Discours sur la première décade de Tite-Live (page 29)

Nicolas Machiavel · Philosophie

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Discours sur la première décade de Tite-Live · 30 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Telle fut encore la conjuration des Bacchanales, que l’on découvrit du temps de la guerre de Macédoine, et dans laquelle se trouvaient déjà impliqués plusieurs milliers d’hommes et de femmes. Elle eût exposé l’État aux plus grands dangers si elle n’eut pas été découverte, ou si Rome n’eût pas été accoutumée à châtier des multitudes d’hommes lorsqu’ils se rendaient coupables ; et si la grandeur de cette république ne se manifestait par une infinité de signes et par la force qu’elle mettait dans tout ce qu’elle exécutait, on la verrait éclater dans la manière dont elle sévissait contre ceux qui s’étaient égarés.

Elle ne balance pas à faire mourir des mains de la justice une légion entière, ou même toute une ville, ou à bannir huit ou dix mille hommes en leur imposant des conditions tellement extraordinaires, que leur observation paraît impossible, non-seulement de la part d’une multitude, mais même d’un seul homme : comme il arriva aux soldats qui avaient combattu si malheureusement à Cannes, et qui furent exilés en Sicile, en leur imposant la défense d’habiter dans des villes, et de manger autrement que debout.

Mais de tous leurs châtiments, le plus terrible était de décimer les armées, c’est-à-dire de livrer à la mort, par la voie du sort, sur toute l’armée, un homme par chaque dix hommes. Il était impossible de trouver, pour châtier une multitude, une punition plus épouvantable. En effet, lorsque toute une multitude se rend coupable, et que l’auteur du crime est incertain, on ne peut punir tout le monde, parce que le nombre est trop grand : en châtier une partie, et laisser l’autre impunie, serait injuste envers ceux que l’on punirait, et ce serait encourager ceux que l’on aurait épargnés à se rendre coupables une autre fois. Mais en massacrant la dixième partie des coupables par la voie du sort, lorsque tous méritent la même peine, celui qui est puni se plaint du sort ; celui qui ne l'est pas a peur qu’une autre fois il ne l’atteigne, et il se garde d’errer de nouveau. Les empoisonneuses et ceux qui étaient entrés dans la conjuration des Bacchanales furent donc punis selon que le méritait l’énormité de leur crime.

Quoique ces épidémies produisent des effets funestes dans une république, elles ne sont jamais mortelles, parce qu’on est presque toujours à temps de les extirper ; mais celles qui menacent le gouvernement sont presque toujours cause de sa ruine, si la sagesse d’un homme éclairé n’y apporte un remède.

La générosité avec laquelle les Romains accordaient aux étrangers le droit de bourgeoisie avait introduit dans Rome une telle foule d’hommes nouveaux, et leur influence sur les élections était devenue si puissante, que le gouvernement commençait à s’altérer, et s’éloignait des institutions et des hommes qu’il était accoutumé à suivre. Quintus Fabius, qui à cette époque était censeur, s’étant aperçu des dangers de l’État, réunit sous quatre tribus ces familles nouvelles, source de tous les désordres, afin que, resserrées dans des limites étroites, elles ne pussent corrompre Rome entière. Cette mesure fut parfaitement sentie par Fabius : sans rien altérer, il apporta au mal le véritable remède, et la république en fut tellement reconnaissante, qu’elle ne le nomma plus que Maximus, ou très-grand.

FIN DES DISCOURS SUR TITE-LIVE,

Chap. XIV. — Les Romains interrogeaient les auspices suivant la nécessité, et mettaient la plus grande prudence à paraitre observer la religion, même quand ils étaient contraints de la violer, et punissaient ceux qui témoignaient témérairement du mépris pour elle.

176

Chap. XV. — Comment les Samnites eurent recours à la religion comme à un dernier remède dans leurs maux.

179

Chap. XVI. — Un peuple accoutumé à vivre sous un prince, et qui devient libre par accident, ne maintient qu’avec peine la liberté qu’il a conquise.

181

Chap. XVII. — Un peuple corrompu qui recouvre sa liberté ne peut que très-difficilement se maintenir libre.

183

Chap. XVIII. — De quelle manière on peut maintenir dans une cité corrompue le gouvernement libre, lorsqu’elle en jouit déjà, ou l’y établir lorsqu’il n’existe point.

188

Chap. XIX. — Un prince faible peut se maintenir après un prince ferme et sage : mais un royaume ne peut subsister quand deux princes faibles succèdent l’un à l’autre.

193

Chap. XX. — Le règne successif de deux princes vertueux présente les plus heureux résultats ; et comme les républiques bien organisées ont nécessairement une succession de citoyens vertueux, leurs succès et leurs conquêtes doivent avoir plus d’extension.

