Contre Celse (Contra Celsum) (page 11)

Origène · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — Contre Celse (8 livres) · 17 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Je crois qu'il un se propose que de grossir son livre, el de le faire valoir par là, lorsqu'il ajoute encore des choses si inutiles, comme : que nous comptons pour le premier homme le même que les Juifs, et que nous faisons la généalogie de ses descendants de, la même manière qu'eux. (Gen., IV. 8). Pour ce qui est des embûches mutuelles que des frères se sont dressées, nous ne savons ce que c'est. Caïn en dressa bien à Abel, et Ésaü à Jacob ; mais Abel n'en dressa point à Caïn, ni Jacob à Ésaü (Gen.. XXVII, 41.); ce qu'il faudrait qu'ils eussent fait pour donner lieu à Celse de dire, que nous parlons comme les Juifs des embûches mutuelles que des frères se sont dressées. Je veux que nous racontions comme eux aussi l'entrée des Israélites en Égypte, et leur sortie hors de ce pays, laquelle Celse nomme mal à propos une fuite : quel sujet d'accusation en peut-il tirer, soit contre nous, soit contre les Juifs? Lors donc qu'il croit que l'occasion de nous railler se présente, il parle de la sortie des Hébreux comme d'une fuite : mais quand il serait question d'examiner ce qui nous est dit des plaies dont Dieu frappa l'Égypte, il prend le parti d'un silence affecté (Exode, VII, 20, etc.).

LX. Après tout, s'il faut répondre précisément à Celse, qui croit que nous sommes dans les mêmes sentiments que les Juifs sur ces articles, nous dirons que nous confessons également, les uns et les autres, que les livres qu'on nomme sacrés sont l'ouvrage de l'Esprit de Dieu; mais que nous différons avec eux dans l'explication que nous donnons à ces livres. En effet, nous ne vivons pas même comme les Juifs, ne croyant pas que l'intention du législateur soit renfermée dans le sens littéral de la loi. Et nous disons que, lorsqu'on leur lit Moïse, ils ont un voile sur le coeur, parce que le sens de la loi de Moïse est caché pour ceux qui refusent de suivre la voie marquée par Jésus-Christ. Mais quand quelqu'un se convertit au Seigneur qui est l'Esprit, nous savons qu'alors le voile qu'il avait sur le cœur en étant ôté, il contemple à découvert la gloire du Seigneur dans ces sens cachés de l'Écriture ; et devenant lui-même comme un miroir qui la reçoit, il participe, pour sa propre gloire, à cette gloire divine. De sorte qu'il n'y a rien de plus lumineux que son visage, c'est-à-dire son entendement, pour parler nûment et sans figure. Car ie visage de l'homme intérieur, c'est l'entendement qui, par la connaissance du véritable sens de la loi, est rempli de lumière et de gloire.

LXI. Qu'on ne pense pas, dit-il ensuite, que j'ignore qu'il y en a entre eux qui avoueront que leur Dieu est le même que celui des Juifs; mais que d'autres le nieront, voulant que le Dieu qui a envoyé son fils soit un Dieu opposé au premier. S'il croit qu'il faille condamner le christianisme sur ce qu'il y a diverses hérésies parmi les chrétiens, pourquoi ne condamnera-t-on pas la philosophie par la même raison, puisque les différentes sectes philosophes s'accordent si peu, je ne dis pas sur des bagatelles et sur des choses non nécessaires, mais sur ce qu'il y a de plus important et de plus essentiel ? Les sectes qui partagent la médecine la devront tout de même faire condamner.

Je veux donc qu'il y en ait parmi nous qui nient que notre Dieu soit le même que celui des Juifs, cela ne doit point faire que le Dieu des Juifs et le Dieu des Gentils est le même Dieu. Voyez si saint Paul, qui de juif s'était fait chrétien, pouvait parler plus clairement que de de dire : Je rends grâces à mon Dieu que je sers avec une pure conscience, comme mes ancêtres l'ont servi (II Tim., I, 3).

Je veux qu'il y ait des gens d'un troisième ordre qui nomment les uns charnels, et les autres spirituels, si je ne me trompe, les disciples de Valentin qu'il entend par là : qu'en peul-il conclure contre nous, qui nous tenant au sentiment de l'Église, condamnons ceux qui soutiennent que les uns sont sauvés, les autres damnés par la nécessite naturelle de leur constitution?

Je veux encore qu'il y en ait qui, par une haute opinion de leur savoir, s'attribuent le nom de gnostiques, à peu près comme les épicuriens prennent celui de philosophes : il ne se peut, ni que ceux qui nient la Providence soient de vrais philosophes, ni que ceux qui inventent des fables absurdes, désavouées par les disciples de Jésus, soient de vrais chrétiens. Je veux qu'il y en ait d'autres qui, parce qu'ils reçoivent Jésus-Christ, se vantent d'être chrétiens, mais qui cependant veulent encore observer la loi de Moïse comme le commun des Juifs: tels que sont les ébionites; tant ceux qui confessent avec nous que Jésus est né d'une Vierge, que ceux qui nient qu'il est autrement que les autres hommes : que fait cela contre ceux qui composent l'Église, lesquels Celse appelle la multitude? Il dit qu il y en a aussi de certains nommés sibyllites ; fondé peut-être sur ce qu'il s'est rencontré avec quelqu'un qui, n'approuvant pas le sentiment de ceux qui tiennent que la sibylle a été une prophétesse, les désignait par ce nom.

