Vie écrite par elle-même (page 8)

Marguerite-Marie Alacoque · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — vieetoeuvres02alac (Vie et Œuvres de la Bse Marguerite-Marie Alacoque, éd. Gauthey, Paris : Poussielgue, 1876, t. II — djvu.txt) · 9 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

ÉCRITE PAR ELLE-MÊME 427 (suite)

[>] Quand il voulait me gratifier de quelque croix nou- velle, il m'y disposait par une abondance de caresses et de plaisirs spirituels si grands, qu'il m'aurait élé impossible de I - soutenir s'ils avaient duré, et je disais en ce temps : « 0 ■ mon unique amour, je vous sacrifie tous ces plaisirs. Gar- i dez-les pour ces âmes saintes qui vous en glorifieront plus i que moi, qui ne veux que vous seul, tout nu sur la croix, « où je vous veux aimer vous seul pour l'amour de vous- « môme. Otez-moi donc tout le reste, afin que je vous aime i sans mélange d'intérêt ni de plaisir. » Et c'était quelquefois dans ce temps qu'il prenait plaisir de contrarier mes désirs, comme un sage et expérimenté directeur, me faisant jouir lorsque j'aurais voulu souffrir. Mais je confesse que l'un et l'autre venaient de lui, et que tous les biens qu'il m'a faits, j'a été par sa pure miséricorde; car jamais créature ne lui a

ÉCRITE PAR ELLE-MÊME 427 mt résisté que moi, tant par mes infidélités que par la :rainte que j'avais d'être trompée. Et cent fois je me suis itonnée comme il ne m'anéantissait, ou ne m'abîmait pour

mt de résistances. Mais [•] quelque grandes que soient mes fautes, cet unique

ÉCRITE PAR ELLE-MÊME 427

>ien de mon âme ne me prive jamais de sa divine présence, [3^ comme il me l'a promis. Mais il me la rend si terrible lorsque je lui ai déplu en quelque chose, qu'il n'y a point de tourment qui [ne] me fut plus doux, et auquel je ne me sacri-

ÉCRITE PAR ELLE-MÊME 427 iasse plutôt mille fois que de supporter cette divine présence ît paraître devant la sainteté de Dieu, ayant l'âme souillée le quelque péché. [*] J'aurais bien voulu me cacher en ce

ÉCRITE PAR ELLE-MÊME 427 imps-là, et m'éloigner si j'avais pu, mais tous mes efforts étaient inutiles, trouvant partout ce que je fuyais, avec des

mrments si effroyables qu'il me semblait être en purga-

>ire, puisque tout souffrait en moi, sans nulle consolation,

li désir d'en chercher, ce qui me faisait dire quelquefois

« Et. — 2 Pour. — 3 Ainsi. — * Et.

430 VIE DE LA BIENHEUREUSE

ÉCRITE PAR ELLE-MÊME 427 dans ma douloureuse amertume : « Oh! qu'il est terrible de « tomber entre les mains d'un Dieu vivant. » Voilà la ma- nière dont il purifiait mes fautes, lorsque je n'étais pas assez prompte et fidèle à m'en punir moi-même. Et jamais je ne recevais aucune grâce particulière de sa bonté, qu'elle ne fût précédée de ces sortes de tourments; et après les avoir reçues, je me sentais jetée et abîmée dans un purgatoire d'humiliation et de confusion, où je souffrais plus que je ne peux l'exprimer; mais toujours dans une paix inaltérable, ne me semblant pas que rien puisse troubler la paix de mon cœur, quoique la partie inférieure fût souvent agitée, soit par mes passions, soit par mon ennemi, qui faisait tous ses ses efforts pour cela, n'y ayant rien où il soit plus puissant et où il gagne tant, qu'avec une âme qui est dans le trouble et l'inquiétude; il en fait son jouet et la rend incapable d'aucun bien.

Certifié et véritable, ce 22 juillet 1715.

Signé, Sœur Anne-Elisabeth DE LA GARDE.

Paraphé par nous le vingt-deux juillet mil sept cent quinze.

Signé, DOM DE BANSIÈRE, commissaire. CHALON, greffier.

ÉCRITE PAR ELLE-MÊME 427

Nous, Protonotaire Apostolique, Vicaire général, Archi- diacre d'Autun, avons reconnu comme autographe de la Bienheureuse Marguerite - Marie Alacoque cette biographie, écrite par elle-même, d'après l'ordre de ses supérieurs. Elle se compose de soixante-quatre pages.