195

Chap. XXI. — Combien sont dignes de blâme le prince ou la république qui n’ont point d’armée nationale.

198

Chap. XXII. — Ce qu’il y a de remarquable dans le combat des Horaces et des Curiaces.

197

Chap. XXIII. — On ne doit pas mettre en danger toute sa fortune sans déployer en même temps toutes ses forces ; et c’est pourquoi il est souvent dangereux de garder les passages.

193

Chap. XXIV. — Les États bien organisés établissent des peines et des récompenses pour les citoyens, et ne font jamais des unes une compensation pour les autres.

201

Chap. XXV. — Quiconque veut réformer l’ancienne constitution dans un pays libre doit y conserver au moins l’ombre des antiques usages.

203

Chap. XXVI. — Un prince établi récemment dans une ville, ou dans une contrée qu’il a conquise, doit y renouveler la face de toutes les institutions.

204

Chap. XXVII. — Les hommes savent être rarement ou entièrement bons ou entièrement mauvais.

205

Chap. XXVIII. — Pourquoi les Romains furent moins ingrats envers leurs concitoyens que les Athéniens.

207

Chap. XXIX. — Quel est le plus ingrat d’un peuple ou d’un prince.

208

Chap. XXX. — Moyens que doit employer un prince ou une république pour éviter le vice de l’ingratitude, et ceux dont doit user à son tour tel capitaine ou tel citoyen pour n’en être pas victime.

213

Chap. XXXI. — Quelques erreur qu’eussent commises les Romains, ils ne furent jamais punis d’une manière extraordinaire ; leur ignorance ou les mauvais partis qu’ils avaient pris ne leur attirèrent jamais aucun châtiment, même lorsque la république en avait éprouvé des dommages. 215

Chap. XXXII. — Une république ou un prince ne doit jamais différer trop longtemps à soulager le peuple dans ses besoins. 217

Chap. XXXIII. — Lorsque quelque grand danger s’est élevé, soit au dedans, soit au dehors, contre un État, il vaut mieux temporiser avec le mal que de le heurter de front. 218

Chap. XXXIV. — L’autorité du dictateur fut toujours avantageuse et jamais nuisible à la république romaine ; et c’est le pouvoir qu’usurpent les citoyens, non celui qu’ils obtiennent par de libres suffrages, qui peut nuire à la vie civile. 222

Chap. XXXV. — Pourquoi la création du décemvirat fut nuisible dans Rome à la liberté de la république, quoique cette magistrature eût été établie par les suffrages libres du peuple. 225

Chap. XXXVI. — Les citoyens qui ont obtenu les premières dignités de l’État ne doivent pas dédaigner les dernières. 227

Chap. XXXVII. — Des tumultes qu’excita dans Rome la loi agraire, et combien il est dangereux de faire, dans une république, des lois qui aient des effets rétroactifs et qui choquent d’antiques coutumes. 229

Chap. XXXVIII. — Les républiques faibles sont irrésolues et ne savent point prendre un parti ; ou si elles parviennent à en adopter un, c’est plutôt à la nécessité qu’à leur choix qu’il faut l’attribuer. 233

Chap. XXXIX. — On voit souvent arriver des événements semblables chez des peuples différents. 236

Chap. XL. — De la création du décemvirat à Rome ; de ce que cette institution a de remarquable, et comment, entre une infinité d’autres considérations, le même événement peut sauver ou renverser un État. 239

Chap. XLI. — Passer subitement de la modestie à l’orgueil, de la clémence à la cruauté, sans intermédiaire, c’est une conduite imprudente et sans but. 243

Chap. XLII. — Combien les hommes peuvent aisément se corrompre. 246

Chap. XLIII. — Ceux qui combattent pour leur propre gloire sont des soldats braves et fidèles. 247

Chap. XLIV. — Une multitude sans chef n’est d’aucune utilité, et il ne faut pas d’abord menacer, et demander ensuite l’autorité. 248

Chap. XLV. — C’est donner un mauvais exemple que de ne pas observer une loi, surtout lorsqu’on en est l’auteur, et renouveler chaque jour les offenses envers le peuple ne peut qu’offrir les plus grands dangers à celui qui gouverne. 249

Chap. XLVI. — Les hommes se jettent d’une ambition dans une autre ; on cherche d’abord à se préserver des offenses, et ensuite à opprimer ses rivaux. 252

Chap. XLVII. — Les hommes, quoique sujets à se tromper sur les affaires générales, ne se trompent guère sur les affaires particulières.

254

Chap. XLVIII. — Pour empêcher qu’une magistrature ne soit donnée à un méchant ou à un homme incapable, il faut la faire briguer par un homme plus pervers et plus incapable encore, ou par l’homme le plus illustre et le plus vertueux.