LXII. Il ramasse ensuite une foule d'autres noms comme pour nous en accabler, et il parle d'abord des simoniens, nommés aussi héléniens parce qu'ils révèrent une Héléné ou un Hélénus qu'ils reconnaissent pour maître. Mais Celse ne sait pas que parmi les simoniens, on ne donne pas la qualité de fils de Dieu Jésus et qu'ils nomment Simon la vertu de Dieu. On nous conte divers prodiges de ce Simon, qui s'imaginait qu'en se servant d'illusions, comme il croyait qu'avait fait Jésus, il acquerrait parmi les hommes le même crédit que Jésus y avait acquis. Mais il a été impossible, et à Celse, et à Simon, de comprendre comment Jésus, chargé de cultiver le champ du Seigneur, a pu si heureusement semer la parole de Dieu par toute la terre, que presque tout ce qui est habité, soit par les Grecs, soit par les Barbares, ait été rempli d'une doctrine qui guérit l'âme de tous ses vices, et qui la conduit au Créateur de l'univers. Après ceux-là. Celse nous parle des marcellianites qui doivent leur nom à Marcelline; et des harpocratiens, dont les uns tirent leur origine de Salomé, les autres de Mariane, et les autres de Marthe. Mais ce sont des sectes dont nous n'avons nulle connaissance, quoique le désir d'apprendre nous ait porté, non seulement à étudier avec soin la doctrine chrétienne et les différence opinions de ceux qui la suivent, mais à examiner, même sérieusement et de bonne foi, les sentiments des philosophes. Il nomme ensuite les marcionites dont Marcion a été le chef,

LXIII. et pour faire croire qu'il en connaît bien davantage, il ajoute, selon sa coutume : Il y en a encore d'autres qui, se forgeant malheureusement pour maître quelqu'autre démon, se plongent dans d'épaisses ténèbres où Ils commettent plus d'excès et d'abominations que ne font, en Égypte les dévots d'Antinoüs. Je trouve qu'il y a quelque chose de véritable, dans ce qui touche là, lorsqu'il dit qu'Il y en a d'autres qui se forgent malheureusement pour maître quelqu'autre démon, et qui, par ce moyen, se plongent dans les épaisses ténèbres de l'ignorance. Quant à la comparaison qu'il fait d'Antinoüs avec Jésus-Christ Notre-Seigneur, nous ne répéterons point ce que nous en avons dit ci-dessus. Voyons ce qui suit : Ils se disent mutuellement les injures les plus indignes et les plus atroces. et ils seraient bien fâchés de céder la moindre chose pour le bien de la paix, ayant les uns pour les autres une haine mortelle. Nous avons encore répondu à cela, quand nous avons dit que, dans la philosophie et dans la médecine. il y a des sectes qui se font une guerre mutuelle. Mais. au reste, nous qui suivons la doctrine de Jésus et qui tâchons de faire que nos pensées, nos paroles et nos actions soient conformes à ses préceptes, quand on nous maudit, nous bénissons quand on nous persécute nous le souffrons, quand on nous dit des injures, nous répondons par des prières (I Cor., IV, 12). Et bien loin de traiter indignement ceux qui ont des sentiments contraires aux nôtres, il n'y a rien que nous ne fissions pour les ramener à leur devoir, s'il était possible: c'est-à-dire pour les obliger à s'attacher uniquement au Créateur et à vivre toujours comme devant être un jour jugés. S'ils s'obstinent dans leur erreur, nous observons l'ordre qui nous a été donné à leur égard : Rejetez celui qui est hérétique, après l'avoir averti une et deux fois; sachant que quiconque est en cet état, est perverti et pèche, étant condamné par son propre jugement (Tit., III, 10). Ceux qui ont compris que bienheureux sont les pacifiques, et bienheureux ceux qui sont doux (Matth., V, 9, 5), n'ont garde de donner des marques de haine à ceux qui corrompent et qui falsifient la doctrine chrétienne, ni de les comparer à cette Circé qui empoisonnait les hommes par de doux breuvages.

LXIV. Il semble, à mon avis, qu'il ait quelque idée de ces paroles de l'Apôtre : Dans les derniers temps quelques-uns abandonneront la foi s'arrêtant à des esprits d'erreur et à des doctrines de démons enseigné es par des imposteurs pleins d'hypocrisie et cautérisés en leur propre conscience, qui interdiront le mariage et l'usage des viandes que Dieu a crées pour être reçues avec actions de grâces par les fidèles ( I Tim., IV, 1 ). Il semble aussi qu'il ait ouï dire qu'on se sert de ce passage contre les corrupteurs du christianisme; et que ce soit ce qu'il a en vue quand il dit qu'il y en a parmi les chrétiens qu'on nomme les cautères des oreilles. Il ajoute qu'il y en a d'autres qu'on nomme énigmes (Matth., XVIII, 6, etc): mais je ne sais pas où il l'a pris. A l'égard du mot scandale il est certain qu'il se trouve fréquemment dans nos Écritures, et nous avons coutume de l'appliquer à l'action de cela qui détournent de la saine doctrine les personnes simples et faciles à séduire. Mais pour ces trompeuses sirènes avec leurs danses et avec la cire qu'elles mettent dans les oreilles, changeant en pourceaux ceux qu'elles peuvent attirer, nous ne savons ce que c'est, et nous se connaissons point de gens à qui l'on donne ce nom. Je ne pense pas que parmi les vrais chrétiens ni parmi les hérétiques il y ait personne qui en connaisse non plus.

