Premières Poésies (page 3)
Laërte.
Du héros de roman.Mon Dieu ! Je le sais bien.
Un roman dans un lit, on n’en saurait que faire.
On réalise là tous ceux qu’on a rêvés.
Après la bagatelle il faut le nécessaire ;
Et j’espère pour vous, mon cher, que vous l’avez.
Très-ordinairement, dans ces sortes de choses,
Ceux qui parlent beaucoup savent prouver très-peu.
C’est ce qui montre en tout la sagesse de Dieu.
Tous ces galants musqués, fleuris comme des roses,
Qu’on voit soir et matin courir les rendez-vous,
S’assouplir comme un gant autour des jeunes filles,
Escalader les murs, et danser sur les grilles,
Savent au bout du doigt ce qui vous manque, à vous.
Vous avez dans le cœur, Silvio, ce qui leur manque.
Je me moque d’avoir pour gendre un saltimbanque,
Capable de passer par le trou d’une clef.
Si vous étiez comme eux, j’en serais désolé.
Mais la méthode existe : il faut songer à plaire.
Une fois marié, parbleu ! c’est votre affaire.
Permettez-moi, de grâce, une autre question.
Avez-vous jusqu’ici vécu sans passion ?
En un mot… franchement, mon cher, êtes-vous vierge ?
Silvio.
Vierge du cœur à l’âme, et de la tête aux pieds.
Laërte.
Bon ! Je ne hais rien tant que les jeunes roués.
Le cœur d’un libertin est fait comme une auberge ;
On y trouve à toute heure un grand feu bien nourri,
Un bon gîte, un bon lit — et la clef sur la porte.
Mais on entre aujourd’hui : demain il faut qu’on sorte.
Ce n’est pas ce bois-là, dont on fait un mari.
Que tout vous soit nouveau, quand la femme est nouvelle.
Ce n’est jamais un bien que l’on soit plus vieux qu’elle,
Ni du corps ni du cœur. — Tâchez de deviner.
Quel bonheur, en amour, de pouvoir s’étonner !
Elle aura ses secrets, et vous aurez les vôtres.
Restez longtemps enfants : vous vous en ferez d’autres.
Ce secret-là surtout est si vite oublié !
Silvio.
Si ma femme pourtant croit trouver un roué,
Quel misérable effet fera mon ignorance !
N’appréhendez-vous rien de ces étonnements ?
Laërte.
Ceci pourrait sonner comme une impertinence.
Mes filles n’ont, monsieur, que de très bons romans.
Ah ! Silvio, je vous livre une fleur précieuse.
Effeuillez lentement cette ignorance heureuse.
Si vous saviez quel tort se font bien des maris,
En se livrant, dans l’ombre, à des secrets infâmes,
Pour le fatal plaisir d’assimiler leurs femmes
Aux femmes sans pudeur dont ils les ont appris !
Ils ne leur laissent plus de neuf que l’adultère.
Si vous étiez ainsi, j’aimerais mieux Irus.
Rappelez-vous ces mots, qui sont dans l’Hespérus :
« Respectez votre femme, amassez de la terre
Autour de cette fleur prête à s’épanouir ;
Mais n’en laissez jamais tomber dans son calice. »
Silvio.
Mon père, embrassez-moi. — Je vois le ciel s’ouvrir.
Laërte.
Vous êtes, mon enfant, plus blanc qu’une génisse ;
Votre bon petit cœur est plus pur que son lait ;
Vous vous en défiez, et c’est ce qui me plaît.
Croyez-en un vieillard qui vous donne sa fille.
Puisque je vous ai pris pour remplir ma famille,
Fiez-vous à mon choix. — Je ne me trompe pas.
Silvio.
La lumière s’en va de fenêtre en fenêtre.
Laërte.
L’heure va donc sonner. — Mon fils, viens dans mes bras.
Silvio.
Elle se perd dans l’ombre, elle va disparaître.
Laërte.
Ton rôle est bien appris ? Tu n’as rien oublié ?
Silvio.
La lumière s’éteint.
Laërte.
