Odyssée (page 33)

Homère · Lettres

Texte français, domaine public · Source : http://remacle.org/bloodwolf/poetes/homere/odyssee/livre1.htm … livre24.htm · 50 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

ITHAQUE. (suite)

324 Quand Eumée a achevé ces paroles, il entre dans les demeures d'Ulysse et va droit à la salle où se trouvaient les fiers prétendants. — Mais le fidèle Argus est enveloppé dans les ombres de la mort dès qu'il a revu son maître après vingt années d'absence !

328 Télémaque, qui aperçoit le pasteur Eumée, lui fait signe et l'appelle ; Eumée regarde autour de lui et prend le siège où s'asseyait ordinairement celui qui découpait les viandes ; il avance ce siège auprès de la table, le place en face de Télémaque, et s'y assied. Un héraut lui apporte des viandes et lui présente du pain dans une corbeille.

336 Alors Ulysse franchit le seuil du palais sous les traits d'un pauvre et vieux mendiant ; il est appuyé sur un bâton et couvert de misérables vêtements. Il s'assied près de la porte, sur le seuil de frêne, et s'adosse contre le lambris de cyprès que jadis un artisan habile avait aligné au cordeau et, poli avec art. Télémaque en l'apercevant, prend, dans une magnifique corbeille, autant de pain et de viandes que ses mains pouvaient en contenir ; puis il dit au chef des pasteurs :

345 « Porte ces mets à l'étranger, et dis-lui qu'il parcoure, en mendiant, la troupe des prétendants. La honte ne sied pas à celui qui est pauvre. »

348 Le pasteur s'éloigne après avoir entendu ces paroles ; il s'approche d'Ulysse et lui dit :

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350 « Étranger, voilà ce que te donne Télémaque ; il t'ordonne de parcourir en mendiant la troupe des prétendants ; car, dit-il, la honte ne sied pas à celui qui est pauvre. »

353 L'intrépide Ulysse s'écrie aussitôt :

« Puissant Jupiter, fais que Télémaque soit heureux entre tous les mortels, et accomplis ce que son cœur désire ! »

356 En parlant ainsi, il prend les mets qu'on lui présente, et les dépose à ses pieds, sur sa hideuse besace ; puis il se met à manger tandis que Phémius chante dans le palais. Quand il a terminé son repas, le chanteur s'arrête aussi. Alors les prétendants remplissent le palais de leurs bruyantes clameurs. En ce moment, Minerve s'approche d'Ulysse, l'engage à tendre la main aux jeunes princes pour qu'il reconnaisse par lui-même ceux qui sont justes et ceux qui ne le sont pas. — Pourtant aucun de ces prétendants ne devait échapper à la mort ! — Ulysse s'avance vers eux en commençant par la droite ; il implore tous les jeunes gens et leur tend la main comme s'il eût été pauvre depuis longtemps. Ceux-ci, touchés de pitié, lui donnent avec abondance ; puis ils le regardent avec surprise, et se demandent quel est cet homme et d'où il vient. Aussitôt Mélanthius, gardien des chèvres, leur dit :

370 « Prétendants d'une illustre reine, écoutez-moi. J'ai déjà vu cet étranger ; Eumée l'a conduit en ces lieux ; mais je ne sais pas précisément de quelle nation il se glorifie d'être issu.» 374 Antinoüs adresse alors des injures au chef des pasteurs et lui dit : « Ô pâtre trop connu par tes méfaits, pourquoi nous as-tu amené cet homme ? N'avons-nous pas assez de mendiants et de vagabonds, de ces vils fléaux des festins ? N'est-ce donc rien pour toi que ceux qui consument ici les biens de ton maître, puisque tu vas chercher ailleurs ce misérable vieillard ? » 380 Eumée, chef de pasteurs, lui répond aussitôt :

