Gargantua (page 18)

François Rabelais · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Gargantua (éd. Marty-Laveaux, 1868) · 20 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

L. 7 : In ſtatutis ordinis. « Dans les statuts de l’ordre. »

L. 11 : Il me faict le corps tout ioyeux. Dans Le moyen de parvenir (p. 70), un religieux « va prendre vn mouton mignon, qui eſtoit au préau, & l’enueloppa de ſon froc ; puis vint à ſon pere, & le lui montra. Ce mouton bondiſſoit, ſautoit, faiſoit l’enragé. « Eh bien ! mon pere, que dites-vous de cela ? I’eſtois iadis vn mouton, comme celui-là ; auiourd’hui i’ai le froc, qui me fait ainſi pétiller ! »

L. 19 : Creux comme la botte ſainct Benoiſt. « C’est ainsi qu’est appelée la grande tonne de Saint-Benoît qui est à Bologne, et botta en italien signifie une bouteille, du latin butta. » (Les Rabelais de Huet, p. 29)

L. 21 : De tous poiſſons, fors que la tanche. La suite de ce proverbe est, ainsi que l’indique Estienne (Précellence du langage françois, p. 181) :

Pren le dos & laiſſe la panche.

Mais le moine passe, sans achever, à une autre idée. Du Fail, dans ses Propos rustiques, dit (t. I, p. 108) : « De tous poiſſons, fors de la Tenche : prenez les ailes d’vn Chapon, neantmoins qu’aucuns docteurs dient d’vne garce. »

L. 23 : Quand on meurt le caiche roidde ? « On tient par une plaiſante tradition que l’érection après la mort arrive à ceux qui ont joui d’une religieuſe, ce qui a donné lieu à ce vers, Qui monachâ potitur, virgâ tendente moritur, l’apporté premièrement par Joannes Vincentius Metulinus ſur le 18. chapitre du gréciſme d’Ebrard & depuis par Leonellus Faventinus c. 75, 2. partis Practicæ medicinalis, cité par H. Kornma. C. 5. de linea amoris, p. 123. Le même Metulinus rapporte le vers de cette autre manière : Arrectus moritur monachâ quicumque potitur. « (Le Duchat)

Page 146, l. 2 : Ceſte cuiſſe de Leurault eſt bonne pour les goutteux. Selon Pline (XXVIII, 16), qui conseille ce remède, il suffit de le porter sur soi : « podagras quidam mitigari tradunt pede leporis abscisso si quis secum assidue habeat. »

L. 4 : A propos truelle. Ce proverbe est répété dans le tiers livre, ch. XVIII (t. II, p. 93), d’une façon plus complète : « C’eſt bien à propous truelle, Dieu te guard de mal maſſon. »

L. 13 : Eſuenté des ventz du trou de bize, de chemiſe. Le passage suivant servira à éclaicir la première de ces locutions :

A tout heure, ſoit froit ou chault,

Il fault ſouffler au trou de biſe.

(Poéſies françoiſes des XVe & XVIe ſiècles, t. III, p. 169 : Les Secreti & Loix de Mariage)

Quant au vent « de chemise, » il est ainsi défini dans la Légende de Pierre Faifeu (ch. XLIX) :

Or la couſtume a la femme ſouuent

A ſon mary faire boyre ſon vent,

Que gaudiſſeurs, ſans en faire aultre miſe,

Nomment & dyent le vent de la chemiſe.

On lui attribuait une grande influence sur la prospérité du ménage :

Ainſi vng vent de la chemiſe

Fera tout ceſt appoinctement.

(Coquillart, Droits nouveaux, t. I, p. 81, Bibl. elzév.)

Pluſieurs niaiz ſi ont ſans doubte

Ainſi du vent de la chemiſe.

(Coquillart, Monologue des Perruques, t. II, p. 284)

Bien le ſçaura patheliner,

Car elle eſt duycte luy donner

Affin de fournir à la miſe

Par foys du vent de la chemiſe.

(Poéſies françoiſes des XVe & XVIe ſiècles, t. II, p. 12 : Sermon des Maulx de mariage)

… Pour finable remiſe,

On vous donra du vent de la chemiſe.

