L'Amour de la Sagesse éternelle (page 5)

Louis-Marie Grignion de Montfort · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — L'Amour de la Sagesse éternelle · 5 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

80. La sagesse terrestre, dont parle saint Jacques, est

l'amour des biens de la terre. C'est de cette sagesse dont les

sages du monde font une profession secrète, quand ils

attachent leur coeur à ce qu'ils possèdent; quand ils tâchent

de devenir riches; quand ils intentent des procès et font des

chicanes inutiles pour les avoir ou pour les conserver; quand

ils ne pensent, ils ne parlent, ils n'agissent la plus grande

partie du temps que dans la vue d'avoir ou de conserver

quelque chose de temporel, ne s'appliquant à faire leur salut

et aux moyens de le faire, comme la confession, la communion,

l'oraison, etc., qu'à la légère, par manière d'acquit, par

intervalles et pour sauver les apparences.

81. La sagesse charnelle est l'amour du plaisir. C'est de

cette sagesse dont les sages du siècle font profession quand

ils ne cherchent que les plaisirs des sens; quand ils aiment

la bonne chère; quand ils éloignent de soi tout ce qui peut

mortifier ou incommoder le corps, comme les jeûnes, les

austérités, etc.; quand ils ne pensent plus ordinairement qu'à

boire, qu'à manger, qu'à jouer, qu'à rire, qu'à se divertir et

qu'à passer agréablement son temps; quand ils recherchent les

lits mollets, les jeux divertissants, les festins agréables et

les belles compagnies.

Et, après que sans scrupules ils ont pris tous ces

plaisirs qu'ils ont pu prendre sans déplaire au monde et sans

incommoder leur santé, ils cherchent le confesseur le moins

scrupuleux (c'est ainsi qu'ils nomment les confesseurs

relâchés qui ne font pas leur devoir), afin d'avoir de lui, à

bon marché, la paix dans leur vie molle et efféminée et

l'indulgence plénière de tous leurs péchés. Je dis: à bon

marché; car ces sages selon la chair ne veulent ordinairement

pour pénitence que quelques prières ou quelques aumônes,

haïssant ce qui peut affliger le corps.

82. La sagesse diabolique est l'amour et l'estime des

honneurs. C'est de cette sagesse dont les sages du siècle font

profession quand ils aspirent, quoique secrètement, aux

grandeurs, aux honneurs, aux dignités et aux emplois relevés;

quand ils recherchent à être vus, estimés, loués et applaudis

des hommes; quand ils n'envisagent, dans leurs études, dans

leurs travaux, dans leurs combats, dans leurs paroles et dans

leurs actions, que l'estime et la louange des hommes, pour

passer pour des personnes dévotes, pour des gens savants, pour

des grands capitaines, pour des savants jurisconsultes, pour

des gens d'un mérite infini et distingué ou de grande

considération; quand ils ne peuvent souffrir qu'on les méprise

et qu'on les blâme; quand ils cachent ce qu'ils ont de

défectueux et font montre de ce qu'ils ont de beau.

83. Il faut, avec notre Seigneur

Jésus la Sagesse incarnée,

détester et condamner ces trois sortes de sagesse fausse pour

acquérir la véritable: qui ne cherche point son propre

intérêt, qui ne se trouve point dans la terre et dans le coeur

de ceux qui vivent à leur aise, et qui a en abomination tout

ce qui est grand et relevé devant les hommes. [2. La sagesse naturelle]

84. Outre cette sagesse mondaine, qui est condamnable et

pernicieuse, il y a une sagesse naturelle parmi les

philosophes.

C'était cette sagesse naturelle que les Egyptiens et les

Grecs recherchaient autrefois avec tant d'empresssement:

Graeci sapientiam quaerunt. Ceux qui avaient acquis cette

sagesse étaient appelés mages ou sages. Cette sagesse est une

connaissance éminente de la nature dans ses principes. Elle

fut communiquée en plénitude à Adam dans son innocence; elle

fut donné en abondance à Salomon, et dans la suite des temps

quelques grands hommes en ont reçu quelque partie, comme

l'histoire nous apprend.

