Les Gloires de Marie (page 5)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Les Gloires de Marie (1re et 2de parties) · 27 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Rédempteur, lequel sera dorénavant cité avec les Bernard, les Bonaventure, les Anselme, parmi les plus

fidèles et les plus zélés serviteurs de cette glorieuse Vierge. Encore enfant, il passait déjà des heures entières dans une oraison extatique devant l'image de la Madone.

Ce fut à ses pieds que, résolu de quitter le monde, il déposa son épée. Il s'obligea par voeu à réciter

chaque jour le chapelet et à prêcher tous les samedis les gloires de Marie. Il récitait l'Ave Maria à tous les quarts d'heure ; il jeûnait tous les samedis et la veille de toutes les fêtes de

la Vierge, s'abstenant alors de toute boisson et se contentant d'un morceau de pain pour toute nourriture. Jusque dans son extrême vieillesse il se plaisait à appeler Marie sa Mère : " Le démon a voulu me jeter

dans le désespoir, disait-il au sortir d'une violente tentation ; mais ma Mère Marie m'a secouru, je n'ai pas

offensé Dieu ". Il aspirait à tenir après Dieu la première place parmi ceux qui aiment la Reine du ciel ; le nom béni de

Marie se retrouve presque à toutes les pages de ses nombreux ouvrages, sans compter le livre des

Gloires, le plus beau peut-être que l'ont ait composé sur ce sujet. Enfin, il fit un précepte spécial aux membres de son Ordre de professer un amour filial envers la divine

Mère. De son côté, Marie sut bien faire éclater sa tendresse envers son cher Alphonse. Elle le guérit subitement

d'une maladie mortelle occasionnée par un excès de travail. Elle lui apparaissait fréquemment dans une grotte où il se livrait à la prière et à la pénitence, et lui donnait

conseil sur tout ce qui concernait la Congrégation fondée par lui. A plusieurs reprieses, elle se montra à lui et le ravit tandis qu'il prêchait et s'efforçait d'animer ses

nombreux auditeurs à la confiance envers elle. Elle lui apparut encore deux fois la veille de sa mort, comme il l'en avait priée tant de fois, et changea son

agonie en une douce extase. (FIN DE LA NOTE DE L'éDITEUR) Qu'à l'exemple d'Alphonse Rodriguez, ils désirent donner leur vie en preuve de leur amour pour Marie ;

qu'à l'imitation du saint religieux François Binans, et de sainte Radegonde, femme du roi Clotaire, ils

aillent jusqu'à graver avec une pointe de fer, l'aimable nom de Marie sur leur poitrine, ou bien que, pour

rendre l'empreinte plus profonde et ineffaçable, ils l'y impriment à l'aide d'un fer rouge, comme firent

dans le transport de leur amour ses dévots serviteurs Jean-Baptiste Archinto et Augustin d'Espinosa, tous

deux de la Compagnie de Jésus. En un mot, qu'ils fassent ou aspirent à faire tout ce qui est possible à un amant désireux de témoigner son

affection à la personne qu'il aime : jamais ils n'arriveront à aimer Marie autant qu'elle les aime. Gracieuse

Souveraine, s'écriait saint Pierre Damien, je sais qu'en fait d'amour vous l'emportez sur tous ceux qui

vous aiment ; vous nous aimez d'un amour qui ne se laisse vaincre par aucun autre amour. Le saint frère Alphonse Rodriguez, de la Compagnie de Jésus, se trouvant un jour au pied d'une image de

Marie, se sentit tellement embrasé d'amour pour cette glorieuse Vierge, qu'il laissa échapper ces paroles :

" Ma très aimable Mère, je sais que vous m'aimez ; mais vous ne m'aimez pas autant que je vous aime. " Alors Marie, comme blessée en son amour, lui répondit par cette image : " Que dis-tu, Alphonse ? que

dis-tu ? oh ! combien mon amour pour toi l'emporte sur ton amour envers moi ! Il y a, sache-le bien,

moins de distance entre le ciel et la terre, qu'entre mon amour et le tien ". Saint Bonaventure a donc raison de s'écrier : Heureux ceux qui aiment et servent fidèlement cette tendre

Mère ! - Oui, heureux sont-ils, car cette Reine généreuse ne se laisse jamais vaincre en amour par ses

dévots serviteurs : elle leur rend amour pour amour, dit un auteur, et, à ses faveurs passées, elle en ajoute

toujours de nouvelles. Pareille en cela à Jésus, notre très aimant Rédempteur, elle leur paie au double, en

les comblant de grâces, l'amour qu'ils ont pour elle. J'emprunterai donc ici les amoureux accents de saint Anselme et je m'écrierai comme lui : Que mon coeur

brûle à jamais, que mon âme se consume tout entière pour vous, ô Jésus, mon bien-aimé Sauveur, et ma

chère Mère Marie ! Et, puisque, sans votre grâce, je ne puis vous aimer, ô Jésus et Marie, faites, je vous

en supplie par vos mérites, et non par les miens, faites que je vous aime autant que vous le méritez. O

Dieu plein d'amour pour les hommes ! vous avez pu mourir pour vos ennemis, et vous pourriez refuser, à

qui vous le demande, la grâce de vous aimer, vous et votre sainte Mère ?

