Pensées pour moi-même (page 27)
↑ [Var. : « Voici une belle pensée de Platon : quand on discourt… » — Cette version est la première de M. Couat. Il n’avait pas pensé d’abord à réunir les articles 47 et 48 que les manuscrits et, d’après eux, les divers éditeurs ou traducteurs de Marc-Aurèle s’accordent à séparer.
De toute façon, l’une au moins des deux pensées — ou des deux parties de la pensée unique — doit être attribuée à Platon : la première, si l’on rapporte à ce qui précède les mots καλὸν τὸ τοῦ Πλάτωνος, — la seconde, si on les rapporte à ce qui suit et si l’on considère que les mots καὶ δὴ) appartiennent déjà à la citation ainsi annoncée ; — toutes les deux, si l’on ouvre les guillemets après καί δή, qu’on traduirait par : « Et encore. » Dans ce cas, les mots τὸ τοῦ Πλάτωνος désigneraient l’article 47 ; les mots καί δὴ annonceraient l’article 48. Mais il faut reconnaître que καὶ δὴ καὶ et surtout καὶ δὴ καὶ τὸ introduiraient beaucoup mieux que καὶ δὴ une citation nouvelle ; aussi aucun éditeur ni traducteur ne s’est-il arrêté à la troisième hypothèse.
Si donc il faut choisir entre les deux pensées 47 et 48 celle qui peut être de Platon, — ni l’une ni l’autre n’appartenant aux œuvres conservées du philosophe, — voici trois motifs de se décider pour la première : 1o Elle achèverait naturellement, au lieu de l’interrompre, la série des citations de Platon qui commence à l’article 44. — 2o Elle semble justifier l’étude de l’astronomie ; or les sciences n’attiraient pas Marc-Aurèle (voir, un peu plus bas, la 3e note à la pensée 67), tandis que « nul n’entrait chez Platon s’il n’était géomètre ». — 3o Les deux articles que distinguent dans les textes les numéros 47 et 48 ont exactement le même objet : il y a donc ici soit une citation suivie d’un commentaire, soit une pensée de notre auteur justifiée par une citation qui la suit. La copule καὶ δὴ relie naturellement ces deux parties d’un même tout ; mais, dans la seconde hypothèse, ne devrait-elle pas être placée avant καλὸν τὸ τοῦ Πλάτωνος ? — Je pourrais, enfin, tirer argument du style des deux articles, au moins de celui du second, où l’accumulation de treize substantifs énumérés sans l’aide d’une particule intermédiaire, et l’antithèse finale de παμμιγὲς à συγκοσμούμενον décèlent la manière de Marc-Aurèle ; pour l’article 47, si l’expression τὸν ῥύπον τοῦ χαμαὶ βίου est platonicienne, les verbes à deux préfixes συμπεριθέοντα et ἀποκαθαίρουσι et le tour même des phrases infinitives me laisseraient incertain.
En ce qui concerne tout le passage, je crois donc très solides les dernières conclusions de M. Couat, qui contredit ici tous les autres traducteurs français. Elles étaient déjà indiquées par la ponctuation du texte de M. Stich, qui n’est pourtant pas allé jusqu’à réunir en une seule les deux pensées.]
↑ ἅνωθεν κατὰ ἀγέλας : κατά, corrigé en κάτω par Casaubon, paraît, en effet, fautif. Un lien semble nécessaire entre ἐπισκοπεῖν ἅνωθεν et l’énumération qui commence par ἀγέλας. Il est donc possible que le texte soit altéré, mais le sens n’est pas douteux.
[Pour ma part, je lirais volontiers πάντα, au lieu de κατὰ ou de κάτω, et je ponctuerais ainsi : ἐπισκοπεῖν δεῖ καὶ τὰ ἐπίγεια, ὤσπερ ποθὲν ἅνωθεν, πάντα· ἀγέλας κτλ.]
↑ [Cf. XI, 1 : « Un homme de quarante ans… a vu tout ce qui fut et tout ce qui sera. »]
↑ [Couat : « En d’autres termes, les atomes entrelacés se désagrègent, et de même les éléments insensibles se dispersent, » et, en note :
« ἢ τοῦτο… καὶ τοιοῦτος. Gataker a cru que ἢ et καὶ étaient corrélatifs et qu’il fallait répéter ἢ au lieu de καὶ. Mais il n’y a point, à mon avis, d’opposition entre les deux membres de phrase. Marc-Aurèle n’oppose pas, comme il l’a fait ailleurs, les atomes et l’unité de l’univers ; il interprète seulement la pensée d’Euripide qu’il vient de citer, et la traduit dans le langage philosophique. Le premier ἢ signifie : « ou si l’on veut s’exprimer autrement, » ce que j’ai traduit par la locution française : « en d’autres termes ; » le καὶ qui précède τοιοῦτος marque simplement la continuation de la même idée. »
On peut garder de cette note toute la critique de la conjecture de Gataker ; il est certain, en effet, que les « éléments insensibles » dont parle Marc-Aurèle sont les atomes eux-mêmes, dont la dispersion suit naturellement la dissolution de tous les corps qu’ils avaient formés. Encore faudrait-il expliquer les deux mots τοιοῦτός τις, après la conjonction καί. Marc-Aurèle veut-il dire que la « dispersion » est comme la « dissolution », également fatale ou aveugle ? C’est ce que j’ai cru pouvoir comprendre. — Manque-t-il dans nos manuscrits, à côté de διάλυσις, une épithète signifiant « fatale » ou « aveugle », qui rendait clair τοιοῦτός τις ? — Ou bien, τοιοῦτός τις est-il substitué ici à ποιός τις ? — Ou bien est-ce une glose ?
