Traité contre les protestants (page 2)

Alphonse de Liguori · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Traité contre les protestants · 23 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

XXX. Quelques-uns ont douléque le livre de l'Ecclé-siaste fût de Salomon, mais c'est sans fondement, puisque dans le livre même Salomon s'en déclare l'auteur.

XXXI. L'Ecclésiastique a eu aussi contre lui de ne pas se tiouver dans le catalogue d'Esdras; mais on a déjà dit que ce catalogue ne contenait pas tous les livres divins, et, du reste, les chefs de l'église et les principaux Pères l'ont compté parmi les livres sacrés.

XXXII. Pour le livre de Daniel on a élevé des doutes sur le cantique des trois enfans, et les histoires de Suzanne, de Bélus et du Dragon qui ne se lisent pas dans le canon hébreu ; mais elles ont été reçues pour vraies par l'église catholique d'accord avec les Pères. On a ob-jecté aussi que dans le chapitre vi il est dit que Daniel fui dans la fosse aux lions pendant une seule nuit, tandis qu'au chapilre xiv on litqu'il y resta six jours. La réponse est que Daniel fut mis deux fois dans la fosse ; la première fois dans Babylone, quand il tua le dragon qui y était adoré, et alors il y resta six jours, comme le porte le cha-pitre xiv ; la seconde fois, sous l'empire de Darius, parce qu'il avait prié le vrai Dieu contre l'édil de ce prince, et il n'y resta qu'une seule nuit, comme il est dit au cha-pitre VI.

XXXIII. Conlre le premier livre des Machabées on op-pose au chapilre ? qu'Alexandre-le-Grand y est noté pour avoir régné le premier dans la Grèce, tandis que plusieurs y avaient dominé avant lui. Mais on a remarqué que l'écriture n'entendait pas en cet endroit toute sorte de domination, qu'elle parlait seulement dé la monarchie grecque, dont Alexandre fut en effet le premier roi. On objecte aussi qu'au chapitre vin on lit que les Romains dé-cernaient tous les ans la magistrature suprême à un seul,

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auquel tous les autres devaient obéissance, lel que cepen-dant il est certain que dans ce temps-là i s nommaient pour gouverner deux consuls. Il faut répondre que l'écri-ture a ainsi parlé, parce que tous les mo s ou tous les jours (suivant quelques opinions) les consils présidaient à tour de rôle, ou plutôt parce qu'un sejul d'eux avait l'autorité principale.

XXXIV. Quant au second livre des Machhbées, on op-pose qu'au chapitre ? il est dit qu'Antiochuu péril dans le temple de Nanca, et qu'on voit au livre [, chapitre vi, qu'il mourut dans son lit. La réponse est qu : l'écriture au livre II, chapitre ? ne parle pas d'Anliocl us épiphane, mais d'Anliochiis Soler, ainsi nommé par l'historien Jo-sèphe, et qui mourut en effet dans le temp e de Nanca où il fut lapidé. L'écriture, au livre I, cha litre vi, parle d'Anliochus épiphane qui mourut dans Ba )ylone.

XXXV. On objecte encore que dans li livre II, cha-pitre II, il est rapporté que Jérémie cacha l'arche dans une caverne, tandis que Jérémie fut retenu en prison pendant tout le temps qui s'écoula jusqu'à la cestruction du temple. A quoi on répond que Jérémie ? :évoyanl l'ave-nir, cacha l'arche au temps de Joachiml pendant qu'il était encore libre.

XXXVI. On a dit contre l'épîlre de S. Paul aux Hébreux, qu'elle ne porte pas le nom de Paul et de plus qu'elle dif-fère de style avec les autres. Mais d'abord S. Paul ne se liomma pas, parce qu'il savait ne pas eue agréable aux ttébreux, à cause que plus que les aut:es il prêchait «abolition de la vieille loi ; et pour ce qui est de la diffé-rence de style, elle vient de ce que S. Pau écrivant, celle lettre en hébreu, son idiome naturel, a dû l'écrire plus fa-cilement et plus élégamment que les autres où il employait

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la langue grecque qui lui était moins connue, comme nous l'apprend S. Jérôme.

