L'Amour de la Sagesse éternelle

Louis-Marie Grignion de Montfort · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — L'Amour de la Sagesse éternelle · 5 pages

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www.JesusMarie.com Saint Louis-Marie Grignion de Monfort

L' Amour de la Sagesse Eternelle

Prière à la Sagesse éternelle

1. O divine Sagesse, souveraine du ciel et de la terre,

humblement prosterné devant vous, je vous demande pardon de ce

que je suis assez hardi pour parler de vos grandeurs, étant

aussi ignorant et aussi criminel que je suis. Ne regardez

pas, je vous prie, les ténèbres de mon esprit et les

souillures de ma bouche, ou, si vous les regardez, que ce ne

soit que pour les détruire d'une oeillade de vos yeux et d'un

souffle de votre bouche. Vous avez tant de beautés et de

douceurs, vous m'avez préservé de tant de maux et comblé de

tant de bienfaits, et vous êtes d'ailleurs si inconnue et

méprisée. Comment voulez-vous que je me taise? Non seulement

la justice et la reconnaissance, mais mon intérêt même

m'obligent à parler de vous, quoiqu'en bégayant. Comme un

enfant, je ne fais que bégayer, il est vrai, mais c'est que je

suis encore enfant, et, en bégayant, je désire apprendre à

bien parler, lorsque je serai arrivé à la plénitude de votre

âge.

2. Il n'y a pas, ce semble, d'esprit ni d'ordre dans ce que

j'écris, je l'avoue, mais c'est que j'ai si grande envie de

vous posséder, qu'à l'exemple de Salomon je vous cherche de

tous côtés en tournant sans méthode. Si je tâche de vous

faire connaître en ce monde, c'est parce que vous-même avez

promis que tous ceux qui vous éclaireraient et découvriraient

en auraient la vie éternelle. Agréez donc, mon aimable

princesse, mes petits bégayements comme des discours relevés,

recevez les traits de ma plume comme autant de pas que je fais

pour vous trouver; et donnez, du haut de votre trône, tant de

bénédictions et de lumières à ce que je veux faire et dire de

vous, que tous ceux qui l'entendront soient enflammés d'un

nouveau désir de vous aimer et de vous posséder dans le temps

et dans l'éternité. AVIS QUE LA DIVINE SAGESSE DONNE AUX PRINCES ET AUX GRANDS DU

MONDE DANS LE SIXIEME CHAPITRE DU "LIVRE DE LA SAGESSE"

3. [1] La Sagesse est plus estimable que la force, et

l'homme prudent vaut mieux que le courageux.

[2] Vous donc, ô rois, écoutez et comprenez; recevez

l'instruction, juges de toute la terre.

[3] Prêtez l'oreille, vous qui gouvernez les peuples et

qui vous glorifiez de voir sous vous un grand nombre de

nations.

[4] Considérez que vous avez reçucette puissance du

Seigneur et cette domination du Très-Haut, qui interrogera vos

oeuvres et qui sondera le fond de vos pensées.

[5] Parce qu'étant les ministres de son Royaume, vous

n'avez pas jugé équitablement, que vous n'avez point gardé la

loi de la justice et que vous n'avez point marché selon la

volonté de Dieu.

[6] Il se fera voir à vous d'une manière effroyable et

dans peu de temps, parce que ceux qui commandent les autres

seront jugés avec une extrême rigueur.

[7] Car on a plus de compassion pour les petits et on

leur pardonne plus aisément; mais les puissants seront

tourmentés puissamment.

[8] Dieu n'exceptera personne; il ne réputera la grandeur

de qui que ce soit; parce qu'il a fait les grands comme les

petits et qu'il a également soin de tous.

10. C'est donc à vous, ô rois, que j'adresse ces

discours, afin que vous appreniez la Sagesse et que vous ne

tombiez pas.

11. Car ceux qui auront fait justement les actions de

justice ce seront traités comme justes, et ceux qui auront

appris ce que j'enseigne trouveront de quoi se défendre.

4. 13. La Sagesse est pleine de lumière et sa beauté ne se

flétrit point. Ceux qui l'aiment la découvrent aisément et

ceux qui la cherchent la trouvent.