« Antinoüs, quelque noble que vous soyez, vos paroles ne le sont point. Qui donc voudrait aller chercher un étranger à moins que ce ne soit un artisan utile, un prophète, un descendant d'Esculape, un savant charpentier, ou bien un de ces mortels inspirés des dieux, dont les chants font nos délices ? Tels sont les hommes qu'on invite de toutes parts sur la terre ; mais personne n'oserait appeler un mendiant qui ne fait toujours qu'importuner. Antinoüs, vous fûtes de tous les prétendants le plus cruel pour les serviteurs d'Ulysse, et surtout pour moi : mais les traitements rigoureux que vous me faites éprouver ne me touchent point ; car la chaste Pénélope vit encore, ainsi que son divin fils. » 392 Le prudent Télémaque prend la parole et dit : « Silence, Eumée, ne lui réponds pas. Antinoüs a coutume de nous injurier sans cesse par ses discours et d'exciter les autres prétendants. » 396 Puis, se tournant du côté d'Antinoüs, il prononce ces rapides paroles :

« Certes, tu prends pour moi les mêmes soins qu'un père prendrait pour son fils, toi qui veux que je chasse ce mendiant : que les dieux m'en préservent ! Donne-lui donc de ces mets, et ne crains pas que mon cœur s'en offense, puisque je te l'ordonne. Ne redoute pas non plus ni ma mère, ni les serviteurs qui habitent ce palais. Mais je sais bien que telle n'est pas ta pensée. Tu aimes mieux tout dévorer toi-même que de donner quelque chose aux autres ! » 405 Antinoüs lui répond aussitôt :

« Discoureur altier, fougueux Télémaque, que viens-tu donc de me dire ? Si tous les prétendants lui donnaient autant que moi, ce mendiant pourrait rester trois mois entiers dans sa maison sans tendre la main. »

409 A ces mots, il saisit l'escabelle sur laquelle il reposait ses pieds pendant le repas et il la montre avec menace. — Tous les autres prétendants s'empressent de remplir la besace du pauvre mendiant avec du pain et des viandes. Ulysse, en retournant à sa place pour goûter aux mets qu'on venait de lui donner, s'arrête auprès d'Alcinoüs et lui adresse ces paroles :

415 « Ami, faites-moi quelques dons, car vous ne me paraissez pas être le dernier des Achéens : vous ressemblez au contraire à un roi. Donnez-moi donc plus de pain que les autres prétendants, et je célébrerai votre gloire par toute la terre. — J'étais riche autrefois, moi ; j'habitais un somptueux palais, et je donnais toujours aux voyageurs quels qu'ils fussent, lorsqu'ils étaient dans la misère. Je possédais mille serviteurs, des trésors immenses, et enfin tout ce qui fait le bonheur de ceux qu'on appelle fortunés. Mais Jupiter, par sa propre volonté, m'a ravi tous ces biens en m'inspirant le désir d'aller en Égypte, avec des pirates vagabonds, pour y trouver ma perte ! J'arrêtai mes navires ballottés par les flots dans le fleuve Égyptus, et je donnai l'ordre à mes compagnons de rester auprès du rivage et de garder nos vaisseaux ; puis j'envoyai mes autres guerriers sur les hauteurs pour observer et connaître le pays.

Ceux-ci, obéissant à leur audace et à leur impétuosité, ravagèrent les fertiles campagnes des Égyptiens, enlevèrent les femmes et les enfants, égorgèrent tous les habitants ; et les cris des victimes arrivèrent jusque dans la ville. Les citoyens attirés par ces clameurs accoururent au lever de l'Aurore. Toute la plaine fut remplie de fantassins et de cavaliers, et partout on vit briller le vif éclat de l'airain. Jupiter, qui se plaît à lancer la foudre, mit en fuite mes compagnons ; aucun d'eux ne put soutenir le choc des assaillants, et le malheur les environna de toutes parts. Un grand nombre de mes guerriers furent tués par l'airain tranchant ; d'autres furent emmenés vivants pour être soumis aux travaux de l'esclavage, et moi je fus donné à leur hôte, Denétor, fils d'Iasus, qui régnait dans Cypre. — J'arrive maintenant de cette île après avoir souffert de grands maux. »