XXXVII. On reproche à la lettre de S. Jude de citer comme prophétique le livre d'Hénoch, reconnu comme apocryphe. On répond que ce livre n'est pas cité comme entier, mais seulement la prophétie faite par Henoch, la-quelle a élé peut-être introduite dans ce livre apocryphe, mais dont la certitude était connue de l'apôtre par révé-lation divine.

XXXVIII. S. Grégoire dit : « Ipse scripsi!, et illius ope-» ris inspirator extilit. (Praefat. in Jub.) On a émis ici trois opinions : la première que toutes les Ecritures furent également inspirées de Dieu et pour le fond et pour les paroles; la seconde que toutes les choses furent inspirées, mais non toutes les paroles, et celle-ci est la plus probable; enfin la troisième (qui est erronée et impie) que beaucoup de choses y furent inspirées ; mais que d'autres y ont élé introduites arbitrairement par ceux qui les ont écrites. Ce qui est certain, au moins de toute certitude, c'est que toutes les choses essentielles tanl de l'ancien que du nou-veau Testament ont été inspirées; autrement, dit S. Au-gustin, « tota scripturarum vncillaret auctoritas, ideoque » et fides nostra. » (Lib. 1. De doctr. Christ, cap. 27.) C'est pour cela que S. Paul appelle les écritures eloquia Dei, et qu'il écrit à Timothee (ch. 3.) : « Omnis scriptura divinitus » inspirato. » Cette opinion est confirmée par toute la tra-dition ; par S. Irénée (Contra hœres. lib. 2. cap. 47.), Ter-tullien (Lib. De habitu mulier, cap. 23.), S. Athanase

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(Epist, ad Marcellin.), S. Basile (In prœm. in psal.), S. Chrysoslôme (Hom. xxi. in c. 5. Gènes.) Et cette tradition marche accompagnée de la persuasion unanime non-seu-lement des chrétiens pour le nouveau Testament mais des Juifs pour l'ancien, comme il paraît par Philon et Josèphe. XXXIX. Qu'ensuite l'éciilure n'ait pas été totalement inspirée pour les paroles, c'est l'opinion de S. Jérôme dans son épîlre à Algasia ; S. Augustin (Lib. 2 De con-sensu evangelist. cap. 12.), dit : « Si ergo quaeritur,quae » verba potius dixerit Matthaeus, an quae Lucas, etc. » Nullo modo hinc laborandum ; » car ajoute-l-il, il suf-fit que le fond des choses soit vrai quoique les uns les aient présentées sous une certaine forme les autres dans des termes differens, et voilà pourquoi S. Denis d'Alexan-drie, Origène, S. Basile, S. Grégoire de Nazianze, S. Jé-rôme et d'autres Pères citent les textes sacrés avec des barbarismes que certainement Dieu n'a pas dictés et au-tant faut-il en dire de la Vulgale vraie, dans toutes les propositions et maximes, sans que toutes les paroles aient été inspirées.

Réponses aux principales objections.

XL. On fait les objections suivantes :

Première objection. — Si les differens livres de l'écri--iure furent au moins pour le fond des choses mêmes in-spirés de Dieu, aucun de leurs auteurs ne dut prendre à cet égard ni soin ni peine, et cependant le contraire est énoncé dans S. Luc, et-par l'auteur du second livre des Machabées. On répond que ce n'est pas toute inspiration de Dieu qui exclut le soin et l'attention, mais une inspiration particulière par laquelle les choses et les paroles s'offrent

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d'elles-mêmes aux auteurs sans la coopération de leur esprit, tandis que le Soigneur portait les autres à appliquer leur attention de peur d'erreur en rapportant les choses cachées et inconnues qu'il leur révélait.

