Polyeucte martyr (page 3)
Malgré les faux avis par vos dieux envoyés,
Je suis vivant, madame, et vous me revoyez.
PAULINE.
Le jour est encor long, et, ce qui plus m’effraie,
La moitié de l’avis se trouve déjà vraie ;
J’ai cru Sévère mort, et je le vois ici.
POLYEUCTE.
Je le sais ; mais enfin j’en prends peu de souci.
Je suis dans Mélitène, et, quel que soit Sévère,
Votre père y commande, et l’on m’y considère ;
Et je ne pense pas qu’on puisse avec raison
D’un cœur tel que le sien craindre une trahison :
On m’avoit assuré qu’il vous faisoit visite,
Et je venois lui rendre un honneur qu’il mérite.
PAULINE.
Il vient de me quitter assez triste et confus ;
Mais j’ai gagné sur lui qu’il ne me verra plus.
POLYEUCTE.
Quoi ! vous me soupçonnez déjà de quelque ombrage ?
PAULINE.
Je ferois à tous trois un trop sensible outrage.
J’assure mon repos, que troublent ses regards :
La vertu la plus ferme évite les hasards ;
Qui s’expose au péril veut bien trouver sa perte :
Et pour vous en parler avec une âme ouverte,
Depuis qu’un vrai mérite a pu nous enflammer,
Sa présence toujours a droit de nous charmer.
Outre qu’on doit rougir de s’en laisser surprendre,
On souffre à résister, on souffre à s’en défendre ;
Et, bien que la vertu triomphe de ces feux,
La victoire est pénible, et le combat honteux.
POLYEUCTE.
Ô vertu trop parfaite, et devoir trop sincère,
Que vous devez coûter de regrets à Sévère !
Qu’aux dépens d’un beau feu vous me rendez heureux !
Et que vous êtes doux à mon cœur amoureux !
Plus je vois mes défauts et plus je vous contemple,
Plus j’admire…
Scène V.
POLYEUCTE, PAULINE, NÉARQUE, STRATONICE, CLÉON.
CLÉON.
Plus j’admire…Seigneur, Félix vous mande au temple ;
La victime est choisie, et le peuple à genoux ;
Et pour sacrifier on n’attend plus que vous.
POLYEUCTE.
Va, nous allons te suivre. Y venez-vous, madame ?
PAULINE.
Sévère craint ma vue, elle irrite sa flamme ;
Je lui tiendrai parole, et ne veux plus le voir.
Adieu : vous l’y verrez ; pensez à son pouvoir,
Et ressouvenez-vous que sa valeur est grande.
POLYEUCTE.
Allez, tout son crédit n’a rien que j’appréhende ;
Et comme je connois sa générosité,
Nous ne nous combattrons que de civilité.
Scène VI.
POLYEUCTE, NÉARQUE.
NÉARQUE.
Où pensez-vous aller ?
POLYEUCTE.
Où pensez-vous aller ?Au temple, où l’on m’appelle.
NÉARQUE.
Quoi ! vous mêler aux vœux d’une troupe infidèle !
Oubliez-vous déjà que vous êtes chrétien ?
POLYEUCTE.
Vous par qui je le suis, vous en souvient-il bien ?
NÉARQUE.
J’abhorre les faux dieux.
POLYEUCTE.
J’abhorre les faux dieux.Et moi, je les déteste.
NÉARQUE.
Je tiens leur culte impie.
POLYEUCTE.
Je tiens leur culte impie.Et je le tiens funeste.
NÉARQUE.
Fuyez donc leurs autels.
POLYEUCTE.
Fuyez donc leurs autels.Je les veux renverser,
Et mourir dans leur temple, ou les y terrasser.
Allons, mon cher Néarque, allons aux yeux des hommes
Braver l’idolâtrie, et montrer qui nous sommes :
C’est l’attente du ciel, il nous la faut remplir ;
Je viens de le promettre, et je vais l’accomplir.
