Le Mystère des saints innocents (page 2)
11 faut le dire une part de ma création.
Il faut les prendre comme ils sont. Si quelqu’un le sait, c’est moi. Et aussi savez-vous
Combien une seule goutte de sang de Jésus
Pèse dans mes balances éternelles.
Que donc celui qui est né pour dormir, dorme. La, terre était informe et nue ; les ténèbres couvraient la face de V abîme ; et V Esprit de Dieu était porté sur les eaux. Et ce ne fut qu’ensuite que j’ai créé la lumière. Or Dieu dit : Que la lumière soit : et la lumière fut.
Dieu vit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière d’avec les ténèbres.
Il donna à la lumière le nom de jour, et aux ténèbres le nom de nuit : et du soir et du matin se fit le premier jour.
Sera-t-il dit qu’il y aura des regards si éteints, des regards si pâlis
Que nulle étincelle ne les allumera plus.
Et qu’il y aura des voix si fanées, et des âmes si blettes
Que nul ressourcement ne les approfondira plus.
Et qu’il y aura des âmes si fanées
D’épreuves, de détresse,
De larmes, de prière, de travail,
108 DES SAINTS INNOCENTS Et d’avoir vu ce qu’elles ont vu. Et d’avoir souffert ce
qu’elles ont souffert. Et d’avoir passé par où elles ont passé. Et de savoir ce
qu’elles savent.
Qu’ils en auront assez.
Pour éternellement assez et que tou( ce qu’ils deman- deront c’est qu’on leur fiche la paix.
Dona eis, Domine, pacem,
El requiem aeternam. La paix et le repos éternel.
Parce qu’ils auront connu certaines histoires de la terre.
Et qu’ils ne voudront plus entendre de rien que d’un champ de repos.
Et de se coucher pour dormir.
Dormir, dormir enfin.
Et que tout ce qu’ils supporteront et que tout ce que je pourrai mettre
Et apporter
(Celui que je prends dans son sommeil de la terre est bien heureux, et c’est bon signe, mes enfants)
Comme le trop malade et le trop blessé ne supporte plus la vie et le remède et l’idée même de laguérison.
Mais seulement le baume sur la blessure.
Et n’a plus aucun goût pour la santé.
Ainsi sera-t-il dit que sur tant de blessures.
Ils ne supporteront que la fraîcheur du baume.
Comme un blessé fiévreux.
Et qu’ils n’auront (plus) aucun goût pour mon paradis
Et pour ma vie éternelle.
Et que tout ce que je pourrai mettre sur tant de bles- sures ;
Sur tant de cicatrices et sur tant de sacrifices ;
109 LE M Y S T È R E
VA sur l’amertume de tant de calices ; Et sur les ingratitudes de tant de malices ; Et sur les pointes d’épines de tant de cilices ; Et sur les écartèlements de tant de supplices ;
Et sur les éclaboussements de tant de sang ;
(J’ai pris le criminel accroupi sur son crime
Dit Dieu. Sera-t-il dit que sur tant de fatigues.
Et tant de navrements et de meurtres complices.
Sur tant d’hébétements et de vicissitudes.
Sur tant d’inquiétude et sur tant d’habitude.
Sur tant de solitude et de décrépitude.
Sur tant de lassitude et de sollicitude.
Sur tant d’ingratitude et d’inexactitude.
Sur tant d’incertitude et tant de solitude.
Et tant de servitude et de désuétude.
Et tant de platitude et sur tant d’amertume.
Et sur cette écume
De sang.
Et sur cette écume
De haine.
Et sur cette écume
D’ingratitude.
Et sur cette écume
D’amour.
Et sur tant de blessures sera-t-il dit. Que sur tant de blessures tout ce que je pourrai mettre. Et sur tant de flétrissures et sur tant de meurtrissures. Et sur tant d’éclaboussures et sur tant de morsures.
110 DES SAINTS INNOCENTS
Ce sera de faire descendre comme un baume du soir. Comme après la blessure d’un ardent midi la grande
tombée d’un beau soir d’été La lente descension d’une nuit éternelle.
nuit sera-t-il dit que je t’aurai créée la dei’nière. Et que mon Paradis et que ma Béatitude Ne sera qu’une g^rande nuit de clarté. Une grande nuit éternelle
Et que le couronnement du jugement et le commen- cement du Paradis et de ma Béatitude sera Le coucher de soleil d’un éternel été.
Or il en serait ainsi, dit Dieu.
Et tout ce que je pourrais mettre sur les bords des
lèvres Des plaies des martyrs Ce serait le baume, et l’oubli, et la nuit. Et tout s’achèverait de lassitude, Cette énorme aventure, Comme après une ardente moisson La lente descension d’un grand soir d’été. S’il n’y avait pas ma petite espérance. C’est par ma petite espérance seule que l’éternité sera. Et que la Béatitude sera. Et que le Paradis sera. Et le ciel et tout. Car elle seule, comme elle seule dans les jours de cette
terre D’une vieille veille fait jaillir un lendemain nouveau
111 LE MYSTÈRE
Ainsi elle seule des résidus du Jugemenl cl des ruines
et du débris du temps Fera jaillir une éternité neuve.
Je suis, dit Dieu, le Seigneur des vertus.
La Foi est la lampe du sanctuaire.
Qui brûle éternellement.
La Charité est ce grand beau feu de bois
Que vous allumez dans votre cheminée
Pour que mes enfants les pauvres viennent s’y chauffer
dans les soirs d’hiver. Et autour de la Foi je vois tous mes fidèles luisemble agenouillés dans le même geste et dans la
même voix De la même prière.
Et autour de la Charité je vois tous mes pauvres ’
Assis en rond autour de ce feu Et tendant leurs paumes à la chaleur du foyer. Mais mon espérance est la fleur et le fruit et la feuille
et la branche. Et le rameau et le bourgeon et le germe et le bouton. Et elle est le bourgeon et le bouton de la fleur De l’éternité même.
O mon peuple français, dit Dieu, tu es le seul qui ne fasses point des contorsions.
112 DES SAINTS INNOCENTS Ni des contorsions de raideur, ni des contorsions de
mollesse. Et dans ton péché même tu fais moins de contorsions Que les autres n’en font dans leurs exercices. Quand tu pries, agenouillé tu as le buste droit. I^]t les jambes bien jointes bien droites au ras du sol. Et les deux pieds bien joints. Et les deux mains bien jointes bien appliquées bien
droites. Et les deux regards des deux yeux bien parallèlement
montants droit au ciel. seul peuple qui regardes en face. Et qui regardes en face la fortune et Tépreuve Et le péché même.
Et qui moi-même me regardes en face. Et quand tu es couché sur la pierre des tombeaux L’homme et la femme se tiennent bien droits lun à côté
de l’autre. Sans raideur et sans aucune contorsion. Bien couchés droits l’un à côté de l’autre sans faute. Sans manque et sans erreur. Bien pareils. Bien parallèlement.
tes mains jointes, les corps joints et séparés parallèles, es regards joints. Les destinées jointes. Joints dans le jugement et dans
l’éternité. J Et le noble lévrier bien aux pieds.
Peuple, le seul qui pries et le seul qui pleures sans contorsion.
Le seul qui ne verses que des larmes décentes. /Et des larmes perpendiculaires.
113 innocents. — 8 LE MYSTÈRE
Le seul qui ne fasses monter que des prières décentes { Et des prières et des vœux perpendiculaires)
Dans toute famille, dit Dieu, il y a un dernier-né.
Et il est plus tendre.
Cette petite espérance qui sauterait à la corde dans les
processions. Elle est dans la maison des vertus Comme était Benjamin dans la maison de Jacob.
Un homme avait douze fils. Comme les quarante-six livres de l’Ancien Testament marchent devant les quatre Évangiles et les Actes et les Épîtres et l’Apo- calypse.
Qui ferme la marche.
Comme les quarante-six livres de l’Ancien Testament marchent devant les vingt-sept livres du Nouveau Testament.
Ayant posé leurs quarante-six tentes dans le désert.
Et comme Israël marche devant la chrétienté.
Et comme le bataillon des justes marche devant le bataillon des saints.
Et Adam devant Jésus-Christ
Qui est le deuxième Adam.
Ainsi devant toute histoire et devant toute similitude du Nouveau Testament
114 DES SAINTS INNOCENTS
Marche une histoire de l’Ancien Testament qui est sa
parallèle et qui est sa pareille. Un homme avait deux fils. Un homme avait douze fils.