XLI. Deuxième objection. —Plusieurs choses dans l'é-criture paraissent conlrairesaux préceptes divins, comme, par exemple, certaines imprécations qu'on lit dans les Psaumes : « Effunde iram in gentes, quae te non nove-» iunt » (Psal. LXXXVII.), et d'autres semblables. On ré-pond avec S. Augustin parlant sur le psaume LXXXVII, que ce ne sont point là des imprécations dictées par un désir de vengeance, mais des prédictions des châlimens futurs de Dieu : « Non malevolenliae volo ista dicuntur, sed » Spiritu praevisa prsedicunlur. »

XLII. Troisième objection. — On trouve dans l'écriture des choses inutiles et qui ne semblent pas inspirées, telles que celle-ci dans l'épîlre à Timothee, chap. îv : « Penu-» Iam, quam reliqui Troade apud Carpum, veniens affer » lecum. » On répond que toutes les choses contenues dans l'écriture ne sont pas également utiles, mais qu'au-cune n'est inutile, parce qu'elle sert au complément de la narration ou seulement à notre instruction, ainsi les paroles citées de l'apôtre nous apprennent que nous pou-vons nous occuper mériloiremenl des objets nécessaires à nos besoins. Aussi S. Jérôme écrit (Epist, ad Philemon.): « Quaecumque in scripturis Ievia et parva videntur, non » minus esse a Deo inspirata, quam creaturae vilissimae ?<> sint a conditore cceli et terrae. »

XLUI. Quatrième objection.—Certaines choses sont rap-portées dans l'écriture comme incertaines : ainsi S. Jean (Ch. ?.) dit : « Hydriae... capientes singulae metretas binas » vel ternas.» On répond quel'Espril-Sainl, dans quelques

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endroits, n'a pas voulu fixer certaines circonslances, mais laisser l'auteur suivre l'usage ordinaire de ceux qui ra-content.

XLIV. Cinquième objection. —L'écrivain du deuxième livre des Machabées en finissant, « petit veniam erralo-» rum. » On répond que l'auteur n'entend point ici par-ler des erreurs du livre, mais seulement des négligences de son style, lorsqu'il dit, « et si quidem bene, et ut his-» torise competit, hoc et ipse velim; sin autem minus, » digne concedendum est mihi. »

XLV. Les livres sacrés ont divers sens et d'abord on dis-lingue le sens littéral et le sens mystique. Le sens litléral est celui qui fait entendre le texte tel qu'il est écrit et ce sens tout seul fait règle de foi. Le sens mystique ne fait règle que quand il peut être appuyé sur un autre texte formel ou qu'il est ainsi entendu par tous les Pères.

XLVI. Le sens mystique est celui qui se déduit immé-diatement de la chose exprimée par les paroles du texte; aussi suppose-t-il toujours le sens lilléral comme ces mots de l'Exode (ch. xa.) sur l'agneau pascal : « Nec os illius » confringetis» qui sont appliqués par S. Jean (ch.xix.), dans un sens mystique à Jésus-Chrisi. Le sens mystique se divise ensuite en allégorique qui appartient aux mys-tères de la foi, en analogique qui regarde la vie éternelle rçue nous espérons, et en tropologique ou moral qui a liait à la règle de conduite. De plus il y a le sens de con-venance comme celui qui applique à la bienheureuse Vierge les paroles que dit Jésus-Christ à Marie sœur de Lazare : « Mariam optimam partem elegit. » Céder-

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nier sens n'engage en rien la foi; car il n'esl pas le but de l'Espril-Saint. Et il faut remarquer que souvent Je même passage admet un double sens littéral, Dieu pou-vant par les mêmes paroles exprimer plusieurs choses.

XLVII. On demande si le sens des écritures est clair ou loul-à-fait obscur. Les novateurs soutiennent que tous les testes offrent un sens clair, parce que bien que plusieurs soient obscurs, ils s'autorisent ainsi à les tourner et à les accommoder à leurs opinions. Maislecontrairede ce qu'ils avancent est prouvé par l'écrilure elle-même. Dans S. Luc (ch. xvm.) on lit : « El ipsi nihil eorum » intellexerunt, » ei au chapitre dernier il dit : « Tune » (Clnistus) aperuit illis sensum, ut inlelligerent scrip-» luras. » En outre S. Pierre (II. Petr. cap. ni.) parle ainsi desépîtres de S. Paul : « In quibus sunt quaedam diffici-» lia intellectu. «Tous les Pères sont du même sentiment là-dessus et il suffira d'en citer deux entre tous. S. Jérôme parlant de l'écriture dit dans sa lettre à Algasia : << Quai » tantis obscurilatibus obvoluta est. » El S. Augustin dans l'épitre exix à Janvier : « In aliis innumerabilibus rebus » multa me latent, sed etiam in ipsis sanctis Scripturis » multa nesciam plura quam sciam. » Celte vérité res-sort encore mieux quand on considère le grand nombre d'inlerpiétalions que les Pères et les commenta leurs ca-tholiques ont données des écritures.