445 Antinoüs prend aussitôt la parole et dit à Ulysse :

« Quel dieu nous a envoyé cette peste, ce tourment des convives ? Reste au milieu de la salle, loin de ma table, de peur que tu ne retrouves ici l'amère Égypte et l'île de Cypre (6). Tu n'es qu'un misérable mendiant, qu'un audacieux rempli d'impudence ! Tu demandes à tous les prétendants ; et ils te donnent sans hésitation. Ces jeunes princes n'ont aucune économie, et ils font des largesses avec les biens des autres : car ici tout est en abondance. »

453 L'ingénieux Ulysse fait un pas en arrière et lui dit :

« Certes, votre cœur ne répond point a votre beauté. Antinoüs, vous ne donneriez pas chez vous un grain de sel à un mendiant ; puisque dans une maison étrangère où tout est en abondance, vous ne me donnez pas même un morceau de pain! » 458 A ces paroles, Antinoüs est violemment courroucé ; il lance un regard menaçant à Ulysse et s'écrie :

460 « Maintenant que tu viens de m'accabler d'injures, tu ne sortiras pas sain et sauf de ce palais. »

462.

Aussitôt il saisit une escabelle, la jette avec force, et atteint Ulysse à l'extrémité de l'épaule droite ; le héros reste immobile comme un rocher, et ne chancelle point ; il secoue seulement la tête en silence et médite la mort des prétendants ; puis il va s'asseoir sur le seuil, met à ses pieds sa besace qu'on vient de remplir, et dit aux convives :

508

468 « Écoutez-moi, prétendants d'une reine illustre, je vais vous dire toute ma pensée. Aucune douleur, aucune peine ne peut fléchir le cœur de l'homme qui, combattant pour ses richesses et son bétail, est blessé par l'ennemi ; mais Antinoüs me frappe, moi, parce que je suis tourmenté par la faim cruelle et dévorante, source de maux sans nombre ! Si les dieux et les Furies protègent les pauvres et les mendiants, qu'Antinoüs reçoive la mort avant l'accomplissement de son hymen ! »

477 Antinoüs, fils d'Eupithée, prend la parole et dit à Ulysse : « Vieillard, assieds-toi et mange en silence ou quitte promptement ces lieux : les jeunes gens, pour te punir de tes discours, pourraient bien t'entraîner hors de ce palais par les pieds ou par les mains, et te déchirer les membres. » 481 Les prétendants sont tous indignés, et l'un d'eux laisse échapper ces paroles :

« Antinoüs, tu ne devais point frapper ce malheureux voyageur qui est peut-être une divinité céleste. Souvent les dieux, semblables à des hôtes étrangers, parcourent les villes pour être témoins et de l'injustice et de la piété des hommes. »

488 Antinoüs méprise les propos des prétendants. — Télémaque éprouve une vive douleur : cependant il ne laisse échapper aucune larme ; mais il secoue la tête en silence, et médite la mort des prétendants. 492 Lorsque la prudente Pénélope apprend qu'un mendiant a été frappé dans son palais, elle dit aux femmes qui la servent :

« Puisse Apollon, célèbre par son arc, frapper ainsi l'orgueilleux Antinoüs ! »

495 Eurynome, l'intendante du palais, lui répond en ces termes : « Ah ! si nos vœux étaient exaucés, aucun de ces prétendants ne reverrait la fille du matin briller sur son trône d'or ! »

498 La prudente Pénélope réplique aussitôt en disant :

« Oui, ma chère nourrice, tous ces prétendants me sont odieux : ils ne méditent que des forfaits ! Antinoüs, surtout, est pour moi l'image de la mort. — Un malheureux étranger, accablé de misère, vient mendier dans ce palais, tous les prétendants remplissent sa besace ; mais Antinoüs seul lui lance son escabelle et en frappe le mendiant à l'extrémité de l'épaule droite. »

505 Ainsi parle Pénélope. — Elle se tient dans ses appartements, au milieu des femmes qui la servent, pendant qu'Ulysse prend son repas. — Bientôt elle appelle le chef des pasteurs et lui dit : 508 « Noble Eumée, va chercher ce mendiant pour que je lui demande s'il n'a pas entendu parler de l'intrépide Ulysse, s'il n'a pas vu ce héros de ses propres yeux ; car ce pauvre étranger me semble avoir beaucoup voyagé. »

