Vie écrite par elle-même (page 9)
•436 AVIS DE LA BIENHEUREUSE hors de là. L'oubli de vous-même et l'amour de votre abjection sont les plus courts moyens d'y arriver.
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Cette manière d'oraison est bonne ; demeurez-y dans une par- faite conformité au bon plaisir de Dieu, soit qu'il vous console ou vous afflige, faisant souvent des actes de soumission et d'aban- don, en vous détournant simplement des distractions. Ne nous troublez point pour toutes les craintes de l'enfer : j'espère que l'amour du sacré Cœur vous en garantira. Faites là- dessus force actes d'espérance et de confiance en sa bonté, laquelle ne vous abandonnera pas. Et pour ce qui est de vous avoir reprise de vos défauts, la tendre affection que j'ai pour vous ne me permettrait pas de vous les celer, car j'ai un grand désir de votre perfection et avancement au saint amour : il n'y a rien que je ne voulusse faire et souffrir pour cela, hors le péché. Travaillez-y donc tout de bon , car Dieu veut cela de vous, et si vous ne le faites, il ne laissera pas de vous faire rendre compte des grâces que vous au- riez reçues si vous aviez été fidèle. Vous en savez assez. Faites gaiement et de bon cœur ce que vous savez, suivant les lumières qu'il vous donne, et ne m'oubliez pas dans vos prières, car pour moi je puis vous assurer que vous êtes très- avant dans mon cœur, et par conséquent dans mes indignes prières. A Dieu, mais tout à Dieu, sans réserve, ma très-aimée Sœur dans le sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus- Christ, que je supplie vous consommer dans son saint amour. Amen éternellement.
XI
A une novice. Sur le parfait abandon à la volonté de Dieu.
VIVE f JÉSUS!
Je veux bien vous répondre un mot, ma bien-aimée Sœur, se- lon votre souhait. Premièrement, il me semble que vous devez vous attacher inviolablement à ces paroles de notre saint Fonda- teur : Ne demandez rien, et ne refusez rien ; mais vous tenez prête
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•436 AVIS DE LA BIENHEUREUSE et disposée à tout faire et à tout souffrir dans le silence d'une àme parfaitement abandonnée, comme je pense que Notre -Seigneur veut la votre. Abandon pour le corps, prenant indifféremment la maladie comme la santé, le travail comme le repos. Abandon pour L'esprit, chérissant les sécheresses, les insensibilités, les désolations, et les acceptant avec les mêmes actions de grâces que vous feriez des douceurs et consolations; tenant toujours votre came en paix, la faisant agir dans la parfaite nudité de la foi, sans vous amuser au goût sensible qui ne sert le plus souvent qu'à vous arrêter au chemin de votre perfection.
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Le troisième abandon est celui du cœur, siège de l'amour et de la volonté , laquelle vous devez tellement faire mourir dans le sacré Cœur de Notre -Seigneur Jésus- Christ que vous le laissiez vouloir pour vous tout ce qui sera de son plaisir; ne vous procu- rant ni plaisir ni souffrance, mais prendre avec agrément tout ce qu'il vous présentera, soit doux ou amer, puisque c'est le même amour qui vous présente l'un et l'autre pour vous sancti- fier à son gré. Supportez doucement les petites contradictions qui vous viennent de la part du prochain, et son humeur con- traire à la vôtre, sans lui témoigner vos ressentiments, car cela est contraire au sacré Cœur de Notre- Seigneur.
Et pour votre oraison, si vous voulez vous en tenir à ce que je vous en ai dit, vous demeurerez dans cette disposition que vous me marquez dans votre écrit, paisible et tranquille, suppléant à votre esprit par ce seul acte d'abandon à la volonté de Dieu, demeurant ainsi en sa douce présence comme une servante inu- tile, sans vouloir vous violenter à faire des actes, sinon de temps en temps et lorsqu'il vous le suggérera, ne vous mettant point en peine des suggestions de votre amour-propre, qui vous dit que vous perdez le temps, ne faisant rien. Ne l'écoutez pas, mais jetez votre pensée au Seigneur.
Faites, ma chère Sœur, que votre principal soin soit de vous quitter vous-même et toutes les réflexions d'amour- propre qui font un obstacle aux desseins de Dieu sur vous. Abîmez toutes vos misères dans la miséricorde de Dieu, et ne pensez plus qu'a l'aimer en vous oubliant vous-même; et puis laissez -le faire tout ce qu'il voudra en vous, de vous et pour vous.