En foi de ce :

Paray, le 26 février 1865.

Signé, G. BOUANGE, proton, apost.

Vie. gén., archid.

t

Place du sceau de l'évêché.

AVIS

QUI DEMANDAIENT SES CONSEILS

Ces avis sont tirés d'anciens manuscrits copiés sur les originaux, et conservés soit à la Visitation de Paray, soit à Fhospice de la même ville, soit en d'autres maisons religieuses. Nous indiquons autographes parvenus à notre connaissance.

vivl: i Jusus AVIS PARTICULIERS

-*—¥— *-

A une Sœur novice.

Elle l'exhorte au parfait dénuement.^

Je n'ai que ce petit mot à vous dire, ma très-aimée Sœur. Ce n'est que dans le parfait dénuement de vous-même et de tout ce qui n'est pas Dieu, que vous trouverez la vraie paix et le parfait bonheur ; car n'ayant rien, vous aurez tout dans le sacré Cœur de Jésus, qui veut vous sauver par là. Ne faites donc état que de ce qui vous aidera à vous dénuer et dépouiller. Soyez sourde à tous les raisonnements de la nature et de l'amour -propre, aveugle à toutes ces vues de respect humain, car tout cela fait un grand obstacle au pur amour, qui rejette le tiède, et ne se donne qu'à l' humble et fervent. Voilà ce que j'avais à vous dire, et que vous soyez fidèle à vos bonnes résolutions, afin que ce sacré Cœur ne vous rejette jamais, ce qu'il ne ferait que si vous le laissiez et abandonniez par mépris; mais j'espère que son amour vous gar- dera de ce malheur, car il vous aime et veut que vous lui rendiez du retour, en ne négligeant rien de ce qu'il vous fera connaître vouloir de vous. Aimez -le donc, en vous quittant et oubliant vous-même.

Priez pour cette indigne sœur qui vous aime tendrement.

t. ii. — 28

434 AVIS DE LA BIENHEUREUSE

II

A une Sœur novice qui lui avait soumis ses résolutions.

J'ai ajouté à vos résolutions le bon emploi du temps destiné à l'oraison et aux autres exercices spirituels. Cette fidélité vous soutiendra dans vos autres devoirs. Mettez sur les yeux de votre âme le bandeau de la sainte et amoureuse soumission à Dieu, et, pour l'amour de lui, à l'obéissance à qui aura droit de vous commander; et ainsi, sans détour ni réflexion, marchez en votre chemin, qui est celui de l'exactitude à l'observance de vos devoirs religieux, desquels vous ne devez point vous distraire, à moins que la charité ou la nécessité ne l'exige de vous ; car tout le reste n'est qu'accessoire, et doit céder aux ordonnances marquées dans les règles, constitutions, coutumier et directoire.

III

A une autre.

Ma chère et bien -aimée Sœur, ce que je vous recommande particulièrement, c'est de ne vous attacher qu'à Dieu seul; car si vous pensez de vouloir partager votre cœur, il l'abandonnera et s'éloignera de vous, si vous n'anéantissez ces vues de respect humain et ces réflexions d'amour-propre qui vous empêchent de devenir intérieure. Car, mon enfant, prenez -y garde, la vertu ne consiste pas à faire de belles réflexions et résolutions, ni à dire de belles paroles, mais à faire de bonnes exécutions et de bons effets. A moins que cela, elles ne vous serviraient qu'à une plus grande condamnation. Soyez donc fidèle en votre intérieur, et rendez à Dieu ce que vous lui avez promis, tâchant de tout voire pouvoir de vous rendre humble et douce envers le pro- chain, aimant d'être reprise et corrigée d'un chacun sans vous

Al \ 3a URS DU N0\ ICIAT 435

Bicuser, recevant tous les événements de la Providence avec soumission, en disant toujours : Soit fait, mon Dieu, comme vous le voulez. Amen.

IV

A une Sœur novice. Elle lui dit sa pensée sur un billet qui lui était échu au sort.

