Gargantua (page 19)

François Rabelais · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Gargantua (éd. Marty-Laveaux, 1868) · 20 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

L. 21 : Cent ſoixante mille ducatz, & dix mille eſcuz. « Les ducats dont veut parler l’auteur étaient ceux de Venise ; ils avaient un grand cours dans toute l’Europe ; la France n’a jamais fabriqué de monnaie de ce nom ; les ducats de Venise valent intrinsèquement 11 fr. 85 c. Les écus d’or valaient un peu moins que les saluts. » (Cartier, p. 341)

Page 172, l. 1 : Les nerfz des batailles ſont les pecunes. « Pecuniæ belli civilis nervi sunt. » (Tacite, Histoires, II, 24)

Page 173, l. 23 : Six vingt quatorze millions deux eſcuz & demy d’or. « A calculer l’écu d’or pour 11 francs, les subsides offerts à Grandgousicr par ses alliés se seraient élevés à 1,534,000,027 francs. » (Cartier, p. 341)

Page 174, l. 25 : Concordante d’horologe. Ainsi dans 1542 ; les autres éditions : concordance.

Page 175, l. 33. Grippeminault. Édit. s. d., 1535, 1537 et Juste : Grippeminaud ; Dolet et 1542 : Grippepinault.

Page 177, l. 17 : Ilz ne valent que à la premiere poincte. Machiavel s’exprime à peu près de même d’après Tite-Live : « I Franceſi ſono nel principio della zuffa piu che nomini, e nel ſucceſſo di combattere rieſcono poi meno che femmine. » (Disc., lib. III, c. 36) Le Tasse a dit (La Jerusalem., I, 62) :

Ma cinquemila Stefano d’Ambuoſa

E di Bleſſe e di Turs, in guerra addace.

Non e gente robuſta o faticoſa,

Sebben tutta di ferro ella riduce.

La terra molle, e lieta, e dilettoſa,

Simili a ſe gli abitaior produce.

Impeto ſan nelle bataglie prime,

Ma di leggier poi langue, e ſi reprime.

Page 179, l. 10 : Que ceulx qui lors à leur force combattent. Voyez Thucydide, V, 11.

Page 182, l. 11 : Par architecture. Pline le Jeune a dit dans le Panégyrique de Trajan : « La véritable gloire et renommée du bon prince est propagée, non par des images et des statues, mais par la vaillance et les vertus. »

L. 16 : La iournee de ſainct Aubin du Cormier. 28 juillet 1484. La bataille eut lieu près de Dol en Bretagne. Louis XII, alors duc d’Orléans, qui commandait en chef les troupes du duc de Bretagne, fut battu et fait prisonnier par l’armée de Charles VIII.

L. 17 : La demolition de Parthenay. Les fortifications furent renversées, en 1486, par les troupes de Charles VIII. V. Boucher, f. 168, et Belleforest, f. 427.

L. 18 : Le bon traictement qu’ilz feirent es Barbares de Spagnola. Voyez Belleforest, fol. 427 vo.

Page 183, l. 6 : Durement empriſonné. Allusion à la conduite de Charles-Quint à l’égard de François Ier.

Page 185, l. 27 : Moyſe, le plus doulx homme qui de ſon temps feuſt ſus la terre. « Moses vir omnium, quos terra ferebat, mitissimus. » (Les Nombres, XII, 3)

L. 31 : Sa fortune rien plus ſouuerain n’auoit, ſinon qu’il pouuoit : & ſa vertus meilleur n’auoit, ſinon qu’il vouloit touſiours ſauuer, & pardonner à vn chaſcun. « Nihil habet nec fortuna tua majus, quam ut possis, nec natura tua melius, quam ut velis servare quam plurimos. » (Cicéron, Discours pour Ligarius)

Page 188, l. 14 : Diſhuyt cent mille quatorze bezans d’or. « Je crois que le besant équivalait à peu près à un gros d’or fin, et alors la vaisselle de Grandgousier, abandonnée à ses capitaines, aurait pesé 28,125 marcs et valu intrinsèquement environ 22,500,000 francs. Voyez sur les besans : Le Blanc, p. 198, et Revue, 1836, p. 431. » (Cartier, Numismatique de Rabelais, p. 342)

Page 189, l. 13 : Comment… pourroy ie gouuerner aultruy, qui moymeſmes gouuerner ne ſçaurois ? « Abſurdum… eſt, ut alios regat, qui ſe ipſum regere neſcit. » Loi citée par Jean, évéque de Chiempsée, suffragant de Saltzbourg, dans son Onus Eccleſiæ, chap. XXVII, II, 7.