Je rends grâces au Dieu que tu m’as fait connoître
De cette occasion qu’il a sitôt fait naître,
Où déjà sa bonté, prête à me couronner,
Daigne éprouver la foi qu’il vient de me donner.
NÉARQUE.
Ce zèle est trop ardent, souffrez qu’il se modère.
POLYEUCTE.
On n’en peut avoir trop pour le Dieu qu’on révère.
NÉARQUE.
Vous trouverez la mort.
POLYEUCTE.
Vous trouverez la mort.Je la cherche pour lui.
NÉARQUE.
Et si ce cœur s’ébranle ?
POLYEUCTE.
Et si ce cœur s’ébranle ?Il sera mon appui.
NÉARQUE.
Il ne commande point que l’on s’y précipite.
POLYEUCTE.
Plus elle est volontaire, et plus elle mérite.
NÉARQUE.
Il suffit, sans chercher, d’attendre et de souffrir.
POLYEUCTE.
On souffre avec regret quand on n’ose s’offrir.
NÉARQUE.
Mais dans ce temple enfin la mort est assurée.
POLYEUCTE.
Mais dans le ciel déjà la palme est préparée.
NÉARQUE.
Par une sainte vie il faut la mériter.
POLYEUCTE.
Mes crimes, en vivant, me la pourroient ôter.
Pourquoi mettre au hasard ce que la mort assure ?
Quand elle ouvre le ciel, peut-elle sembler dure ?
Je suis chrétien, Néarque, et le suis tout à fait ;
La foi que j’ai reçue aspire à son effet.
Qui fuit croit lâchement et n’a qu’une foi morte.
NÉARQUE.
Ménagez votre vie, à Dieu même elle importe ;
Vivez pour protéger les chrétiens en ces lieux.
POLYEUCTE.
L’exemple de ma mort les fortifiera mieux.
NÉARQUE.
Vous voulez donc mourir ?
POLYEUCTE.
Vous voulez donc mourir ?Vous aimez donc à vivre ?
NÉARQUE.
Je ne puis déguiser que j’ai peine à vous suivre.
Sous l’horreur des tourmens je crains de succomber.
POLYEUCTE.
Qui marche assurément n’a point peur de tomber :
Dieu fait part, au besoin, de sa force infinie.
Qui craint de le nier, dans son âme le nie,
Il croit le pouvoir faire, et doute de sa foi.
NÉARQUE.
Qui n’appréhende rien présume trop de soi.
POLYEUCTE.
J’attends tout de sa grâce, et rien de ma foiblesse.
Mais, loin de me presser, il faut que je vous presse !
D’où vient cette froideur ?
NÉARQUE.
D’où vient cette froideur ?Dieu même a craint la mort.
POLYEUCTE.
Il s’est offert pourtant ; suivons ce saint effort ;
Dressons-lui des autels sur des monceaux d’idoles.
Il faut (je me souviens encor de vos paroles)
Négliger, pour lui plaire, et femme, et biens, et rang,
Exposer pour sa gloire et verser tout son sang.
Hélas ! qu’avez-vous fait de cette amour parfaite
Que vous me souhaitiez, et que je vous souhaite ?
S’il vous en reste encor, n’êtes-vous point jaloux
Qu’à grand’peine chrétien j’en montre plus que vous ?
NÉARQUE.
Vous sortez du baptême, et ce qui vous anime,
C’est sa grâce qu’en vous n’affoiblit aucun crime ;
Comme encor tout entière, elle agit pleinement,
Et tout semble possible à son feu véhément :
Mais cette même grâce en moi diminuée,
Et par mille pêchés sans cesse exténuée,
Agit aux grands effets avec tant de langueur,
Que tout semble impossible à son peu de vigueur :
Cette indigne mollesse et ces lâches défenses
Sont des punitions qu’attirent mes offenses ;
Mais Dieu, dont on ne doit jamais se défier,
Me donne votre exemple à me fortifier.