512 Le chef des pasteurs lui répond en ces termes :

« Ô reine, plût au ciel que tous les Achéens rassemblés ici fussent réduits au silence, et que vous pussiez entendre ce mendiant : ses récits charmeraient votre cœur ! Je l'ai gardé dans ma cabane pendant trois jours et trois nuits ; c'est chez moi qu'il est venu quand il s'est échappé de son navire ; cependant il ne m'a pas encore raconté toutes ses infortunes. — De même qu'on écoute un chanteur qui, jadis instruit par les dieux, ravit les mortels par l'harmonie de ses accents : de même j'écoutais avec ravissement les récits de cet étranger. — Il me dit que ses pères étaient unis à la maison d'Ulysse par les liens de l'hospitalité, et qu'il habitait autrefois l'île de Crète où naquit Minos. Cet étranger arrive après avoir souffert des maux sans nombre et après s'être traîné, comme mendiant, de contrée en contrée. Il prétend qu'Ulysse est maintenant chez le peuple fortuné des Thesprotes, et qu'il reviendra bientôt en rapportant des richesses précieuses. »

528 La sage Pénélope dit au pasteur Eumée :

« Fais donc venir ici cet étranger pour qu'il me raconte aussi ses propres infortunes. Quant aux prétendants, qu'ils se réjouissent sous les portiques ou dans le palais, puisque leur âme est livrée à la joie.

Tandis que leurs richesses, que leur vin et leur blé restent intacts dans leurs demeures et ne servent qu'à nourrir leurs esclaves, ils viennent chaque jour se divertir ici ; ils tuent les bœufs, les brebis, les chèvres les plus grasses ; ils s'abandonnent aux délices des festins et boivent impunément mon vin aux sombres couleurs : c'est ainsi qu'ils consument tous mes biens ! Il faudrait un héros semblable à Ulysse pour empêcher la ruine de ma maison. Ah ! si jamais mon époux revenait dans sa patrie, comme il châtierait bientôt, avec son fils, l'insolence de tous ces hommes ! »

541 A peine a-t-elle achevé ces paroles, que Télémaque éternue avec force, et tout le palais en retentit. Pénélope sourit et dit à Eumée :

544 « Hâte-toi donc d'amener ici ce voyageur ; ne vois-tu pas que mon fils vient d'éternuer à mes dernières paroles ? Que la mort soit d'après cet augure (7) l'inévitable destin de tous les prétendants, et qu'aucun d'eux n'échappe au trépas ! Retiens bien encore ces paroles. Si cet étranger me dit la vérité, je lui donnerai un manteau, une tunique et de riches vêtements.»

551 Le chef des pasteurs s'éloigne après avoir entendu cet ordre ; il s'approche d'Ulysse et lui adresse ces rapides paroles :

« Cher étranger, la mère de Télémaque, la prudente Pénélope veut te demander des nouvelles de son époux, pour lequel elle souffre tant de maux. Si tu lui dis la vérité, elle te donnera une tunique, un manteau et les vêtements dont tu as besoin. Tu pourras ensuite aller mendier par la ville pour soulager ta faim, et chacun te fera l'aumône selon sa volonté.»

560.

Le divin et intrépide Ulysse lui répond aussitôt :

« Cher Eumée, j'irais volontiers dire toute la vérité à la reine, car j'ai beaucoup connu le divin Ulysse, et j'ai souffert avec lui les mêmes maux, si je ne craignais la foule des prétendants, dont les violentes injures sont montées jusqu'au ciel. Lorsqu'Antinoüs m'a frappé si violemment, moi qui ne faisais aucun mal, Télémaque ni personne n'a osé me secourir.