Page 190, l. 19 : Si non celles que eſtoient borgnes, boyteuſes… « Qui defectuoſiores inter filios nobiliuni apparent, clericali ſtatui adjiciuntur, quaſi mundo inutiles, licet Deo execrabiles : Siquidem contra Dei præceptum eccleſiis & monaſteriis offeruntur, aut claudi aut cæci, aut in aliqua parte deformes & debiles. » (Onus Eccleſiæ, chap. XXII, art. 8)

L. 25 : A quoy vault toille ? A mettre en religion… & à faire des chemiſes. Jeu de mots : à quoy vault-elle. Anciennement toille se prononçait telle :

S’abiller à mode nouuelle,

Porter moytié drap, moytié toille.

(Coquillart, Droits nouveaux, t. I, p. 81)

Page 192, l. 1 : Comment sent baſtie & dotee l’abbaye des Thelemites. Ce chapitre a son commentaire particulier dans une brochure intitulée : Rabelais et l’architecture de la Renaissance. Restitution de l’abbaye de Thélème. Par Ch. Lenormant, membre de l’Institut. Avec deux planches. — À Paris, chez J. Crozet, 1840. — La restitution est de M. Charles Questel, architecte. Voyez aussi L’abbaye de Thélème, par Marie Guichard, Bulletin du Bibliophile, 1841.

« Thélème, dit M. Lenormant, n’est point irrégulière comme Saint-Germain, Amboise ou Chantilly ; mais elle n’atteint pas à la belle disposition de Chambord. Le plan hexagone adopté par l’architecte sent plus le donjon que le palais : Rabelais ne trouve rien de mieux à placer sur la face de la Loire que la saillie d’une tour : « Au pied d’icelle eſtoit vne des tours aſſiſe, nommee Artice. » Je remarque que le rapport d’un à cinq, établi par notre architecte entre le diamètre des tours et la longueur des corps de logis qui les séparent, se retrouvait à Bonnivet sur la façade et existe à Chambord sur les côtés. » M. Charles Lenormant a finement remarqué, qu’en sa qualité d’épicurien, Rabelais se distingue surtout comme architecte par les satisfactions, jusqu’alors inconnues, qu’il donne à « un besoin bien cher à notre siècle, à celui du confort. » Les gouttières remplaçant les gargouilles, le peu d’élévation des marches et la distance du repos dans les montées, nous montrent la construction de Thélème en grand progrès à cet égard. Toutefois, si l’on doit tenir compte de quelques perfectionnements de détail, on ne saurait s’empêcher de signaler de graves omissions : chaque chambre a une chapelle, mais l’église manque à cette abbaye. Charles Lenormant prétend, non sans vraisemblance, que Rabelais, penchant à cette époque vers la Réforme, aurait volontiers envoyé ses religieux et ses religieuses au prêche ; mais on n’en devine pas davantage l’emplacement. S’il y a là une réserve prudente et volontaire il n’en est pas de même à l’égard des salles de banquet et des cuisines, que M. Daly (Revue de l’architecture, t. II, p. 196) s’étonne de ne pas voir mentionner.

L. 11 : Eſcuz au ſoleil & autant à l’eſtoille pouſſiniere… nobles à la rose. « Les écus au soleil, ou, comme on disait souvent, les écus sol, avaient commencé sous Louis XI et se sont fabriqués sous plusieurs règnes ; ils valaient un peu moins que les écus à la couronne qui les avaient précédés. Le type était le même, excepté un petit soleil rayonnant au-dessus de la couronne. Quant aux écus à l’étoile poussinière, il est évident que c’est une facétie de notre auteur pour tourner en ridicule le surnom trop ambitieux des véritables écus… Le noble à la rose était une belle et large monnaie d’or anglaise, frappée d’abord par Édouard III et continuée jusqu’à Élisabeth ; cette monnaie vaudrait aujourd’hui 25 francs. » (Cartier, p. 343)

