Préparation à la mort (page 2)

Alphonse de Liguori · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Préparation à la mort · 8 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

AFFECTIONS ET PRIèRES

Seigneur, ce n'est pas ici que je devrais me trouver à présent, mais dans ce enfer que j'ai tant de fois mérité par mes péchés. Hélas! Oui, « ma maison, c'est l'enfer » (Job 17, 13). Mais votre apôtre m'assure que « Dieu use de patience, ne voulant pas qu'un seul périsse, mais que tous retournent à lui par la pénitence » (II Pierre, 3, 9). Si donc vous avez eu tant de patience à mon égard et si vous m'avez attendu jusqu'ici, c'est parce que vous ne voulez pas me voir périr; mais vous voulez que je vienne à résipiscence. Oui, ô mon Dieu, je reviens à vous, je me jette à vos pieds et j'implore votre pitié. « Ayez pitié de moi, mon Dieu, selon la grandeur de votre miséricorde » (Psaume 50, 1). Seigneur, pour me pardonner, il vous faut une grande, une extraordinaire miséricorde; car c'est en pleine lumière que je vous ai offensé. D'autres pécheurs vous ont aussi offensé; mais ils n'avaient pas les lumières que vous m'aviez données. Et, malgré tout, vous voulez encore que je me repente et que j'espère de vous votre pardon. Oui, mon bien-aimé Rédempteur, de tout mon coeur je me repens de vous avoir offensé, et, par les mérites de votre Passion, j'espère que mes péchés me seront pardonnés. Vous, ô mon Jésus, vous l'innocence même, vous avez voulu mourir sur une croix comme un criminel et répandre tout votre sang pour effacer tous mes péchés. O sang de Jésus innocent, lavez les fautes d'un pécheur pénitent! Et vous, ô Père éternel, pour l'amour de Jésus Christ, pardonnez-moi, écoutez les prières de votre Fils, maintenant qu'il s'est fait mon avocat et qu'il vous prie pour moi. Mais il ne me suffit pas que je sois pardonné. Je veux encore, ô Dieu, digne d'un amour infini, la grâce de vous aimer. Je vous aime, ô Bien suprême, et je vous offre dès aujourd'hui et pour toujours mon corps, mon âme, ma volonté, ma liberté. Dès aujourd'hui et à jamais je ne veux plus vous offenser en rien. Non, plus de fautes, ni graves ni même légères. Je veux fuir toutes les occasions de péchés. « Ah!

Ne me laissez point succomber à la tentation »; mais, pour l'amour de Jésus Christ, délivrez-moi vous-même de ces occasions funestes où je pourrais vous offenser. « Délivrez-nous du mal ». Oui, délivrez-moi du péché et châtiez-moi ensuite comme il vous plaît. Maladies, douleurs, revers, j'accepte tous les maux que vous voudrez m'envoyer. Il me suffit que je ne perde pas votre grâce ni votre amour. Vous me promettez d'exaucer toutes mes prières; « Demandez et vous recevrez » (Jean 16, 24). Voici donc les deux faveurs que je vous demande: la sainte persévérance et la grâce de vous aimer.

O Marie, Mère de miséricorde, priez pour moi: je me confie à vous.

DEUXIèME POINT

Le Seigneur ne veut pas que nous nous perdions. En effet, il ne cesse de nous exhorter à changer de vie; et même aux exhortations il ajoute la menace de ses châtiments. « Si vous ne vous convertissez il brandira le glaive » (Psaume 7, 13). Voyez, dit-il autre part, tant d'hommes qui, pour n'avoir pas voulu se convertir, ont été frappés de mort subite, au moment même où ils y pensaient le moins, et alors qu'ils se tenaient parfaitement assurés d'avoir encore de longues années devant eux. « Lorsqu'ils diront:

paix et sécurité, alors même fondra sur eux une ruine soudaine » (I Thessaloniciens 5, 3). Et dans un autre endroit: « Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous de la même manière » (Luc 23, 3). Pourquoi tant de menaces avant de frapper sinon parce qu'il veut que nous nous corrigions, et qu'ainsi nous évitions une mauvaise mort? « Celui qui vous crie: Gare! Gare! Dit saint Augustin, n'en veut certainement pas à votre vie » (S. Augustin, Sermon 22, ch. 3, n. 3, PL 38, 150 (Vivès, t. 16, p. 82)).

Il est donc nécessaire de mettre ordre aux affaires de notre conscience, avant qu'arrive le jour des comptes. Chrétien, mon frère, si vous deviez mourir aujourd'hui même, et que votre sort éternel dût se décider avant cette nuit, dites-moi, auriez-vous à présenter des comptes en règle?

Ou plutôt, que ne donneriez-vous pas pour obtenir une année, un mois et même un seul jour de sursis? Et maintenant que Dieu vous donne ce temps, pourquoi ne pas l'employer à mettre tout en ordre dans votre conscience? Est-il dont impossible que ce jour soit effectivement le dernier pour vous? « Ne tarde pas à te convertir au Seigneur et ne diffère pas de jour en jour. Car subitement viendra sa colère; et au temps de la vengeance il te perdra entièrement » (Ecclésiastique 5, 8). Or, pour vous sauver, mon frère, il faut quitter le péché. Aussi bien, il faudra le quitter un jour; pourquoi donc ne pas le quitter à l'heure même? « S'il faut tôt ou tard en venir là, dit saint Augustin, pourquoi pas maintenant? » (L'idée se trouve dans S. Augustin, Les Confessions, liv. 8, ch. 12, n. 28, PL 32, 762: « Je jetais des cris pitoyables: Dans combien de temps? Dans combien de temps? Demain, toujours demain. Pourquoi pas tout de suite? Pourquoi pas, sur l'heure, en finir avec mes turpitudes? » (BA, t. 14, trad. E. Tréhorel et G. Bouissou, p. 65)). Attendrez-vous peut-être jusqu'à la mort? Mais pour les obstinés, le temps de la mort n'est pas le temps du pardon, c'est celui de la justice. « Au temps de la vengeance, il te ruinera de fond en comble ».

Que quelqu'un vous doive une forte somme d'argent, vous avez soin de lui faire aussitôt signer une obligation. Car, dites-vous, qui sait ce qui peut arriver? Et pour votre âme, à laquelle se rattachent des intérêts autrement considérables, pourquoi ne prenez-vous pas les mêmes précautions? Pourquoi ne dites-vous pas, pour elle aussi: Qui sait ce qui peut arriver? Si vous perdez cet argent, il vous restera bien quelque chose encore; et quand même vous auriez par le fait perdu toute votre fortune, il vous reste toujours l'espoir de la rétablir. Mais, à la mort, si vous perdez votre âme, c'est alors que véritablement vous vous verrez réduit à rien, et qu'il ne vous restera pas le moindre espoir de recouvrer quoi que ce soit. Vous tenez note exacte de tous les biens que vous possédez; car vous craindriez, et cas de mort subite, qu'il ne se commît quelque fraude. Mais si réellement cette mort subite vient à vous frapper et qu'elle vous trouve dans la disgrâce de Dieu, qu'en sera-t-il de votre âme pour toute l'éternité?

AFFECTIONS ET PRIèRES

Ah! Mon divin Rédempteur, vous avez versé tout votre sang, vous avez donné votre vie pour sauver mon âme. Et moi, que de fois je l'ai perdue, cette âme, et cela en me prévalant de votre miséricorde. Oui, trop souvent j'ai abusé de votre bonté pour vous offenser. A ce titre seul, je mériterais d'être aussitôt frappé de mort et précipité dans l'enfer. En vérité, il semble que nous ayons pris à tâche de lutter ensemble: vous me faisiez miséricorde, et moi, je vous offensais; vous me recherchiez, et moi, je vous fuyais; vous me donniez du temps pour réparer mes fautes, et moi, je ne profitais de tous vos miséricordieux délais que pour accumuler injures sur injures. Ah! Seigneur, faites-moi connaître la grandeur de mes torts envers vous et l'obligation que j'ai maintenant de vous aimer. Comment se peut-il, ô mon Jésus, que je vous aie été cher à ce point qu'autant de fois que je vous repoussais, autant de fois vous me poursuiviez? Comment avez-vous pu accorder tant de grâces à celui qui vous avait causé tant de déplaisirs? Tout cela me montre bien quel désir vous avez de m'arracher à ma perte éternelle! Bonté infinie, de tout mon coeur je me repens de vous avoir offensée. Daignez recevoir cette ingrate brebis, qui revient, pleine de repentir, à vos pieds: recevez-la et placez-la sur vos épaules afin qu'elle ne s'enfuie plus loin de vous. Non, je ne veux plus m'éloigner loin de vous; je veux vous aimer; je veux vous appartenir; et, pourvu que je goûte le bonheur d'être à vous, j'accepte de tout souffrir. D'ailleurs, quelle plus grande peine pourrais-je jamais endurer que celle de vivre privé de votre grâce, séparé de vous qui êtes mon Dieu, qui m'avez créé et qui êtes mort pour moi?

Péchés, maudits péchés, qu'avez-vous faits?

Jésus m'a tant aimé, et vous êtes cause que j'ai rempli son coeur d'amertume.

Ah! Mon Jésus, vous êtes mort pour moi; pour vous à mon tour je devrais mourir. C'est l'amour qui vous a fait mourir, et moi je devrais mourir de douleur de vous avoir offensé. J'accepte la mort, oui, la mort de la manière et à l'heure qu'il vous plaira. Mais, hélas! Jusqu'ici je ne vous ai point aimé, ou je vous ai trop peu aimé. Je ne veux pas mourir en cet état. De grâce, accordez-moi de vivre encore un peu de temps, afin que je vous aime avant de mourir; et pour cela, changez mon coeur; blessez, enflammez ce coeur de votre saint amour; faites-le, Seigneur, par ce même mouvement de charité qui vous porta à mourir pour moi. Je vous aime de toute mon âme. Oui, mon âme s'est éprise de vous; ne permettez pas qu'elle vienne à vous perdre de nouveau. Donnez-moi la sainte persévérance; donnez-moi votre amour.

Très sainte Vierge Marie, mon refuge et ma mère, intercédez pour moi.

TROISIèME POINT

« Estote parati. Soyez prêts » (Luc 12, 40).

Le Seigneur ne nous recommande pas de faire nos préparatifs à l'approche de la mort, mais de nous tenir prêts. Quand la mort viendra, il sera comme impossible, dans ce moment de trouble et de confusion, de mettre ordre aux affaires d'une conscience embrouillée. C'est ce que dit la raison. C'est aussi le châtiment dont Dieu nous menace quand il déclare qu'alors il viendra, non pour pardonner, mais pour venger le mépris qu'on aura fait de sa grâce. « A moi la vengeance; et je saurai bien rendre à chacun selon ses oeuvres » (Romains 12, 19). « Juste châtiment, s'écrie saint Augustin, juste châtiment de celui qui, pouvant se sauver, ne l'aura pas voulu: voici qu'il veut et qu'il ne le peut plus » (S. Augustin, Le libre arbitre, liv. 3, ch. 18, n. 52, PL 32, 1296: « Telle est en effet la punition très juste du péché, que l'on perde ce dont on n'a pas voulu faire bon usage quand on l'aurait eu sans difficulté, si on l'avait voulu: à savoir que celui qui sait et n'agit pas bien, soit privé de savoir ce qui est bien, et que celui qui n'a pas voulu bien agir quand il le pouvait, en perde le pouvoir quand il le veut » (BA, t. 6, trad. F.J. Thonnard, p. 423)). Mais qui sait, dira quelqu'un; il peut pourtant se faire que je me convertisse encore en ce moment, et que je sauve mon âme? Or, répondez-moi: Vous jetteriez-vous dans un puits sur cette parole: Qui sait? Peut-être que je ne mourrai pas de cette chute et que la vie me sera conservée? étrange effet du péché!

Comme il aveugle l'esprit et fait même perdre la raison! Mon Dieu! Tant qu'il s'agit de leur corps, les hommes raisonnent avec sagesse! S'agit-il ensuite de leur âme, ces mêmes hommes ne sont plus que des insensés.

Mon frère, qui sait si ce point de méditation que vous lisez n'est pas pour vous le dernier avertissement de Dieu? Hâtons-nous donc; préparons-nous à la mort, de peur qu'elle ne nous frappe à l'improviste. Le Seigneur nous cache le dernier jour de notre vie afin que chaque jour nous nous tenions prêts à mourir;

et comme s'exprime saint Augustin: « Nous ne savons quel sera notre dernier jour afin que nous sanctifiions tous nos jours » (S. Augustin, Sermon 39, ch. 1, n.1, PL 38, 241: « Dieu nous a caché notre dernier jour, afin que nous prenions garde à tous les jours » (Vivès, t. 16, p. 211). Saint Paul nous avertit de travailler à notre salut, « non seulement avec crainte, mais encore avec tremblement » (Philippiens 2, 12). Saint Antonin (S. Antonin de Florence, Summa theologica, p. 4, tit. 14, c. 8, 3, t. 4, Vérone, 1740, col. 818) rapporte qu'un roi de Sicile, voulant faire comprendre à l'un de ses sujets la crainte dont il était tourmenté même sur son trône, le fit asseoir à sa table. Or au-dessus de la tête du malheureux convive, se balançait une épée, suspendue seulement par un léger fil, de sorte que, dans cette position, il put à peine prendre quelque peu de nourriture. Tous, nous courrons le même danger, puisqu'à chaque moment la mort peut abaisser son glaive, et nous donner ce coup qui doit décider de notre salut éternel.

Car c'est bien de l'éternité qu'il s'agit. « Si l'arbre tombe au midi ou à l'aquilon, en quelque lieu qu'il tombe, il y demeure » (Ecclésiaste 11, 3). Si la mort nous trouve dans la grâce de Dieu, quelle ne sera pas notre allégresse de pouvoir dire alors: j'ai pris toutes mes assurances; je ne puis plus perdre mon Dieu; je vais être heureux pour toujours! Mais si la mort nous trouve en état de péché, avec quel désespoir notre âme s'écriera: « Ergo erravimus! » (Sagesse 5, 6). je me suis donc trompée; et à mon erreur il n'y aura jamais de remède; c'en est fait pour toute l'éternité!

