Cyrano de Bergerac (page 6)
Roxane.
Et, dites-moi, — pendant que j’ôte un peu le sang, —
Ils étaient contre vous ?
Cyrano.
Ils étaient contre vous ?Oh ! pas tout à fait cent.
Roxane.
Racontez !
Cyrano.
Racontez !Non. Laissez. Mais vous, dites la chose
Que vous n’osiez tantôt me dire…
Roxane, sans quitter sa main.
Que vous n’osiez tantôt me dire…À présent j’ose,
Car le passé m’encouragea de son parfum !
Oui, j’ose maintenant. Voilà. J’aime quelqu’un.
Cyrano.
Ah !…
Roxane.
Ah !…Qui ne le sait pas d’ailleurs.
Cyrano.
Ah !…Qui ne le sait pas d’ailleurs.Ah !…
Roxane.
Ah !…Qui ne le sait pas d’ailleurs.Ah !…Pas encore.
Cyrano.
Ah !…
Roxane.
Ah !…Mais qui va bientôt le savoir, s’il l’ignore.
Cyrano.
Ah !…
Roxane.
Ah !…Un pauvre garçon qui jusqu’ici m’aima
Timidement, de loin, sans oser le dire…
Cyrano.
Timidement, de loin, sans oser le dire…Ah !…
Roxane.
Laissez-moi votre main, voyons, elle a la fièvre. —
Mais moi j’ai vu trembler les aveux sur sa lèvre.
Cyrano.
Ah !…
Roxane, achevant de lui faire un petit bandage avec son mouchoir.
Ah !…Et figurez-vous, tenez, que, justement
Oui, mon cousin, il sert dans votre régiment !
Cyrano.
Ah !…
Roxane, riant.
Ah !…Puisqu’il est cadet dans votre compagnie !
Cyrano.
Ah !…
Roxane.
Ah !…Il a sur son front de l’esprit, du génie,
Il est fier, noble, jeune, intrépide, beau…
Cyrano, se levant tout pâle.
Il est fier, noble, jeune, intrépide, beau…Beau !
Roxane.
Quoi ? Qu’avez-vous ?
Cyrano.
Quoi ? Qu’avez-vous ?Moi, rien… c’est… c’est…
(Il montre sa main, avec un sourire.)
Quoi ? Qu’avez-vous ?Moi, rien… c’est… c’est…C’est ce bobo.
Roxane.
Enfin, je l’aime. Il faut d’ailleurs que je vous die
Que je ne l’ai jamais vu qu’à la Comédie…
Cyrano.
Vous ne vous êtes donc pas parlé ?
Roxane.
Vous ne vous êtes donc pas parlé ?Nos yeux seuls.
Cyrano.
Mais comment savez-vous, alors ?
Roxane.
Mais comment savez-vous, alors ?Sous les tilleuls
De la place Royale, on cause… Des bavardes
M’ont renseignée…
Cyrano.
M’ont renseignée…Il est cadet ?
Roxane.
M’ont renseignée…Il est cadet ?Cadet aux gardes.
Cyrano.
Son nom ?
Roxane.
Son nom ?Baron Christian de Neuvillette.
Cyrano.
Son nom ?Baron Christian de Neuvillette.Hein ?…
Il n’est pas aux cadets.
Roxane.
Il n’est pas aux cadets.Si, depuis ce matin
Capitaine Carbon de Castel-Jaloux.
Cyrano.
Capitaine Carbon de Castel-Jaloux.Vite,
Vite, on lance son cœur !… Mais ma pauvre petite…
La duègne, ouvrant la porte du fond.
J’ai fini les gâteaux, monsieur de Bergerac !
Cyrano.
Eh bien ! lisez les vers imprimés sur le sac !
(La duègne disparaît.)
… Ma pauvre enfant, vous qui n’aimez que beau langage,
Bel esprit, — si c’était un profane, un sauvage.
Roxane.
Non, il a les cheveux d’un héros de d’Urfé !
Cyrano.
S’il était aussi maldisant que bien coiffé !
Roxane.
Non, tous les mots qu’il dit sont fins, je le devine !
Cyrano.
Oui, tous les mots sont fins quand la moustache est fine.
— Mais si c’était un sot !…
Roxane, frappant du pied.
