Pensées pour moi-même (page 14)
[Ce n’est point là, à vrai dire, la plus sérieuse difficulté du passage. Elle est dans le mot οὐδέ, qui commence la phrase suivante, et dont les éditeurs de Marc-Aurèle se sont vus obligés de supprimer la première partie et de déplacer la seconde. Il m’a paru plus simple de lire τί δέ. Voir la note suivante.]
↑ [Couat : « dans les actions, il n’en est plus de même ; tu restes… »]
↑ [τὰς τέχνας έαυτὢν, que donnent les manuscrits, est un solécisme. Il faut répéter l’article devant έαυτὢν, à moins de supposer l’omission de μἃλλον entre les mots τέχνας et έαυτὢν.]
↑ [Voir infra XII, 3 (9e note), la signification du mot προσπάθεια.]
↑ [Couat : « au succès de ce qui les attire. » — J’ai cherché une expression qui put désigner à la fois le progrès d’un art et l’accroissement d’une fortune.]
↑ Μέμψις ἣ λόγος. Le mot λόγος est très faible après μέμψις ; la correction de Junius, ψόγος, me paraît excellente.
↑ [Couat : « persuader. » Var. : « égarer. » — Je me suis rendu aux excellentes raisons de M. Polak (Hermès, XXI, p. 330), qui invoque de nombreux passages de Marc-Aurèle (IV, 3 ; VI, 22 ; VII, 20 ; VIII, 1) pour justifier ici la conjecture de Coraï : περισπάτω. Les manuscrits donnaient παρειπάτω.]
↑ [D’où il suit : 1o que rien n’est plus aisé que d’obéir à la nature : on n’a qu’à suivre sa nature ; — 2o que la loi, volonté de la nature, c’est la raison, organe de notre nature, qui nous la donne ; bref, que nous sommes autonomes (cf. infra XI, 20, note finale).
Si l’on en croyait Diogène Laerce (de Vit. Phil., VII, 89), les premiers Stoïciens n’auraient pas tous admis comme un dogme l’accord des deux natures. Avant Chrysippe, qui le proclama nettement, Cléanthe aurait opposé la nature universelle à la nature individuelle, et prescrit, en cas de conflit, de ne suivre que la première ; ou, plus précisément, tandis que Chrysippe entendait par le mot φύσιν : τήν τε κοινὴν καὶ ἰδίως τὴν ἀνθρωπίνην, Cléanthe ne reconnaissait qu’une « nature » : τὴν κοινὴν μὀνην οὐκέτι δὲ καὶ τὴν ἐπὶ μέρους. Zeller (Phil. der Gr., III3, p. 211, en note) doute que Diogène ait bien interprété la pensée de Cléanthe, et conçoit à peine la possibilité de ce désaccord. Pour lui, Cléanthe n’aura parlé que de la nature universelle (mais sans l’opposer pour cela à notre nature propre : que serait alors devenue l’harmonie du monde ?) et Chrysippe aura développé, sans les contredire, la doctrine et la formule de son maître.]
↑ [Couat : « couché sur le sol. » — Il y a dans le texte grec une négligence, la répétition de πεσών, que j’ai conservée dans la traduction.]
↑ [Couat : « l’indépendance. » — Nous entendons par « liberté » (ἐλευθερία) l’état de l’âme exempte de passions (infra XI, 20, dernière note). Ce mot s’oppose à l’expression ῥιπτάζεσθαι τἤ ψυχἤ (« porter une âme toujours inquiète » ), qu’on trouvera un peu plus bas.]
