Traité contre les protestants

Alphonse de Liguori · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Traité contre les protestants · 23 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

oeuvres_completes_gratuites_de_saint_alphonse_de_liguori

www.JesusMarie.com Saint Alphonse-Marie de Liguori

Traité contre les Protestants

TRAITé CONTRE LES HéRéTIQUES PRéTENDUS RéFORMéS,

DANS LEQUEL ON EXPOSE LES POINTS DE FOI DISCUTéS ET DéFINIS PAR LE CONCILE DE TRENTE, ETC.

A SA SAINTETé

NOTRE S. P. LE PAPE CLéMENT XIVL

TRES-SAINT PERE, L'exaltation de Votre Sainteté sur le siège de S. Pierre, a été pour tout l'univers catholique un bien grand sujet de joie; mais je ne sais si personne en a éprouvé plus de con-solation que moi, en considérant les qualités excellentes de Votre Sainteté, sa science, sa prudence, son dïtache ment des choses de la terre, et par-dessus tout sa haute piété et le zèle dont elle est embrasée pour notre sainte religion. Rassuré par toutes ces considérations, j'ai pris la liberté de présenter humblement à ses pieds os Uvre que j'ai entrepris de mettre au jour sur le déclin de ma vie (car déjà j'ai atteint ma soixante-treizième a: mée), pour faire connaître à tous de mieux en mieux la vérité et la sainteté des dogmes de l'église catholique, pe le saint concile de Trente, dont les travaux ne seront jamais assez appréciés, a défini contre les erreurs despréu ndues réformés ; de ces hommes qui, en renouvelant les anc iennes hérésies, se sont efforcés, à l'aide de leurs sophisines et de leurs doctrines mensongères, de détruire la foi die Je-

176 DéDICACE.

sus-Christ et, s'ils l'avaient pu, de précipiter toutes les âmes avec eux dans la damnation éternelle.

J'ose espérer que Votre Sainteté voudra bien agréer, avec son indulgence ordinaire, le faible hommage que lui offre son serviteur, la suppliant de daigner répandre sa bénédiction sur mon ouvrage, sur moi-même et sur tous mes frères, afin que nous puissions coopérer au salut des âmes, dans ces missions que notée ch#tiy$ congréga-tion s'est engagée de faire aux peuples des campagnes, plus destitués que les autres des secours spirituels ; de leur côté , vos humbles serviteurs ne cesseront de prier le Seigneur de vous accorder une longue suite d'années, pour le bien de tous les fidèles et l'augmentation de la foi. Prosterné humblement devant vous, je baise vos pieds sacrés, et je suis, très-saint Père,

De Votre Sainteté,

Le irès-humble. très-obéissant et très-dévoué serviteur et fils,

ALPHONSE-MARIE DE LIGUORI , évêque de Sainte-Agate-des-Guttis.

(ŒUVRES DOGMATIQUES

CONTRE

LES HéRéTIQUES

PRéTENDUS RéFORMéS,

Dans lesquelles on expose tous les points de foi discutés et défi-nis par le saint concile de Trente, on réfute les erreurs des novateurs, on répond à leurs objections ainsi qu'à celles de Pierre Soave ( ), qui s'est érigé en censeur du concile. On y a ajouté

DEUX TRAITéS OU APPENDICES

Qui portent, l'un de la manière dont opère la grâce dans la justifica-tion des pécheurs, et l'autre de l'obéissance due aux décisions de l'église qui doivent être regardées comme la règle de la vraie foi.

BUT DE L'OUVRAGE.

Ayant considéré d'une part l'excellente doctrine que le saint concile de Trente, après tant de peines, de soins et de travaux, nous a enseigné contre les erreurs des hé-reliques qui infectent le septentrion, et d'un autre côté m'élani convaincu que bien des choses qui ont été dis-cutées dans ce concile à jamais mémorable, bien qu'elles aient été recueillies avec_soin par le cardinal Pallavicin

(l) Pseudonyme de fra Paolo Sarpi.

xix. 12

178 TRAITE

qui en a fait l'histoire, se trouvent néanmoins assez mal en ordre et souvent jetées confusément dans son ouvrage, j'ai entrepris depuis plusieurs années de les rassembler dans un seul cadre, afin que le lecteur ait le plaisir de les voir toutes placées distinctement devant ses yeux, se-lon l'ordre des matières qui ont été traitées, et qu'ainsi, il puisse plus facilement découvrir les sopliismes des héré-tiques et mieux connaître la vérité de notre foi.

J'ai mis la main à l'œuvré à plusieurs reprises, mais toujours arrêté par des occupations plus pressantes, j'ai cru devoir interrompre mon travail. Enfin, me trouvant retenu sur un lit par un rhumatisme violent qui me fait souffrir depuis grand nombre d'années, et qui mainte-riant rie me permet plus de quitter ma chambre et de vi-siter mon diocèse, comme j'avais coutume de le faire, j'ai tenté de conduire à fin mon entreprise, et avec l'aide du Seigneur j'ai réussi; j'ai traité complètement tout ce que je m'étais proposé, et répondu à beaucoup d'autres objections des novateurs, dont Palavicin ne faisait pas mention. Ensuite, j'ai cru qu'il serait bon de traiter plu-sieurs autres questions dogmatiques et scolastiques qui tiennent aux décisions du concile. J'espère que mon tra-vail sera reçu avec bienveillance de tous les gens studieux qui aiment à approfondir les vérités de notre foi, et prin-cipalement celles qui sont le plus contestées par les héré-tiques.