Allons, cher Polyeucte, allons aux yeux des hommes
Braver l’idolâtrie, et montrer qui nous sommes ;
Puissé-je vous donner l’exemple de souffrir,
Comme vous me donnez celui de vous offrir !
POLYEUCTE.
À cet heureux transport que le ciel vous envoie,
Je reconnais Néarque, et j’en pleure de joie.
Ne perdons plus de temps ; le sacrifice est prêt ;
Allons-y du vrai Dieu soutenir l’intérêt ;
Allons fouler aux pieds ce foudre ridicule
Dont arme un bois pourri ce peuple trop crédule ;
Allons en éclairer l’aveuglement fatal ;
Allons briser ces dieux de pierre et de métal :
Abandonnons nos jours à cette ardeur céleste ;
Faisons triompher Dieu : qu’il dispose du reste.
NÉARQUE.
Allons faire éclater sa gloire aux yeux de tous,
Et répondre avec zèle à ce qu’il veut de nous.
ACTE TROISIÈME
Scène I.
PAULINE.
Que de soucis flottans, que de confus nuages
Présentent à mes yeux d’inconstantes images !
Douce tranquillité que je n’ose espérer,
Que ton divin rayon tarde à les éclairer !
Mille agitations, que mes troubles produisent,
Dans mon cœur ébranlé tour à tour se détruisent ;
Aucun espoir n’y coule où j’ose persister ;
Aucun effroi n’y règne où j’ose m’arrêter.
Mon esprit, embrassant tout ce qu’il s’imagine,
Voit tantôt mon bonheur, et tantôt ma ruine,
Et suit leur vaine idée avec si peu d’effet,
Qu’il ne peut espérer ni craindre tout à fait.
Sévère incessamment brouille ma fantaisie :
J’espère en sa vertu, je crains sa jalousie ;
Et je n’ose penser que d’un œil bien égal
Polyeucte en ces lieux puisse voir son rival.
Comme entre deux rivaux la haine est naturelle,
L’entrevue aisément se termine en querelle ;
L’un voit aux mains d’autrui ce qu’il croit mériter,
L’autre un désespéré qui peut trop attenter.
Quelque haute raison qui règle leur courage,
L’un conçoit de l’envie, et l’autre de l’ombrage ;
La honte d’un affront que chacun d’eux croit voir
Ou de nouveau reçue, ou prête à recevoir,
Consumant dès l’abord toute leur patience,
Forme de la colère et de la défiance,
Et, saisissant ensemble et l’époux et l’amant
En dépit d’eux les livre à leur ressentiment.
Mais que je me figure une étrange chimère,
Et que je traite mal Polyeucte et Sévère !
Comme si la vertu de ces fameux rivaux
Ne pouvait s’affranchir de ces communs défauts !
Leurs âmes à tous deux d’elles-mêmes maîtresses
Sont d’un ordre trop haut pour de telles bassesses :
Ils se verront au temple en hommes généreux.
Mais las ! ils se verront, et c’est beaucoup pour eux.
Que sert à mon époux d’être dans Mélitène,
Si contre lui Sévère arme l’aigle romaine,
Si mon père y commande, et craint ce favori,
Et se repent déjà du choix de mon mari ?
Si peu que j’ai d’espoir ne luit qu’avec contrainte ;
En naissant il avorte, et fait place à la crainte ;
Ce qui doit l’affermir sert à le dissiper.
Dieux ! faites que ma peur puisse enfin se tromper !
Scène II.
PAULINE, STRATONICE.
PAULINE.
Mais sachons-en l’issue. Eh bien ! ma Stratonice,
Comment s’est terminé ce pompeux sacrifice ?
Ces rivaux généreux au temple se sont vus ?
STRATONICE.
Ah ! Pauline !
PAULINE.