↑ L’infinitif καταγινώσκεσθαι n’est gouverné par rien ; il manque au moins un verbe, tel que μέλλεις, ou μέλλοις, auquel d’ailleurs on a pensé, entre εἰ et lui. Or la chute de toute une ligne n’est pas plus difficile à expliquer dans un manuscrit, ni plus rare dans les Pensées, que celle d’un simple mot. Ne pouvant chercher dans la phrase qui suit κατιγινώσκεσθαι, à cause de la conjonction καὶ… δὲ… qui la délimite très nettement, la proposition principale dont dépendrait εἰ μέλλοις, je la suppose également disparue. Le contexte permet heureusement de combler la lacune. Je propose d’ajouter ici les mots : μέλλοις, τότ′ ἂν πρόφασιν ἕχοις, — que j’ai traduits ; [à moins qu’on ne croie possible d’en sous-entendre les quatre derniers : Marc-Aurèle (cf. infra VI, 14) est coutumier de semblables ellipses.]
↑ [Couat : « de porter ce service au compte de cette personne. »]
↑ J’ai traduit la leçon des manuscrits A et D, qui donnent ὡς ἴππος (la vulgate supprime ὡς), et j’ai suivi le texte de Stich, qui met un point (au lieu d’une virgule) après ποιἡσασα. D’ailleurs, le sens de cette phrase n’est pas douteux, et il n’y a pas lieu d’insister.
↑ [« Paroles d’autant plus remarquables qu’un Stoïcien se piquait de se conduire toujours par des raisons précises… Marc-Aurèle, en tout fidèle à cette règle, en excepte la bienfaisance. » (Martha, Moralistes sous l’Empire romain5, p. 196.)]
↑ [Couat : « Ce que tu dis là. » Var. : « La maxime que tu invoques. » — La phrase finale de la pensée m’a paru imposer cette correction. D’ailleurs, la correspondance de μὲν et de δὲ dans les deux phrases où nous lisons τὸ νῦν λεγόμενον et ὄ λὲγεις, la rencontre même de ces deux formules (alors qu’il eût été si simple d’écrire τοῦτο) en marquent l’opposition et non l’identité. Enfin, le sens ordinaire de τὸ νῦν λεγόμενον dans Marc-Aurèle (cf. X, 7, fin) n’est-il pas : « la thèse que nous soutenons en ce moment, le raisonnement présent, la maxime fondamentale de cette pensée » ?]
↑ [Couat : « cette maxime. » — Cf. la note précédente. — Ensuite : « ne crains pas qu’elle te fasse négliger d’agir… » En note : « Le sens de la dernière phrase est discutable. La leçon ordinaire est μὴ φοϐοῦ μὴ παρὰ τοῦτο, qui peut se comprendre, » et qu’en somme nous avons traduit. « Mais les manuscrits A et D ne donnent pas le premier μή. — Gataker inclinerait à écrire μὴ φοϐοῦ, μήδε παρὰ τοῦτο… Je ne vois pas bien l’utilité de cette nouvelle correction. » — S’il m’était prouvé que le premier μὴ de la vulgate fût une addition de Xylander, et que son manuscrit, comme ceux que nous avons conservés, lui eût présenté la leçon inintelligible φοϐοῦ μή, j’aimerais autant écrire ici οὺ μὴ que μὴ φοϐοῦ μή, — qui peut avoir le même sens. Le texte y gagnerait du moins en clarté. Tel que le donne la vulgate et que le supposent la plupart de nos traductions, il est amphibologique, en effet. « Si tu veux bien comprendre mes paroles, ne crains pas qu’elles te fassent négliger le devoir » peut signifier, soit : « Pour les bien comprendre, il faut commencer par ne s’en pas défier, » soit : « Pour peu qu’on ait bien voulu les comprendre, on peut être sûr d’agir toujours bien… » — Le contexte, surtout les deux phrases précédentes (« tu interprètes mal… Aussi seras-tu… ») ne permettent guère, d’ailleurs, d’hésiter longtemps entre les deux sens.]
↑ [Var. : « librement. » — Un Athénien priait non seulement pour lui-même, mais pour toute l’Attique, sinon (cf. Pausanias, I, xxiv, 3) pour toute la Grèce.]