Page 193, l. 6 : Guy de Flandres. « C’est le plâtre fin dont on fabriquait ces clefs-pendantes qui décorent, non sans quelque grâce, les voûtes de nos églises des XVe et XVIe siècles. » (Lenormant)

L. 8 : A figures de petitz manequins. « Les commentateurs expliquent les manequins, dont parle ici Rabelais, par petites manes, « paniers de fleurs et de fruits, lesquels servent d’ornement aux édifices. » Mais ces mannequins ne sont-ils pas plutôt des petits hommes (männchen), des bons hommes, comme nous disons aujourd’hui, que maître François marie, dans son caprice, à des figures d’animaux ? » (Lenormant)

L. 14 : Plus magnificque que n’eſt Boniuet, ne Chambourg, ne Chantilly. Ces mots : ne Chambourg ne Chantilly manquent dans les premières éditions jusqu’à celle de 1537 inclusivement. C’est en 1536 que la construction de Chambord a commencé.

L. 25 : Beaulx arceaux d’antique. « Arcs à plein cintre renouvelés des monuments romains, et substitués aux ogives qui jusqu’alors avaient régné sans partage. » (Lenormant)

L. 27 : Cabinet faict à clere voys de largeur de la dicte viz. « Au premier abord, on ne sait où placer ces cabinets à clere voys, qui ont la largeur de la viz, d’autant plus que les beaulx arceaux d’antique qui leur donnent entrée, sont ceux par leſquel, eſtoit repceu la clarté ; mais tout se concilie, si l’on se représente ces cabinets à clere voys comme faisant saillie sur les façades, à la hauteur de chaque étage, et portés sur des consoles dont la forme devait rappeler celle des anciens mâchicoulis. L’épaisseur de ces cabinets n’est donc pas telle que la lumière ne puisse entrer abondamment par les arcs d’antique qui correspondent à leurs ouvertures. » (Lenormant)

L. 33 : En Grec, Latin, Hebrieu, Françoys, Tuſcan, & Heſpaignol. « Voilà six langues énoncées : c’étaient, au XVIe siècle, les seules langues littéraires de l’époque ; de l’anglais, malgré Chaucer, de l’allemand ; en dépit de Luther lui-même, pas le mot. Quant à la disposition de la Bibliothèque, on croirait que l’auteur a voulu donner un étage à chaque idiome. Mais nous avons six langues, et cinq étages seulement au-dessus du sol pour les loger. Il sera donc nécessaire de faire une répartition des livres proportionnée au nombre des productions de chaque littérature. Le rez-de-chaussée aura le grec et l’hébreu. Au premier, nous placerons les livres latins ; les français au second : les italiens et les espagnols aux deux étages supérieurs. » (Lenormant)

Page 194, l. 2 : L’entree eſtoit par le dehors du logis en vn arceau large de ſix toizes. « Je crois reconnaître une intention de critique dans ce que dit le descripteur : rien de semblable ne se retrouve en effet dans les habitations du XVIe siècle. À Écouen comme à Chambord, les portes sont démesurément petites en comparaison de la masse de l’édifice. » (Lenormant)

L. 9 : Deſcriptions de la terre. « On peut entendre par là les peintures des vases, des habits, des coutumes, empruntées aux relations du nouveau monde, dont le XVIe siècle se montrait si avide. Mais de véritables cartes de géographie ne me paraissent pas déplacées dans les galeries de Thélème. On sait que, dans le Vatican, une galerie de cartes géographiques peintes à fresque au XVIe siècle se trouve placée parmi les chefs-d’œuvre de la peinture. Ces cartes ne sont point si arides que celles qu’on fabrique aujourd’hui : elles brillent d’or, de pourpre et d’azur ; l’imagination de l’époque, au milieu des détails techniques, y a prodigué ses caprices : les baleines et les dauphins bondissent dans l’Océan ; les vaisseaux de Colomb et de Gama le sillonnent ; l’Arabe a planté sa tente sur l’emplacement du désert ; le sauvage de l’Amérique, le nomade de l’Asie, sont dessinés chacun à sa place et d’après les relations les plus accréditées. » (Lenormant)