Et ainsi devant toute sœur chrétienne S’avance une sœur juive qui est sa sœur aînée et qui
l’annonce et qui va devant. Et qui a posé sa tente dans le désert. Et le puits de
Rébecca Avait été creusé avant le puits de la Samaritaine. Or entre toutes une histoire a planté sa tente. Et avant l’histoire de l’homme qui avait deux fils Mon enfant c’est l’histoire de l’homme qui avait douze
fils. Et comme était Benjamin dans la famille de cet homme, Ainsi est mon Espérance dans la famille des vertus. Parmi les trois Théologales et parmi les quatre Cardi- nales. Sans compter toutes les autres et notamment parmi
celles, Parmi les sept qui s’opposent directement aux Capitaux. Et avant le fils qui fut retrouvé gardien de cochons, Marche le fils qui fut retrouvé roi, Je veux dire ministre du roi et réellement gouverneur
du royaume. Ministre du Pharaon et gouverneur du royaume d’Égypte. — Je suis Joseph, votre frère. Quel Juif, quel chrétien N’a pleuré à cette retrouvaille. Israël aimait Joseph
plus que tous ses autres enfants, parce quil l’avait eu
étant déjà vieux ^
Jeannette
Et il lui avait fait faire une robe de plusieurs couleurs.
115 LE M Y S T ERE Madame Gervaise
// Hrrii\% aussi que Joseph rapport ; ! k ses frères un songe quil avait eu, rjui fut la semence d’une plus grande haine.
Jeannette
Car il leur dit :
Madame Gervaise
Quel cœur juif, quel cœur chrétien n’a tressailli au lil de cette histoire. Quel cœur juif, quel cœur chrétien n’a tressailli à cette retrouvaiUe.
Jeannette
Car il leur dit : Écoutez le songe que j’ai eu.
Madame Gervaise
Juif, chrétien, qui n’a pleuré à cette reconnaissance.
Jeannette
// nie semblait c/ue je liais avec vous des gerbes dans le champ ; que ma gerbe se leva et se tint debout ; et que les vôtres étant autour de la mienne, Vadnraient.
M
adame uervaise
Ses frères lui répondirent : Est-ce que vous serez notre Boi, et que nous serons soumis à votre puissance ? Ces songes et ces entretiens allumèrent donc encore davantage Venvie et la haine qu’ils avaient contre lui.
116 DES SAINTS INNOCENTS Jeannette
// est encore un autre songe quil raconta à ses frères en leur disant : J’ai cru voir en songe que le soleil el la lune, et onze étoiles ni adoraient.
Madame Gervaise
Lorsqu’il eut rapporté ce songe à son père et à ses frères, son père lui en fit réprimande, et lui dit : Que voudrait dire ce songe que vous avez eu ? Est-ce que votre mère, vos frères et moi nous vous adorerons sur la terre ?
Jeannette
Ainsi ses frères étaient transportés d’envie contre lui : mais le père considérait tout ceci dans le silence.
Madame Gervaise
// arriva alors que les frères de Joseph s’arrêtèrent it Sichem où ils faisaient paître les troupeaux de leur père.
Jeannette
Et Israël dit à Joseph : Vos frères font paître nos brebis dans le pays de Sichem. Venez, et je vous enverrai vers eux.
Madame Gervaise
{Je suis tout prêt, lui dit Joseph). — Allez, et voyez si vos frères se portent bien, et si les troupeaux sont en
117 LE M ^ S T 1> R E bon état ; et vous me rapporterez ce qui se passe. — Ayant (donc) été envoyé de la vallée d Héhron, il vint à Sichem ;
Jeannette
et un homme l’ayant trouvé errant dans un champ, lui demanda ce qu’il cherchait.
Mad.^
AME UERVAISE
// lui répondit : Je cherche mes frères ; je vous prie de me dire où ils font paître leurs troupeaux.
Jeannette
Cet homme lui répondit : Ils se sont retirés de ce lieu ; et f ai entendu qu’ils se disaient : Allons vers Dothaïn. Joseph alla donc après ses frères ; et illes trouva dans [la plaine de) Dothaïn.
Madame Gervaise
Lorsqu’ils Veurent aperçu de loin, avant qu’il se jût approché d’eux, ils résolurent de le tuer ;
Jeannette
Et ils se disaient l’un à l’autre : Voici notre songeur qui vient.
Madame Gervaise
Allons, tuons-le, et le jetions dans cette vieille citerne : nous dirons quunehéte sauvage l’a dévoré ; et après cela on verra à quoi ses songes lui auront servi.
118 DES SAINTS INNOCENTS
Jeannette
Buben les ayant entendu parler ainsi, tâchait de le tirer d’entre leurs mains, et il disait :
Madame Gervaise
Ne le tuez point, et ne répandez point son sang, mais jettez-le dans cette citerne qui est dans le désert, et conservez vos mains pures.
Jeannette
comme donnant un renseignement, pour qu’on n’aille point s’égarer :
// disait ceci dans le dessein de le tirer de leurs mains, et de le rendre à son père.
M
ADAME IjERVAISE
Aussitôt donc qu’il fut arrivé près de ses frères, ils lui ôtèrent sa robe de plusieurs couleurs qui le couvrait jusqu’en bas ;
Jeannette
Et ils le j citèrent dans cette vieille citerne qui était sans eau.
Madame Gervaise
S’étant ensuite assis pour manger, ils virent des Ismaélites qui passaient, et qui venant de Galaad portaient sur leurs chameaux des parfums, de la résine et de la myrrhe,…
119 LE MYSTÈRE
Jeannette
Déjà l’or, déjà l’encens, déjà la myrrhe.
Madame Ger\aise
…et s’en allaient en Égypte.
Jeannette
Et ce fut la première fuite en Égypte.
Madame Gervaise
Alors Juda dit à ses frères : Que nous servira d’avoir tué notre frère, et d’avoir caché sa mort ?
Il vaut mieux le vendre…
Jeannette
// vaut mieux le vendre à ces Ismaélites, et ne point souiller nos mains ; car il est notre frère et notre chair.
comme condescendant :
Ses frères consentirent à ce quil disait :
Madame Gervaise
L’ayant donc tiré de la citerne, et voyant ces marchands Madianiles qui passaient, ils le vendirent vingt pièces d’argent aux hmaëlites, qui le menèrent en Égypte.
Jeannette
Ils le vendirent vingt pièces d’argent. Un autre, Un autre fut vendu.
120 DES SAINTS INNOCENTS
Madame Geuvaisi :
Un autre fut envoyé vers ses frères, pour savoir comment les brebis se portaient. Un autre fut dépouillé de sa robe et jeté dans cette vieille citerne qui était sans eau. Un autre fut vendu.
Jeannette
Un autre fut emmené en Égypte, dans la même, dans une autre Égypte. Un autre fut vendu.
Madame Gervaise
C’est une figure, mon enfant. C’est une histoire unique et elle fut jouée deux fois. Une fois en juiverie, une fois en chrétiennerie. Et pour celui qui regarde les deux fois se voient en transparence Tune sur l’autre.
Jeannette
Un autre fut lié, un autre fut vendu.
Madame Gekvaise
Un autre fut vendu esclave.
Jeannette
Un autre aussi fut retrouvé. Un autre aussi fut reconnu. Un autre aussi se dévoila. Je suis Jésus^ voire frère.
Madame Gervaise
Un autre se manifesta dans sa gloire, et dans le minis- tère et dans le gouvernement du royaume.
121 LE M V S T E R E
Jeannette Dans le gouvernement d’une Égypte éternelle. Ruben étant retourné à la citerne, et n’y ayant point trouvé l’enfant.
Madame Gervaise
Un autre a rompu le sceau de son secret. Un autre est apparu dans sa gloire. Un autre est apparu à la droite. Un autre est apparu dans le gouvernement. Un autre est apparu sur les degrés du trône. Un autre est apparu dans son ascension.
Jeannette
Et c’était Jésus notre frère. Je suis Jésus,
Je suis Jésus votre frère.
Et nous autres nous sommes ces gerbes et ces onze étoiles.
Un homme avait douze fils. Et nous autres nous som- mes ces frères ingrats,
les onze ou enfin les dix ou enfin les neuf mauvais fils de Jacob. Ruben étant retourné à la citerne, et ny ayant point retrouvé l’enfant.
M
ADAME ItERVAISE
déchira ses vêtements, et vint dire à ses frères ; L’enfant ne paraît plus, et que deviendrai-je ?
Après cela ils prirent la robe…
Jeannette Une autre robe fut ravie. Après cela ils prirent la robe
122 DES SAINTS INNOCENTS de Joseph, et Vayant trempée dans le sang dun chevreau qu’ils avaient tué,
Madame Gervaise
ils renvoyèrent au père, lui faisant dire par ceux qui la lui portaient : Voici une robe que nous avons trouvée, voyez si cest celle de votre fils, ou non.
