l'égard de son Fils, eussent

pu faire assez d'impression, du moins sur Pilate, pour le dissuader de condamner à mort un homme dont

il avait lui-même reconnu et proclamé l'innocence ? Mais non, Marie ne voulut pas prononcer le moindre

mot en faveur de son Fils, afin de ne pas s'opposer à sa mort, à laquelle notre salut était attaché. Elle nous le donna enfin, elle nous le donna mille et mille fois, pendant ces trois heures qu'elle passa au

pied de la croix, veillant sur l'agonie de son Fils. Oui, autant d'instants il y eut dans ces trois heures, autant

de fois elle fit pour nous, avec une douleur extrême et un extrême amour enver nous, le sacrifice de son

Jésus. Et, selon saint Anselme et saint Antonin, telle était sa constance, qu'au défaut des bourreaux, elle

l'eût crucifié elle-même pour obéir au Père éternel, qui voulait nous sauver par la mort de son Fils. Et, en

effet, si Abraham eut la force de consentir à immoler son Fils de sa propre main, nous ne devons pas en

douter, bien plus sainte plus obéissante qu'Abraham, Marie eût accompli le sacrifice avec plus de courage

encore. Mais, pour revenir à notre sujet, combien de reconnaissance ne devons-nous pas à Marie en retour d'un

acte d'amour si généreux, je veux dire, du douloureux sacrifice qu'elle a fait de la vie de son Fils unique,

afin de nous voir tous sauvés ! Magnifique fut le prix dont le Seigneur récompensa le sacrifice

qu'Abraham avait voulu lui faire de son fils Isaac : mais nous, que pouvons-nous rendre à Marie pour

nous avoir réellement sacrifié la vie de son Jésus, Fils bien plus auguste et bien plus aimé que le fils

d'Abraham ? Cet amour de Marie nous impose une grande obligation de l'aimer ; car, selon la remarque

de saint Bonaventure, jamais créature ne nous aimera à l'égal de Celle qui nous a abandonné son unique

Fils, un Fils qui lui était plus cher que sa propre vie. De là pour Marie un nouveau mortif qui la presse de nous aimer : elle considère en nous le prix auquel

nous fûmes achetés, la mort de Jésus-Christ. Une reine qui aurait un serviteur racheté par son fils chéri au

prix de vingt années de prisons et de souffrances, combien, à ce seul point de vue, n'estimerait-elle pas ce

serviteur ! Marie sait que son Fils est venu en ce monde à l'unique fin de nous arracher à notre misère,

ainsi qu'il l'a déclaré lui-même : Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ; elle

sait que, pour nous racheter, il a bien voulu donner jusqu'à son sang, et s'est fait obéissant jusqu'à la

mort. Nous aimer peu après cela, ce serait, de la part de Marie, faire peu de cas du sang versé par son

Fils pour notre rançon. Il fut révélé à la vierge sainte élisabeth, qu'à partir de son entrée dans le temple, la

vie de Marie fut une prière incessante pour qu'il plût à Dieu d'envoyer sans retard son Fils au secours du

monde perdu ; or, nous devons le penser, elle nous aime bien plus encore, depuis qu'elle a vu son Fils

nous priser si haut, et payer si cher notre délivrance. Et, comme tous les hommes ont été rachetés par Jésus-Christ, Marie les aime et ne refuse à aucun ses

faveurs. C'est d'elle qu'il s'agit dans ce passage de l'Apocalypse : Un grand signe parut dans le ciel : une

Femme revêtue du soleil. Elle fut montrée ainsi à saint Jean, pour signifier que comme, selon le psaume,

il n'est personne sur la terre qui échappe à la chaleur du soleil, de même nul homme vivant n'est exclu

de la tendresse de Marie. C'est l'explication de l'Idiot : Par la chaleur du soleil, dit-il, il faut entendre ici

l'amour de Marie. Eh ! s'écrie saint Antonin, qui pourrait comprendre la sollicitude de cette tendre Mère

envers chacun de nous ? Elle ouvre à tous le sein de sa miséricorde, à tous elle prodigue ses bienfaits. Car

elle a désiré le salut de tous les hommes et contribué au salut de tous. Il est certain, dit saint Bernard,

qu'elle s'est vivement intéressées au bien du genre humain tout entier. On voit par là combien est utile la

pratique familière plusieurs serviteurs de Marie, de prier le Seigneur qu'il leur accorde les grâces dont la

bienheureuse Vierge lui fait pour eux la demande. Or, cette manière de prier, est fondée en raison,

remarque Conelius a Lapide, car notre céleste Mère nous souhaite des biens plus excellents que nous n'en

pouvons nous-mêmes désirer. Et, comme l'assure le pieux Bernardin de Bustis, Marie est plus empressée