Engage donc Pénélope à m'attendre, malgré son impatience, jusqu'au coucher du soleil ; alors elle pourra m'interroger sur le retour tant désiré de son époux en me faisant asseoir auprès du foyer ; car je n'ai, moi, que des vêtements déchirés : tu le sais toi-même, cher pasteur, puisque c'est toi que j'ai imploré le premier. »

574 Eumée s'éloigne. Pénélope, qui le voit franchir le seuil, lui adresse ces paroles :

« Quoi ! tu n'amènes point cet étranger ? Que pense donc ce vagabond ? Craint-il encore de nouvelles insultes, ou bien la honte l'empêche-t-elle de traverser mon palais ? Un mendiant timide est un être bien malheureux. » 579 Le chef des pasteurs répond à Pénélope :

« Cet étranger parle avec sagesse ;

tout autre à sa place penserait comme lui : il veut éviter la violence des prétendants. Il vous engage donc à l'attendre jusqu'au coucher du soleil ; en effet, le soir sera plus convenable pour interroger votre hôte et pour écouter ses récits. »

585 La prudente Pénélope réplique aussitôt :

« Vraiment cet étranger ne me paraît point privé de raison. Jamais, dans aucun lieu ni à aucune époque, on n'a vu des prétendants commettre de telles injustices ! » 589 Le pasteur, après s'être acquitté de son message, revient au milieu des jeunes princes ; il s'approche de Télémaque, penche la tête vers lui, pour n'être entendu de personne, et lui dit :

593 « Je retourne maintenant à ma bergerie pour veiller sur les troupeaux, votre fortune et la mienne. Vous, prenez soin de vos richesses ; mais surtout songez à votre propre existence et tâchez qu'il ne vous arrive aucun mal : un grand nombre d'Achéens méditent votre mort. Que Jupiter les extermine donc avant que le malheur nous atteigne ! »

598 Le prudent Télémaque lui répond en disant :

« Tout s'accomplira selon tes désirs, bon vieillard. Pars après le repas du soir ; et demain, au lever de l'Aurore, amène ici de belles victimes : abandonne le reste à mes soins et à ceux des dieux immortels. »

602 Aussitôt Eumée va s'asseoir sur un siège magnifique et prend le repas du soir. Quand il a bu et mangé selon les désirs de son cœur, il se dispose à retourner auprès de ses troupeaux ; puis il s'éloigne du palais : il voit tous les convives qui se livrent aux plaisirs de la danse et du chant ; car la fin du jour était arrivée. »

Notes, explications et commentaires

περ ἄλγεα θυμῶι, (vers 13) peut être entendu de deux maniè­res d'après les différentes explications que l'on donne à la particule περ ; il signifie, dans le premier cas : QUOIQUE ayant des douleurs dans mon âme ; et dans le second : PUISQUE j'ai des douleurs dans mon âme.

(2) Pour la traduction de ce passage obscur, nous avons suivi les Explications de Dubner.

(3) Les bassins et les trépieds étaient les dons que l'on faisait seulement aux nobles étrangers.

(4) Il y a dans le différentes manières par les traducteurs ; Eustathe, Buttmann, les scholies, Voss et Dugas-Montbel le rendent par maison à plusieurs étages ; Bitaubé dit : il (le palais) ne ressemble point à d'autres palais. Clarke a traduit mot à mot ce passage ; mais il ne l'a pas éclairci en disant : ex aliis alix sunt. Dubner, qui voulait faire disparaître l'obscurité de ce vers, a ajoute le mot œdes. Malgré cela, ce passage n'est, pas encore clairement expliqué.

(5) Le texte corrigé par Wolf et adopté par Dubner porte :

(vers 322/323)

Platon, qui rapporte ces deux vers, substitue le mot νόος (intelligence) au mot ἀρετῆς (vertu). Mais comme le passage rapporté par Platon est un peu différent de celui qui est généralement adopté, nous le donnons textuellement ici :

(6) C'est-à-dire l'esclavage. Madame Dacier et Dugas-Montbel n'ont pas compris le sens de cette phrase en faisant entendre qu'Antinoüs voulait renvoyer Ulysse en Égypte.