Jeannette
Le père Vayanl reconnue, dit : C’est la robe de mon fils, une héte cruelle Va dévoré, une bêle a dévoré Joseph.
M
ADAME LrERVAISE
Et ayant déchiré ses vêtements, il se couvrit d’un cilice, pleurant son fils fort longtemps.
Jeannette
Alors tous ses enfants s’assemblèrent, pour tâcher de soulager leur père dans sa douleur : mais il ne voulut point recevoir de consolation, et il dit : Je pleurerai toujours jusqu’à ce que je descende avec mon fils au fond de la terre. Ainsi il continua toujours de pleurer.
Madame Gervaise
Cependant les Madianiies vendirent Joseph en Égypte.
Un homme avait douze fils. Or celui qu’il aimait plus que tous les autres [Israël aimait Joseph plus que
123 L K M \ S 1’ È H K tous ses autres enfants, parce quil lavAiL eu étant déjà vieux, et il lui avait fait faire une robe de plu- sieurs couleurs) celui-là même était esclave en Kgypte et il croyait qu’il était mort.
Or c’est pour cela même quil eut plus tard cette grande joie.
Qu’il ne pouvait pas en avoir autrement.
Jeannette
…et je n aurai au-dessus de vous que le Iràne et la qualité de Roi.
Madame Gervaise
Pharaon dit encore à Joseph : Je vous établis aujour- d’hui pour commander à toute l’Égypte.
Jeannette
Ensemble il ôtason anneau de sa main et le mit en celle de Joseph ’ il le fit revêtir d’une robe de fin lin, et lui mit au cou un collier d’or.
Madame Gervaise
// le fil monter sur Vun de ses chars, qui était le second après le sien, et fil crier par un Héraut, que tout le monde fléchit le genou devant lui, et que tous recon- nussent qu’il avait été établi pour commander à toute r Égypte.
124 DES SAINTS INNOCENTS
Jeannette
Le Roi dit encore à Joseph : Je suis Pharaon ; nul ne remuera ni le pied ni la main dans toute l’Égypte que par votre commandement.
M
A.DAME UERVAISE
// changea aussi son nom, et il l’appela en langue Egyptienne…
Jeannette …le Sauveur du Monde.
Madame Gervaise
Les sept années de fertilité vinrent donc ; et le blé ayant été mis en gerbes, fut serré ensuite dans les greniers de V Égypte.
Jeannette
Trente et trois années de fertilité vinrent donc ; et le blé ayant été mis en gerbes, fut serré ensuite dans les greniers d’une Égypte éternelle.
Madame Gervaise
On mit aussi en réserve dans toutes les villes cette grande abondance de grains.
125 L E M \ S T E R E
Jeannette
On mit aussi en réserve dans tout le ciel cette grande abondance de grâces.
Madame Gervaise
Car il y eut si grande quantité de froment, quelle égalait le sable de la mer, et quelle ne pouvait pas même se mesurer.
Jeannette
Car il y eut une si grande quantité de grâces, qu’elle égalait le sable de la mer, et qu’elle ne pouvait pas même se mesurer.
Madame Gervaise Ces sept années…
Jeannette
Il avait lié les sacs de blé pour les greniers à blé. Un
autre Un autre lia les sacs de grâces pour les greniers à
grâces. Un autre lia les sacs de grâces pour les greniers du ciel. Un autre lia les sacs de grâces pour les greniers Éternels.
Madame Gervaise Ces sept années. . .
126 DES SAINTS INNOCENTS
Jeannette
Dans les sept années grasses il avait lié les sacs de
blé pour les greniei’s à blé du pays D’Égypte. Un autre
Dans les trente-trois années grasses un autre Lia les sacs de vertus, les sacs de mérites, les sacs de
grâces Pour les greniers à blé du pays éternel.
Madame Gervaisb
Ces sept années de fertilité d’Égypte étant donc passées.
Jeannette
Ces trente-trois années de fertilité du cœur étant donc passées,
Madame Gervaisb
Les sept années de stérilité vinrent ensuite, selon la prédiction de Joseph :
Jeannette
Les innombrables années de la stérilité du cœur
Vinrent ensuite.
Selon la prédiction de Jésus :
Madame Gervaisb Une grande famine survint dans tout le monde ; 127 1. E M Y S T È R E
Jeannette
Une grande famine survint dans tout le monde ;
Madame Gervaise
Mais il y avait du blé dans toute l’Égypte.
Jeannette
Mais il y a du blé dans toute cette Kfi’ypte Éternelle.
Madame Gervaise
Le peuple étant pressé à la famine, cria a Pharaon, et lui demanda de quoi vivre.
Jeannette Et aujourd’hui. Et à présent c’est nous ce peuple qui est pressé de la
famine. Et nous crions vers Dieu, Lui demandant de quoi vivre.
M
ADAME UERVAISE
Mais il leur dit : Allez trouver Joseph, Et faites tout ce quil vous dira.
IEAN NETTE
Mais il nous dit : Allez trouver Jésu« Et faites tout ce qu’il vous dira.
128 DES SAINTS INNOCENTS
Madame Gervaise
Cependant la famine croissait tous les jours dans toute la terre :
Jeannette et Jésus. . .
Madame Gervaise et Joseph ouvrant tous les greniers,
Jeannette vendait du blé aux Egyptiens,
Madame Gervaise parce qu ils étaient tourmentés eux-mêmes de la famine.
Et on venait de toutes les provinces en Égypte pour acheter de quoi vivre, et pour trouver quelquesoula- gement
Jeannette
dans la rigueur de cette famine.
Cependant Jacoh ayant oui dire quon vendait du hlé en Égypte, dit à ses enfants : Pourquoi négligez-vous’ ?
fai appris qu on vend du hlé en Égypte : allez-y acheter
129 innocents. — 9 I. E M Y S T È R E
ce qui nous est nécessaire, afin que nous puissions vivre et que nous ne mourions pas de faim.
Madame Gervaise
Les dix frères de Joseph allèrent donc en Égypte pour y acheter du h lé ;
Jeannette
Jacob retint Benjamin avec lui, ayant dit à ses frères qu’il craignait
qu’il ne lui arrivât quelque accident dans le chemin.
Madame Gervaise
Ils entrèrent dans l’Égypte avec les autres qui y allaient pour y acheter ;
parce que la famine était dans le pays de Chanaan.
Jeannette Joseph commandait dans toute l’Égypte,
Madame Gervaise
et le hlé ne se vendent aux peuples que par son ordre. Ses frères l’ayant donc adoré,
130 DES SAINTS INNOCENTS il les reconnut : et leur parlant assez rudement, comme à des étrangers, il leur dit :
Jeannette faisant un peu la grosse voix D’où venez-vous ?
Madame Gervaise Ils lui répondirent :
Jeannette faisant un peu la petite voix Du pays de Chanaan pour acheter ici de quoi vivre.
Et quoi qu’il connût bien ses frères, il ne fut point néanmoins connu d’eux.
Alors se souvenant des songes qu’il avait eus autrefois.
Madame Gervaise
il leur dit : Vous êtes des espions, et vous êtes venus ici pour considérer les endroits les plus faibles de l’Égypte.
Jeannette
Ils répondirent : Seigneur, cela n’est pas ainsi ’ mais vos serviteurs sont venus ici pour acheter du blé.
131 L E MYSTÈRE
Madamk Gervaise A^ou5 sommes tous enfants d’un seul homme,
Jeannette Nous sommes tous enfants d’un seul Dieu.
Madame Gervaise
Nous sommes tous enfants d’un seul homme, nous venons avec des pensées de paix,
Jeannette Et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.
Madame Gervaise el vos serviteurs nont aucun mauvais dessein.
Leur répondit : Non cela n’est pas ; mais vous êtes venus pour remarquer ce qu’il y a de moins fortifié dans V Égypte.
Ils luidirent : Nous sommes douze frères, enfants d’un même homme dans le pays de Chanaan, et vos servi- teurs. Le dernier est avec notre père, et l’autre nest plus.
Jeannette
Comme était Benjamin dans la maison de Jacob, le
13-2 DES SAINTS INNOCENTS dernier est avec notre père, ainsi est l’espérance dans la maison des vertus.
Madame Gervaise
Voilà, dit Joseph, ce que je disais : Vous êtes des espions
Jeannette
faisant la grosse voix et s’adoucissant peu à peu
[ dailleurs toute cette récitation sacrée, venue dans le courant même de leur commune oraison, se fait : avant tout comme d’une belle histoire ; ensemble comme d’une histoire amu- sante ; en dessous comme d’une histoire de tendresse ; d’une tendresse grandissante, si grande qu’en même temps on s’en défend constamment jusqu’à l’éclatement final]
Je m’en vais éprouver si vous dites la vérité. Vive Pharaon,
[c’est surtout ce Vive Pharaon qui les amuse. Elles le font dans une très grosse voix]
Vive Pharaon, vous ne sortirez point d’ici jusquk ce que le dernier de vos frères y soit venu.
