L'Amour de la Sagesse éternelle (page 2)

Louis-Marie Grignion de Montfort · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — L'Amour de la Sagesse éternelle · 5 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

20. Voici comme la Sagesse même déclare ce qu'elle est, par

rapport à ses effets et ses opérations dans les âmes. Je ne

mêlerai point mes petites paroles avec les siennes, de peur

d'en diminuer l'éclat et la sublimité: c'est dans le chapitre

3. Elle sera élevée au milieu de son peuple et elle sera

admirée dans l'assemblée de tous les saints.

4. Elle recevra des louanges parmi la multitude des élus

et elle sera bénie de ceux qui seront bénis de Dieu. Elle

dira:

6. C'est moi qui ai fait naître dans le ciel une lumière

qui ne s'éteindra jamais et qui ai couvert toute la terre

comme d'un nuage.

8. J'ai fait seule tout le tour du ciel;j'ai pénétré la

profondeur des abîmes; j'ai marché sur les flots de la mer.

11. J'ai foulé par ma puissance aux pieds les coeurs de

tous les hommes, grands et petits; et, parmi toutes ces

choses, j'ai cherché un lieu de repos et une demeure dans

l'héritage du Seigneur.

12. Alors le Créateur de l'univers m'a donné des ordres

et m'a parlé: Celui qui m'a créée a reposé dans mon

tabernacle.

24. 14. J'ai été créée dès le commencement et avant tous les

siècles, je ne cesserai point d'être dans la suite de tous

les âges, et j'ai exercé, en sa présence, mon ministère dans

la maison sainte.

15. J'ai été affermie en Sion, j'ai trouvé mon repos dans

la cité sainte, et ma puissance s'est établie dans Jérusalem.

25. 16. J'ai pris racine dans le peuple que le Seigneur a

honoré, dont l'héritage est le partage de mon Dieu, et j'ai

établi ma demeure dans l'assemblée de tous les saints.

18. J'ai poussé mes branches en haut comme les palmiers

de la montagne de Cadès et comme les plants de rosiers de

Jéricho.

19. Je me suis élevée comme un bel olivier dans la

campagne et comme le plane qui est planté dans un grand

chemin, sur le bord des eaux.

20. J'ai répandu une senteur de parfum comme la cannelle

et le baume le plus précieux, et une odeur comme celle de la

myrrhe la plus excellente.

21. J'ai parfumé ma demeure comme le storax, le galbanum,

la boîte de parfum, l'onyx, la myrrhe, comme la goutte

d'encens tombée d'elle-même; et mon odeur est comme celle d'un

baume très pur et sans mélange.

23. J'ai poussé des fleurs d'une agréable odeur comme la

vigne, et mes fleurs sont des fruits de gloire et d'abondance.

25. En moi est toute la grâce de lavoie et de la vérité;

en moi est toute l'espérance de la vie et de la vertu.

29. Tous ces arbres et toutes ces plantes auxquels la Sagesse

se compare, qui ont des fruits et des qualités si différentes,

marquent cette grande variété d'états, de fonctions et de

vertus des âmes qui paraissent des cèdres, par l'élévation de

leur coeur vers le ciel; ou des cyprès, par la méditation

continuelle de la mort; ou des palmiers, par l'humble

souffrance de leurs travaux; ou des rosiers, par le martyre et

l'effusion de leur sang; qui portent leurs branches bien loin,

par l'étendue de leur charité pour leurs frères; et toutes les

autres plantes odoriférantes, comme le baume, la myrrhe et les

autres, qui sont moins exposées en vue, marquent toutes les

âmes retirées qui souhaitent d'être plus connues de Dieu que

des hommes.

30. Après que la Sagesse s'est représentée comme la mère et

la source de tous les biens, elle exhorte tous les hommes à

quitter tout pour la désirer uniquement, parce qu'elle ne se

donne, dit saint Augustin, qu'à ceux qui la désirent et la

recherchent avec autant d'ardeur qu'une si grande chose mérite

d'être recherchée.