La lumière s’éteint.Bravo ! l’heure est venue.
Suivons tout doucement le mur de l’avenue.
Allons, mon cavalier, sur la pointe du pied.
(Exeunt.)
Scène II.
Une terrasse.
NINON, NINETTE, en déshabillé.
Ninon.
Que fais-tu là si tard, ma petite Ninette ?
Il est temps de dormir. — Tu prendras le serein.
Ninette.
Je regardais la lune en mettant ma cornette.
Que d’étoiles au ciel ! — Il fera beau demain.
Ninon.
Traderi.
Ninette.
Traderi.Que dis-tu ?
Ninon.
Traderi.Que dis-tu ?C’est une contredanse.
Traderi. — Sans amour… Ah ! ma chère romance !
Ninette.
Va te coucher, Ninon ; je ne saurais dormir.
Ninon.
Ma foi, ni moi non plus.
(À part.)
Ma foi, ni moi non plus.Il n’aurait qu’à venir.
Ninette, chantant.
Léonore avait un amant
Qui lui disait : Ma chère enfant…
Ninon.
Je crains vraiment pour toi que le froid ne te prenne.
Ninette.
J’étouffe de chaleur.
(À part.)
J’étouffe de chaleur.Je tremble qu’il ne vienne.
Ninon, continuant la chanson.
Qui lui disait : Ma chère enfant…
Ninette.
Je crois que son dessein est de coucher ici.
Ninon.
On monte l’escalier ; mon Dieu ! si c’était lui !
Ninette, reprenant.
Léonore avait un amant…
Ninon.
Elle ne songe pas à me céder la place.
S’il allait arriver !
Ninette.
S’il allait arriver !Ma chère sœur, de grâce,
Va-t’en te mettre au lit.
Ninon.
Va-t’en te mettre au lit.Pourquoi ? Je suis très bien.
Écoute : — promets-moi que tu n’en diras rien ;
Je vais te confier…
Ninette.
Je vais te confier…Il faut que je t’avoue…
Ninon.
Jure-moi sur l’honneur…
Ninette.
Jure-moi sur l’honneur…Garde-moi le secret.
Ninon.
Tiens, ouvre cette lettre.
Ninette.
Tiens, ouvre cette lettre.Et toi, lis ce billet.
Ninon, lisant.
xxx« Si l’amour peut faire excuser la folie, au nom du ciel, ma belle demoiselle, accordez-moi… »
Ninette, lisant.
xxx« Si l’amour peut faire excuser la folie, au nom du ciel, ma chère demoiselle… »
Toutes deux, à la fois
Grand Dieu ! le même nom !
Ninette.
Grand Dieu ! le même nom !Ma chère, l’on nous joue !
Ninon.
Quelle horreur !
Ninette.
Quelle horreur !J’en mourrai.
Ninon.
Quelle horreur !J’en mourrai.Faut-il être effronté !
Ninette.
Flora me paiera cher pour l’avoir apporté !
Ninon.
Ce beau collier sans doute était sa récompense.
Hélas !
Ninette.
Hélas !Hélas !
Ninon.
Hélas !Hélas !Ma chère, à présent que j’y pense,
C’est lui qui t’a suivie, hier, au parc anglais.
Ninette.
C’était lui qui chantait.
Ninon.
C’était lui qui chantait.Tu le sais ?
Ninette.
C’était lui qui chantait.Tu le sais ?J’écoutais.
Ninon.
Je le trouvais si beau !
Ninette.
Je le trouvais si beau ! Je l’avais cru si tendre !
Ninon.
Nous lui dirons son fait, ma chère, il faut l’attendre.
Ninette.
Je veux bien ; restons là.
Ninon.
Je veux bien ; restons là. Comment crois-tu qu’il soit ?
Ninette.
Brun, avec de grands yeux. Il n’a pas ce qu’il croit ;
Nous allons nous venger de la belle manière.
Ninon.
Brun, mais pâle. Je crois que c’est un mousquetaire.
Nous allons joliment lui faire la leçon.
Ninette.
Bien tourné, la main blanche et de bonne façon.