Madame Gervaise
Envoyez l’un de vous pour Vy amener : cependant vous demeurerez en prison jusqu’à ce que j’aye reconnu si ce que vous dites est vrai ou faux, autrement, même jeu, vive Pharaon, vous êtes des espions.
Il les fit donc mettre en prison pour trois jours.
Et le troisième jour il les fît sortir de prison, et leur
133 L E M ^’ S T I> R E dit. : Faites ce que je vous dis, et vous vivrez : car Je crains Dieu.
Si vous venez ici dans un esprit de paix, que /’un de vos frères demeure lié dans la prison ; et allez-vous-en vous ; emportez en votre pays le blé que vous avez acheté,
et amenez-moi le dernier de vos frères, afin que Je puisse reconnaître si ce que vous dites est véritable, et que vous ne mouriez point. Ils firent ce qu’il leur avait ordonné.
Et ils se disaient l’un à l’autre : C’est Justement que nous souffrons tout ceci, parce que nous avons péché contre notre frère, et que voyant la douleur de son âme lorsquilnoas priait, nous ne V écoutâmes point : cest pour cela que nous sommes tombés dans cette affliction.
Madame Gervaise
Ruben l’un d’entre eux leur disait : Ne vous dis-Je pas : Ne commettez point un si grand crime contre cet enfant ? El vous ne m’ écoutâtes point. C’est son sang maintenant que l’on redemande.
Jeannette
Ils ne savaient pas que Joseph les entendit, parce qu’il leur parlait par un truchement.
134 DES SAINTS INNOCENTS Mais il se retira pour un peu de temps, et versa des larmes.
Madame Gervaise
Et étant revenu il leur parla.
Il fit prendre Siméon, et le fit lier devant eux ; et il commanda à ses officiers d’emplir leurs sacs de blé, et de remettre dans le sac de chacun [d’eux l’argent, en y ajoutant encore des vivres pour se nourrir pendant le chemin : ce qui fut exécuté aussitôt.
Les frères de Joseph s’en allèrent donc, emportant leur hlé sur leurs ânes.
Et l’un d’eux ayant ouvert son sac dans l’hôtellerie pour donner à manger à son âne, vit son argent à l’entrée du sac,
et il dit à ses frères : On m’a rendu mon argent ; le voici dans mon sac. Ils furent tous saisis d’étonne- ment et de trouble ; et ils s’ entredisaient : Quelle est cette conduite de Dieu sur nous ?
Lorsqu’ils furent arrivés chez Jacob leur père au pays de Chanaan, ils lui racontèrent tout ce qui leur était arrivé, en disant :
Le Seigneur de ce pays-là nous a parlé rudement, et il nous a pris pour des espions qui venaient observer le royaume.
135 LE MYSTÈRE Nous lui avons répondu : Nous sommes gens paisibles, et très éloignés d’avoir aucun niauvms dessein.
Xous élions douze frères enfants d’un même père.
Jeannette
Nous étions douze frères enfants d’un même père. L’un n est plus, le plus jeune est avec notre père au pays de Chanaan.
M.ADAME GeRVAISE
Il nous a répondu : Je veux éprouver s’il est vrai que vous n’ayez que des pensées de paix. Laissez-moi donc icil’un de vos frères ; prenez le hlé qui vous est néces- saire pour vos maisons, et vous en allez ;
et amenez-moi le plus jeune de vos frères, afin que je sache que vous n’êtes point des espions ; que vous puis- siez ensuite remener avec vous celui que je retiens prisonnier, et quil vous soit permis à l’avenir d’ache- ter ici ce que vous voudrez.
Après avoir ainsi parlé, comme ils jetaient leur hlé hors de leurs sacs, ils trouvèrent chacun leur argent lié à l’entrée du sac, et ils en furent tous épouvantés.
Jeannette
Alors Jacob, leur père, leur dit :
Vous m’avez réduit à être sans enfants. Joseph n’est 136 DES SAINTS INNOCENTS plus au monde, Siméon est en prison, et vous voulez ni enlever Benjamin. Tous ces maux sont retombés sur moi.
Madame Gervaise
Ruben lui répondit : Faites mourir mes deux enfants, si je ne vous le ramène. Confiez-le moi, et je vous le rendrai.
Jeannette
Non, dit Jacob., mon fils nira point avec vous. Son frère est mort, et il est demeuré seul. S’il lui arrive quelque malheur au pays où vous allez, vous accablerez ma vieillesse d’une douleur qui m’emportera dans le tombeau.
M.
\DAME LiERVAISE
Cependant la famine désolait exlraordinairement tout le pays ;
et le blé que les enfants de Jacob avaient apporté d’Égypte étant consumé, Jacob leur dit :
Retournez pour nous acheter un peu de blé.
137 I. K M Y S T È R E Juda lui répondit : Celui qui commande en ce pays-là nous a déclaré sa volonté avec serment, en disant : Vous ne verrez point mon visage à moins que vous n’ameniez avec vous le plus jeune de vos frères.
Si vous voulez donc l’envoyer avec nous, nous irons ensemble, et nous achèterons ce qui vous est néces- saire.
Que si vous ne le voulez pas, nous n irons point : car cet homme, comme nous l’avons dit plusieurs fois, nous a déclaré que nous ne verrions point son visage, si nous n’avions avec nous notre jeune frère.
Israël leur dit : C’est pour mon malheur que vous lui avez appris que vous aviez encore un autre frère.
Mais ils lui répondirent : Il nous demanda par ordre toute la suite de notre famille : Si notre père vivait ; si nous avions un frère : et nous lui répondîmes conformément à ce qu’il nous avait demandé. Pou- vions-nous deviner qu’il nous dirait : Amenez avec vous votre frère ?
Juda dit encore à son père.Envoyez l’enfant avec moi, 138 DES SAINTS INNOCENTS afin que nous puissions partir et avoir de quoi vivre, et que nous ne mourions pas nous et nos petits enfants.
Je me charge de cet enfant, et c’est à moiàqui vous en demanderez compte. Si je ne le ramène, et si je ne vous le rends, je consens que vous ne me pardonniez jamais cette faute.
Si nous n avions point tant différé, nous serions déjà revenus une seconde fois.
Isniël leur père leur dit donc : Si cest une nécessité, faites ce que vous voudrez. Prenez avec vousdes plus excellents fruits de ce pays-ci, pour en faire présent à celui qui commande ; un peu de résine, de miel, de storax, de myrrhe, de térébenthine et d’amandes.
Jeannette De l’or, de l’eucens, de la myrrhe.
Madame Gervaise
Portez aussi deux fois autant d’argent qu’au premier voyage, et reportez celui que vous avez trouvé dans vos sacs, de peur que ce ne soit une méprise.
Enfin menez votre frère avec vous, et allez vers cet homme.
139 LE M ^’ S T K R E
Jeannette
Je prie mon Dieu le tout-puissant de 7)ous le rendre favorable, qu’il renvoyé avec vous votre frère qu’il tient prisonnier, et Benjamin : cependant Je demeu- rerai seul, comme si fêtais sans enfants.
Madame Gervaise
Ils prirent donc avec eux les présents, et le double de l’argent, avec Benjamin ; et étantparlis ils arrivèrent en Égypte, où ils se présentèrent devant Joseph.
Jeannette
Joseph les ayant vus, et Benjamin avec eux, dit à son Intendant : Faites entrer ces personnes chez moi ; tuez des victimes, etpréparez un festin : parce qu’ils mangeront à midi avec moi.
Madame Gervaise
L’Intendant exécuta ce qui lui avait été commandé, et il les fit entrer dans la maison.
Alors étant saisis de crainte, ils s’enlredisaient : C’est à cause de cet argent que nous avons remporté dans nos sacs qu’il nous fait entrer ici, pour faire retom- ber sur nous ce reproche, et nous opprimer en nous réduisant en servitude, nous et nos ânes.
C’est pourquoi étant encore à la porte, ils s’appro- chèrent de l’Intendant de Joseph,
140 DES SAINTS INNOCENTS et lui dirent : Seigneur, nous vous supplions de nous écouter. Nous sommes déjà venus une fois acheter du blé :
et après l’avoir acheté, lorsque nous fûmes arrivés à rhôtellerie, en ouvrant nos sacs, nous y trouvâmes notre argent, que nous vous rapportons maintenant au même poids.
Et nous vous en rapportons encore d’autre, pour acheter ce qui nous est nécessaire : mais nous ne savons en aucune sorte qui a pu remettre cet argent dans nof< sacs.