↑ [Entre les deux leçons divergentes que donnent pour cette ligne les manuscrits de Marc-Aurèle, je ne saurais approuver le choix de M. Stich : τέτακταί πως αὐτῷ κατάλληλον πρὸς τὴν εἰμαρμένην. Ce texte, qui est celui du florilège de Planude, — où la phrase suivante, sans chercher plus loin, est manifestement arrangée, — a contre lui l’autorité des deux manuscrits complets de Marc-Aurèle (P et A, celui qu’avait reproduit Xylander et le Vaticanus) et l’axiome : lectio difficilior faciliori anteponenda. Il est d’ailleurs facile d’amender la leçon de P et de A, sans en modifier une seule lettre, à l’aide de deux corrections interlinéaires : la suppression d’un accent et la restitution du trait abréviatif qui représente un ν. J’écrirais : τέτακταί πως πρὸς αὐτὸν κατάλληλον εἰς τὴν ειμαρμένην (P et A donnent πῶς et αὐτό). La locution τέτακταί πως πρὸς αὐτόν ainsi rétablie m’en paraît comprendre deux fondues en elle, — que nous trouverons séparées dans la dernière partie de la pensée : καὶ σοὶ συνετάττετο, καὶ πρὸς σέ πως εὶχεν ; la seconde (cf. deux notes plus bas) appartient en propre à la terminologie stoïcienne. — La préférence accordée ici à P et à A nous oblige à écrire à la fin de la phrase précédente κατάλληλον εἰς ὑγίειαν, sur leur témoignage, et non πρός ύγίειαν, qui est la leçon de Planude. Ces diverses restitutions ne modifient pas, d’ailleurs, le sens du passage.]
↑ [Couat : « Le hasard n’apporte rien qui ne soit la condition des desseins de la nature. » — Il ne saurait être ici question de « hasard ». (Cf. supra II, 3, dernière note, la définition stoïcienne de τύχη.) — Ἡ τυχοῦσα φύσις, « la première nature venue » — tel est le sens usuel de ό τυχών — se distingue de Ζεῦς ; comme plus haut, à la fin de la pensée V, 3 (cf. la dernière note), la nature individuelle de la nature universelle. Cette distinction s’affirmera dans les phrases qui suivent.]
↑ [Couat : « était en quelque sorte en harmonie avec toi, inséré dans la trame des causes les plus lointaines. » — Ce malencontreux « en quelque sorte » que nous trouvons aussi dans les traductions de Pierron et de M. Michaut, doit représenter le mot πως de la locution πρὸς σέ πως εἷχεν. En réalité, il s’agit ici de la dernière des « catégories » stoïciennes, le πρός τί πως ἔχον, ou la « relation » (infra VI, 14, 1re note ; cf. Zeller, Phil. der Gr., III3, p. 101).]
↑ [Couat : « Aime à revenir aux mêmes règles de conduite. » — Cf. supra IV, 31 : τὸ τεχνίον, ὃ ἔμαθες, φἰλει, τούτῳ προσαναπαύου.]
↑ [Couat : « Ainsi, il ne t’en coûtera rien… » — En note : « οὐδὲν ἐπιδείξῃ. Cette leçon, qui est celle des manuscrits A et D, peut à la rigueur s’expliquer. Il faudrait traduire : « Tu prouveras qu’obéir à la raison n’est rien (c’est-à-dire : est facile), mais tu te reposeras sur elle. » On reconnaîtra cependant que ce tour est peu grec (la clarté et l’usage exigeraient un participe entre οὐδὲν et ἐπιδείξῃ)), et que οὐδὲν τοῦτ′ ἔστι (littéralement : ce n’est rien) signifie à l’ordinaire plutôt : « cela ne vaut rien » que : « la chose est facile. » Aussi ai-je préféré adopter la correction de Coraï : οὐδὲν ἔτι δήξει, qui suppose dans le manuscrit une confusion due à l’iotacisme. Il me semble aussi que l’opposition des deux propositions est ainsi bien plus nettement marquée. » — Le malheur est que la troisième personne δήξει n’est pas classique. Le futur de δάκνω n’est pas δήξω, mais δήξομαι. Dans ces conditions, le plus simple était de supposer la chute dans les manuscrits d’un ou deux mots, comme σοι ἐνοχλοῦν, ou même σε δάκνον, entre οὐδὲν et ἐπιδείξῃ.]