(Poéſies françoiſes des XVe & XVIe ſiècles, t. III, p. 135 : Ny trop toſt ny trop tard marié)

Du Fail (t. II, p. 249) parle assez longuement, mais en termes peu intelligibles de « ce terrible & exorbitant vent de la chemiſe, duquel vous autres mariez faictes tant de cas. »

L. 25 : Hon, que ie ne ſuis roy de France pour quatre vingtz ou cent ans.

Ha ! que ne ſuis-ie Roy pour cent ou ſix vingts ans !

(Regnier, satire VI, p. 46)

L. 34 : Il n’y a plus de mouſt. C’est-à-dire de sauce pour le cochon. Nous trouverons plus loin dans un menu (liv. IV, chap. LIX, t. II, p. 478) des « cochons au mouſt. » Cette exclamation : « Il n’y a plus de mouſt » éveille chez le moine une idée libre. Il la complète par cette phrase latine : Germinauit radix Ieſſe, « la racine de Jeſſé a germé, » qui fait allusion à ce passage d’Isaïe (chap. XI, v. 1) : « Et egredietur virga de radice Jeſſæ, et flos de radice ascendet. »

Il faut remarquer que Jessé était l’équivalent de J’ai soif suivant la prononciation populaire d’alors. Dans la Farce de Pernet (Ancien théâtre françois, t. II, p. 366) un ignorant à qui on apprend à lire et à qui on dit b comprend bois et répond :

Ie ne puis boire ſi ſouuent.

Le professeur continue et dit c, l’élève comprend soif, et reprend :

Et i’ay le dyable ſi i’ay ſoif !

Dans une autre pièce (Farce d’vn qui ſe fait examiner pour eſtre prebſtre. — Ancien théâtre françois, t. II, p. 384) a b c est pris par l’élève dans le sens de a bé sé « a bien soif » :

Il ſçait toute ſa rethoricque,

Courant comme ſon a b c.

— Par bieu, ie ſuis tout mort de ſoif.

Enfin, dans La Fricaſſée croteſtyllonnée (v. 591), on trouve aussi, parmi des équivoques sur le nom des lettres, c dans le sens de soif :

Qu’as-tu ? — C.

Cela explique pourquoi frère Jean dit : « Ie meurs de soif, » après avoir prononcé le nom de Jeſſé.

Page 147, l. 5 : Claude des haulx Barrois. Édit. ant. à 1535 : Claude de ſainct Denys. Cette désignation, comme le remarque Burgaud des Marets, a probablement été modifiée parce qu’elle désignait trop clairement quelqu’un de bien connu.

L. 12 : Magis magnos clericos non ſunt magis magnos ſapientes. « Les plus grands clercs ne font pas les plus grands sages. » Montaigne a cité cet axiome latin (Essais, liv. I, chap. XXIV, t. I, p. 160), et Régnier l’a traduit de la sorte (sat. III, p. 29) :

Pardieu les plus grands clers ne ſont pas les plus fins.

L. 32 : Vous iurez… ? Ce n’eſt … que pour orner mon langaige. « Cette pensée est proverbiale en Poitou :

… P’r orny ſon laingaige,

O faut jury de bon couraige. (Conte Poit.)

(Burgaud des Marets)

Page 148, l. 13 : Ignauum fucos pecus… a preſepibus arcent. « Elles chaſſent de leurs demeures les frelons, lâche troupeau. » (Virgile, Géorgiques, liv. V)

L. 17 : Tout ainſi comme le vent dict Cecias attire les nues. « Est etiam ventus nomine Cœcias, quem Anstoteles ita flare droit, ut nubes non procul propellat, sed ut à sese vocet. » (Aulu Gelle, II, XXIII). C’est un vent du nord-ouest.