Celse qui se vante de savoir tout, ajoute encore : Quoiqu'ils aient de telles disputes entr'eux, et qu'ils se déchirent les uns les autres par de si sanglants outrages, vous les entendrez dire tous: Le monde est crucifié pour moi, et je le suis pour le monde (Gal., VI, 14). C'est là sans doute tout ce qu'il a retenu des écrits de saint Paul ; car pourquoi ne disons que cela, y ayant une infinité d'autres passages pareils, comme par exemple : Encore que nous vivions dans la chair, nous ne combattons pas selon la chair; car les armes de notre milice ne sont point charnelles, mais puissantes en Dieu pour renverser les remparts qu'on leur oppose ; et c'est par ces armes que nous détruisons les raisonnements humains et toutes les hauteurs qui s'élèvent contre la connaissance de Dieu (II Cor., X, 3) ?

LXV. Mais puisqu'il dit des chrétiens en général, que quoiqu'ils aient de telles disputes entr'eux, on les entend dire tous : Le monde est crucifié pour moi, et je le suis pour le monde ; il faut lui montrer que cela même est faux. En effet, il y a des hérétiques qui ne reçoivent pas les Épîtres de saint Paul, tels que sont les ébionites tant de l'une que de l'autre espèce, et ceux qu'on appelle encratites. Des personnes qui ne reconnaissent pas l'Apôtre pour un homme saint et bienheureux n'ont gardé de dire avec lui : Le monde est crucifié pour moi,. et je le suis pour le monde. Celse se trompe donc en cela ; il insiste fort longtemps sur l'accusation qu'il tire de cette diversité de sectes, mais il me paraît peu exact à débrouiller et à éclaircir les choses. Il n'a pas assez soigneusement considéré, ni assez nettement compris comment les chrétiens avancés en connaissance se vantent d'en savoir plus que les Juifs; si c'est en recevant les mêmes livres que les Juifs reçoivent., mais en leur donnant un autre sens, ou si c'est en rejetant ces livres ; car de ces deux partis, il y a des sectes qui prennent l'un, et d'autres qui prennent l'autre. Il dit ensuite : Voyons donc et quoique leurs dogmes n'aient rien dans leur origine qui puisse les autoriser,. examinons la doctrine en elle-même. Il faut premièrement faire voir combien ils prennent mal les choses, gâtant par leur ignorance tout ce qui leur passe par les mains, et parlant avec une fierté mal fondée de ce dont ils ne savent pas même les premiers principes. Voici que c'est. Après quoi, il oppose a quelques maximes que les chrétiens ont continuellement à la bouche, d'autres maximes des philosophes, voulant que ce qu'il y a de plus beau dans ce qu'il attribue aux chrétiens, soit dit par les philosophes avec plus de force et de clarté, et tâchant ainsi d'entraîner vers la philosophie ceux qui s'étaient rendus aux beautés du christianisme, où la piété paraît dès le premier abord dans tout son éclat ; mas finissons ce cinquième livre, et passons au sixième.

D'ORIGÈNE

I.

Dans ce sixième livre que nous commençons, pieux Ambroise, nous nous proposons de combattre les calomnies de Celse contre les chrétiens, et non, comme on pourrait se l'imaginer, ce qu'il emprunte de la philosophie. Car il produit plusieurs choses, surtout des écrits de Platon, pour faire voir que ce que nos saintes Écritures ont de plus capable de faire impression, même sur un esprit éclairé, nous est commun avec d'autres, voulant que cela ait été beaucoup mieux dit par les Grecs et sans tout cet appareil de promesses et de menaces de la part de Dieu ou de son Fils. Je dis donc que si les ministres de la vérité, par un effet de l'amour qu'ils ont pour tous les hommes, n'ont rien tant à cœur que de se rendre utiles au plus grand nombre qu'ils peuvent, et de faire connaître cette vérité à toutes sortes de personnes, s'il était possible, sans distinction de savants et d'ignorants, de Grecs et de Barbares ; si, dis-je, leur humanité n'éclate jamais mieux que quand ils se mettent en état de convertir les plus simples et les plus grossiers, il est clair que, pour réussir dans ce dessein, ils doivent s'étudier à parler populairement et d'une manière proportionnée à l'intelligence de tout le monde. Ceux qui, traitant de misérables, indignes que l'on s'arrête à eux, ces personnes simples dont la capacité ne va pas jusqu'à sentir les beautés d'un discours bien suivi et d'une période bien tournée, ne considèrent que les hommes nourris dans les lettres et dans les sciences, ceux-là donnent des bornes bien étroites au désir de se communiquer.

