L'Amour de la Sagesse éternelle (page 3)

Louis-Marie Grignion de Montfort · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — L'Amour de la Sagesse éternelle · 5 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

42. Il me semble voir cette aimable

Souveraine appeler et

assembler une seconde fois, pour ainsi dire, la Sainte Trinité

pour réparer l'homme, comme elle avait fait pour le former. Il

me semble que, dans ce grand conseil, il se fait une espèce de

combat entre la Sagesse éternelle et la Justice de Dieu.

43. Il me semble que j'entends cette

Sagesse qui, dans la

cause de l'homme, dit qu'à la vérité l'homme mérite, par son

péché, avec sa postérité, d'être à jamais damné avec les anges

rebelles; mais qu'il faut avoir pitié de lui, parce qu'il a

plus péché par faiblesse et par ignorance que par malice. Elle

représente, d'un côté, que c'est un grand dommage qu'un chef-

d'oeuvre si accompli demeure pour jamais l'esclave de son

ennemi, et que des millions de millions d'hommes soient à

jamais perdus par le péché d'un seul. Elle montre, de l'autre,

les places du ciel vacantes par la chute des anges apostats,

qu'il est à propos de remplir, et la grande gloire que Dieu

recevra dans le temps et l'éternité si l'homme est sauvé.

44. Il me semble que j'entends la

Justice qui répond que

l'arrêt de mort et de damnation éternelle est porté contre

l'homme et ses descendants, et qu'il doit être exécuté sans

remise et sans miséricorde, ainsi que contre Lucifer et ses

adhérents; que l'homme est un ingrat pour les bienfaits qu'il

a reçus; qu'il a suivi le démon en sa désobéissance et en son

orgueil, et qu'il le doit suivre dans ses châtiments, parce

qu'il faut nécessairement que le péché soit puni.

45. La Sagesse éternelle, voyant qu'il n'y avait rien dans

l'univers qui fût capable d'expier le péché de l'homme, de

payer la justice et d'apaiser la colèrede Dieu, et voulant

cependant sauver le pauvre homme qu'elle aimait d'inclination,

trouve un moyen admirable.

Chose étonnante, amour incompréhensible qui va jusqu'à

l'excès, cette aimable et souveraine Princesse s'offre elle-

mêne en sacrifice à son Père pour payer sa justice, pour

calmer sa colère et pour nous retirer de l'esclavage du démon

et des flammes de l'enfer et nous mériter une éternité de

bonheur.

46. Son offre est acceptée;

le conseil en est pris et arrêté:

la Sagesse éternelle, ou le Fils de Dieu, se fera homme dans

le temps convenable et dans les circonstances marquées.

Pendant environ quatre mille ans qui se sont écoulés depuis la

création du monde et le péché d'Adam jusqu'à l'incarnation de

la divine Sagesse, Adam et ses descendants sont morts selon la

loi de Dieu portée [contre eux]; mais, en vue de l'incarnation

du Fils de Dieu, ils ont reçu des grâces pour obéir à ses

commandements et pour faire une digne pénitence après les

avoir transgressés; et, s'ils sont morts dans la grâce et

l'amitié de Dieu, leurs âmes sont descendues aux limbes en

attendant leur Sauveur et Libérateur pour leur ouvrir la porte

du ciel.

47. La Sagesse éternelle, pendant tout le temps qui s'est

passé avant son incarnation, a témoigné aux hommes, en mille

manières, l'amitié qu'elle leur portait, et le grand désir

qu'elle avait de leur communiquer ses faveurs et de

s'entretenir avec eux: "Mes délices, a-t-elle dit, sont d'être

avec les enfants des hommes. Deliciae meae esse cum filiis

hominum." [Pr 8,31] Elle a tourné elle-même de tous côtés

pour chercher ceux qui étaient dignes d'elle: quoniam dignos

seipsa circuit quaerens, c'est-à-dire des personnes dignes de

son amitié, dignes de ses trésors, dignes de sa propre

personne. Elle s'est répandue parmi les nations différentes,

dans les âmes saintes, pour y former des amis de Dieu et des

prophètes; et c'est elle seule qui a formé tous les saints

patriarches, les amis de Dieu, les prophètes et les saints de

l'Ancien et du Nouveau Testament: Et per nationes in animas

sanctas se transfert, amicos Dei et prophetas constituit. Sap.