15. Celui qui veille dès le matin pour la posséder n'aura

pas de peine, parce qu'il la trouvera assise à sa porte.

16. Ainsi occuper sa pensée de la Sagesse est la parfaite

prudence, et celui qui veillera pour l'acquérir sera bientôt

en repos.

17. Car elle tourne elle-même de tous côtés pour chercher

ceux qui sont dignes d'elle; elle se montre à eux agréablement

dans ses voies, et elle va au-devant d'eux avec tout le soin

de sa providence.

18. Le commencement donc de la Sagesse est le désir

sincère de l'instruction; le désir de l'instruction est

l'amour; l'amour est l'observation des lois.

22. Si donc vous avez de la complaisance pour les trônes

et les sceptres, ô rois des peuples, aimez la Sagesse, afin

que vous régniez éternellement.

24. Je représenterai maintenant ce que c'est que la

Sagesse et quelle a été son origine; je ne vous cacherai point

les secrets de Dieu, mais je remonterai jusqu'au commencement

de sa naissance; je la produirai au jour et la ferai

connaître, et je ne cacherai point la vérité.

5. Je n'ai pas voulu, mon cher lecteur, mêler la faiblesse

de mon langage avec l'autorité des paroles du Saint-Esprit

dans ce chapitre. Mais qu'il me soit permis de remarquer avec

vous:

1. Combien la Sagesse éternelle est de soi-même douce,

facile et engageante, quoiqu'elle soit si brillante, si

excellente et si sublime! Elle appelle les hommes pour leur

apprendre les moyens d'être heureux; elle les cherche; elle

leur sourit; elle les comble de mille bienfaits; elle les

prévient en mille manières différentes, jusqu'à s'asseoir à la

porte de leur maison, pour les attendre et leur donner des

marques de son amitié.

Peut-on avoir un coeur, et le refuser à cette douce

conquérante?

6. 2. Quel est le malheur des grands et des riches s'ils

n'aiment pas la Sagesse! Que les paroles qu'elle leur adresse

sont effrayantes! Elles sont inexplicables en notre langue:

Horrende et cito apparebit vobis... Judicium durissimum his

qui praesunt fiet... Potentes... potenter tormenta patientur.

Fortioribus... fortior instat cruciato. [Sag 6,6,7,9]

Ajoutons à ces paroles quelques-unes de celles qu'elle

leur a dites ou fait dire depuis son Incarnation: Vae vobis,

divitibus. Facilius est camelum pere foramen acus transire

quam divitem intrare in regnum caelorum. Matt.19. Marc,Luc 18.

Ces dernières paroles ont été tant defois répétées par

la divine Sagesse, lorsqu'elle vivait sur la terre, que trois

évangelistes les ont rapportées de la manière, sans y rien

changer; ce qui devrait faire fondre en larmes, crier et

hurler les riches: Agite nunc, divites, plorate, ululantes in

miseriis quae advenient vobis! Jac

5. [Jc 5,1]

Mais, hélas! ils ont ici-bas leur consolation; ils sont

comme ensorcelés par leurs plaisirs et par leurs richesses, et

ils ne voient pas les malheurs qui leur pendent sur la tête.

7. 3. Salomon donne sa parole qu'il fera une description

fidèle et exacte de la Sagesse, et que ni l'envie ni

l'orgeuil, qui sont contraires à la charité, ne l'empêcheront

pas de communiquer une science qui lui a été donnée du ciel,

en sorte qu'il ne craint point que les autres ou l'égalent ou

le surpassent en connaissance. [cf. Sg 6,24-26]

C'est à l'exemple de ce grand homme que je vais expliquer

simplement ce que c'est que la Sagesse avant son incarnation,

dans son incarnation, et après son incarnation, et les moyens

de l'obtenir et de la conserver.