— Mais si c’était un sot !…Eh bien ! j’en mourrais, là !
Cyrano, après un temps.
Vous m’avez fait venir pour me dire cela ?
Je n’en sens pas très bien l’utilité, madame.
Roxane.
Ah, c’est que quelqu’un hier m’a mis la mort dans l’âme,
Et me disant que tous, vous êtes tous Gascons
Dans votre compagnie…
Cyrano.
Dans votre compagnie…Et que nous provoquons
Tous les blancs-becs qui, par faveur, se font admettre
Parmi les purs Gascons que nous sommes, sans l’être ?
C’est ce qu’on vous a dit ?
Roxane.
C’est ce qu’on vous a dit ?Et vous pensez si j’ai
Tremblé pour lui !
Cyrano, entre ses dents.
Tremblé pour lui !Non sans raison !
Roxane.
Tremblé pour lui !Non sans raison !Mais j’ai songé
Lorsque invincible et grand, hier, vous nous apparûtes,
Châtiant ce coquin, tenant tête à ces brutes, —
J’ai songé : s’il voulait, lui, que tous ils craindront…
Cyrano.
C’est bien, je défendrai votre petit baron.
Roxane.
Oh, n’est-ce pas que vous allez me le défendre ?
J’ai toujours eu pour vous une amitié si tendre.
Cyrano.
Oui, oui.
Roxane.
Oui, oui.Vous serez son ami ?
Cyrano.
Oui, oui.Vous serez son ami ?Je le serai.
Roxane.
Et jamais il n’aura de duel ?
Cyrano.
Et jamais il n’aura de duel ?C’est juré.
Roxane.
Oh ! je vous aime bien. Il faut que je m’en aille.
(Elle remet vivement son masque, une dentelle sur son front, et distraitement.)
Mais vous ne m’avez pas raconté la bataille
De cette nuit. Vraiment ce dut être inouï !…
— Dites-lui qu’il m’écrive.
(Elle lui envoie un petit baiser de la main.)
Dites-lui qu’il m’écrive.Oh ! je vous aime !
Cyrano.
Dites-lui qu’il m’écrive.Oh ! je vous aime ! Oui, oui.
Roxane.
Cent hommes contre vous ? Allons, adieu. — Nous sommes
De grands amis !
Cyrano.
De grands amis ! Oui, oui.
Roxane.
De grands amis ! Oui, oui.Qu’il m’écrive ! — Cent hommes ! —
Vous me direz plus tard. Maintenant, je ne puis.
Cent hommes ! Quel courage !
Cyrano, la saluant.
Cent hommes ! Quel courage ! Oh ! j’ai fait mieux depuis.
(Elle sort. Cyrano reste immobile, les yeux à terre. Un silence. La porte de droite s’ouvre. Ragueneau passe la tête.)
Scène VII
CYRANO, RAGUENEAU, les Poètes, CARBON DE CASTEL-JALOUX, les Cadets, la Foule, etc., puis DE GUICHE.
Ragueneau.
Peut-on rentrer ?
Cyrano, sans bouger.
Peut-on rentrer ? Oui…
(Ragueneau fait signe et ses amis rentrent. En même temps, à la porte du fond paraît Carbon de Castel-Jaloux, costume de capitaine aux gardes, qui fait de grands gestes en apercevant Cyrano.)
Carbon de Castel-Jaloux.
Peut-on rentrer ?Oui…Le voilà !
Cyrano, levant la tête.
Peut-on rentrer ?Oui…Le voilà !Mon capitaine…
Carbon, exultant.
Notre héros ! Nous savons tout ! Une trentaine
De mes cadets sont là !…
Cyrano, reculant.
De mes cadets sont là !…Mais…
Carbon, voulant l’entraîner.
De mes cadets sont là !…Mais…Viens ! on veut te voir !
Cyrano.
Non !
Carbon.
Non !Ils boivent en face, à la Croix du Trahoir.
Cyrano.
Je…
Carbon, remontant à la porte, et criant à la cantonade, d’une voix de tonnerre.
Je…Le héros refuse. Il est d’humeur bourrue !
Une voix, au dehors.
Ah ! Sandious !
(Tumulte au dehors, bruits d’épées et de bottes qui se rapprochent.)
