Premiers Analytiques (page 9)

Aristote · Philosophie

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Premiers Analytiques · 37 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

CHAPITRE XXIX (suite)

§ 8[323]. On peut donc démontrer chaque espèce de conclusion de la manière qu’on a dite ; mais l’on peut encore en établir quelques-unes d’une autre façon. Ainsi, les conclusions universelles peuvent s’obtenir, par la considération du particulier, hypothétiquement. Si, par exemple C et G sont identiques, et que E ne soit supposé qu’aux G seulement, A serait alors à tout E. De même, si D et G sont identiques, et que E ne soit attribué qu’aux G, A ne sera à aucun E. On peut donc encore établir la recherche de cette façon.

§ 9[324]. Il est évident qu’on peut appliquer aussi cette méthode aux syllogismes formés de propositions nécessaires et contingentes ; car la recherche est la même, et le syllogisme se fait avec les termes disposés dans le même ordre, soit pour l’absolu, soit pour le contingent. § 10[325]. Il faut comprendre aussi par contingentes les choses qui ne sont pas, mais qui pourraient être ; car il a été prouvé que le syllogisme du contingent se forme aussi avec celles-là. § 11[326]. Il en sera de même pour les autres modes d’attribution.

§ 12[327]. Il est donc clair, d’après tout ce qui vient d’être dit, que non seulement tous les syllogismes peuvent se former par cette méthode, mais qu’il est impossible qu’ils se forment par une autre. En effet, on a prouvé que tout syllogisme se produisait dans l’une des figures exposées ; or, ces figures ne peuvent s’établir que par les conséquents et les antécédents de chaque objet, puisque c’est d’eux seuls que viennent les propositions, ainsi que le moyen ; donc le syllogisme n’est pas possible par d’autres procédés que ceux-là.

CHAPITRE XXX

Application générale des règles relatives à la recherche du Moyen, soit dans les Sciences, soit dans les Arts. — Des principes spéciaux et des rapports de la démonstration à ces principes.

§ 1[328]. La méthode reste toujours la même, qu’on l’applique, soit à la philosophie, soit à l’art, soit à la science. Toujours il faut réunir autour de chaque sujet proposé ce qui lui est attribué, et ce à quoi il peut être attribué ; toujours il faut tâcher de réunir le plus grand nombre possible de ces rapports ; toujours il faut les étudier sous trois termes, de tel point de vue pour réfuter la proposition, de tel autre pour l’établir, prenant les attributs vrais, pour raisonner avec toute vérité, et se bornant, dans les syllogismes dialectiques, à la simple probabilité.

§ 2[329]. On a expliqué aussi les principes généraux des syllogismes, on a dit ce qu’ils sont, et l’on a indiqué le moyen de les découvrir, afin qu’on ne se donne pas la peine d’examiner tous les mots, ni de recourir aux mêmes éléments pour renverser ou établir un raisonnement, soit que d’ailleurs on l’établisse, ou on le réfute universellement, ou particulièrement ; et afin qu’on limite la recherche à des objets moins nombreux et déterminés. § 3[330]. Quel que soit l’objet en question, il y a toujours un choix à faire ; par exemple, pour le bien et la science. Dans toutes les sciences les principes sont spéciaux pour la plupart ; et c’est à l’expérience de fournir ces principes pour chacune d’elles. Par exemple, l’expérience astronomique fournit les principes de la science astronomique ; et ce n’est qu’après avoir longtemps observé les phénomènes qu’on est arrivé aux démonstrations de l’astronomie. Tous les arts, toutes les sciences en sont là. Mais, du moment que les principes sont acquis pour chaque objet, nous pouvons nous charger d’en tirer des démonstrations régulières. Si, dans l’observation, l’on n’a rien omis de ce qui appartient réellement au sujet, nous pourrons, dans tout ce qui est susceptible d’être démontré, découvrir la démonstration, et l’exposer ; et, si la démonstration est naturellement impossible, nous pourrons encore rendre cela même évident.

§ 4[331]. Ici l’on a dit, d’une manière toute générale et sommaire, comment se fait le choix des propositions. Mais nous avons traité ce sujet avec toute l’exactitude désirable dans notre ouvrage sur la Dialectique.

CHAPITRE XXXI

De la Méthode de division. — Son impuissance ; elle fait toujours une pétition de principe, et prend l’universel pour moyen. — Sa conclusion est toujours hypothétique, et elle ne peut jamais être négative. — La méthode de division ne donne pas même de bonnes définitions. — Exemples divers à l’appui.