Ainsi tremblait le vénérable Père Jean d'Avila, l'apôtre de l'Espagne. Quand on lui apprit que sa mort était proche: « Ah! S'écria-t-il, que n'ai-je encore un peu de temps pour me préparer! » (L. Mugnons, Vita del... P. M. Giovanni d'Avila, lib. 3, c. 23, Milan, 1667, p. 400-401). Ainsi tremblait également l'abbé Agathon, qui après de longues années passées dans la pénitence, mourut en s'écriant: « Que vais-je devenir?

Car qui peut connaître les jugements de Dieu! » (Vies. des Pères, lib. 3, n. 161, PL 73, 793). Saint Arsène tremblait aussi à l'approche de la mort; et comme ses disciples lui demandaient la cause de sa frayeur: « Mes enfants, répondit-il, ce n'est pas d'aujourd'hui que j'éprouve cette crainte; elle ne m'a pas quitté un seul instant de toute ma vie » (Vies des Pères, lib. 3, n. 163, PL 73, 794). Job surtout était effrayé. « Que ferai-je, s'écriait-il, lorsque Dieu se lèvera pour me juger? Et, lorsqu'il m'interrogera, que lui répondrai-je? » (Job 31, 14).

AFFECTIONS ET PRIèRES

Ah! Mon Dieu, de qui ai-je jamais été plus aimé que de vous? Et pour qui ai-je eu autant de mépris et d'insultes que pour vous? O sang, ô plaies de Jésus, vous êtes mon espérance. Père éternel, regardez votre Fils bien-aimé, qui meurt de douleurs pour moi et qui vous prie de me pardonner. Je me repens, ô mon créateur, du mal que j'ai fait en vous offensant et je le déteste plus que n'importe quel autre mal. Vous m'avez créé pour que je vous aime, et moi, j'ai vécu comme si j'avais été créé pour vous offenser. Pardonnez-moi pour l'amour de Jésus Christ, et accordez-moi de vous aimer. Par le passé, j'ai résisté à votre volonté; maintenant, au lieu de vous résister, je veux observer tous vos commandements. Vous me commandez de détester les outrages que je vous ai faits; je les déteste de tout mon coeur. Vous me commandez de prendre la résolution de ne plus vous offenser; me voici, je veux perdre mille fois la vie plutôt que de perdre votre grâce. Vous me commandez de vous aimer de tout mon coeur; ah! Certes, je ne veux plus aimer que vous; désormais vous serez l'unique objet de mon amour, mon unique amour. Je vous demande à vous-même et j'espère de vous la sainte persévérance. Pour l'amour de Jésus Christ, faites que je vous sois fidèle et que toujours je dise avec saint Bonaventure: « Dieu seul m'est cher! Dieu seul est mon amour! » (Texte resté introuvable. L'idée cependant se rencontre dans les écrits de S. Bonaventure, qu'ils soient authentiques ou qu'il lui soient attribués). Non, je ne veux plus employer ma vie à vous offenser, mais uniquement à pleurer les déplaisirs dont je vous ai abreuvé et à brûler de votre amour.

Marie, ma Mère, vous priez pour tous ceux qui se recommandent à vous, priez Jésus pour moi.

SIXIèME CONSIDéRATION

Mort du pécheur « Dans la suprême angoisse ils chercheront la paix; mais il n'y aura pas de paix et il n'y aura que trouble sur trouble »

(Ezéchiel 7, 25)

PREMIER POINT

Maintenant, les pécheurs écartent le souvenir et la pensée de la mort, et ainsi cherchent-ils, sans jamais y parvenir, à goûter un peu de paix au milieu de leur vie déréglée.

Mais quand ils se trouveront dans les angoisses de la mort et sur le point d'entrer dans l'éternité, ils ne pourront plus se dérober aux tourments de leur conscience coupable. « Dans la suprême angoisse, ils chercheront la paix. Mais il n'y aura pas de paix. » Oui, ils chercheront la paix. Mais quelle paix peut trouver une âme, quand elle se sent remplie de péchés et que ces péchés la torturent comme autant de vipères? Quelle paix, quand elle pense que dans peu d'instants elle doit comparaître devant le tribunal de Jésus Christ, de ce Jésus Christ dont elle a jusqu'alors méprisé la loi et l'amitié? « Et il n'y aura que trouble sur trouble ». On vient de lui déclarer que la mort est imminente; aussitôt la pensée que toutes les choses du monde vont lui échapper, les remords de la conscience, le temps perdu, le temps qui lui fera bientôt défaut, la rigueur des jugements de Dieu, l'éternité malheureuse réservée aux méchants, tout cela déchaîne sur le pécheur moribond, comme une horrible tempête qui accable son esprit et met le comble dans ses alarmes; et c'est ainsi que, tout hors de lui-même, sans espérance, il va passer à l'autre vie.

Ce fut un grand mérite à Abraham de s'appuyer sur la promesse divine au point d'espérer en Dieu contre toute espérance humaine. « La foi, dit saint Paul, le fit espérer contre l'espérance » (Romains 4, 18). C'est au contraire à leur grand détriment et pour leur malheur que, dans leur criminel aveuglement, les pécheurs espèrent non seulement contre l'espérance, mais encore contre la foi, puisqu'ils méprisent les menaces de Dieu à l'adresse des obstinés. Ils craignent de faire une mauvaise mort, mais ils ne craignent pas de mener une mauvaise vie. Or quelle assurance ont-ils de ne pas mourir subitement, d'un coup de foudre, d'une hémorragie, d'une attaque d'apoplexie? Et quand bien même ils auraient, à la mort, le temps de se convertir, sont-ils donc assurés de se convertir réellement? Saint Augustin eut à combattre douze ans pour triompher de ses mauvaises habitudes (S. Augustin, Les Confessions, liv. 6, ch. 11, n. 18, PL 32, 728: « Quel long temps s'était écoulé depuis la dix-neuvième année de mon âge (...) Voici déjà trente ans, et je vivais pataugeant dans la même boue, avide de jouir du présent qui me fuyait et dispersait... » (BA, t. 13, trad. E. Tréhorel et G. Bouissou, p. 557)); et comment un pauvre moribond, dont la conscience a toujours été en désordre, pourra-t-il, avec toutes ses douleurs, avec ses maux de tête, au milieu des agitations de la dernière heure, revenir facilement et vraiment à Dieu? Je dis vraiment, car alors des paroles et des promesses ne suffisent pas; il faut des paroles et des promesses qui viennent du coeur. Grand Dieu! à quelle épouvante et à quelles angoisses ne sera pas alors en proie le pauvre malade qui n'aura pas pris soin de son âme, quand il se verra chargé de péchés, avec la perspective menaçante du jugement, de l'enfer et de l'éternité! Dans quel trouble ne le jetteront pas ces pensées, alors qu'il sentira sa tête affaiblie, son esprit obscurci, tout son être assailli par les douleurs d'une mort prochaine! Ils se confessera, il promettra tout, il pleurera, il invoquera la miséricorde de Dieu, mais sans savoir ce qu'il fait; et c'est dans cette tempête d'agitations, de remords, d'angoisses, de terreurs qu'il passera à l'autre vie. « Ils seront troublés dit Job, et ils passeront » (Job 34, 20).

« Les prières, les lamentations, les promesses d'un pécheur qui va mourir, dit avec raison un auteur (Nous ne savons pas qui est cet auteur), ressemblent exactement aux supplications et aux promesses d'un homme que son ennemi aurait saisi et qu'il tiendrait à la gorge pour lui ôter la vie ». Malheur à celui que la dernière maladie surprend dans la disgrâce de Dieu et qui passe ensuite dans l'éternité!

AFFECTIONS ET PRIèRES

O Plaies de Jésus, vous êtes mon espérance. En vérité, je désespérais de mon pardon et de mon salut éternel, si je vous perdais de vue, vous, qui êtes les sources de la miséricorde et de la grâce, puisque, par vous, un Dieu a répandu tout son sang pour purifier mon âme de tant de fautes dont elle s'est rendue coupable. Je vous adore donc, ô Plaies sacrées, et je mets en vous ma confiance. Je déteste et je maudis mille fois ces indignes plaisirs par lesquels j'ai contristé mon Rédempteur, et j'ai si misérablement perdu son amitié. En vous contemplant, je sens mes espérances se relever et toutes les affections de mon âme se tourner vers vous. Mon bien-aimé Jésus, vous méritez que tous les hommes vous aiment et qu'ils vous aiment de tout leur coeur. Mais moi, je vous ai tant offensé, j'ai tant méprisé votre amour! Malgré cela, vous m'avez supporté si patiemment et vous m'avez, avec une si grande bonté, offert mon pardon. Ah! Mon Sauveur, ne permettez pas que je vous offense encore et que je me damne. Mon Dieu, quels tourments me causeraient en enfer la vie de votre sang et le souvenir de tant de miséricordes dont vous avez usé envers moi! Je vous aime et je veux toujours vous aimer. Donnez-moi la sainte persévérance. Détachez mon coeur de tout amour qui n'est pas pour vous, et affermissez-moi dans le sincère désir et dans la résolution de ne plus aimer désormais que vous seul, ô mon souverain Bien. O Marie, ma Mère, attirez-moi vers Dieu, et faites qu'avant de mourir je sois tout à lui.

DEUXIèME POINT

Hélas! Combien seront nombreuses les angoisses du pauvre pécheur sur son lit de mort.

Et d'abord viendront pour le tourmenter, les démons de l'enfer. C'est au moment de la mort à l'heure où l'âme va quitter la terre, que ces horribles ennemis mettent tout en oeuvre pour la perdre. Car ils savent qu'ils ont peu de temps pour s'en assurer la possession, et que, si elle leur échappe alors, elle est à jamais perdue pour eux. « Satan est descendu vers vous, plein d'une grande colère, sachant qu'il lui reste peu de temps » (Apocalypse 12, 12).

Et ce ne sera pas seulement un démon, mais une innombrable armée de démons qui viendra tenter alors le moribond pour le perdre. « Leurs demeures se rempliront de dragons, selon la parole du Prophète » (Isaïe 13, 21). -- Ne crains pas, lui dira l'un, tu guériras. -- Eh quoi! Dira l'autre, durant tant d'années tu as été sourd à la voix de Dieu et maintenant il te traiterait avec bonté. -- Mais, demandera un troisième, comment t'y prendras-tu maintenant pour réparer tant de torts que tu as faits au prochain dans sa fortune et dans sa réputation? -- Va, s'écriera un quatrième, toutes tes confessions ont été nulles, sans vraie douleur ni bon propos. Quel moyen à présent de les refaire?

Ensuite le moribond verra tous ses péchés se ranger autour de lui. « Les maux se saisiront de l'homme pervers à sa mort » (Psaume 139, 12). « Oui, dit saint Bernard, semblables à autant de satellites, venus en armes pour le saisir, ses péchés lui crieront: Nous sommes ton ouvrage; nous ne te quitterons pas; nous t'accompagnerons jusque dans l'autre vie et, à tes côtés, nous nous présenterons devant le Souverain juge » (S. Bernard de Clairvaux (plutôt Hugues de Saint-Victor ou un auteur inconnu, selon Glorieux, n. 184), Méditations pieuses..., ch. 11, n. 5, PL 184, 488).

Le malheureux, comme il voudrait alors se débarrasser de ces ennemis! Mais pour cela il faudrait les haïr, il faudrait sincèrement se tourner vers Dieu. Hélas! Son esprit est enveloppé de ténèbres et son coeur tout endurci. « Le coeur dur, dit l'Ecclésiastique, sera accablé de maux à la fin de sa vie et celui qui aime le danger périra » (Ecclésiastique 3, 27).

Selon saint Bernard (S. Bernard de Clairvaux, ibid.), le pécheur, après s'être obstiné dans le mal pendant sa vie, fera à la vérité des efforts pour sortir de son état de damnation, mais il n'y pourra réussir; et c'est dans ce lamentable état que, succombant sous sa propre malice, il terminera ses jour. Comme il aima le péché jusqu'à ses derniers moments, jusqu'à ses derniers moments aussi il aima le danger de se perdre, et ce sera justice que Dieu le laisse succomber au danger dans lequel ce malheureux voulut vivre jusqu'à sa mort. « Il en est, dit saint Augustin, que le péché quitte avant qu'eux-même ne quittent le péché; aussi quelle difficulté n'auront-ils pas à la mort de détester sérieusement le péché, parce qu'alors ils agiront non de gré, mais de force! » (S. Augustin (auteur inconnu selon Glorieux, n. 40), De vera et falsa poenitentia, c. 17, n? 33, PL 40, 1127).

Malheur donc au pécheur qui s'obstine dans le mal et qui résiste à la voix de Dieu! « Son coeur s'endurcira comme une pierre et comme l'enclume du forgeron » (Job 41, 16). L'ingrat! Au lieu d'écouter l'appel de Dieu et de se laisser toucher, il n'a fait durant toute sa vie que s'endurcir davantage comme l'enclume sous les coups du marteau. Aussi, par un juste châtiment, ne changera-t-il pas même à la fin de ses jours et alors qu'il aura déjà un pied dans l'éternité. « Oui, le coeur dur sera accablé de maux à la fin de sa vie. » Ah! Certes, les pécheurs crieront vers Dieu au moment de la mort. Mais Dieu leur répondra: Vous m'avez abandonné pour aimer les créatures. Pourquoi vouloir que je me lève et que je vous sauve? Criez vers les créatures. Demandez qu'elles vous viennent en aide. « Ne sont-ce pas là les dieux que vous avez faits? Eh bien! Que ces dieux se lèvent et vous délivrent! » (Jérémie 11, 27). Le Seigneur leur parlera de la sorte, parce qu'ils auront, il est vrai, recours à lui, mais sans un vrai désir de se convertir. « Je tiens en quelque sorte pour certain, dit saint Jérôme, et une longue expérience me l'a appris, qu'on ne fait jamais une bonne mort, quand on a toujours mené une mauvaise vie » (Eusèbe (auteur inconnu), Lette à Damase d'Ostie sur la mort de Jérôme, ch. 33, PL 22, 254, La lettre qui est plutôt un opuscule de 62 chapitres, n'est pas authentique; l'auteur se présente comme un « disciple de Jérôme »).

