Pensées pour moi-même (page 26)

Marc Aurèle · Philosophie

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — trad. Couat · 48 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

↑ [Couat : « il ne s’abandonne pas à de telles impulsions. » — L’expression ἀγαθαὶ τροπαί, à la dernière ligne du livre V, l’emploi de τραπόμενος à la pensée III, 6 (ἐπ´ ἐκεῖνο ἐξ ὅλης τῆς ψυχῆς τραπόμενος), témoignent que τρέπεσθαι et τροπὴ peuvent exprimer l’état d’une âme tournée vers le bien. Cependant il est incontestable que, dans les Pensées, les orientations ou les directions de l’âme que désigne le mot τροπαὶ ne sont en général pas bonnes ; ce sont surtout des « déviations » de la droite ligne, et τροπή, à l’usage, est presque synonyme d’ἀπορτροφή. Par exemple, à la fin de l’article III, 7, où Marc-Aurèle nous recommande de ne pas « donner à nos pensées le tour qui n’est pas celui de la pensée d’un être raisonnable et sociable », par suite, comme j’ai cru pouvoir l’écrire, « de ne pas nous égarer en des pensées étrangères à l’être raisonnable ; » de même, à l’article VII, 58, où M. Couat entendait par ἀλλοτρίας τροπὰς les « agitations contraires à la nature » ; de même encore, au début de la pensée XI, 19, où sont énumérées les τροπαὶ dont il faut se garder.

L’adverbe ὑποληπτικῶς, que je rencontre ici à côté de τρέπειν, s’explique aussi aisément qu’un peu plus haut (VII, 13) l’adverbe καταληπτικῶς à côté d’εὐφραίνει. Il suffit, de part et d’autre, de convertir la locution verbale en locution substantive (ici : ὑποληπτικὴ τροπή).]

↑ [Cf. VII, 14 ; VIII, 28 ; XII, 1, des expressions analogues. Toutes sont ironiques, puisqu’il est entendu (supra VI, 32) que « le corps ne peut s’intéresser à rien ». On a reconnu le même accent de défi ironique dans la seconde phrase du présent article.]

↑ οὺ γὰρ ἄξεις. Cette seconde personne est suspecte. Le texte des manuscrits donne ἔξεις, qui est évidemment altéré. On a corrigé ce mot de différentes manières. Je traduis comme s’il y avait εἰ μὴ μαράξει ἑαυτό, déjà proposé par Coraï.

↑ J’ai écrit en italique les mots qui traduisent ἢ ἀγαθόν. L’absence d’article prouve qu’ἀγαθὸν n’est pas employé comme un substantif, et que cet adjectif se rapporte à un nom qui a disparu. Ce ne peut être qu’ἡγεμονικόν, [qui a été conjecturé par Gataker et que M. Stich a admis dans son texte. Sur l’identité du « génie » et du « principe directeur », cf. supra V, 27, et la note.]

↑ [M. Couat ne dit pas s’il préfère ici la leçon des manuscrits d’extraits de Marc-Aurèle, μεταϐάλῃς, ou celle de la vulgate, μεταϐάλῃ. Les deux, l’actif et le moyen, peuvent, en effet, s’admettre également. Le tour même de la phrase, qui commence par σὺ δὲ αὐτός, témoigne d’ailleurs que nous avons affaire ici à une seconde personne ; par suite, que μεταϐάλῃ n’est pas pris intransitivement avec τὰ ξύλα pour sujet. C’est sans doute pour affirmer ce sens que M. Couat a ajouté ici un ou deux mots qui manquent au texte grec.]

↑ [Couat : « ils sont de même nature qu’elle. » Var. : « ils font corps avec elle. » — Cette seconde version, qui est celle du second manuscrit, me paraît seule traduire exactement συμφυἢ. Je l’ai modifiée pour éviter la fâcheuse répétition du mot « corps ».]

↑ τὰ ἡμέτερα μέρη. Le texte de l’article 13 du même livre : οἶον… τὰ μέλη κτλ., nous autorise à lire ici μέλη, plutôt que μέρη.