§ 1[332]. On peut voir, sans peine, que la division en genres n’est qu’une bien faible partie de la méthode que nous venons d’indiquer ; cette division n’est qu’un syllogisme impuissant : elle suppose ce qui est à démontrer ; et elle conclut toujours un des termes supérieurs. § 2[333]. D’abord, aucun de ceux qui ont employé cette méthode n’ont pris garde à ce défaut ; et ils se sont efforcés de prouver qu’on pouvait démontrer la substance même et l’essence des choses : aussi n’ont-ils compris ni comment l’on peut faire des syllogismes par la division, ni que l’on pouvait en faire par la méthode que nous avons exposée.

§ 3[334]. Dans les démonstrations, quand on veut prouver par syllogisme l’existence de quelque chose, il faut donc toujours que le moyen terme qui forme le syllogisme soit moins étendu que le premier des extrêmes, et qu’il ne lui soit point attribué universellement. La division, au contraire, vise à un résultat tout opposé, puisqu’elle prend l’universel pour moyen. Soit, par exemple, animal, représenté par A ; mortel par B, immortel par C, et l’homme, dont il s’agit d’avoir la définition, représenté par D. La division suppose que tout animal est mortel ou immortel ; en d’autres termes, que ce qui est A est tout entier ou B ou C. De plus, par cette méthode de division, on pose toujours que l’homme est animal, c’est-à-dire que l’on suppose que A est dit de D. La conclusion est donc, que tout D est ou B ou C, c’est-à-dire qu’il faut admettre que l’homme est mortel ou immortel, puisqu’il est nécessaire que l’animal soit mortel ou immortel ; mais il n’est pas du tout nécessaire que l’homme soit mortel, on le suppose simplement. Or, c’est là précisément ce qu’il fallait conclure. Soit encore, en faisant A animal mortel, B sympode, C apode et D l’homme ; on suppose ici de même que A est ou B ou C : car tout animal mortel a des pieds ou n’en a pas : et l’on suppose que A s’applique à D, puisqu’on a supposé que l’homme est un animal mortel. Ainsi il y a nécessité que l’homme soit un animal à pieds ou sans pieds : mais il n’est pas nécessaire qu’il ait des pieds, c’est une supposition ; or, c’est là encore ce qu’il fallait démontrer. Ainsi donc, les partisans de la méthode de division sont toujours conduits à prendre l’universel pour moyen terme ; et, pour eux, les extrêmes sont, et ce dont il faut démontrer, et les différences. Enfin, ils ne disent pas nettement ce que c’est que l’homme, ou l’objet quelconque de la recherche, de manière qu’il y ait là une conséquence nécessaire. C’est qu’ils suivent une tout autre route que la véritable, et ils ne soupçonnent pas qu’il y a des ressources dont ils peuvent disposer. § 4[335]. Il est évident que, par cette méthode, on ne peut jamais nier ; et qu’on ne peut pas, non plus, établir de syllogismes relatifs au propre, à l’accident, au genre, et à tous ces cas où l’on ne dit si la chose est de telle ou telle manière : par exemple, si le diamètre est ou non commensurable. En effet, en supposant que toute étendue est commensurable ou incommensurable, et que le diamètre est une étendue, on a pour conclusion que le diamètre est, ou commensurable ou incommensurable. Si l’on admet qu’il est incommensurable, on prendra précisément ce qu’il s’agit de prouver ; on ne peut donc pas du tout le démontrer ainsi ; car c’est là une méthode, qui rend impossible toute démonstration. Soit, par exemple : commensurable on incommensurable, représenté par A, étendue par B, le diamètre par C. § 5[336]. Ainsi, il est évident que ce mode de recherche ne peut convenir à toute espèce d’investigation, et qu’il n’est pas même applicable là où, cependant, il semblerait convenir le mieux.

§ 6[337]. On voit donc, d’après ce qui précède, quels sont les éléments des démonstrations, comment elles se forment et quels sont les points à considérer dans chaque question.

CHAPITRE XXXII

Analyse générale en propositions, termes et figures. — Dégagement des propositions ; éléments superflus et à rejeter, éléments omis et à rétablir. — Dégagement des termes, et particulièrement du moyen. — Examen de la figure spéciale.