II. Ce que je dis pour défendre, contre les accusations de Celse et de quelques autres, la simplicité du style de nos Écritures qui semblent n'avoir aucun lustre auprès de ces compositions si brillantes, où tous les préceptes de l'art sont observés. Mais c'est que nos prophètes, notre Jésus et ses apôtres, dans les enseignements qu'il nous ont laissés, n'ont pas eu simplement en vue de dire des choses véritables, ils ont voulu aussi les dire d'une manière qui pût s'insinuer dans l'esprit des peuples jusqu'à ce qu'étant ainsi tous gagnés et attirés, chacun s'élevât selon ses forces, aux mystères cachés sous celle simplicité apparente. Et, pour dire librement ce que j'en pense, si le style étudié et fleuri de Platon et de ceux qui lui ressemblent, a fuit quelque fruit, il n'en a fait qu'à l'égard d'un petit nombre de personnes, au prix de ceux qui ont profité de la manière simple, mais vive des auteurs qui ont accommodé leurs préceptes et leurs écrits à la portée du commun des hommes. Aussi voit-on que Platon n'est qu'entre les mains des gens de lettres : au lieu qu'Épictète se fait admirer des plus simples, qui sentent en eux-mêmes l'utilité de ses leçons, pour peu qu'ils aient de disposition à en profiter.

Je n'ai pas dessein, au reste, quand je parle ainsi, de me déclarer contre Platon ; car les diverses beautés qu'il a empruntées de l'art ont aussi leur usage : mais je veux faire voir quelle est la pensée de ceux qui disent : Je n'ai pas employé en vous parlant et en vaut prêchant, les discours persuasifs de la sagesse humaine, mais la démonstration de l'esprit et de la puissance ; afin que votre foi ne soit pas fondée sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu (I Cor., Il, 4), D'ailleurs, la sainte Écriture nous enseigne que pour toucher le coeur des hommes, il ne suffit pas que les choses qu'on leur dit soient véritables et très dignes de foi en elles-mêmes : mais qu'il faut de plus, que celui qui leur parle soit assisté d'une vertu particulière de Dieu, et qu'une grâce, qui ne peut venir que du ciel, soit répandue sur ses paroles, afin qu'il parle avec fruit. C'est ce oui fait dire an prophète dans le psaume LXVII : Le Seigneur donnera la parole aux sessagers de bonnes nouvelles, qui les publieront arec une grande force (Ps. LXVII ou LXVIII, 12) . Ainsi, quand nous accorderions sur quelques points que les dogmes de la religion chrétienne sont les mêmes que ceux des Grecs, toujours ceux-ci n'auraient-ils pas autant de vertu pour gagner l'âme et pour la bien disposer. De là vient que les disciples de Jésus qui, n'ayant nulle teinture de la philosophie grecque, ne pouvaient passer à cet égard que pour des personnes mal instruites allèrent répandre leur doctrine dans une partie de la terre, disposant leurs auditeurs à suivre, chacun à proportion de ses lumières, les règles qu'elle leur prescrivait : de sorte que, selon qu'on avait plus de penchant et plus d'inclination à recevoir de bons principes, on en devenait beaucoup meilleur.

III. Que les anciens sages parlent donc pour ceux qui sont capables de les entendre, et qu'ils disent avec Platon dans quelqu'une de ses lettres, pour expliquer la nature du souverain bien, que le souverain bien n'est pas une chose qui se puisse exprimer par des paroles, mais qu'il ne s'acquiert que par une longue habitude et qu'il s'allume tout d'un coup dans l'âme comme une lumière qu'on voit sortir d'un feu qui s'éprend (Lettre VII). Lorsque nous lisons cela, nous le trouvons fort beau, et nous y acquiesçons (car nous prenons à tâche de ne combattre jamais ce qui est bien dit : et quoique ceux qui le disent ne soient pas de notre créance, nous ne voulons pas les contredire, ni chercher à détruire ce qu'ils avancent de conforme à la raison). En effet, c'est Dieu qui leur a révélé tout ce qu'ils ont dit de bon, et en celle rencontre et en d'autre; Ce qui nous donne lieu de dire que ceux qui connaissent les vérités dont Dieu est l'objet. et qui cependant ne lui rendent pas un culte tel que celle connaissance exigerait d'eux sont sujets à la peine duc aux pécheur Voici comme S. Paul parle d'eux en propres termes : La colère de Dieu éclate du ciel contre toute l'impiété et l'iniquité des hommes qui retiennent la vérité dans l'injustice, puisque ce qui peut faire connaître Dieu est évident parmi eux, Dieu le leur ayant clairement découvert. Car ce qui est invisible en Dieu. tant sa puissance éternelle que sa divinité, est visible en ses ouvrages, et s'y fait connaître depuis la création du monde : ainsi ces personnes sont inexcusables, parce qu'ayant connu Dieu, ils ne l'ont point glorifié comme Dieu,et ne lui ont point rendu grâces. Mais ils se sont laissés aller à leurs vains raisonnements et leur cœur privé d'intelligence a été rempli de ténèbres. Voulant passer pour sages, ils sont devenus fous au point de changer la gloire de Dieu incorruptible en des représentations et en des images d'hommes corruptibles, d'oiseaux, de bêtes à quatre pieds et de serpents (Rom.. I,18, 19, 20, 21, 22, 23). Ceux-là donc, selon le témoignage de nos Écritures, retiennent la vérité dans l'injustice qui croient et qui disent que le souverain bien n'est pas une chose qui se puisse exprimer par des paroles ; mais qu'il ne s'acquiert que par une longue habitude et une grande assiduité, qui fait enfin qu'il s'allume tout d'un coup dans l'âme, comme une lumière qu'on voit sortir d'un feu qui s'éprend; après quoi, il s'y nourrit et s'y entretient de lui-même :