Ah ! Pauline ! Mes vœux ont-ils été déçus ?
J’en vois sur ton visage une mauvaise marque.
Se sont-ils querellés ?
STRATONICE.
Se sont-ils querellés ? Polyeucte, Néarque,
Les chrétiens…
PAULINE.
Les chrétiens… Parle donc : les chrétiens…
STRATONICE.
Les chrétiens… Parle donc : les chrétiens…Je ne puis.
PAULINE.
Tu prépares mon âme à d’étranges ennuis.
STRATONICE.
Vous n’en sauriez avoir une plus juste cause.
PAULINE.
L’ont-ils assassiné ?
STRATONICE.
L’ont-ils assassiné ? Ce seroit peu de chose.
Tout votre songe est vrai, Polyeucte n’est plus…
PAULINE.
Il est mort !
STRATONICE.
Il est mort ! Non, il vit ; mais, ô pleurs superflus !
Ce courage si grand, cette âme si divine,
N’est plus digne du jour, ni digne de Pauline.
Ce n’est plus cet époux si charmant à vos yeux,
C’est l’ennemi commun de l’État et des dieux
Un méchant, un infâme, un rebelle, un perfide,
Un traître, un scélérat, un lâche, un parricide,
Une peste exécrable à tous les gens de bien,
Un sacrilège impie, en un mot, un chrétien.
PAULINE.
Ce mot auroit suffi sans ce torrent d’injures.
STRATONICE.
Ces titres aux chrétiens sont-ce des impostures ?
PAULINE.
Il est ce que tu dis, s’il embrasse leur foi ;
Mais il est mon époux, et tu parles à moi.
STRATONICE.
Ne considérez plus que le Dieu qu’il adore.
PAULINE.
Je l’aimai par devoir ; ce devoir dure encore.
STRATONICE.
Il vous donne à présent sujet de le haïr :
Qui trahit tous nos dieux aurait pu vous trahir.
PAULINE.
Je l’aimerois encor, quand il m’auroit trahie ;
Et si de tant d’amour tu peux être ébahie,
Apprends que mon devoir ne dépend point du sien :
Qu’il y manque, s’il veut ; je dois faire le mien.
Quoi ! s’il aimoit ailleurs serois-je dispensée
À suivre, à son exemple, une ardeur insensée ?
Quelque chrétien qu’il soit, je n’en ai point d’horreur ;
Je chéris sa personne, et je hais son erreur.
Mais quel ressentiment en témoigne mon père ?
STRATONICE.
Une secrète rage, un excès de colère,
Malgré qui, toutefois, un reste d’amitié
Montre pour Polyeucte encor quelque pitié.
Il ne veut point sur lui faire agir sa justice,
Que du traître Néarque il n’ait vu le supplice.
PAULINE.
Quoi ! Néarque en est donc ?
STRATONICE.
Quoi ! Néarque en est donc ? Néarque l’a séduit :
De leur vieille amitié c’est là l’indigne fruit.
Ce perfide tantôt, en dépit de lui-même,
L’arrachant de vos bras, le traînait au baptême.
Voilà ce grand secret et si mystérieux
Que n’en pouvoit tirer votre amour curieux.
PAULINE.
Tu me blâmois alors d’être trop importune.
STRATONICE.
Je ne prévoyois pas une telle infortune.
PAULINE.
Avant qu’abandonner mon âme à mes douleurs,
Il me faut essayer la force de mes pleurs ;
En qualité de femme ou de fille, j’espère
Qu’ils vaincront un époux, ou fléchiront un père.
Que si sur l’un et l’autre ils manquent de pouvoir,
Je ne prendrai conseil que de mon désespoir.
Apprends-moi cependant ce qu’ils ont fait au temple.
STRATONICE.
C’est une impiété qui n’eut jamais d’exemple.
Je ne puis y penser sans frémir à l’instant,
Et crains de faire un crime en vous la racontant.