Voici ce qui me vient en pensée à votre égard. C'est que Notre -Seigneur vous a fait échoir ce billet parce qu'il voulait que votre disposition fût conforme à la sienne extérieure au pré- toire. Premièrement, il veut que vous marchiez en pensant que vous l'accompagnez, et surtout quand vous allez à l'oraison, où il vous faut asseoir à ses pieds au milieu de ses ennemis qui le soufflettent, qui l'outragent et l'accusent injustement, sans qu'il reçoive aucun secours, sans qu'il prononce aucune parole pour demander secours, ou pour se plaindre ou excuser. 11 faut donc que vous tâchiez de l'imiter, en vous regardant environnée de vos ennemis qui se servent des tentations pour vous outrager et affli- ger, et comme vous souffleter ; et ainsi des autres qui crient après vous afin que vous soyez crucifiée. Eh bien! consentez-y de bon cœur. Et lorsque vous sentez qu'ils vous accusent intérieurement et vous font entendre que vous êtes digne de la mort éternelle, ne vous excusez point; mais en faisant un acte d'abandon, dites à Notre -Seigneur que vous espérez que sa miséricorde ne vous frustrera pas de la vie éternelle qu'il vous a méritée. Et en mé- moire du bandeau d'opprobre qui lui fut mis sur les yeux accep- tez de bon cœur vos ténèbres intérieures. Et comme il est destitué de toutes sortes de consolations et plongé dans toutes sortes d'op- probres, de même il faut souffrir les vôtres, demeurant ainsi destituée de tout appui au milieu de vos ténèbres, souffrir les orages et les tempêtes sur celte mer avec le calme d'une âme toujours paisible et tranquille , jusqu'à ce que vous soyez dé- pouillée de tout à l'imitation de Notre-Seigneur, pour vous revê-

•436 AVIS DE LA BIENHEUREUSE tir de la robe d'innocence et de pureté que vous trouverez au milieu de vos peines, si vous tâchez de les porter ainsi et de vous défaire de toutes les choses créées, car le Seigneur veut posséder nos cœurs dans un parfait dénuement de tout. Son saint nom soit béni !

V

•436 AVIS DE LA BIENHEUREUSE

A une autre qui avait tiré au sort un billet indiquant qu'elle devait être un cierge ardent devant Notre -Seigneur.

Je vous souhaite, ma très -aimée Sœur, la fidèle pratique de tout ce qui vous est marqué dans le billet que le sort vous a donné, et il me semble que le sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus- Christ sera content de vous, comme j'espère que vous le ferez de tout votre pouvoir. 11 faut donc , pour imiter ce cierge ardent, que votre cœur soit la cire blanche dont l'usage est pour brûler. Votre volonté sera comme la mèche , laquelle n'est pas d'un seul filet : de même il faut que votre volonté soit unie à vos affections pour faire en cela la mèche entière, propre à être brûlée par le feu du divin amour qui doit consumer en vous toutes les affections aux choses terrestres ; et je crois que si vous vous appliquez un peu à considérer tout ce que cela signifie, vous le connaîtrez mieux que je ne pourrais vous l'expliquer. Seulement j'ajoute qu'il me semble que vous devez vider votre cœur de tout, pour vivre dans un parfait dénuement de vous-même, pour ne vous remplir et revêtir que du pur amour, renonçant à toute vaine satisfaction et propre intérêt. Mais voyez, ma chère Sœur, il faut que vous soyez de ces violents qui ravissent le ciel par la force ; le Seigneur vous aidera. Ne vous laissez jamais abattre le courage ni troubler de rien. Tenez toujours votre âme en paix parmi les divers changements de la vie, et elle deviendra le trône de Dieu, à qui je crois que vous plairiez beaucoup si vous retranchiez tout retour et réflexion sur vous-même, car c'est là un des plus grands empêchements des effets de la grâce en vous ; mais soyez con- stamment fidèle à faire ou éviter tout ce que le Seigneur vous

Al X SŒ1 RS nu NOVICIAT

'.37

•436 AVIS DE LA BIENHEUREUSE fora connaître lui ôtre agréable ou lui déplaire, afin que vous ne perdiez jamais L'amitié de si>n sacré Cœur. Ne vous affligez pas pour tous ces dégoûts et sécheresses que vous sentez en le ser- vant ; voire amour en sera plus pur, et votre service plus agréa- ble si vous continuez à lui être fidèle dans une foi nue et simple. Cesl le souhait que vous fait votre indigne sœur et servante qui vous aime sincèrement et qui voudrait vous le pouvoir té- moigner. Priez le Seigneur qu'il me donne la pénitence finale.

VI

A une autre.

I «a Bienheureuse lui communique une pensée propre à son avancement.

