Bérénice (page 3)
Vous laissent-ils encor craindre le nom d’ingrat ?
Sur cent peuples nouveaux Bérénice commande.
TITUS.
Faibles amusements d’une douleur si grande !
Je connais Bérénice, et ne sais que trop bien
Que son cœur n’a jamais demandé que le mien.
Je l’aimai ; je lui plus. Depuis cette journée,
(Dois-je dire funeste, hélas ! ou fortunée ?)
Sans avoir, en aimant, d’objet que son amour,
Étrangère dans Rome, inconnue à la cour,
Elle passe ses jours, Paulin, sans rien prétendre
Que quelque heure à me voir, et le reste à m’attendre.
Encor, si quelquefois un peu moins assidu
Je passe le moment où je suis attendu,
Je la revois bientôt de pleurs toute trempée :
Ma main à les sécher est longtemps occupée.
Enfin tout ce qu’amour a de nœuds plus puissants,
Doux reproches, transports sans cesse renaissants,
Soin de plaire sans art, crainte toujours nouvelle,
Beauté, gloire, vertu, je trouve tout en elle.
Depuis cinq ans entiers chaque jour je la vois,
Et crois toujours la voir pour la première fois.
N’y songeons plus. Allons, cher Paulin : plus j’y pense,
Plus je sens chanceler ma cruelle constance.
Quelle nouvelle, ô ciel ! je lui vais annoncer !
Encore un coup, allons ; il n’y faut plus penser.
Je connais mon devoir, c’est à moi de le suivre :
Je n’examine point si j’y pourrai survivre.
Scène III.
TITUS, PAULIN, RUTILE.
RUTILE.
Bérénice, seigneur, demande à vous parler.
TITUS.
Ah, Paulin !
PAULIN.
Ah, Paulin ! Quoi ! déjà vous semblez reculer !
De vos nobles projets, seigneur, qu’il vous souvienne :
Voici le temps.
TITUS.
Voici le temps. Eh bien, voyons-la. Qu’elle vienne.
Scène IV.
TITUS, BÉRÉNICE, PAULIN, PHÉNICE.
BÉRÉNICE.
Ne vous offensez pas si mon zèle indiscret
De votre solitude interrompt le secret
Tandis qu’autour de moi votre cour assemblée
Retentit des bienfaits dont vous m’avez comblée,
Est-il juste, seigneur, que seule en ce moment
Je demeure sans voix et sans ressentiment ?
Mais, seigneur (car je sais que cet ami sincère
Du secret de nos cœurs connaît tout le mystère),
Votre deuil est fini, rien n’arrête vos pas,
Vous êtes seul, enfin, et ne me cherchez pas !
J’entends que vous m’offrez un nouveau diadème,
Et ne puis cependant vous entendre vous-même.
Hélas ! plus de repos, seigneur, et moins d’éclat :
Votre amour ne peut-il paraître qu’au sénat ?
Ah, Titus ! (car enfin l’amour fuit la contrainte
De tous ces noms que suit le respect et la crainte)
De quel soin votre amour va-t-il s’importuner ?
N’a-t-il que des États qu’il me puisse donner ?
Depuis quand croyez-vous que ma grandeur me touche ?
Un soupir, un regard, un mot de votre bouche,
Voilà l’ambition d’un cœur comme le mien :
Voyez-moi plus souvent, et ne me donnez rien.
Tous vos moments sont-ils dévoués à l’empire ?
Ce cœur, après huit jours, n’a-t-il rien à me dire ?
Qu’un mot va rassurer mes timides esprits !
Mais parliez-vous de moi quand je vous ai surpris ?
Dans vos secrets discours étais-je intéressée,
Seigneur ? étais-je au moins présente à la pensée ?
TITUS.
N’en doutez point, madame ; et j’atteste les dieux
Que toujours Bérénice est présente à mes yeux.