C’est un monstre, ma chère, un être abominable !
Ninon.
Les dents belles, l’œil vif. — Un monstre véritable.
Quant à moi, je voudrais déjà qu’il fût ici.
Ninette.
Et le parler si doux ! — Je le voudrais aussi.
Ninon.
Pour lui dire en deux mots…
Ninette.
Pour lui dire en deux mots… Pour lui pouvoir apprendre…
Ninon.
Et l’air si langoureux qu’on pourrait s’y méprendre !…
Ninette.
Ah ! mon Dieu, quelqu’un vient ; j’ai cru que c’était lui.
Ninon.
C’est lui, c’est lui, ma chère.
Silvio entre, le visage couvert de son manteau et l’épée à la main.
Ninette, voyant qu’il hésite.
C’est lui, c’est lui, ma chère. Entrez donc par ici !
Irus entre, l’épée à la main, d’un côté ; le duc Laerte de l’autre.
Irus.
Holà ! quel est ce bruit !
Laerte.
Holà ! quel est ce bruit ! Holà ! quel est cet homme ?
Laërte et Silvio croisent l’épée.
Irus, s’interposant.
Monsieur, demandez-lui s’il est bon gentilhomme.
Laerte, donnant dans l’obscurité un coup de plat d’épée à Irus.
Non, non, c’est un voleur !
Irus, tombant.
Non, non, c’est un voleur ! Aïe ! aïe ! il m’a tué.
Flora jette par la fenêtre un seau d’eau sur la tête d’Irus.
Au secours ! on m’inonde. Ah ! je suis tout mouillé !
Laërte et Silvio se retirent.
Ninon.
Qu’est devenu Silvio ?
Ninette.
Qu’est devenu Silvio ? Je ne vois pas mon père.
Elles cherchent et rencontrent Irus.
toutes les deux.
À l’assassin ! au meurtre ! un homme est là par terre.
Elles se sauvent.
Irus, seul, couché.
Oui, oui, n’attendez pas que j’aille me lever ;
Si je disais un mot, ils viendraient m’achever.
Flora entré dans l’obscurité ; elle rencontre Irus, qu’elle prend pour Silvio.
Flora.
Êtes-vous là, seigneur Silvio ?
Irus, à part.
Êtes-vous là, seigneur Silvio ?Laissons-la croire.
C’est moi ! je suis Silvio.
Flora, reconnaissant Irus.
C’est moi ! je suis Silvio.Vous avez donc reçu
Quelque coup de rapière ? Entrez dans cette armoire,
(Elle le pousse dans une fenêtre ouverte.)
Ninette, rencontrant Silvio au fond du balcon.
Entrez dans cette chambre, ou vous êtes perdu.
(Elle l’enferme dans sa chambre.)
Scène III.
Une chambre. - Le point du jour.
IRUS sortant d’une armoire ; SILVIO, d’un cabinet.
Irus.
Je n’entends plus de bruit.
Silvio.
Je n’entends plus de bruit.Je ne vois plus personne.
Irus.
Par la mort-Dieu ! monsieur, que faites-vous ici ?
Silvio.
C’est une question qui m’appartient aussi.
Irus.
Ah ! tant que vous voudrez, mais la mienne est la bonne.
Silvio.
Je vous la laisse donc, en n’y répondant pas.
Irus.
Eh bien ! moi, j’y réponds. — Si j’y suis, c’est ma place.
Ce n’est pas par-dessus le mur de la terrasse
Que j’y suis arrivé, comme un larron d’honneur ;
J’y suis venu, cordieu ! comme un homme de cœur.
Je ne m’en cache pas.
Silvio.
Je ne m’en cache pas.Vous sortez d’une armoire.
Irus.
S’il faut vous le prouver pour vous y faire croire,
Je suis votre homme au moins, mon petit hobereau.
Silvio.
Je ne suis pas le vôtre, et vous criez trop haut.
(Il veut s’en aller.)
Irus.
Par le sang ! par la mort ! mon petit gentilhomme,
Il faut donc vous apprendre à respecter les gens ?
Voilà votre façon de relever les gants !