Jeannette
L’Intendant leur répondit : Ayez l’esprit en repos ; ne craignez point. Votre Dieu et le Dieu de votre père vous H donné des trésors dans vos sacs : car pour moi j’ai reçu Varqentque vous m’avez donné, et j’ensuis content. Il fit sortir aussi Siméon, et il le leur amena.
Madame Gervaise
Après les avoir fait entrer en la maison, il leur apporta de l’eau, ils se lavèrent les pieds, et il donna à manger à leurs ânes.
Jeannette
Cependant ils tinrent leurs présents tout prêts, atten- dant que Joseph entrât sur le midi, parce qu’on leur avait dit qu’ils devaient manger en ce lieu-là.
141 I. i^ : M V s T i> H 1^ :
Madame Gervaise
Joseph étant donc entré dans sa maison, ils lui offrirent leurs présents qu’ils tenaient en leurs mains, et ils V adorèrent en se baissant jusqu en terre.
Jeannette
// les salua aussi, en leur faisant bon visage, et il leur demanda : Votre père, ce vieillard dont vous m’aviez parlé, vit-il encore ? Se porte-t-il bien ?
Madame Gervaise
Ils lui répondirent : Notre père votre serviteur est encore en vie, et il se porte bien : et en se baissant profondément, ils t adorèrent.
Jeannette
Joseph levant les yeux vit Benjamin son frère, fils de Rachel sa mère, et leur dit : Est-ce la le plus jeune de vos frères dont vous m’aviez parlé ? Mon fils, ajouta-t-il, je prie Dieu quil vous soit toujours favorable.
Madame Gervaise
Et il se hâta, parce que ses entrailles avaient été émues en voyant son frère, et qu’il ne pouvait plus retenir ses larmes. Passant donc dans une chambre, il pleura.
142 DES SAINTS INNOCENTS
Jeannette
El après s’être lavé le visage il revint^ se faisant violence, et il dit : Servez à manger.
Madame Gervaise
On servit Joseph h part, et ses frères k part, et les Egyp- tiens qui mangeaient avec lui à part : {car il n est pas permis aux Egyptiens de manger avec les Hébreux, et ils croient qu’un festin de cette sorte serait profane).
Jeannette
Ils s’assirent donc en présence de Joseph, Vaine le pre- mier selon son rang, et le plus jeune selon son âge. Et ils furent extrêmement surpris,
Madame Gervaise
en voyant les parts qu’il leur avait données, de ce que la part la plus grande était venue à Benjamin ; car elle était cinq fois plus grande que celle des autres. Ils burent ainsi avec Joseph, et ils firent grande chère.
Or Joseph donna cet ordre à i Intendant de sa maison, et lui dit : Mettez dans les sacs de ces personnes autant de blé quils en pourront tenir, et l’argent de chacun à l’entrée du sac ;
143 L E M Y S T È R E et mettez ma coupe d’argent à l’entrée du sac du plus jeune, avec l’argent quil a donné pour le blé. Cet ordre fut donc exécuté.
Et dès le malin on les laissa aller avec leurs ânes.
Lorsqu’ils furent sortis de la ville, comme ils n’avaient fait encore que peu de chemin, Joseph appela l’Inten- dant de sa maison, et lui dit : Courez vile après ces gens ; arrêtez-les, et leur dites : Pourquoi avez-vous rendu le mal pour le bien ?
Lacoupeque vous avez dérobée, est celle dans laquelle mon Seigneur boit, et dont il se sert’ pour deviner. Vous avez fait une très méchante action.
L’Intendant fit ce qui lui avait été commandé ; et les ayant arrêtés, il leur dit tout ce qu’il lui avait été ordonné de leur dire.
Jeannette
Ils lui répondirent : Pourquoi mon seigneur parle-t-il ainsi à ses serviteurs, et les croit-il capables d’une action si honteuse ?
Madame Gervaise
Nous vous avons rapporté du pays de Chanaan l’argent que nous trouvâmes à l’entrée de nos sacs. Comment donc se pourrait-il faire que nous eussions dérobé de la maison de votre Seigneur de Vor ou de l’argent ?
144 DES SAINTS INNOCENTS
Jeannette
Que celui de vos serviteurs,. . .
Madame Gervaise •
quel qu’il puisse être, à qui l’on trouvera ce que vous cherchez, meure ; et nous serons esclaves de mon seigneur.
Jeannette
Illeur dit : Oui, que ce que vous prononcez soit exécuté. Quiconque se trouvera avoir pris ce que je cherche, sera mon esclave, et vous en serez innocents.
Madame Gervaise
Jls déchargèrent donc aussitôt leurs sacs à terre, et chacun ouvrit le sien.
Jeannette
Les ayant fouillés, du plus grand au plus petit, on trouva la coupe dans le sac de Benjamin.
Madame Gervaise
Alors ayant déchiré leurs vêtements et déchargé leurs ânes, ils revinrent à la ville.
Jeannette Juda se présenta le premier avec ses frères devant
1-lD innocents. — 10 L E M Y S ï ÈRE
Joseph, (fui n était pas encore sorti du lieu où il était : et ils se prosternèrent tous ensemble à terre devant lui.
Mj
Joseph leur dit : Pourquoi avez-vous agi ainsi ? Ignorez- vous quil ny a personne qui ni égale dans la science de deviner les choses cachées ?
Jeannette
Juda lui dit : Que répondrons-nous à mon Seigneur ? Que lui dirons-nous, et que pouvons-nous lui repré- senter avec quelque ombre de justice pour notre défense ? Dieu a trouvé V iniquité de vos serviteurs. Nous sommes tous les esclaves de mon Seigneur, nous et celui à qui on a trouvé la coupe.
Madame Gervaise
Joseph répondit : Dieu me garde d’agir de la sorte. Que celui qui a pris ma coupe soit mon esclave ; et pour vous autres, allez en liberté retrouver votre père.
Jeannette
Juda Rapprochant alors plus près de Joseph lui dit avec assurance : Mon Seigneur, permettez, je vous prie, à votre serviteur de vous adresser sa parole, et ne vous mettez pas en colère contre votre esclave : car après Pharaon, c’est vous qui êtes
146 DES SAINTS INNOCENTS
MADAME IJERVAISE
mon Seigneur. Vous avez demandé d’ abord à vos servi- teurs : Avez-vous encore votre père ou quelque autre frère ?
Et nous vous avons répondu, mon Seigneur : Nous avons un père qui est vieux, et un jeune frère qu’il a eu dans sa vieillesse, dont le frère qui était né de la même n\èreest mort : il ne reste plus que celui-là, et son père Vaime tendrement.
Vous dites alors à vos serviteurs : Amenez-le moi, Je serai bien aise de le voir.
Mais nous vous répondîmes, mon Seigneur : Cet enfant ne peut quitter son père, car s’il le quitte, il le fera mourir.
Vous dites à vos serviteurs : Si le dernier de vos frères ne vient avec vous, vous ne verrez plus mon visage.
Lors donc que nous fumes retournés vers notre père votre serviteur, nous lui rapportâmes tout ce que vous aviez dit, mon Seigneur.
Et notre père nous ayant dit : Retournez pour nous acheter un peu de blé :
nous lui répondîmes : A’ous ne pouvons y aller. Si notre jeune frère y vient avec nous, nous irons
147 1. E MYSTÈRE ensemble : mais àmoins qu’Une vienne^ nous n’osons nous présenter devant celui qui commande.
Il nous répondit : Vous savez que j’ai eu deux fils de Rachel ma femme.
L’un d’eux étant allé aux champs, vous niavez dit quune bêle V avait dévoré, et il ne paraît plus jusqu k cette heure.
Si vous emmenez encore celui-ci, et quil lui arrive quelque accident dans lecheniin, vous accablerez ma vieillesse d’une a/fiiction qui la conduira dans le tombeau.
Si je me présente donc à mon père votre serviteur, et que l’enfant n y soit pas, comme sa vie dépend de celle de son fils,
lorsqu’il verra qu’il n’est point avec nous, il mourra, et vos serviteurs accablerontsa vieillesse d’une douleur qui le mènera au tombeau.
Que ce soit donc plutôt moi qui sois votre esclave, puisque je me suis rendu caution de cet enfant, et que j’en ai répondu à mon père, en lui disant : Si je ne le ramène, je veux bien que mon père m’impute cette faute, et qu’il ne me la pardonne jamais.
Ainsi je demeurerai votre esclave, et servirai mon Seigneur en la place de l’enfant, afin qu’il retourne avec ses frères.