XLV1II. On oppose le texte : « Mandatum quod ego prœ-» cipio tibi hodie, non supra te est. » (Deuter. c. xxx.) On répond que ces mots ne signifient pas que toul pré-cepte est clair; mais que tout précepte compris comme l'explique l'église est toujours possible à observer et même facile avec le secours de la grâce. On oppose encore cet autre passage des Proverbes (c . VI.) : « Mandatum lucerna

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» esl et lux, » et celui-ci du psaume xvm : « Praeceptum » Domini lucidum illuminans oculos. » Cela veut dire que les préceptes divins bien entendus, éclairent l'esprit et dirigent la volonté vers les bonnes reuvres, mais non pas que l'écriture soit claire dans son entier.

XL1X. S'il se trouve, disent les novateurs, quelques passages de l'écriture qu'on puisse dire obscurs, le Sei-gneur ne manque pas d'en donner à chaque fidèle la claire intelligence. C'est là le sens privé des héiéliques, dont l'effet est de produire autant de croyances diverses qu'il y a de croyans; aussi tous leurs congrès et leurs synodes provinciaux et nationaux n'ont jamais pu établir une profession de foi uniforme et c'est une chose connue partout, que parmi les hérétiques il y a autant de for-mules de foi que de têtes. Ce qui suffirait bien pour dé-monirer qu'ils sont dans l'erreur et n'ont pas la foi vé-ritable.

VII. Des diverses versions de l'écriture.

L. Les livres de l'ancien Testament furent tous écrits en hébreu. Les livres du nouveau le furent en grec à l'exception de l'évangile de S. Matthieu et de l'épître de S. Paul aux Hébreux écrite vraisemblablement en syriaque avec mélange d'hébreu et de chaldéen : il esl probable aussi que l'évangile de S. Marc fut écrit en latin à Rome. H y a eu de nombreuses versions de l'ancien Testament, on a eu celles d'Origène, de S. Lucien, de Tbéodosion, d'Aquila, de Simmaque et de plusieurs autres; mais la plus célèbre est celle des Septante, que fil faire, vers l'an 280 avant Jésus-Christ, le roi Plolémée Philadelphe, «'s de Plolémée Lagus roi d'Egypte, et troisième roi de

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Grèce, depuis Alexandre-le-Grand, disciple du philosophe Demetrius Philarque. Ce roi Plolémée voulant enrichir sa bibliothèque, fil demander à Eleazar, alors souverain pon-lifc juif, une copie des livres sacrés et l'envoi de ses docteurs pour les traduire en grec. Eleazar lui envoya soixante-douze docteurs qui firent la version reconnue depuis par les Juifs et les Grecs d'Alexandrie.

LI. Touchant cette version, S. Irénée, Clément d'A-lexandrie, S. Augustin etBellarmin, ainsi que Baronius, ont pensé que ces interprètes furent inspirés de Dieu pour traduire les divines écritures ; mais S. Jérôme dit le con-traire : d'autres érudits pensent qu'au moins les Septante furent assistés de l'Esprit-Saint, pour éviter les erreurs.