258

Chap. XLIX. — Si les villes libres dès leur naissance, telles que Rome, ont de la peine à établir des lois qui conservent leur liberté, cela est presque impossible pour celles qui sont nées dans la servitude.

259

Chap. L. — Un conseil ni un magistrat ne doivent pouvoir entraver les affaires d’un État.

262

Chap. LI. — Une république ou un prince doivent paraître exécuter par grandeur d’âme ce qu’ils font par nécessité.

264

Chap. LII. — Le moyen le plus sûr et le moins tumultueux de réprimer l’ambition d’un citoyen qui devient tout-puissant dans un État, c’est de le devancer dans les voies mêmes qu’il a prises pour parvenir à la grandeur.

265

Chap. LIII. — Souvent le peuple désire sa ruine, trompé parla fausse apparence ; et rien n’est plus facile que de l’entraîner par de vastes espérances et des promesses éblouissantes.

267

Chap. LIV. — Quel est le pouvoir d’un grand homme pour retenir dans le devoir un peuple soulevé.

272

Chap. LV. — On gouverne sans peine un État dont le peuple n’est pas corrompu : là où l’égalité existe il ne peut se former une principauté, et là où elle ne se trouve point on se peut établir de république.

273

Chap. LVI. — Les grands changements qui arrivent dans une cité ou dans une province sont toujours précédés de signes qui les annoncent ou d’hommes qui les prédisent.

278

Chap. LVII. — Le peuple en masse est fort ; il est faible individuellement.

280

Chap. LVIII. — La multitude est plus sage et plus constante qu’un prince.

281

Chap. LIX. — Quelles sont les confédérations ou les ligues qui doivent inspirer le plus de confiance, ou celles faites avec une république, ou celles faites avec un prince.

288

Chap. LX. — Comment le consulat et toutes les autres magistratures se donnaient dans Rome, sans égard pour l’âge.

290

Livre Second.

293

Chapitre Premier. — Quelle fut la cause la plus puissante de la grandeur des Romains, ou le courage ou la fortune.

297

Chap. II. — Quels furent les peuples que Rome eut à combattre, et avec quelle opiniâtreté ils défendirent leur liberté.

302

Chap. III. — Rome devint une ville puissante en ruinant les cités voisines, et en admettant facilement les étrangers aux honneurs.

309

Chap. IV. — Les républiques ont employé trois moyens pour s’agrandir.

313

Chap. V. — Des changements de religion et de langage, joints aux désastres causés par les inondations et le fléau de la peste, effacent la mémoire des événements.

317

Chap. VI. — Comment les Romains se comportaient dans la conduite de la guerre.

320

Chap. VII. — Quelle étendue de terrain les Romains accordaient à chaque colon.

323

Chap. VIII. — Des causes pour lesquelles les peuples s’éloignent du pays natal pour inonder des contrées étrangères.

324

Chap. IX. — Des causes qui donnent ordinairement naissance à la guerre entre les souverains.

328

Chap. X. — Malgré l’opinion générale, l’argent n’est pas le nerf de la guerre.

330

Chap. XI. — Qu’il est imprudent de s’allier avec un prince qui a plus de réputation que de forces réelles.

334

Chap. XII. — S’il vaut mieux, lorsqu’on craint d’être attaqué, porter la guerre chez son ennemi que d’attendre chez soi.

336

Chap. XIII. — La ruse sert plus que la force pour s’élever des derniers rangs au faite des honneurs.

341

Chap. XIV. — Les hommes se trompent souvent lorsqu’ils pensent adoucir l’orgueil par la modération.

343

Chap. XV. — Les gouvernements faibles ne prennent jamais que des résolutions ambiguës, et la lenteur dans les délibérations est toujours nuisible.

345

Chap. XVI. — Combien, de nos jours, les armées s’éloignent des institutions militaires des anciens.

349

Chap. XVII. — Jusqu’à quel point on doit faire cas de l’artillerie dans nos armées modernes, et si l’opinion qu’on en a généralement est fondée.

354

Chap. XVIII. — L’autorité des Romains et l’exemple de l’ancienne discipline militaire doivent faire accorder plus d’estime à l’infanterie qu’à la cavalerie.

363

Chap. XIX. — Les conquêtes faites par des républiques mal organisées, et qui ne sont pas le résultat d’une vertu semblable à celle des Romains, sont plutôt pour elles une cause de ruine qu’une source de grandeur.

368

Chap. XX. — À quels dangers s’expose un prince ou une république qui se sert de troupes auxiliaires ou mercenaires.

373

Chap. XXI. — Le premier préteur que, quatre cents ans après avoir commencé à faire la guerre, les Romains établirent hors de Rome, fut celui qu’ils envoyèrent à Capoue.