7.

C'est cette Sagesse éternelle qui a inspiré les hommes de

Dieu, et qui a parlé par la bouche des prophètes, et elle les

a dirigés dans leurs voies, éclairés dans leurs doutes,

soutenus dans leurs faiblesses et délivrés de tous maux.

10 chapitre de la Sagesse en ces termes:

[1] "C'est la Sagesse qui conserva celui que Dieu avait

formé le premier pour être le père des hommes, ayant d'abord

été créé seul, c'est-à-dire Adam.

[2] C'est elle aussi qui le tira de son péché, et qui lui

donna la force de renfermer et de gouverner toutes choses.

[3] Lorsque l'injuste, Caïn, se sépara d'elle dans sa

colère, il périt malheureusement par la fureur, que le rendit

le meurtrier de son frère.

4. Et lorsque le déluge inonda la terre à cause de lui,

la Sagesse sauva encore le monde, ayant gouverné le juste,

Noé, par un bois qui paraissait méprisable.

5. Et lorsque les nations conspirèrent ensemble pour

s'abandonner au mal, c'est elle qui connut le juste, Abraham,

qui le conserva irrépréhensible devant Dieu et qui lui donna

la force de vaincre la tendresse qu'il ressentait pour [son

fils Isaac].

6. C'est elle qui délivra le juste, Loth, lorsqu'il

fuyait du milieu des méchants qui périrent par le feu tombé

sur les cinq villes.

7. Dont la corruption est marqué par cette terre qui en

fume encore, et qui est demeurée toute déserte, où les arbres

portent des fruits qui ne mûrissent point et où l'on voit une

statue de sel qui est le monument d'une âme incrédule.

8. Car ceux qui ne se sont pas mis en peine d'acquérir la

sagesse non seulement sont tombés dans l'ignorance du bien,

mais ils ont encore laissé aux hommes des marques de leurs

folies sans que leurs fautes aient pu demeurer cachées.

10. C'est elle qui a conduit par des voies droites le

juste, Jacob, lorsqu'il fuyait la colère d'Esaü, son frère;

qui lui a fait voir le royaume de Dieu, qui lui a donné la

science des saints; qui l'a enrichi dans ses travaux et qui

lui en a fait recueillir le fruit.

11. C'est elle qui l'a aidé contre ceux qui voulaient le

surprendre par leurs tromperies et qui l'a fait devenir riche.

12. Elle l'a protégé contre ses ennemis, elle l'a défendu

des séducteurs et elle l'a engagé dans un rude combat, afin

qu'il demeurât victorieux, et qu'il sût que la Sagesse est

plus puissante que toute chose.

13. C'est elle qui n'a point abandonné

Joseph le juste

losrqu'il fut vendu; mais elle l'a délivré des mains des

pécheurs; elle est descendue avec luidans la fosse.

14. Et elle ne l'a point quitté dans ses chaînes, jusqu'à

ce qu'elle lui ait mis entre les mains le sceptre royal, et

qu'elle l'a[it] rendu le maître de ceux qui l'avaient traité

si injustement. Elle a convaincu de mensonge ceux qui

l'avaient déshonoré et elle lui a donne un nom éternel.

15. C'est elle qui a délivré le peuple juste, les

Hébreux, et la race irrépréhensible de la nation qui

l'opprimait.

16. Elle est entrée dans l'âme du serviteur de Dieu,

Moïse, et elle s'est élevée avec des signes et des prodiges

contre les rois redoutables.

17. Elle a rendu aux justes la récompense de leurs

travaux, elle les a conduits par une admirable voie, et elle

leur a servi d'un couvert pendant le jour et de la lumière

pendant la nuit.

19. Elle a enseveli leurs ennemis dans la mer et elle a

retiré les siens du fond de l'abîme. Ainsi les justes ont

remporté les dépouilles des méchants.

20. Ils ont honoré par leurs cantiques, ô Seigneur, votre

saint nom, et ils ont loué tous ensemble votre main

victorieuse.