La divine Sagesse marque, dans les paroles du 30 et 31

versets, trois degrés dans la piété, dont le dernier en est la

perfection:

3 Enfin, acquérir la lumière et l'onction nécessaires

pour inspirer aux autres l'amour de la Sagesse, pour les

conduire à la vie éternelle. CHAPITRE III

Merveilles de la puissance de la divine Sagesse

dans la création du monde et de l'homme. [1. Dans la création du monde]

31. La Sagesse éternelle a commencé à éclater hors du sein de

Dieu, lorsqu'après une éternité entière, elle fait la lumière,

le ciel et la terre. Saint Jean dit que tout a été fait par le

Verbe, c'est-à-dire la Sagesse éternelle: Omnia per ipsum

facta sunt. [Jn 1,3]

Salomon dit qu'elle est la mère et l'ouvrière de toutes

choses: Horum omnium mater est. Omnium artifex Sapientia.

Remarquez qu'il ne l'appelle pas seulement l'ouvrière de

l'univers, mais la mère, parce que l'ouvrier n'aime pas et

n'entretient pas son ouvrage comme une mère fait son enfant.

32. La Sagesse éternelle, ayant tout créé, demeure en toutes

choses pour les contenir, soutenir et renouveler: omnia

continet, omnia innovat. C'est cette beauté souverainement

droite qui, après avoir créé le monde, y a mis le bel ordre

qui y est. Elle a séparé, elle a composé, elle a pesé, elle a

ajouté, elle a compté tout ce qui y est.

Elle a étendu les cieux; elle a placé le soleil, la lune

et les étoiles et les planètes avec ordre; elle a posé les

fondements de la terre; elle a donné desbornes et des lois à

la mer et aux abîmes; elle a formé les montagnes; elle a tout

pesé et balancé jusqu'aux fontaines. Enfin, dit-elle, j'étais

avec Dieu, et je réglais toutes choses avec une justesse si

parfaite tout à la fois et une variété si agréable, que

c'était une espèce de jeu que je jouais pour me divertir et

divertir mon Père: Cum eo eram cuncta componens; et delectabar

per singulos dies, ludens coram eo omni tempore, ludens in

orbe terrarum. [Sg 1,7]

33. Ce jeu ineffable de la divine

Sagesse se voit, en effet,

dans les différentes créatures qu'elle a faites dans

l'univers. Car, sans parler des différentes espèces d'anges,

qui sont, pour ainsi dire, infinis en nombre; sans parler des

différentes grandeurs des étoiles, ni des différents

tempéraments des hommes, quel admirable changement ne voyons-

nous pas dans les saisons et dans les temps, quelle variété

d'instincts dans les animaux, quelles différentes espèces dans

les plantes, quelles différentes beautés dans les fleurs,

quels différents goûts dans les fruits! Quis sapiens, et

intelliget haec: Qui est celui à qui la Sagesse s'est

communiquée? Et celui-là seul aura l'intelligence de ces

mystères de la nature.

34. La Sagesse les a révélés aux saints, comme nous voyons

dans leurs vies; et ils ont été quelquefois si surpris de voir

la beauté, la douceur et l'ordre de la divine Sagesse dans les

plus petites choses, comme une abeille, une fourmi, un épi de

blé, une fleur, un petit ver de terre, qu'ils en tombaient

dans l'extase et le ravissement. [2. Dans la création de l'homme]

35. Si la puissance et la douceur de la Sagesse éternelle a

tant éclaté dans la création, la beauté et l'ordre de

l'univers, elle a brillé bien davantage dans la création de

l'homme, puisque c'est son chef d'oeuvre, l'image vivante de

sa beauté et de ses perfections, le grand vaisseau de ses

grâces, le trésor admirable de ses richesses, et son vicaire

unique sur la terre: Sapientia tua fecisti hominem, ut

dominaretur omni creaturae quae a te facta est. Sap. 9. [Sg

9,2]

36. Il faudrait ici, à la gloire de cette belle et puissante

ouvrière, expliquer la beauté et l'excellence originelle que

l'homme reçut d'elle lorsqu'elle le créa; mais le péché qu'il a

commis, dont les ténèbres et lessouillures ont rejailli

jusque sur moi, misérable enfant d'Eve, m'ont tellement

obscurci l'entendement que je ne puis que très imparfaitement

en parler.