•436 AVIS DE LA BIENHEUREUSE

Avant que de lire votre écrit, je vous ai voulu dire ce mot. Vous offrant hier à Notre-Seigneur, cette pensée me tomba dans l'esprit : « Quelle soit fidèle en sa voie, y souffrant tout sans se plaindre , puisqu'elle ne peut être au nombre des parfaites amies de mon Cœur, qu'elle ne soit purifiée et éprouvée dans le creuset de la souffrance. » Souffrez donc, et vous contentez du bon plai- sir divin, auquel vous devez toujours être immolée et sacrifiée, avec une ferme espérance et confiance que le sacré Cœur ne vous abandonnera pas, car il est plus proche de vous lorsque vous souffrez que lorsque vous jouissez. Il faut que l'amour divin donne nos désirs à la grâce, et qu'il triomphe de notre cœur et de tous les respects humains. Plus tant de retour sur nous-mêmes: souf- frir ou jouir nous doit être indifférent , pourvu que le sacré Cœur accomplisse en nous son bon plaisir.

438 AVIS DE LA BIENHEUREUSE

VII

A une Sœur novice qui avait de la difficulté à exprimer son état intérieur.

Ma chère Sœur, je vous suis bien obligée de toutes vos amitiés et charités que vous avez pour moi , qui vous rends mes petits services de bon cœur, parce que je vous assure que je vous aime sincèrement dans celui Notre -Seigneur. Et pour ce qui est de vous exprimer, demeurez en paix, je vous connais bien, cela suffit. Tenez-vous toujours dans votre oraison et ailleurs devant Notre-Seigneur comme une disciple devant son Maître, qui vous apprendra à bien faire sa volonté par le renoncement à la vôtre propre. Je le prie de vous en faire la grâce.

VIII

A une autre.

Sur la nécessité de se faire violence.

Je crois que le sacré Cœur de Notre-Seigneur veut de vous que vous fassiez attention à trois choses. La première, que vous l'ai- miez d'un amour de préférence qui vous fasse surmonter vos ré- pugnances, et mettre sous les pieds ces respects humains, ce « qu'en dira-t-on si je fais cette pratique de vertu? » — 11 faut mé- priser tout cela partout où il s'agira de plaire à ce divin Cœur. — De plus, il ne faut mésestimer, juger ni condamner que vous- même , et par cette pratique vous observerez .celle de la charité et de Thumilité, et vous éviterez le jugement et la condamnation de votre Juge. — La troisième, c'est qu'il veut être l'objet de toutes vos complaisances et que vous preniez tout votre plaisir en lui, pour vous rendre digne qu'il le prenne en vous. Il veut que

Ai \ SŒURS DU NOVICIAT 139

•436 AVIS DE LA BIENHEUREUSE vous régliez votre cœur sur les vertus du sien. Et si vous saviez combien vous l'affligez quand vous manquez à la charité ou à l'humilité, ou lorsque par lâcheté vous négligez les vues qu'il vous donne de vous retirer de la dissipation et des réflexions sur vous-même ! Cela lui fait horreur et l'empêche de vous départir ses grâces plus abondamment. Je crois vous avoir dit tout cela, mais il souhaite que je vous le recommande encore, car il me semble qu'il ne vous veut pas donner de nouvelles pratiques pour le présent ; mais vous lui plairez et le contenterez beaucoup si vous vous rendez fidèle à celles qui vous avez. Tâchez donc de correspondre à son amour, en lui donnant tout le vôtre dans une exacte et fidèle pratique de toutes nos saintes observances, ban- nissant toute vaine curiosité et ne vous étonnant ni découra- geant des difficultés, tenant toujours votre âme en paix sans vous plaindre de rien, faisant votre plaisir de vous anéantir. Et si vous aimez , rien ne vous sera difficile.

IX

A une autre.

•436 AVIS DE LA BIENHEUREUSE

Elle l'engage à étudier et à imiter le Cœur de Jésus , et lui recommande en particulier la pratique du recueillement.

VIVE t JÉSUS!

J'ai lu votre écrit selon votre désir, ma très -chère et bien- aimée Sœur, et je n'y refuse pas ce mot de réponse, pour vous inviter à toujours bien aimer le sacré Cœur de notre bon Maître, lequel, j'espère, ne vous abandonnera pas, pourvu que vous vous confiiez humblement à son amoureuse bonté. Il prend un grand plaisir de faire du bien aux pauvres et d'enseigner ceux qui désirent profiter en l'école du saint amour, lequel nous crie incessamment d'être doux et humble de cœur comme lui. Et ainsi, mon bon enfant, je crois que vous ne sauriez rien faire qui gagne plus son amitié et qui vous rende plus agréable devant lui

440 AVIS DE LA BIENHEUREUSE

•436 AVIS DE LA BIENHEUREUSE que d'être bien douce et humble, mais d'une vraie humilité qui vous rende soumise à un chacun, et qui vous fasse souffrir en silence les petites mortifications et humiliations qui vous arri- vent, tout gaiement, de bon cœur, sans vous excuser ni vous plaindre, pensant toujours que vous en méritez davantage, ré- primant courageusement les sentiments de la nature immortifiée. Lorsque vous y aurez manqué ou que vous aurez témoigné vos répugnances, vous baiserez six fois la terre, en disant : Miserere mei Deus, seulement ce premier verset.