IV. Ceux, dis-je, qui ayant ainsi parlé du souverain bien descendent au Pirée (Port d'Athènes), pour adresser des prières à Diane comme à une divinité, et pour assister aux cérémonies qui se célèbrent dans l'assemblée solennelle d'un peuple ignorant, on les entend qui disent mille belles choses sur la nature de l'âme et sur l'état où sa vertu la doit mettre après celle vie : mais, publiant aussitôt ces choses sublimes que Dieu leur a révélées, ils n'ont que des sentiments vils et bas, et ils veulent que l'on sacrifie à Esculape le coq qu'ils lui ont voué (Plat. dans le Phédon). Ils s'étaient formé des idées de ce qui est invisible en Dieu ; et par la contemplation des choses sensibles que la création du monde leur avait découvertes, ils étaient montés jusqu'aux choses intellectuelles ; de sorte qu'ils avaient des pensées assez nobles de la puissance éternelle de Dieu et de sa divinité ; mais ils se laissent aller néanmoins à leurs vains raisonnements ; et comme leur cœur est sans intelligence, il se plonge dans les ténèbres d'une ignorance grossière sur le sujet du culte de Dieu. On voit ces gens qui font tant les fiers de leur sagesse, et de leur théologie, se jeter aux pieds d'une image qui est la représentation d'un homme corruptible pour honorer, disent-ils, la Divinité : on les voit même quelquefois s'abaisser avec les Égyptiens, jusqu'aux oiseaux, aux bêtes à quatre pieds et aux serpents.

Mais quand il y en aurait quelques-uns dont l'âme semblerait plus élevée que cela, il se trouvera toujours qu'ils changent la vérité de Dieu en mensonge; et qu'au lieu de servir et d'adorer le Créateur, ils servent et ils adorent la créature ( Rom., 1, 25). Ainsi, les sages et les savants d'entre les Grecs, faisant à l'égard de la Divinité des actions qui ne pouvaient venir que d'un principe d'erreur, Dieu a choisi les moins sages selon le monde pour confondre les sages ; il a choisi les plus vils, les plus faibles et les plus méprisables, ce qui n'était rie», pour détruire ce qui était de plus grand (I Cor., I, 27, 28, 29), afin que véritablement nul homme ne te glorifie devant lui.

Aussi nos premiers sages, Moïse, le plus ancien de tous, et les prophètes qui l'ont suivi, sachant que le souverain bien n'est pas une chose qui se puisse exprimer par des paroles, disent bien dans leurs écrits, lorsqu'ils parlent des apparitions par lesquelles Dieu s'est montré a ceux qui en étaient dignes et capables, que Dieu s'est fait voir à Abraham, à Isaac ou à Jacob (Gen., XII,7; XXVI, 2; XXXV, 9): mais quel il s'est fait voir, en quel état, de quelle manière ou sous quelle forme approchant de ce que nous connaissons, c'est ce qu'ils ne disent point. Ils le laissent à la méditation des personnes qui peuvent se mettre à peu près dans la même disposition que ceux a qui Dieu se faisait voir, non des yeux du corps, mais des yeux d'un cœur pur. Car Notre-Seigneur Jésus déclare que ceux qui ont le cœur pur sont bienheureux, parce qu'ils verront Dieu.

V. Quant à cette lumière qui s'allume tout d'un coup dans l'âme, comme si elle sortait d'un feu qui s'éprend (Matth., V, 8); nos Écritures en ont parlé les premières, lorsqu'elles nous ont exhortés par le prophète, à nous éclairer de la lumière de la connaissance (Os., X, 12 j. S.

Jean, qui est venu depuis, dit aussi, parlant du Verbe, que rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui ; qu'en lui était la vie, et que cette vie était la lumière des hommes ; la vraie lumière qui illumine tout homme venant dans le monde (Jean. I, 3, 4 et 9), véritable et intelligible, et qui le fait devenir la lumière du monde (Matth.,V, 14). C'est cette même lumière qui luit dans nos cœurs, afin de nous éclairer par l'Évangile, qui fait éclater la gloire de Dieu en Jésus-Christ (II Cor., IV, 6; Matth., I, 17) : et c'est encore ce qui a fait dire à l'un des plus anciens prophètes qui a prophétisé plusieurs siècles avant que Cyrus eût fondé son empire ; car il l'a précédé de plus de quatorze générations : Le Seigneur est ma lumière et mon sauveur ; qui dois-je craindre ? La loi est la lampe qui éclaire mes pas, et la lumière qui luit dans les sentiers par ou je marche : Seigneur, la lumière de ton vissage est empreinte sur nous: nous verrons la lumière dans ta lumière (Ps.XXVI ou XXVII, 1; CXVIII ou CXIX, CV, 4, 7; XXXV ou XXXVI, 10). Isaïe, divinement inspiré, nous exhorte ainsi à recevoir cette lumière; sois illuminée, Jérusalem, sois illuminée: car ta lumière est venue; et la gloire du Seigneur s'est levée sur toi (Is., LX, 1 ). Le même prophète prédisant l'avènement de Jésus, qui devait détourner les hommes du culte des idoles, des simulacres et des démons : La lumière s'est levée, dit-il, pour ceux qui demeuraient dans la région de l'ombre de la mort ; et, le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière (Is., IX, 2).

