Mithridate (page 5)

Jean Racine · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Mithridate (éditions Didot, 1854) · 6 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Quoi ! cher prince, avec toi je me verrais unie !

Et loin que ma tendresse eût exposé ta vie,

Tu verrais ton devoir, je verrais ma vertu,

Approuver un amour si longtemps combattu !

Je pourrais tous les jours t’assurer que je t’aime :

Que ne viens-tu ?

Scène II.

MONIME, XIPHARÈS, PHŒDIME.

MONIME.

Que ne viens-tu ? Seigneur, je parlais de vous-même.

Mon âme souhaitait de vous voir en ce lieu,

Pour vous…

XIPHARÈS.

Pour vous… C’est maintenant qu’il faut vous dire adieu.

MONIME.

Adieu ! vous ?

XIPHARÈS.

Adieu ! vous ? Oui, madame, et pour toute ma vie.

MONIME.

Qu’entends-je ? On me disait… Hélas ! ils m’ont trahie.

XIPHARÈS.

Madame, je ne sais quel ennemi couvert,

Révélant nos secrets, vous trahit, et me perd.

Mais le roi, qui tantôt n’en croyait point Pharnace,

Maintenant dans nos cœurs sait tout ce qui se passe.

Il feint, il me caresse, et cache son dessein ;

Mais moi qui dès l’enfance élevé dans son sein

De tous ses mouvements ai trop d’intelligence,

J’ai lu dans ses regards sa prochaine vengeance.

Il presse, il fait partir tous ceux dont mon malheur

Pourrait à la révolte exciter la douleur.

De ses fausses bontés j’ai connu la contrainte.

Un mot même d’Arbate a confirmé ma crainte :

Il a su m’aborder ; et les larmes aux yeux :

« On sait tout, m’a-t-il dit ; sauvez-vous de ces lieux. »

Ce mot m’a fait frémir du péril de ma reine ;

Et ce cher intérêt est le seul qui m’amène.

Je vous crains pour vous-même ; et je viens à genoux

Vous prier, ma princesse, et vous fléchir pour vous.

Vous dépendez ici d’une main violente,

Que le sang le plus cher rarement épouvante ;

Et je n’ose vous dire à quelle cruauté

Mithridate jaloux s’est souvent emporté.

Peut-être c’est moi seul que sa fureur menace,

Peut-être, en me perdant, il veut vous faire grâce :

Daignez, au nom des dieux, daignez en profiter.

Par de nouveaux refus n’allez point l’irriter.

Moins vous l’aimez, et plus tâchez de lui complaire ;

Feignez, efforcez-vous : songez qu’il est mon père.

Vivez, et permettez que dans tous mes malheurs

Je puisse à votre amour ne coûter que des pleurs.

MONIME.

Ah, je vous ai perdu !

XIPHARÈS.

Ah, je vous ai perdu ! Généreuse Monime,

Ne vous imputez point le malheur qui m’opprime.

Votre seule bonté n’est point ce qui me nuit :

Je suis un malheureux que le destin poursuit ;

C’est lui qui m’a ravi l’amitié de mon père,

Qui le fit mon rival, qui révolta ma mère,

Et vient de susciter dans ce moment affreux,

Un secret ennemi pour nous trahir tous deux.

MONIME.

Eh quoi ! cet ennemi, vous l’ignorez encore ?

XIPHARÈS.

Pour surcroît de douleur, madame, je l’ignore.

Heureux si je pouvais, avant que m’immoler,

Percer le traître cœur qui m’a pu déceler !

MONIME.

Eh bien ! seigneur, il faut vous le faire connaître.

Ne cherchez point ailleurs cet ennemi, ce traître ;

Frappez : aucun respect ne vous doit retenir.

J’ai tout fait : et c’est moi que vous devez punir.

XIPHARÈS.

Vous !

MONIME.

Vous ! Ah ! si vous saviez, prince, avec quelle adresse

Le cruel est venu surprendre ma tendresse !

Quelle amitié sincère il affectait pour vous !

Content, s’il vous voyait devenir mon époux !

Qui n’aurait cru… Mais non, mon amour plus timide

Devait moins vous livrer à sa bonté perfide.

Les dieux qui m’inspiraient, et que j’ai mal suivis,

M’ont fait taire trois fois par de secrets avis.

J’ai dû continuer ; j’ai dû dans tout le reste…

Que sais-je enfin ? J’ai dû vous être moins funeste ;

J’ai dû craindre du roi les dons empoisonnés,

Et je m’en punirai, si vous me pardonnez.

XIPHARÈS.

Quoi, madame ! c’est vous, c’est l’amour qui m’expose ;

Mon malheur est parti d’une si belle cause ;

Trop d’amour a trahi nos secrets amoureux ;

Et vous vous excusez de m’avoir fait heureux !