L. 19 : Ilz mangent la merde du monde, c’eſt à dire les pechez. « Peccata populi mei comedent. » (Osée, IV, 8)

Page 149, l. 1 : Le cinge ne guarde poinct la maison, comme vn chien. Ce passage est imité de Plutarque : « Voyez le ſinge, il n’eſt pas propre à garder la maiſon des larrons comme le chien, ny à porter ſur ſon dos comme le cheual, ny à labourer la terre comme le bœuf… ainſi eſt-il du flatteur. » (Comment on pourra diſcerner le flatteur d’auec l’amy, chap. LXI, t. XIX, p. 297). Voltaire a paraphrasé à son tour Rabelais dans ces jolis vers du Pauvre diable :

Nous faisons cas d’un cheval vigoureux

Qui, déployant quatre jarrets nerveux,

Frappe la terre et bondit sous son maître ;

J’aime un gros bœuf, dont le pas lent et lourd,

En sillonnant un arpent dans un jour,

Forme un guérêt où mes épis vont naître ;

L’âne me plaît : son dos porte au marché

Les fruits du champ que le rustre a bêché ;

Mais pour le singe, animal inutile.

Malin, gourmand, saltimbanque indocile.

Qui gâte tout et vit à nos dépens,

On l’abandonne aux laquais fainéants.

Le fier guerrier, dans la Saxe en Thuringe,

C’est le cheval ; un Pequet, un Pleneuf,

Un trafiquant, un commis est le bœuf ;

Le peuple est l’âne, et le moine est le singe.

Page 150, l. 8 : Ie foys des retz. Frère Jean aurait pu alléguer en faveur de sa conduite l’autorité de Saint Jérôme qui dit au moine Rustic : « Facito aliquid operis : ut semper te Diabolus inveniat occupatum… fiscellam texe junco… texantur et lina capiendis piscibus. » (Canon Nunquam. De quotidianis operibus monachorum, diſt. 5)

L. 24 : Par ce (reſpondit Grandgouſier) que ainſi dieu l’a voulu. « Il n’y a qu’une seule cause, répliqua mon oncle Toby. Pourquoi le nez d’un homme est-il plus long que celui d’un autre, si ce n’est parce que Dieu l’a voulu ainsi ? — C’est la solution de Grandgousier, dit mon père. » (Sterne, Triſtram Shandy, liv. III, pag. 279, chap. LXXXV, t. I)

L. 28 : Il feut des premiers à la foyre des nez. « A nasorum promontorio redivi et nasum speciosissimum, egregiissimumque quem unquam sortitus est, acquisivi. (Slawkenbergii fabella. Sterne, Triſtram Shandy, liv. III, chap. LXXXVI, t. I, p. 288). Dans une caricature de Gavarni un gamin dit à un passant : « Y a-t-i donc tant de quoi être comme ça faraud !… parce que le jour de la distribution des nez on s’aura levé à trois heures du matin ! »

Page 151, l. 1 : Les durs tetins de nourrices font les enfans camuz. C’est aussi l’opinion d’Ambroise Paré. Bouchet dans sa 24e sérée (Des Nourrices, t. IV, p. 65) allègue en ces termes cette double autorité : « Ne voudrois pas que leurs tetins fuſſent ſi durs, que les enfans en deuinſſent camus, comme Rabelais & Paré l’aſſeurent. » Bonaventure des Périers dit également (Nouvelles recréations et joyeux devis, t. II, p. 188. Bibl. elzév.) : « Ce meſme personnage… eſtoit de ceux qu’on dit qui ont eſté allaictez d’vne nourrice ayant les tetins durs, contre leſquelz le nez rebouche & deuient mouſſe. »

Sterne n’a eu garde d’oublier cette particularité ; « Ambroise Paré convainquit mon père… que la longueur et la beauté du nez étaient dues simplement à l’état mou et flasque de la gorge de la nourrice, comme l’aplatissement et la petitesse des nez exigus l’étaient à la fermeté et à la répulsion élastique du même organe de nutrition dans les sujets pleins de vie et de santé ; — ce qui, quoique heureux pour la femme, était la ruine de l’enfant, attendu que son nez était si rabroué, si repoussé, si comprimé et si refroidi par là, qu’il n’arrivait jamais ad mensuram suam legitimam ; mais que dans le cas où la gorge de la nourrice ou mère était flasque et molle, eu s’y enfonçant, dit Paré, comme dans du beurre, le nez était fortifié, nourri, engraissé, rafraîchi, restauré, et en voie de perpétuelle croissance. » (Triſtram Shandy, liv. III, chap. LXXXII, t. I, p. 274)

L. 2 : Ad formam naſi cognoſcitur ad te leuaui. « A la forme du nez on connaît. J’ai élevé vers toi » Ad te leuaui… Ces mots reviennent souvent dans les psaumes : Ad te levavi oculos meos, ps. CXXII, 1 ; Ad te levavi animam meam, ps. CXLII, 8, etc.