85. Les philosophes vantent leurs arguments de philosophie

comme un moyen d'acquérir cette sagesse.

Les chimistes vantent les secrets de leur cabale pour

trouver la pierre philosophale, dans laquelle ils s'imaginent

que cette sagesse est renfermée.

A la vérité, la philosophie de l'Ecole, étudiée bien

chrétiennement, ouvre l'esprit et le rend capable des sciences

supérieures; mais elle ne donnera jamais cette prétendue

sagesse naturelle si vantée dans l'antiquité.

86. La chimie ou alchimie, ou la science de dissoudre les

corps naturels et de les résoudre à leurs peincipes, est

encore plus vaine et plus dangereuse. Cette science, quoique

véritable en elle-même, a dupé et trompé une infinité de gens,

par rapport à la fin qu'ils se proposaient; et je ne doute

point, par l'expérience que j'en ai moi-même, que le démon ne

s'en serve aujourd'hui pour faire perdre l'argent et le temps,

la grâce et l'âme même, sous prétexte de trouver la pierre

philosophale. Il n'y a point de science qui propose

l'exécution de plus grandes choses, et par des moyens plus

apparents.

Cette science promet la pierre philosophale, ou une

poudre qu'ils nomment de projection qui, jetée en quelque

métal que ce soit, s'il est fondu, le change en argent ou en

or, qui donne la santé, qui guérit les maladies, qui même

prolonge la vie, et qui opère une infinité de merveilles qui

passent chez les ignorants pour divines et miraculeuses.

Il y a une bande de gens qui se disent savants en cette

science, qu'on nomme cabalistes, qui gardent les mystères de

cette science si cachés qu'ils aimeraient mieux perdre la vie

que de révéler leurs prétendus secrets.

1 Par l'histoire de Salomon qu'ils assurent avoir reçu

le secret de la pierre philosophale, et dont ils vantent un

livre secret, mais faux et pernicieux, nommé la Clavicule de

Salomon.

2 Par l'histoire d'Esdras, à qui Dieu donna à boire une

liqueur céleste qui lui donna la Sagesse, comme il est marqué

dans le 7 livre d'Esdras.

3 Par les histoires de Raymond Lulle et de plusieurs

autres grands philosophes qu'ilsassurent avoir trouvé cette

pierre philosophale.

4 Enfin, pour mieux couvrir du manteau de la piété leurs

tromperies, ils disent que c'est un don de Dieu, qu'il ne

donne qu'à ceux qui l'ont longtemps demandé et qui l'ont

mérité par leurs travaux et par leurs prières.

88. Je vous ai rapporté les rêveries ou les illusions de

cette science vaine, afin qu'on n'y soit pas trompé comme tant

d'autres, car j'en sais qui, après avoir fait plusieurs

dépenses inutiles et perdu beaucoup de temps à chercher ce

secret, sous les plus beaux et pieux prétextes du monde, et de

la manière la plus dévote, ont été enfin obligés de s'en

repentir, en avouant leurs tromperies et leurs illusions.

Je ne conviens pas que la pierre philosophale soit

possible. Le savant Delrio l'assure et la prouve possible;

d'autres la nient. Quoiqu'il en soit, il n'est pas convenable

et il est même dangereux qu'un chrétien s'applique à la

chercher. C'est faire injure à Jésus-Christ, la Sagesse

incarnée, dans lequel sont tous les trésors de la Sagesse et

de la science de Dieu, tous les biens de la nature, de la

grâce et de la gloire. C'est désobéir au Saint-Esprit qui

dit: "Altiora te ne quaesieris, Eccli 3: Ne cherchez point ce

qui est au-dessus de vos forces'" [Si 3,22] [3. Conclusion]

89. Demeurons-en donc à Jésus-Christ, la Sagesse éternelle et

incarnée, hors duquel il n'y a qu'égarement, que mensonge et

que mort: Ego sum via, veritas et vita.

Voyons ses effets dans les âmes. www.JesusMarie.com

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