à nous combler de ses bienfaits, à nous dispenser des grâces, que nous-mêmes à les recevoirs. Aussi le

bienheureux Albert le Grand lui applique-t-il ces paroles de la Sagesse : Elle prévient ceux qui la désirent,

et elle se montre à eux la première. Oui, Marie, elle la trouvent avant de l'avoir cherchée. Telle est à

notre égard la tendresse de cette bonne Mère, ajoute Richard, qu'à la première vue de nos besoins et

avant même d'être invoquée par nous, elle vient à notre secours. Mais si Marie est si bonne envers tout le monde, sans en excepter les ingrats qui l'aiment peu et qui sont

négligents à l'invoquer, combien plus tendre sera-t-elle à l'égard de ceux qui l'aiment sincèrement et

l'invoquent fréquemment ? Ceux qui l'aiment la découvrent aisément, et ceux qui la cherchent la trouve.

Oh ! s'écrie le même bienheureux Albert, qu'il est facile à qui aime Marie de la trouver, et de faire

l'heureuse expérience de sa bonté, de son amour ! J'aime ceux qui m'aiment, dit-elle par la bouche du

Sage. Or, bien que cette très aimante Souveraine aime tous les hommes comme ses enfants, elle sait

néanmoins ceux qui l'aiment davantage, assure Saint Bernard, et elle a pour eux des tendresses de choix.

Selon l'Idiot, quand une âme est assez heureuse pour brûler ainsi de l'amour de Marie, celle-ci ne se

contente pas de la chérir, elle s'abaisse jusqu'à la servir : " Trouvez la Vierge Marie, dit-il, c'est trouver

tous les biens, car elle aime ceux qui l'aiment, elle sert même ceux qui la servent. " Il est question, dans les chroniques des Dominicains, d'un frère nommé Léodat, qui avait coutume de se

recommander deux cent fois le jour à cette Mère de miséricorde. Quand il fut sur le point de mourir, il vit

tout à coup près de son lit une reile d'une merveilleuse beauté, qui lui dit : " Léodat, voulez-vous mourir,

et venir auprès de mon Fils et de moi " ? Il répondit : " Mais, qui êtes-vous " ? Et la sainte Vierge reprit : "

Je suis la Mère de miséricorde, que vous avez tant de fois invoquée ; me voici venue pour vous prendre

avec moi, allons-nous en en paradis ". Léodat mourut ce jour-là même ; et, comme il y a tout lieu de le

croire, il alla rejoindre Marie au séjour des élus. O douce Marie ! heureux celui qui vous aime ! - Le saint frère Jean Berchans, de la Compagnie de Jésus,

disait : " Si j'aime Marie, je suis assuré de la persévérence, et j'obtiendrai de Dieu tout ce que je désire ".

Aussi, le pieux jeune homme ne se lassait pas de renouveler sa résolution de l'aimer ; il répétait souvent

en lui-même : " Je veux aimer Marie ! Je veux aimer Marie ! " Oh ! combien cette bonne Mère surpasse en amour tous ses enfants ! Qu'ils l'aiment autant qu'ils le

pourront, dis saint Ignace martyr, jamais ils ne l'égaleront en amour. Qu'ils l'aiment donc autant qu'un saint Stanislas Kotska, dont la tendresse pour sa céleste Mère était si

vive, qu'à l'entrendre seulement parler d'elle on sentait le désir de l'aimer aussi. Il avait imaginé des

expressions nouvelles et de nouveaux titres pour l'honorer. Il ne commençait aucune action, sans s'être

tourné d'abord vers une image de Marie pour demander sa bénédiction. Quand il récitait en son honneur

l'office, le rosaire, ou d'autres oraisons, c'était avec le sentiment, l'expression d'une personne qui parlerait

face à face avec Marie. Entendait-il chanter le Salve Regina, l'embrasement de son coeur colorait son

visage. Comme il allait un jour visiter une image de la bienheureuse Vierge avec un père de la Compagnie,

celui-ci lui demanda s'il aimait beaucoup Marie : " Mon père, répondit Stanilas, elle est ma Mère ! Que

puis-je vous dire de plus ? " Mais, racontait ensuite ce religieux, le saint jeune homme prononça ces mots

d'une vois si émue, d'un air si affectueux, d'un coeur si pénétré, qu'on eût dit un ange qui parlait de