LU. D'autres ont écrit d'après une histoire rapportée par un certain Aristée, gentil, que les Septante se pla-cèrent chacun dans une cellule particulière, firent ainsi séparément leur version, et que quand on les compara, elles se trouvèrent toutes uniformes. Mais S. Jérôme (In prœfat. in Penlaleuchum), rejette tout-à-fait ce récit en ces termes : « Nescio quis primus auctor septuaginta cel-» lulas mendacio suo exlruxerit. » II affirme- que les soixante - douze docteurs traduisirent en conférant entre eux et c'est aussi l'opinion de Bellarmin et de plusieurs docteurs modernes. Bellarmin et les autres avertissent de plus que celte version est aujourd'hui tellement corrom-pue qu'elle n'est pour ainsi dire plus la même qu'au-trefois. Du reste il est certain que les apôtres et les Pères des premiers siècles se sont servis du texte de celle ver-sion ; mais aujourd'hui elle n'est point regardée comme authentique quoiqu'en dise Juenin (tom.l.p.75.c.76), où il soutient que la version des Septante a été et est tou-jours authentique.

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LUI. Parmi les versions Ialines de l'ancien Testament, la plus reçue est la Vulgate que S. Augustin nomme ita-lique et S. Grégoire ancienne. S. Jérôme la corrigea et en refit deux fois la traduction : la première sur le grec des Septante, la seconde sur le texte hébreu ; excepté le Psau-tier (qu'il corrigea seulement) et les livres de la Sagesse, de l'Ecclésiastique et des Machabées qui sont les mêmes que dans l'ancienne version latine. Cette version de S. Jérôme fut depuis reçue universellement dans l'église d'Occident, et finalement le concile de Trente, dans sa quatrième session la déclara authentique comme étant celle qui appuyée de la tradition apostolique avait été reçue pour vraie pendant taut de siècles.

LIV. H faut remarquer que S. Jérôme ne traduisit point le nouveau Testament du grec en latin , mais seulement en ôla certaines erreurs; c'est ce que dit Juenin (tom. 1. pag. 79. concl. 4), et Bellarmin (Lib. 6. De Verb. Dei cap. 7.), qui ajoute que la version grecque du nouveau Testament, faite par ce saint par ordre de S. Damase, n'es point aujourd'hui un texte sûr à cause de ses incorrec-tions.

LV. Les hérétiques objectent contre la Vulgale, 1" qu'elle diffère de l'hébreu et de la version grecque, ce qui força Clément VIII à corriger la Vulgate publiée par Sixte

V. On peut répondre qu'elle n'en diffère en rien qui puisse altérer le sens et changer la subslance; du reste il im-portait peu qu'elle différât en quelques points des textes hébreu et grec que les érudils reconnaissent être défec-tueux, ce qui est arrivé par la négligence des éditeurs. Néanmoins les versions grecque et hébraïque restent des sources précieuses pour conférer les textes, et le concile de Trente en leur préférant la Vulgate n'en a pas moins

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reconnu leur degré d'autorité. Nous dirons aussi que Clé-ment VIII, dans sa correction de la Vulgate de Sixte V, n'a nullement touché au sens, mais seulement au choix des termes.

LVI. lis objectent en second lieu que le concile n'avait aucun motif de préférer la Vulgate aux autres versions. On répond qu'il en eut un motif bien suffisant dans le constant usage que l'église en avait fait pendant mille ans; car dès le temps de S. Grégoire-le-Grand, la Vulgate ser-vit de texte pour les leçons et décisions, comme on le voit par les livres de S. Grégoire et par les actes des con-ciles.

LVII. Ils objectent enfin que la Vulgate contient plu-sieurs erreurs qui n'ont pu être coirigées au temps du concile de Trente. On répond que jusqu'à présent on.n'a pu constater aucune erreur; que si par la faute des li-braires, il s'en est glibsé parfois quelqu'une, les souve-rains pontifes se sont empressés de les faire rectifier. Si enfin quelques-unes ont pu être laissées, elles sont de si petite importance que dans le fait elles n'intéressent ni la foi ni la morale : voyez Juenin ( lom. 1. pag. 9. concl. 4).

VIïI. Où l'on expose en terminant les doctrines les plus utiles à connaître sur la tradition.