Voyez donc la différence qu'il y a entre ce que Platon a dit de beau touchant le souverain bien, et ce que les prophètes ont dit de la lumière des bienheureux. La vérité qu'il a proposée n'a servi de rien pour la sincère piété, ni à ceux qui ont lu ses écrits, ni à lui-même, qui a fait tant de spéculations philosophiques sur le sujet du souverain bien, au lieu que le style simple des saintes Écritures produit un divin transport en ceux qui les lisent avec toute l'application nécessaire; et, pour nourrir celle lumière en leur âme, il leur fournit l'huile dont les cinq vierges sages de la parabole entretenaient la lumière de leurs lampes (Matth., XXV, 5)

VI. Mais puisque Celse allègue cet autre endroit de la lettre de Platon : Si j'estimais que ces choses pussent tellement s'exprimer qu'on les dût écrire pour le peuple, que pourrais-je faire en ma vie de plus glorieux que de publier des écrits si utiles aux hommes, et de mettre la nature dans son jour, l'exposant aux yeux de tout le monde (Lettre VII)? Disons aussi un mot là-dessus. Je ne dispute point si Platon a eu ou n'a pas eu des connaissances plus hautes et plus divines que ce qu'il fait paraître dans écrits : je le laisse examiner à chacun selon sa capacité. Mais je puis montrer qu'outre les choses que nos prophètes écriraient, ils en avaient encore de plus sublimes qu'ils n'écrivaient pas (Ezéch.. II, 9 et 10 et 3, 1).

En effet, Ézéchiel ayant reçu un livre en rouleau, écrit dedans et dehors où il y avait des lamentations, des plaintes et malédictions, et la voix céleste lui ayant ordonné de le manger, il le mangea, du peur de l'exposera des personnes indignes, en le publiant (Apoc., X, 9). Nous lisons que S. Jean fit aussi la même chose en vision : et S. Paul entendit pareillement des paroles ineffables qu'il n'est pas permis à un homme de rapporter (II, Cor., XII, 4). Jésus lui-même qui est au-dessus d'eux tous, nous est représenté enseignant en particulier à ses disciples la parole de Dieu, surtout quand il était avec eux dans la retraite : mais il ne nous est point dit quelles étaient les choses qu'il leur enseignait (Marc., IV, 34). Car ses disciples n'ont pas estimé que ces choses pussent tellement s'exprimer, qu'on les dût écrire pour le peuple. Et, si l'on peut dire librement la vérité sans blesser le respect qui est dû à de si grands hommes, je dis que ceux-ci, éclaires des lumières que la grâce de Dieu leur donnait, voyaient bien mieux que Platon ce qui devait être écrit et comment il le devait être, et ce qui ne devait pas être écrit pour le peuple, ce qu'il fallait publier et ce qu'il fallait taire. C'est cette différence des choses qui doivent être écrites et de celles qui ne le doivent pas être, que S. Jean nous marque, lorsqu'il parle de ces sept tonnerres qui lui firent entendre leur voix, mais avec défense d'écrire ce qu'ils lui apprenaient (Apoc., X, 4).

VII. Au reste, dans ce qu'ont écrit Moïse et les prophètes qui ont vécu, et avant Platon, et avant Homère, et avant même que les caractères grecs fussent inventés, l'on peut trouver diverses choses dignes de la grâce divine qui les animait, et pleines de noble élévation. L'on ne peut pas dire comme Celse le prétend, qu'ils les eussent empruntés de ce philosophe : car comment eussent -ils pu emprunter d'un homme qui n'était pas encore né ? Mais comme les apôtres de Jésus ne sont pas si anciens que Platon, et qu'il se pourrait faire que quelqu'un leur appliquât ce que Celse dit, voyez si ce n'est pas une chose qui choque d'elle-même la vraisemblance, que Paul dont le métier était de faire des tentes, Pierre qui était pécheur, et Jean qui quitta les filets de son père, aient eu assez de connaissance des lettres de Platon pour y prendre ce qu'ils ont dit de Dieu (Act., XII, 3). Celse, qui nous a déjà si souvent objecté que nous demandons une foi sans examen, nous le reproche encore ici comme quelque chose de nouveau : mais nous nous contenterons d'y avoir rependu ci-dessus (Matth., IV, 18 et 32).

Seulement, parce qu'il nous cite encore Platon, prétendant que, par les interrogation et les réponses dont il se sert, il donne de grandes lumières à ceux qui suivent sa philosophie, faisons voir, par des passages de l'Écriture sainte, que Dieu aussi dans sa parole nous recommande l'art de raisonner (Gr. la dialectique) Salomon dit : Que la science sans est examen est trompeuse (Prov.., X, 17) ; et Jésus fils de Sirac, auteur du livre de la Sagesse, que les connaissances de l'insensé ne sont que des pensées mal digérées (Sir., XXI, 18, et. 19). C'est donc nous, proprement, qui avons de doux moyens de persuader et de convaincre, sachant que celui qui a la charge d'enseigner doit être capable de convaincre ceux qui s'opposent à la saine doctrine (Tit., 1, 9). S'il s'en trouve de lâches et de négligents, qui n'aient pas soin de s'appliquer à la lecture des livres sacrés, d'examiner les Écritures (I Tim. Vl, 13) et, comme Jésus l'ordonne, d'en chercher le sens, de demander à Dieu qu'il les assiste, et de frapper à la porte (Jean, V, 39) quand quelqu'endroit est fermé pour eux, il ne suit pas de là que notre doctrine soit vide de sagesse (Matth., VII, 7).

VIII.