148 DES SAINTS INNOCENTS Ca.r je ne puis pas retourner vers mon père sans que l’enfant soit avec nous, de peur que je ne sois moi- même témoin de Vextrême affliction qui accablera notre père.
Jeannette
elle va au devant de la rccilation.
Joseph ne pouvait plus se retenir ;
Madame Gervaise
Joseph ne pouvait plus se retenir ; et parce quil était environné de plusieurs personnes,
Jeannetti ;
ne se retenant plus ellé-niéme et saisissant d’autorité la récitation.
il commanda. . .
elle recommence pour avoir la reconnaissance dans son plein.
Joseph ne pouvait plus se retenir ; et parce quil était environné de plusieurs personnes, il commanda que Von fît sortir lout le monde, afin que nul étranger ne fût présent lorsqu’il se ferait connaître à ses frères,
Alors les larmes lui tombant des yeux, il éleva sa voix, qui fut entendue des Égyptiens, et de toute la maison de Pharaon.
149 1, K M Y S T K R E Et il dit H ses frères : Je suis Joseph. Mon père vil-il encore ?
Je suis Joseph ; je suis Joseph ; je suis Jésus voire frère. Qu’attendez-vous ? Mon père vif-il encore ?
Madame (ihrvaise
Mais ses frères ne purent point lui répondre, tant ils étaient saisis de frayeur.
EANNETTE
// leur parla avec douceur., et leur dit : Approchez-vous de moi. Et s’ étant approchés de lui, il ajouta : Je suis Joseph votre frère que vous avez vendu en Égypte.
Ne craignez point et ne vous affligez point de ce que vous m’avez vendu en ce pays-ci : car Dieu m’a envoyé en Égypte avant vous pour votre salut.
Il y a déjà deux ans que la famine a commencé sur la terre, et il en reste encore cinq, pendant lesquels on ne pourra ni labourer ni recueillir.
Dieu nia fait venir ici avant vous, pour vous conserver la vie, et afin que vous puissiez avoir des vivres pour subsister.
150 DES SAINTS INNOCENTS Ce n’est point par votre conseil que fai été envoyé ici, mais par la volonté de Dieu, qui m’a rendu comme le père de Pharaon, le maître de sa maison, et le prince de toute l’Égypte.
Hàtez-vous d’aller trouver mon père, et dites- lu i : Voici ce que vous mande votre fils Joseph : Dieu m’a rendu le maître de toute l Égypte. Venez me trouver, ne digérez point ;
vous demeurerez dans la terre de Gessen, vous serez près de moi vous et vos enfants ; et les enfants de vos enfants ; vos brebis, vos troupeaux de bœufs, et tout ce que vous possédez.
Et je vous nourrirai là parce qu’il reste encore cinq années de famine, de peur qu’autrement vous né périssiez avec toute votre famille et tout ce qui est à vous.
Vous voyez de vos yeux, vous et mon frère Benjamin, que c’est moi-même qui vous parle de ma propre bouche.
Annoncez à mon père quelle est cette gloire, et tout ce que vous avez vu dans l’Égypte. Hâtez-vous de me l’amener.
Et s’ étant jeté au cou de Benjamin son frère pour l’embrasser, il pleura ; et Benjamin pleura aussi en le tenant embrassé.
151 LE M Y S T È R I« : Joseph embrassa aussi tous ses frères, il pleura sur chacun d’eux ; et après cela ils se rassurèrent pour lui parler.
Aussitôt il se répandit un (/rand bruit dans toute la Cour du Roi, que les frères de Joseph étaient venus. Pharaon s’en réjouit avec toute sa maison.
Et il dit à Joseph qu’il donnât cet ordre à ses frères : Chargez vos ânes de blé, retournez en Chanaan ;
amenez de là votre père et toute votre famille, et venez me trouver. Je vous donnerai tous les biens de V Égypte, et vous serez nourris de ce qu’il y a de meilleur dans cette terre.
Ordonnez-leur aussi d’emmener des chariots de l’Égypte, pour faire venir leurs femmes avec leurs petits enfants, et dites-leur : Amenez votre père, et hâtez-vous de revenir le plus tôt que vous pourrez.
sans rien laisser de ce qui est dans vos maisons, parce que toutes les richesses de l’Égypte seront à vous.
Les enfants d’Israël. . .
Madame Gervaise
Les enfants d’Israël firent ce qui leur avait été ordonné. Et Joseph leur fit donner des chariots, selon l’ordre qu’il en avait reçu de Pharaon, et des vivres pour le chemin.
152 DES SAINTS INNOCENTS
Jeannette
// commanda, aussi que ion donnai deux robes à chacun de ses frères ; mais il en donna cinq des plus belles à Benjamin, et trois cents pièces d’argent.
Il envoya autant d’argent et de robes pour son père, avec dix ânes chargés de tout ce qu’il y avait déplus précieux dans i Égypte, et autant d’ânesses qui por- taient du blé et du pain pour le chemin.
Madame Gervaise
// renvoya donc ses frères, et leur dit en partant : Ne vous mettez point en colère pendant le chemin.
Ils vinrent donc de l’Égypte au pays de Chanaan vers Jacob leur père.
Et ils lui dirent cette nouvelle ; Votre fils Joseph est vivant et commande dans toute la terre d’Égypte. Ce que Jacob ayant entendu, il se réveilla comme d’un profond sommeil, et cependant il ne pouvait croire ce qu’ils lui disaient.
Madame Gervaise
Ses enfants insistaient au contraire, en lui rapportant comment toute la chose s’était passée. Enfin ayant vu
153 LE MYSTÈRE
les chariots^ et tout ce que Joseph lui envoyait^ il reprit ses esprits ;
Jeannette
et il dit : Je n’ai plus rien à souhaiter, puisque mon fils Joseph vit encore. J’irai et je le verrai avant que je meure.
M
ADAME (jERVAlSE
Israël partit donc avec tout ce qu’il avait, et vint au Puits du jurement, et ayant immolé en ce lieu des victimes au Dieu de son père Isaac^
il Ventendit dans une vision pendant la nuit, qui l’appe- lait, et qui lui disait : Jacoh, Jacob. Il lui répimdit : Me voici.
Et Dieu ajouta : Je suis le Dieu très puissant de votre père, ne craignez point, allez en Égypte, parce que je vous y rendrai le chef d’un grand peuple.
.rirai là avec vous, et je vous en ramènerai lorsque vous en reviendrez.
Jeannette Joseph aussi vous fermera les yeux de ses mains. Madame Gervaise
Jacob étant donc parti du Puits du jurement, ses enfants l’amenèrent avec ses petits enfants et leurs femmes,
154 DES SAINTS INNOCENTS dans les chariots que Pharaon avait envoyés pour faire venir ce vieillard,
avec tout ce qu’il possédait au pays de Chanaan ; et il arriva en Eqypte avec toute sa race ;
ses fils, ses petits-fils, ses filles, et tout ce qui était né de lui.
Tous ceux qui vinrent en Égypte avec Jacoh, et qui étaient sortis de lui, sans compter les femmes de ses fils, étaient en tout soixante et six personnes.
Plus les deux enfants de Joseph qui lui étaient nés en Égypte. Ainsi toutes les personnes de la maison de Jacoh qui vinrent en Égypte, furent au nombre de soixante et dix.
Jeannette
Or Jacob envoya Juda devant lui vers Joseph pour l’avertir de sa venue, afin quil vint au-devant de lui en la terre de Gessen.
Quand Jacoh y fut arrivé, Joseph fit mettre les chevaux à son chariot, et vint au même lieu au-devant de son père : et le voyant il se jeta à son cou, et l’embrassa en pleurant.
155 L E M Y S ï È R E Jacob dit à Joseph : Je mourrai maintenant avec Joie, puisque j’ai vu votre visage, et que Je vous laisse après moi.
Madame Gervaise
Joseph dit à ses frères, et à toute la maison de son père : Je m’en vais dire à Pharaon, que mes frères et tous ceux de la maison de mon père sont venus me trouver de la terre de Chanaan où ils demeuraient :
que ce sont des pasteurs de brebis qui s’occupent à nourrir des troupeaux, et qu’ils ont amené avec eux leurs brebis, leurs bœufs et tout ce qu’ils pouvaient
Et lorsque Pharaon vous fera venir, et vous demandera : Quelle est votre occupation ?
vous lui répondrez : Vos serviteurs sont pasteurs depuis leur enfance Jusqu’à présent, et nos pères l’ont tou- jours été comme nous. Vous direz ceci pour pouvoir demeurer dans la terre de Gessen ’ parce que les Eqyptiens ont en abomination tous les pasteurs de brebis.
Joseph étant donc allé trouver Pharaon, lui dit : Mon père et mes frères sont venus du pays de Chanaan,
156 DES SAINTS INNOCENTS avec leurs brebis, leurs troupeaux, et tout ce qu’ils possèdent, et ils se sont arrêtés en la terre de Gessen.