AFFECTIONS ET PRIèRES

Mon bien-aimé Sauveur! Venez à mon aide, ne m'abandonnez pas. Je vois mon âme couverte de péchés comme autant de blessures; mes passions me tyrannisent; mes mauvaises habitudes m'accablent. Je me jette à vos pieds, ayez pitié de moi et délivrez-moi de tant de maux. « Seigneur, c'est en vous que j'espère; je ne serai pas confondu à jamais » (Psaume 30, 2). Non, vous ne permettrez pas qu'une âme se perde après qu'elle a mis sa confiance en vous: « et vous ne la livrerez pas aux bêtes féroces » (Psaume 73, 19). Je me repens de vous avoir offensée, ô Bonté infinie! J'ai péché; je le confesse. A tout prix je veux me convertir. Mais si vous ne m'accordez pas le secours de votre grâce, je suis perdu. O Jésus, accueillez ce rebelle qui vous a tant outragé; songez que je vous ai coûté votre sang et votre vie. Par les mérites de votre Passion et de votre mort, recevez-moi donc entre vos bras, et donnez-moi la sainte persévérance. J'étais perdu; mais vous m'avez rappelé. Me voici donc; je ne veux plus résister; je me consacre tout à vous; enchaînez-moi à votre amour et ne permettez pas que je me perde encore en perdant de nouveau votre grâce. Non, ô mon Jésus, ne le permettez pas. Et vous, ô Marie, ma Reine, ne le permettez pas non plus. Obtenez que je meure mille fois plutôt que de perdre encore la grâce de votre divin Fils.

TROISIèME POINT

étrange mystère! Dieu ne fait pas autre chose que de menacer les pécheurs d'une mauvaise mort. « Alors ils m'invoqueront, dit-il, et je ne les exaucerai pas » (Proverbes 1, 28). « Est-ce que Dieu entendra les cris de cet homme, lorsque l'affliction viendra fondre sur lui? » (Job 27, 9). « A votre mort je rirai et je me moquerai » (Proverbes 21, 26). « De la part de Dieu, se moquer, c'est, dit saint Grégoire, refuser de faire miséricorde »

(S. Grégoire Le Grand, Morales sur Job, liv. 9, ch. 27, n. 42, PL 75, 881). « A moi est la vengeance et je saurai la tirer en son temps, afin que leur pied chancelle » (Deutéronome 32, 35). En combien d'autres endroits Dieu ne fait-il pas la même menace! Et les pécheurs, eux, vivent en paix, aussi tranquilles que si Dieu avait pris l'engagement le plus formel de leur accorder à la mort le pardon et le ciel! Oui, sans doute, à quelque moment que le pécheur se convertisse, Dieu promet que le pécheur se convertira au moment de la mort; que de fois n'a-t-il pas tout au contraire protesté qu'après avoir vécu dans le péché on mourait dans le péché.

« Tu mourras dans ton péché », dit-il et encore:

« Vous mourrez dans vos péchés » (Job 8, 21, 24). Il a déclaré que celui-là ne le trouvera pas qui, pour le chercher, attendra l'heure de la mort: « Vous me chercherez et vous ne me trouverez pas » (Jean 7, 34). Il faut donc chercher Dieu, alors qu'on peut le trouver, suivant cette parole du Prophète: « Cherchez le Seigneur, tandis qu'on peut le trouver » (Isaïe 55, 6). Oui, parce qu'un temps viendra, où toute recherche sera inutile. Pauvres pécheurs! Pauvres aveugles, qui attendent pour se convertir l'heure de la mort, cette heure où il ne sera plus temps de se convertir! « Les impies, dit Jérôme d'Oléaster, n'ont jamais voulu se mettre à faire le bien que lorsque le temps de faire le bien leur manquait » (Jérôme d'Oleastro, Commentaria in Moysis Pentateuchum, Anvers, 1569, fol. 56). Dieu veut que tout le monde se sauve; mais il châtie les obstinés.

Qu'un malheureux, en état de péché, soit frappé d'apoplexie et vienne à perdre connaissance, combien les assistants ne le plaindront-ils pas de mourir ainsi sans les sacrements et sans donner aucun signe de repentir! Mais ensuite, quelle joie pour tous s'il revient à lui et que, demandant l'absolution, il se mette à faire des actes de contrition! En vérité, n'est-ce pas une folie d'avoir le temps de se réconcilier avec Dieu et de persister à vivre dans le péché? Bien plus, on entasse péchés sur péchés et l'on s'expose à être frappé de mort subite, sans savoir si l'on pourra, oui ou non, faire alors pénitence. Et cependant que de personnes courent de gaieté de coeur le risque d'avoir cette triste mort et de finir dans le péché!

« Les jugements du Seigneur sont pesés à la balance, dit la Sainte écriture » (Proverbes 16, 11). Nous autres, nous ne comptons pas les grâces que le Seigneur nous fait. Mais le Seigneur les pèse et il en tient note exacte. Quand enfin il voit qu'on a méprisé les grâces au point de combler la mesure, alors il abandonne le pécheur dans son péché et il le fait mourir. Malheureux, celui qui renvoie sa conversion jusqu'à l'heure de la mort! « Pénitence de malade, pénitence malade » dit saint Augustin (S. Augustin (plutôt S. Césaire d'Arles selon Glorieux, n. 39), Sermon 225, PL 39, 2217). « De cent mille personnes qui ont vécu dans le péché et qui ont voulu attendre jusqu'au moment de la mort pour sortir de leur péché, à peine, dit saint Jérôme, en est-il une seule qui alors obtienne de Dieu miséricorde et opère son salut ».

« Ce serait un plus grand miracle, dit saint Vincent Ferrier, de bien finir après avoir mal vécu, que d'opérer la résurrection d'un mort » (S. Vincent Ferrier, Sermones de Sanctis de Nativitate B. M. V., sermon 1, Cologne, 1675, p. 459). Au surplus, quelle douleur, quel repentir voulez-vous que ressente à la mort, celui qui jusqu'à la mort s'est affectionné au péché?

Bellarmin raconte qu'étant allé un jour assister un moribond, il l'exhortait à faire un acte de contrition. Mais cet homme lui répondit qu'il ne savait pas ce que c'était la contrition. Sur quoi, Bellarmin s'étant mis en devoir de le lui apprendre: « Mon Père, lui dit le malade, je ne vous comprend pas. Ces choses-là ne sont pas pour moi ». « Et il mourut de la sorte, ajoute le pieux Cardinal, laissant des signes trop manifestes de sa damnation » (S. Robert Bellarmin, De arte bene moriendi, lib. 2, c. 6, Rome, 1620, p. 258). « Par un juste châtiment, dit saint Augustin, le pécheur sur son lit de mort ne songera nullement à lui-même, ayant négligé pendant sa vie de penser à Dieu » (S. Augustin (plutôt S. Césaire d'Arles selon Glorieux, n. 39), Sermon 257, n. 3, PL 39, 2220). « Ne vous trompez pas, s'écrie l'Apôtre, on ne se moque pas de Dieu. Ce que l'homme aura semé, il le recueillera. Ainsi celui qui sème dans la chair, recueillera de la chair la corruption » (Galates 6, 7). En vérité, ce serait par trop se moquer de Dieu que de mépriser ses lois pendant la vie et de prétendre ensuite à une récompense, à une gloire éternelle!

Mais non, on ne se moque pas de Dieu. Ce que l'on sème en cette vie, on le recueillera dans l'autre: et celui qui sème les honteux plaisirs de la chair, n'aura un jour en partage que corruption, misère et mort pour l'éternité.

Chrétien, mon frère, ce qui est vrai pour les autres, l'est également pour vous. Dites-moi: si vous vous trouviez maintenant sur le point de mourir, abandonné des médecins, privé de sentiment et réduit à l'agonie, oh! Comme alors vous prierez Dieu de vous accorder encore un mois, une semaine, pour mettre ordre aux affaires de votre conscience! Ce temps, voici que Dieu vous l'accorde en ce moment même. Remerciez-le donc; et bien vite, réparez le passé et prenez toutes vos mesures, pour que la mort vous trouve en état de grâce; car à son arrivée, il ne sera plus temps, il n'y aura plus de remède.

AFFECTIONS ET PRIèRES

Ah! Mon Dieu, quel autre que vous et vous seul, eût pu montrer autant de patience envers moi? Si votre bonté n'était infinie, je désespérerais de mon pardon. Mais j'ai affaire à un Dieu, mort pour me pardonner et me sauver. Vous voulez que j'espère en vous; et moi, je ne demande pas mieux que d'espérer. Si mes péchés m'épouvantent et me condamnent, vos mérites et vos promesses me rassurent. Vous avez promis de faire vivre de votre grâce celui qui revient à vous: « Revenez et vivez » (Eséchiel 18, 32). Vous avez promis d'ouvrir vos bras à celui qui se tourne vers vous: « Tournez-vous vers moi et je me tournerai vers vous » (Zacharie 1, 3). Vous avez dit que « vous ne savez point repousser celui qui s'humilie et se repent: jamais vous ne mépriserez un coeur contrit et humilié » (Psaume 50, 19).

Me voici, Seigneur, je reviens à vous; je reconnais avoir mérité mille enfers; mais je me repens de vous avoir méprisé. Je vous le promets sincèrement: non, je ne veux plus jamais vous déplaire; je veux toujours vous aimer. De grâce, ne permettez pas que je réponde à tant de bonté par une vie d'ingratitude. Père éternel, je vous en prie par les mérites de l'obéissance que vous rendit Jésus Christ en mourant pour vous obéir, faites que jusqu'à la mort j'accomplisse toutes vos volontés. Je vous aime, ô souverain Bien! Et parce que je vous aime, je veux vous obéir en tout. Donnez-moi la sainte persévérance; donnez-moi votre amour; et je ne vous demande plus rien.

Marie, ma Mère, intercédez pour moi.

SEPTIèME CONSIDéRATION

Sentiments d'un moribond qui a vécu dans la négligence de son salut et dans l'oubli de la mort

« Mets ordre à ta maison; car tu mourras, et tu ne vivras plus »

(Isaïe 38, 1)

PREMIER POINT

Figurez-vous que vous êtes auprès d'un malade auquel il reste seulement quelques heures à vivre. Pauvre moribond! Voyez, que de maux l'accablent: évanouissements, suffocations, spasmes, sueur froide; en outre, sa tête est tellement affaiblie qu'il n'entend et ne comprend presque plus rien et qu'il peut à peine articuler une parole! Mais que sont toutes ces misères auprès de celle-ci: cet homme va mourir, et il ne pense pas à sauver son âme et à régler ses comptes pour l'éternité. Il ne pense qu'aux médecins et aux remèdes; il demande à être délivré de la maladie qui menace ses jours. Hélas!

S'écrie saint Laurent Justinien en parlant de cette sorte de moribond, « ils ne sont plus capable de rien, sinon de s'occuper d'eux-même » (S. Laurent Justinien, De contemptu mundi, c. 15, Opera, Venise,1721, p 435). Si du moins ses parents, ses amis, avertissaient le pauvre moribond du danger qu'il court. Mais non; parmi tous ses parents et tous ses amis, il ne s'en trouve pas un seul qui ait le courage de l'avertir que sa mort est proche, et de l'engager à recevoir les derniers sacrements. Tous refusent de lui en parler, de peur de l'affliger.

(O mon Dieu! Dès maintenant je vous remercie de la grâce que vous me ferez d'être assisté à l'heure de ma mort par mes chers confrères de ma Congrégation. Uniquement occupés de mon salut éternel, avec quelle sollicitude ils m'aideront à bien mourir). (Il s'agit de la Congrégation du Très-Saint Rédempteur fondée par S. Alphonse en 1732 à Scala (Salerne). La parenthèse est de l'auteur.)

Cependant, malgré le silence que l'on garde, le malade n'est pas sans remarquer l'inquiétude de la famille; ces consultations multipliées des médecins, ces fréquents et violents remèdes qu'on lui administre, tout cela jette sa pauvre âme dans le trouble et la frayeur; et c'est alors qu'agité par toutes sortes de craintes, de remords et de tentations de désespoir, il se dit en lui-même: « Hélas! Qui sait si je ne touche pas à la fin de mes jours? » Enfin la triste nouvelle lui est communiquée. Et alors que se passe-t-il dans son coeur? « Mets ordre à ta maison, vient-on lui dire, car tu mourras et tu ne vivras plus » (Isaïe 38, 1). Quelle douleur, quand il s'entend dire: Votre maladie est mortelle; il faut recevoir les derniers sacrements, vous unir à Dieu et quitter ce monde! -- « Quitter ce monde!

S'écrie-t-il alors. Quoi! Il me faut tout laisser: cette maison, cette villa, ces parents, ces amis, ces réunions, ces jeux, ces divertissements? » -- Oui, il faut dire adieu à tout. Déjà le notaire est là, déjà sa main a tracé la fatale formule: je laisse, je laisse. Et que va donc emporter le moribond? Rien qu'un misérable linceul, qui pourrira bientôt avec lui dans la tombe.

Puis, que de noires et désolantes pensées agitent l'âme du pécheur, à la vue de ses serviteurs en larmes et de ses amis rangés silencieusement autour de lui, et qui le considèrent sans trouver la force de proférer un seul mot! Mais quelle peine bien plus cruelle il éprouve quand, au milieu de cette tempête, les remords de la conscience se font sentir plus que jamais! Car il voit se déployer sous son regard cette vie de désordres qu'il n'a cessé de mener malgré tant d'invitations et de lumières du ciel, malgré tous les avis de ses confesseurs, et malgré tant de résolutions qu'il a prises, mais qu'il n'a jamais exécutées ou qu'il a bientôt abandonnées. « Malheureux que je suis, se dit-il alors, avoir reçu de Dieu tant de lumières, avoir eu tout le temps de mettre ordre aux affaires de ma conscience et ne l'avoir pas fait! Et maintenant me trouver en face de la mort! Que m'en coûtait-il de fuir cette occasion, de renoncer à cette amitié, de me confesser chaque semaine? Et quand il m'en eût coûté beaucoup, je devais tout faire pour sauver mon âme, cette âme qui était tout pour moi. Oh! Si j'avais tenu telle résolution, si j'avais continué, comme j'avais commencé, quel serait maintenant mon bonheur! Mais je ne l'ai pas fait, et il n'est plus temps de le faire. » Les sentiments qu'éprouvent à la mort ceux qui ont négligé leur conscience pendant la vie, ressemblent aux sentiments des damnés: car en enfer aussi on déplore le péché à cause du châtiment, mais c'est sans fruit et sans remède.