Mais n'ayant pas l'abondance des connaissances et des

lumières qu'il avait, je n'ai pas tant à craindre l'envie et

l'orgueil que mon insuffisance et mon ignorance, que je vous

prie de supporter et d'excuser par votre charité. CHAPITRE I

Pour aimer et rechercher la divine Sagesse,

il est nécessaire de la connaître. [1. Nécessité de la connaissance de la Divine Sagesse]

8. Peut-on aimer ce qu'on ne connaît pas? Peut-on aimer

ardemment ce qu'on ne connaît qu'imparfaitement?

Pourquoi est-ce qu'on aime si peu la Sagesse éternelle et

incarnée, l'adorable Jésus, sinon parce qu'on ne la connaît

pas, ou très peu?

Il n'y a presque personne qui étudie comme il faut, avec

l'Apôtre, cette science suréminente de Jésus, qui est

cependant la plus noble, la plus douce, la plus utile et la

plus nécessaire de toutes les sciences et connaissances du

ciel et de la terre.

9. [1] C'est premièrement la plus noble de toutes les

sciences, parce qu'elle a pour objet ce qu'il y a de plus

noble et de plus sublime, la Sagesse incréée et incarnée, qui

renferme en soi toute la plénitude de la divinité et de

l'humanité, tout ce qu'il y a de grand au ciel et sur la

terre, toutes les créatures visibles et invisibles,

spirituelles et corporelles.

Saint Jean Chrysostome dit que Notre-Seigneur est un

sommaire des oeuvres de Dieu, un tableau raccourci de toutes

ses perfections et de toutes celles qui sont dans les

créatures.

Omnia quae velle potes aut debes est Dominus Jesus

Christus. Desidera hunc, requiere hunc, quia haec est una et

pretiosa margarita pro qua emenda etiam vendenda sunt omnia

quae tua sunt: Jésus-Christ, la Sagesse éternelle, est tout

ce que vous pouvez et devez désirer. Désirez-le, cherchez-le,

parce qu'il est cette unique et précieuse perle pour l'achat

de laquelle vous ne devez pas faire difficulté de vendre tout

ce que vous avez.

In hoc glorietur qui gloriatur, scire et nosse me.

St. Hironi 9: Que le sage ne se glorifie pas de sa

sagesse, ni le fort de sa force, ni le riche de ses richesses;

mais que celui qui se glorifie tire sa gloire de ce qu'il me

connaît, et non de ce qu'il connaît autre chose.

10. 2. Il n'y a rien de si doux que la connaissance de la

divine Sagesse: Bienheureux ceux quil'écoutent; plus heureux

sont ceux qui la désirent et la recherchent; mais les plus

heureux sont ceux qui gardent ses voies, goûtent en leur coeur

cette douceur infinie qui est la joie et la félicité du Père

éternel et la gloire des anges. [Pr 2,1-9]

Si on savait quel est le plaisir que goûte une âme qui

connaît la beauté de la Sagesse, qui suce le lait de cette

mamelle du Père, mamilla Patris, [on] s'écrierait avec

l'Epouse: "Meliora sunt ubera tua vino: le lait de vos

mamelles est plus doux que le vin délicieux et que toutes les

douceurs des créatures"; particulièrement lorsqu'elle fait

entendre aux âmes qui la contemplent ces paroles: "Gustate et

videte: goûtez et voyez. Comedite... et bibite: mangez et

buvez; et inebriamini, et enivrez-vous de mes douceurs

éternelles; car mon entretien n'a rien de désagréable, ni ma

compagnie d'ennuyeux, mais on n'y trouve que de la

satisfaction et de la joie: non enim habet amaritudinem

conversatio illius; nec taedium convictus illius, sed

laetitiam et gaudium".

11. 3. Cette connaissance de la Sagesse éternelle n'est pas

seulement la plus noble et la plus douce, mais encore la plus

utile et la plus nécessaire, parce que la vie éternelle

consiste à connaître Dieu et son Fils Jésus-Christ.

"Vous connaître, s'écrie le Sage, parlant à la Sagesse,

est la parfaite justice; et comprendre votre équité et votre

puissance est la racine de l'immortalité." Voulons-nous, en

vérité, avoir la vie éternelle, ayons donc la connaissance de

la Sagesse éternelle.

Voulons-nous avoir la perfection de la sainteté en ce

monde, connaissons la Sagesse.