CONTRE LES HéRéTIQUES. H9

IVe SESSION.

DE L'éCRITURE ET DE LA TRADITION.

Ier. De l'approbation des livres saints et des traditions.

Il faut remarquer que les sessions du concile ne sont pas placées ici selon leur ordre naturel, depuis îa pre-mière jusqu'à la vingt-quatrième, comme elles ont élé tenues; parce que dans plusieurs on n'a rien décidé de particulier, et dans d'autres on ne parle pas des dogmes ; tandis que mon dessein, comme je l'ai exposé dans la pré-face, est de ne parler que des points de foi que le concile a définis contre les héréliques; c'est pourquoi nous com-mençons par la quatrième session sur les divines écri-tures, puisque c'est dans celle session seulement que les Pères ont commencé à examiner les articles dogmatiques contestés par les novateurs.

I. L'église ne définit aucun dogme de foi qu'il ne soit fondé ou sur l'écriture sainte ou sur la tradition; c'est pour-quoi , la piemière pensée du concile fut de déterminer quelles étaient les écritures vraiment canoniques et les traditions vraiment apostoliques qui regardent la foi ou les mœurs. En conséquence, il fut slalué que des théolo-giens habiles tiendraient des assemblées particulières et y feraient une discussion exacte des écritures et des tradi-tions , non pas pour en insérer le résultat dans les actes

12.

180 TRAITE

du concile, mais seulement pour pouvoir en rendre rai-*son aux Pères. Dans les congrégations qui précédèrent le décret qui fut porté ensuite, on proposa trois questions sur les écritures : premièrement, si l'on devait approuver tous les livres saints tant du nouveau que de l'ancien Testament; secondement, s'il fallait soumettre à un nouvel examen, avant de les approuver, tous les livres contenus dans la Bible; troisièmement, s'il fallait di-viser les écritures en deux classes : celles qui jusqu'a-lors avaient été reconnues pour canoniques et celles que l'église tenait à la vérité comme orthodoxes , mais pas encore pour canoniques, tels sont les livres des Proverbes et de la Sagesse.

II. Quant à la première question, il fut décidé unani-mement que le concile approuverait tous les livres saints. Quanta la troisième, tous les Pères d'un commun accord rejetèrent la division ; elle avait été proposée dans le con-cile par Bertrand et Séripand, et avant la tenue du concile, par Cajétan; mais Melchior Canues l'avait déjà réprouvée fortement comme inutile et inusitée. (De loc. theol. 1. 2, c. 40.) La seconde question rencontra plus de difficultés, si avant d'approuver les livres sainls, on devait ou non la soumettre à un nouvel examen. Plu-sieurs Pères, après les cardinaux dei Monte et Pacheoo, re-je<èrent l'examen prétendant qu'il était contraire à l'usage de l'église de remettre en contestation ce qui déjà avait été défini. Beaucoup d'autres prétendaient au contraire qu'on devait le faire; qu'il confirmerait de mieux en mieux la vérité ; qu'il serait d'ailleurs très-ulilè aux pasteurs et aux théologiens, en les mettant en état de réfuter avec plus d'avantage les erreurs des faux docteurs; car, comme l'en-seigne S. Thomas, le devoir d'un théologien, est, non-

CONTRE LES HéRéTIQUES. 181

seulement de prouver la vérité de la foi, mais de la défendre contre toutes les attaques de ses ennemis. Us ajoutaient qu'après un tel examen, les hérétiques ne pour-raient pas dire qu'ils avaient décidé en aveugles.

III. L'évêque de Chioggia objecta que dans l'approba-tion des écritures el des traditions, il ne convenait pas de s'appuyer sur le seul décrel qui porte le nom du concile de Florence; parce que, disait-il, un tel décret ne peut être du concile, vu qu'il avait déjà terminé sa dernière ses-sion en l'année 1439, tandis que le décret ne fut porté qu'en 1441. Mais on lui répondit qu'il était faux que le concile de Florence eût terminé sa dernière session en 1459 ; parce qu'à celte époque seulement finit l'interpré-tation latine de Barthélémy Abraham de Candie, et que cet auieur n'a fait l'histoire du concile que jusqu'à la septième session, temps auquel les Grecs se retirèrent. Mais le concile dura encore trois ans à Florence, d'où il fut transféré à Rome. Eugène IV, voyant qu'après le dé-part des Grecs le concile illégitime de Bâle subsistait en-core, maintint aussi celui de Florence. Ce fut là que , quelque temps après, comme le rapporte Baron ius, il reçut, du consentement des Pères, les Arméniens el les jacobins, el dans la profession de foi qui leur fut don-née, se Irouvail contenue Fapprobalion des traditions el des écritures avec le catalogue des livres saints. El ce qui prouve évidemment que ce concile ne fut pas dissous en 1459, ce sont deux conslitulions qui y furent dressées et qui y sont rapportées par Augustin Paîricedans son his-toire abrégée du concile de Bâle ; la première est de 1440, par laquelle on annule l'élection de l'anti-pape Félix V ; la seconde est de 1444, dans laquelle fut décrétée la trans-lation à Rome du concile de Bâle. De plus, Palavicin af-

TRAITé

firme que le décret est véritablement du concile, que le fait est constant par les actes de ce même concile, con-servés dans les archives du château Saint-Ange et approu-vés par le pape et les cardinaux, comme on le voit par une copie authentique qui fut apportée de Rome à Trente. D'ailleurs le P. Augustin de l'Oratoire, depuis cardinal cl préfet de la bibliothèque du Vatican , a mis au jour quelques actes du concile de Florence, par lesquels on voit que le concile dura jusqu'à l'année 1445.