AFFECTIONS ET PRIèRES

Seigneur, si l'on venait m'apprendre maintenant que ma mort est proche, voilà quels sentiments de douleur j'éprouverais.

Mais je vous remercie de m'éclairer et de m'accorder le temps nécessaire pour me reconnaître. Non, mon Dieu, je ne veux plus m'éloigner de vous. C'est bien assez que vous ayez tant couru après moi; et j'ai tout lieu de craindre que vous ne m'abandonniez, si je résiste encore et si je ne me rends pas tout de suite.

Vous m'aviez donné un coeur pour vous aimer. Et ce coeur, hélas! Qu'en ai-je fait? J'ai tant aimé les créatures et je ne vous ai pas aimé, vous, mon Créateur et mon Rédempteur, qui avez donné votre vie pour moi. Bien loin de vous aimer, que de fois je vous ai offensé, méprisé, trahi! Je savais quelle peine je vous causais par mes péchés; néanmoins, je les ai commis. O mon Jésus, je m'en repens, je les déteste de tout mon coeur et je veux changer de vie. Je renonce donc à tous les plaisirs du monde pour vous aimer et pour vous plaire, ô Dieu de mon âme! Vous m'avez donné de si grandes marques de votre amour; je voudrais, avant de mourir, vous donner aussi quelques marques de mon amour.

Dès à présent, j'accepte toutes les maladies, les croix, les mépris, les contradictions qui me viendront de la part des hommes. Donnez-moi la force de les souffrir en paix; car je veux tout endurer par amour pour vous. Je vous aime, ô Bonté infinie; je vous aime plus que tout autre bien. Donnez-moi plus d'amour encore et accordez-moi la sainte persévérance.

Marie, mon espérance, priez Jésus pour moi.

DEUXIèME POINT

Oh! Comme les vérités de la Foi apparaissent dans tout leur jour au moment de la mort! Mais c'est pour le plus grand tourment de celui qui a mal vécu; surtout s'il s'agit d'une personne consacrée à Dieu, celle-ci ayant eu plus de facilités de le servir, plus de temps, plus de bons exemples, plus d'inspirations! O ciel! Quelle peine elle éprouvera, quand après mûre réflexion, elle devra se dire: j'ai repris les autres, et ensuite j'ai fait plus mal qu'eux; j'ai quitté le monde, et je n'en ai pas moins continué à rechercher toujours les plaisirs, les vanités, les séductions du monde. Quels remords aussi n'éprouvera pas cette âme religieuse, en pensant qu'avec les lumières dont Dieu l'avait favorisée, un païen même se serait sanctifié! Quelle douleur enfin de se rappeler, d'une part, le mépris qu'elle professait pour les pratiques pieuses, au point de les reprocher aux autres comme autant de faiblesses d'esprit, et, d'autre part, le cas qu'elle faisait de certaines maximes mondaines, favorables à l'orgueil ou à l'amour-propre, par exemple qu'il ne faut pas se laisser mettre au dernier rang, qu'il faut s'épargner toute espèce de souffrances et s'accorder au contraire tous les divertissements qui se présentent!

« Le désir des pécheurs périra »

(Psaume 111, 10). Combien on désirera au moment de la mort ce temps que l'on perd maintenant! Saint Grégoire rapporte, dans ses Dialogues (S. Grégoire le Grand, Dialogues, liv. 4, ch. 40, n. 6-8, PL 77, 392 (SC 265, trad. P. Antin, pp. 143-145)), le fait suivant: Un certain Chrysance, homme riche, mais de mauvaises moeurs, aperçut, à ses derniers moments, une troupe de démons venus sous un forme visible pour s'emparer de son âme. Donnez-moi du temps, leur criait-il, donnez-moi du temps jusqu'à demain. -- Les démons répondaient:

Insensé! Tu demandes du temps. Il ne t'a jamais manqué; mais tu t'en es servi pour commettre le mal. Maintenant que tu demandes du temps, il n'y en a plus. L'infortuné continuait à crier et à réclamer du secours. Il y avait là un de ses fils, religieux, du nom de Maxime. Mon fils, lui disait le moribond, viens à mon aide! Mon cher Maxime, au secours! -- Et, le visage tout en feu, il se roulait avec fureur sur son lit; et c'est au milieu de ces convulsions et de ces cris désespérés que sa malheureuse âme s'échappa de son corps.

Hélas! Avec quelle ardeur pendant leur vie ces insensés se sont attachés à leur folie! Mais, à la mort, ils ouvrent les yeux et ils confessent qu'ils ont été réellement des insensés. Toutefois, cela ne sert alors qu'à leur faire perdre de plus en plus l'espoir de réparer le passé; et en mourant dans ces conditions, ils laissent après eux la plus cruelle incertitude au sujet de leur salut éternel.

Courage donc! Puisqu'il est temps encore d'éviter une mort si épouvantable, mettez tout de suite la main à l'oeuvre et ne différez pas jusqu'au jour où le temps favorable vous ferait défaut. Ne remettez pas au mois prochain, ni à la semaine prochaine. Qui sait si cette lumière que, dans sa miséricorde, Dieu vous envoie maintenant, n'est pas pour vous la dernière lumière et le dernier appel? Quelle folie de ne vouloir pas penser à la mort, puisqu'elle est certaine et que notre éternité en dépend! Mais quelle folie plus grande encore d'y penser et de ne pas s'y préparer! Faites maintenant les réflexions que vous feriez, prenez les résolutions que vous prendriez alors. Fructueuses maintenant, routes vos résolutions et toutes vos réflexions seraient alors inutiles. Maintenant, il s'y joindra l'espérance de vous sauver; alors, elles seraient accompagnées d'une terrible inquiétude au sujet de votre salut. Un gentilhomme, à la veille de quitter la cour de Charles-Quint afin de se consacrer au service de Dieu, fut questionné par l'empereur sur les motifs de sa retraite. « C'est, répondit-il, que pour se sauver, on doit, entre une vie désordonnée et la mort, donner place à la pénitence » (E. Dubois (dit l'abbé de Bretteville), Essais de sermons, 1684, traduits en italien par G. Colucci, Orditure di sermoni per l'Avvento, Padoue, 1754, p. 107. Certains identifient ce gentilhomme à S. François Borgia. Il s'agit plus probablement du comte de Feria, Pedro Fernandez, qui déclina la fonction de Grand Majordome, offerte par Charles-Quint, pour mieux se sanctifier).

AFFECTIONS ET PRIèRES

Non, mon Dieu! Je ne veux pas abuser davantage de votre miséricorde. Je vous remercie de la lumière que vous m'accordez en ce moment et je vous promets de changer de vie. Votre coeur, je le sens, ne peut déjà plus me supporter. Vais-je donc attendre que vous me précipitiez en enfer, ou que, par un châtiment plus terrible que la mort même, vous me laissiez poursuivre le cours de mes désordres? Voici que je me jette à vos pieds; recevez-moi dans votre grâce. Je ne le mérite pas. Mais vous l'avez dit: « L'impiété de l'impie ne lui nuira pas, en quelque jour qu'il se convertisse » (Ezéchiel 33, 12).

Si donc, ô mon Jésus, par le passé j'ai offensé votre bonté infinie, maintenant je m'en repens de tout mon coeur, et j'espère de vous mon pardon. De grâce, vous dirai-je avec saint Anselme (S. Anselme, Prières et Méditations, méditation 2, PL 158, 725: « Toi qui m'as racheté, ne me condamne pas. Toi qui m'as créé par ta bonté, que ne périsse pas ton oeuvre par mon iniquité » (L'Oeuvre de S. Anselme de Cantorbéry, t. 5, Paris, 1988, méditation 1, trad. M.

Corbin et H. Rochais, p. 407)), ne permettez pas que mon âme se perde par ses péchés, elle que vous avez rachetée par votre sang. Ne considérez pas mon ingratitude, mais ayez seulement égard à l'amour qui vous fit embrasser la mort pour moi. Si moi, j'ai perdu votre grâce, vous, vous n'avez pas perdu le pouvoir de me la rendre. Ayez donc pitié de moi, ô mon bien-aimé Rédempteur. Pardonnez-moi et accordez moi la grâce de vous aimer, puisque je vous promets de ne vouloir désormais aimer que vous. Entre tant de créatures que vous pouviez appeler à l'existence, vous m'avez choisi pour vous aimer; et moi, je vous choisis, ô mon Souverain Bien, pour vous aimer par-dessus tous les biens. Vous me précédez avec votre croix sur les épaules;

et moi, je ne veux pas cesser de vous suivre avec la croix qu'il vous plaira de m'imposer. Envoyez-moi les mortifications et les peines que vous voudrez; je les embrasse. Pourvu que vous ne me priviez pas de votre grâce, cela me suffit, je suis content.

O Marie, mon espérance, obtenez-moi de Dieu la persévérance et la grâce du saint amour de Dieu, et je ne vous demande rien de plus.

TROISIèME POINT

Le chrétien qui, pendant sa vie aura négligé les intérêts de son âme, verra, sur son lit de mort, se changer en épines tout ce qui frappera ses regards. épines, la pensée des divertissements qu'il a pris, des succès qu'il a obtenus, du train de vie qu'il a mené; épines, ces amis qui sont venus pour le visiter et les souvenirs que leur présence évoque; épines, ces prêtres qui viennent l'assister;

épines, les sacrements à recevoir, confession, communion, extrême-onction; épines, le Crucifix lui-même que l'on place à ses côtés; car il y voit combien il fut infidèle à l'amour d'un Dieu, mort pour le sauver.

Insensé que j'ai été, se dit alors le pauvre malade, avec tant de lumières et toutes les facilités que Dieu m'a données, je pouvais me sanctifier et vivre heureux dans son amitié! Que me reste-t-il maintenant de tant d'années que j'ai eues à ma disposition, sinon des peines cuisantes, des inquiétudes, des craintes, des remords de conscience et un compte rigoureux qu'il me faut rendre à Dieu? Ah! Que difficilement je pourrais me sauver! Mais en quel moment parle-t-il ainsi? Au moment où l'huile va manquer dans la lampe et que la scène de ce monde va finir pour lui. Déjà il se trouve en face des deux éternités: éternité bienheureuse, éternité malheureuse.

Encore un instant, et il exhalera ce dernier soupir qui va décider s'il sera heureux ou malheureux pour toujours, tant que Dieu sera Dieu. Que ne donnerait-il pas alors pour avoir une année, un mois ou seulement une semaine, mais avec la jouissance de ses facultés! Car, dans l'état où il se trouve, la tête appesantie, la poitrine oppressée, la respiration embarrassée, il est réduit à une impuissance absolue, il ne peut ni réfléchir, ni appliquer son esprit à produire un acte de vertu; il est là, comme plongé dans un abîme de ténèbres et de confusion, n'ayant d'autre idée que celle d'un grand malheur qui le menace et qu'il se voit impuissant à conjurer. C'est pourquoi il voudrait du temps, mais on va lui dire: Proficiscere. Partez vite, réglez vos comptes le mieux possible; vous n'avez plus que quelques moments à vous et partez. Ne savez-vous donc pas que la mort n'attend jamais et n'a d'égard pour personne?

Oh! Avec quelle épouvante il se dit en lui-même:

ce matin, je suis en vie, et ce soir probablement je serai mort; aujourd'hui, dans une chambre, demain dans une fosse; et mon âme, où sera-t-elle? Quelle épouvante encore, quand il voit paraître le cierge béni, quand il sent la froide sueur de la mort, quand il entend l'ordre intimé à ses proches de quitter la chambre pour n'y plus entrer, quand il commence à constater que ses yeux se voilent et que sa vue s'éteint! Quelle épouvante enfin quand, aux approches de la mort, on allume le cierge bénit! O flambeau funèbre, que de vérités tu dévoileras! Comme tu feras voir les choses tout autres qu'elles ne paraissent à présent.

Comme tu montreras ce que sont tous les biens de ce monde: vanité, folie, mensonge! Mais que servira-t-il de comprendre ces vérités, lorsqu'il ne sera plus temps de remédier à rien!

AFFECTIONS ET PRIèRES

Ah! Mon Dieu, vous ne voulez pas ma mort, mais vous voulez que je me convertisse et que je vive. Je vous remercie de m'avoir attendu jusqu'à ce jour, et je vous remercie également des lumières que vous m'accordez en ce moment. Grande a été mon erreur de préférer à votre amitié les vils et misérables biens pour lesquels je vous ai méprisé! Je le reconnais et je m'en repens. Oui, j'ai le coeur brisé de vous avoir fait une si énorme injure.

Ne cessez pas, durant le jours qui me restent de m'assister de votre lumière et de votre grâce, afin que je connaisse et que j'accomplisse ce qui est nécessaire pour mon amendement. Que me servira-t-il en effet de connaître la vérité, quand je n'aurai plus le temps de réparer le passé? « Ne livrez pas aux bêtes féroces les âmes qui vous reconnaissent » (Psaume 73, 19).

Quand le démon viendra me tenter encore de vous offenser, ah! Mon Jésus, je vous en prie par les mérites de votre Passion, tendez-moi la main et arrachez-moi au péril de retomber dans le péché et de redevenir l'esclave de mes ennemis. Faites qu'alors je sois fidèle à réclamer votre secours et que je ne cesse pas de vous implorer, tant que durera la tentation. Votre sang est mon espérance, votre bonté est mon amour. Je vous aime, mon Dieu digne d'un amour infini; faites que je vous aime toujours. Apprenez-moi de quelles choses il faut que je me détache pour vous appartenir tout entier; car je veux m'en détacher. Mais vous, Seigneur, donnez-moi la force d'accomplir ce généreux dessein.

O Reine du ciel! ô Mère de Dieu! Priez pour moi, pauvre pécheur. Faites que dans les tentations, je ne cesse jamais de recourir à Jésus et à vous, puisque par votre intercession vous préservez du péché quiconque implore votre secours.