Voulons-nous avoir en notre coeur la racine de

l'immortalité, ayons en notre esprit la connaissance de la

Sagesse: Savoir Jésus-Christ la Sagesse incarnée, c'est assez

savoir; savoir tout et ne le pas savoir, c'est ne rien savoir.

12. Que sert-il à un tireur de flèches de savoir tirer dans

les côtés du blanc où il vise, s'il ne sait pas tirer droit

dedans? De quoi nous serviront toutes les autres sciences

nécessaires au salut si nous ne savons pas celle de Jésus-

Christ, qui est l'unique nécessaire et le centre où toutes

doivent aboutir? Quoique le grand Apôtre sût tant de choses

et qu'il fût si versé dans les lettres humaines, il disait

pourtant qu'il ne croyait savoir que Jésus-Christ crucifié:

Non judicavi me scire aliquid inter vos, nisi Jesum Christum,

et hunc crucifixum, 1 Corint 2. [1 Co 2,2]

Disons donc avec lui: "Quae mihi fuerunt lucra, haec

arbitratus sum propter Christum detrimenta. Verumtamen

[existimo] omnia detrimentum esse, propter eminentem

scientiam Jesu Christi, Domini mei: Je méprise toutes ces

connaissances desquelles j'ai jusques ici fait état, en

comparaison de celle de Jésus -Christ, mon Seigneur." Je vois

maintenant et j'expérimente que cette science est si

excellent, si délicieuse, si profitable et si admirable, que

je ne tiens aucun compte de toutes les autres, qui autrefois

m'avaient tant plu; et elles me semblent à présent si vides et

si ridicules, que c'est perdre son temps que de s'y amuser:

"Haec autem dico ut nemo vos decipiat in sublimitate sermonum.

Videte ne quis vos decipiat per philosophiam et inanem

fallaciam: Je vous dis que Jésus-Christ est l'abîme de toute

la science, afin que vous ne vous laissiez point tromper aux

belles et magnifiques paroles des orateurs ni aux subtilités

si trompeuses des philosophes. Crescite in gratiam et in

cognitione Domini nostri et Salvatoris Jesu Christi." Or,

afin que nous croissions tous dans lagrâce et la connaissance

de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, la Sagesse

incarnée, nous en parlerons dans les chapitres suivants, après

que nous aurons distingué plusieurs sortes de sagesse. [2. Définition et division du sujet]

13. La sagesse, en général, prise selon la signification de

son nom, est une science savoureuse, sapida scientia, ou le

goût de Dieu et de sa vérité.

Il y a plusieurs sortes de sagesses.

Premièrement, elles se distinguent en véritable et fausse

sagesse: la véritable est le goût de la vérité sans mensonge

ni déguisement; la fausse est le goût du mensonge, couvert de

l'apparence de la vérité.

Cette fausse sagesse est la sagesse ou prudence mondaine

que le Saint-Esprit distingue en trois:

Sapientia terrena, animalis, diabolica: la sagesse

terrestre, animale et diabolique. [Jc 3,15]

La vraie sagesse se distingue en sagesse naturelle et

surnaturelle.

La sagesse naturelle est la connaissance des choses

naturelles d'une manière éminente dans leurs principes. La

sagesse surnaturelle est la connaissance des choses

surnaturelles et divines dans leurorigine.

Cette sagesse surnaturelle se divise en sagesse

substantielle et incréée, et en sagesse accidentelle et créée.

La sagesse accidentelle et créée est la communication que fait

d'elle-même aux hommes la Sagesse incréée, autrement c'est le

don de la sagesse. La Sagesse substantielle et incréée est le

Fils de Dieu, la seconde Personne de la très Sainte-Trinité,

autrement la Sagesse éternelle dans l'éternité, ou Jésus-

Christ dans le temps.

C'est proprement de cette Sagesse éternelle dont nous

allons parler.

14. Dès son origine, nous la contemplerons dans l'éternité,

résidente dans le sein de son Père, comme l'objet de ses

complaisances.

Nous la verrons dans le temps, brillante dans la création

de l'univers.