↑ [Zeller (Phil. der Gr., III3, p. 155, en note) rapproche ce passage de l’article XI, 1, où est affirmée la « renaissance périodique » (περιοδικὴ παλιγγενεσία) de l’univers : les Socrates, les Chrysippes et les Épictètes dont nous parle ici Marc-Aurèle ne seraient en réalité qu’un Socrate, un Chrysippe, un Épictète, qui aurait revécu — qui peut dire combien de fois ? — la même vie au retour du même moment de chaque « grande année » (supra V, 13, note finale). À ce compte, ce texte ne prouverait pas, comme l’a cru Pierron, qu’Épictète fût mort à l’époque où son admirateur écrivait les Pensées.]

↑ [Mêmes idées, II, 1 ; un peu partout, dans les Pensées, revient le précepte socratique que « nul n’est méchant volontairement ».]

↑ [C’est à lui seul que le méchant fait tort (IV, 26 ; IX, 4 ; V, 22 : voir la note rectifiée aux Addenda), de même que l’homme de bien « s’oblige tout le premier » (VII, 13).]

↑ [Voici encore un texte qui nous démontre l’équivalence parfaite des mots οὑσια et ὕλη) (« substance » et « matière ») dans la langue du Portique. Ils se présentent ici à deux lignes d’intervalle, et pourraient permuter sans inconvénient. Pour éviter au lecteur toute méprise sur le sens du mot « substance », j’ai constamment traduit οὑσια comme ὕλη) par « matière ». Cf. IV, 21, note finale ; et, un peu plus haut, la pensée VII, 10.]

↑ [Après avoir rappelé la démonstration (cf. supra IV, 14, note finale) par laquelle Posidonius établit que l’« individu » ne se distingue pas de sa « matière », Stobée (Ecl., I, 436), voulant prouver que l’« individu » est pourtant autre chose que sa « matière », emprunte à Mnésarque une série de comparaisons analogues à celles qu’apporte Marc-Aurèle en ce passage. « Si l’on modèle un cheval, par exemple, » dit Mnésarque, « puis qu’on le brise sous nos yeux et qu’on en fasse un chien, ne pourrons-nous pas dire que quelque chose est qui n’était pas ? » En définitive, tout change pour les Stoïciens, sauf deux choses : la somme totale de matière dans le monde, et, dans l’individu, pendant le temps qu’il vit ou dure, le principe formel qui le définit.]

↑ [J’ai traduit le plus littéralement possible cette pensée, qui manque dans le manuscrit d’Aug. Couat. Le texte en est profondément altéré. Pour éviter des restitutions arbitraires, je me suis borné à des corrections très simples, permettant de construire la phrase la plus difficile. Au lieu de « ὅταν πολλάκις ἐναποθνῄσκειν ᾐ πρόσχημα », j’ai lu « ὅταν πολλάκις ἐναποθνῄσκει τὸ πρόσχημα ». Ces corrections suffisent à assurer la suite des idées. Il me semble, en effet, que la pensée se partage en deux démonstrations parallèles dont les termes importants se correspondent de l’une à l’autre : παρὰ φύσιν et παρὰ τὸν λόγον — ἐναποθνῄσκει et τίς τοῦ ζῆν αἰτία ; — enfin τὸ ἐπίκοτον τοῦ προσώπου et αὐτῷ τοὑτῳ (qu’on pourrait corriger en αὐτὸ τοῦτο, c’est-à-dire αὐτὸ τὸ ἐπίκοτον). Le nœud de la pensée est, à mon sens, dans ces mots αὐτὸ τοῦτο ou αὐτῷ τοὑτῳ, qui opposeraient la colère à l’expression de la colère. Ceux qui ont traduit αὐτῷ τοὑτῳ παρακολουθεῖν πειρῶ par « Tâche de comprendre par là » ou « de conclure de là » n’ont pas rendu compte d’αὐτῷ, et ont dû imaginer, devant l’expression παρὰ τὸν λόγον (ἐστί), un sujet nouveau qui permît d’entendre la dernière phrase.