HUITIèME CONSIDéRATION

La mort des justes

« Elle est précieuse en présence du Seigneur la mort des saints »

(Psaume 115, 25)

PREMIER POINT

Aux yeux de la nature, la mort est épouvantable et elle fait frémir. Mais considérée des yeux de la foi, elle est consolante et désirable. Terrible aux pécheurs, elle n'apparaît aux saints que comme une chose aimable et précieuse. Oui, « vraiment précieuse, dit saint Bernard, puisqu'elle est la fin des travaux, la consommation du triomphe, la porte de la vie » (S. Bernard de Clairvaux, Sur la mort de S. Malachie, sermon, n. 4, PL 183, 484: « Oui, précieuse (la mort des saints) parce qu'elle représente la fin de leurs peines, l'achèvement de leur victoire, la porte de la vie, l'entrée pour eux dans la parfaite tranquillité » (SC 367, trad. P.-Y. Emery, p. 391)). La fin des travaux! Car la mort met un terme aux fatigues et aux labeurs. « L'homme, né de la femme, vit peu de temps et il est rempli de beaucoup de misères » (Job 14, 1). Voilà bien ce qu'est notre vie: courte et en outre pleine de misères, de maladies, de craintes, de souffrances. Les mondains désirent une longue vie; mais en cela que veulent-ils, sinon un tourment d'une plus longue durée? D'après ce mot de Sénèque: « cette vie, à laquelle on tient tant, n'est qu'une prolongation de supplice » (Sénèque, Lettres, 101, 12).

Comme le dit saint Augustin, « vivre longtemps, est-ce autre chose que longtemps souffrir? » (S. Augustin, Sermon 84, ch. 1, n. 2, PL 38, 519 (Vivès, t. 16, p. 603)). En effet, saint Ambroise (S. Maxime de Turin (et non S. Ambroise), Homélie 88, PL 57, 453. Les anciennes éditions publiaient cette homélie avec les sermons de saint Ambroise) remarque que nous recevons la vie présente non pour goûter les douceurs du repos, mais pour travailler, et, par nos travaux, mériter la vie éternelle. « C'est pourquoi, dit fort bien Tertullien (Tertullien selon G. Mansi, Bibliotheca moralis praedicabilis, tr. 50, disc. 31, n. 10, t. 3, Venise, 1703, p. 324), quand Dieu abrège la vie de quelqu'un, il abrège d'autant son supplice. » Sans doute la mort est pour l'homme un châtiment du péché. Néanmoins tant de misères sont inhérentes à cette vie, que la mort ne semble plus un châtiment, dit saint Ambroise (S. Ambroise, De Caïn et Abel, lib. 2, c. 35, PL 14, 358), mais plutôt une délivrance. Aussi Dieu proclame-t-il bienheureux ceux qui meurent dans sa grâce parce qu'ils touchent au terme de leurs travaux et qu'ils vont jouir du repos. « Bienheureux les morts qui meurent dans le Seigneur. Que dès maintenant, dit l'Esprit, ils se reposent de leurs travaux » (Apocalypse 14, 13). Rien de ce qui fait le tourment des pécheurs à la mort, ne vient affliger les justes. « Car, dit la Sainte écriture, les âmes des justes sont dans la main de Dieu et le tourment de la mort ne les touchera pas » (Sagesse 3, 1). Les justes ne se désolent pas, quand retentit à leurs oreilles le Proficiscere, ce signal du départ, qui jette l'épouvante dans l'âme des mondains.

Les justes ne s'affligent non plus de devoir quitter les biens de ce monde, puisqu'ils en ont toujours tenu leur coeur détaché. Ils allaient, par le chemin de la vie, disant et répétant: « O le Dieu de mon coeur! O vous, mon Dieu, vous êtes mon partage pour l'éternité » (Psaume 72, 26). « Bienheureux êtes-vous d'avoir supporté avec joie l'enlèvement de vos biens, sachant que vous en avez d'autres plus excellents et qui ne passeront pas » (Hébreux 10, 34).

Ce ne sont pas davantage les honneurs, que les justes ont de la peine à quitter; car ils n'ont pas attendu la mort pour les détester et les considérer sous leur vrai aspect, c'est-à-dire, comme un peu de fumée et une vanité. Ils n'ont tenu qu'à l'honneur d'aimer Dieu et d'en être aimés. Quant à leurs parents, ils ne se désolent pas de les quitter, car ils ne les ont aimés qu'en Dieu, et à cette heure ils les abandonnent aux soins de ce Père céleste, qui aime nos proches plus que nous ne les aimons nous-même; d'ailleurs, dans l'espoir qu'ils ont de se sauver, ils comptent les assister bien mieux du haut du ciel qu'ils ne sauraient le faire ici-bas. Bref, ce qu'ils ont toujours dit pendant la vie: Mon Dieu est mon tout! Deus meus est omnia! (Marc de Lisbonne, Chronique de l'Ordre des Frères Mineurs, liv. 1, ch. 8, t. 1, Venise, 1582, p. 14) ils le disent, ils le répètent avec plus de tendresse encore et une plus grande consolation à l'heure de la mort.

Celui qui meurt dans l'amour de Dieu ne s'afflige pas non plus des douleurs qui accompagnent la mort. Que dis-je? Il s'en réjouit plutôt, car il ne pourra plus souffrir pour Dieu ni lui donner des preuves de son amour; aussi est-ce avec paix et amour qu'il lui offre ces derniers restes de vie; et il goûte une vraie consolation à unir sa mort, comme un sacrifice, au sacrifice que, sur la croix, Jésus Christ offrit un jour pour lui au Père éternel. Il expire ainsi plein d'allégresse en disant: « Je m'endormirai et je me reposerai dans la paix » (Psaume 4, 9). Oh! Quelle paix goûte celui qui meurt en s'abandonnant et en se reposant entre les bras de Jésus Christ, de ce bon Jésus, qui nous aima jusqu'à la mort et qui voulut subir la mort la plus cruelle, afin de nous mériter une mort douce et consolée!

AFFECTIONS ET PRIèRES

Mon bien-aimé Jésus, ô vous, qui, pour me mériter une mort douce et consolée, avez voulu endurer sur le Calvaire une mort si amère et si pénible, quand me sera-t-il donné de contempler votre visage? Mais, hélas! La première fois que je me trouverai en votre présence, vous m'apparaîtrez, comme un juge, là même où j'aurai expiré. Que vous dirai-je alors et que me direz-vous? Non, je ne veux pas attendre le moment de cette entrevue pour m'y préparer; dès maintenant je veux y penser. Mon bien aimé Rédempteur, vous dirai-je alors, c'est donc vous qui avez subi la mort pour moi! Autrefois je vous ai offensé, j'ai offensé, j'ai été ingrat envers vous; et bien que je ne méritasse pas le pardon, j'ai pleuré mes péchés tout le reste de ma vie et vous m'avez pardonné.

En ce moment, où je suis à vos pieds, pardonnez-moi de nouveau; oui, vous-même, donnez-moi l'absolution générale de toutes mes fautes. Ah! Certes, après avoir ainsi méprisé votre amour, je ne méritais plus de vous aimer. Mais vous, dans votre miséricorde, vous avez attiré mon coeur à vous;

et mon coeur, s'il ne vous a pas aimé comme vous le méritez, du moins vous a-t-il aimé souverainement, en sacrifiant tout pour votre bon plaisir. Et maintenant, que me dites-vous, Seigneur? Je le sais, aller en Paradis, vous posséder dans votre Royaume, c'est trop de bonheur pour moi. Mais il m'est impossible désormais de vivre loin de vous, maintenant surtout que vous avez fait briller à mes yeux les charmes et la beauté de votre face. Je vous demande donc le Ciel, non pour être heureux, mais afin de vous aimer plus parfaitement. Envoyez-moi en Purgatoire pour tout le temps qu'il vous plaira; car je ne veux pas, souillé comme je le suis en ce moment, entrer dans le séjour de toute pureté, ni me voir au milieu de ces âmes sans taches qui l'habitent. Envoyez-moi dans le lieu de l'expiation; mais ne me chassez pas pour toujours de votre présence. Il me suffit qu'un jour, dans la suite des temps et quand il vous plaira, vous m'appeliez au Paradis, pour y chanter éternellement vos miséricordes.

En ce moment, levez la main sur moi, ô mon Juge bien-aimé;

bénissez-moi et dites-moi que je suis à vous, que vous êtes et que vous serez toujours à moi. Moi, je vous aimerai toujours, et toujours aussi vous m'aimerez. Il faut donc que maintenant je vous quitte pour descendre dans les flammes expiatoires. Je pars content, parce que j'y vais pour vous aimer, mon Rédempteur, mon Dieu, mon tout. Oui, je pars content; mais sachez-le, durant tout le temps qu'il me faudra passer loin de vous, la plus grande de mes peines sera précisément de me trouver loin de vous. Oh! Comme je vais, Seigneur, compter les moments jusqu'à votre appel! Ayez pitié d'une âme qui vous aime de toutes ses forces et qui soupire après vous, afin de vous aimer plus parfaitement.

Voilà, ô mon Jésus, ce que j'espère vous dire alors. Je vous en prie, accordez-moi la grâce de vivre en sorte que je puisse alors vous tenir ce langage. Donnez-moi la sainte persévérance; donnez-moi votre amour.

Et vous, ô sainte Mère de Dieu, ô Marie, secourez-moi;

priez Jésus pour moi.

DEUXIèME POINT

« Dieu essuiera toute larme de leurs yeux et il n'y aura plus de mort » (Apocalypse 21, 4). Le Seigneur essuiera donc lui-même des yeux de ses serviteurs mourants les larmes que, durant leur vie, ils auront répandues parmi tant de peines, de craintes, de périls et de luttes avec l'enfer. Oui, ce qui consolera plus particulièrement un chrétien, quand au terme d'une vie sanctifiée par l'amour de Dieu, il recevra la nouvelle de sa mort prochaine, ce sera de penser que bientôt vont cesser pour lui tant d'occasions d'offenser Dieu, tant d'angoisses de consciences et tant de lamentations suscitées par les démons. La vie présente est une guerre sans trêve ni merci avec l'enfer; et nous y courons sans cesse le risque de perdre notre âme et Dieu. « Sur cette terre, dit saint Ambroise, nous marchons toujours au milieu des pièges que nous tendent nos ennemis dans le but de nous enlever la vie de la grâce » (S. Ambroise, De bono mortis, c. 3, n. 12, PL 14, 545). Saint Pierre d'Alcantara avait le sentiment de ce péril lorsque, étant déjà à l'agonie et se sentant touché par le religieux qui le soignait, il s'écria: « Retirez-vous, mon frère, retirez-vous;

car je suis encore en vie et encore en danger de me perdre » (L. Sueco, Vita S. Petri de Alcantara, lib. 5, c. 7, Rome, 1669, p. 252). Sous l'impression de ce même sentiment sainte Thérèse tressaillait de joie, chaque fois qu'elle entendait sonner l'heure (S. Thérèse d'Avila, Autobiographie, ch. 40, n. 20; « Entendre la pendule me console, il me semble que le moment de voir Dieu se rapproche lorsque je vois que cette heure de ma vie est passée » (MA, p. 317));

car, disait-elle en se réjouissant qu'une heure de combat fût encore passée, à chaque instant de ma vie je puis pécher et perdre Dieu. C'est pourquoi tous les saints reçoivent avec tant de joie la nouvelle de leur mort: elle leur laisse entrevoir, outre la cessation de la lutte et du péril, l'heure prochaine où ils auront enfin le bonheur de ne pouvoir plus perdre Dieu.

On lit, dans les vies des Pères du désert (Vies des Pères, lib. 5, n. 52, PL 73, 940), qu'un vieux moine de la Scythie, étant à ses derniers moments, riait, tandis que les autres versaient des larmes. Comme on lui demandait la cause de sa joie: « Mais vous, répondit-il, pourquoi pleurez-vous en me voyant passer du combat au repos? » -- « Réjouissez-vous avec moi, disait également sainte Catherine de Sienne en mourant, de ce que je quitte cette terre de misères pour aller au séjour de la paix. » (Raymond de Capoue, Vie de S. Catherine de Sienne, 3è partie, ch. 4, n. 4, t. 2, Paris, 1877, trad. E. Cartier, p. 35: « Mes fils bien-aimés, vous ne devez pas vous affliger de ma mort; il faut plutôt vous réjouir avec moi et me féliciter parce que je quitte ce lieu de peines, et que je vais me reposer dans l'océan de paix, Dieu éternel ») -- « Si quelqu'un, dit saint Cyprien, habitait une maison dont les murs chancelants, ainsi que les plafonds et le toit en mauvais état fissent craindre une ruine prochaine, quel ne serait pas son désir de la quitter au plus tôt? »

(S. Cyprien, De mortalitate, n. 25, PL 4, 600). Or ici-bas tout menace de ruiner notre âme, le monde, l'enfer, les passions, les sens rebelles, tout nous entraîne au péché et à la mort éternelle.

« Qui me délivrera de ce corps de mort, s'écriait l'Apôtre » (Romains 7, 24) ? Oh! Quelle allégresse pour une âme de s'entendre dire: « Viens du Liban, ô mon épouse, sors des antres des lions » (Cantiques 4, 8). Sortez de cette vallée de larmes, sortez des repaires de ces lions qui cherchent à vous dévorer et à vous faire perdre la grâce divine. Aussi, pressé du désir de la mort, saint Paul disait-il que Jésus Christ était son unique vie; et la mort, il la regardait comme l'unique gain qu'il pût faire, puisque, grâce à elle, une vie qui ne connaît point de fin allait devenir son partage. « Pour moi, vivre c'est Jésus Christ et mourir m'est un gain » (Philippiens 1, 21).

C'est une grande faveur que Dieu fait à une âme de l'enlever de ce monde, quand elle se trouve en étant de grâce; car en cette vie on peut toujours faillir et perdre l'amitié de Dieu. « Il a été enlevé, dit la sagesse, de peur que son esprit ne fût corrompu par la malice » (Sagesse 4, 11). Sans doute il est heureux ici-bas, celui qui vit dans l'union avec Dieu. Mais de même que le navigateur ne peut se croire hors de danger, à moins d'être entré dans le port et de se trouver à l'abri de la tempête, de même une âme ne peut s'estimer pleinement heureuse qu'au moment où elle sort de ce monde en état de grâce. « Félicitez l'heureux navigateur, dit saint Maxime, mais seulement quand il est parvenu au port » (S. Maxime de Turin, Homélie 78, PL 57, 419. Cette homélie fut un temps attribuée à saint Ambroise). Si donc le pilote ressent une grande joie quand, après tant de périls, il se voit sur le point d'aborder au port, combien plus grande sera l'allégresse de l'âme au moment de voir son salut assuré pour toujours!

