Vie écrite par elle-même

Marguerite-Marie Alacoque · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — vieetoeuvres02alac (Vie et Œuvres de la Bse Marguerite-Marie Alacoque, éd. Gauthey, Paris : Poussielgue, 1876, t. II — djvu.txt) · 9 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

ra, il aimera, il désirera pour moi , et suppléera à tous mes défauts. VIE DE LA BIENHEUREUSE MARGUERITE -MARIE ALACOQUE Tirée textuellement d'un manuscrit écrit par elle-même D'APRÈS L'ORDRE DU P. ROLIN, SON DIRECTEUR » *■« VIVE f JÉSUS!

C'est donc pour l'amour de vous seul, ô mon Dieu , que je me soumets d'écrire ceci par obéissance, en vous demandant pardon de la résistance que j'y ai faite. Mais comme il n'y a que vous qui connaissiez la grandeur de la répugnance que j'y sens, aussi n'y a - 1— il [que] vous seul qui me puissiez donner la force de la surmonter, ayant reçu celte obéissance comme de votre part, voulant punir par là le trop de joie et de précaution que j'avais prise pour suivre la grande incli- nation que j'ai toujours eue de m'ensevelir dans un élernel oubli des créatures; et une fois, après avoir tiré des pro- messes des personnes que je croyais y pouvoir contribuer, et brûlé les écrits que j'avais faits par obéissance, c'est-à-dire, ceux qu'on m'avait laissés, cette ordonnance m'a été faite. I » mon souverain Bienl que je n'écrive rien que pour votre plus grande gloire, et ma plus grande confusion.

O mon unique Amour! combien vous suis [-je] redevable de m'avoir prévenue dès ma plus tendre jeunesse, en vous rendant le maître et le possesseur de mon cœur, quoique vous

t. n. — 22

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connussiez bien les résistances qu'il vous ferait! Aussitôt que je me sus connaître, vous fîtes voir à mon âme la laideur du péché, qui en imprima tant d'horreur dans mon cœur, que la moindre tache m'était un tourment insupportable; et pour m'arrêter dans la vivacité de mon enfance l'on n'avait qu'à me dire que c'était offenser Dieu : cela m'arrêtait tout court, et me retirait de ce que j'avais envie de faire.

Et sans savoir ce que c'était, je me sentais continuellement pressée de dire ces paroles : 0 mon Dieu, je vous consacre ma pureté et je vous fais vœu de perpétuelle chasteté. [*] Je les dis, une fois, entre les deux élévations de la sainte Messe, que, pour l'ordinaire, j'entendais les genoux nus, quelque froid qu'il fît. Je ne comprenais point ce que j'avais fait, ni que voulait dire ce mot de vœu, non plus que celui de chas- teté. Toute mon inclination n'était que de me cacher dans quelque bois, et rien ne m'empêchait, que la crainte de trouver des hommes.

La très-sainte Vierge a toujours pris un très-grand soin de moi, qui avais [en elle] mon recours en tous mes besoins; et elle m'a retirée de très -grands périls. Je n'osais point du tout m'adresser à son divin Fils, mais toujours à elle, à la- quelle je présentais la petite couronne du Rosaire, les genoux nus en terre, ou en faisant autant de génuflexions en baisant la terre, que d'Ave Maria.

Je perdis mon père fort jeune, et comme j'étais unique de fille et que ma mère, s'étant chargée de la tutelle de ses en- fants, quittaient au nombre de cinq, demeurait très-peu au logis, par ce moyen j'ai été élevée jusqu'à l'âge d'environ huit ans et demi sans autre éducation que des domestiques et villageois.

reuse sont ceux qu'il suffit de retrancher pour rendre la phrase correcte et intelligible.

échut: par elle-même 339

On me mil dans une maison religieuse, où on me lit com- munier que j'avais environ neuf ans, et cette communion répandit tant d'amertume pour moi sur tous les plaisirs et divertissements, que je n'en pouvais plus goûter aucun, en- que je les cherchais avec empressement; mais lors même que j'en voulais prendre avec mes compagnes, je 'sentais toujours quelque chose qui me tirait et m'appelait en quelque petit coin, et ne me donnait point de repos que je ne L'eusse suivi; et puis, il me faisait mettre en prières, mais aque toujours prosternée, ou les genoux nus, ou faisant • Ils génuflexions, pourvu que je ne fusse pas vue, mais ce m'était un étrange tourment lorsque j'étais rencontrée.

