Bajazet (page 5)
Mais il pense proscrire un prince sans appui :
Il ne sait pas l’amour qui vous parle pour lui ;
Que vous et Bajazet vous ne faites qu’une âme ;
Que plutôt, s’il le faut, vous mourrez…
ROXANE.
Que plutôt, s’il le faut, vous mourrez… Moi, madame !
Je voudrais le sauver, je ne le puis haïr ;
Mais…
ATALIDE.
Mais… Quoi donc ? qu’avez-vous résolu ?
ROXANE.
Mais… Quoi donc ? qu’avez-vous résolu ? D’obéir.
ATALIDE.
D’obéir !
ROXANE.
D’obéir ! Et que faire en ce péril extrême ?
Il le faut.
ATALIDE.
Il le faut. Quoi ! ce prince aimable… qui vous aime…
Verra finir ses jours qu’il vous a destinés !
ROXANE.
Il le faut ; et déjà mes ordres sont donnés.
ATALIDE.
Je me meurs.
ZATIME.
Je me meurs. Elle tombe, et ne vit plus qu’à peine.
ROXANE.
Allez, conduisez-la dans la chambre prochaine ;
Mais au moins observez ses regards, ses discours,
Tout ce qui convaincra leurs perfides amours.
Scène IV.
ROXANE.
Ma rivale à mes yeux s’est enfin déclarée.
Voilà sur quelle foi je m’étais assurée !
Depuis six mois entiers j’ai cru que, nuit et jour,
Ardente, elle veillait au soin de mon amour :
Et c’est moi qui, du sien ministre trop fidèle,
Semble depuis six mois ne veiller que pour elle ;
Qui me suis appliquée à chercher les moyens
De lui faciliter tant d’heureux entretiens ;
Et qui même souvent, prévenant son envie,
Ai hâté les moments les plus doux de sa vie.
Ce n’est pas tout : il faut maintenant m’éclaircir
Si dans sa perfidie elle a su réussir ;
Il faut… Mais que pourrais-je apprendre davantage ?
Mon malheur n’est-il pas écrit sur son visage ?
Vois-je pas, au travers de son saisissement,
Un cœur dans ses douleurs content de son amant ?
Exempte des soupçons dont je suis tourmentée,
Ce n’est que pour ses jours qu’elle est épouvantée.
N’importe : poursuivons. Elle peut, comme moi,
Sur des gages trompeurs s’assurer de sa foi.
Pour le faire expliquer, tendons-lui quelque piége.
Mais quel indigne emploi moi-même m’imposé-je !
Quoi donc ! à me gêner appliquant mes esprits,
J’irai faire à mes yeux éclater ses mépris ?
Lui-même il peut prévoir et tromper mon adresse.
D’ailleurs, l’ordre, l’esclave, et le vizir me presse.
Il faut prendre parti : l’on m’attend. Faisons mieux :
Sur tout ce que j’ai vu fermons plutôt les yeux ;
Laissons de leur amour la recherche importune ;
Poussons à bout l’ingrat, et tentons la fortune :
Voyons si, par mes soins sur le trône élevé,
Il osera trahir l’amour qui l’a sauvé,
Et si, de mes bienfaits lâchement libérale,
Sa main en osera couronner ma rivale.
Je saurai bien toujours retrouver le moment
De punir, s’il le faut, la rivale et l’amant :
Dans ma juste fureur observant le perfide,
Je saurai le surprendre avec son Atalide ;
Et d’un même poignard les unissant tous deux,
Les percer l’un et l’autre, et moi-même après eux.
Voilà, n’en doutons point, le parti qu’il faut prendre.
Je veux tout ignorer.
Scène V.
ROXANE, ZATIME.
ROXANE.
Je veux tout ignorer. Ah ! que viens-tu m’apprendre,
Zatime ? Bajazet en est-il amoureux ?
Vois-tu, dans ses discours, qu’ils s’entendent tous deux ?