De plus, on ne peut vivre ici-bas sans commettre au moins des fautes légères. « Car le juste tombera sept fois »

(Proverbes 24, 16). Celui qui sort de cette vie, cesse donc de causer du déplaisir à Dieu. « Qu'est-ce que la mort, dit saint-Ambroise, sinon le tombeau des vices? » (S. Ambroise, De bono mortis, c. 4, n. 15, PL 14, 547). Et voilà encore ce qui fait vivement désirer la mort à ceux qui aiment Dieu. C'est ainsi que le vénérable père Vincent Caraffa (D. Bartoli, Della vita del P. Vincenzo Carafa, lib. 2, c. 10, Rome, 1651, p. 202), près d'expirer, se consolait; car, se disait-il, en cessant de vivre, je cesse d'offenser Dieu. « Pourquoi tant désirer de vivre, disait saint Ambroise, quand le fardeau de nos péchés ne fait que s'accroître avec le nombre de nos années? » (S. Ambroise, De bono mortis, c.

2, n. 6, PL 14, 542). Celui qui meurt dans la grâce de Dieu, va se trouver hors d'état de pouvoir offenser Dieu et même d'en avoir la pensée. « Un mort a désappris de pécher, disait encore saint Ambroise » (S. Ambroise, Expositio in Ps. 118, sermons 18, n. 3, PL 15, 1453). C'est la raison pour laquelle le Seigneur donne aux morts la préférence sur tout homme vivant quel qu'il soit et si saint qu'on le suppose. « J'ai loué les morts plus que les vivants » (Ecclésiaste 4, 2). Un homme de bien ordonna qu'à l'approche de sa mort, celui qui serait chargé de l'avertir, le fit en ces termes: consolez-vous; le temps est venu, où vous ne pourrez plus offenser Dieu.

AFFECTIONS ET PRIèRES

« Je remets mon âme entre vos mains, c'est vous qui m'avez racheté, Seigneur, Dieu de vérité » (Psaume 30, 6). Ah! Mon doux Rédempteur, qu'en serait-il de moi, si vous m'aviez fait mourir lorsque je m'égarais loin de vous? Hélas! Je me trouverais en enfer, où je ne pourrais plus vous aimer. Je vous remercie non seulement de ne m'avoir pas abandonné, mais encore de m'avoir comblé de vos grâces pour gagner mon coeur. Je me repens de vous avoir offensé. Je vous aime par-dessus toutes choses. Ah! Je vous en prie, faites-moi connaître de plus en plus le tort que j'ai eu en vous méprisant et l'amour que mérite votre infinie bonté. Je vous aime; et, si tel est votre bon plaisir, je voudrais mourir bientôt pour ne plus me trouver en danger de perdre encore votre grâce et pour être assuré de vous aimer éternellement. Durant les années que j'ai encore à vivre et avant que la mort vienne, donnez-moi, ô mon bien-aimé Jésus, la force de faire quelque chose pour vous. Fortifiez-moi contre les tentations et contre mes passions, surtout contre la passion qui m'a jusqu'ici le plus entraîné dans le péché.

Donnez-moi la patience dans les maladies, donnez-moi la patience dans les injures que me feront les hommes. Pour l'amour de vous, je pardonne en ce moment à tous ceux qui m'ont fait quelque tort et je vous prie de leur accorder les grâces qu'ils désirent. Donnez-moi la force d'être plus attentif à éviter le péché, même les fautes vénielles, dont je reconnais avoir fait trop peu de cas. O mon Sauveur, assistez-moi: c'est en vos mérites que je mets toute mon espérance. Et vous, ô Marie, ma mère et mon espérance, j'implore en toute confiance votre intercession.

TROISIèME POINT

La mort n'est pas seulement la fin de nos misères, elle est encore « la porte de la vie », comme dit saint Bernard.

Pour aller jouir de la vue de Dieu dans le ciel il faut nécessairement passer par cette porte. « Voici, s'écriait le Psalmiste, la porte du Seigneur; par elle entreront les justes » (Psaume 117, 20). Et saint Jérôme, s'adressant à la mort, lui disait:

« Ouvre-moi, ô ma Soeur » (Eusèbe (plutôt auteur inconnu), Lettre à Damase d'Ostie sur la mort de Jérôme, ch. 37, PL 22, 264. Cf. Sixième Considération). Car, ô mort, ô ma Soeur bien-aimée, si tu ne m'ouvres la porte, je ne puis aller jouir de la vue de mon Dieu. Saint Charles Borromée (S. Charles Borromée cité par C. G. Manse, Bibliotheca moralis praedicabilis, t. 3, Venise, 1703, p. 328), ayant aperçu dans son palais un tableau, où la mort était représentée sous la forme d'un squelette tenant une faux à la main, fit venir le peintre et lui demanda de remplacer cette faux par une clef d'or. Le saint voulait par là s'exciter toujours d'avantage à désirer la mort. C'est qu'en effet la mort seule a le privilège de nous ouvrir le ciel, où nous aurons le bonheur de voir notre Dieu. Saint Jean Chrysostome (S. Jean Chrysostome, Au peuple d'Antioche, homélie 5, n. 2, PG 49, 71) a dit: Si un roi avait préparé pour l'un de ses sujets un appartement dans son palais, et qu'en attendant il lui assignât pour demeure une étable, avec quelle ardeur cet homme ne devrait-il pas soupirer après le jour où, quittant ce réduit, il franchirait le seuil du palais? Ici-bas, l'âme est dans le corps, comme dans une prison; et, à moins d'en sortir, elle ne peut entrer dans le palais du ciel. C'est pourquoi David adressait à Dieu cette prière: « Retirez mon âme de la prison » (Psaume 141, 8). Et quand le saint vieillard Siméon prit dans ses bras l'Enfant Jésus, il ne sut lui demander d'autre grâce que celle de mourir, afin d'être délivré de la prison de cette vie: « Maintenant, Seigneur, vous laisserez partir votre serviteur » (Luc 2, 29). « Il demande, remarque saint Ambroise, qu'on le laisse partir, comme si on le retenait de force » (S. Ambroise, De bono mortis, c. 2, n. 5, PL 14, 541). Telle était également la grâce que désirait l'Apôtre quand il disait: « Je désire d'être dissous et d'être avec Jésus Christ » (Philippiens 1, 23).

Quelle joie ce fut pour l'échanson de Pharaon d'apprendre de la bouche de Joseph qu'il allait bientôt sortir de prison et reprendre ses anciennes fonctions. Et une âme qui aime Dieu, ne se réjouirait pas de savoir que bientôt elle va quitter la prison de ce monde pour aller jouir de la vue de Dieu! « Tant que nous sommes dans ce corps, dit l'Apôtre, nous voyageons loin du Seigneur » (2 Corinthiens 5, 6). Oui, tant que notre âme se trouve unie à notre corps, nous sommes privés de la vue de Dieu, relégués en quelque sorte sur une terre étrangère et loin de notre patrie. C'est pourquoi saint Bruno disait en parlant de la fin de notre vie: « Il ne faut pas l'appeler la mort, mais le commencement de la vie, la vie-elle même » (S. Bruno d'Asti, évêque de Segni, Expositio in Job, ch. 11, PL 164, 593; cf. aussi S. Bruno, évêque de Wurtzbourg, Expositio Psalmorum, Ps. 43, 21, PL 142, 185). C'est pour cela aussi que le jour de la mort des saints se nomme le jour de leur naissance. En effet, ce jour-là ils naissent à cette vie bienheureuse qui n'aura jamais de fin. « Pour les justes, dit saint Athanase, ce n'est pas une mort, mais une translation, » (S. Athanase (douteux), De virginitate sive de ascesi, n. 18, PG 28, 274) un passage à la vie éternelle. « O mort, s'écriait saint Augustin, aimable mort, comment ne pas te désirer, toi, le terme de tous nos maux, la fin du travail et le commencement de l'éternel repos? » (S. Augustin (plutôt auteur inconnu selon Glorieux, n. 40), De vistatione infirmorum, lib. 1, c. 6, PL 40, 1152). Aussi disait-il à Dieu de toute l'ardeur de son âme: « Puissé-je mourir, Seigneur, afin d'aller jouir de votre vue! » (S. Augustin (Plutôt compilateur anonyme du XIIIè selon Glorieux, n. 40), Soliloquiorum animae ad Deum, c. 1, PL 40, 865).

« Que le pécheur craigne de mourir, lui, qui doit passer de la mort temporelle à la mort éternelle, on le conçoit », dit saint Cyprien (S. Cyprien, De mortalitate, n. 14, PL 4, 592). Mais qu'elle soit dans la crainte, l'âme, qui possédant la grâce de Dieu, espère passer de la mort à la vie. On rapporte, dans l'histoire de saint Jean l'Aumônier (Leontius, Vita S. Joannis Eleemosynarii, c; 25, PL 73, 362), qu'un homme riche, désirant obtenir de Dieu une longue vie pour son fils unique, avait, à cette intention, réclamé les prières du saint et lui avait fait de grandes largesses. Or, l'enfant mourut à quelques temps de là; et, comme le père sa lamentait de cette mort, un ange vint lui dire de la part de Dieu: Vous avez demandé une longue vie pour votre fils. Sachez donc qu'il vit déjà dans le ciel et pour toujours. Telle est la grâce que Jésus Christ nous a obtenue, selon cette promesse faite par le prophète Osée:

« O mort, je serai ta mort » (Osée 13, 14); c'est-à-dire que Jésus en mourant pour nous, a fait que la mort devint vie. Lorsque l'on conduisait saint Pionius au lieu de son supplice, les gardes lui demandèrent comment il pouvait aller à la mort avec tant de joie. « Vous vous trompez, leur répondit le saint martyr, ce n'est pas à la mort que je vais, mais à la vie » (Bollandistes, Acta Sanctorum, t. 4 (1er février), Paris, 1863, p. 46). La mère de Saint Symphorien encourageait de la même manière son fils au moment où il allait endurer le martyre. « Mon enfant, disait-elle, on ne t'arrache pas la vie; on te la change en une meilleure » (Bollandistes, Acta Sanctorum, t. 38 (22 août), Paris, 1867, p. 497).

AFFECTIONS ET PRIèRES

O Dieu de mon âme! Par le passé je vous ai déshonoré en vous abandonnant; mais votre divin Fils vous a honoré en vous offrant sa vie sur l'autel de la Croix. Par cet honneur que vous a rendu votre Fils bien-aimé, pardonnez-moi le déshonneur que je vous ai causé; O souverain Bien, je me repens de vous avoir offensé et je vous promets de n'aimer désormais que vous seul. C'est de vous que j'espère mon salut. Tout ce que j'ai de bien en ce moment, je le tiens de votre grâce; oui, je reconnais que tout me revient de vous. « C'est par la grâce de Dieu que je suis tout ce que je suis » (I Corinthiens 15, 10). Si, par le passé, je vous ai déshonoré, j'espère vous honorer éternellement, en bénissant à jamais votre miséricorde. Je me sens un grand désir de vous aimer. Ce désir, c'est vous qui me le donnez; je vous en remercie, ô mon Amour. Continuez, continuez de m'aider comme vous avez commencé de le faire: j'espère être désormais à vous et tout à vous. Je renonce à tous les plaisirs du monde. Et quel plus grand plaisir puis-je avoir de vous être agréable, à vous, Seigneur, qui êtes si aimable et qui m'avez tant aimé? Je vous demande seulement votre amour, ô mon Dieu; oui, votre amour, rien que votre amour. Et cette demande, j'espère vous l'adresser toujours et toujours vous demander votre amour,jusqu'à ce qu'enfin, expirant dans votre amour, je parvienne au royaume de l'amour, pour y être rempli d'amour, sans avoir besoin de le demander encore et sans jamais cesser durant toute l'éternité de vous aimer un seul instant de toutes mes forces. O Marie, ma Mère, vous qui aimez tant votre Dieu et qui désirez tant de le voir aimé, faites que je l'aime beaucoup en cette vie afin que je l'aime beaucoup en l'autre et pour toujours.

NEUVIèME CONSIDéRATION

Paix du juste à la mort

« Les âmes des justes sont dans la main de Dieu et le tourment de la mort ne les touchera pas. Aux yeux des insensés, ils ont paru mourir... mais eux sont en paix »

(Sagesse 3, 1-3)

PREMIER POINT

« Les âmes des justes sont dans la main de Dieu »

(Sagesse 3, 1). Si Dieu tient ainsi dans ses mains les âmes des justes, qui pourra jamais les en arracher? Il est vrai que l'enfer ne manque pas de tenter et d'assaillir les saints eux-mêmes au moment de leur mort. Mais Dieu, de son côté, ne manque pas de les secourir; et plus ses fidèles serviteurs courent de dangers, plus il les assiste et multiplie ses secours. « Plus il y a de périls, dit saint Ambroise, plus Dieu envoie d'assistance; car il est le Dieu qui aide en temps opportun » (S. Ambroise, De Ioseph patriarcha, c. 5, n. 27, PL 14, 653). Grande fut la frayeur du serviteur d'Elisée, quand il vit les ennemis se ranger autour de la ville. Mais le prophète lui rendit bon courage par ces paroles: « Ne crains pas; car il y a plus de monde avec nous qu'il n'y en a avec eux » (2 Rois 6, 16). Et il lui fit voir une armée d'anges que Dieu avait envoyés pour défendre la ville. Oui, le démon viendra tenter le moribond. Mais l'ange gardien viendra aussi pour le fortifier. Viendront également ses saints patrons, ainsi que saint Michel, spécialement chargé de défendre les fidèles serviteurs de Dieu dans leur dernier combat avec l'enfer. Elle viendra aussi, la divine Mère, pour chasser les ennemis et pour prendre son enfant dévoué sous sa spéciale protection. Mais c'est surtout Jésus Christ qui viendra prémunir cette âme contre les tentations, car innocente ou pénitente, peu importe, elle est sa chère brebis et il a donné sa vie pour la sauver. Tout ce qu'une pareille lutte exige de confiance et de force, elle le recevra de Jésus Christ; et toute remplie de courage, elle s'écriera: « Le Seigneur est devenu mon aide »

(Psaume 29, 11). « Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qui craindrais-je? » (Psaume 26, 1). « Dieu, dit Origène, prend beaucoup plus de soin pour nous sauver, que le démon n'en prend pour nous perdre » (Origène, Homélie 20 sur les Nombres, PG 12, 734). Car Dieu nous aime bien plus que le démon ne nous hait.