J'avais grande envie de faire tout ce que je voyais faire aux religieuses, les regardant toutes comme des saintes, pensant que, si j'étais religieuse, je la deviendrais comme elles; cela m'en fit prendre une si grande envie, que je ne irais que pour cela, quoique je ne les trouvasse pas assez retirées pour moi; et n'en connaissant point d'autres, je pensais qu'il fallait demeurer là.

Mais je tombai dans un état de maladie si pitoyable que

je fus environ quatre ans sans pouvoir marcher. Les os me

aient la peau de tous côtés ; ce qui fut la cause qu'on ne

me laissa que deux ans dans ce couvent, et on ne put jamais

trouver aucun remède à mes maux, que de me vouer à la

sainte [Vierge], lui promettant que si elle me guérissait, je

13 un jour une de ses filles. Je n'eus pas plutôt fait ce

1, que je reçus la guérison, avec une nouvelle protection

«le la Ires-sainte Vierge, laquelle se rendit tellement maîtresse

de mon cœur, qu'en me regardant comme sienne, elle me

gouvernait comme lui étant dédiée, me reprenant de mes

fautes et m'en soignant à faire la volonté de mon Dieu ; et il

m'arriva une fois que m'étant assise en disant notre rosaire,

elle se présenta devant moi, et me fit cette réprimande qui

'est jamais etfacée de mon esprit, quoique je fusse encore

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bien jeune : « Je m'étonne, ma fille, que tu me serves si né- gligsmment! » Ces paroles laissèrent une telle impression dans mon àme, qu'elles m'ont servi toute ma vie.

Ayant recouvré la santé, je ne pensai plus qu'à chercher du plaisir dans la jouissance de ma liberté, sans me soucier beaucoup d'accomplir ma promesse. Mais, ô mon Dieu ! je ne pensais pas alors, ce que vous m'avez fait connaître et expé- rimenter du depuis, qui est que votre sacré Cœur, m'ayant enfantée sur le Calvaire, avec tant de douleurs, [l] la vie que vous m'y aviez donnée ne pouvait s'entretenir que par l'ali- ment de la Croix , laquelle serait mon mets délicieux. Voici comment : sitôt que je commençai à respirer l'air de la santé, je me portai à la vanité et à l'affection des créatures, me flattant que la tendresse que ma mère et mes frères avaient pour moi, me mettait en liberté de prendre mes petits diver- tissements, en me donnant du bon temps autant que je voudrais. Mais vous me fîtes bien voir, ô mon Dieu, que j'étais bien éloignée de mon compte, lequel j'avais fait sui- vant mon inclination, naturellement portée au plaisir, mais non selon vos desseins, qui se trouvèrent bien éloignés des miens.

Ma mère s'était dépouillée de son autorité dans sa mai- son, pour la remettre à quelqu'autres qui s'en prévalurent de telle manière, que jamais, elle, ni moi, ne. fûmes en si grande captivité; non que je veuille blâmer ces personnes en ce que je vais dire, ni croire qu'elles fissent mal en me faisant souffrir (mon Dieu ne me permettait pas cette pensée), mais seulement de les regarder comme instruments dont il se servait pour accomplir sa sainte volonté. Nous n'avions donc plus aucun pouvoir dans la maison, et n'osions rien faire sans permission. C'était une continuelle guerre, et tout était fermé sous la clef, en telle sorte, que souvent je ne me

ÉCRITE PAR ELLE-MEME 341 trouvais pas même de quoi m'habiller pour aller à la sainte Messe, [à moins] que je n'empruntasse coiffe et habits. Ce lui pour lors que je commençai à sentir ma captivité, à la- quelle je m'enfonçai si avant, que je ne faisais rien, et ne sortais point sans l'agrément de trois personnes.

ÉCRITE PAR ELLE-MEME 341

Ce fut dès lors que toutes mes affections se tournèrent à chercher tout mon plaisir et consolation dans le très -saint Sacrement de l'autel. Mais me trouvant dans un village éloigné de l'église, je n'y pouvais aller qu'avec l'agrément de ces personnes ; et il se trouvait que quand l'une le voulait, l'autre ne l'agréait pas; et souvent lorsque j'en témoignais ma douleur par mes larmes, l'on me reprochait que c'était que j'avais donné quelque rendez -vous à quelques garçons, et qu'il m'était bien sensible de ne les pouvoir aller trouver, sous le prétexte de vouloir aller à la sainte Messe, ou béné- diction du saint Sacrement. Et moi qui me sentais dans mon cœur une si grande horreur de tout cela, que j'aurais plutôt consenti à voir déchirer mon corps en mille pièces que d'avoir telle pensée ! C'était pour lors que, ne sachant où me réfugier, sinon en quelque coin de jardin, ou d'étable, ou autre lieu secret, où il me fût permis de me mettre à genoux pour ré- pandre mon cœur par mes larmes devant mon Dieu, par l'en- tremise de la très-sainte Vierge, ma bonne Mère, à laquelle j'avais mis toute ma confiance, [*] je demeurais là des jour- nées entières, sans boire ni manger. Mais cela était ordinaire, et quelquefois quelques pauvres gens du village me don- naient par compassion un peu de lait ou de fruit sur le soir. El puis, lorsque je retournais au logis, c'était avec une : jmJe crainte et tremblement, qu'il me semblait être une pauvre criminelle qui venait recevoir sa sentence de con- damnation ; et je meserais estiméeplus heureuse d'aller men- dier mon pain, que de vivre comme cela, car souvent je n'en