Page 195, l. 5 : Les Gotz ny Oſtrogotz, precurſeurs des magotz. Les commentateurs se sont donné beaucoup de peine pour savoir ce que signifient ces Gotz et ces magotz. Le Duchat va jusqu’à dire que « ces deux noms semblent faire allusion au Gog & au Magog d’Ezéchiel & de l’Apocalypse. » Les Gotz et les Magotz sont tout simplement les ennemis du roi Arthus et, par suite, du Gargantua des Grandes Cronicques qui « iura deuant tous les aſſiſtens que iamais ne beuroit ne mengeroit que les Gos et Magos neuſſent tous ſentiz que peſoit la maſſe que il tenoit en ſa main. » (p. 37). Il y a une énumération du même genre dans la quatrième épître du coq à l’aſne de Marot :

Ils ſont de chaude rencontree

Bigots, cagots, godz & magodz,

Fagotz, escargotz & margotz.

Mais cette pièce est postérieure à Gargantua.

Page 199, l. 14 : Cornes de cerfz. « Nous retrouvons ici de quoi nous rappeler la galerie des cerfs et celle des chasses, à Fontainebleau. » (Lenormant)

Page 201, l. 1 : Comment eſtoient veſtuz les religieux & religieuſes de Theleme. Dans son Histoire du costume en France (Paris, Hachette, 1875, gr. in-8o, pages 354-367), M. Quicherat a considéré ce chapitre comme fournissant le type le plus exact et le plus complet de l’habillement des deux sexes, vers 1530. Nous allons reproduire, à propos de chaque passage, les éclaircissements si nets et si précis que nous offre cet ouvrage.

L. 9 : Chauſſes d’eſcarlatte, ou de migraine. « Les chausses, quand il s’agissait des femmes, n’avaient pas besoin d’être distinguées en hauts et bas, puisque les femmes ne portaient que des bas. C’est donc de bas qu’il s’agit. Ils sont dits d’écarlate ou de migraine, parce qu’on eu suppose taillés dans du fin drap teint en pleine ou en demi-teinture de kermès. »

L. 16 : Les ſouliers, eſcarpins, & pantoufles… deſchicquettees à barbe d’eſcreuiſſe. « Toutes les chaussures dénommées par Rabelais… étaient extrêmement découvertes, avec une bride sur le cou-de-pied ; elles étaient de plus épatées du bout et crevées, ce qui constituait la déchiqueture. L’imitation des barbes d’écrevisse était produite par une engrêlure sur le bord des crevés. »

L. 19 : Vaſquine. « La vasquine ou basquine était un corsage ou petit pourpoint sans manches, ayant la forme d’un entonnoir. Elle était fortement serrée sur le buste qu’elle avait pour objet d’amincir graduellement jusqu’à la taille. »

L. 22 : La cotte de tafetas d’argent. « La cotte ou robe de dessous, tendue sur la vertugale, ne devait faire aucun pli. Le travail d’aiguille d’où elle tirait sa décoration consistait en bandes horizontales ou en raies verticales d’un ornement très compliqué. »

Page 202, l. 3 : Les robbes ſelon la ſaiſon. « La robe portée par-dessus ces appareils était très décolletée et taillée en carré à l’ancienne façon. Les manches en sacs avec un large retroussis de fourrure s’étaient également conservées. »

L. 10 : Marlottes. « La marlotte était un par-dessus plus court que la robe et entièrement ouvert sur le devant, à peu près de la forme des caracos que l’on a portés en ces derniers temps. »

L. 11 : Bernes à la Moresque. « La berne était une marlotte sans manches, d’où les bras sortaient par des fentes latérales ; mais il y avait un vaste collet qui retombait assez bas pour les couvrir. En plein XVIe siècle, les femmes moresques de l’Andalousie n’avaient pour tout vêtement qu’un caleçon et une berne, celle-ci d’un gros tissu de laine rayé, auquel s’appliquait proprement le nom de berne (bernia en espagnol). »

L. 19 : Les patenoſtres, anneaulx, iazerans, carcans. « Les carcans étaient les joyaux portés en collier, les jazerans, des chaînes d’or que l’on disposait en guirlandes sur le corsage de la robe. Le terme de patenôtres paraît s’être appliqué alors, non seulement aux chapelets de prières, mais aux pendants des ceintures, qui étaient des chapelets d’orfèvrerie tombant sur le devant du corps jusqu’au bas de la cotte. »