(7) Eustathe nous apprend que, chez les anciens, l'éternuement était d'un augure favorable. «Voilà pourquoi, ajoute cet auteur, on salue celui qui éternue. » Montaigne parle en ces termes de cet antique usage : « Me demanderez-vous d'où vient cette coutume de bénir ceux qui éternuent ? Parce que l’éternument vient de la tête et est sans blasme ; nous lui faisons cet honneste accueil. Ne vous mocquez pas de cette subtilité, elle est, dit-on, d'Aristote. »

Homère, Odyssée, Chant 18 (traduction française)

Homère

Odyssée

Pour d'autres traductions françaises

texte grec

chant 17

chant 19

Livre XVIII

COMBAT D'ULYSSE ET D'IRUS.

n ce moment arrive un mendiant connu de tout le peuple d'Ithaque, et qui était devenu fameux par sa voracité : il mangeait et buvait sans cesse. Quoiqu'il fût de haute taille, il n'avait aucune force, aucune vigueur ; il s'appelait Arnée : sa mère lui donna ce nom lorsqu'il vint au monde ; mais tous les jeunes gens le nommaient Irus, parce qu'il portait leurs messages. Irus, à son arrivée, veut chasser Ulysse du palais ; il l'accable d'outrages et lui dit :

« Fuis de ce portique, misérable vieillard, si tu ne veux pas que je te jette dehors en te traînant par les pieds ! Ne t'aperçois-tu pas que tous les prétendants me font signe de te chasser ? Cependant, j'hésite encore. Retire-toi donc, ou nous allons en venir aux mains. »

L'intrépide Ulysse, lui jetant un regard courroucé, lui répond :

[15] « Misérable, je ne t'ai jamais fait ni dit aucune injure, et maintenant je ne suis même pas jaloux des présents nombreux que l'on te fait. Comme ce seuil est assez grand pour nous deux, n'envie point le bien des autres ; car tu n'es qu'un mendiant comme moi. — La richesse vient des dieux. — Ne me provoque pas au combat, ne m'irrite point davantage, si tu ne veux pas que j'ensanglante et ta bouche et ta poitrine ! Je serais bien sûr alors de goûter le repos en ces lieux ; car je pense que tu ne voudrais plus revenir dans le palais d'Ulysse, fils de Laërte. »

Irus, tout courroucé des paroles du héros, s'écrie :

[26] « Grands dieux ! avec quelle volubilité parle ce glouton ! On dirait d'une vieille femme qui n'a jamais quitté son foyer (1)! — Si je voulais me venger, je le frapperais de mes deux mains, je lui ferais sortir toutes les dents de la mâchoire comme à un sanglier qui ravage les moissons ! — Maintenant prends ta ceinture et que ces héros soient témoins de notre lutte. Mais oseras-tu te battre avec un homme plus jeune que toi ? »

C'est ainsi que devant les portes élevées et sur le seuil brillant du palais ils se disputent avec aigreur. Le puissant Antinoüs se met à sourire et dit aux prétendants :

[36] « O mes amis ! jamais on n'a vu un spectacle semblable à celui qu'une divinité nous montre en ce moment ! Irus et le mendiant se prennent de querelle et veulent en venir aux mains. Allons, excitons-les davantage. »

Il dit ; tous se lèvent en riant et se rangent autour des deux mendiants. Alors, Antinoüs, fils d'Eupithée, prend la parole et dit :

[43] « Illustres prétendants, écoutez-moi. Vous voyez bien sur les flammes ces viandes que nous avons préparées pour notre repas du soir en les remplissant de graisse et de sang : eh bien ! celui des deux mendiants qui remportera la victoire choisira lui-même la part qu'il désire ; il assistera désormais à nos festins, et nous ne permettrons à aucun étranger de venir mendier ici. »

Ces paroles plaisent aux prétendants. Mais le prudent Ulysse, imaginant une nouvelle ruse, leur tient ce discours :

[52] « Il n'est pas juste qu'un vieillard, brisé par l'âge et par les malheurs, lutte avec un homme jeune et vigoureux. Cependant, la faim cruelle me force à recevoir encore de nouveaux coups ! Faites-moi serment qu'aucun de vous, par amour pour Irus, ne me frappera de sa main pesante et ne m'accablera de coups en se joignant à ce mendiant. »

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