•436 AVIS DE LA BIENHEUREUSE

De plus, mon enfant, il faut toute votre vie être bien recon- naissante de votre vocation, car c'est une grâce bien particulière qu'il ne fait pas à tout le monde, et de laquelle il faudra rendre compte à l'heure de la mort. Et pour témoigner que vous l'aimez il faut être bien fidèle à la pratique de toutes nos saintes obser- vances, sans rien négliger. Mais ce que je vous recommande le plus, c'est de vous rendre bien attentive au saint recueillement, retranchant à vos yeux, à votre langue et à vos oreilles toutes vaines curiosités, qui sont souvent la source et la matière de toutes nos distractions dans nos exercices. Voilà ce que je vous recom- mande particulièrement, parce que je crois que vous ne pouvez plaire au sacré Cœur qu'en vous rendant fidèle à ces pratiques, qui l'obligeront d'avoir un particulier soin de vous, et de vous prendre en sa protection. Et le moyen de vous rendre bien fidèle est de le bien aimer, évitant tout ce que vous connaissez qui lui peut déplaire.

Je suis bien aise que Notre -Seigneur vous attire, dans votre oraison, à regarder la grande miséricorde de son sacré Cœur. De- mandez-lui bien de l'exercer sur vous et sur tous les pécheurs, dont je suis la plus méchante. Priez -le bien qu'il me donne son saint amour et le pardon de mes péchés. Je le prierai aussi pour vous et pour votre sœur, de laquelle il ne vous faut point troubler, mais vous contenter de la recommander à Notre- Seigneur, qui, j'espère, ne l'abandonnera pas. Adieu. Bonsoir.

Al \ SŒl'IïS nu noviciat m

\

A une novice professe qui était tourmentée par des peines intérieures.

Pour ce qui est de vos peines, je vous dirai simplement ma pensée comme à ma chère et bien-aimée Sœur. En premier lieu, je crois que c'est l'effet d'un très- grand amour de Notre-Sei - gneur envers vous que cette crainte qu'il vous donne ; car, voyant son amour n'être pas assez fort pour vous faire faire le bien et éviter le mal , il mêle la crainte avec l'amour, afin que tous deux ensemble vous fassent faire ce qu'il désire de vous. Ayez donc tou- jours une crainte amoureusement filiale qui vous fasse opérer le bien et éviter le mal; et rejetez toute autre crainte, car elle ne vient que de l'esprit de ténèbres; et faites que l'amour chasse peu à peu cette crainte, disant en chacune de vos actions : Mon Dieu, c'est pour l'amour de vous que j'ai fait cela, renonçant à toute autre intention. Renouvelez autant de fois vos vœux que vous vous sentirez attaquée de ces peines.

Ce qui affaiblit la grâce de l'amour en votre cœur c'est qu'il est trop attaché à la créature et au plaisir de se satisfaire. Il faut mourir à tout cela, si vous voulez que le pur amour règne en votre cœur; il faut de plus rompre cette attache à votre volonté, car elle déplaît beaucoup au sacré Cœur de Jésus, lequel permet que vous sentiez des dégoûts à l'oraison et aux pratiques de la vertu, parce que vous goûtez trop la créature; et c'est aussi pour vous donner plus grande matière de mérite ; mais il veut votre fidélité constante. Quoi qu'il vous coûte, il faut persévérer, car le sacré Cœur est ennemi de toutes sortes d'inconstances, et c'est là votre plus grand mal ; mais il n'y a que vous avec la grâce de Dieu qui y puissiez remédier en vous faisant violence continuellement, et il faut vous y résoudre.

Vous ne trouverez jamais la vraie paix jusqu'à ce que vous soyez dans le parfait dénuement où Dieu vous veut. Travaillez-y donc fervemment, parce qu'il n'y a point de perfection pour vous

442 AVIS DE LA BIENHEUREUSE

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