IV. On fil donc dans le concile de Trente une nouvelle et exacte discussion des livres saints et des traditions, non pas publique et pour être insérée dans les actes, mais dans des congrégations particulières, pour rendre aux Pères raison des résultats. Enfin on rendit un décret, dans lequel il est dit : que le concile, considérant que toutes les vérités appartenant aux dogmes se trouvent renfermées dans les livres saints, et dans les traditions re-çues par les apôtres de la bouche même de Jésus-Christ, ou établies par eux d'après l'inspiration du Saint-Esprit et parvenues jusqu'à nous sans interruption, a déclaré qu'il recevait et qu'il vénérait avec le même respect et la même piété tous les livres du nouveau et de l'ancien Tes-tament, ainsi que toutes les traditions données par Jésus-Christ ou inspirées par l'Esprit-Saint, et conservées dans l'église catholique par une succession non interrompue : « Omnes libros, tam veteris quam novi Testamenti, cum » utriusque unus Deus sit auctor; nec non traditiones » ipsas, tum ad fidem, tum ad mores pertinentes lan-» quam vel oielenusa Christo, vel a Spirilu Sancto dicla-» las, ei continua successione in Ecclesia catholica con-» servatae, pari pielatis affectu, ei reverentia suscipit et » veneratur. »

CONTRE LES HéRéTIQUES. 185

V. Plusieurs Pères avaient élevé une difficulté sur ces paroles du décret : qu'on recevait avec le même respect C[ la même piété les écritures elles traditions;

ils disaient à cela, que bien que les unes et les autres vinssent de Dieu, néanmoins les traditions n'avaient pas la même slabililé que les écritures, puisque quelques-unes avaient cessé d'être en usage. Mais cette opposition fui repoussée d'un commun accord : tous répondirent que les unes et les autres sont vraiment la parole de Dieu et le fondement de la foi, avec cette seule différence, que les unes sont écrites et que les autres ne le sont pas ; du reste, les unes elles autres sont immuables, si l'on excepte les lois po-sitives et lesriles qui sont contenus dans les traditions et même dans les Ecritures, qui peuvent changer selon les circonstances. Ainsi le concile dit dans son décret, qu'il reçoit seulement les traditions qui regardent la foi ou les mœurs; on élait convenu auparavant, qu'on les recevrait sans exception, mais que celles qui avaient rapport aux rites, venaient selon les temps et les circonstances. Pierre Soave prétend que le décret sur les traditions, coftime beaucoup le firent observe/, n'imposait pas une obligation stricte et rigoureuse, puisque d'une part le concile ne dé-terminait pas quelles traditions devaient être reçues; et que de l'autre l'analhème ne tombait que sur celui-là seul : « Qui traditiones praedictas sciens et prudens con-» lempserit; » d'où il concluait que celui-là ne contre-viendrait pas au décret, qui rejeterail toutes lestradilions, toul en respeclant la décision du concile. Mais Noël Alexandre répond dans son Histoire Ecclésiastique (lom. 20. sect. 16 et 17. art. 2.), qu'une telle proposition est téméraire, puisque le concile a dit que les Ecritures et les traditions doivent être reçues avec la même piété et le

i 84 TRAITE

même respect : « Pari pietatis affectu ac reverentia susci-

« pienda. » Ainsi, de même qu'on ne pourrait rejeler

les Ecritures sans témérité, de même doitr-il en être des

traditions,

VI. Après celle déclaration on joignit au décret la liste de tous les livres qui avaient été reçus pour canoniques par le concile. Soave prétend témérairement que le con-cile avait approuvé des livres apocryphes, ou du moins d'origine incertaine; mais ne sait-il pas qu'il ne les ap-prouva qu'après,un nouvel el sévère examen? D'ailleurs tous ces livres avaient déjà élé approuvés par le concile de Florence comme il a clé dit plus haut. Il objecte spécialement que le livre de Baruch ne fut reçu pour ca-nonique que par la seule raison qu'on en faisait lecture dans les églises, qu'au reste jamais les autres conciles ne l'avaient mis au nombre des livres saints. Mais bien qae les anciens conciles n'aient pas placé ce livre dans le cata-logue des livres canoniques, ils n'ont pourtant pas en-tendu l'exclure, mais le comprendre dans le livre de Jé-rémïe dont Baruch fut secrétaire comme on le lit dans Jérémie même au chapitre xxSvi, et comme l'attestent S. Basile, S. Ambroise, Clément d'Alexandrie, S. Jean Chrysostomo, S. Augustin el plusieurs souverains pontifes, enlre autres Sixte I, Félix IV el Pelage I. (Bellarm. lib. 1. De verb. Dei. cap. 8.) De plus S. Cyprien (Lib, 1. contra Judaeos. cap. 5.) el S. Cyrille, (Lib. 10. contra Julian.) citent ce livre sous le nom même de ïérémie; el d'autres Pères le nomment simplement écriture sainte.