Carbon, se frottant les mains.
Ah ! Sandious !Les voici qui traversent la rue !…
Les cadets, entrant dans la rôtisserie.
Mille dious ! — Capdedious ! — Mordious ! — Pocapdedious !
Ragueneau, reculant épouvanté.
Messieurs, vous êtes donc tous de la Gascogne !
Les cadets.
Messieurs, vous êtes donc tous de la Gascogne !Tous !
Un cadet, à Cyrano.
Bravo !
Cyrano.
Bravo !Baron !
Un autre, lui secouant les mains.
Bravo !Baron !Vivat !
Cyrano.
Bravo !Baron !Vivat !Baron !
Troisième cadet.
Bravo !Baron !Vivat !Baron !Que je t’embrasse !
Cyrano.
Baron !…
Plusieurs gascons.
Baron !…Embrassons-le !
Cyrano, ne sachant auquel répondre.
Baron !…Embrassons-le !Baron… baron… de grâce…
Ragueneau.
Vous êtes tous barons, messieurs ?
Les cadets.
Vous êtes tous barons, messieurs ?Tous ?
Ragueneau.
Vous êtes tous barons, messieurs ?Tous ?Le sont-ils ?…
Premier cadet.
On ferait une tour rien qu’avec nos tortils !
Le Bret, entrant, et courant à Cyrano.
On te cherche ! Une foule en délire conduite
Par ceux qui cette nuit marchèrent à ta suite…
Cyrano, épouvanté.
Tu ne leur as pas dit où je me trouve ?…
Le Bret, se frottant les mains.
Tu ne leur as pas dit où je me trouve ?…Si !
Un bourgeois, entrant suivi d’un groupe.
Monsieur, tout le Marais se fait porter ici !
(Au dehors la rue s’est remplie de monde. Des chaises à porteurs, des carrosses s’arrêtent.)
Le Bret, bas, souriant, à Cyrano.
Et Roxane ?
Cyrano, vivement.
Et Roxane ?Tais toi !
La foule, criant dehors.
Et Roxane ?Tais-toi !Cyrano !…
(Une cohue se précipite dans la pâtisserie. Bousculade. Acclamations.)
Ragueneau, debout sur une table.
Et Roxane ?Tais-toi !Cyrano !…Ma boutique
Est envahie ! On casse tout ! C’est magnifique !
Des gens, autour de Cyrano.
Mon ami… mon ami…
Cyrano.
Mon ami… mon ami…Je n’avais pas hier
Tant d’amis !…
Le Bret, ravi.
Tant d’amis !…Le succès !
Un petit marquis, accourant, les mains tendues.
Tant d’amis !…Le succès !Si tu savais, mon cher…
Cyrano.
Si tu ?… Tu ?… Qu’est-ce donc qu’ensemble nous gardâmes ?
Un autre.
Je veux vous présenter, Monsieur, à quelques dames
Qui là, dans mon carrosse…
Cyrano, froidement.
Qui là, dans mon carrosse…Et vous d’abord, à moi,
Qui vous présentera ?
Le Bret, stupéfait.
Qui vous présentera ?Mais qu’as-tu donc ?
Cyrano.
Qui vous présentera ?Mais qu’as-tu donc ?Tais-toi !
Un homme de lettre, avec une écritoire.
Puis-je avoir des détails sur ?…
Cyrano.
Puis-je avoir des détails sur ?…Non.
Le Bret, lui poussant le coude.
Puis-je avoir des détails sur ?…Non.C’est Théophraste
Renaudot ! l’inventeur de la gazette.
Cyrano.
Renaudot ! l’inventeur de la gazette.Baste !
Le Bret.
Cette feuille où l’on fait tant de choses tenir !
On dit que cette idée a beaucoup d’avenir !
Le poète, s’avançant.
Monsieur…
Cyrano.
Monsieur…Encor !
Le poète.
Monsieur…Encor !Je veux faire un pentacrostiche
Sur votre nom…
Quelqu’un, s’avançant encore.
Sur votre nom…Monsieur…
Cyrano.
Sur votre nom…Monsieur…Assez !