L. 24 : L’acouſtrement de la teſte eſtoit… En hyuer à la mode Françoyſe. Au printemps à l’Eſpagnole. En eſté à la Tuſque. « L’accoutrement de tête à la mode française était le chaperon de velours avec templette et queue pendante… — La relation de l’entrée de la reine Éléonore à Bordeaux nous fait connaître la coiffure espagnole : « Elle auoit en ſa teſte vne coiffe ou creſpine d’or friſé, faicte de papillons d’or, dedans laquelle eſtoient ſes cheueux, qui luy pendoient par derriere iuſques aux talons, entortillés de rubans ; & auoit vn bonnet de velours cramoiſy par-deſſus, couuert de pierreries, où y auoit vne plume blanche, tendue à la façon que le roy la portoit ce iour-là. » Quant à la coiffure à la tusque (toscane), qui était celle des dames de Florence, elle consistait en une charmante petite coiffe de sinon, assujettie au-dessus du front par une passe d’orfèvrerie, et sur les tempes par des bouches d’or à large face. La chevelure, séparée en deux sur le devant, retombait en longs tire-bouchons derrière les oreilles. »

L. 30 : Chauſſes pour le bas d’eſtamet. « Il n’y avait pas encore de bas de tricot. L’habillement des jambes continuait d’être l’ouvrage des chaussetiers. Il était fait non plus de drap, mais de laines rases. Les bas étant le plus souvent tailladés en rond, en long ou en spirale, on les doublait d’une belle étoffe qui paraissait aux crevés. »

L. 32 : Les hault de velours. « Les hault-de-chausses admettaient plusieurs façons, les uns bouffants, les autres collants, ceux-ci longs, ceux-là courts, tous déchiquetés, tailladés, balafrés avec des flocards ou coques de toile fine, de toile d’or, de satin ou de taffetas qui passaient à travers les taillades. »

L. 34 : Le pourpoint. « Le pourpoint était décolleté comme le corsage de la robe des femmes, et laissait voir tout le haut de la chemise qui montait jusqu’à la naissance du cou. Il y avait là une petite garniture froncée, d’où ne tarda pas à sortir l’idée de la collerette… Les termes manquent pour exprimer le travail des ciseaux et de l’aiguille sur les pourpoints élégants. »

Page 203, l. 4 : Les ſayez & chamarres. « Les saies et chamarres furent l’équivalent de nos habits, de même que le pourpoint était celui de notre gilet. Le nom de saie fut emprunté à la cotte militaire… La chamarre était une veste longue très ample, formée de bandes d’étoffe (soie ou velours) réunies par des galons. »

L. 6 : Les robbes. « Les robes servirent de par-dessus, concurremment avec le petit manteau… La robe se mettait sans ceinture. Elle s’arrêtait à la hauteur des genoux dans le costume des gentilshommes, bourgeois et paysans ; mais dans celui des gens de robe longue, elle descendait jusqu’aux pieds. »

L. 12 : Le bonnet. « Le bonnet attribué aux Thélémites était la coiffure que nous appelons toque. »

Page 205, l. 14 : Fay ce que vouldras. Cette règle a été souvent rappelée. Mme de Sévigné l’avait sans cesse à la bouche : « La philosophie de Corbinelli viendra ce soir : il est écrit sur tous les appartements : Fais ce que voudras ; vive la sainte liberté. « (Paris, 8 octobre, 1688). « Fais ce que voudras est la devise d’ici. » (Brevannes, 11e novembre, 1688). « Voilà à peu près la règle de notre couvent ; il y a sur la porte Sainte liberté ou Fais ce que voudras. » (Aux Rochers, 18e septembre, 1689). Regnard l’a légèrement modifiée ;

Pour passer doucement la vie

Avec mes petits revenus.

Ici je fonde une abbaye,

Et je la consacre à Bacchus…

Afin qu’aucun frère n’en sorte,

Et fasse sans peine ses vœux.

Il sera gravé sur la porte :

Ici l’on fait ce que l’on veut.