« Et.

342 VIE DE LA BIENHEUREUSE

ÉCRITE PAR ELLE-MEME 341 osais prendre sur table. Car du moment que j'entrais à la maison, la batterie recommençait plus fort, sur ce que je n'avais pas pris soin du ménage et des enfants de ces chères bienfaitrices de mon âme ; et sans qu'il me fût loisible de dire un seul mot, je me mettais à travailler avec les domestiques. Ensuite de quoi, je passais les nuits comme j'avais passé le jour, à verser des larmes, au pied de mon crucifix, lequel me fit voir, sans que j'y comprisse rien, qu'il voulait se rendre • le maître absolu de mon cœur, et qu'il voulait me rendre en tout conforme à sa vie souffrante; que c'était pourquoi il se voulait rendre mon maître , en se rendant présent à mon âme , pour me faire agir comme il agissait parmi ses cruelles souf- frances, qu'il me faisait voir avoir souffert pour mon amour. Et dès lors mon âme en demeura si pénétrée, que j'aurais désiré que mes peines n'eussent pas cessé d'un moment. Car depuis il m'était toujours présent, sous la figure du crucifix ou d'un Ecce homo portant sa croix; ce qui imprimait en moi tant de compassion et d'amour des souffrances, que toutes mes peines me devinrent légères en comparaison du désir que je sentais d'en souffrir pour me conformer à mon Jésus souffrant. Et je m'affligeais de voir que ces mains qui se levaient quelquefois pour me frapper, étaient retenues , et ne déchargeaient pas sur moi toute leur rigueur. Je me sentais continuellement pressée de rendre toutes sortes de services et bons offices à ces véritables amies de mon âme, qui se serait sacrifiée de bon cœur pour eux ; n'ayant de plus grand plaisir que de leur faire du bien, et en dire tout celui que je pouvais. Mais ce n'était pas moi qui faisais tout ce que j'écris et écrirai bien malgré moi, mais c'est mon souverain Maître, qui s'était emparé de ma volonté, et ne me permettait pas même de former aucune plainte, murmure ou ressen- timent contre ces personnes; ni même [de] souffrir qu'on me plaignît et portât compassion, disant qu'il en avait usé ainsi, et qu'il voulait que, lorsque je ne pourrais empêcher

ÉCRITE PAR ELLE-MÊME 343 que Ton n'en parlât , [•] [je] leur donnasse tout le bon droit et à moi tout le tort, disant, comme c'est la vérité, que mes péchés en méritaient bien d'autres.

ÉCRITE PAR ELLE-MÊME 343

Mais dans l'extrême violence qu'il me faut faire en écrivant , que j'avais toujours tenu caché avec tant de soin et de précaution pour l'avenir, tâchant même de n'en conserver aucune idée dans ma mémoire, afin de tout laisser dans celle il.1 mon bon Maître, [-] je [lui] fis mes plaintes dans la grande répugnance que je sens; mais il m'a fait entendre et dit : Poursuis, ma fille, poursuis, il n'en sera ni plus ni moins » pour toutes tes répugnances ; il faut que ma volonté s'ac- « complisse. — Mais, hélas! mon Dieu, comment me sou- « venir de ce qui est passé depuis plus d'environ vingt-cinq u ans? — Ne sais-tu pas que je suis la mémoire éternelle de « mon Père céleste qui ne s'oublie jamais de rien, et dans « laquelle le passé et le futur sont comme le présent? Ecris « donc sans crainte tout suivant que je te dicterai, te pro- i mettant d'y répandre l'onction de ma grâce, afin que j'en « sois glorifié.

« Premièrement, je veux cela de toi pour te faire voir que « je me joue, en rendant inutiles toutes les précautions que « je t'ai laissé prendre pour cacher la profusion des grâces « dont j'ai pris plaisir d'enrichir une aussi pauvre et chétive « créature que toi, qui n'en dois jamais perdre le souvenir, « pour m'en rendre de continuelles actions de grâces.