Que voudrais-je de plus ? glorieux et fidèle,

Je meurs. Un autre sort au trône vous appelle :

Consentez-y, madame ; et sans plus résister,

Achevez un hymen qui vous y fait monter.

MONIME.

Quoi ! vous me demandez que j’épouse un barbare

Dont l’odieux amour pour jamais nous sépare ?

XIPHARÈS.

Songez que ce matin, soumise à ses souhaits,

Vous deviez l’épouser, et ne me voir jamais.

MONIME.

Eh ! connaissais-je alors toute sa barbarie ?

Ne voudriez-vous point qu’approuvant sa furie,

Après vous avoir vu tout percé de ses coups,

Je suivisse à l’autel un tyrannique époux ;

Et que dans une main de votre sang fumante

J’allasse mettre, hélas ! la main de votre amante ?

Allez : de ses fureurs songez à vous garder,

Sans perdre ici le temps à me persuader :

Le ciel m’inspirera quel parti je dois prendre.

Que serait-ce, grands dieux ! s’il venait vous surprendre ?

Que dis-je ? on vient. Allez : courez. Vivez enfin ;

Et du moins attendez quel sera mon destin.

Scène III.

MONIME, PHŒDIME.

PHŒDIME.

Madame, à quels périls il exposait sa vie !

C’est le roi.

MONIME.

C’est le roi. Cours l’aider à cacher sa sortie.

Va, ne le quitte point ; et qu’il se garde bien

D’ordonner de son sort sans être instruit du mien.

Scène IV.

MITHRIDATE, MONIME.

MITHRIDATE.

Allons, madame, allons. Une raison secrète

Me fait quitter ces lieux et hâter ma retraite.

Tandis que mes soldats, prêts à suivre leur roi,

Rentrent dans mes vaisseaux pour partir avec moi,

Venez, et qu’à l’autel ma promesse accomplie

Par des nœuds éternels l’un à l’autre nous lie.

MONIME.

Nous, seigneur ?

MITHRIDATE.

Nous, seigneur ? Quoi, madame ! osez-vous balancer ?

MONIME.

Et ne m’avez-vous pas défendu d’y penser ?

MITHRIDATE.

J’eus mes raisons alors : oublions-les, madame.

Ne songez maintenant qu’à répondre à ma flamme.

Songez que votre cœur est un bien qui m’est dû.

MONIME.

Hé ! pourquoi donc, seigneur, me l’avez-vous rendu ?

MITHRIDATE.

Quoi ! pour un fils ingrat toujours préoccupée,

Vous croiriez…

MONIME.

Vous croiriez… Quoi, seigneur ! vous m’auriez donc trompée ?

MITHRIDATE.

Perfide ! il vous sied bien de tenir ce discours,

Vous qui, gardant au cœur d’infidèles amours,

Quand je vous élevais au comble de la gloire,

M’avez des trahisons préparé la plus noire !

Ne vous souvient-il plus, cœur ingrat et sans foi,

Plus que tous les Romains conjuré contre moi,

De quel rang glorieux j’ai bien voulu descendre

Pour vous porter au trône où vous n’osiez prétendre ?

Ne me regardez point vaincu, persécuté :

Revoyez-moi vainqueur, et partout redouté.

Songez de quelle ardeur dans Éphèse adorée,

Aux filles de cent rois je vous ai préférée ;

Et négligeant pour vous tant d’heureux alliés,

Quelle foule d’États je mettais à vos pieds.

Ah ! si d’un autre amour le penchant invincible

Dès lors à mes bontés vous rendait insensible,

Pourquoi chercher si loin un odieux époux ?

Avant que de partir, pourquoi vous taisiez-vous ?

Attendiez-vous, pour faire un aveu si funeste,

Que le sort ennemi m’eût ravi tout le reste,

Et que, de toutes parts me voyant accabler,

J’eusse en vous le seul bien qui me pût consoler ?

Cependant, quand je veux oublier cet outrage,

Et cacher à mon cœur cette funeste image,

Vous osez à mes yeux rappeler le passé !

Vous m’accusez encor, quand je suis offensé !

Je vois que pour un traître un fol espoir vous flatte.

À quelle épreuve, ô ciel, réduis-tu Mithridate !

Par quel charme secret laissé-je retenir

Ce courroux si sévère et si prompt à punir ?

Profitez du moment que mon amour vous donne :

Pour la dernière fois, venez, je vous l’ordonne.

N’attirez point sur vous des périls superflus,

Pour un fils insolent que vous ne verrez plus.

Sans vous parer pour lui d’une foi qui m’est due,

Perdez-en la mémoire, aussi bien que la vue ;

Et désormais sensible à ma seule bonté,

Méritez le pardon qui vous est présenté.

MONIME.