§ 1[338]. Après tout ceci, il faut indiquer la manière de ramener tous les syllogismes aux figures énoncées plus haut. C’est là, en effet, la seule partie de notre étude qu’il nous reste à considérer ; car si, connaissant déjà la formation des syllogismes, et ayant la possibilité de les découvrir, nous apprenons, de plus, quand ils sont tout construits, à les résoudre dans les trois figures, l’objet que nous nous étions proposé, au début, sera tout à fait rempli. Ce sera en même temps confirmer et éclaircir tout ce qui précède par ce qui va suivre ; car, tout ce qui est vrai doit être, de tout point, conséquent à soi-même.

§ 2[339]. D’abord, donc, il faut s’attacher à dégager les deux propositions du syllogisme. La division, en effet, est plus facile en grandes parties qu’en petites, et les composés sont toujours plus grands que leurs éléments. § 3 Il faut rechercher ensuite quelle proposition est universelle, quelle autre est particulière. § 4[340]. Et si l’on a négligé de les donner toutes deux, il faut rétablir celle qui manque. Souvent, en effet, soit en écrivant, soit en discutant, on oublie, après avoir posé la proposition universelle, d’exprimer la particulière qu’elle renferme ; ou bien, en donnant de telles propositions, on omet celles qui rendent les premières concluantes, et l’on fait, pour d’autres, d’inutiles demandes. Il faut donc examiner si l’on a pris quelque proposition inutile, et si l’on n’en a pas négligé de nécessaire ; il faut alors ajouter l’une et retrancher l’autre, jusqu’à ce qu’on arrive enfin aux deux propositions ; car il n’est pas possible, sans cette précaution, de résoudre les raisonnements ainsi présentés. § 5[341]. Pour certains cas, il est facile de voir ce qui manque ; mais, parfois, on a peine à le découvrir, et l’on croit qu’il y a syllogisme parce que, en effet, il résulte des données quelque chose de nécessaire. Par exemple, si l’on suppose que ce qui n’est pas substance étant détruit, la substance n’est pas détruite ; mais que les éléments dont une chose se forme étant détruits, il faut que la chose même soit détruite aussi. Ceci posé, en effet, il est nécessaire que la partie de la substance soit aussi substance. Mais les données ne suffisent pas pour fournir cette conclusion, et ici les propositions manquent. Qu’on suppose encore que l’homme existant, il faut nécessairement que l’animal existe aussi ; et que l’animal étant, il y a nécessairement substance. Donc, alors, l’existence de l’homme entraîne aussi celle de la substance nécessairement. Pourtant, il n’y a pas là réellement de syllogisme, puisque les propositions ne sont pas telles que nous l’avons dit. Ce qui nous trompe, dans ce cas, c’est que, de ces données, il sort une conséquence nécessaire, et que le syllogisme aussi en donne une de ce genre. Mais le nécessaire est encore plus large que le syllogisme ; car tout syllogisme est nécessaire, et tout nécessaire n’est pas syllogisme. Ce n’est donc pas seulement parce que, de certaines données, il ressort une conséquence, qu’il faut essayer immédiatement la résolution, il faut avant tout dégager les deux propositions.

§ 6[342]. Voici comment, ensuite, on les divisera en termes. § 7[343]. Parmi les termes, on prendra pour moyen celui qui se répète dans les deux propositions ; car le moyen, et ceci a lieu dans toutes les figures, doit se retrouver dans les deux propositions. § 8[344]. Si donc, le moyen est attribué à un autre terme, ou qu’un autre lui soit attribué, ou bien s’il est affirmé d’un terme, et qu’un autre soit nié de lui, c’est la première figure. S’il est affirmé lui-même et nié de quelque terme, c’est la figure moyenne. Si les autres termes lui sont attribués, ou que l’un soit nié et l’autre affirmé de lui, c’est la dernière ; car c’est là la position que le moyen occupait dans chaque figure. Peu importe, d’ailleurs, que les propositions ne soient pas universelles ; la définition du moyen reste toujours la même. § 9[345]. Il est donc évident que, dans un raisonnement, où un même terme n’est pas répété plusieurs fois, il n’y a pas de syllogisme ; car il n’y a pas de moyen.

§ 10[346]. D’ailleurs, comme nous savons quelle conclusion se trouve dans chaque figure, et dans quelle figure est l’universelle, et dans quelle, est la particulière, il est clair qu’on doit examiner, non point toutes les figures, mais seulement la figure spéciale de la conclusion dont on s’occupe : et quand la conclusion s’obtient dans plusieurs figures à la fois, nous reconnaîtrons toujours la figure par la position du moyen.