« En second lieu, pour t'apprendre que tu ne te dois point « approprier ces grâces, ni être chiche de les distribuer aux « autres, puisque je me suis voulu servir de ton cœur comme i d'un canal pour les répandre selon mes desseins dans les unes, dont plusieurs seront retirées par ce moyen de l'a- bîme de perdition, comme je te le ferai voir dans la suite. « Et en troisième lieu, pour faire voir que je suis la Vérité

» Qlk-. — 2 Auquel.

344 VIE DE LA BIENHEUREUSE

« éternelle, qui ne peut mentir, je suis fidèle à mes pro- « messes, et que les grâces que je l'ai faites peuvent souffrir a toutes sortes d'examens et d'épreuves. » Après ces paroles, je me suis sentie tellement forlifiée, que, malgré la grande [peine] que je sens que cet écrit ne soit vu, je suis résolue de poursuivre quoi qu'il m'en coûte, pour accomplir la volonté de mon souverain Maître.

La plus rude de mes croix était de ne pouvoir adoucir celles de ma mère, qui m'étaient cent fois plus dures à supporter que les miennes, quoique je ne lui donnais pas la consolation de m'en dire un mot, crainte que nous n'offensassions Dieu en prenant plaisir à parler de nos peines. Mais c'était dans ses maladies où ma souffrance était extrême, car, étant tout abandonnée à mes petits soins et services, elle souffrait beau- coup; d'autant que tout se trouvait quelquefois fermé à clef, il me fallait aller mendier jusqu'aux œufs et autres choses nécessaires aux malades. Ce n'était pas un petit tour- ment à mon naturel timide, encore chez des villageois qui m'en disaient souvent plus que je n'aurais voulu. Et dans un mortel érésipèle qu'elle eut à la tête, d'une grosseur, rougeur et dureté épouvantables, où on se contenta de lui faire faire une saignée par un petit chirurgien de village qui passait, lequel me dit qu'à moins que d'un miracle elle n'en pouvait revenir; sans que personne s'en affligeât, ni [se] mît en peine que moi, qui ne savais où recourir, ni à qui m'a- dresser, sinon à mon asile ordinaire, la très-sainte Vierge et mon souverain Maître.

[Dans] les angoisses ou j'étais continuellement plongée, ne recevant parmi tout cela que des moqueries, injures et accusations, je ne savais où me réfugier. Étant donc allée à la messe, le jour de la Circoncision [de] Notre-Seigneur, pour lui demander d'être lui-même le médecin et le remède

ÉCRITE PAR ELLE-MÊME 345 de ma pauvre mère, et de (n'enseigner ce que je devais faire, [»] il [le] (il avec tant de miséricorde, qu'étant de retour, je trouvai sa joue crevée, avec une plaie large d'environ la paume de la main, qui jetait une puanteur insupportable, et personne n'en voulait approcher. Je ne savais point panser les plaies, et môme ne les pouvais voir ni toucher auparavant celle-ci, pour laquelle je n'avais autre onguent que ceux de la divine Providence; j'y coupai tous les jours beaucoup de chair pourrie. Je me sentais tant de courage et de confiance en la bonté de mon Souverain, qui semblait être toujours sent, qu'enfin elle fut guérie dans peu de jours, contre toute apparence humaine.

ÉCRITE PAR ELLE-MÊME 345

Et pendant tous les temps de ses maladies, je ne me cou- chais ni ne dormais presque point; et ne prenais presque point de nourriture, passant souvent des jours sans manger. Miiis mon divin [Maître] me consolait et substantail d'une parfaite conformité à sa très -sainte volonté, ne me prenant qu'à lui de tout ce qui m'arrivait, lui disant: « 0 mon sou- i verain Maître! si vous ne le vouliez, cela n'arriverait pas;

■ mais je [vous] rends grâces de quoi vous le permettez

■ pour me rendre conforme à vous. » Parmi tout cela, je me sentais m fortement attirée à l'oraison, que cela me faisait

ÉCRITE PAR ELLE-MÊME 345 ucoup souffrir de ne savoir ni pouvoir apprendre comme il la fallait faire, n'ayant aucune conversation des personnes spirituelles; et je n'en savais autre chose que ce mot d'orai-

ÉCRITE PAR ELLE-MÊME 345 qui ravissait mon cœur. Et m'étant adressée à mon sou- verain Maître, il m'apprit comme il voulait que je la fisse; |ui m'a servi toute ma vie. Il me faisait prosterner hum- blemenl devant lui, pour lui demander pardon de tout [ce] en quoi je L'avais offensé , et puis , après l'avoir adoré , je lui offrais mon oraison, sans savoir comme il m'y fallait prendre.

uite il se présentait Lui-même à moi dans le mystère où

i Ce qu .