↑ [Var : « Tu le reconnaîtras en réfléchissant à ce qu’a toujours d’infaillible et de facile la faculté de comprendre et de savoir. » — Les derniers mots de la phrase grecque (ἐπιστημονικἤς δυνάμεως) sont la définition de la φρόνησις, que M. Couat traduit par « la sagesse ». Il est certain que pour les Stoïciens du temps de l’Empire φρόνησις et ἐπιστήμη étaient à peu près synonymes (Plutarque, Virt. mor., 2), et qu’ils ne s’efforçaient plus de maintenir entre la « sagesse » (σοφία) et la « prudence » (φρόνησις) la différence que marque encore Cicéron (De Officiis, I, 43, 153), et qu’avait dû établir Ariston ou Chrysippe : « la première étant la science des choses divines et humaines ; la seconde celle de ce qu’il faut faire ou ne pas faire. »]
↑ [Couat : « toutes nos conclusions sont changeantes. » — Sur le sens exact de συγκατάθεσις et d’ἀκατάληπτον, que M. Couat traduit un peu plus haut par « inintelligible », cf. Zeller (Phil. der Gr., III3, p. 82, texte et notes). Disons seulement que, pour qu’une chose soit « intelligible », ou, comme disent les Stoïciens, pour que la « représentation » (φαντασιά) à laquelle nous donnons notre « assentiment » (συγκατάθεσις) soit « compréhensive » (καταληπτική), il faut non seulement que celle-ci soit d’accord avec son objet, mais que nous ayons la claire conscience de cet accord. (Voir aussi supra p. 17, n. 2, et 65, n. 1.)]
↑ [Couat : « le plus complaisant. » — Sur le sens de χαριέστατος, cf. infra VI, 14, 4e note.]
↑ [κτήνους… θηρίου. Cf., au début de la pensée III, 16, l’opposition de βοσκημάτων et de θηρίων.]
↑ [Couat : « Si nous avions cette idée qu’il existe certains biens véritables. » — Ces mots m’ont paru traduire εἴ… τις ἐπινοήσειεν ὑπάρχειν plutôt qu’εἴ… τις ἐπινοήσειεν ὑπάρχοντα, que porte le texte. — Les biens véritables (τὰ ὡς ὰληθῶς ἀγαθὰ) et réels (ὑπάρχοντα) que Marc-Aurèle nomme ensuite : prudence, tempérance, justice et courage, sont en réalité tous les biens, — et non pas seulement certains d’entre eux, — puisqu’en ces quatre mots se résument toutes les vertus.]
↑ [Couat : « sagesse. » — Si ce mot peut traduire φρόνησις lorsque la φρόνησις est la seule vertu qu’on nomme (cf. supra V, 9, dernière note), il convient moins lorsqu’on la distingue des trois autres. La différence que marque Cicéron entre la sagesse (σοφία) et la prudence (φρόνησις) garde ici toute sa valeur.]
↑ La citation est incomplète. La fin de la pensée a permis à Cobet de restituer le texte de Ménandre qui est rappelé ici. En réalité, ce texte tient non pas dans un vers, mais en deux moitiés de vers. Traduction complète : « Tu possèdes tant de biens qu’il ne te reste plus de place pour te soulager. » — [Les manuscrits donnaient ici : ἔτι ἀκοῦσαι δυνηθείν τι· ὑπὸ τῷ ἀγαθῷ γὰρ ἐφαρμόσει. Les vers de Ménandre, rétablis par Cobet, sont les suivants :