On a encore objecté que les Psaumes ne devaient pas êtreappelés généralement psaumes de David, puisqu'il n'est pas l'auteur de tous, comme beaucoup le prétendent ;

CO1NTRE LES HéRéTIQUES. 185

mais c'esl précisément pour celle raison que le concile les nomina Psautier de David.

VII. A. 'a mi d" décret il est dit : « Si quis autem li-» bros ipsos integros cum omnibus suis panibus pio ut ,, io Ecclesia catholica legi consueverunt, et in veteri » vulgata latina editione habentur, pro sacris et canonicis » non susceperit; et traditiones praedictas sciens, ei pru-» dens contempserit, anathema sit. »

VIII. Soave fait ici le raisonnement de quelques or-gueilleux qui disaient par rapport à ce décret du concile sur les traditions : Premièrement que le concile avait bien ordonné de recevoir les traditions, mnis n'avait pas in-diqué la manière de les connaître ; secondement que le concile n'avait pas prescrit formellement de les recevoir, mais défendait seulement de les mépriser, d'où ils con-cluaient que celui qui les rejeltciait avec respect ne contre-viendrait pas à la décision. Quant à la première objec-tion on répond qu'en cela le concile n'a fait qu'imiter le sixième concile général qui ne déclara point qu'elles étaient •les vraies traditions, d'aulanPplus qu'il n'importait nulle-ment d'indiquer dans ce décret les traditions que l'on devait tenir comme de foi, puisqu'on devait s'en occuper dans les sessions suivantes, selon que la matière le présenterait. Quanta la seconde objection, qu'il n'y a point de précepte de recevoir les traditions, il faut remarquer qu'autre chose est de parler du précepte, autre chose de pirler de î'ana-thème. Pour le précepte on voit clairement qu'il existe puisqu'il est dit dans le décret que le concile recevait les Ecritures et les traditions avec le même respect et la même piété : « Pari pietatis affectu ac reverentia.» Quant à l'ana-ih me il est dit qu'on peut rejeter et transgresser les préceptes de deux manières, ou par faiblesse ou par mé-

186 TRAITE

pris. Cela posé, le concile n'a pas voulu frapper d'ana? thème quiconque violerait le précepte de recevoir éga-lement les écritures et les traditions, mais seulement tous ceux qui mépriseraient sciemment les traditions, comme font les hérétiques.

IX. Soave prétend que le concile, par là même qu'il avait reçu les traditions, devait aussi recevoir les ordina-tions des diaconesses et les élections des ministres par le peuple, regardées comme instilutions apostoliques pendant plusieurs siècles, et par-dessus tout l'usage de communier les laïques sous l'espèce du vin, pratiqué pendant qua-torze siècles chez toutes les nations excepté chez les Latins. Mais on répond que les Pères n'ont entendu recevoir que les (radilions parvenues sans interruption jusqu'à eux , comme l'exprime le décret : « Quae quasi per manus tra-» dilae ad nos usque pervenerunt. » Les deux premières traditions mentionnées par Soave sont abandonnées depuis plus de huit siècles, et la troisième depuis plus de deux siècles.

Du reste, le premier concile de Laodicée, tenu au qua-trième siècle, dit, en parlant de l'élection des ministres, qu'on ne devait pas permettre au peuple de choisir ceux qui devaient être promus au sacerdoce (Can. S. 1.). Et S. Paul, long-temps avant, ?'avait-il pas dit à Tite : « Hu-» jus rei gratia reliqui te Cretae...

ut constituas percivila-» les presbyteros, sicut et ego disposui tibi.» (Ad Tit. cap. ?. ?. 5.) Quant à l'usage du calice pour les laïques, il est faux qu'il ail élé universellement admis jusqu'au quator-zième siècle. S. Thomas(3. p. qu. 80.

art. 12.) qui vivait trois cenis ans avant la tenue du concile, désapprouve toutes les églises dans lesquelles celte pratique était en vi-gueur. De plus le concile de Constance, dans sa session treizième, assure que depuis long temps cet usage était

COHTRE LES HéRéTIQUES. 187

aboli. Le cardinal Bellarmjn démontre que huit cents ans auparavant il était déjà tombé, et que toujours il avait été regardé comme arbitraire dans l'église, mais jamais de précepie Nous examinerons d'ailleurs plus à fond la question en son lieu.

X. Après le décret sur l'acceptation des livres canoni-ques et des tradilions, le concile en forma un autre sur l'édition et sur l'usage des livres saints. D'abord il déclara authentique et approuva comme telle l'édition de la Vul-gute: « Statuit et déclarai, et haec ipsa vetus, et Vulgata » editio, quae longo tot seculorum casu in ipsa ecclesia » probala est in publicis lectionibus, et pro authentica ha-» bealur ; et ut nemo illam rejicere quovis praetextu au-»deat, vel praesumat.»