CHAPITRE XXXIII

Quantité et ressemblance des termes ; confusion de l’Universel et de l’Indéterminé. — Exemples divers.

§ 1[347]. Souvent donc l’on est trompé dans les raisonnements par ce caractère même de nécessité que je viens de dire ; mais c’est quelquefois aussi par la ressemblance dans la forme des termes, chose qu’il ne faut pas perdre de vue. § 2[348]. Soit, par exemple, A attribué à B, et B à C ; on pourrait croire qu’avec des termes ainsi disposés, il y a syllogisme ; et cependant il n’y a là ni conséquence nécessaire, ni syllogisme. § 3[349]. Soit, par exemple, A représentant : Être toujours, B : Aristomène imaginable, et C Aristomène. Il est vrai que A est à B, car Aristomène est toujours imaginable ; mais, en outre, B est à C, car Aristomène est Aristomène imaginable ; mais A n’est pas à C, car Aristomène est mortel. En effet, on a vu qu’il n’y a pas de syllogisme avec des termes de cette forme ; et il fallait que la proposition A B fût universelle. Mais ce serait une erreur de croire que tout Aristomène imaginable est immortel, puisque Aristomène est mortel. § 4[350]. Soit encore, C : Miccale, B : Miccale musicien, et A : Mourir demain. B peut être, avec vérité, attribué à C, car Miccale est Miccale musicien ; mais A peut aussi être attribué à B, car Miccale musicien mourra demain ; mais A attribué à C est une erreur. Cet exemple est identique au premier, parce qu’il n’est pas vrai universellement que Miccale musicien mourra demain ; et, sans cette universalité, il n’y avait pas de syllogisme. § 5[351]. L’erreur ici vient d’une nuance à peine sensible, et de ce que nous accordons qu’il n’y pas de différence à dire : Cette chose est à cette autre, ou à dire : Cette chose est à toute cette autre.

CHAPITRE XXXIV

Forme vicieuse des termes, qui souvent doivent être des mots concrets ; et non des mots abstraits. Erreur possible dans les trois figures. — Moyen d’éviter cette erreur : substituer toujours l’expression concrète à l’expression abstraite. — Exemples divers.

§ 1[352]. Souvent aussi l’on se trompera, parce que les termes, dans la proposition, n’auront pas été bien exprimés : par exemple, soit A la santé, B la maladie, et C l’homme. Il est vrai de dire que A ne peut être à aucun B, car la santé n’est jamais à la maladie ; et que B est à tout C, car tout homme est susceptible de maladie ; donc il semblerait résulter de ceci que la santé ne saurait être à aucun homme. Le motif de cette erreur c’est que, dans l’énonciation les termes n’ont pas été bien posés ; car, en changeant les termes qui expriment la disposition, il n’y aura plus de syllogisme. Par exemple, qu’au lieu de : santé, on mette : sain, et au lieu de maladie : malade ; dès lors il n’est plus vrai de dire qu’il n’est pas possible que sain soit à malade. Mais, si l’on ne fait pas ce changement, il n’y a plus syllogisme que du contingent, c’est-à-dire, de ce qui n’est pas impossible : et, en effet, il est possible que la santé ne soit à aucun homme. § 2[353]. Cette erreur pourra se produire tout aussi bien dans la moyenne figure. Ainsi la santé ne peut être à aucune maladie, mais elle peut être à tout homme : donc la maladie n’est à aucun homme. § 3[354]. Dans la troisième figure, la conclusion fausse est sous forme contingente ; car la santé et la maladie, la science et l’ignorance, et en général les contraires, peuvent être à tout un même objet ; mais il est impossible qu’ils soient jamais l’un à l’autre. Ceci, du reste, est contradictoire à une remarque précédente ; car l’on a établi que, quand plusieurs choses pouvaient être à une seule et même, elles pouvaient aussi être les unes aux autres.

§ 4[355]. Il est donc clair que, dans tous ces cas, l’erreur ne résulte que de l’énoncé des termes, et qu’en permutant ceux qui expriment la disposition, il n’y a plus de conclusion erronée. Ainsi, il est évident que, dans les propositions de ce genre, il faut toujours substituer le dérivé de la disposition à la disposition elle-même, et prendre ce dérivé pour terme.