Nous la regarderons ensuite tout humiliée dans son

incarnation et dans sa vie mortelle, et puis nous la

trouverons glorieuse et triomphante dans les cieux.

Enfin nous verrons quels sont les moyens dont il faut se

servir pour l'acquérir et la conserver.

Je laisse donc aux philosophes les arguments de leur

philosophie comme inutiles; je laisse aux chimistes les

secrets de leur sagesse mondaine.

Sapientiam loquimur inter perfectos: Parlons donc de la

vraie Sagesse, de la Sagesse éternelle, incréée et incarnée,

aux âmes parfaites et prédestinées. CHAPITRE II

L'origine et l'excellence de la Sagesse éternelle.

15. C'est ici qu'il faut s'écrier avec saint Paul: "O

altitudo... Sapientiae... Dei! : O profondeur, ô immensité, ô

incompréhensibilité de la Sagesse de Dieu!" "Generationem

ejus quis enarrabit? : Qui sera l'ange assez éclairé et

l'homme assez téméraire pour entreprendre de nous expliquer

comme il faut son origine?"

C'est ici qu'il faut que tous les yeux se ferment, de

peur d'être éblouis d'une si vive, si brillante lumière.

C'est ici qu'il faut que toute langue se taise, de peur

de ternir une beauté si parfaite en voulant la découvrir.

C'est ici qu'il faut que tout esprit s'anéantisse et

adore, de peur d'être opprimé par le poids immense de la

gloire de la divine Sagesse, en voulant la sonder. [1. La Sagesse par rapport au Père]

16. Voici cependant l'idée que le Saint-Esprit, pour se

conformer à notre faiblesse, nous en donne dans le livre de la

Sagesse qu'il n'a composé que pour nous:

"La Sagesse éternelle est la vapeur de Dieu, la vertu de

Dieu et l'effusion toute pure de la clarté du Tout-Puissant.

C'est pourquoi elle ne peut être susceptible de la moindre

impureté. Elle est l'éclat de la lumière éternelle, le miroir

sans tache de la majesté de Dieu et l'image de sa bonté."

17. C'est l'idée substantielle et éternelle de la divine

beauté qui fut montrée à saint Jean l'évangéliste dans l'île

de Patmos, lorsqu'il s'écria: "In principio erat Verbum, et

Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum: Au commencement

était le Verbe, - ou le Fils de Dieu, ou la Sagesse éternelle,

- et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu."

18. C'est d'elle qu'il est dit, dans plusieurs endroits des

livres de Salomon, que la Sagesse a été créée, c'est-à-dire

produite, dès le commencement, avant toutes choses et avant

tous les siècles.

Elle dit d'elle-même: "J'ai été établie dès l'éternité,

et dès le commencement, avant que la terre fût créée. Les

abîmes n'étaient pas encore lorsque j'étais déjà conçue."

19. C'est en cette beauté souveraine de la Sagesse que Dieu

le Père a pris ses complaisances dans l'éternité et dans le

temps, comme ce grand Dieu assura lui-même expressément, le

jour de son baptême et de sa transfiguration: "Hic est Filius

meus dilectus, in quo mihi bene complacui, Matt 17: Voilà mon

Fils bien-aimé dans lequel je prends uniquement mes

complaisances."

C'est cette lumineuse et incompréhensible clarté dont les

Apôtres virent quelque peu des rayons de sa transfiguration,

qui les pénétrèrent de douceur et les jetèrent dans l'extase:

Illustre quiddam [cernimus]

Sublime, celsum, interminum,

Antiquius caelo et chao:

Cette Sagesse éternelle est quelque chose d'illustre,

d'élevé, d'immense, d'infini et de plus ancien que l'univers.

Si je n'ai point de paroles pour expliquer la seule

petite idée que je me suis formée de cette beauté et de cette

douceur souveraine, quoique mon idée soit infiniment au-

dessous de s on excellence, qui est-ce qui pourra avoir une

juste idée et l'expliquer comme il faut? Il n'y a que vous,

grand Dieu, qui connaissiez ce que c'est, ni qui puissiez le

révéler à qui vous voulez. [2. Les opérations de la Sagesse dans lesâmes]

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