Il présenta aussi au Hoi cinq de ses frères ;
Et le Roi leur ayant demandé : A quoi vous occupez- vous ? ils lui répondirent : Vos serviteurs sont pasteurs de brebis, comme l’ont été nos pères.
Nous sommes venus passer quelque temps dans vos terres, parce que la famine est si grande dans le pays de Chanaan, qu’il n’y a plus d’herbe pour les troupeaux de vos serviteurs. Et nous vous supplions d’agréer que vos serviteurs demeurent dans la terre de Gessen.
Jeanisette
Le Roi dit donc à Joseph : Votre père et vos frères vous sont venus trouver.
Madame Gervaise
Vous pouvez choisir dans toute l’Égypte ; faites-les demeurer dans l’endroit du pays qui vous paraîtra le meilleur, et donnez-leur la terre de Gessen. Que si vous connaissez qu’il y ait parmi eux des hommes habiles, donnez-leur l’intendance sur mes troupeaux.
Joseph introduisit ensuite son père devant le Roi, et il le lui présenta. Jacob salua Pharaon, et luisouhaita toute sorte de prospérité.
157 LE M ^’ S T K K L- : Le Roi lui ayant demandé quel âçfe il avait :
lEANNETTE
il lui répondit : Il y a cent trente ans que je suis voya- geur, et ce petit nombre d’années, qui n’est pas venu jusqu’à égaler celui des années de mes pères, a été traversé de beaucoup de maux.
M
ADAME IjERVAISE
Et après avoir souhaité toute sorte de bonheur au Roi, il se retira.
Joseph selon le commandement de Pharaon, mit son père et ses frères en possession de Ramessès dans le pays le plus fertile de l’Égypte.
Et il les nourrissait avec toute la maison de son père, donnant à chacun ce qui lui était nécessaire pour vivre.
Car le pain manquait dans tout le monde, et la famine affligeait toute la terre ; mais principalement l’Égypte et le pays de Chanaan.
Israël demeura donc en Égypte, c est-à-dire, dans la 158 DES SAINTS INNOCENTS terre de Gessen, dont il jouit comme de son bien propre, et où sa famille s’accrut et se multiplia extraordinairement.
Il y vécut dix-sept ans ; et tout le temps de sa vie fut de cent quarante-sept ans.
Comme il vit que le jour de sa mort approchait, il appela son fils Joseph, et lui dit : Si j’ai trouvé grâce devant vous, mettez votre main sous ma cuisse, et donnez-moi cette marque de la bonté que vous avez pour moi, de me promettre avec vérité, que vous ne m’enterrerez point dans V Égypte ;
mais que je reposerai avec mes pères ; que vous me transporterez hors de ce pays, et me mettrez dans le sépulcre de mes ancêtres. Joseph lui répondit : Je ferai ce que vous me commandez.
Jurez-le moi donc, dit Jacob. Et pendant que Joseph jurait, Israël adora Dieu, se tournant vers le chevet de son lit.
Après cela on vint dire un jour à Joseph que son pè était malade : alors prenant avec lui ses deux fil Manassé, et Ephra’ùn, il Valla
re voir.
159 LE MYSTÈRE On dit donc à Jacoh : Voici votre fils Joseph qui vient vous rendre visite. Jacoh reprenant ses forces se mit sur son séant dans son lit.
Et
Il leur fit aussi ce commandement, et leur dit : Je vais être réuni à mon peuple ; ensevelissez-moi avec mes pères dans la caverne double qui est dans le champ d’Ephron Hethéen.
qui regarde Mambré au pays de Chanaan, et qu Abra- ham acheta d’Ephron Hethéen, avec tout le champ où elle est, pour y avoir son sépulcre.
C’est là quil a été enseveli avec Sara sa femme. C’est aussi où Isaac a été enseveli avec Rehecca sa femme, et oii Lia est encore ensevelie.
Après avoir achevé de donner ces ordres et ces instruc- tions à ses enfants, il joignit ses pieds sur son lit, et mourut ; et il fut réuni avec son peuple.
In homme avait douze fils. Telle lut, mon entant, Ce fut la preniière fois qu’un enfant s’est perdu.
160 DES SAINTS INNOCENTS
Ce fut la première fois qu’une brebis s’est perdue. Ce fut la première fois qu’une drachme s’est perdue.
Mais cette drachme que l’on avait égarée.
Mais cette brebis qui s’était égarée,
Mais cet enfant, ce fils qui s’était égaré
Fut retrouvé sur le trône,
Gouvernant la maison de Pharaon
Et ravitaillant tout le royaume d’Égypte.
Et celui de Jésus au contraire, (c’est toujours le contraire),
Celui de Jésus, l’enfant perdu par Jésus,
Dans la parabole de Jésus,
Celui de Jésus fut retrouvé qui revenait de gouverner un troupeau de porcs.
Et je pense que ses trente ou quarante cochons,
Il les ravitaillait de glands et peut-être de quelque sale pâtée.
C’est ainsi, mon enfant. Ainsi est l’ancien, ainsi est le nouveau testament.
Dans l’ancien testament il est plus souvent question du trône.
Et dans le nouveau testament il est plus souvent ques- tion de garder les cochons.
(Et les autres animaux, qui ne sont pas moins nobles).
161 innocents. LE MYSTÈRE Dans Tancien testament il y a toujours une vue, une
pensée vers le commandement. Et dans le nouveau testament il y a loujourt^ une pensée, Une arrière-pensée vers le service au contraire Et vers la servitude.
Dans l’ancien testament il y a toujours un reg^ard, une
pensée vers le gouvernement. Et dans le nouveau testament il y a toujours un regard,
une pensée vers Tobéissance Et vers la simple condition. Vers la simple condition de sujet. Vers la simple condition d’homme.
Ou s’il y a une pensée vers un commandement, et vers
un gouvernement, et vers un royaume, Dans le nouveau testament c’est vers un commandement
et vers un gouvernement et vers un royaume Qui n’est point le gouvernement et le commandement
d’un royaume d’Égypte.
Et dans le nouveau testament il n’y a de pensée que pour un royaume qui n’est pas de ce monde.
162 DES SAINTS INNOCENTS
Dans l’ancien testament il y a toujours une pensée vers les richesses, vers les trésors d’Égypte et de Baby- lonie,
Vers les talents d’or et d’argent.
Et les richesses, et le trône, et le royaume, et le gouver- nement et le commandement
Sont présentées comme le couronnement.
Dans le nouveau testament il y a toujours une pensée,
La pensée secrète est vers l’épreuve, et vers la misère, et vers la pauvreté.
Et c’est elle l’épreuve, et c’est elle la misère, et c’est elle la pauvreté
Qui est toujours présentée,
Qui est le faîte et le couronnement.
C’est elle qui est la dame et la très chère et la très sainte pauvreté.
Dans l’ancien testament on redoute toujours, il y a tou- jours une pensée De redoutement vers la famine de la faim. Dans le nouveau testament on redoute toujours Une autre faim inapaisée. Il y a toujours une pensée
163 L E M Y S T K R E De redoutement vers une autre famine d’une autre
faim. Car c’est une spirituelle famine. D’une faim spirituelle.
Ainsi marche l’ancien testament devant le nouveau tes- tament. Ainsi les histoires marchent devant les similitudes. Et les hymnes et les prières et les psaumes Devant les hymnes et les prières et les oraisons Et la lente et la longue lignée des prophètes Devant les bataillons serrés, Devant les bataillons carrés Des saints.
Ainsi marche le gouvernement des biens de ce monde Avant le gouvernement des biens qui ne sont pas de ce monde.
Ainsi marche le commandement charnel Avant le commandement spirituel.
Ainsi le royaume temporel
164 DES SAINTS INNOCENTS
Marche avant le royaume éternel.
Et ainsi les tentes du peuple d’Israël se sont plantées
dans le désert Des siècles et des siècles avant que les basiliques, Avant que les églises, avant que les cathédrales Se soient plantées au sol de France.
Et dans l’ancien testament il s’agit d’emplir des sacs de
blé, il y a, (toujours),
une pensée sur les sacs de blé. Et après ça il s’agit, (dans l’ancien testament), Ces sacs pleins il s’agit de les empiler dans les greniers
à blé. Mais dans le nouveau testament il s’agit de bien autres
sacs et de bien autres greniers. Car il s’agit, dans le nouveau testament il s’agit, ce sont Des sacs de misère, des sacs d’épreuves, des sacs de
misères. Et des sacs à mettre les vertus et les mérites et les
grâces Que l’on a récoltées comme on a pu Pour les années de disette Et ce sont enfin Les greniers éternels
165 L E M Y S T K R E Et dans rancieii testament c’est le père qui finit pai
venir trouver son fils Et qui le retrouve plein de gloire Tout vêtu.