Après quelques autres paroles le Platon, qui font voir que le vrai bien est connu de très peu de personnes; parce que la plupart des hommes prévenus d'un injuste mépris pour les autres et tout pleins d'une haute, mais vaine opinion d'eux-mêmes, affirment que ceci ou cela est véritable comme s'ils avaient trouvé de grands mystère, ( Plat., Lett. VII) : Celse ajoute : Mais Platon, encore qu'il parle ainsi d'abord, ne remplit point pourtant ses discours de vains prodiges, et ne ferme point la bouche à ceux qui veulent s'éclaircir davantage de ce qu'il promet. Il n'ordonne point que l'on croie avant toutes choses et sans autre examen que telle est l'essence de Dieu, qu'il a un Fils qui a telles qualités, et que ce Fils lui-même est descendu pour le lui apprendre. Je réponds qu'ai l'égard de Platon, Aristandre, si je ne me trompe, a écrit qu'il n'était pas ale d'Ariston, mais d'un spectre qui s'approcha d'Armphictione sous la forme d'Apollon : ce que plusieurs autres disciples de Platon ont dit aussi dans sa Vie. Pour ce qui est de Pythagore, qu'est-il besoin que nous rapportions ses divers prodiges supposés? Sa cuisse d'ivoire, qu'il fit voir dans une assemblée solennelle des Grecs, son bouclier qu'il reconnut, dit-il, pour l'avoir porté étant Euphorbe, et ce qu'on lui attribue d'avoir paru le même jour en deux villes différentes? Qui voudrait traiter de vains prodiges ce qu'on raconte de Platon et de Socrate pourrait mettre en ce rang le cygne que Socrate vit en songe, et dont on le priait de prendre soin, au sujet duquel il dit, lorsqu'on lui amena ce jeune homme pour être son disciple : Voilà le cygne que j'ai vu. On y pourrait mettre encore le troisième oeil que Platon s'imagina d'avoir. Et les esprits malins qui prennent plaisir à tourner en un mauvais sens les aventures des personnes qui ont quelque chose au-dessus du commun, ne manqueront jamais de matière pour leurs médisances et pour leurs calomnies : ils traiteront de fiction le démon de Socrate, et ils en feront des railleries.

Ce ne sont donc point de vains prodiges que nous racontons de Jésus; et jamais ses véritables disciples n'ont rien écrit de lui qui puisse passer pour tel. Mais Celse, qui se vante de savoir tout et qui rapporte divers passages de Platon, passe sous silence, et je crois qu'il le fait à dessein, l'endroit où ce philosophe parle du Fils de Dieu. Le voici tel qu'il se lit dans la lettre, à Hermée et à Corisque : Vous en prendrez à témoin le Dieu de l'univers, l'arbitre des choses présentes et des choses futures, arec le Père et le Seigneur de cette première et souveraine cause, lequel nous connaîtrons tous clairement autant que des hommes bienheureux en peuvent être capables, si nous nous appliquons comme il faut à l'étude de la philosophie (Lettre VI).

IX.

Celse allègue encore cet autre passage de Platon : Il me vient dans l'esprit de m'étendre davantage sur cette matière, car peut-être qu'en l'expliquant je dirai des choses qui la rendront en quelque sorte plus intelligible: et il y a une autre raison contraire à la première, dont ceux qui se hasardent à parler un peu de ce sujet, peuvent se servir comme d'une juste raison. Je m'en suis servi plusieurs fois ci-devant ; et j'ai dessein de m'en servir encore à cette heure. Dans tout ce qui doit nécessairement contribuer à l'acquisition de la science, il y a trois choses. La quatrième est la science elle-même:et il faut compter pour la cinquième le propre objet qui est proposé à notre connaissance, comme il est véritable en toi. La première, c'est le nom; la seconde, le verbe ou le discours, la troisième l'idole ou l'image, et la quatrième, la science (Lettre VII). Nous pouvons dire tout de même que Jean, le précurseur de Jésus, et la voix de celui qui crie dans le désert (Matth.,III,, 3), répond au nom dont Platon parle, et que Jésus, précédé et désigné par Jean, Jésus, de qui il a été dit, Le Verbe a été fait chair (Jean, I, 14), répond au Verbe de Platon. Il met l'idole pour la troisième : mais nous, qui nous servons de ce mot dans un autre sens, nous dirons plus clairement que l'empreinte qui demeure en notre âme après que Jésus-Christ, le Verbe, y a peint ses plaies par sa parole, c'est Jésus-Christ lui-même que nous avons chacun au dedans de nous (Gal., III, 1). Pour ce qui est de la quatrième, savoir la science, nous laissons décider à ceux qui en sont capables, si Jésus-Christ, la sagesse de nos parfaits, y répond aussi (I Cor., l, 30, et II, 6).

X.