LVIII. Par la tradition on entend la parole de Dieu non écrite que l'église conserve et ordonne aux fidèles de croire avec la même plénitude de foi que les saintes écri-tures. On l'appelle tradition parce qu'elle ne nous vient pas au moyen de l'écriture, mais comme de main en main « ab uno traditur alteri, » et qu'elle passe des uns

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aux autres par la parole el la commune renommée. La parole de Dieu écrite se conserve sur le papier, el celle qui ne l'esl point, dans les cœurs des fidèles.

LIX. Les traditions sont de trois sortes : divines, apos-toliques el ecclésiastiques. Les divines sonl celles qui viennent de Dieu lui-môme, ou du Christ, comme est l'institution de la matière el de la forme des sacremens. Les apostoliques qui viennent des apôtres, et celles-ci sont de deux sortes, car on distingue celles que les apô-tres reçurent de la bouche même de Jésus-Christ, ou qui leur fuient purement révélées par l'Esprit-Saint, parce que celles-là se confondent avec les divines, el celles que les apôtres inspirées par l'Espril-Sainl ont transmises à notre obéissance, comme la mixtion de l'eau et du vin dans le calice, l'observance de la Pâques, de la Pentecôte, etc. Enfin les ecclésiastiques sonl des coutumes introduites aux premiers lemps de l'Eglise par les prélats ou avec leur ap-probation par le peuple, lesquelles oni acquis par le laps de temps, force de loi, comme la récitation de l'office divin par les clercs promus aux ordres sacrés ou aux bé-néfices, l'abstinence de la chair le samedi, etc.

LX. Les novateurs rejettent toutes les traditions; mais les catholiques tiennent qu'il y a des traditions divines qui servent, comme l'Ecriture, de fondement à la foi; aussi le concile de Trente nous enseigne que l'Eglise a une égale vénération pour l'Ecriture que pour la tradi-tion, en disant à la quatrième session dans le décret sur les Ecritures canoniques : « Perspiciensque hanc verita-» lem et disciplinam contineri in libris scriptis, et sine » scripio traditionibus, quae ab ipsius Christi oreabapos-» tolis acceptae, aut ab ipsis apostolis, Spiritu Sancto dic-» tante, quasi per manus traditae ad nos usque pervene-xix. 14

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»runi; orthodoxorum Patrum exempla secuti, omnes » libros tam veteris, quam novi Testamenti, eum ulrius-» que unus Deus sit auctor, necnon traditiones ipsas tum » ad fidem, tum ad mores pertinentes tamquam vel ore-» tenus a Christo, vel a Spiritu Sancto dictatas, et continua » successione in Ecclesia catholica conservatas, pari pie-» latis affectu, ac reverentia suscipit, et veneratur. »

LXI, Les traditions divines furent d'abord de même nature que la loi naturelle, et cela depuis Adam jusqu'à Moïse. Il devait certainement y avoir alors une règle cer-taine de foi ; celle règle ne pouvait être écrite puisque l'écriture n'existait pas, elle venait donc par la tradition d'Adam, qui enseigna à ses enfans ce que Dieu lui avait révélé louchant la rédemption et les autres mystères rela-tifs à notre salut.

LXII. Au temps de la loi écrite publiée par Moïse, bien qu'il y eût alors des écritures sacrées, les Hébreux durent se transmettre encore par la tradition plusieurs règles de foi et de conduite. Le Seigneur dit (Exod. 13.) : « Narrabis s filio luo in illa die dicens, hoc est quod fecit Dominus.» El David, ps.

LXXVII : « Quanta mandavit patribus nos-» tris nota facere ea filiis suis, ut cognoscat generatio al-» lera. » Ainsi non-seulement l'écriture, mais aussi la tradition de leurs pères, servit à faire connaître aux Juifs les événemens qui devaient leur arriver.

LXIH. Finalement, la tradilion fui encore nécessaire dans les premiers temps de la loi évangélique puisque l'évangile de S. Matthieu qui fut le premier livre du nouveau Testament ne parut que huit ans après la mort de Jésus-Christ, et que toutes les autres écritures ne vin-rent que plusieurs années après.