Silvio.
Écoutez-moi, monsieur, votre scène m’assomme.
Je ne sais ni pourquoi, ni de quoi vous criez.
Irus.
C’est qu’il ne fait pas bon me marcher sur les pieds.
Vive-Dieu ! savez-vous que je n’en crains pas quatre ?
Palsambleu ! ventrebleu ! je vous avalerais !
Silvio.
Tenez, mon cher monsieur, allons plutôt nous battre.
Si vous continuiez, je vous souffletterais.
Irus.
Mort-Dieu ! ne croyez pas, au moins, que je balance.
Laërte, dans la coulisse.
Ninette ! holà, Ninon !
Irus.
Ninette ! holà, Ninon ! C’est le père. — Silence !
Esquivons-nous, monsieur, nous nous retrouverons.
(Il rentre dans son armoire, et Silvio dans le cabinet.)
Laërte.
Ninon ! Ninon !
Ninon, entrant.
Ninon ! Ninon !Mon père, après l’histoire affreuse
Qui s’est passée ici, j’attends tous vos pardons.
Je n’aime plus Silvio. — Je vivrai malheureuse,
Et mon intention est d’épouser Irus.
(Elle se jette à genoux.)
Laërte.
Je suis vraiment ravi que vous ne l’aimiez plus.
Quel roman lisez-vous, Ninon, cette semaine ?
Ninette, entre et se jette à genoux de l’autre côté.
Ô mon père ! ô mon maître ! après l’horrible scène
Dont cette nuit nos murs ont été les témoins,
À supporter mon sort je mettrai tous mes soins.
Je hais mon séducteur, et je me hais moi-même.
Si vous y consentez, Irus peut m’épouser.
Laërte.
Je n’ai, mes chers enfants, rien à vous refuser.
Vous m’avez offensé. — Cependant je vous aime,
Et je ne prétends pas m’opposer à vos vœux.
Enfermez-vous chez vous. — Ce soir, à la veillée,
Vous trouverez en bas la famille assemblée.
Comme vous ne pouvez l’épouser toutes deux,
Irus fera son choix. Tâchons donc d’être belles ;
Il n’est point ici-bas de douleurs éternelles.
Allez, retirez-vous.
(Il sort. Ninon et Ninette le suivent.)
Scène IV.
IRUS, ouvrant l’armoire ; SILVIO.
Irus.
Allez, retirez-vous.Vous avez entendu ?
Silvio.
À merveille, monsieur, et je suis confondu.
Laquelle prendrez-vous ?
Irus.
Laquelle prendrez-vous ?Je ne rends point de compte.
Silvio.
Vous daignerez me dire, au moins, monsieur le comte,
Laquelle des deux sœurs il me reste à fléchir.
Irus.
Je n’en sais rien, monsieur, laissez-moi réfléchir.
Silvio.
Ninette vous plaisait davantage, il me semble.
Irus.
Vous l’avez dit. Je crois que je la préférais.
Silvio.
Fort bien. Maintenant donc allons nous battre ensemble.
Irus.
Je vous ai dit, monsieur, que je réfléchirais.
(Ils sortent.)
Scène V.
Le jardin.
Laërte, seul.
Mon Dieu ! tu m’as béni. — Tu m’as donné deux filles.
Autour de mon trésor je n’ai jamais veillé.
Tu me l’avais donné, je te l’ai confié.
Je ne suis point venu sur les barreaux des grilles
Briser les ailes d’or de leur virginité.
J’ai laissé dans leur sein fleurir ta volonté.
La vigilance humaine est une triste affaire.
C’est la tienne, ô mon Dieu ! qui n’a jamais dormi.
Mes enfants sont à toi, je leur savais un père,
J’ai voulu seulement leur donner un ami.
— Tu les as vu grandir. — Tu les as faites belles.
De leurs bras enfantins, comme deux sœurs fidèles,
Elles ont entouré leur frère à cheveux blancs.
Aux forces du vieillard leur sève s’est unie ;
Ces deux fardeaux si doux suspendus à sa vie
Le font vers son tombeau marcher à pas plus lents.