L’absence ni le temps, je vous le jure encore,
Ne vous peuvent ravir ce cœur qui vous adore.
BÉRÉNICE.
Eh quoi ! vous me jurez une éternelle ardeur,
Et vous me la jurez avec cette froideur !
Pourquoi même du ciel attester la puissance ?
Faut-il par des serments vaincre ma défiance ?
Mon cœur ne prétend point, seigneur, vous démentir,
Et je vous en croirai sur un simple soupir.
TITUS.
Madame…
BÉRÉNICE.
Madame… Eh bien, seigneur ? Mais quoi ! sans me répondre,
Vous détournez les yeux, et semblez vous confondre !
Ne m’offrirez-vous plus qu’un visage interdit ?
Toujours la mort d’un père occupe votre esprit :
Rien ne peut-il charmer l’ennui qui vous dévore ?
TITUS.
Plût aux cieux que mon père, hélas ! vécût encore !
Que je vivais heureux !
BÉRÉNICE.
Que je vivais heureux ! Seigneur, tous ces regrets
De votre piété sont de justes effets.
Mais vos pleurs ont assez honoré sa mémoire :
Vous devez d’autres soins à Rome, à votre gloire :
De mon propre intérêt je n’ose vous parler.
Bérénice autrefois pouvait vous consoler ;
Avec plus de plaisir vous m’avez écoutée.
De combien de malheurs pour vous persécutée,
Vous ai-je, pour un mot, sacrifié mes pleurs !
Vous regrettez un père : hélas ! faibles douleurs !
Et moi (ce souvenir me fait frémir encore)
On voulait m’arracher de tout ce que j’adore ;
Moi dont vous connaissez le trouble et le tourment
Quand vous ne me quittez que pour quelque moment,
Moi qui mourrais le jour qu’on voudrait m’interdire
De vous…
TITUS.
De vous… Madame, hélas ! que me venez-vous dire ?
Quel temps choisissez-vous ? Ah ! de grâce, arrêtez :
C’est trop pour un ingrat prodiguer vos bontés.
BÉRÉNICE.
Pour un ingrat, seigneur ! et le pouvez-vous être ?
Ainsi donc mes bontés vous fatiguent peut-être ?
TITUS.
Non, madame : jamais, puisqu’il faut vous parler,
Mon cœur de plus de feux ne se sentit brûler…
Mais…
BÉRÉNICE.
Mais… Achevez.
TITUS.
Mais… Achevez. Hélas !
BÉRÉNICE.
Mais… Achevez. Hélas ! Parlez.
TITUS.
Mais… Achevez. Hélas ! Parlez. Rome… l’empire…
BÉRÉNICE.
Eh bien ?
TITUS.
Eh bien ? Sortons, Paulin : je ne lui puis rien dire.
Scène V.
BÉRÉNICE, PHÉNICE.
BÉRÉNICE.
Quoi ! me quitter sitôt ! et ne me dire rien !
Chère Phénice, hélas ! quel funeste entretien !
Qu’ai-je fait ? Que veut-il ? Et que dit ce silence ?
PHÉNICE.
Comme vous, je me perds d’autant plus que j’y pense.
Mais ne s’offre-t-il rien à votre souvenir
Qui contre vous, madame, ait pu le prévenir ?
Voyez, examinez.
BÉRÉNICE.
Voyez, examinez. Hélas ! tu peux m’en croire :
Plus je veux du passé rappeler la mémoire,
Du jour que je le vis jusqu’à ce triste jour,
Plus je vois qu’on me peut reprocher trop d’amour.
Mais tu nous entendais. Il ne faut rien me taire :
Parle. N’ai-je rien dit qui lui puisse déplaire ?
Que sais-je ? J’ai peut-être avec trop de chaleur
Rabaissé ses présents, ou blâmé sa douleur…
N’est-ce point que de Rome il redoute la haine ?
Il craint peut-être, il craint d’épouser une reine.