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Voilà, ma chère Sœur, ce qui m'est venu en pensée de vous dire, espérant de la grâce de ce divin Cœur que si vous êtes fidèle à les pratiquer, il vous fera sentir les effets de sa libéralité c'est-à-dire si vous vous confiez pleinement en son amoureuse bonté, à laquelle je vous supplie de recommander la plus indigne de toutes les pécheresses, afin qu'il me donne l'esprit de péni- tence, et la grâce de vivre et mourir en son saint amour. Ne doutez pas que je vous aime dans le sacré Cœur de Jésus de toute l'affection du mien.
Prenez pour votre devise: L'amour divin m'a vaincue, lui seul possédera mon cœur.
XII
A une autre qui souffrait de grandes peines intérieures.
Je prie le sacré Cœur de Notre-Seigneur que, puisque ce n'est pas son bon plaisir de faire cesser la tempête chez vous, d'être lui-même votre soutien, afin que vous demeuriez ferme et iné- branlable et tranquille au milieu de l'orage, qui ne vous doit nul- lement troubler, parce qu'il ne vous renversera pas tandis que vous vous tiendrez constamment attachée à lui par une amou- reuse confiance et forte tranquillité, par la pointe de l'esprit, sans goût ni sentiment, laissant crier votre ennemi et frapper tant qu'il lui sera permis. C'est bon signe quand il fait tant de bruit : il n'a pas son compte tandis qu'il clabaude tant. Cepen- dant soyez fidèles à ne pas consentir à toutes ses suggestions, y renonçant par un simple désaveu , sans vous mettre en peine de faire des actes sensibles de votre volonté. Le sacré Cœur de Jésus connaît bien tout ce qui se passe dans le vôtre, et c'est pourquoi il permet vos peines. Tenez-vous en paix, et abandon- nez-vous toutes à ses dispositions sur votre âme. Espérez en sa bonté; et que votre confiance redouble à mesure que vos peines augmentent. Soyez fidèle à la pratique de la vertu, n'en négli- geant point d'occasion volontairement.
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Regardez -vous comme un arbre planté le long des eaux, qui porte son fruit en sa saison; et plus il est combattu par les vents, plus il enfonce ses racines dans la terre. De même, plus vous serez combattue des vents de la tentation, plus il faut enfoncer vos racines d'une profonde humilité dans le sacré Cœur de Jésus- Christ, lequel je supplie vous environner de sa puissance comme d'un mur inexpugnable à tous ses ennemis, disant: Sacré Cœur de Jésus, rendez mes ennemis confus.
XIII
A une novice qui entretenait une affection particulière qu'elle ne lui avait pas découverte avec simplicité.
Je suis bien aise, ma chère Sœur, que Notre- Seigneur vous ait fait connaître cet obstacle à votre perfection par un autre moyen que par le mien, espérant qu'il vous en fera mieux com- prendre l'importance lui-même que je n'aurais pu faire. Mais sachez, mon enfant, que ce n'est pas le tout d'avoir connu cette faute, si vous ne venez a l'amendement par un généreux déta- chement de cette Sœur. Et voici les moyens qu'il faut prendre : c'est de lui témoigner de l'indifférence pour sa santé, pour- chasser cet empressement pour tout ce qui la concerne; n'en parlant que par nécessité', n'affectant point de vous mettre près d'elle dans les conversations, n'usant avec elle d'aucune caresse ni témoignage d'affection, par des paroles de complaisances, flat- teries, ou de louanges. Et si elle vous parle de l'indifférence que vous lui témoignez, dites- lui simplement que Notre- Seigneur vous a fait connaître que l'attachement que vous aviez pour elle était un obstacle à votre perfection. Et lorsque vous aurez fait quelque faute volontaire sur ce que je vous dis, vous m'en de- manderez la pénitence.
Mais remarquez que c'est le démon qui vous fait manquer de simplicité à vous en découvrir pour vous empêcher de rompre ce lien par lequel il vous tient attachée, et pour vous empêcher de
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AUX SŒURS DU NOVICIAT vous unir au sacré Cœur de Notre-Seigneur, lequel se retirera de votre cœur si vous vous attachez à quelque autre chose qu'à lui. Et lorsque vous manquerez à la simplicité vous perdrez l'amitié du sacré Cœur de Jésus, lequel laissera le vôtre comme une terre stérile qui ne produit que des épines et des chardons, c'esl-à-dire des fautes et imperfections. Gela s'entend quand nos fautes sont volontaires. Voilà, ma chère Sœur, ce que j'ai à vous dire sur votre billet; et que vous travailliez fidèlement à la mortification de vos sens, tâchant de vous rendre humble et simple, si vous voulez être avouée pour une vraie fille du sacré Cœur de Notre- Seigneur Jésus-Christ, lequel je vous supplie de prier pour la par- faite conversion de cette indigne pécheresse qui vous aime sincè- rement dans son saint amour.
XIV
A une novice imparfaite qui était tentée particulièrement
sur sa vocation.