XI. Sur la question de l'authenticité de la Vulgate, ap-prouvée par le concile, Soave objecte que, d'après le sen-timent du cardinal Cajélan, il n'y a, pour l'ancien Testa-ment , que le texte hébraïque que l'on puisse regarder comme ex,empt de toute erreur, et que le texte grec pour le nouveau ; mais nullement la traduction latine, puisque le traducteur n'était point infaillible. Mais si l'on admettait le raisonnement de Cajétan (qu'un auteur d'ailleurs a for-tement blâmé dans ses commentaires sur l'écriture sainte), s'il fallait, dis-je, admettre un tel raisonnement, il s'en suivrait qu'on ne pourrait ajouter foi ni au texte hébraïque ni au texte grec, tels que nous les avons maintenant; les manuscrits des prophètes, des évangélisles et des apôtres seraient seuls dignes de notre confiance, parce qu'il est pos-

188 TRAITE

sible qu'il so soit glissé des fautes dans toutes les copies. Il faut donc dire que Dieu ayant voulu que l'écriture sainte fût pour tous les hommes une Tègle infaillible de foi, a fait en sorte, par sa providence, qu'il y eût dans l'é-glise une version écrite dans une langue comprise par un grand nombre; que celte version fût perpétuelle et exemple d'etreur essentielle sur les dogmes. C'est pourquoi il a dé-puté sur la terre un interprète visible, c'est-à-dire l'église îéunie à son chef, qui après avoir mis toute l'exaclilude et tous les soins que permet la condition humaine, dé-terminât une version à laquelle tous les fidèles dussent ajouter foi.

XII. El parce que la version Vulgale latine (celle déno-mination est connue par tous les théologiens) avait déjà l'approbation tacite de l'église par un usage de plusieurs siècles jusqu'au temps de S. Grégoire, et qu'elle avait été suivie par les plus grands hommes, tels que S. Isidore, Bède, S. Rémi, S. Anselme, S. Bernard, Raban, Hugues de Saint-Victor, l'abbé Robert, et une infinité d'autres doc-teurs, le concile, en vertu de l'assistance du Saint-Esprit, qui lui a été promise, l'a déclarée authentique et exemple de toute erreur essentielle, laissant au texte hébraïque de l'ancien l'eslament (dont le sens est souvent bien obscur par l'absence des points qui déterminent la signification des mots, et qui, comme l'on croit, manquaient égale-ment dans les originaux) et au texte grec du nouveau la foi qu'ils méritent. Il est dit dans le canon ai veterum (disl. 6.) que c'est dans le texte hébraïque que l'on doit puiser l'intelligence de l'ancienne loi, et dans le texte grec colle de la nouvelle ; mais il faut savoir que ce canon n'est pns de S. Augustin comme le dil Gralien, mais de S. Jé-rôme, dans son épîlre vingt-huitième à Lucifer (bien que

CONTRE LES HéRéTIQUES. 189

S. Augustin y ail adhéré liv. 42. De doclr. christ, cay.

14 et 45 ) D'ailleurs, lorsque S. Jérôme écrivait cela, il n'avait pas encore composé sa version latine, et voilà pour-quoi il parlait ainsi, puisque dans sa traduction il devait certainement s'aider de ces deux originaux; mais il ne lient pas ce langage dans le second prologue de la Bi-ble, comme le remarque la glose du canon ut veterum.

XIII. Mais, dit Soave, si la Vulgate est bonne et ap-prouvée, toutes les autres versions sont donc mauvaises et c'est folie de s'en servir? Nous lui répondons qu'il nous suffit de savoir que la Vulgate est exemple d'erreur lou-chant la foi et les moeurs, et que les autres versions n'ayant point été déclarées authentiques, ce serait une erreur de les lui préférer. Du reste le concile a laissé la faculté aux sa-vans de se servir du texte grec et hébraïque pour expliquer la Vulgate dans ses endroits difficiles; avec tout cela il reste encore bien des passages obscurs, et peut-être le se-ront-ils jusqu'à la fin du monde.

XIV. Au moins, reprend Soave, auraii-on dû exprimer dans le décret que la Vulgate serait revue et corrigée. On fil à Trente la même objection ainsi qu'à Rome, où le dé-cret fut envoyé pour êlie examiné avant sa publication. Les députés du pape écrivirent que le grand nombre de fautes qui se trouvaient dans la Vulgate s'opposaient à ce qu'elle fût approuvée. Mais les légats répondirent que ces fautes ne louchaient pas à la foi ni aux mœurs; qu'ils louaient la résolution du pape d'en donner dans la suite une édition plus correcte, mais que pour le moment ils croyaient qu'il n'était pas opportun de faire remarquer tes fautes, bien qu'elles fussent de peu de conséquence, afin de ne pas donner aux hérétiques l'occasion d'élever des chicanes qui pourraient en imposer à la foule; que