« Dieu est fidèle, dit l'Apôtre, et il ne permet pas que nous soyons tentés au delà de nos forces »

(1 Corinthiens 10, 13). Cependant direz-vous, nombre de saints ont en mourant éprouvé de grandes craintes au sujet de leur salut éternel.

Je réponds: on trouve peu d'exemples de chrétiens, qui, après avoir mené une bonne vie, aient éprouvé une telle crainte à leurs derniers moments. Et si parfois Dieu permet que quelques-uns l'éprouvent réellement « c'est dit Vincent de Beauvais, pour achever ici-bas de les purifier de leurs défauts » (Vincent de Beauvais, Speculum morale, lib. 2, p. 1, dist. 3, Venise, 1591, p. 125). Du reste, en lisant l'histoire des serviteurs de Dieu, on voit que presque tous sont morts le sourire aux lèvres. Oui, tous les hommes à la mort tremblent devant les jugements de Dieu. Mais, tandis que les pécheurs tombent de la crainte dans le désespoir, les justes passent au contraire de la crainte à la confiance. -- Durant une de ses maladies, saint Bernard éprouvait ce sentiment de crainte et il était tenté de défiance; mais la pensée des mérites de Jésus Christ dissipa ses craintes.

« Mon Jésus disait-il, vos blessures sont mes mérites » (S. Antonin de Florence, Summa theologica, p. 4, tr. 13, c. 3, t. 4, Vérone 1740, col 706. Cf. Bernardi vita prima auctore Guillermo, lib. 1, c. 12, n. 57, PL 185, 258). Saint Hilarion eut aussi ses frayeurs; mais ensuite il s'écria plein de joie: « Sors, ô mon âme, sors. Que crains-tu? Voilà près de soixante-dix ans que tu sers le Christ, et tu crains la mort? » (Cf. S. Jérôme, Vita S. Hilarionis, n. 45, PL 23, 52). O mon âme, voulait-il dire, qu'as-tu à craindre, après avoir servi un Dieu fidèle dans ses promesses et incapable d'abandonner ceux qui lui furent fidèles pendant leur vie? On demandait au Père Joseph Scamacca, de la Compagnie de Jésus, s'il mourait avec confiance: « Hé quoi! Répondit-il, ai-je servi Mahomet pour que je doive maintenant mettre en doute la bonté de mon Dieu et sa volonté sincère de me sauver? » (P.

De Barry, L'arte d'imparare a ben morire, Milan, 1674, p. 290). Que si jamais le souvenir des offenses, dont nous nous sommes autrefois rendus coupables contre Dieu, vient nous tourmenter au moment de la mort, sachons que le Seigneur a protesté de ne plus même se rappeler les péchés de ceux qui se repentent: « Si l'impie fait pénitence... je ne me souviendrai plus de toutes les iniquités qu'il a commises » (ézéchiel 18, 21). Mais, direz-vous encore, comment pouvons-nous être assurés que Dieu nous a pardonné? Saint Basile se demandait également par quel moyen on peut à bon droit se tenir pour certain d'avoir obtenu le pardon de ses péchés; et il répondait: pour cela il suffit de dire: « Je hais l'iniquité et je l'ai en abomination » (S. Basile de Césarée, Petites Règles, question 12, PG 31, 1090: « Comment l'âme aura-t-elle la conviction que Dieu lui a pardonné ses fautes? Lorsqu'elle se verra dans les sentiments de celui qui a dit « j'ai détesté l'iniquité et je l'ai prise en horreur », car Dieu nous a, quant à lui, déjà pardonné d'avance » (Les Règles monastiques, trad. L. Lèbe, Maredsous, 1969, p. 181). Oui, celui qui hait le péhcé, peut être sûr que Dieu lui a déjà pardonné. Le coeur de l'homme ne peut vivre sans aimer: ou bien il aime les créatures, ou bien il aime Dieu; si donc il n'aime pas les créatures, c'est Dieu qu'il aime. Mais qui aime Dieu? Celui qui observe ses commandements, suivant cette parole de Jésus Christ: « Celui qui a mes commandements et les garde, c'est celui-là qui m'aime » (Jean 14, 21). Par conséquent mourir dans la fidélité aux commandements, c'est mourir dans l'amour de Dieu. Or celui qui aime Dieu, est à l'abri de toute crainte. « Car la charité bannit la crainte » (1 Jean 4, 18).

AFFECTIONS ET PRIèRES

Ah! Mon Jésus, quand viendra ce jour où je pourrai dire: Mon Dieu, je ne puis plus vous perdre! Quand sera-ce que je vous verrai face à face et que j'aurai l'assurance de vous aimer de toutes mes forces durant toute l'éternité! Hélas! Mon souverain bien, mon unique amour, faut-il donc que durant toute ma vie je sois exposé à vous offenser et à perdre le trésor si précieux de votre grâce? Il fut malheureusement un temps où je ne vous aimais point et où je méprisais votre amour. Mais je me repens de toute mon âme et j'espère que vous m'avez déjà pardonné. Maintenant je vous aime de tout mon coeur et il n'est rien que je ne sois prêt à faire pour vous contenter. Mais je suis encore en danger de vous retirer mon amour et de vous abandonner à nouveau. Ah! Mon Jésus, ma vie, mon trésor, ne le permettez pas. Si jamais je devais tomber dans ce suprême malheur, faites-moi mourir à l'instant même, de n'importe quelle mort. Si dure qu'elle doive être, je l'accepterai avec bonheur et je vous la demande, Père éternel, pour l'amour de Jésus Christ, ne me laissez pas courir à ma ruine; mais plutôt infligez-moi tel châtiment qu'il vous plaît; je le mérite et je m'y soumets; mais épargnez-moi la peine de me voir privé de votre grâce et de votre amour. Mon Jésus, recommandez-moi à votre Père céleste. Marie, ma mère, recommandez-moi à votre divin Fils, obtenez-moi la persévérance dans son amitié et la grâce de l'aimer. Qu'il fasse ensuite de moi ce qui lui plaît.

DEUXIèME POINT

« Les âmes des justes sont dans la main de Dieu et le tourment de la mort ne les touchera pas. Aux yeux des insensés ils ont paru mourir; mais ils sont en paix » (Sagesse 3, 1-3). Oui, aux yeux des insensés, les serviteurs de Dieu semblent mourir absolument comme les mondains, c'est-à-dire dans l'affliction et à contre-coeur. Mais il n'en est pas ainsi, car Dieu sait bien consoler ses enfants à leur dernier moment, et jusqu'au milieu des douleurs de la mort, leur faire éprouver certaines joies ineffables, qui sont comme un avant-goût du ciel où bientôt il va les introduire. Ceux qui meurent dans le péché, commencent, dès leur lit de mort, à ressentir comme un prélude de l'enfer par les remords, les terreurs et le désespoir qui les accablent. Mais les saints, grâce aux actes d'amour divin qu'ils multiplient alors plus que jamais, grâce aussi à leurs désirs et à leur confiance de posséder bientôt le souverain Bien, les saints commencent, avant de mourir, à goûter cette paix dont ensuite ils jouiront pleinement dans le ciel. Car la mort des saints n'est pas un châtiment, mais une récompense. « Lorsqu'il aura donné le sommeil à ses bien-aimés, dit le Psalmiste, alors l'héritage du Seigneur leur sera accordé » (Psaume 126, 2). Le trépas de celui qui aime Dieu ne doit pas s'appeler mort, mais sommeil. De sorte que le juste peut à bon droit dire alors: « Je m'endormirai et je reposerai dans la paix » (Psaume 4, 9).

Le Père Suarez mourut dans une si grande paix qu'à ses derniers moments il disait: « Non, je ne croyais pas qu'il fût si doux de mourir » (G. Patrignani, Menologio... di alcuni religiosi della Compagnia di Gesù, t. 3, Venise, 1730, p. 221). -- Le médecin du cardinal Baronius lui ayant recommandé de ne pas penser à la mort, « et pourquoi, lui répondit le malade? Pensez-vous donc que je la craigne? Loin de la craindre, je l'aime! » (H. Barnabeus, Vita Caesaris Baronio, lib. II, c. 9, Rome, 1651, p. 112) – Le cardinal Fisher, évêque de Rochester, étant sur le point d'aller mourir pour la Foi, voulut, ainsi que le rapporte Sanders, se revêtir, de ses plus beaux habits; « car, disait-il, je vais aux noces. » A peine se trouva-t-il en vue de l'échafaud que, jetant son bâton: « En avant mes pieds, s'écria-t-il, nous ne sommes pas loin du ciel » (N. Sanders, De origine ac progressu schismatis anglicani, t. 1, Rome, 1586, p. 133, Jean Fisher (1469-1535) a été canonisé en 1935 par Pie XI). Au dernier moment, il entonna le Te Deum en action de grâces du bonheur que Dieu lui faisait de mourir pour la Foi; et c'est ainsi que, plein d'allégresse, il posa sa tête sur le billot fatal. -- Saint François d'Assise chantait à l'approche de la mort et il priait ses confrères de chanter avec lui. « Père, lui dit alors un frère, il ne convient pas de chanter en mourant, mais plutôt de pleurer. » « Et moi, reprit le saint, je ne puis me défendre de chanter à la pensée que bientôt j'irai jouir de mon Dieu! » (Marc de Lisbonne, Chroniques de l'Ordre des Frères Mineurs, liv. 2, ch. 65, t. 1, Venise, 1582, p. 258) – Une religieuse carmélite se mourait à la fleur de l'âge, et ses compagnes, rangées autour d'elle, versaient des larmes. « Oh Dieu! Leur dit-elle, pourquoi pleurez-vous? Je vais voir mon bien-aimé Jésus; si vous m'aimez, réjouissez-vous avec moi. » (François de la Croix, Disinganni per vivere e morire bene, t. 1, Naples, 1687, p. 264. La religieuse morte à 19 ans en 1684 au Carmel de Palerme s'appelait soeur Geronima Francesca Maurice). Le Père de Grenade (L'histoire ne se trouve pas dans Louis de Grenade mais dans Henri Gran, Magnum speculum exemplorum, dist. IX, ex. 138, Venise, 1605, p. 641, Saint Alphonse a cité trois fois cette histoire: ici, dans la Sainte Religieuse et dans la Conformité à la volonté de Dieu, variant les détails selon ses sources: G. F. Barbieri, Scaramelli, Rodriguez), rapporte qu'un chasseur se trouva un jour en présence d'un solitaire, lequel atteint de la lèpre et sur le point de mourir, faisait retentir l'air de ses chants. « Comment, lui dit le chasseur, vous pouvez chanter dans cet état. » « Mon frère, répondit-il, entre Dieu et moi il n'y a que la muraille de mon corps; je le vois maintenant tomber morceaux par morceaux; c'est ma prison qui s'écroule et je vais voir mon Dieu. » Dans l'ardeur du désir qui le consumait de voir Dieu, saint Ignace, martyr, protestait que si les bêtes féroces ne venaient pas lui ôter la vie, lui-même les provoquerait.

« Oui, disait-il, je les forcerai bien de me dévorer »

(Le texte provient de S. Jérôme, De viris illustribus, c.

16, PL 23, 635. Cf. S. Ignace D'Antioche, épître aux Romains, n. 5, PG 5, 691: « Puissé-je jouir des bêtes qui me sont préparées. Je souhaite qu'elles soient promptes pour moi. Et je les flatterai, pour qu'elles me dévorent promptement, non comme certains dont elles ont peur » (SC 10, trad. Th. Camelot, p. 101)) – Sainte Catherine de Sienne ne pouvait souffrir que devant elle on parlât de la mort comme d'un malheur. « O mort bien-aimée, s'écriait-elle, que les hommes sont injustes envers toi! Mais pourquoi ne viens-tu pas à moi, quand jour et nuit je t'appelle? »

(C. Marabotto – E. Vernazza, Vita... di S. Catherina fiesca Adorna, c. 7, Padoue, 1743, p. 28) – Telle était même l'ardeur avec laquelle sainte Thérèse soupirait après la mort que pour elle la mort consistait à ne pas mourir; et ce fut dans ce sentiment qu'elle composa son célèbre cantique: « Je me meurs de ne point mourir! » (S. Thérèse d'Avila, Poésies, I: « Je vis sans vivre en moi-même / et de telle manière j'espère / que je meurs de ne pas mourir » (MA, p. 1067).

Sur ces paroles saint Alphonse a composé le cantique O Angeli amanti (Anges qui dans le ciel brûlez du pur amour, / Du ciel venez en aide)) – Voilà quelle idée les saints ont de la mort.

AFFECTIONS ET PRIèRES

O mon Dieu, mon souverain bien, si, par le passé, je ne vous ai pas aimé, maintenant je me donne tout à vous. Je dis adieu à toutes les créatures; et c'est vous, ô mon très aimable Seigneur, que je choisis pour l'unique objet de mon amour. Dites ce que vous voulez de moi; je suis tout disposé à le faire. Hélas! Je ne vous ai que trop offensé. Aussi est-ce à vous plaire que je veux employer tout le reste de ma vie. Vous-même donnez-moi la force de réparer par mon amour l'ingratitude que je vous ai montrée jusqu'ici. Depuis un si grand nombre d'années je méritais de brûler dans le feu de l'enfer et vous m'avez tant poursuivi qu'enfin vous m'avez ramené à vous; faites donc que maintenant je brûle du feu de votre amour. Je vous aime, ô mon Dieu, Bonté infinie! Vous voulez être l'unique maître de mon coeur. Ah! Certes, vous en avez le droit, puisque personne ne m'a aimé comme vous m'avez aimé. Et moi, je ne veux aimer que vous seul et je suis prêt à tout pour entreprendre pour vous faire plaisir. Disposez de moi comme vous voulez. C'est assez pour moi que je vous aime et que vous m'aimiez. Marie, ma Mère, aidez-moi; priez Jésus pour moi.