ZATIME.
Elle n’a point parlé : toujours évanouie,
Madame, elle ne marque aucun reste de vie
Que par de longs soupirs et des gémissements
Qu’il semble que son cœur va suivre à tous moments.
Vos femmes, dont le soin à l’envi la soulage,
Ont découvert son sein pour leur donner passage.
Moi-même, avec ardeur secondant ce dessein,
J’ai trouvé ce billet enfermé dans son sein :
Du prince votre amant j’ai reconnu la lettre,
Et j’ai cru qu’en vos mains je devais le remettre.
ROXANE.
Donne… Pourquoi frémir ? et quel trouble soudain
Me glace à cet objet, et fait trembler ma main ?
Il peut l’avoir écrit sans m’avoir offensée ;
Il peut même… Lisons, et voyons sa pensée :
«…………… Ni la mort, ni vous-même,
« Ne me ferez jamais prononcer que je l’aime,
« Puisque jamais je n’aimerai que vous. »
Ah ! de la trahison me voilà donc instruite !
Je reconnais l’appât dont ils m’avaient séduite !
Ainsi donc mon amour était récompensé,
Lâche, indigne du jour que je t’avais laissé !
Ah ! je respire enfin ; et ma joie est extrême
Que le traître, une fois, se soit trahi lui-même.
Libre des soins cruels où j’allais m’engager,
Ma tranquille fureur n’a plus qu’à se venger.
Qu’il meure : vengeons-nous. Courez : qu’on le saisisse,
Que la main des muets s’arme pour son supplice ;
Qu’ils viennent préparer ces nœuds infortunés
Par qui de ses pareils les jours sont terminés.
Cours, Zatime, sois prompte à servir ma colère.
ZATIME.
Ah, madame !
ROXANE.
Ah, madame ! Quoi donc ?
ZATIME.
Ah, madame ! Quoi donc ? Si, sans trop vous déplaire,
Dans les justes transports, madame, où je vous vois,
J’osais vous faire entendre une timide voix :
Bajazet, il est vrai, trop indigne de vivre,
Aux mains de ces cruels mérite qu’on le livre ;
Mais, tout ingrat qu’il est, croyez-vous aujourd’hui
Qu’Amurat ne soit pas plus à craindre que lui ?
Et qui sait si déjà quelque bouche infidèle
Ne l’a point averti de votre amour nouvelle ?
Des cœurs comme le sien, vous le savez assez,
Ne se regagnent plus quand ils sont offensés,
Et la plus prompte mort, dans ce moment sévère,
Devient de leur amour la marque la plus chère.
ROXANE.
Avec quelle insolence et quelle cruauté
Ils se jouaient tous deux de ma crédulité !
Quel penchant, quel plaisir je sentais à les croire !
Tu ne remportais pas une grande victoire,
Perfide, en abusant ce cœur préoccupé,
Qui lui-même craignait de se voir détrompé !
Moi qui, de ce haut rang qui me rendait si fière,
Dans le sein du malheur t’ai cherché la première
Pour attacher des jours tranquilles, fortunés,
Aux périls dont tes jours étaient environnés.
Après tant de bontés, de soins, d’ardeurs extrêmes,
Tu ne saurais jamais prononcer que tu m’aimes !
Mais dans quel souvenir me laissé-je égarer ?
Tu pleures, malheureuse ! Ah ! tu devais pleurer
Lorsque, d’un vain désir à ta perte poussée,
Tu conçus de le voir la première pensée.
Tu pleures ! et l’ingrat, tout prêt à te trahir,
Prépare les discours dont il veut t’éblouir ;
Pour plaire à ta rivale il prend soin de sa vie…
Ah ! traître, tu mourras !… Quoi ! tu n’es point partie ?
Va. Mais nous-même allons, précipitons nos pas :
Qu’il me voie, attentive au soin de son trépas,
Lui montrer à la fois, et l’ordre de son frère,
Et de sa trahison ce gage trop sincère.