Hélas ! s’il était vrai… Mais non, il a cent fois
Rassuré mon amour contre leurs dures lois ;
Cent fois… Ah ! qu’il m’explique un silence si rude :
Je ne respire pas dans cette incertitude.
Moi, je vivrais, Phénice, et je pourrais penser
Qu’il me néglige, ou bien que j’ai pu l’offenser !
Retournons sur ses pas. Mais, quand je m’examine,
Je crois de ce désordre entrevoir l’origine,
Phénice : il aura su tout ce qui s’est passé ;
L’amour d’Antiochus l’a peut-être offensé.
Il attend, m’a-t-on dit, le roi de Comagène.
Ne cherchons point ailleurs le sujet de ma peine.
Sans doute ce chagrin qui vient de m’alarmer
N’est qu’un léger soupçon facile à désarmer.
Je ne te vante point cette faible victoire,
Titus : ah ! plût au ciel que, sans blesser ta gloire,
Un rival plus puissant voulût tenter ma foi,
Et pût mettre à mes pieds plus d’empires que toi ;
Que de sceptres sans nombre il pût payer ma flamme,
Que ton amour n’eût rien à donner que ton âme !
C’est alors, cher Titus, qu’aimé, victorieux,
Tu verrais de quel prix ton cœur est à mes yeux.
Allons, Phénice, un mot pourra le satisfaire.
Rassurons-nous, mon cœur, je puis encor lui plaire ;
Je me comptais trop tôt au rang des malheureux :
Si Titus est jaloux, Titus est amoureux.
ACTE TROISIÈME.
Scène première.
TITUS, ANTIOCHUS, ARSACE.
TITUS.
Quoi ! prince, vous partiez ! Quelle raison subite
Presse votre départ, ou plutôt votre fuite ?
Vouliez-vous me cacher jusques à vos adieux ?
Est-ce comme ennemi que vous quittez ces lieux ?
Que diront, avec moi, la cour, Rome, l’empire ?
Mais comme votre ami, que ne puis-je point dire ?
De quoi m’accusez-vous ? Vous avais-je sans choix
Confondu jusqu’ici dans la foule des rois ?
Mon cœur vous fut ouvert tant qu’a vécu mon père :
C’était le seul présent que je pouvais vous faire ;
Et lorsque avec mon cœur ma main peut s’épancher,
Vous fuyez mes bienfaits tout prêts à vous chercher !
Pensez-vous qu’oubliant ma fortune passée
Sur ma seule grandeur j’arrête ma pensée,
Et que tous mes amis s’y présentent de loin
Comme autant d’inconnus dont je n’ai plus besoin ?
Vous-même, à mes regards qui vouliez vous soustraire.
Prince, plus que jamais vous m’êtes nécessaire.
ANTIOCHUS.
Moi, seigneur ?
TITUS.
Moi, seigneur ? Vous.
ANTIOCHUS.
Moi, seigneur ? Vous. Hélas ! d’un prince malheureux
Que pouvez-vous, seigneur, attendre que des vœux ?
TITUS.
Je n’ai pas oublié, prince, que ma victoire
Devait à vos exploits la moitié de sa gloire ;
Que Rome vit passer au nombre des vaincus
Plus d’un captif chargé des fers d’Antiochus ;
Que dans le Capitole elle voit attachées
Les dépouilles des Juifs, par vos mains arrachées.
Je n’attends pas de vous de ces sanglants exploits,
Et je veux seulement emprunter votre voix.
Je sais que Bérénice, à vos soins redevable,
Croit posséder en vous un ami véritable :
Elle ne voit dans Rome et n’écoute que vous ;
Vous ne faites qu’un cœur et qu’une âme avec nous.
Au nom d’une amitié si constante et si belle,
Employez le pouvoir que vous avez sur elle ;
Voyez-la de ma part.
ANTIOCHUS.
Voyez-la de ma part. Moi, paraître à ses yeux !