346 VIE DE LA BIENHEUREUSE

ÉCRITE PAR ELLE-MÊME 345 il voulait que je le considérasse : et il appliquait si fort mon esprit en tenant mon âme et toutes mes puissances englouties dans lui-même, que je ne sentais point de distractions, mais mon cœur se sentait consommé du désir de l'aimer, et cela me donnait un désir insatiable de la sainte communion et de souffrir. Mais je ne savais comme faire. Je n'avais pas de temps que celui de la nuit ; [f] j'en prenais ce que je pouvais, et quoique cette occupation me fût plus délicieuse que je ne le peux exprimer, je ne la prenais pas pour une oraison, et me sentais continuellement persécutée de la faire; lui pro- mettant qu'aussitôt qu'il me l'aurait apprise j'y emploierais tout le temps que je pourrais. Néanmoins, sa bonlé me tenait si fort dans l'occupation que je viens de dire, qu'elle me dé- goûta des prières vocales; lesquelles je ne pouvais faire devant le saint Sacrement, où je me sentais tellement tout appliquée, que jamais je ne m'y ennuyais. Et j'y aurais passé des jours et des nuits entières, sans boire ni manger, et sans savoir ce que je faisais, sinon de me consommer en sa présence comme un cierge ardent, pour lui rendre amour pour amour. Et je ne pouvais demeurer au bas de l'église, et quelque confusion que j'en sentisse dans moi-même, je ne laissais pas de me mettre tout le plus proche que je pouvais du très-saint Sacrement. Je n'estimais heureuses, et ne por- tais envie qu'à celles qui pouvaient communier souvent, et qui avaient la liberté de pouvoir demeurer devant le très- saint Sacrement, bien qu'il soit vrai que j'y employais très- mal mon temps, et que je crois que je ne faisais que le dés- honorer. Je tâchais de gagner l'amitié des personnes dont j'ai parlé ci-dessus afin d'obtenir quelques moments pour le saint Sacrement. Il arrivait, en punition de mes péchés, [que] je ne pouvais point dormir les veilles de Noël, et le curé de [la] paroisse criant tout haut à son prône, que ceux

ÉCRITE PAR ELLE-MÊME 347 qui n'auraient pas dormi ne devaienl point communier qu'ils De l'eussent fait, eJ moi ne le pouvant, je n'osais pas com- munier. Ainsi ce jour de réjouissance m'en était un de larmes, lesquelles me servaient de nourriture et de tout plaisir. Mais aussi avais -je commis de grands crimes! Car une fois, dans un temps de carnaval, étant avec d'autres filles, je me déguisai, par vaine complaisance, ce qui m'a été un sujet de douleur et de larmes pendant toute ma vie; aussi bien que la faute que je commettais, en prenant des ajus- lements de vanité, par ce môme motif de vaine complaisance aux personnes citées ci -dessus, [l] lesquelles Dieu a fait servir d'instruments à sa divine justice, pour se venger des injures que je lui ai faites par mes péchés, bien que ce fussent personnes vertueuses, lesquelles ne pensaient point faire de mal en tout ce qui s'est passé à notre égard ; et je croyais de même qu'elles n'en faisaient point, puisque c'était mon Dieu qui le voulait ainsi, et je ne leur en savais point mauvais gré*. Mais, hélas 1 mon Seigneur, ayez pitié de ma faiblesse, dans l'extrême douleur et confusion que vous imprimez si vivement en moi, en écrivant ceci, de vous avoir si long- lemps résisté à le faire. Soutenez -moi, mon Dieu, afin que je ne succombe sous la rigueur de ces justes reproches. Non, je proteste, moyennant votre grâce, de ne jamais résister, quand il m'en devrait coûter la vie et m'attirer tous les mé- pris des créatures et armer contre moi toutes les fureurs de l'enfer, pour vous venger de mes résistances, dont je vous demande pardon, et la force d'achever ce [que] vous désirez de moi, quelque répugnance que mon amour-propre m'y fass<; sentir.

ÉCRITE PAR ELLE-MÊME 347 la Bienheureuse se plaint de ces personnes, qui l'obligèrent ; runter des habita décents pour aller devant le très-saint Sacrement : it au temps de la première persécution. Ici, on l'oblige à revêtir la

vain» tempe de la seconde, quand on veut l'établir, et elle va en

parler quelques lignes plus bas.

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