On n’en finirait point si l’on voulait recueillir les nombreux témoignages relatifs à la croyance populaire à laquelle il est fait allusion ici. En voici un tiré de la Farce de Maiſtre Mimin (Ancien théâtre françois, t. II, p. 339) :

I’ay ouy dire à maiſtre Mengin

Qu’il auoit le plus bel engin

Que iamais enfant peult porter ;

Il ne s’en fault que rapporter

A ſon nez, voyla qui l’enſeigne.

L. 3 : Ie ne mange iamais de confitures. Éloi Johanneau, pensant que cette phrase se rapporte à ce qui suit, fait à ce sujet cette remarque, adoptée par Regis : « Propos de buveur, parce que les confitures et autres sucreries nuisent au goût du vin. » Je crois que la phrase, au lieu de se rapporter à ce qui suit, est relative à ce qui précède, et que frère Jean veut taire entendre que dans ses exploits amoureux il n’a nul besoin de se réconforter.

Nous avons le cœur bon, &, dans nos aventures

Nous ne fûmes jamais hommes à confitures.

(Corneille, La fuite du Menteur, acte II, sc. VI)

L. 3 : Page, à la humerie. Item, rouſties. « Page, à boire, et aussi des rôties ! »

Page 152, l. 19 : Sus le poinct de Beati quorum. Ce sont les deux premiers mots du psaume XXXI : « Heureux ceux dont les iniquités ont été remises… »

L. 24 : Ho, Regnault, reueille toy, veille. M. Tarbé des Sablons, qui a recueilli cette chanson dans son Romancero de Champagne, l’a regardée comme un souvenir de Regnault de Montauban.

Page 153, l. 11 : S’il n’y a plus de vieulx hyurognes, qu’il n’y a de vieulx medecins.

Jean le Houx a imité ce passage :

On voict ſouuent vieillir vn bon yurongne,

Et mourir ieune vn ſçauant medecin.

(Vau de vire LXXI)

L. 17 : Mon tyrouer. Voyez ci-dessus, p. 77, la note sur la ligne 15 de la page 21.*

* Ie ne boy que à mes heures… que en mon breuiaire. Allusion aux flacons en forme d’heures ou de bréviaires, auxquels Rabelais donne ailleurs le nom de « tyrouer » ou « tirouoir. » (Voyez t. I, p. 153 ; t. II, p. 344, 348 ; t. III, p. 171, 172)

L. 27 : A troys pſeaulmes & troys leçons. Encore un souvenir de la Farce de Patelin (Acte II, sc. 5, p. 52) :

Et c’est auocat portatif

A trois leçons & à trois pſeaumes.

« Cette façon de parler, dit Le Duchat, est empruntée du Bréviaire, où les heures sont fixées à plus ou moins de psaumes & de leçons, suivant que le jour est plus ou moins solemnel. »

L. 32 : Breuis oratio penetrat celos, longa potatio euacuat ſcyphos. « Une courte oraison pénètre les cieux, une longue buverie vide les coupes. » Mais cela ne rend pas les allitérations entre oratio et potatio, celos et styphos.

Page 154, l. 2 : Venite apotemus. « Venez, buvons. » Apotemus est ici pour potemus. C’est une allusion au Venite adoremus des matines : « Venez, adorons. » Rabelais, du reste, n’a pas imaginé cette facétie : il y a un vieil « Invitatoyre bachique, qui travestit sans vergogne le Venite adoremus en cinq ou six strophes irrévérencieuses terminées par ce refrain : « Ecce bonum vinum, venite potemus » (Aubertin, Hist. de la langue et de la littér. française au moyen âge, t. I, p. 526)

Page 156, l. 4 : De frigidis & maleficiatis. « Des froids et maléficiés. » Titre 15 du livre IV des Décrétales, « venerable rubricque » que Rabelais cite encore plus loin, t. II, p. 74. Bouchet y fait allusion à son tour (Serées, t. I, p. 183) : « Le Iuge, la femme preſente, interrogue le mary de ce qu’il n’auoit eu la compagnie de ſa femme, luy demandant s’il eſtoit point des froides queuës, & de frigidis & maleficiatis. » — Dans l’édition de 1542, que nous suivons d’ordinaire, le de a été passé ; dans la nôtre il a été transposé par suite d’une erreur d’impression.