Je n’ai point oublié quelle reconnaissance,

Seigneur, m’a dû ranger sous votre obéissance :

Quelque rang où jadis soient montés mes aïeux,

Leur gloire de si loin n’éblouit point mes yeux.

Je songe avec respect de combien je suis née

Au-dessous des grandeurs d’un si noble hyménée ;

Et malgré mon penchant et mes premiers desseins

Pour un fils, après vous, le plus grand des humains,

Du jour que sur mon front on mit ce diadème,

Je renonçai, seigneur, à ce prince, à moi-même.

Tous deux d’intelligence à nous sacrifier,

Loin de moi, par mon ordre, il courait m’oublier.

Dans l’ombre du secret ce feu s’allait éteindre ;

Et même de mon sort je ne pouvais me plaindre,

Puisque enfin, aux dépens de mes vœux les plus doux,

Je faisais le bonheur d’un héros tel que vous.

Vous seul, seigneur, vous seul, vous m’avez arrachée

À cette obéissance où j’étais attachée ;

Et ce fatal amour dont j’avais triomphé,

Ce feu que dans l’oubli je croyais étouffé,

Dont la cause à jamais s’éloignait de ma vue,

Vos détours l’ont surpris, et m’en ont convaincue.

Je vous l’ai confessé, je le dois soutenir.

En vain vous en pourriez perdre le souvenir ;

Et cet aveu honteux où vous m’avez forcée,

Demeurera toujours présent à ma pensée ;

Toujours je vous croirais incertain de ma foi :

Et le tombeau, seigneur, est moins triste pour moi

Que le lit d’un époux qui m’a fait cet outrage,

Qui s’est acquis sur moi ce cruel avantage,

Et qui, me préparant un éternel ennui,

M’a fait rougir d’un feu qui n’était pas pour lui.

MITHRIDATE.

C’est donc votre réponse ? et, sans plus me complaire,

Vous refusez l’honneur que je voulais vous faire ?

Pensez-y bien. J’attends pour me déterminer…

MONIME.

Non, seigneur, vainement vous croyez m’étonner.

Je vous connais : je sais tout ce que je m’apprête,

Et je vois quels malheurs j’assemble sur ma tête :

Mais le dessein est pris ; rien ne peut m’ébranler.

Jugez-en, puisque ainsi je vous ose parler,

Et m’emporte au-delà de cette modestie

Dont jusqu’à ce moment je n’étais point sortie.

Vous vous êtes servi de ma funeste main

Pour mettre à votre fils un poignard dans le sein :

De ses feux innocents j’ai trahi le mystère ;

Et quand il n’en perdrait que l’amour de son père,

Il en mourra, seigneur. Ma foi ni mon amour

Ne seront point le prix d’un si cruel détour.

Après cela, jugez. Perdez une rebelle ;

Armez-vous du pouvoir qu’on vous donna sur elle :

J’attendrai mon arrêt ; vous pouvez commander.

Tout ce qu’en vous quittant j’ose vous demander,

Croyez (à la vertu je dois cette justice)

Que je vous trahis seule, et n’ai point de complice ;

Et que d’un plein succès vos vœux seraient suivis

Si j’en croyais, seigneur, les vœux de votre fils.

Scène V.

MITHRIDATE.

Elle me quitte ! et moi, dans un lâche silence,

Je semble de sa fuite approuver l’insolence !

Peu s’en faut que mon cœur, penchant de son côté,

Ne me condamne encor de trop de cruauté !

Qui suis-je ? Est-ce Monime ? et suis-je Mithridate ?

Non, non, plus de pardon, plus d’amour pour l’ingrate.

Ma colère revient, et je me reconnais :

Immolons, en partant, trois ingrats à la fois.

Je vais à Rome ; et c’est par de tels sacrifices

Qu’il faut à ma fureur rendre les dieux propices.

Je le dois, je le puis ; ils n’ont plus de support :

Les plus séditieux sont déjà loin du bord.

Sans distinguer entre eux qui je hais ou qui j’aime,

Allons, et commençons par Xipharès lui-même.

Mais quelle est ma fureur ! et qu’est-ce que je dis !

Tu vas sacrifier… qui ? malheureux ! Ton fils !

Un fils que Rome craint ! qui peut venger son père !

Pourquoi répandre un sang qui m’est si nécessaire ?

Ah ! dans l’état funeste où ma chute m’a mis,

Est-ce que mon malheur m’a laissé trop d’amis ?

Songeons plutôt, songeons à gagner sa tendresse :

J’ai besoin d’un vengeur, et non d’une maîtresse.

Quoi ! ne vaut-il pas mieux, puisqu’il faut m’en priver,

La céder à ce fils que je veux conserver ?

Cédons-la. Vains efforts, qui ne font que m’instruire

Des faiblesses d’un cœur qui cherche à se séduire !