Toi, Zatime, retiens ma rivale en ces lieux.
Qu’il n’ait, en expirant, que ses cris pour adieux.
Qu’elle soit cependant fidèlement servie ;
Prends soin d’elle : ma haine a besoin de sa vie.
Ah ! si pour son amant facile à s’attendrir,
La peur de son trépas la fit presque mourir,
Quel surcroît de vengeance et de douceur nouvelle
De le montrer bientôt pâle et mort devant elle,
De voir sur cet objet ses regards arrêtés
Me payer les plaisirs que je leur ai prêtés !
Va, retiens-la. Surtout, garde bien le silence.
Moi… Mais qui vient ici différer ma vengeance ?
Scène VI.
ROXANE, ACOMAT, OSMIN.
ACOMAT.
Que faites-vous, madame ? en quels retardements
D’un jour si précieux perdez-vous les moments ?
Byzance, par mes soins presque entière assemblée,
Interroge ses chefs, de leur crainte troublée ;
Et tous pour s’expliquer, ainsi que mes amis,
Attendent le signal que vous m’aviez promis.
D’où vient que, sans répondre à leur impatience,
Le sérail cependant garde un triste silence ?
Déclarez-vous, madame ; et sans plus différer…
ROXANE.
Oui, vous serez content, je vais me déclarer.
ACOMAT.
Madame, quel regard, et quelle voix sévère,
Malgré votre discours, m’assurent du contraire ?
Quoi ! déjà votre amour, des obstacles vaincu…
ROXANE.
Bajazet est un traître, et n’a que trop vécu.
ACOMAT.
Lui !
ROXANE.
Lui ! Pour moi, pour vous-même, également perfide,
Il nous trompait tous deux.
ACOMAT.
Il nous trompait tous deux. Comment !
ROXANE.
Il nous trompait tous deux. Comment ! Cette Atalide,
Qui même n’était pas un assez digne prix
De tout ce que pour lui vous avez entrepris…
ACOMAT.
Eh bien !
ROXANE.
Eh bien ! Lisez : jugez, après cette insolence,
Si nous devons d’un traître embrasser la défense.
Obéissons plutôt à la juste rigueur
D’Amurat qui s’approche et retourne vainqueur ;
Et livrant sans regret un indigne complice,
Apaisons le sultan par un prompt sacrifice.
ACOMAT, lui rendant le billet.
Oui, puisque jusque-là l’ingrat m’ose outrager,
Moi-même, s’il le faut, je m’offre à vous venger,
Madame. Laissez-moi nous laver l’un et l’autre
Du crime que sa vie a jeté sur la nôtre.
Montrez-moi le chemin, j’y cours.
ROXANE.
Montrez-moi le chemin, j’y cours. Non, Acomat :
Laissez-moi le plaisir de confondre l’ingrat.
Je veux voir son désordre, et jouir de sa honte.
Je perdrais ma vengeance en la rendant si prompte.
Je vais tout préparer. Vous, cependant, allez
Disperser promptement vos amis assemblés.
Scène VII.
ACOMAT, OSMIN.
ACOMAT.
Demeure : il n’est pas temps, cher Osmin, que je sorte.
OSMIN.
Quoi ! jusque-là, seigneur, votre amour vous transporte !
N’avez-vous pas poussé la vengeance assez loin ?
Voulez-vous de sa mort être encor le témoin ?
ACOMAT.
Que veux-tu dire ? Es-tu toi-même si crédule
Que de me soupçonner d’un courroux ridicule ?
Moi, jaloux ! plût au ciel qu’en me manquant de foi
L’imprudent Bajazet n’eût offensé que moi !
OSMIN.
Et pourquoi donc, seigneur, au lieu de le défendre…
ACOMAT.
Eh ! la sultane est-elle en état de m’entendre ?