LXIV. El même jusque dans le temps présent les Ira-

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ditions sont nécessaires pour plusieurs raisons : 4 afin de discerner les livres canoniques des apocryphes, car cette distinction n'est contenu dans aucun livre sacré et ne peut êlre faite par les lumières et le sens privé comme nous l'avons vu plus haut; aussi les Pères disent-ils una-nimement que la tradition seule nous apprend quels sont les livres véritablement sacrés. Origène écrit : « Ex » tradilione didici de quatuor Evangeliis, quod hac » sola, etc. » (??. Euseb. hist. 1. vi, e. 18.)

LXV. 2 Les Iradilions sont nécessaires à l'église pour juger le vrai sens des Ecritures qui servent de fondement à plusieurs dogmes de notre foi, comme sont la trinilé des personnes divines, la consubslantialité du Verbe et du Père, la procession du Saint-Esprit du Père et du Fils, la ceitilude que la Vierge Marie est vraiment mère de Dieu, la lâche du péché originel dans (oui homme naissant, la présence réelle de Jésus-Ghrisldans l'eucharistie ; car le sociniens et autres hérétiques nient que l'écriture con-tienne ce que l'église catholique enseigne sur ces mys-tères.

LXVI. 5 Elles sont nécessaires pour établir la certi-tude de plusieurs dogmes de foi admis également par les catholiques, les luthériens et les calvinistes contre l'opi-nion d'autres hérétiques, comme celui de la virginité de la mère de Dieu contre Elvidius; l'efficacité du bap-tême des enfans contre les anabaptistes ; la validité du baptême donné par les hérétiques contre les donalistes. El de tout cela rien n'est enseigné dans l'écrilure, et nous n'en tenons la vérité démontrée que parla iradition.

LXVII. En outre, les apôtres n'écrivirent pas tout ce qu'ils enseignèrent, et il est certain qu'eux-mêmes appri-rent plusieurs choses de la bouche même de Jésus-Christ :

14.

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aussi recommandaienl-ils aux fidèles les traditions qu'ils leur avaient transmises. S. Paul écrit (I. Cor. n. i. ) : « Laudo vos, quod per omnia mei memores eslis, et sicut » tradidi vobis, praecepta mea tenetis. » Et ailleurs (adThessal. II.): «Tenete traditiones, quas didicislissive » per sermonem, sive per epistolam nostram. » Ce qui fait dire à S. Chrysoslôme sur ce dernier passage : « Hinc » palet quod non omnia per epistolam, sed mulla etiam » sine litteris ; eadem vero fide digna sunt Iam illa, quam » ista. »

LXVIII. Mais les adversaires de la tradition opposent, ce passage du ch. iv du Deuléronome : «; Non addetis ad » verbum, quod ego praecipio vobis, nec auferelis ex eo.» Us ajoutent celle parole adressée aux pharisiens, dans S. Matthieu, ch. xv : « Quare ei vos transgredimini man-» datum Dei propter traditionem vestram? » On répond sur le premier lexle que Moïse n'y dit pas : « Non addelis » ad verbum quod ego scribo vobis, » mais « quod praecipio » vobis, » ainsi il ne s'agil pas là de la tradition, mais du précepte. De même Jésus-Christ ne dit pas : Traditionem meam, mais vestram, c'esl-à-dire cimentée par les pha-risiens; aussi il dit ensuite : « Irritum fecistis manda » tum Dei propter traditionem vestram. »

LXIX. On oppose encore ce passage de l'apôtre (II. ad Tim. ni)

: « Omnis scriptura divinitus inspirata, utilis » est ad docendum, ad arguendum , ad erudiendum in » juslitia , ul perfectus sit homo Dei ad omne opus bo-» num instructus. » D'où l'on tiie l'objection : A quoi sert la tradition quand l'écriture contient lout ? — La réponse est que suivant l'apôtre l'écriture est utile à en-seigner, à reprendre, etc. ; mais il ne dit pas qu'elle suffit à tout. Outre que S. Paul ne parle point ici des livres

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saints pris collectivement mais de chacun d'eux en par-ticulier, disant que chacun est utile, mais non pas qu'il est suffisant pour nous instruire de tout ce qui regarde la foi et la pratique.

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