(Mouvement. On se range. De Guiche paraît, escorté d’officiers. Cuigy, Brissaille, les officiers qui sont partis avec Cyrano à la fin du premier acte. Cuigy vient vivement à Cyrano.)
Cuigy, à Cyrano.
Sur votre nom…Monsieur…Assez !Monsieur de Guiche !
(Murmure. Tout le monde se range.)
Vient de la part du maréchal de Gassion !
De Guiche, saluant Cyrano.
… Qui tient à vous mander son admiration
Pour le nouvel exploit dont le bruit vient de courre.
La foule.
Bravo !…
Cyrano, s’inclinant.
Bravo !…Le maréchal s’y connaît en bravoure.
De Guiche.
Il n’aurait jamais cru le fait si ces messieurs
N’avaient pu lui jurer l’avoir vu.
Cuigy.
N’avaient pu lui jurer l’avoir vu.De nos yeux.
Le Bret, bas à Cyrano, qui a l’air absent.
Mais…
Cyrano.
Mais…Tais-toi !
Le Bret.
Mais…Tais-toi !Tu parais souffrir !
Cyrano, tressaillant et se redressant vivement.
Mais…Tais-toi !Tu parais souffrir !Devant ce monde ?…
(Sa moustache se hérisse ; il poitrine.)
Moi souffrir ?… Tu vas voir !
De Guiche, auquel Cuigy a parlé à l’oreille.
Moi souffrir ?… Tu vas voir !Votre carrière abonde
De beaux exploits, déjà. — Vous servez chez ces fous
De Gascons, n’est-ce pas ?
Cyrano.
De gascons, n’est-ce pas ?Aux cadets, oui.
Un cadet, d’une voix terrible.
De gascons, n’est-ce pas ?Aux cadets, oui.Chez nous !
De Guiche, regardant les Gascons, rangés derrière Cyrano.
Ah ! ah !… Tous ces messieurs à la mine hautaine,
Ce sont donc les fameux ?…
Carbon de Castel-Jaloux.
Ce sont donc les fameux ?…Cyrano !
Cyrano.
Ce sont donc les fameux ?…Cyrano !Capitaine ?
Carbon.
Puisque ma compagnie est, je crois, au complet,
Veuillez la présenter au comte, s’il vous plaît.
Cyrano, faisant deux pas vers De Guiche, et montrant les cadets.
Ce sont les cadets de Gascogne
De Carbon de Castel-Jaloux ;
Bretteurs et menteurs sans vergogne,
Ce sont les cadets de Gascogne !
Parlant blason, lambel, bastogne,
Tous plus nobles que des filous,
Ce sont les cadets de Gascogne
De Carbon de Castel-Jaloux :
Œil d’aigle, jambe de cigogne,
Moustache de chat, dents de loups,
Fendant la canaille qui grogne,
Œil d’aigle, jambe de cigogne,
Ils vont, — coiffés d’un vieux vigogne
Dont la plume cache les trous ! —
Œil d’aigle, jambe de cigogne,
Moustache de chat, dents de loups !
Perce-Bedaine et Casse-Trogne
Sont leurs sobriquets les plus doux ;
De gloire, leur âme est ivrogne !
Perce-Bedaine et Casse-Trogne,
Dans tous les endroits où l’on cogne
Ils se donnent des rendez-vous…
Perce-Bedaine et Casse-Trogne
Sont leurs sobriquets les plus doux !
Voici les cadets de Gascogne
Qui font cocus tous les jaloux !
Ô femme, adorable carogne,
Voici les cadets de Gascogne !
Que le vieil époux se renfrogne :
Sonnez, clairons ! chantez, coucous !
Voici les cadets de Gascogne
Qui font cocus tous les jaloux !
De Guiche, nonchalamment assis dans un fauteuil que Ragueneau a vite apporté.
Un poète est un luxe, aujourd’hui, qu’on se donne.
— Voulez-vous être à moi ?
Cyrano.
— Voulez-vous être à moi ? Non, Monsieur, à personne.
De Guiche.
Votre verve amusa mon oncle Richelieu,
Hier. Je veux vous servir auprès de lui.
Le Bret, ébloui.
Hier. Je veux vous servir auprès de lui.Grand Dieu !
De Guiche.
Vous avez bien rimé cinq actes, j’imagine ?