EXEMPLE Une pauvre jeune fille chargée de la garde d'un troupeau, aimait tendrement la Vierge Marie, raconte le

père Auriemma ; tout son plaisir était de se rendre sur une montagne, à une petite chapelle de

Notre-Dame ; tandis que ses brebis paissaient à l'entour, elle se retirait dans ce sanctuaire, s'y entretenait

avec sa Mère chérie et lui offrait ses hommages. Voyant la petite statue de la sainte Vierge sans

ornements, elle entreprit de lui faire un manteau du travail de ses mains ; et un jour, ayant cueuilli

quelques fleurs dans la campagne, elle en composa une guirlande, monta ensuite sur l'autel, et la mit sur la

tête de la statue, en disant : " Ma Mère ! je voudrais poser sur votre front une couronne d'or et de pierres

; mais, parce que je suis pauvre, recevez de moi cette pauvre couronne de fleurs, et acceptez-la en signe

de l'amour que je vous porte ". Cette pieuse bergère ne cessait point de servir et d'honorer ainsi sa Dame

bien-aimée. Voyons maintenant comment, de son côté, la bonne Mère récompensa les visites et l'affection de sa fille.

Il arriva que deux religieux passant dans cette contrée, s'arrêtèrent sous un arbre pour se remettre des

fatigues du voyage ; l'un s'endormit, pendant que l'autre veillait, et néanmoins tous deux eurent la même

vision. Ils virent une troupe de vierges extrêmement belles, au milieu desquelles il s'en trouvait une qui

surpassait toutes les autres en beauté et en majesté. L'un d'eux dit à celle-ci : " Auguste Dame, qui

êtes-vous ? et où allez-vous par ce chemin ? - Je suis, répondit-elle, la Mère de Dieu ; je vais avec ces

saintes vierges visiter, au hameau voisin, une jeune bergère qui est sur le point de mourir et qui m'a rendu

visite bien des fois. " Cela dit, la vision disparut ; et aussitôt les deux serviteurs de Dieu s'écrièrent en

même temps : " Allons aussi la voir ". Ils se mirent en chemin, et trouvèrent bientôt l'habitation où était la

mourante ; c'était une pauvre chaumière, où, étant entrés, ils la virent couchée sur un peu de paille. Ils la

saluèrent, et elle leur dit : " Mes frères, priez Dieu qu'il vous fasse voir la compagnie qui m'assiste ". Ils se

mirent à genoux, et aperçurent Marie, qui se tenait à côté de la mourante, avec une couronne en main, et

la consolait. Alors, les saintes qui formaient son cortège, se mirent à chanter : et à ces doux accents, l'âme

bénie de la pauvre fille s'étant détachée de son corps, Marie lui posa la couronne sur la tête, et la conduisit

avec elle en paradis.

PRIèRE O douce Souveraine, vous dirai-je avec saint Bonaventure ; vous qui, par les marques de votre amour

et par vos bienfaits, ravissez les coeurs de ceux qui vous servent, ravissez aussi mon misérable coeur,

qui désire vous aimer beaucoup. Quoi ! auguste Mère, par votre beauté, vous avez touché le coeur d'un

Dieu, vous l'avez attiré du ciel dans votre sein ; et moi je vivrais sans vous aimer ? Non, certes ; et je

dis avec un autre de vos enfants qui vous a tant aimée, le pieux Jean Berchmans : Je suis résolu de ne

me donner aucun repos, jusqu'à ce que je sois sûr d'avoir obtenu un amour tendre et constant pour

vous, ma Mère, qui m'avez si tendrement aimé, lors même que j'étais ingrat envers vous. Où en

serais-je maintenant, ô Marie ! si vous ne m'aviez pas aimé et ne m'aviez pas obtenu tant de

miséricordes ? Si donc vous m'avez tant aimé et favorisé quand je ne vous aimais pas, combien plus

dois-je espérer de votre bonté maintenant que je vous aime ! Oui, je vous aime, ô ma Mère ! et je

voudrais avoir un coeur capable de vous aimer pour tous les malheureux qui ne vous aiment point ; je