190 TRAITé

d'ailleurs la Vulgate n'avait jamais été suspectée d'erreur essentielle puisqu'elle avait été traduite sur les textes grec et hébraïque, les plus corrects de tous; qu'il s'y trouvait à la vérité beaucoup de passages difficiles et presque in-compréhensibles; mais qu'il n'était défendu à personne de les éclaircir, et d'en donner une interprétation moins obscure. 11 faul remarquer de plus que les auteurs sacrés qui ont écrit sous l'inspiration de l'Esprit-Saint, n'ont pas toujours raconté les faits avec toutes leurs circonstan-ces, ni rapporté les discours avec les mêmes paroles qui les ont exprimés ;

voilà pourquoi ils semblent quelquefois se contredire: mais comme le remarquent les Pères et les inlerpiètes, ils sont parfaitement d'accord sur la substance des choses. Même après la correction de la Vulgate, l'é-glise ne condamne pas celui qui soutiendrait (quoiqu'il soit plus pieux de tenir avec le plus grand nombre le sen-timent contraire) qu'il s'y trouve encore quelques erreurs accidentelles et de peu de conséquence, un arbre par exemple, ou un animal qui y serait pris pour un autre; comme le disent Melchior Canus, lib. 2. De loc. (heol. c. 13. concl. 1. Sixte de Sienne, Bibl. 5. cap ult., et plu-sieurs autres. Cependant, selon la remarque d'ëlizaldo (De forma in quaesl. rei. n. 44.), il n'est pas permis de s'é-carter à Volonté du sens que présentent les paroles de la Vulgate; on ne peut le faire que dans les passages sur les-quels nos théologiens ne sont pas d'accord, et dont l'église n'a pas déterminé le sens.

XV. Dans le même décret sur l'édition ei l'usage des livres saints, le concile défendit à qui que ce soit de tor-turer et de tirer l'écriture à son sens privé contre le sens que tient l'église, et contre le consentement unanime des Pères : « Prseierea decernii, ut nemo in rebus fidei et mo-

CONTRE LES HéRéTIQUES.

» rutn, sacram Scripturam contra sensum quem tenuit et » tenet Ecclesia (cujus est indicere de vero sensu Scriplu-» rarum) aut etiam contra unanimem consensum Patrum » interpretari audeat... »

XVI. Ici Soave s'étonne que le concile ait restreint la manière d'entendre la parole de Dieu ; vu que le cardi-nal Cajétan a enseigné, dit Soave, que l'on ne devait pas rejeter les sens nouveaux, pourvu qu'ils ne fussent pas en opposition avec les autres passages de l'écriture ni avec la doctrine de la foi, encore que les SS. Pères fussent d'un sentiment contraire. Nous répondons que Cajétan, quoi-qu'en cela fortement blâmé par Canus, lib. 7. cap. 5 el A, ne dit cependant pas qu'il est permis de contredire le sens unanime des SS. Pères; mais seulement que l'on peut donner à l'écriture sainte une explication lout-à-fait différente de celle des SS. Pères, lorsqu'ils ne sont pas d'accord entre eux, el que leur sentiment respectif peul être regardé comme douteux, mais non lorsqu'ils s'accordent adonner la même interprétation. Et voilà précisément ce que le concile a défendu, d'interpréter l'écriture contre le sentiment des Pères, comme toujours il a été d'usage dans l'église. Aussi le concile d'éphèse condamna Nes torius par l'autorité des Pères, blâmant sa présomption qui lui faisait dire qu'il entendait seul les écritures, et que tous ceux qui l'avaient précédé ne les avaient point comprises. Ainsi encore, S. Jérôme condamna Elvidius ; S. Basile Amphilole, S. Augustin les pélagiens et les donatisies, S. Léon Eutyches, le pape Agathon les mono-lhelites au sixième concile, et le concile de Florence les Grecs.

XVII. Il ne pouvait en être autrement, car si Dieu avait permis que les premiers Pères eussent inexactement ex-

192 TRAITE

pliqué les Ecritures, Dieu lui-même, pour ainsi dire, nous aurait trompés en permettant que des docteurs sa-crés donnassent à sa parole un autre sens que celui qu'il y avait lui même attaché. Nous sommes donc tenus de regarder comme dogmes de foi tout ce que, d'un com-mun accord, nous présentent comme tels les docteurs de l'Eglise; autrement chacun pourrait douter des paroles de la Bible même les plus elaires. Il y a plus, non-seule-ment nous devons croire pleinement ce que l'Eglise a ex-pliqué et défini, mais encore tout ce qui se présente avec évidence dans l'Ecriture; sans quoi il sérail vrai que cha-cun pourrait douter d'une vérité quelconque, exprimée dans les saintes Ecritures avant que l'Eglise l'eût spécia-lement sanctionnée. De tout cela il faut conclure que dans toutes les matières qui regardent le dogme ou la pratique les Pères ne peuvent errer tous ensemble sans que l'Eglise errât en même temps, puisqu'elle se règle sur eux, alors qu'ils-sont unanimes , non pas seulement en émettant des opinions, mais en portant des décisions. Aussi le concile dil-il : « Que nul ne prétende interpréter » l'Ecrilure contre le sens que lui donne l'Eglise et la dé-» cision unanime des Pères. » De même qu'il est interdit de présenter l'Ecriture dans un sens contraire à celui de l'Eglise, aussi l'est-il de l'exposer contrairement au senti-ment des Pères. Du reste, avant de rapporter le décret l'é-vêque de Chiaggia nous avertit qu'il est licite de donner un sens nouveau aux passages des livres sacrés pourvu qu'il ne soit pas en opposition à celui que tiennent pour certain l'Eglise et tous les Pères.