Page 207, l. 1 : Enigme en prophetie. Dans les premières éditions, jusqu’à Dolet inclusivement, le titre est : Enigme trouue es fondemens de labbaye des Thelemites. Cette pièce est de Melin de Sainct-Gelays, et a paru dans ses Œuvres, avec de très légères variantes, en 1574. Elle y est intitulée : Enigme en façon de prophetie (voyez l’édition publiée par M. Prosper Blanchemain dans la Bibliothèque elzévirienne, t. II, p. 202). Les deux premiers vers et les dix derniers, qui ne se trouvent pas dans l’Enigme de Saind-Gelays, appartiennent seuls à Rabelais.

L. 17 : Feiour. Faute d’impression, lisez : ſeiour.

Page 210, l. 3 : Reſte en apres ces accidens parfaictz. Les dix vers de Rabelais qui commencent ici sont un peu différents dans les premières éditions jusqu’à Dolet inclusivement :

Reſte en apres que yceulx trop obligez.

Penez, laſſez, trauaillez, affligez,

Par le ſainct vueil de leternel ſeigneur

De ces travaulx ſoient refaictz en bon heur :

La verra lon par certaine ſcience

Le bien & fruict qui ſort de patience :

Car eſt qui plus de peine aura ſouffert

Au parauant, du lot pour lors offert

Plus recepura. O que eſt à reuerer

Cil qui pourra en fin perſeuerer.

L. 25 : Merlin le prophete. C’est désigner Melin de Sainct-Gelays d’autant plus clairement que, dans la prononciation populaire du XVIe siècle, Merlin s’adoucissait et se prononçait à peu près Mellin.

L. 28 : Deſcription du ieu de Paulme. Cette explication générale et toutes les explications particulières qui la suivent sont ainsi imprimées en manchettes dans les Œuvres de Sainct-Gelays :

Le jeu de paume en regard de … ce lieu ou nous ſommes.

Les faiſeurs de partie en regard de— … vne maniere d’hommes

Les ioueurs en regard de— Amys entre eulx.

Le changement de lieu en regard de— … aller hault.

Les arbitres en regard de— Hommes ſans foy.

Le naquet en regard de— … le plus lourd.

Les fueurs en regard de— Soubdaines eaux.

Les raquettes en regard de— … leurs nerfz

L’eſteuf en regard de— … la machine ronde.

Les foſſes des ieux en regard de— En tel endroict.

Le feu qu’on fait en regard de— … grand flamme.

GARGANTUA

tome i. — pages 1-211

I.

La légende de Gargantua.

Q’uoiqu’on n’ait fait jusqu’à ce jour que des conjectures assez hasardées sur l’origine du mythe de Gargantua, nous devons, pour satistaire la légitime curiosité du lecteur, indiquer, avant d’aborder l’examen de l’œuvre de Rabelais, les principaux travaux entrepris sur cette matière, & en reproduire les passages les plus importants.

Éloi Johanneau, qui apportait dans l’érudition plus d’imagination que de sens critique, assimilait Gargantua à l’Hercule Pamphagos des Grecs. Jacques Grimm le fait remonter à l’époque celtique ; Félix Bourquelot, qui partageait cette opinion, a dressé dans sa Notice sur Gargantua, une liste assez étendue des légendes françaises relatives à ce personnage. Nous allons énumérer celles auxquelles se rattachent certaines dénominations locales :

« La popularité de Gargantua est grande, surtout dans les campagnes, au fond des villages & des hameaux. Sur tous les points de la France, les paysans ont à conter des prodiges incroyables de sa force, des miracles de son appétit. On dit encore dans la Beauce : manger comme un Gargantua. Son nom est resté attaché à une foule de monuments, & particulièrement à ceux que l’on appelle monuments celtiques ou druidiques.

« Dans la chaîne de montagnes de Sassenage (Isère) s’élève un rocher dont le sommet est composé de trois éminences en forme de dents canines ; on les désigne sous le nom de Dents de Gargantua ou de Roche proupena (de beaucoup de peine).

« Les Monts Jumeaux, aux environs de Châtillon-sur-Seine, sont appelés Bottes de Gargantua.

« À Verdes (Loir-&-Cher), on voit la Soupière de Gargantua. C’est une grande excavation évidemment faite de main d’homme, & près de laquelle se trouvent un tumulus & des pierres posées qui contribuent à lui donner une physionomie druidique. Sur le même territoire se trouve une pierre longue d’environ dix pieds, & échancrée dans le milieu, que les gens du pays prennent pour les Lunettes de Gargantua.

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