Ne voyais-tu pas bien, quand je l’allais trouver,
Que j’allais avec lui me perdre ou me sauver ?
Ah ! de tant de conseils événement sinistre !
Prince aveugle ! ou plutôt trop aveugle ministre,
Il te sied bien d’avoir en de si jeunes mains,
Chargé d’ans et d’honneurs, confié tes desseins,
Et laissé d’un vizir la fortune flottante
Suivre de ces amants la conduite imprudente !
OSMIN.
Eh ! laissez-les entre eux exercer leur courroux ;
Bajazet veut périr ; seigneur, songez à vous.
Qui peut de vos desseins révéler le mystère,
Sinon quelques amis engagés à se taire ?
Vous verrez par sa mort le sultan adouci.
ACOMAT.
Roxane en sa fureur peut raisonner ainsi :
Mais moi qui vois plus loin ; qui, par un long usage,
Des maximes du trône ai fait l’apprentissage ;
Qui, d’emplois en emplois, vieilli sous trois sultans,
Ai vu de mes pareils les malheurs éclatants,
Je sais, sans me flatter, que de sa seule audace
Un homme tel que moi doit attendre sa grâce,
Et qu’une mort sanglante est l’unique traité
Qui reste entre l’esclave et le maître irrité.
OSMIN.
Fuyez donc.
ACOMAT.
Fuyez donc. J’approuvais tantôt cette pensée.
Mon entreprise alors était moins avancée ;
Mais il m’est désormais trop dur de reculer.
Par une belle chute il faut me signaler,
Et laisser un débris du moins après ma fuite,
Qui de mes ennemis retarde la poursuite.
Bajazet vit encor : pourquoi nous étonner ?
Acomat de plus loin a su le ramener.
Sauvons-le malgré lui de ce péril extrême,
Pour nous, pour nos amis, pour Roxane elle-même.
Tu vois combien son cœur, prêt à le protéger,
A retenu mon bras trop prompt à la venger.
Je connais peu l’amour, mais j’ose te répondre
Qu’il n’est pas condamné, puisqu’on veut le confondre ;
Que nous avons du temps. Malgré son désespoir,
Roxane l’aime encore, Osmin, et le va voir.
OSMIN.
Enfin, que vous inspire une si noble audace ?
Si Roxane l’ordonne, il faut quitter la place :
Ce palais est tout plein…
ACOMAT.
Ce palais est tout plein… Oui, d’esclaves obscurs,
Nourris, loin de la guerre, à l’ombre de ses murs.
Mais toi, dont la valeur, d’Amurat oubliée,
Par de communs chagrins à mon sort s’est liée,
Voudras-tu jusqu’au bout seconder mes fureurs ?
OSMIN.
Seigneur, vous m’offensez : si vous mourez, je meurs.
ACOMAT.
D’amis et de soldats une troupe hardie
Aux portes du palais attend notre sortie ;
La sultane d’ailleurs se fie à mes discours :
Nourri dans le sérail, j’en connais les détours ;
Je sais de Bajazet l’ordinaire demeure ;
Ne tardons plus, marchons ; et s’il faut que je meure,
Mourons ; moi, cher Osmin, comme un vizir ; et toi,
Comme le favori d’un homme tel que moi.
ACTE CINQUIÈME.
Scène première.
ATALIDE.
Hélas ! je cherche en vain ; rien ne s’offre à ma vue.
Malheureuse ! comment puis-je l’avoir perdue ?
Ciel, aurais-tu permis que mon funeste amour
Exposât mon amant tant de fois en un jour ?
Que, pour dernier malheur, cette lettre fatale
Fût encor parvenue aux yeux de ma rivale ?
J’étais en ce lieu même, et ma timide main,
Quand Roxane a paru, l’a cachée en mon sein.