CHAPITRE XXXV

Les termes ne sont pas toujours exprimés par un mot unique et spécial : les termes sont parfois des propositions tout entières. — Exemple.

§ 1[356]. Il ne faut pas non plus prétendre trouver toujours pour les termes un mot spécial ; car il est bien des notions qui n’ont pas de mots spéciaux ; et alors il est fort difficile de résoudre de pareils syllogismes. On pourra donc se tromper parfois en recherchant ainsi un mot qui n’existe pas. Par exemple, on pensera qu’il y a syllogisme pour des propositions sans termes moyens. Soient deux angles droits représentés par A, B triangle, C isocèle. A est à C par B, mais il est à B sans que ce soit par un autre terme ; car le triangle vaut en soi deux angles droits : donc il n’y aura pas de moyen terme pour A B, qui est cependant démontrable. Ainsi, il est évident qu’il ne faut pas croire que le moyen soit toujours rendu par un mot distinct ; parfois, c’est tout une proposition, comme dans l’exemple qu’on vient de citer.

CHAPITRE XXXVI

Des cas que les termes doivent recevoir. — Règle générale : les termes pris isolément sont toujours au nominatif : dans les propositions, ils sont mis au cas que le sens de la pensée exige. — Syllogismes affirmatifs dans la première figure, avec divers cas dans les propositions. — Syllogismes négatifs dans les trois figures. — Remarques communes aux uns et aux autres.

§ 1[357]. Quand on dit que le premier terme est attribué au moyen, et celui-ci au dernier terme, on ne veut pas dire que ces termes doivent toujours être attribués de la même manière : le premier au moyen, et celui-ci au dernier ; observation qui s’applique également à la négation ; mais autant de significations peut avoir le verbe : Être, et autant de significations vraies a cette expression : Telle chose est telle autre chose, autant en ont les expressions : Être et n’être pas attribué. § 2[358]. Par exemple, lorsqu’on dit : La notion des contraires est unique. Soit A la notion unique, et B les contraires réciproques ; A est alors à B ; mais on ne prétend pas dire par là que les contraires sont une seule notion ; on veut dire qu’on peut affirmer d’eux, avec vérité, que la notion qui les donne est unique. § 3[359]. Tantôt il se peut que le premier soit attribué au moyen, et que le moyen ne puisse l’être au troisième. Par exemple, si : La sagesse est la science, et qu’il y ait : Sagesse du bien, la conclusion est qu’il y a : Science du bien. Mais le bien n’est pas du tout la science, c’est la sagesse. § 4[360]. Tantôt le moyen terme est attribué au troisième, sans que le premier le soit au moyen. Par exemple, s’il y a : Science de tel objet quelconque ou de son contraire, et que le bien soit à la fois, et un contraire, et tel objet quelconque, la conclusion est : Il y a science du bien. Mais le bien n’est pas du tout la science, et pas plus tel bien que son contraire ; mais c’est le bien seul qui est tout cela. § 5[361]. Parfois aussi il se peut que le premier ne soit pas attribué au moyen, ni celui-ci, au troisième ; le premier, du reste, pouvant se dire et pouvant ne pas se dire du troisième. Par exemple, quand l’on dit : S’il y a science de telle chose, il y a un genre de cette chose ; or, il y a science du bien, la conclusion est : Donc il y a genre du bien ; mais ici aucun terme n’est attribué à un autre. Soit encore : La chose dont il y a science est aussi genre ; or, il y a science du bien, la conclusion est : Donc le bien est aussi genre. Ainsi, le premier terme est attribué au dernier ; mais ils ne sont pas attribués l’un à l’autre. § 6[362]. Il faut raisonner de la même manière pour la négation ; et quand on dit que telle chose n’est pas attribuée à telle autre, on ne veut pas toujours dire que telle chose n’est pas telle autre chose, mais on veut dire, tantôt que telle chose n’est pas de telle chose, ou qu’elle n’est pas à telle chose. § 7[363]. Par exemple : Il n’y a ni mouvement de mouvement, ni production de production ; mais il y a mouvement et production du plaisir : donc le plaisir n’est ni production ni mouvement. Ou encore : Il peut y avoir signe du rire, mais il n’y a pas signe du signe : donc le rire n’est pas signe. § 8[364]. Et de même pour tous les autres cas où l’on réfute la conclusion en montrant que le genre lui est attribué d’une façon quelconque. § 9[365]. Soit encore, par exemple : L’occasion n’est pas le temps opportun ; car l’occasion existe aussi pour Dieu, mais pour lui le temps ne peut être opportun, parce que la Divinité n’a jamais rien qui lui soit utile. Les termes sont ici : L’occasion, le temps opportun, et Dieu ; mais la proposition doit être formée avec le cas convenable du nom.