50. Dans le chapitre suivant de la

Sagesse, le Saint-Esprit

marque les différents maux dont la Sagesse a délivré Moïse et

les Israélites, pendant qu'ils étaient dans les déserts. A

quoi l'on peut ajouter que tous ceux qui ont été délivrés des

grands dangers, dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament,

comme Daniel dans la fosse aux lions, Suzanne du crime faux

dont on l'accusait, les trois enfants de la fournaise de

Babylone..., saint Pierre de la prison, saint Jean de la

chaudière d'huile bouillante, et une infinité de martyrs et de

confesseurs des tourments qu'on faisait souffrir à leurs corps

et des calomnies dont on noircissait leur réputation, on peut

ajouter, dis-je, qu'ils ont tous été délivrés et guéris par la

Sagesse éternelle: Nam per Sapientiam sanati sunt quicumque

placuerit tibi, Domine, a principio. [Sg 9,19] [Conclusion]

51. Ecrions-nous donc: "Heureux mille fois une âme dans qui

la Sagesse est entrée pour y faire sa demeure! Quelques

combats qu'on lui livre, elle demeurera victorieuse; de

quelques dangers qu'elle soit menacée, elle en sera délivrée;

de quelques tristesses qu'elle soit accablée, elle sera

réjouie et consolée; et en quelques humiliations qu'elle soit

tombée, elle en sera relevée et glorifiée dans le temps et

dans l'éternité." CHAPITRE V

L'excellence merveilleuse de la Sagesse éternelle.

52. Le Saint-Esprit ayant pris la peine de nous montrer

l'excellence de la Sagesse, en des termes si sublimes et si

intelligibles, il ne faut que les rapporter ici avec quelques

petites réflexions.

53. 1. La Sagesse atteint avec force depuis une extrémité

jusqu'à l'autre, et elle dispose tout avec douceur.

Rien n'est si doux que la Sagesse. Elle est douce en

elle-même, sans amertume; douce à ceux qui l'aiment, sans leur

laisser aucun dégoût; douce dans sa conduite, sans faire

aucune violence. Vous direz souvent qu'elle n'est point dans

les accidents et renversements qui arrivent, tant elle est

secrète et douce; mais, comme elle a une force invincible,

elle fait tout insensiblement etfortement venir à sa fin par

des voies inconnues aux hommes. Il faut que le sage soit, à

son exemple: "suaviter fortis et fortiter suavis: doucement

fort et fortement doux."

54. 2. Je l'ai aimée, je l'ai recherchée dès ma jeunesse,

j'ai tâché de l'avoir pour épouse.

Quiconque veut acquérir le grand trésor de la Sagesse

doit, à l'exemple de Salomon, la rechercher: 1 de bonne

heure, et même dès le bas âge, si cela se peut; 2

spirituellement et purement, comme un chaste époux son épouse;

3 constamment, jusqu'à la fin, jusqu'à ce qu'on l'ait

obtenue. Il est sûr que la Sagesse éternelle a tant d'amour

pour les âmes, qu'elle va jusqu'à les épouser et contracter

avec elles un spirituel mais véritable mariage que le monde ne

connaît point; et l'histoire nous en fournit d[es] exemples.

55. 3. Elle fait voir la gloire de son origine en ce qu'elle

est étroitement unie à Dieu et qu'elle est aimée par celui qui

est le Seigneur de toutes choses.

La Sagesse est Dieu même: voilà la gloire de son origine.

Dieu le Père prend en elle toutes ses complaisances, comme il

a témoigné: voilà combien elle est aimée.

56. 4. Elle est la maîtresse de lascience de Dieu et la

directrice de ses ouvrages.

C'est la seule Sagesse qui éclaire tout homme venant en

ce monde; c'est elle seule qui est venue du ciel pour nous

apprendre les secrets de Dieu; et nous n'avons point d'autre

véritable maître que cette Sagesse incarnée, nommée Jésus-

Christ; c'est elle seule qui dirige à leur fin tous les

ouvrages de Dieu, particulièrement les saints, en leur faisant

connaître ce qu'ils doivent faire, et en leur faisant goûter

et faire ce qu'elle leur fait connaître.

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