37. Elle fit, pour ainsi dire, des copies et des expressions

brillantes de son entendement, de sa mémoire et de sa volonté

et les donna à l'âme de l'homme pour être le portrait vivant

de la Divinité; elle alluma dans son coeur un incendie de pur

amour pour Dieu, elle lui forma un corps tout lumineux, et

elle renferma en lui, comme en raccourci, toutes les

perfections différentes des anges, des bêtes et autres

créatures.

38. Tout dans l'homme était lumineux sans ténèbres, beau sans

laideur, pur sans souillure, réglé sans désordre et sans

aucune tache ni imperfection. Il avait pour apanage la lumière

de la Sagesse dans son esprit, par laquelle il connaissait

parfaitement son Créateur et ses créatures. Il avait la grâce

de Dieu dans son âme, par laquelle il était innocent et

agréable aux yeux du Très-Haut. Il avait dans son corps

l'immortalité. Il avait le pur amour de Dieu dans son coeur,

sans crainte de la mort, par lequel il l'aimait

continuellement, sans relâche, et purement, pour l'amour de

lui-même. Enfin il était si divin, qu'il était continuellement

hors de lui-même, transporté en Dieu, sans qu'il eût aucune

passion à vaincre ni aucun ennemi à combattre.

O libéralité de la Sagesse éternelle envers l'homme! O

heureux état de l'homme dans son innocence!

39. Mais, malheur des malheurs! Voilà ce vaisseau tout divin

qui se brise en mille morceaux; voilà cette belle étoile qui

tombe; voilà ce beau soleil qui est couvert de boue; voilà

l'homme qui pèche, et qui, en péchant, perd sa sagesse, son

innocence, sa beauté, son immortalité. Et enfin il perd tous

les biens qu'il avait reçus, et est asailli d'une infinité de

maux. Il a l'esprit tout hébété et ténébreux: il ne voit plus

rien. Il a le coeur tout glacé pour Dieu: il ne l'aime plus.

Il a l'âme toute noire de péchés: elle ressemble au démon. Il

a des passions toutes déréglées: il n'en est plus le maître.

Il n'a que la compagnie des démons, il en est devenu la

demeure et l'esclave. Il est attaqué des créatures: elles lui

font la guerre.

Voilà l'homme en un instant devenu l'esclave des démons,

l'objet de la colère de Dieu et lavictime des enfers!

Il se paraît à lui-même si hideux que de honte il va se

cacher. Il est maudit et condamné à la mort; il est chassé du

paradis terrestre et il n'en a plus dans les cieux. Il doit

mener, sans aucune espérance d'être heureux, une vie

malheureuse sur la terre maudite. Il y doit mourir en

criminel, et, après sa mort, être comme le diable, à jamais

damné dans son corps et dans son âme, lui et tous ses enfants.

Tel est le malheur épouvantable où l'homme, en péchant,

tomba; tel est l'arrêt équitable que la justice de Dieu

prononça contre lui.

40. Adam, en cet état, est comme désespéré; il ne peut

recevoir de remède ni des anges ni des autres créatures. Rien

n'est capable de le réparer parce qu'il était trop beau et

trop bien fait en sa création, et qu'il est, par son péché,

trop hideux et trop souillé. Il se voit chassé du paradis et

de la présence de Dieu, il voit la justice de Dieu qui le

poursuit avec toute sa postérité; il voit le ciel fermé et

l'enfer ouvert, et personne pour lui ouvrir l'un et fermer

l'autre. CHAPITRE IV

Merveilles de la bonté etmiséricorde

de la Sagesse éternelle avant son incarnation.

41. La Sagesse éternelle est vivement touchée du malheur du

pauvre Adam et de tous ses descendants. Elle voit, avec un

grand déplaisir, son vaisseau d'honneur brisé, son portrait

déchiré, son chef-d'oeuvre détruit, son vicaire sur la terre

renversé.

Elle prête tendrement l'oreille à sa voix gémissante et à

ses cris. Elle voit avec compassion les sueurs de son front,

les larmes de ses yeux, les peines de ses bras, la douleur de

son coeur et l'affliction de son âme.

[1. Le décret de l'Inacarnation]

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