§ 10[366]. Nous disons donc, d’une manière générale et absolue, qu’il faut toujours mettre les termes à l’appellation directe des noms. Ainsi, l’homme, le bien, les contraires ; et non pas : de l’homme, du bien, des contraires. Quant aux propositions, il faut y poser les divers cas qu’exige chaque mot. Ainsi, on dit : A cela, avec égal ; de cela, avec double ; cela, avec frappant ou voyant ; ou même : Cet, avec homme, animal ; ou enfin, l’on prend telle autre tournure que le mot demande dans la proposition.

Examen des divers genres d’attributions.

CHAPITRE XXXVII

Quand on dit que telle chose est à telle chose, et que telle chose est dite avec vérité de telle autre, ces expressions ont autant de sens qu’il y a de genres d’attributions, que ces attributions d’ailleurs, soient restreintes ou absolues, simples ou complexes. Et de même pour la négation. Ceci, du reste, mérite un examen et une détermination plus précis.

CHAPITRE XXXVIII

Des termes redoublés : il faut toujours dans l’analyse les confondre dans le majeur et non dans le moyen. — Exemples divers. — Syllogismes avec ou sans termes redoublés. — Rapports du moyen au mineur, quand le moyen est redoublé ou qu’il ne l’est pas. — Exemples.

§ 1[367]. Toute notion redoublée dans les propositions doit être jointe au premier extrême, et non point au moyen. § 2[368]. Par exemple, si l’on concluait en syllogisme qu’il y a cette science de la justice qu’elle est un bien, il faudrait placer : Qu’elle est un bien ou en tant qu’elle est un bien, avec le premier extrême. Soit A, par exemple, la science que telle chose est un bien, B le bien, et C la justice. A peut être, avec vérité, attribué à B : car l’on sait du bien qu’il est le bien ; mais B peut être avec une égale vérité attribué à C : car la justice est ce qui est le bien : et c’est ainsi que se fait la résolution du syllogisme. Mais si c’est à B qu’on joint : Qu’elle est un bien, l’assertion n’est plus vraie. Il sera bien vrai que A est attribué à B ; mais il ne le sera pas du tout que B le soit à C ; car attribuer à la justice que le bien est le bien, c’est une erreur et un non sens. § 3[369]. Même remarque si l’on prétendait démontrer qu’une chose salubre peut être connue en tant que bien ; que le bouc-cerf est intelligible en tant que n’étant pas ; ou enfin, que l’homme est mortel en tant que sensible. C’est que, en effet, dans tous les cas où l’on ajoute quelque chose à l’attribution, il faut joindre la notion complexe au majeur.

§ 4[370]. La position des termes ne reste pas la même, quand on met dans le syllogisme des notions absolues, et quand on limite la notion par une restriction quelconque de nature ou d’étendue ; par exemple, quand l’on conclut que le bien est connaissable, et que l’on conclut d’une chose qu’on peut connaître d’elle qu’elle est un bien. § 5[371]. Si l’on démontre d’une manière absolue que le bien est connaissable, chose sera le terme moyen. § 6[372]. Mais si l’on démontre que l’on peut connaître d’une chose qu’elle est un bien, il faut alors prendre pour moyen cette chose spéciale. Soit A la connaissance que cette chose est telle chose, B cette chose même, et C le bien. On peut attribuer, avec vérité, A à B, car on sait de telle chose qu’elle est telle chose ; mais on peut attribuer aussi B à C, car C est cette chose même : de sorte que A sera aussi à C ; et l’on saura donc du bien qu’il est bien ; car la chose spéciale était le signe même de l’essence. § 7[373]. Mais si l’on prenait chose pour moyen terme, et qu’on joignît au majeur, chose, pris absolument, et non pas la chose spéciale, on conclurait syllogistiquement, non pas qu’on sait du bien qu’il est bien, mais seulement qu’il est. Soit, par exemple : A la connaissance que la chose est, B la chose, et C, le bien. § 8[374]. Il est donc évident que c’est ainsi qu’il faut disposer les termes dans les syllogismes limités.

Changements de mots utiles à l’analyse. — Exemple.

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