Sa présence a surpris mon âme désolée ;
Ses menaces, sa voix, un ordre m’a troublée :
J’ai senti défaillir ma force et mes esprits ;
Ses femmes m’entouraient quand je les ai repris ;
À mes yeux étonnés leur troupe est disparue.
Ah ! trop cruelles mains, qui m’avez secourue,
Vous m’avez vendu cher vos secours inhumains ;
Et par vous cette lettre a passé dans ses mains !
Quels desseins maintenant occupent sa pensée ?
Sur qui sera d’abord sa vengeance exercée ?
Quel sang pourra suffire à son ressentiment ?
Ah ! Bajazet est mort, ou meurt en ce moment.
Cependant on m’arrête, on me tient enfermée…
On ouvre ; de son sort je vais être informée.
Scène II.
ROXANE, ATALIDE, ZATIME, gardes.
ROXANE, à Atalide.
Retirez-vous.
ATALIDE.
Retirez-vous. Madame… excusez l’embarras…
ROXANE.
Retirez-vous, vous dis-je ; et ne répliquez pas.
Gardes, qu’on la retienne.
Scène III.
ROXANE, ZATIME.
ROXANE.
Gardes, qu’on la retienne. Oui, tout est prêt, Zatime :
Orcan et les muets attendent leur victime.
Je suis pourtant toujours maîtresse de son sort ;
Je puis le retenir ; mais s’il sort, il est mort.
Vient-il ?
ZATIME.
Vient-il ? Oui, sur mes pas un esclave l’amène ;
Et, loin de soupçonner sa disgrâce prochaine,
Il m’a paru, madame, avec empressement
Sortir, pour vous chercher, de son appartement.
ROXANE.
Âme lâche, et trop digne enfin d’être déçue,
Peux-tu souffrir encor qu’il paraisse à ta vue ?
Crois-tu par tes discours le vaincre ou l’étonner ?
Quand même il se rendrait, peux-tu lui pardonner ?
Quoi ! ne devrais-tu pas être déjà vengée ?
Ne crois-tu pas encore être assez outragée ?
Sans perdre tant d’efforts sur ce cœur endurci,
Que ne le laissons-nous périr ?… Mais le voici.
Scène IV.
BAJAZET, ROXANE.
ROXANE.
Je ne vous ferai point des reproches frivoles :
Les moments sont trop chers pour les perdre en paroles.
Mes soins vous sont connus ; en un mot, vous vivez ;
Et je ne vous dirais que ce que vous savez.
Malgré tout mon amour, si je n’ai pu vous plaire,
Je n’en murmure point ; quoiqu’à ne vous rien taire,
Ce même amour, peut-être, et ces mêmes bienfaits,
Auraient dû suppléer à mes faibles attraits.
Mais je m’étonne enfin que, pour reconnaissance,
Pour prix de tant d’amour, de tant de confiance,
Vous ayez si longtemps, par des détours si bas,
Feint un amour pour moi que vous ne sentiez pas.
BAJAZET.
Qui ? moi, madame ?
ROXANE.
Qui ? moi, madame ? Oui, toi. Voudrais-tu point encore
Me nier un mépris que tu crois que j’ignore ?
Ne prétendrais-tu point, par tes fausses couleurs,
Déguiser un amour qui te retient ailleurs ;
Et me jurer enfin, d’une bouche perfide,
Tout ce que tu ne sens que pour ton Atalide ?
BAJAZET.
Atalide, madame ! Ô ciel ! qui vous a dit…
ROXANE.
Tiens, perfide, regarde, et démens cet écrit.
BAJAZET, après avoir regardé la lettre.
Je ne vous dis plus rien : cette lettre sincère
D’un malheureux amour contient tout le mystère ;
Vous savez un secret que, tout prêt à s’ouvrir,
Mon cœur a mille fois voulu vous découvrir.
J’aime, je le confesse ; et devant que votre âme.
Prévenant mon espoir, m’eût déclaré sa flamme,
Déjà plein d’un amour dès l’enfance formé,