Si l’on admet les explications qui précèdent, on verra dans cette dernière phrase le développement non des mots παρακολουθεῖν πειρῶ (« tâche de comprendre »), mais bien de : ὅτι παρὰ τὸν λόγον (« la colère est contre la raison »). La colère nous enlève la conscience de notre faute, comme l’expression de la colère détruit l’harmonie des traits.]

↑ [Couat : « comme si elles étaient agréables, » — et, en note : « ὡς ἤδη ὅντα a été ingénieusement corrigé en ἡδέα ὅντα par Schultz. » — Cette conjecture a été parachevée par Rendall, qui a lu ἡδίω ὅντα, et permis ainsi de comprendre (en l’imputant à l’iotacisme) l’erreur des scribes.]

↑ [Couat : « circonscris le temps à mesure qu’il s’avance. » — Cf. VI, 36, 1re note.]

↑ [Couat : « observe ce qui arrive à toi ou à un autre. » — Γνωρίζω ne signifie pas « observer », mais « connaître », — soit « savoir », soit « comprendre ». Je préciserai le sens de τὸ συμϐαῖνον lorsque, à l’article VIII, 7, nous rencontrerons ce mot ou plutôt son dérivé (σύμϐασις), dans une énumération où figurent encore, comme ici, le temps, le principe efficient et la matière. La proposition tout entière est aisément expliquée par la dernière phrase de la pensée IV, 33, et la première de la pensée IV, 44. Nous y retrouvons, en effet, le mot τὸ συμϐαῖνον, à côté de l’adjectif γνώριμον. Marc-Aurèle a voulu dire ici : « Fais que tous les événements de la vie te soient connus lorsqu’ils t’arriveront ; — ne sois pas surpris de ce qui peut t’arriver. »]

↑ [Couat : « en matière et en forme. » — Cf. IV, 21, note finale.]

↑ [Aristote distingue très nettement la νόησις du νοῦς : l’une est la pensée en acte, l’autre la pensée en puissance. La théorie de la puissance et de l’acte n’est pas stoïcienne ; et ici, en particulier, on ne saurait voir une antithèse entre νόησις et νοῦς sans la chercher aussi entre τοῖς λεγομένοις et τὰ γινόμενα. Or, il est évident que les deux phrases qui constituent cette pensée se complètent et ne s’opposent pas. Même elles échangeraient sans inconvénient leurs premières moitiés : en effet, on ne s’étonnerait pas de lire τοῖς γινομένοις au lieu de τοῖς λεγομένοις ; et nous avons rencontré à l’article VI, 53, les mots : ἐν τῇ ψυχῇ τοῦ λέγοντος γένου. — S’il y a pour Marc-Aurèle une différence de νοῦς à νόησις, c’est simplement celle que marque le suffixe —σις ; comme ποίησις est l’action de ποιεῖν, νόησις est l’action de νοεῖν, ou l’action du νοῦς. Dès lors, les substantifs employés s’expliquent aisément par les verbes qui les précèdent ; et il est, en effet, presque indifférent de dire : « Faire entrer sa pensée dans… » ou « appliquer l’action de sa pensée à… »]

↑ [C’est-à-dire « pour tout ce qui n’est ni la vertu ni le vice », et non, comme le laisse entendre un mot que j’ai dû supprimer dans la traduction de M. Couat, « pour tout ce qui est intermédiaire entre la vertu et le vice. » Il n’y a pas de passage de l’un à l’autre, donc pas de milieu entre eux, bien que, pour les Stoïciens et Marc-Aurèle en particulier, les choses indifférentes s’appellent aussi bien τὰ μέσα que τὰ ἀδιάφορα.]

↑ [C’est-à-dire : « sois libre. » — Cf. III, 9, et VII, 67, derniers mots.]

↑ [D’ailleurs inconnu : les mots cités sont une fin d’hexamètre.]