TROISIèME POINT

Comment pourrait-on craindre la mort quand on espère qu'après la mort on sera couronné roi dans le ciel? « Ne craignons pas de tomber sous le glaive, disait saint Cyprien, car il est certain qu'à peine immolé, nous recevrons la couronne. » (S.

Cyprien, Lettre aux fidèles de Thibaris, n. 3, PL 4, 352). Quel moyen encore de craindre la mort, quand nous savons que mourir en état de grâce c'est assurer à notre corps la gloire de l'immortalité? « Il faut, dit saint Paul, que ce corps mortel revête l'immortalité » (1 Corinthiens 15, 53). Celui qui aime Dieu et aspire à le voir, ne regarde cette vie que comme un supplice et la mort comme un bonheur. « Il se résigne à vivre, dit saint Augustin, mais il se réjouit de mourir » (S. Augustin, Sur l'épître de saint Jean, traité 9, n. 2, PL 35, 2046: « Mais celui qui désire, comme le dit l'Apôtre, s'en aller et être avec le Christ, ne meurt pas avec patience, mais vit avec patience et meurt avec délices » (SC 75, trad. P. Agaëse, p. 381)). « Il est vrai, ajoute saint Thomas de Villeneuve, que si la mort trouve l'homme endormi, elle se jette sur lui comme un voleur; elle le dépouille, le tue et le précipite dans le puits de l'enfer; mais si elle le trouve éveillé, elle vient, ambassadrice de Dieu, le saluer et lui dire: Le Seigneur vous invite aux noces. Venez; je vous conduirai dans ce bienheureux Royaume, après lequel vous soupirez »

(S. Thomas de Villeneuve, De S. Ildephonso, concio 2, n. 10, Conciones, t. 2, Milan, 1760, col. 631. Parlant des ouvrages de Thomas de Villeneuve, S. Alphonse écrivait: « C'est très beau! » (Lettere, I, p. 233)).

Oh! Avec quelle allégresse on attend l'arrivée de la mort, quand on se trouve en état de grâce et qu'on espère voir bientôt Jésus Christ et entendre sortir de sa bouche ces douces paroles: « Courage, bon et fidèle serviteur; parce que tu as été fidèle dans les petites choses, je t'établirai sur les grandes » (Matthieu 25, 21). Quelle consolation procureront alors les pénitences, les oraisons, le détachement des biens de la terre, et tout ce qu'on aura fait pour Dieu! « Dites au juste que c'est bien; parce qu'il recueillera le fruit de ses oeuvres » (Isaïe 3, 10). Oui, celui qui aura aimé Dieu, goûtera alors le fruit de toutes ses saintes oeuvres. C'est pour cette raison que le Père Hippolyte Durazzo (T. Campora, Vita del P. Ippolito Durrazzo, lib. I, Gênes, 1690, pp. 221, 243, etc.), de la compagnie de Jésus, loin de pleurer, se sentait inondé de joie quand quelque religieux de ses amis mourait avec des signes de prédestination. « Quelle absurdité ne serait-ce pas, disait saint Jean Chrysostome. « Quelle absurdité ne serait-ce pas, disait saint Jean Chrysostome, de croire à un paradis éternel et de plaindre celui qui s'y rend! » (S. Jean Chrysostome, A une jeune veuve, n. 3, PG 48, 102: « Quoi? N'est-ce pas absurde d'avouer que le ciel est bien supérieur à la terre, et de pleurer ceux qui, de cette terre, sont passés au ciel? » (SC 138, trad. G. G. Ettlinger, p. 129)) Quelle consolation surtout de se rappeler, dans ses derniers moments, tant d'hommages qu'on aura rendus à la Mère de Dieu: rosaires, visites, jeûnes du samedi, pieuses réunions en son honneur! Marie est appelée la Vierge fidèle, et combien n'est-elle pas fidèle à consoler ses fidèles serviteurs au moment de la mort! Un de ces chrétiens, dévoués à la très sainte Vierge, disait en mourant au Père Binet: « Mon Père, vous ne sauriez croire la consolation que donne à un moribond la pensée d'avoir servi la très sainte Vierge! Mon Père, si vous saviez quel contentement j'éprouve d'avoir été le serviteur de cette bonne Mère! Oh non! Je ne saurais l'exprimer » (E. Binet, Marie, chef-d'oeuvre de Dieu, 3è partie, ch.

5, Paris, 1864, p. 387). Et pour celui qui a, durant sa vie, aimé Jésus Christ, qui l'a souvent visité au Saint Sacrement et fréquemment reçu dans la sainte Communion, quelle joie de voir le Seigneur franchir le seuil de sa chambre et de se faire son Viatique pour l'accompagner dans le passage de cette vie à l'éternité! Oh! Bienheureux celui qui pourra dire alors avec saint Philippe Néri: « Voici mon amour! Voici mon amour! Donnez-moi mon amour! »

(G. Bacci, Vita di S. Filippo Neri fiorentino, lib. 4, c. 1, n. 4, Bologne, 1686, p. 273)

Mais, direz-vous, qui sait quel sort m'est réservé?

Qui sait si je ne finirai par faire une mauvaise mort? Et moi, je vous demande à vous qui parlez de la sorte: qu'est-ce qui rend la mort mauvaise? Le péché, le péché seul. C'est donc le péché seul que nous devons craindre et non pas la mort.

« Nul doute, dit saint Ambroise, que l'amertume de la mort ne soit causée par le péché plutôt que par la mort elle-même.

Ce n'est donc pas à la mort, mais à notre conduite qu'il faut nous en prendre de toutes nos terreurs! » (S. Ambroise, De bono mortis, c. 8, n. 31-33, PL 14, 555-556). Voulez-vous que la mort ne soit plus à craindre? Eh bien! Menez une bonne vie. « Celui qui craint le Seigneur se trouvera heureux dans ses derniers moments » (Ecclésiastique 1, 13).

Le Père de la Colombière regardait comme une chose moralement impossible que l'on fit une mauvaise mort, après avoir été fidèle à Dieu pendant sa vie. (B. Claude de La Colombière, Sermon 50 sur la nécessité de se préparer à la mort, Sermons prêchez devant S. A. R.

Madame la Duchesse d'York, t. 3, Lyon, 1716, pp. 214-215: « Quoique ces exemples ne doivent nullement épouvanter les gens de bien, parce que je ne vois pas qu'il soit jamais arrivé qu'une âme, après avoir servi Dieu de bonne foi, ait fini ses jours malheureusement, et que je tiens cela pour moralement impossible, néanmoins cela doit inspirer aux plus vertueux une grande vigilance et les porter à se préparer à mourir »). Et longtemps auparavant, saint Augustin avait dit: « Celui qui a bien vécu ne peut faire une mauvaise mort » (S. Augustin, Sermon sur la discipline chrétienne, ch. 12, n. 13, PL 40, 676). Oui, quelle que soit ma mort, subite ou non, celui qui se tient prêt n'a pas sujet de craindre. Alors même, dit la Sagesse, que le juste se trouve prévenu par la mort, il n'en est pas moins dans le repos. Puisque nous ne pouvons aller jouir de Dieu, qu'en passant par la mort, suivons le conseil de saint Jean Chrysostome: « Offrons de bon coeur à Dieu ce que nous sommes obligés de lui rendre » (S. Jean Chrysostome (plutôt un évêque arien du VIè siècle, cf. Dekkers, Clavis, n. 707), L'Oeuvre imparfaite sur Matthieu, homélie 25, PL 56, 762). Comprenons bien ceci: celui qui offre sa mort au Seigneur fait l'acte d'amour le plus parfait dont il soit capable. Car accepter de bon coeur telle mort qui plaît à Dieu de nous envoyer, l'accepter en nous conformant à sa divine volonté pour le temps et la manière qui lui plaira, c'est nous rendre semblables aux saints martyrs. Celui qui aime Dieu doit désirer la mort et soupirer après elle, parce que la mort nous unit à Dieu pour toujours et nous délivre du danger de le perdre. C'est faire preuve d'un bien faible amour pour Dieu que de n'avoir pas le désir d'aller le voir bientôt avec l'assurance de ne le perdre jamais. En attendant, aimons-le dans cette vie le plus que nous pouvons. Aussi bien la vie doit nous servir uniquement à croître sans cesse en amour; car autant nous aurons d'amour de Dieu au moment de la mort, autant nous en aurons durant toute la bienheureuse éternité.

AFFECTIONS ET PRIèRES

O mon Jésus, unissez-moi à vous de telle sorte que je ne puisse plus vous quitter. Faites qu'avant de mourir je sois tout à vous afin qu'au jour où je vous verrai pour la première fois, ô mon divin Rédempteur, je vous trouve plein de miséricorde. Vous m'avez cherché quand je vous fuyais. Ah! Ne me rejetez pas, maintenant que je vous cherche. Pardonnez-moi tant de déplaisirs que je vous ai causés. Dorénavant je ne veux plus penser qu'à vous servir et à vous aimer. Que d'obligations ne vous ai-je pas! Car, par amour pour moi, vous n'avez pas refusé de donner votre sang et votre vie. Je voudrais, en retour, me consumer tout entier pour vous, ô mon Jésus, qui vous êtes consumé tout entier pour moi! Oh! Dieu de mon âme, je veux vous aimer beaucoup en cette vie, pour vous aimer beaucoup dans l'autre. De grâce, ô Père éternel, attirez à vous mon coeur tout entier; détachez-le des affections de la terre, blessez-le, enflammez-le entièrement de votre saint amour. Par les mérites de Jésus Christ, exaucez-moi, accordez-moi la sainte persévérance et faites que je vous la demande toujours. Aidez-moi, ô Marie, ma mère, et obtenez-moi la grâce de vous demander toujours à votre divin Fils la sainte persévérance.

DIXIèME CONSIDéRATION

De la manière de se préparer à la mort

« Souviens-toi de tes fins dernières et jamais tu ne pécheras »

(Ecclésiastique 7, 40)

PREMIER POINT

Il faut mourir; on ne meurt qu'une seule fois; rien n'est important comme la mort, parce que du moment de la mort dépend notre bonheur ou notre malheur éternel: autant de vérités dont tout le monde convient. Tout le monde sait également que la mort sera bonne ou mauvaise, suivant qu'on mène une bonne ou une mauvaise vie. Comment se fait-il néanmoins que les chrétiens vivent pour la plupart comme si on ne devait jamais mourir ou que ce fût indiffèrent de bien ou de mal mourir? On vit mal, parce qu'on ne pense pas à la mort. « Souviens-toi de tes fins dernières et jamais tu ne pécheras » (Ecclésiastique 7, 40).

Il faut bien se persuader que le temps de la mort n'est pas le temps favorable pour se mettre en mesure d'assurer la grande affaire du salut éternel. C'est par avance que les personnes prudentes prennent, dans les affaires de ce monde, toutes les dispositions nécessaires pour s'assurer tel avantage, tel poste, tel alliance; et s'il s'agit de la santé du corps, elles recourent aussitôt aux remèdes prescrits.

Que diriez-vous de celui qui, devant concourir pour une chaire de professeur, ne voudrait s'appliquer à l'étude avant l'ouverture du concours? Ne serait-ce pas une folie à un général d'attendre, pour se pourvoir de vivres et d'armes, qu'on vint l'assiéger? Ne serait-ce pas une folie à un pilote de ne vouloir se procurer des ancres et des câbles qu'au moment de la tempête? Voilà de point en point ce que fait ce chrétien qui attend, pour régler les affaires de sa conscience, que la mort frappe à sa porte. « Quand tout à coup arrivera la mort comme une tempête, alors ils m'invoqueront et alors je ne les exaucerai pas et alors ils mangeront les fruits de leurs errements » (Proverbes 1, 27). Le temps de la mort est un temps de trouble et de confusion. Les pécheurs implorent alors le secours de Dieu; mais c'est uniquement par la crainte de l'enfer, dont ils se voient si proches, et sans songer vraiment à se convertir; aussi Dieu refuse-t-il de les exaucer. Au surplus, c'est justice qu'alors ils recueillent les résultats de leur mauvaise vie. « Ce que l'homme aura semé, il le recueillera » (Galates 6, 8). Hélas! Il ne suffit pas alors de recevoir les sacrements; il faut, en mourant, haïr le péché et aimer Dieu par-dessus toutes choses.

Mais comment haïr ces plaisirs défendus qu'on a jusqu'alors tant aimés? Et comment aimer par-dessus toutes choses ce même Dieu, auquel on n'a pas cessé de préférer les créatures?

Le Seigneur traita de vierges folles, celles qui voulaient préparer leurs lampes à l'approche de l'époux (cf. Matthieu 25, 112).

Et de ce fait, tout le monde craint la mort subite, précisément parce qu'elle ne laisse pas à l'âme le temps de régler ses comptes. Tout le monde reconnaît que les saints furent de vrais sages, parce que, à l'arrivée de la mort, ils se trouvèrent tout prêts pour l'accueillir. Et nous, que faisons-nous? Voulons-nous courir le risque de ne nous préparer à bien mourir qu'au moment où la mort sera déjà là? Il faut faire maintenant ce qu'à la mort nous serons bien aise d'avoir fait. Oh! Quelle peine cause alors le souvenir du temps perdu et surtout du temps mal employé! Le temps, Dieu nous l'avait donné comme un moyen de salut; mais c'est fini et il n'y en a plus de temps. Avec quelle épouvante on s'entendra dire: « Désormais vous ne pourrez plus administrer mon bien » (Luc 16, 2). Non, il n'est plus temps de faire pénitence, de fréquenter les sacrements, d'assister aux sermons, de visiter Jésus Christ au Tabernacle, de méditer et de prier. Ce qui est fait est fait. Il vous faudrait alors plus de présence d'esprit, et plus de tranquillité, pour faire une confession convenable, pour résoudre certaines difficultés fort importantes et mettre ainsi votre conscience au repos. « Mais il n'y aura plus de temps » (Apocalypse 10, 6).

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