En troisième lieu, il est défendu pai le déciei aux im-primeurs, sous peine d'excommunication, d'imprimer ou vendre la sainte Bible ou quelque livre détaché de

CONTRE LES HéRéTIQUES. 495

l'Ecriture ou seulement des annotations ou commen-taires sur les saints livres sans en avoir la permission des supérieurs ecclésiastiques ou sans nom d'auteur, ou ementito prœlo , c'est-à-dire sous une fausse rubrique de lieu. Et il est dit que la même prohibition s'étend à toutes les personnes qui publieraient de tels livres ou les com-muniqueraient à d'autres ou les retiendraient pour elles-mêmes.

XIX. Le cardinal Madruccio proposa que l'on permît d'imprimer l'écriture en langue vulgaire. Mais cela ne parut pas convenable, et on décida qu'il suffisait qu'elle fût publiée en latin, d'abord parce que dans les pays où floiissail l'Eglise calholique celte langue était connue par tous ceux qui étaient capables d'entendre les livres saints ; ensuite, parce que plusieurs passages de la Bible sont tellement obscurs et équivoques, que les placer sous les yeux du vulgaire serait donner lieu à une multitude d'erreurs ou au moins de doutes dangereux.

III. De quelques notions utiles au lecteur sur les livres canoniques de l'écriture.

XX. Le mot CANON signifie règle ou seulement catalo-gue de choses écrites; c'est dans ce sens qu'il esl pris ici où on l'entendra comme catalogue des livres divins. Ces livres se divisent en proto-canoniques el deutéro-canoniques. Les proto-canoniques sont ceux qui de tout lemps ont été reconnus par l'église comme divins et révélés : les deu-tëro-canoniques, ceux également divins, qui n'ont pas été d'abord reçus pour tels par toutes les églises particulières, Mais seulement par la suite. Les livres proio-canoniques' de l'ancien Testament sont : la Genèse, l'Exode, le Lévi-

xix, 43

494 TRAITé

tique, les Nombres, le Deuléronome, Josué, Rulh, les quatre livre des Rois, le premier et le second des Parali-pomènes, le premier et le second d'Esdras, les Psaumes, les Proverbes, le Canlique des cantiques, Isaïe, Jérémie, Eze-chiel, Daniel et les douze petits prophètes. Les prolo-cano-niques du nouveau Testament sont : les quatre évangiles de S. Matthieu, S. Marc, S. Luc et S. Jean, les Actes des apôtres et les treize épîtres de S. Paul : une aux Romains, deux aux Corinthiens, une aux Galates, une aux éphésiens, une aux Philippiens, une aux Colossiens, deux aux Thes-saloniciens, deux à Timothee, une à Tiie, une à Phile-mon ; de plus les deux épîlres, la première de S. Pierre, et la première de S. Jean.

XXI. Les livres deulero-canoniques de l'ancien Testa-ment sont:

Esther, Baruch, les Chapitres de Daniel qui contiennent l'Hymne des trois enfans, l'histoire de Su-zanne et celle du Dragon tué par Daniel ; de plus Tobie, Judith, le livre df la Sagesse, l'Ecclésiastique, et le pre-mier elle second des Machabées. Les deuléro-canoniques du nouveau Testament sont : l'épîlre aux hébreux, l'é-pîlre de S. Jacques, la seconde de S. Pierre, la seconde et la troisième de S. Jean, l'épîlre de S. Jude et l'Apo-calypse, H faut joindre à ceux-ci le dernier chapitre de S. Marc et l'histoire de la sueur de sang et de l'apparition des anges consolateurs dans S. Luc. Ces livres ont éié reçus pour divins par la plus grande partie de l'église, mais non d'abord par quelques catholiques. Enfin, le concile de Trente, dans sa session quatrième, dont TOUS avons déjà parlé, les déclara sacrés et révélés.

XXII. Les calvinistes et les luthériens rejettent six li-vres de l'ancien Testament : Tobie, Judith, la Sagesse, l'Ecclésiastique et les deux livres des Machabées. Dans le

CONTRE LES HéRéTIQUES. 495

nouveau Testament, les calvinistes rejettent lepl tre aux Hébreux de S. Jacques, celle de S. Jude et l'Apocalypse. Mais tous les conciles et tous les Pères ont cité souvent les livres dont il est question, et les souverains [ontifes qui ont fait des catalogues des livres saints ont comple ceux-ci parmi eux, ainsi qu'Origène dans Eusèbe(lib.

5. chap. 8); S. Alhanase (in Synopsi); S. Grégoire de ISazianze

(Carm. de Genuin. Scriptur.) j S. Cyrille de Jé-rusalem (Catéch. 4.); ainsi que le concile de Laodicée (Can. ultimi.), celui de Carlhage III (Can. 4' .); S. Au-gustin (lib. 2. De doclr. Christi, cap. 8.) ; le pipe Inno-centi (Epist, ad Exuper.) et Gélase I dans Ici concile de Rome; S. Isidore (lib. 6. Elhymol. cap. 1.) S. Damas-cène (lib. 4. De fide, cap. 18.) ; ainsi enfin qi e le concile de Trente, comme nous l'avons vu; autant d re par con-séquent toute l'église, ce qui doit certainement suffire, car il est établi par les livres proto-canoniques eux-mêmes que l'église est infaillible dans ses décisions.