voudrais avoir une langue capable de vous louer autant que mille langues, pour faire connaître à tout

le monde votre grandeur, votre sainteté, votre miséricorde, et votre amour envers ceux qui vous

aiment. Si j'avais des richesses, je voudrais les employer toutes à vous honorer ; si j'avais des sujets, je

voudrais leur inspirer à tous votre amour ; je voudrais enfin sacrifier pour votre amour et votre gloire,

s'il le fallait, ma vie même. Je vous aime donc, ô ma Mère ! mais, en même temps, hélas ! je crains de

na pas vous aimer ; car j'entends dire que l'amour rend ceux qui aiment semblable à la personne

aimée. Je dois donc croire que je vous aime bien peu, en me voyant si loin de vous ressembler ; vous si

pure, et moi si souillé ! vous si humble, et moi si orgueuilleux ! vous si sainte, et moi si criminel !

Mais, ô Marie, c'est à vous de rémédier à mes maux ; montrez-moi votre amour en me rendant

semblable à vous. Vous êtes assez puissante pour changer les coeurs ; prenez donc mon coeur et le

changez ; faites voir au monde de quelle puissance vous disposez en faveur de ceux que vous aimez ;

rendez-moi saint, faites que je sois votre digne enfant. Ainsi j'espère, ainsi soit-il.

IV Marie est aussi la Mère des pécheurs repentants

La bienheureuse Vierge n'est pas seulement la Mère des âmes justes et innocentes ; elle nourrit encore,

comme elle le déclarait un jour à sainte Brigitte, des sentiments tout maternels pour les pécheurs, pour

ceux du moins qui sont résolus de s'amender. Oh ! quand un pécheur veut changer de vie, vient se jeter

aux pieds de Marie il trouve cette bonne et miséricordieuse Mère bien plus empressée à l'embrasser et à le

secourir, qu'aucune mère selon la chair ! C'est ce qu'écrivait Grégoire VII à la comtesse Mathilde, qu'il

engageait à en faire l'expérience. Ainsi, quiconque aspire à la dignité d'enfant de cette divine Mère, doit d'abord renoncer au péché ; après

cela, il peut espérer d'être bien reçu par elle. Sur ces paroles des Proverbes, appliquées à la sainte Vierge :

Ses enfants se sont levés, Richard de Saint-Laurent observe que le mot surrexerunt, "se sont levés", est

placé dans le texte avant les mots filii ejus, "ses enfants", pour faire entendre qu'on ne peut être enfant

de Marie, si l'on ne songe d'abord à sortir du péché. En effet, suivant la remarque de saint Pierre

Chrysologue, ne pas marcher sur les traces de ses parents, c'est les renier ; et celui qui dans sa conduite

se met en opposition avec Marie, celui-là déclare en fait qu'il ne veut pas être son enfant. Marie est

humble, Marie est pure, Marie est charitable ; et lui, il est orgueilleux, il est adonné au vice, il hait son

prochain : qu'est-ce à dire, sinon qu'il répudie le nom d'enfant d'une Mère si sainte ? - Les enfants de

Marie, reprend Richard, sont ceux qui tâchent de lui ressembler par la pratique des vertus, spécialement

de la chasteté, de l'humilité, de la douceur, de la charité. De quel front donc prétendrait-il à la qualité d'enfant de Marie, celui qui, par les désordres de sa vie,

l'abreuve de déplaisirs ? Un pécheur la priait un jour et lui disait : " Montrez que vous êtes ma Mère. - Et

toi, lui répondit-elle, montre que tu es mon fils " Un autre l'ayant invoquée en l'appelant Mère de

miséricorde, elle lui dit : " Vous autres, pécheurs, quand vous voulez que je vous aide, vous m'appelez

Mère de miséricorde ; et puis vous ne cessez, par vos péchés, de faire de moi une Mère de misère et de

douleur ". Celui-là est maudit de Dieu, qui afflige sa Mère, dit le Sage. Quelle est cette mère, demande

Richard, sinon Marie ? Ainsi Dieu maudit ceux qui par leur mauvaise vie, ou plutôt par leur obstination,

contristent le coeur de cette bonne Mère. J'ai dit : " par leur obstination " ; car lorsqu'un pécheur, quoique non encore dégagé des liens du péché,

s'efforce néanmoins d'en sortir, et réclame pour cela le secours de Marie, cette tendre Mère ne laisse pas

de lui venir en aide et de le faire rentrer en grâce avec Dieu. C'est ce que Sainte Brigitte entendit un jour

de la bouche de Jésus-Christ même ; il disait, en s'adressant à sa mère : Vous prêtez cotre appui à

quiconque désire sincèrement revenir à Dieu, et jamais vous n'en laissez aucun sans consolation. Ainsi,