Marie. Qu'ils l'aiment autant qu'un bienheureux Herman Joseph, qui l'appelait son épouse d'amour, Marie ayant

daigné l'honorer du nom d'époux ; autant qu'un saint Philippe de Néri, qui était tout consolé au seul

souvenir de Marie, et qui la nommait ses Délices ; autant qu'un saint Bonaventure, qui, non content de lui

donner les titre de Dame et de Mère, osait encore, pour mieux exprimer la tendresse de son affection,

l'appeler son Coeur et son Ame. Qu'ils l'aiment autant que ce grand serviteur de Marie, saint Bernard : il aimait tant cette douce Mère, qu'il

l'appelait la Ravisseuse des coeurs : Raptrix cordium ; et, ne sachant comment lui dire l'amour dont il

brûlait pour elle : N'est-il pas vrai, lui disait-il, que vous avez ravi mon coeur ? Qu'ils l'appellent leur Amante, comme un saint Bernardin de Sienne, qui allait la visiter chaque jour dans

une dévote image ; là il épanchait son coeur dans de tendres colloques avec sa Reine bien-aimée ; et,

quand on lui demandait où il se rendait tous les jours, il répondait qu'il allait trouver son Amante. Qu'ils l'aiment autant qu'un saint Louis de Gonzague, qui brûlait continuellement d'un sigrand amour

envers Marie : rien qu'à entendre le nom si doux de cette Mère chérie, il sentait son coeur tout embrasé ;

la flamme qui le consumait apparaissait à l'extérieur ; son visage en rougissait et attirait tout les regards. Qu'ils l'aiment autant qu'un saint François Solano qui semblait transporter d'une sainte folie d'amour

envers Marie ; parfois, devant une de ses images, on le voyait qui chantait en s'accompagnant d'un

instrument de musique ; il voulait, disait-il, à l'imitation des amants du monde, donner une sérénade à la

Reine de son coeur. Qu'ils l'aiment comme l'ont aimée un si grand nombre de ses serviteurs, qui croyaient n'avoir jamais assez

fait pour lui témoigner leur amour. - Le père Jean de Trexo, de la Compagnie de Jésus, prenait plaisir à

s'appeler esclave de Marie, et, en signe de sa serviture, il allait souvent la visiter dans une de ses églises ;

là, que faisait-il ? à peine arrivé, il se livrait tellement aux tendres émotions de son amour pour Marie qu'il

arrosait l'église de ses larmes, puis les essuyait avec la langue et le visage, baisant mille fois le pavé, tant il

était touché de se trouver dans la maison de sa chère Dame. - En récompense de sa dévotion, le père

Jacques Martinez, de la même Compagnie, se voyait porté au ciel par les anges, en chacune des fêtes de

Notre-Dame, pour être témoin de la pompe avec laquelle elles s'y célèbrent. Il avait coutume de dire : " Je

voudrais avoir tous les coeurs des anges et des saints, afin d'aimer Marie comme ils l'aiment ; je voudrais

avoir les vies de tous les hommes, pour les consacrer toutes à l'amour de Marie. Qu'ils parviennent à l'aimer autant que l'aimait Charles, fils de sainte Brigitte ; rien au monde, assurait-il,

ne le réjouissait comme de savoir combien Marie est aimée de Dieu. " Et, disait-il encore, si la grandeur

de Marie pouvait subir quelque amoindrissement, de bon coeur je souffrirais n'importe quelle peine pour

lui épargner cette perte ; il y a plus : si la gloire de Marie m'appartenait, j'y renoncerais en sa faveur,

sachant qu'elle en est incomparablement plus digne que moi. " (NOTE DE L'éDITEUR) Nous qui traduisons notre Bienheureux Père, pourquoi n'ajouterions-nous pas : Qu'ils l'aiment autant qu'un saint Alphonse-Marie de Liguori, fondateur de la Congrégation du très saint

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