La reine, pour jamais, a reçu mes adieux.
TITUS.
Prince, il faut que pour moi vous lui parliez encore.
ANTIOCHUS.
Ah ! parlez-lui, seigneur. La reine vous adore :
Pourquoi vous dérober vous-même en ce moment
Le plaisir de lui faire un aveu si charmant ?
Elle l’attend, seigneur, avec impatience.
Je réponds, en partant, de son obéissance ;
Et même elle m’a dit que, prêt à l’épouser,
Vous ne la verrez plus que pour l’y disposer.
TITUS.
Ah ! qu’un aveu si doux aurait lieu de me plaire !
Que je serais heureux, si j’avais à le faire !
Mes transports aujourd’hui s’attendaient d’éclater ;
Cependant aujourd’hui, prince, il faut la quitter.
ANTIOCHUS.
La quitter ! vous, seigneur ?
TITUS.
La quitter ! vous, seigneur ? Telle est ma destinée :
Pour elle et pour Titus il n’est plus d’hyménée.
D’un espoir si charmant je me flattais en vain :
Prince, il faut avec vous qu’elle parte demain.
ANTIOCHUS.
Qu’entends-je ? ô ciel !
TITUS.
Qu’entends-je ? ô ciel ! Plaignez ma grandeur importune :
Maître de l’univers, je règle sa fortune ;
Je puis faire les rois, je puis les déposer ;
Cependant de mon cœur je ne puis disposer.
Rome, contre les rois de tous temps soulevée,
Dédaigne une beauté dans la pourpre élevée ;
L’éclat du diadème, et cent rois pour aïeux,
Déshonorent ma flamme, et blessent tous les yeux.
Mon cœur, libre d’ailleurs, sans craindre les murmures,
Peut brûler à son choix dans des flammes obscures ;
Et Rome avec plaisir recevrait de ma main
La moins digne beauté qu’elle cache en son sein.
Jules céda lui-même au torrent qui m’entraîne.
Si le peuple demain ne voit partir la reine,
Demain elle entendra ce peuple furieux
Me venir demander son départ à ses yeux.
Sauvons de cet affront mon nom et sa mémoire ;
Et puisqu’il faut céder, cédons à notre gloire.
Ma bouche et mes regards, muets depuis huit jours
L’auront pu préparer à ce triste discours ;
Et même en ce moment, inquiète, empressée,
Elle veut qu’à ses yeux j’explique ma pensée.
D’un amant interdit soulagez le tourment ;
Épargnez à mon cœur cet éclaircissement.
Allez, expliquez-lui mon trouble et mon silence ;
Surtout, qu’elle me laisse éviter sa présence :
Soyez le seul témoin de ses pleurs et des miens ;
Portez-lui mes adieux, et recevez les siens.
Fuyons tous deux, fuyons un spectacle funeste
Qui de notre constance accablerait le reste.
Si l’espoir de régner et de vivre en mon cœur
Peut de son infortune adoucir la rigueur,
Ah, prince ! jurez-lui que, toujours trop fidèle,
Gémissant dans ma cour, et plus exilé qu’elle,
Portant jusqu’au tombeau le nom de son amant,
Mon règne ne sera qu’un long bannissement,
Si le ciel, non content de me l’avoir ravie,
Veut encor m’affliger par une longue vie.
Vous, que l’amitié seule attache sur ses pas,
Prince, dans son malheur ne l’abandonnez pas :
Que l’Orient vous voie arriver à sa suite ;
Que ce soit un triomphe, et non pas une fuite ;
Qu’une amitié si belle ait d’éternels liens ;
Que mon nom soit toujours dans tous vos entretiens.
Pour rendre vos États plus voisins l’un de l’autre,
L’Euphrate bornera son empire et le vôtre.
Je sais que le sénat, tout plein de votre nom,
D’une commune voix confirmera ce don.
Je joins la Cilicie à votre Comagène.