Celse dit après cela: Vous voyez qu'encore que Platon eût assuré que ce n'était pas une chose qui se put exprimer par des paroles, toutefois de peur qu'on ne crût qu'il refusât de parler pour ne pas s'exposer à être repris, il veut bien entrer dans l'examen d'une question si douteuse et si incertaine. En effet, peut-être que la nature du néant même se peut expliquer. Puisque le dessein de Celse est de prouver par là qu'il ne faut pas simplement croire, mais qu'il faut soutenir l'examen des choses que nous croyons, nous nous servirons aussi de ces paroles de S. Paul, où il condamne la créance téméraire : si ce n'est que vous ayez cru témérairement (I Cor., XV 2) Il ne tient pas à Celse que par ses redites continuelles il ne nous oblige à redire avec lui ; car, après s'être vanté lui-même aussi fièrement que nous avons vu qu'il a fait, il nous dit que Platon n'est point un menteur qui se vante d'avoir trouvé quelque chose de nouveau ou d'erre descendu du ciel pour nous l'enseigner: mais qu'il reconnu« d'où il l'a pris. L'on pourrait opposer à Celse ces paroles enflées de Platon, qu'il met en la bouche de Jupiter dans son Timée : Dieux sortis des dieux dont je suis le créateur et le père, et ce qui suit. On les défendra par sens de celui que Platon fait ainsi parler. Mais si cela est, pourquoi ceux qui pénètreront le sens des paroles du Fils de Dieu ou du Créateur qui parle dans les prophètes, ne leur donneront-ils pas l'avantage sur la harangue que fait Jupiter dans le Timée? Car le propre caractère de la Divinité, c'est de prédire l'avenir, d'une manière qui passe les forces humaines et qui fait bien juger par l'événement que l'Esprit de dieu est l'auteur de la prédiction,

Nous ne disons donc pas à tous ceux qui se présentent : Croyez premièrement que celui que le vous propose est le Fils de Dieu : mais nous exposons nos mystères à chacun d'une façon convenable à ses moeurs et à sa disposition, ayant appris comment nous devons répondre à chaque personne (Col, IV, 6), Il y en a que nous nous contentons d'exhorter à croire, parce que c'est tout ce dont ils sont capables. Il y en a d'autres auprès de qui nous nous servons d'interrogations et de réponses pour les convaincre par démonstrations autant que cela nous est possible. Nous ne disons pas non plus, comme Celse nous l'attribue par raillerie : Croyez que celui que je vous propose est le Fils de Dieu, quoiqu'il ait été lié honteusement, qu'il ait souffert le plus infâme de tous les supplices, que depuis trois jours il ait été traité avec la dernière ignominie aux yeux de tout le monde : croyez-le encore plus par cela même; car nous tâchons sur chaque point d'apporter des raisons encore plus fortes que tout ce que nous avons dit ci-dessus.

XI.

Si les uns dit-il en suite, parlant des chrétiens, si les uns proposent celui-ci, et les autres celui-là, et qu'ils disent tous en commun, comme il n'y a rien de si aisé à dire : Croyez, si vous voulez dire sauvé, ou retirez-vous : que feront ceux qui désirent effectivement de faire leur salut ? Prendront-ils des dés, pour se déterminer sur le choix qu'ils doivent faire, et pour savoir à qui ils se donneront ? Je réponds, fondé sur l'évidence de la chose même que, s'il y en avait plusieurs de qui l'on nous racontât qu'ils se fussent présentés aux hommes de la même manière que Jésus, avec la qualité de Fils de Dieu, et qui, ayant tous des sectateurs, nous laissassent dans l'incertitude, parce qu'ils se vanteraient égaiement de cette qualité et que aucun serait appuyé du témoignage de ceux qui croiraient en lui, peut-être qu'alors il y aurait lieu de parler de la sorte : si les uns proposent celui-ci, et let autres celui-là, et qu'ils disent tous en commun, comme il n'y a rien de si aisé à dire : Croyez si vous voulez être sauvé, ou retirez- vous : et ce qui suit. Mais maintenant Jésus est le seul qui ait paru au monde comme Fils de Dieu, et qui ait été prêché pour tel par toute la terre. Car pour ceux qui croyant comme Celse, que ce qu'il s'attribuait de grand n'était qu'une fourbe, ont voulu l'imiter dans l'espérance d'acquérir un semblable crédit parmi les hommes, on a reconnu qu'ils n'étaient rien : témoins Simon, ce magicien de Samarie, et Dosithée qui était du même pays. (Act.. VIII, 10) Le premier se vantait d'être la vertu de Dieu, qu'il nommait la grande; et l'autre, d'être le Fils de Dieu. Cependant il ne se trouve plus nulle part de simoniens; quoique Simon, pour se faire plus de sectateurs dispensât ses disciples de s'exposer à la mort, comme la religion chrétienne y oblige les chrétiens ; et qu'il leur fit regarder l'idolâtrie comme une chose indifférente. Lors même que cette secte parut il n'y eut point d'embûches contre elle. Le démon, ce malin esprit qui en dresse à la doctrine de Jésus, savait bien qu'il ne devait pas craindre que ses projets fussent traversés par les maximes de Simon.

. A l'égard des dosithéens, ils n'ont jamais eu beaucoup d'éclat, et ils sont entièrement éteints à présent : au moins, dit-on, qu'ils ne sont pas trente en tout. Judas de Galilée voulut aussi faire croire, comme S. Luc nous le raconte dans les Actes des apôtres, qu'il était quelque chose de grand (Act., V, 37 et 36); et Theudas en avait voulu faire autant avant lui; mais comme leur doctrine n'avait point Dieu pour auteur, ils furent détruits ; et tous ceux qui s'étaient attachés à eux se dispersèrent aussitôt. Nous ne sommes donc pas réduits à prendre des dés, pour nous déterminer sur le choix que nous devons faire, et pour savoir à qui nous nous donnerons, comme s'il se pouvait faire qu'il y en eut plusieurs qui nous tirassent chacun de son côté, en se vantant tous d'avoir été envoyés de Dieu parmi les hommes.

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