L. 33 : Vn beau & long ſermon. Voyez La Fontaine : L’Enfant & le Maiſtre d’eſcole.

L. 34 : De contemptu mundi, & fuga ſeculi. « Sur le mépris du monde & la fuite du ſiècle (la retraite). »

Page 157, l. 3 : Monachus in clauſtro… Éloi Johanneau a le premier mis sous forme de couplet ce passage latin écrit en deux lignes par de Marsy :

Monachus in clauſtro

Non valet oua duo ;

Sed, quando eſt extra,

Bene valet triginta.

« Un moine dans ſon cloître ne vaut pas deux œufs ; mais quand il en eſt hors, il en vaut bien trente. »

L. 10 : Puis que de par l’aultre ne voulez. Voyez ci-dessus, p. 131, note sur la ligne 11 de la page 132.*

* Agios ho theos. Mots par lesquels commence le Trisagion des Grecs, pièce qu’on chante en grec et en latin, dans l’Église Romaine, à la messe du vendredi saint : Ἅγιος Θεος, ἅγιος ἀθάναθος, ἑλέησον ήμᾶς. « Le saint Dieu, le saint fort, le saint immortel, ayez pitié de nous. »

L. 11 : Tempore & loco prelibatis. « En temps & lieu. »

Page 160, l. 4 : Ne eſperer ſalut aulcun.

Una salus victis nullam sperare salutem.

(Virgile, Ænieid., II, v. 354)

L. 10 : Ouurez touſiours à voz ennemys toutes les portes & chemins. « Molte volte aperſero (gli Romani) al nimico quella via che eſſi gli potevano chiudere. (Machiavel, Diſc, III)

Page 163, l. 3 : Ha, monſieur le priour. Les moines étaient très flattés d’être appelés « monſieur le prieur » ou « dignité. » — « Il y a trois ſortes de gens qui n’aiment point à eſtre appelez par leur nom ; comme vous diriez chiens & chats, moines, miniſtres, preſtres, putains & baſteleurs… Il faut dire mignon, monſieur le prieur, noſtre maiſtre, etc. » (Le Moyen de parvenir, p. 172) — « Depuis qu’on a nommé vn cheual haquenée, vn moine ou vn chanoine dignité, & qu’on a appelé vn chat minon. Et de fait huchez vn moine, & luy dites : moine, il ſe faſchera. » (Idem, p. 332)

L. 6 : Monſieur le poſteriour. Dans son colloque intitulé Le Pèlerinage (Peregrinatio Religionis ergo) Érasme dit que le sous-prieur est le prieur postérieur : « Hic qui priori proximus eſt prior eſt poſterior. »

L. 12 : Vous aurez vn chapeau rouge à ceſte heure de ma main. C’est-à-dire : Je vous couperai la tête. « Nous voyons que Menot meſmement ſe plaind que de ſon temps, quand il y auoit des preſcheurs qui vouloyent mener la verité en chaire auec eux, on les menaçoit de les faire cardinaux, ſans aller iuſques à Romme, & leur faire porter le chappeau rouge : ne plus ne moins que S. Iean ayant amené la verité en la cour d’Herode, y laiſſa la teſte. » (Henri Estienne, Apologie pour Hérodote, chap. IX, t. I, p. 110)

D’eſtre archeueſque tu as enuye,

Tirant qui a tant fait de mal !

Mais tu ſeras fait cardinal

Maugré toute ta tirannie :

Ort chancellier !