— La nature aujourd’hui leur ouvre son mystère.
Ces beaux fruits en tombant vont perdre la poussière
Qui dorait au soleil leur contour velouté.
L’amour va déflorer leurs tiges chancelantes.
Je te livre, ô mon Dieu ! ces deux herbes tremblantes.
Donne-leur le bonheur, si je l’ai mérité.
(On entend deux coups de pistolet.)
Qui se bat par ici ? Quel est donc ce tapage ?
(Irus entre, la tête enveloppée de son mouchoir, Spadille portant son chapeau et Quinola sa perruque.)
Que diantre faites-vous dans ce sot équipage,
Mon neveu ?
Irus.
Mon neveu ?Je suis mort. Il vient de me viser.
Laerte.
Il était bien matin, Irus, pour vous griser.
Irus.
Regardez mon chapeau, vous y verrez sa balle.
Laërte.
Alors votre chapeau se meurt, mais non pas vous.
(Entrent Ninon et Ninette, toutes deux vêtues en religieuses.)
Que nous veut à présent cet habit de vestale ?
Sommes-nous par hasard à l’hôpital des fous ?
Ninon.
Mon père, permettez à deux infortunées
D’aller finir leurs jours dans le fond d’un couvent.
Laërte.
Ah ! voilà ce matin par où souffle le vent ?
Ninette.
Mon père et mon seigneur, vos filles sont damnées,
Elles n’auront jamais que leur Dieu pour époux.
Laërte.
Voyez, mon cher Irus, jusqu’où va votre empire.
On prend toujours le mal pour éviter le pire.
Mes filles aiment mieux épouser Dieu que vous.
Levez-vous, mes enfants ; — je suis ravi, du reste,
De voir que vous aimez Silvio toutes les deux.
Rentrez chez moi. — Ce jour doit être un jour heureux.
Et vous, mon cher garçon, allez changer de veste.
Irus.
Ai-je du sang sur moi ? Mon oreille me cuit.
Spadille.
Oui, monsieur.
Quinola.
Oui, monsieur.Non, monsieur.
Irus.
Oui, monsieur.Non, monsieur.Je me suis bien conduit.
(Exeunt.)
Scène VI.
La terrasse.
NINON, SILVIO, sur un banc.
Silvio.
Écoutez-moi, Ninon, je ne suis point coupable.
Oubliez un roman où rien n’est véritable
Que l’amour de mon cœur, dont je me sens pâmer.
Ninon.
Taisez-vous, — j’ai promis de ne pas vous aimer.
Silvio.
Flora seule a tout fait par une maladresse.
Les billets d’hier soir portaient la même adresse.
C’est en les envoyant que je me suis trompé ;
Le nom de votre sœur sous ma plume est tombé.
Le vôtre de si près, comme vous, lui ressemble !
La main n’est pas bien sûre, hélas ! quand le cœur tremble.
Et je tremblais ; — je suis un enfant comme vous.
Ninon.
De quoi pouvaient servir ces deux lettres pareilles ?
Je vous écouterais de toutes mes oreilles,
Si vous ne mentiez pas avec ces mots si doux.
Silvio.
Je vous aime, Ninon, je vous aime à genoux.
Ninon.
On relit un billet, monsieur, quand on l’envoie.
Quand on le recopie, on jette le brouillon.
Ce n’est pas malaisé de bien écrire un nom.
Mais comment voulez-vous, Silvio, que je vous croie ?
Vous ne répondez rien.
Silvio.
Vous ne répondez rien. Je vous aime, Ninon.
Ninon.
Lorsqu’on n’est pas coupable, on sait bien se défendre.
Quand vous chantiez hier de cette voix si tendre,
Vous saviez bien mon nom, je l’ai bien entendu.
Et ce baiser du parc que ma sœur a reçu,
Aviez-vous oublié d’y mettre aussi l’adresse ?
Regardez donc, monsieur, quelle scélératesse !
Chanter sous mon balcon en embrassant ma sœur !
Silvio.
Je vous aime, Ninon, comme voilà mon cœur.