↑ Voici encore un passage inintelligible. Les manuscrits donnent ἕτι εἰ δαίμονα τὰ στοιχεῖα. Ces mots n’offrent aucun sens. La phrase qui suit immédiatement indique que deux opinions viennent d’être produites, dont une seulement doit être retenue. La première de ces opinions : « πάντα νομιστί, » est empruntée par Marc-Aurèle à un poète. La seconde se trouve donc dans les mots ἕτι εἰ δαίμονα τὰ στοιχεῖα. Partant de là, on est conduit à lire ἕτι δέ, ou ἕτι δὲ καί, ὅτι δέ, ou ὅτι δὲ καί, ἕνιοι δέ, ou ἕνιοι δὲ καί. Ces mots, opposés à ἐκεῖνος μέν φυσιν, annoncent la seconde maxime qui va suivre. Cette maxime se cache sous les mots δαίμονα τὰ στοιχεῖα, qui n’ont pas de sens, et elle appartient soit au poète déjà cité, soit à un autre auteur. Que peuvent être, d’ailleurs, les mots représentés par δαίμονα τὰ στοιχεῖα ? Si on lit, comme nous l’avons fait, ἕτι δὲ καί, ou ἕνιοι δέ, il ne reste plus que μόνα τὰ στοιχεῖα. Mais ces mots peuvent être conservés et l’on arrive au sens que j’ai donné : « on dit aussi que les éléments seuls existent. » Cette affirmation contredit la précédente ; elle n’est donc pas du même auteur, et c’est pour cela que j’ai écrit les mots « on dit », qui interprètent le texte. Nous nous trouvons ainsi en présence d’une idée fréquente dans Marc-Aurèle. Il répète plusieurs fois qu’il y a, pour expliquer le monde, deux hypothèses possibles : Dieu, c’est-à-dire la raison universelle, ou les atomes ; l’ordre ou le hasard. Dans les deux hypothèses, le sage doit être tranquille ; mais la plus vraisemblable des deux est la première. Marc-Aurèle dirait donc, en somme, dans le passage qui nous occupe : « L’un prétend que tout est réglé par des lois, l’autre qu’il n’y a que des éléments. Il suffit, pour la conduite de la vie, de se rappeler la première de ces affirmations. » Ainsi le texte peut s’expliquer aisément, si, en touchant à peine au texte donné par les manuscrits, on sous-entend φασὶν ou φησὶν dans la seconde proposition.

↑ Ἤδη λίαν ὀλίγα. J’ai supprimé dans ma traduction ces trois mots par lesquels se termine la pensée ; je n’ai pu arriver à leur trouver aucun sens satisfaisant. — [On pourrait les entendre, à la rigueur, en donnant à λίαν un sens qu’il a assez souvent dans les Pensées (X, 7, dernière phrase ; VII, 67, seconde phrase ; VII, 24, première phrase), non celui de « trop », mais celui de « tout à fait ». « Je pense, aurait dit Marc-Aurèle, que ces préceptes sont assez peu nombreux ; » en d’autres termes : « Est-ce trop te demander ? » — Avec M. Stich, je considère comme une glose cette phrase pénible et dépourvue d’intérêt ; c’est pourquoi je ne l’ai point admise dans la traduction.]

↑ [Var. : « Si nous sommes faits d’atomes… ; » — plus loin : « si nous sommes un tout. »]

↑ J’ai suivi la correction nécessaire indiquée par Casaubon : εἰ δ´ ἔνωσις, au lieu de ἢ ἔνωσις. Il est facile de voir, d’après la construction de la phrase, comment le copiste a été conduit [l’iotacisme aidant] à écrire ἢ, au lieu de εἰ.

↑ [On peut, ce me semble, admettre cette traduction de κατ´ ἀπόληψιν. Mais j’aimerais mieux, pour ma part, lire κατ´ ἀνάληψιν, qui serait beaucoup plus clair. — Rapprocher de cette phrase le début de l’article IV, 3, et tout l’article VII, 28.]

↑ [Sur ce mot « leurs » (en grec αὐτῶν), cf. IV, 16 ; IV, 38 ; VI, 6, et les notes.]

↑ [Épictète, IV, 6 : Βασιλικόν, ὠ Κῦρε, πράττειν μὲν εὗ, κακῶς δ´ ἀκούειν.]

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