Apprenez en deux mots leur brutale insolence.
Le prêtre avoit à peine obtenu du silence,
Et devers l’orient assuré son aspect,
Qu’ils ont fait éclater leur manque de respect.
À chaque occasion de la cérémonie,
À l’envi l’un et l’autre étaloit sa manie,
Des mystères sacrés hautement se moquoit,
Et traitoit de mépris les dieux qu’on invoquoit.
Tout le peuple en murmure, et Félix s’en offense ;
Mais tous deux s’emportant à plus d’irrévérence :
« Quoi ! lui dit Polyeucte en élevant sa voix,
Adorez-vous des dieux ou de pierre ou de bois ? »
Ici dispensez-moi du récit des blasphèmes
Qu’ils ont vomis tous deux contre Jupiter mêmes.
L’adultère et l’inceste en étoient les plus doux.
« Oyez, dit-il ensuite, oyez, peuple ; oyez, tous :
Le Dieu de Polyeucte et celui de Néarque
De la terre et du ciel est l’absolu monarque,
Seul être indépendant, seul maître du destin,
Seul principe éternel, et souveraine fin.
C’est ce Dieu des chrétiens qu’il faut qu’on remercie
Des victoires qu’il donne à l’empereur Décie ;
Lui seul tient en sa main le succès des combats ;
Il le peut élever, il le peut mettre à bas ;
Sa bonté, son pouvoir, sa justice est immense ;
C’est lui seul qui punit, lui seul qui récompense :
Vous adorez en vain des monstres impuissans.»
Se jetant à ces mots sur le vin et l’encens,
Après en avoir mis les saints vases par terre,
Sans crainte de Félix, sans crainte du tonnerre,
D’une fureur pareille ils courent à l’autel.
Cieux ! a-t-on vu jamais, a-t-on rien vu de tel ?
Du plus puissant des dieux nous voyons la statue
Par une main impie à leurs pieds abattue,
Les mystères troublés, le temple profané,
La fuite et les clameurs d’un peuple mutiné
Qui craint d’être accablé sous le courroux céleste.
Félix… Mais le voici qui vous dira le reste.
PAULINE.
Que son visage est sombre et plein d’émotion !
Qu’il montre de tristesse et d’indignation !
Scène III.
FÉLIX, PAULINE, STRATONICE.
FÉLIX.
Une telle insolence avoir osé paroître !
En public ! à ma vue ! il en mourra, le traître.
PAULINE.
Souffrez que votre fille embrasse vos genoux.
FÉLIX.
Je parle de Néarque, et non de votre époux.
Quelque indigne qu’il soit de ce doux nom de gendre,
Mon âme lui conserve un sentiment plus tendre ;
La grandeur de son crime et de mon déplaisir
N’a pas éteint l’amour qui me l’a fait choisir.
PAULINE.
Je n’attendois pas moins de la bonté d’un père.
FÉLIX.
Je pouvois l’immoler à ma juste colère :
Car vous n’ignorez pas à quel comble d’horreur
De son audace impie a monté la fureur ;
Vous l’avez pu savoir du moins de Stratonice.
PAULINE.
Je sais que de Néarque il doit voir le supplice.
FÉLIX.
Du conseil qu’il doit prendre il sera mieux instruit,
Quand il verra punir celui qui l’a séduit.
Au spectacle sanglant d’un ami qu’il faut suivre,
La crainte de mourir et le désir de vivre
Ressaisissent une âme avec tant de pouvoir,
Que qui voit le trépas cesse de le vouloir.
L’exemple touche plus que ne fait la menace :
Cette indiscrète ardeur tourne bientôt en glace,
Et nous verrons bientôt son cœur inquiété
Me demander pardon de tant d’impiété.
PAULINE.
Vous pouvez espérer qu’il change de courage ?
FÉLIX.
Aux dépens de Néarque il doit se rendre sage.