(Chanson contre le chancelier Antoine Duprat. Voyez dans les Documents inédits, Captivité du Roi François I par M. A. Champollion-Figeac, p. 373)

L. 16 : Ie me rends à vous. Ce dialogue rappelle celui de Louis XI avec les ambassadeurs génois : « Sire, nous nous donnons à vous. — Et moi je vous donne à tous les diables. »

Page 166, l. 23 : Eſtimez vous que la peſte vienne de ſainct Sebastian ? Henri Estienne, dans son Apologie pour Hérodote (chap. XXXVIII, t. II, p. 256), témoigne aussi de cette singulière superstition : « Chacun de ces ſaincts peut enuoyer la meſme maladie de laquelle il peut guarir. Et qu’ainſi ſoit, quand on dit le mal S. Main, le mal S. Ian, c’eſt auſſi bien à dire le mal qu’ils enuoyent que le mal duquel ils guariſſent. »

Page 167, l. 2 : Sainct Eutrope faiſoit les hydropiques. « Quand on a faict S. Eutrope medecin des hydropiques, ie croy qu’on a confondu Eutrope auec Hydrope. » (Estienne, Apologie pour Hérodote, p. 241)

L. 3 : Sainct Gildas les folz. Saint Gildas présidait probablement à la folie parce que Gilles était un nom qu’on donnait aux niais, aux sots, dans les anciennes farces.

L. 4 : Sainct Genou les gouttes. « Quant à S. Genou, qui guarit la goutte, c’eſt pour ce que ceſte maladie ſe loge volontiers au genou. » (Estienne, Apologie pour Hérodote, p. 241)

L. 11 : Mais telz impoſteurs empoiſonnent les ames. Édition antérieure à 1535, 1535 et Juste 1537 : Mais ces predications diabolicques infectionnent les ames des pauures & ſimples gens.

L. 31 : Si vous croyez Strabo, & Pline lib. vij. chap. iij. Strabon (liv. XV) remarque que les femmes égyptiennes avaient quelquefois quatre enfants d’une seule couche. Aristote, dit-il, rapporte même que l’une d’elles en eut sept. — Quant à Pline, il fait des observations du même genre et déclare que l’eau du fleuve est prolifique.

Page 168, l. 15 : C’eſt (diſt Gargantua) ce que dict Platon lib. V de rep. que lors les republiques ſeroient heureuſes, quand les roys philoſopheroient ou les philoſophes regneroient. Voici le texte de Platon (collect. Didot, t. II, p. 99, l. 31) : Εὰν μὴ… ἢ οἱ φιλόσοφοι βασιλεύσωσιν ἐν ταῖς πολεσιν. ἢ οἱ βασιλῆς τε λεγόμενοι ϰαὶ δυνάσται φιλοσοφήσωσι… οὐϰἔστι ϰαϰῶν παῦλα… ταῖς πόλεσι. Amyot, dans une lettre adressée à Pontus de Tyard en 1577, applique cette pensée aux espérances que donnait le commencement du règne de Henri III. (Pleiade françoise, les œuvres poetiques de Pontus de Tyard, notice, p. xxiij). Appien ne partageait pas cette opinion de Platon : « Non seulement à Athènes Ariston, avant lui Critias et ceux qui philosophèrent avec Critias et servirent sa tyrannie, mais encore en Italie des pythagoriciens, et hors d’Athènes, en Grèce, plusieurs de ceux qu’on appela les sept sages, ont saisi le pouvoir pour gouverner et tyranniser, plus cruellement que les tyrans ordinaires. » (Histoire romaine, Livre sur la guerre de Mithridate, chap. XXVII)

Page 170, l. 12 : Comme Platon li. V. de rep. Voyez collection Didot, t. II, p. 97, l. 18.

Page 171, l. 9 : Soixante & deux mille ſaluz. « Les saluts étaient une monnaie d’or qui datait de Charles VI et avait eu cours sous Charles VII, frappée surtout par les rois d’Angleterre, Henri V et Henri VI, se disant rois de France ; le type de ces pièces était la salutation de l’Ange à la sainte Vierge ; il avait déjà été employé sur des monnaies d’argent des princes de la maison d’Anjou, rois de Naples et comtes de Provence ; le salut d’or vaudrait environ 12 francs. » (Cartier, De la numismatique de Rabelais. Revue numismatique, 1847, p. 340)

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