Le Bret, à l’oreille de Cyrano.
Tu vas faire jouer, mon cher, ton Agrippine !
De Guiche.
Portez-les-lui.
Cyrano, tenté et un peu charmé.
Portez-les-lui.Vraiment…
De Guiche.
Portez-les-lui.Vraiment…Il est des plus experts.
Il vous corrigera seulement quelques vers…
Cyrano, dont le visage s’est immédiatement rembruni.
Impossible, Monsieur ; mon sang se coagule
En pensant qu’on y peut changer une virgule.
De Guiche.
Mais quand un vers lui plaît, en revanche, mon cher,
Il le paye très cher.
Cyrano.
Il le paye très cher.Il le paye moins cher
Que moi, lorsque j’ai fait un vers, et que je l’aime,
Je me le paye, en me le chantant à moi-même !
De Guiche.
Vous êtes fier.
Cyrano.
Vous êtes fier.Vraiment, vous l’avez remarqué ?
Un cadet, entrant avec, enfilés à son épée, des chapeaux aux plumets miteux, aux coiffes trouées, défoncées.
Regarde, Cyrano ! ce matin, sur le quai,
Le bizarre gibier à plumes que nous prîmes !
Les feutres des fuyards !…
Carbon.
Les feutres des fuyards !…Des dépouilles opimes !
Tout le monde, riant.
Ah ! Ah ! Ah !
Cuigy.
Ah ! Ah ! Ah ! Celui qui posta ces gueux, ma foi,
Doit rager aujourd’hui.
Brissaille.
Doit rager aujourd’hui.Sait-on qui c’est ?
De Guiche.
Doit rager aujourd’hui.Sait-on qui c’est ?C’est moi.
(Les rires s’arrêtent.)
Je les avais chargés de châtier, — besogne
Qu’on ne fait pas soi-même, — un rimailleur ivrogne.
(Silence gêné.)
Le cadet, à mi-voix, à Cyrano, lui montrant les feutres.
Que faut-il qu’on en fasse ? Ils sont gras… Un salmis ?
Cyrano, prenant l’épée où ils sont enfilés, et les faisant, dans un salut, tous glisser aux pieds de De Guiche.
Monsieur, si vous voulez les rendre à vos amis ?
De Guiche, se levant et d’une voix brève.
Ma chaise et mes porteurs, tout de suite : je monte.
(À Cyrano, violemment.)
Vous, Monsieur !…
Une voix, dans la rue, criant.
Vous, Monsieur !…Les porteurs de monseigneur le comte
De Guiche !
De Guiche, qui s’est dominé, avec un sourire.
De Guiche !… Avez-vous lu Don Quichot ?
Cyrano.
De Guiche !… Avez-vous lu Don Quichot ?Je l’ai lu.
Et me découvre au nom de cet hurluberlu.
De Guiche.
Veuillez donc méditer alors…
Un porteur, paraissant au fond.
Veuillez donc méditer alors…Voici la chaise.
De Guiche.
Sur le chapitre des moulins !
Cyrano, saluant.
Sur le chapitre des moulins !Chapitre treize.
De Guiche.
Car lorsqu’on les attaque, il arrive souvent…
Cyrano.
J’attaque donc des gens qui tournent à tout vent ?
De Guiche.
Qu’un moulinet de leurs grands bras chargés de toiles
Vous lance dans la boue !…
Cyrano.
Vous lance dans la boue !…Ou bien dans les étoiles !
(De Guiche sort. On le voit remonter en chaise. Les seigneurs s’éloignent en chuchotant. Le Bret les réaccompagne. La foule sort.)
Scène VIII
CYRANO, LE BRET, les Cadets, qui se sont attablés à droite et à gauche et auxquels on sert à boire et à manger.
Cyrano, saluant d’un air goguenard ceux qui sortent sans oser le saluer.
Messieurs… Messieurs… Messieurs…
Le Bret, désolé, redescendant, les bras au ciel.
Messieurs… Messieurs… Messieurs…Ah ! dans quels jolis draps…
Cyrano.
Oh ! toi ! tu vas grogner !
Le Bret.
Oh ! toi ! tu vas grogner ! Enfin, tu conviendras
Qu’assassiner toujours la chance passagère,
Devient exagéré.