Adieu. Ne quittez point ma princesse, ma reine,
Tout ce qui de mon cœur fut l’unique désir,
Tout ce que j’aimerai jusqu’au dernier soupir.
Scène II.
ANTIOCHUS, ARSACE.
ARSACE.
Ainsi le ciel s’apprête à vous rendre justice.
Vous partirez, seigneur, mais avec Bérénice.
Loin de vous la ravir, on va vous la livrer.
ANTIOCHUS.
Arsace, laisse-moi le temps de respirer.
Ce changement est grand, ma surprise est extrême :
Titus entre mes mains remet tout ce qu’il aime !
Dois-je croire, grands dieux ! ce que je viens d’ouïr ?
Et quand je le croirais, dois-je m’en réjouir ?
ARSACE.
Mais moi-même, seigneur, que faut-il que je croie ?
Quel obstacle nouveau s’oppose à votre joie ?
Me trompiez-vous tantôt au sortir de ces lieux,
Lorsque encor tout ému de vos derniers adieux,
Tremblant d’avoir osé s’expliquer devant elle,
Votre cœur me contait son audace nouvelle ?
Vous fuyiez un hymen qui vous faisait trembler.
Cet hymen est rompu : quel soin peut vous troubler ?
Suivez les doux transports où l’amour vous invite.
ANTIOCHUS.
Arsace, je me vois chargé de sa conduite ;
Je jouirai longtemps de ses chers entretiens ;
Ses yeux mêmes pourront s’accoutumer aux miens ;
Et peut-être son cœur fera la différence
Des froideurs de Titus à ma persévérance.
Titus m’accable ici du poids de sa grandeur :
Tout disparaît dans Rome auprès de sa splendeur ;
Mais quoique l’Orient soit plein de sa mémoire,
Bérénice y verra des traces de ma gloire.
ARSACE.
N’en doutez point, seigneur, tout succède à vos vœux.
ANTIOCHUS.
Ah ! que nous nous plaisons à nous tromper tous deux !
ARSACE.
Et pourquoi nous tromper ?
ANTIOCHUS.
Et pourquoi nous tromper ? Quoi ! je lui pourrais plaire ?
Bérénice à mes vœux ne serait plus contraire ?
Bérénice d’un mot flatterait mes douleurs ?
Penses-tu seulement que, parmi ses malheurs,
Quand l’univers entier négligerait ses charmes,
L’ingrate me permît de lui donner des larmes,
Ou qu’elle s’abaissât jusques à recevoir
Des soins qu’à mon amour elle croirait devoir ?
ARSACE.
Et qui peut mieux que vous consoler sa disgrâce ?
Sa fortune, seigneur, va prendre une autre face :
Titus la quitte.
ANTIOCHUS.
Titus la quitte. Hélas ! de ce grand changement
Il ne me reviendra que le nouveau tourment
D’apprendre par ses pleurs à quel point elle l’aime :
Je la verrai gémir ; je la plaindrai moi-même.
Pour fruit de tant d’amour, j’aurai le triste emploi
De recueillir des pleurs qui ne sont pas pour moi.
ARSACE.
Quoi ! ne vous plairez-vous qu’à vous gêner sans cesse ?
Jamais dans un grand cœur vit-on plus de faiblesse ?
Ouvrez les yeux, seigneur, et songeons entre nous
Par combien de raisons Bérénice est à vous.
Puisque aujourd’hui Titus ne prétend plus lui plaire,
Songez que votre hymen lui devient nécessaire.
ANTIOCHUS.
Nécessaire ?
ARSACE.
Nécessaire ? À ses pleurs accordez quelques jours ;
De ses premiers sanglots laissez passer le cours :
Tout parlera pour vous, le dépit, la vengeance,
L’absence de Titus, le temps, votre présence,
Trois sceptres que son bras ne peut seul soutenir,
Vos deux états voisins qui cherchent à s’unir ;