XXIII. Anciennement ks Hébreux comptaient parmi leurs livres sacrés certains livres qui n'y sont plus aujour-d'hui, comme le livre Bellorum Domini (ap. Num. 21.), le livre Justorum (ap. Jos. c. 10.), le livre Verborum (ap. III. Reg. 11.), et quelques autres. Ils en avaient aussi d'autres, qu'ils n'admettaient pas dans leur eau on, comme celui d'Eldal et ftledad, etc. Mais quant à ceu:i-ci, S. Au-gustin dit qu'ils ne furent ni sacrés, ni canoniques. (Lib. Deciv.c. 38.)

$ IV. Objections des adversaires des livres canoniques.

XXIV. On objecte contre le livre de Baruch] qu'il ne se ''ouve pas dans le catalogue de quelques Pèt|cs ; mais la

13.

196 TRAITE

cause en est (comme l'observe Bellarmin, ch. 8) que ceux-ci le tenaient pour être de Jérémie, parce que Baruch était son secrétaire, comme on le voit dans ce prophète au chap.

36. Du reste, tous d'ailleurs l'ont reçu comme sacré et en ont cité le texte sous le nom de Jérémie, comme on levait d.ins Bellarmin à l'endroit cité.

XXV. On objecte contre le livre de Tobie qu'on ne le retrouve pas dans le catalogue fait par Esdras ; mais on répond que l'église catholique l'a toujours reconnu pour divin, ce qui est prouvé par les conciles d'Hyppone et de Carthoge et par le canon de Gélase.

XXVI. Touchant le livre de Judith, Luther elGrotius mettent en doute si l'histoire qui y est racontée n'est pas fabuleuse. Mais les SS. Pères ont tenu cette histoire pour réelle, comme il se voit encore par le concile d'Hyp-pone de l'année 393, par celui de Garlhage tenu en 397, et par Innocenti (Epist, ad Exuper.), et aussi par le concile de Rome sous Gélase. Les anabaptistes regardent comme apocryphe le livred'Esdras : en quoi ils se trompent; car ce livre, au moins dans ses premiers chapitres, fut tenu pour divin par les Hébreux eux-mêmes. Il est vrai que quelques-uns ont douté de l'authenticité des sept derniers chapitres ; mais les Pères ont communément reçu pour vraie l'histoire d'Esdras. Enfin ce livre se retrouve dans la Vulgnte, laquelle a été approuvée par le concile de Trente. On objecte que les sept derniers chapitres ne s'accordent pas avec les premiers. Mais on répond que ces sept chapi-tres, qui dans la Vulgale sont placés après les autres, ne sont pas en réalité les derniers, et que quelques-uns ont fait paitie du commencement du livre, comme les chapi-tres 11 et 12 ; quelques autres du milieu, comme tes cha-ires 14,15 et 16"; et d'autres de la fin, comme le chapitre

40. S. Jéiôme a placé ces sept chapitres là la fin, parce gu'iJ ne les retrouva pas dans le canon héljreu, mais seu-lement dans la Yulgate.

XXVH. Relativement au livre de Tobi , on objecte : i' qu'il ne se trouve pas dans le canon hét reu, à quoi on répond qu'Esdrasn'a pas compris dans son catalogue tous les livres sacrés, et qu'au surplus l'église catholique l'a toujours reconnu pour tel, comme le const ilenl le concile d'Hyppone, celui de Carthage et le car ou de Gélase ; 2 que dans ce livre de .Tobie il est dilqueSaia, épouse future du jeune Tobie, habitait dans Ragis, où le chapi-tre 4 fait aussi habiter Gabelus, et cepeidant on lit au chapitre 9 que Tobie étant arrivé au lieu )ù habitait Sara envoya de Jà l'ange vers Gabelus dans Rajès, On répond que dans le royaume des Mèdes ou il y ave il deux villes de ce nom, ou que le Rages du chapitre? rç'claii pas la ville même, mais le territoire où elle était située, ainsi l'on ap-pelle habitans de Rome ceux qui en Iubilent le terri-toire.

XXVIII. On a émis contre le livre ? le. Job le doute qu'il contint une histoire véritable', mais l'église grecque aussi bien l'église latine ont toujours le m celle histoire pourvraieetonl honoré Job corn me un sa ni. Il esl compté dans Ezechiel ???. 14., avec les saints Noë et Daniel : «Etsi fuerint tres viri isti in medio ejus Noë, Daniel et » Job. » Dans notre martyrologe sa fèlej est marquée au ? des ides de mai.

XXIX. On n'a fait aucune objection cofolrc le livre des Psaumes

; mais il existe à son égard deux opinions égale-ment graves et également probables, 1 une que le livre «Hier est de David, l'autre qu'il est en partie d'autres auteurs qui ont été même cités dans les libres des Psaumes.

198 TRAITé

Tous les livres