Je brûle, je l’adore ; et loin de la bannir…

Ah ! c’est un crime encor dont je la veux punir.

Quelle pitié retient mes sentiments timides ?

N’en ai-je pas déjà puni de moins perfides ?

Ô Monime ! ô mon fils ! Inutile courroux !

Et vous, heureux Romains, quel triomphe pour vous

Si vous saviez ma honte, et qu’un avis fidèle

De mes lâches combats vous portât la nouvelle !

Quoi ! des plus chères mains craignant les trahisons,

J’ai pris soin de m’armer contre tous les poisons ;

J’ai su, par une longue et pénible industrie,

Des plus mortels venins prévenir la furie :

Ah ! qu’il eût mieux valu, plus sage et plus heureux,

Et repoussant les traits d’un amour dangereux,

Ne pas laisser remplir d’ardeurs empoisonnées

Un cœur déjà glacé par le froid des années !

De ce trouble fatal par où dois-je sortir ?

Scène VI.

MITHRIDATE, ARBATE.

ARBATE.

Seigneur, tous vos soldats refusent de partir :

Pharnace les retient, Pharnace leur révèle

Que vous cherchez à Rome une guerre nouvelle.

MITHRIDATE.

Pharnace ?

ARBATE.

Pharnace ? Il a séduit ses gardes les premiers ;

Et le seul nom de Rome étonne les plus fiers.

De mille affreux périls ils se forment l’image.

Les uns avec transport embrassent le rivage ;

Les autres, qui partaient, s’élancent dans les flots,

Ou présentent leurs dards aux yeux des matelots.

Le désordre est partout ; et loin de nous entendre,

Ils demandent la paix, et parlent de se rendre.

Pharnace est à leur tête ; et flattant leurs souhaits,

De la part des Romains il leur promet la paix.

MITHRIDATE.

Ah, le traître ! Courez ! qu’on appelle son frère ;

Qu’il me suive, qu’il vienne au secours de son père.

ARBATE.

J’ignore son dessein ; mais un soudain transport

L’a déjà fait descendre et courir vers le port ;

Et l’on dit que, suivi d’un gros d’amis fidèles,

On l’a vu se mêler au milieu des rebelles.

C’est tout ce que j’en sais.

MITHRIDATE.

C’est tout ce que j’en sais. Ah ! qu’est-ce que j’entends ?

Perfides, ma vengeance a tardé trop longtemps !

Mais je ne vous crains point : malgré leur insolence,

Les mutins n’oseraient soutenir ma présence.

Je ne veux que les voir ; je ne veux qu’à leurs yeux

Immoler de ma main deux fils audacieux.

Scène VII.

MITHRIDATE, ARBATE, ARCAS.

ARCAS.

Seigneur, tout est perdu. Les rebelles, Pharnace,

Les Romains, sont en foule autour de cette place.

MITHRIDATE.

Les Romains !

ARCAS.

Les Romains ! De Romains le rivage est chargé,

Et bientôt dans ces murs vous êtes assiégé.

MITHRIDATE.

(À Arcas.)

Ciel ! Courons. Écoutez… Du malheur qui me presse

Tu ne jouiras pas, infidèle princesse.

ACTE CINQUIÈME.

Scène première.

MONIME, PHŒDIME.

PHŒDIME.

Madame, où courez-vous ? Quels aveugles transports

Vous font tenter sur vous de criminels efforts ?

Eh quoi ! vous avez pu, trop cruelle à vous-même,

Faire un affreux lien d’un sacré diadème !

Ah ! ne voyez-vous pas que les dieux plus humains

Ont eux-mêmes rompu ce bandeau dans vos mains ?

MONIME.

Eh ! par quelle fureur, obstinée à me suivre,

Toi-même malgré moi veux-tu me faire vivre ?

Xipharès ne vit plus ; le roi désespéré

Lui-même n’attend plus qu’un trépas assuré :

Quel fruit te promets-tu de ta coupable audace ?

Perfide, prétends-tu me livrer à Pharnace ?

PHŒDIME.

Ah ! du moins attendez qu’un fidèle rapport

De son malheureux frère ait confirmé la mort.

Dans la confusion que nous venons d’entendre,

Les yeux peuvent-ils pas aisément se méprendre ?

D’abord, vous le savez, un bruit injurieux

Le rangeait du parti d’un camp séditieux ;

Maintenant on vous dit que ces mêmes rebelles

Ont tourné contre lui leurs armes criminelles.

Jugez de l’un par l’autre, et daignez écouter…

MONIME.

Xipharès ne vit plus, il n’en faut point douter :

L’événement n’a point démenti mon attente.

Quand je n’en aurais pas la nouvelle sanglante,

Il est mort ; et j’en ai pour garants trop certains

Son courage et son nom trop suspects aux Romains.

Ah ! que d’un si beau sang dès longtemps altérée

Tous les livres