Mais dans le nouveau testament c’est le fils tout nud Qui finit par venir trouver son père
Ainsi l’ancien testament est l’appariteur et le fourrier
Et le préparateur et l’annonciateur du nouveau testa- ment.
C’est lui qui lui prépare les voies, c’est lui qui lui fait sa maison.
C’est l’ancien testament qui fait dans le désert
La longue voie temporelle.
C’est l’ancien testament qui patiemment bâtit
La maison temporelle.
Voici, f envoie mon ange devant la face, qui préparera ton chemin devant toi.
Et aussi l’ancien testament est comme une image qui
marche devant le nouveau testament. Et comme une image en même temps il est très fidèle
et en même temps il est à l’envers. Il est contraire. Ainsi est l’histoire sainte. Le testament charnel est une histoire, une image du
testament spirituel. L’ancien testament temporel est une image du nouveau
testament éternel.
166 DES SAINTS INNOCENTS Et dans le nouveau testament s’il s’agit de gloire, Il s’agit d’une gloire qui ne se ramasse guère sur les
trônes, (Excepté saint Louis et le trône de F’rance).
Tout l’ancien testament est une ligure, une image d’en- semble et de détail
Très fidèle, très exacte,
(Mais fidèlement inverse, exactement inverse).
Du nouveau testament dans son ensemble et dans son détail.
Dans l’ancien testament la création est au seuil.
Au commencement qui est le commencement du monde.
Et dans le nouveau testament le jugement est à la fin.
Le jugement qui est proprement le contraire de la création.
Le pied opposé, qui est proprement une contre-création.
Car dans la création j’ai fait le monde,
(Temporel)
p]t dans le jugement je le défais.
Ainsi le jugement est proprement le contraire et ce qui balance la création.
Ce que l’on peut mettre, ce qui est en face de la création.
J’ai découpé le temps dans l’éternité, dit Dieu. Le temps et le monde du temps.
167 L E MYSTÈRE La création l’ut le commencement et le jugement sera
la fin. (Du temps) (Du monde du temps). C’est exactement une symétrie, un balancement. Ce que j’ai ouvert, je le fermerai. Le jour de la création (les six jours) jai ouvert un
certain monde (On le connaît de reste) (On le sait, on en a assez parlé) Enfin la première heure du premier des six jours de la
création j’ai commencé une certaine histoire, Et le jour du jugement je la fermerai. Or tout l’ancien testariient part de ce jugement que je
fis de créer. Et tout le nouveau testament va vers ce jugement que
je ferai de juger. Ainsi l’ancien testament est symétrique au nouveau. Et (contre) balance le nouveau. Et tout l’ancien testament part de cette création. Et tout le nouveau testament va vers ce jugement Et dans l’ancien testament le Paradis est au commen- cement. Et c’est un Paradis terrestre.
Mais dans le nouveau testament le Paradis est à la fin. Et je vous le dis c’est un Paradis
céleste. Et tout l’ancien testament va vers Jean le Baptiste et
vers Jésus. Mais tout le nouveau testament vient de Jésus. C’est comme une belle voûte qui monte des deux côtés
vers la clef de voûte. Et Jésus est la clef de voûte. Ainsi est la voûte de cette
nef.
168 DES SAINTS INNOCENTS
Et la pierre qui monte suivant la courbe de cette nef,
Décidant, dessinant, d’avance et à mesure, la courbe de cette voûte,
Formant la courbe de cette voûte,
La pierre qui monte du bas s’avance hardiment.
Et fidèlement et sûrement.
En toute sécurité sans aucune inquiétude.
Parce que montante elle sait très bien
Qu’elle trouvera la clef de voûte exacte au rendez- vous,
A la juste intersection, au sacré croisement et la clef de voûte, c’est Jésus.
Et ensemble toute la voûte soutient et porte et hausse et maintient la clef
Comme une énorme épaule ronde qui sans cou soutien- drait une seule tête mais la clef seule,
La clef qui parachève,
Seule aussi ensemble est ce qui soutient seule la voûte et le tout.
Et la dernière pierre avant la clef est Jean le Baptiste.
Mais la première pierre après la clef est Pierre le fondateur.
Tu es Pierre et sur cette pierre.
Et il fut crucifié la tête en bas.
C’est-à-dire en redescendant.
Et comme la pierre est quadrangulaire,
Il y a les quatre angles et les quatre lignes du carré.
Et l’on dit selon Matthieu, selon Marc, selon Luc, selon Jean,
C’est-à-dire ensuivant la ligne de Matthieu, en suivant la ligne de Marc, en suivant la ligne de Luc,
Et en suivant la ligne de Jean.
169 LE MYSTÈRE
Et aux quatre coins sont assis le jeune homme, le lion, le taureau et l’aigle.
Car l’Église est quadrangulaire,
Comme elle est lapidaire étant fondée sur la quadran- gulaire
Pierre,
Et encore l’ancien testament est tout linéaire.
C’est une longue, c’est une grêle ligne des prophètes.
Et les prophètes y viennent l’un après l’autre
Gomme les peupliers viennent l’un après l’autre dans
cette belle lignée. Dans cette belle avenue de peupliers. Et tout l’ancien testament c’est cette belle, cette longue
avenue de peupliers. \’enue des profondeurs de la plaine et marchant droit
sur la plaine. Cette longue avenue, cette longue lignée lidèle (Sans largeur). Les peupliers y sont placés l’un après l’autre, les
prophètes y sont placés l’un après l’autre. Sur la rangée double. Venante, sortie, venue des profondeurs de l’horizon la
noble allée, La fidèle, la directe allée droite linéaire Droite l’avenue s’avance sur la plaine droite. Car elle sait où elle va. Et elle ne va pas moins que. Directement elle va droit au seuil du château.
170 DES SAINTS INNOCENTS El elle conduit, et elle amène, et elle introduit le reg^ard
et le pas. Elle seule conduit au seuil mais elle ne franchit pas le
seuil, elle ne passe pas le pas de la porte. Elle ne se prolonge pas à l’intérieur du château. Mais le quadrangulaire château du nouveau testament S’ouvre à ce seuil et la longue allée de peupliers ne s’y
continue pas. Mais la cour d’honneur s’y ouvre, et les bâtiments du
château. Et le beau perron pour monter et les quadrangulaires
murailles. El ainsi le nouveau testament a une dimension de plus. Car l’ancien testament est une ligne Mais le nouveau couvre une surface.
Ou encore l’ancien testament est cette fine, cette grêle
Cette uniquement iidèle allée de peupliers.
Perdue dans la plaine rase
Mais le nouveau testament est le solide parc du château.
Le robuste bois de chênes, carré,
Bien clos derrière ses quadrangulaires murailles.
Et qui couvre toute la surface.
Ou encore l’ancien testament est cette voûte qui monte en une seule arête,
171 LE MYSTÈRE
En une seule nervure et le nouveau testament
C’est la même voûte qui retombe,
Qui redescend en toute une nappe.
Et Tarête qui monte part de la terre et c’est une arête
charnelle. Mais cette nappe qui redescend vient de l’esprit Et c’est une nappe spirituelle. Et l’arête et la nervure qui monte part du temps et est
une temporelle arête. Mais la nappe qui redescend vient de l’éternité et c’est Une éternelle nappe.
Et la clef de cette mystique voûte.
La clef elle-même
Charnelle, spirituelle,
Temporelle, éternelle,
C’est Jésus,
Homme,
Dieu.
Et la création fut une sorte d’ouverture du temps et de
fermeture en quelque sorte de l’éternité. Or le jugement sera proprement la fermeture du temps Et la totale et la définitive Réouverture de l’éternité.
172 DES SAINTS INNOCENTS
Ou encore l’ancien testantient est le lac profond qui
reflète la haute forêt. Et la forêt est toute dans le lac mais elle n’y est pas. Et le lac sombre et le lac profond est enfoncé dans la
terre. Et dans le lac le ciel est au fond. Mais vers le haut la haute forêt. Partant du bord du lac. La haute forêt réelle. Hausse une tête réelle. Fait monter une sève réelle. Vers le seul profond ciel réel.
On envoie les enfants à l’école, dit Dieu.
Je pense que c’est pour oublier le peu qu’ils savent.
On ferait mieux d’envoyer les parents à l’école.
C’est eux qui en ont besoin.
Mais naturellement il faudrait une école de moi.
El non pas une école d’hommes.
On croit que les enfants ne savent rien. Et que les parents et que les grandes personnes savent quelque chose.