Quoi qu’il en soit, toute la partie de la pensée qui suit la citation d’Euripide nous place incontestablement dans l’hypothèse atomiste. Dès lors est-il possible de voir en elle la suite et le développement naturel de la citation ? Les vers d’Euripide demandent à être rapprochés de telle pensée (supra IV, 4, 2e note) où Marc-Aurèle, cette fois un peu trop absolu et téméraire, affirme expressément que chaque élément retourne d’où il vient, — et aussi de celle (infra X, 7, depuis les mots : ἢ τροπή, τοῦ μὲν στερεμνίου εἰς τὸ γεῶδες jusqu’à la fin) où il se corrige et déclare avec plus de précision que chaque élément s’en va vers son semblable. Ce sont déjà des vers stoïciens.
La présente pensée est donc un dilemme, le même que nous avons rencontré un peu plus haut (VII, 32) et que nous retrouverons à l’article X, 7. Le mot ἢ) en sépare les deux alternatives.]
↑ Euripide, Suppliantes, 1111. [Var : « et souffrir sans se lamenter. »]
↑ [Var. : « on peut être plus habile… » — Cette traduction semble justifiée par l’emploi constant dans le texte grec de la négation οὺ ; mais la pensée, ainsi entendue, manque de modestie. Rapprocher l’article V, 5. Je crois qu’il faut sous-entendre ici, au début de la pensée, qui est à peine rédigée, un ou deux mots qui signifieraient : « Puisse-t-on dire de toi : Un tel est plus habile, etc.… » ]
↑ J’ai adopté la leçon καϐϐαλικώτερος, admise par les éditeurs, et la seule intelligible.
↑ Peut-être, au lieu de εὐτακτότερος, faut-il lire ἀταρακτότερος ; le manuscrit A donne ἀτακτότερος.
↑ [Couat : « dès qu’il est possible d’atteindre un but utile en dirigeant… » — Les Stoïciens ne considèrent comme « profit » (ὠφέλεια) que le profit moral, et ils disent (cf. XI, 4) qu’on s’oblige soi-même en obligeant les autres. Cf. infra VII, 74, et la note ; IX, 12, en note.]
↑ [Couat : « dans le sens que marque… » — De cette façon, εὐοδούσης n’est pas traduit.]
↑ [Couat : « d’inintelligible. » — La φαντασία καταληπτική — dont nous avons donné la définition un peu plus haut (VII, 13, avant-dernière note) — est pour les Stoïciens le criterium de la vérité.]
↑ [Couat : « comment se conduisent les autres. » — Cf. supra VI, 18.]
↑ [Ces deux natures sont, d’ailleurs, d’accord entre elles. Cf. supra, p. 80, note finale.]
↑ [Nous voyons une fois de plus ici combien sont parentes, pour Marc-Aurèle, les notions de « constitution » et de « nature ». Ce qui suit va nous montrer l’idée de finalité inséparable de celle de la « constitution ». Cf. supra VI, 44, note finale.]
↑ [Couat : « aux penchants du corps. » — Cf. supra III, 6, 4e note ; V, 26, 2e et 6e notes, etc.]
↑ [Couat : « à en faire ton profit. » — Αὐτοῖς ne peut représenter ici que le neutre τὰ αὐτὰ de la première phrase. — Théorie de l’ὑπεξαίρεσις : supra IV, 1, dernières lignes et note finale.]
↑ ὕλη σου ἕσται. Gataker a corrigé avec raison σου et substitué σοι.
↑ μέμνησο ἀμφοτέρων ὄτι καὶ διάφορον. Le mot διάφορον est évidemment altéré, et il faut lire, avec Gataker, ἀδιάφορον. Marc-Aurèle veut dire que toute action est par elle-même indifférente et peut être une occasion de vertu.
Le mot ἀμφοτέρων, dans cette même phrase, ne se comprend pas seul. Gataker a proposé ἐπ´ ἀμφοτέρων, qui ne me paraît guère meilleur. Les deux alternatives indiquées par ce mot ne sont pas suggérées par ce qui précède. Il est probable qu’il y a une lacune après ὄτι et qu’il faut traduire : souviens-toi de deux choses… et que, etc. Le premier membre de la proposition a été omis.
[Les mots qui manquent ne seraient-ils pas simplement ὲκείνου τε, rappelant ce qui précède ? Je lirais volontiers : καὶ μέμνησο ἀμφοτέρων, ὲκείνου τε καὶ ὄτι ἀδιάφορον κτλ.]
↑ [Involontaires, parce que « nul n’est méchant volontairement ». Cf. supra, p. 48, note 2 ; cf. surtout la pensée suivante.]
↑ ὐλικὴ a été remplacé par λογική. Cette correction, proposée par Casaubon, est certaine : λογικὴ est ici, comme en bien d’autres cas, rapproché de κοινωνική).