quand le pécheur s'obstine, Marie ne peut l'aimer, mais si, se trouvant retenu dans l'esclavage de Satan

par quelque passion violente, il se recommande du moins à la Sainte Vierge, et la prie avec confiance et

persévérance de le retirer du péché, sans aucun doute cette bonne Mère étendra vers lui sa main

puissante, elle brisera ses chaînes, et le remettra au chemin du salut. C'est une hérésie condamnée par le Concile de Trente, de prétendre que toutes les prières et toutes les

oeuvres faites en état de péché, sont des péchés. Bien que difforme, faute d'être accompagnée de charité,

la prière du pécheur ne laisse pas de lui être utile, dit Saint Bernard ; elle peut du moins l'aider à sortir du

péché. C'est que, selon l'enseignement de saint Thomas, toute dénuée qu'elle est de mérite, elle conserve

néanmoins la vertu de lui attirer la grâce du pardon ; parce que la force d'impétration de la prière ne lui

vient pas des mérites de celui qui pries, mais de la bonté divine et des mérites et des promesses de

Jésus-Christ, qui nous a dit : Quiconque demande, reçoit. Il n'en est pas autrement des prières adressées

à la Mère de Dieu. Si celui qui prie ne mérite pas d'être exaucé, il le sera néanmoins, en vertu des mérites

de Marie à qui il se recommande. Aussi, saint Bernard exhorte tous les pécheurs à prier Marie, et à le faire avec une grande confiance ; le

pécheur est, à la vérité, indigne d'être exaucé dit-il ; mais les mérites de Marie lui ont valu le privilège

d'obtenir aux pécheurs toutes les grâces qu'elle sollicite de Dieu en leur faveur. Et en cela, ajoute le même

saint, elle ne fait que s'acquitter du devoir d'une bonne mère : une mère qui saurait ses deux fils divisés

par une haine mortelle, au point d'en vouloir aux jours l'un de l'autre, pourrait-elle faire moins de mettre

tout en oeuvre pour les réconcilier ? Eh bien ! Marie est la Mère de Jésus et la Mère de l'homme ; quand

elle voit l'homme devenu par le péché l'ennemi de Jésus-Christ, elle ne sait le souffrir, elle ne néglige rien

en vue de rétablir la paix entre eux. Tout ce que cette Reine très clémente exige du pécheur, c'est qu'il se recommande à elle et ait l'intention

de se corriger. Lorsqu'elle voit à ses pieds un coupable qui implore sa miséricorde, elle ne regarde pas aux

péchés dont il est chargé, mais seulement à l'intention qui l'amène : eût-il commis tous les péchés du

monde, pourvu qu'il vienne avec une bonne volonté, cette tendre Mère ne dédaigne pas de l'embrasser et

de guérit toutes les plaies de son âme ; car, non contente de porter le titre de Mère de miséricorde, elle

prétend l'être en effet, et elle se montre telle par l'amour plein de tendresse qu'elle déploie en faveur des

misérables. Tout cela a été dit expressément à sainte Brigitte par la Bienheurese Vierge elle-même en ces

termes : " Si coupable que soit un homme, s'il revient à moi touché d'un vrai repentir, je suis prête à

l'accueillir sans retard ; et je ne refuse point d'appliquer le remède à ses plaies et de les guérir, car je

m'appelle et je suis réellement la Mère de miséricorde. " Marie est la Mère des pécheurs qui veulent se convertir, et elle ne peut s'empêcher de s'apitoyer sur eux ;

elle semble même ressentir, comme s'ils lui étaient propres, les maux des ses propres enfants. Lorsque la

Chananéenne vint supplier le Sauveur de délivrer sa fille, elle lui dit : Ayez pitié de moi, Seigneur, Fils de

David, ma fille est cruellement tourmentée par le démon. - Mais puisque que ce n'était pas elle, mais sa

fille, qui était en proie aux tourments, ne semble-t-il pas qu'elle dût dire, non pas : " Ayez pitié de moi ",

mais plutôt : " Ayez pitié de ma fille " ? - Oh ! non, c'est avec raison qu'elle a dit : Ayez pitié de moi,

parce que toutes les douleurs des enfants sont ressenties par leurs mère comme des douleurs personnelles.

Et voilà précisément, assure Richard de Saint-Laurent, comment parle Marie, quand, invoquée par un

pécheur, elle le recommande à Dieu : Seigneur, semble-t-elle lui dire, cette pauvre âme en état de péché

est mon enfant ; ayez donc pitié, non pas tant d'elle que de moi, qui suis sa Mère. Ah ! plût à Dieu que tous les pécheurs eussent recours à cette douce Mère ! assurément tous

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