AUX SŒURS DU NOVICIAT
C'est de toute l'affection de mon cœur, qui vous aime dans celui de Notre-Seigneur, que je voudrais, en contentant votre désir, vous pouvoir donner tout ce qui est de plus utile à la per- fection que notre bon Maître désire de vous, avec la force et le courage de l'accomplir. Après m'être adressée au sacré Cœur de Jésus, à l'oraison et à la communion, je vous dirai simplement ma pensée, laquelle j'espère qu'elle vous profitera, selon la croyance et l'attention que vous y ferez.
Premièrement, ne vous faites pas de peine à examiner si votre vocation vient de Dieu. Il n'en faut pas douter, et que vous ne soyez une de ces plantes que le Père céleste a mise dans son par- terre pour la cultiver de sa main, la conserver par sa provi- dence et la faire fleurir en odeur de suavité par les ardeurs de son amour, pourvu que votre volonté résiste courageusement aux empêchements que l'ennemi tâchera d'y mettre par l'opposition de notre nature corrompue , où il suscite de continuelles repu-
AUX SŒURS DU NOVICIAT gnances, dégoûts cl aversions du bien, tâchant de nous troubler et décourager, afin de nous empêcher de croître en la vertu et d'avancer l'œuvre de noire perfection. Mais il vous faut faire une généreuse violence, en vous rendant fidèle à Dieu, à vos règles et à vous -même.
Fidèle à Dieu, en ne disputant pas avec les mouvements de la
AUX SŒURS DU NOVICIAT ice lorsqu'elle vous presse de faire le bien et d'éviter le mal. Pensez que cette même grâce qui vous sollicite à présent si vive- ment, et à laquelle vous avez tant de fois résisté, se lassera, se ralentira peu à peu et se retirera de vous, laissant votre âme comme une terre sèche et stérile qui ne portera que du fruit de perdition. Dieu vous garde de ce malheur, lequel j'espère de sa bonté ne vous arrivera pas, si, lorsque vous entendez sa voix, vous n'endurcissez pas votre cœur; car elle vient et elle passe, et ne retourne plus. Après, nous la cherchons, nous la demandons sans pouvoir l'obtenir, car elle se joue de nous à son tour comme nous nous sommes joués d'elle. Voilà ce qui arrive aux âmes lâches : il les abandonne à elles-mêmes.
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En second lieu, il faut être fidèle à la règle, en ne négligeant rien de tout ce qu'elle demande de nous, quelque répugnance que la nature y puisse sentir.
En troisième lieu, il faut être fidèle à vous-même, en vous jugeant, vous condamnant et vous punissant vous-même. Voilà pour un article, lequel si vous le pratiquez, il assurera votre âme dans la crainte qu'elle a des jugements de Dieu, lequel vous aime et vous veut sauver, mais par une voie toute semée d'é- pines. Les piqûres produiront des roses qui ne flétriront jamais; et il ne faut pour cela que le sacrifice de votre volonté et de tous les vains plaisirs et amusements qui occupent votre cœur inutile- ment, et tenir toujours votre âme dans un parfait dénuement de tout le superflu, retranchant à votre cœur toutes les vaines incli- nations et affections, non- seulement aux personnes, mais aux choses propres et bien faites. Tout cela vous tient la place de Dieu et vous empêche de le trouver et de le posséder, car il ne vous enrichira de ses dons et de lui-même, qu'autant que vous vous dépouillerez des créatures et de vous-même. Rompez votre
•lonté, et soumettez votre jugement autant de fois que vous
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en trouverez l'occasion, car il me semble cela être bien agréable à Dieu.
Parlez de Dieu avec honneur et vénération, du prochain avec estime, et de vous-même avec mépris. Ayez une grande confiance en Dieu, et ne vous défiez jamais de sa miséricorde, qui sur- passe infiniment toutes nos misères. Jetez-vous souvent entre ses bras ou dans son divin Cœur, en vous abandonnant à tout ce qu'il voudra faire de vous. Ne vous abattez point parmi vos peines et sécheresses, mais souffrez -les en esprit de pénitence; comme tout le reste qui s'opposera à votre inclination.
Je ne sais pourquoi je vous en dis tant, car il me semble que les résolutions, que vous m'avez montrées contiennent déjà tout cela, et encore plus. C'est pourquoi je vous exhorte fort à les garder inviolablement , car Dieu ne peut être moqué. 11 vau- drait mieux ne pas promettre, que de le faire et ne pas tenir sa promesse : c'est nous condamner nous-mêmes par notre écrit.
Aimez constamment le sacré Cœur de Jésus-Christ; deman- dez-lui conseil en toutes vos difficultés, secours en toutes vos nécessités et en tout ce que vous ferez et souffrirez. Conformez- vous le plus qu'il vous sera possible à son humilité e