376

Chap. XXII. — Combien souvent sont fausses les opinions des hommes dans le jugement qu’ils portent des grandes choses.

378

Chap. XXIII. — Combien Rome, lorsqu’un événement quelconque la contraignait a statuer sur le sort de ses sujets, évitait avec soin toutes les demi-mesures.

382

Chap. XXIV. — Les forteresses sont en général plus nuisibles qu’utiles.

387

Chap. XXV. — Vouloir profiter de la désunion qui règne dans une ville pour s’en emparer est un parti souvent nuisible.

398

Chap. XXVI. — Le mépris et l’injure engendrent la haine contre ceux qui s’en servent, sans leur procurer aucun avantage.

399

Chap. XXVII. — Il doit suffire aux princes et aux gouvernements sages d’obtenir la victoire ; ceux qui veulent aller au delà y trouvent ordinairement leur perte.

400

Chap. XXVIII. — Combien il est dangereux pour un prince ou pour une république de ne point venger une injure faite soit au gouvernement, soit à un particulier.

403

Chap. XXIX. — La fortune aveugle les hommes lorsqu’elle ne veut pas qu’ils s’opposent à ses desseins.

406

Chap. XXX. — Les républiques ou les princes dont la puissance est réelle n’achètent point des amis à prix d’argent, mais les acquièrent par leur courage et la réputation de leurs forces.

409

Chap. XXXI. — Combien il est dangereux de se confier aux bannis.

414

Chap. XXXII. — Des divers moyens qu’employaient les Romains pour s’emparer d’une ville.

418

Chap. XXXIII. — Les Romains laissaient les généraux de leurs armées entièrement libres dans leurs opérations.

420

Livre Troisième. — Chapitre Premier. — Pour qu’une religion et un État obtiennent une longue existence, ils doivent être souvent ramenés à leur principe.

423

Chap. II. — Combien il y a de sagesse à feindre pour un temps la folie.

429

Chap. III. — Combien il est nécessaire, pour consolider une liberté qu’on vient d’acquérir, d’immoler les fils de Brutus.

431

Chap. IV. — Un prince ne peut vivre en sécurité sur son trône tant que vivent encore ceux qu’il en a dépouillés.

432

Chap. V. — Ce qui fait perdre un royaume à un roi héréditaire.

434

Chap. VI. — Des conjurations.

436

Chap. VII. — D’où vient que le passage de la liberté à la servitude, et de la servitude à la liberté, est parfois paisible et quelquefois sanglant.

464

Chap. VIII. — Quiconque veut introduire des changements dans une république doit bien considérer à qui il a affaire.

468

Chap. IX. — Comment il est nécessaire de changer avec les temps, si l’on veut toujours avoir la fortune propice.

469

Chap. X. — Un général ne peut éviter la bataille quand son adversaire veut à tout prix l’y contraindre.

471

Chap. XI. — Celui qui a à lutter contre de nombreux adversaires parvient à l’emporter malgré son infériorité, s’il peut soutenir le premier choc.

470

Chap. XII. — Un sage capitaine doit mettre ses soldats dans la nécessité de se battre, et procurer à ses ennemis toutes les occasions d’éviter le combat.

479

Chap. XIII. — Lequel doit inspirer plus de sécurité, ou un bon général qui commande une armée peu courageuse, ou une vaillante armée que dirige un faible général.

483

Chap. XIV. — Des effets que produisent les inventions nouvelles qui apparaissent au milieu du combat, et les paroles inattendues que l’on y fait entendre.

486

Chap. XV. — Une armée ne doit obéir qu’à un seul général, et non à plusieurs, et la multiplicité des chefs est dangereuse.

489

Chap. XVI. — Dans les temps difficiles, c’est au vrai mérite que l’on a recours ; et lorsque tout est tranquille, ce ne sont pas les hommes vertueux, mais ceux que distinguent leurs richesses ou leurs alliances, qui obtiennent le plus de faveur.

491

Chap. XVII. — Il ne faut point outrager un citoyen, et lui confier ensuite ou un emploi ou un gouvernement important.

495

Chap. XVIII. — Rien n’est plus digne d’un capitaine habile que de pressentir les desseins de l’ennemi.

496

Chap. XIX. — Si, pour gouverner la multitude, la clémence a plus de pouvoir que la rigueur.

499

Chap. XX. — Un trait d’humanité eut plus de pouvoir sur les Falisques que toutes les forces de Rome.

501

Chap. XXI. — D’où vient qu’Annibal, en se conduisant d’une manière tout opposée à celle de Scipion, obtint en Italie les mêmes succès que son rival en Espagne.

503

Chap. XXII. — Comment la dureté de Manlius Torquatus et la modération de Valerius Corvinus leur acquirent à tous deux une gloire semblable.

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