Cyrano de Bergerac (page 7)

Edmond Rostand · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Cyrano de Bergerac (Rostand) · 16 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Cyrano.

Devient exagéré.Hé bien oui, j’exagère !

Le Bret, triomphant.

Ah !

Cyrano.

Ah ! Mais pour le principe, et pour l’exemple aussi,

Je trouve qu’il est bon d’exagérer ainsi.

Le Bret.

Si tu laissais un peu ton âme mousquetaire

La fortune et la gloire…

Cyrano.

La fortune et la gloire…Et que faudrait-il faire ?

Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,

Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc

Et s’en fait un tuteur en lui léchant l’écorce,

Grimper par ruse au lieu de s’élever par force ?

Non, merci. Dédier, comme tous ils le font,

Des vers aux financiers ? se changer en bouffon

Dans l’espoir vil de voir, aux lèvres d’un ministre,

Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?

Non, merci. Déjeuner, chaque jour, d’un crapaud ?

Avoir un ventre usé par la marche ? une peau

Qui plus vite, à l’endroit des genoux, devient sale ?

Exécuter des tours de souplesse dorsale ?…

Non, merci. D’une main flatter la chèvre au cou

Cependant que, de l’autre, on arrose le chou,

Et donneur de séné par désir de rhubarbe,

Avoir un encensoir, toujours, dans quelque barbe ?

Non, merci ! Se pousser de giron en giron,

Devenir un petit grand homme dans un rond,

Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,

Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ?

Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy

Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !

S’aller faire nommer pape par les conciles

Que dans les cabarets tiennent des imbéciles ?

Non, merci ! Travailler à se construire un nom

Sur un sonnet, au lieu d’en faire d’autres ? Non,

Merci ! Ne découvrir du talent qu’aux mazettes ?

Être terrorisé par de vagues gazettes,

Et se dire sans cesse : « Oh, pourvu que je sois

Dans les petits papiers du Mercure François ? »…

Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême,

Aimer mieux faire une visite qu’un poème,

Rédiger des placets, se faire présenter ?

Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais… chanter,

Rêver, rire, passer, être seul, être libre,

Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,

Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,

Pour un oui, pour un non, se battre, — ou faire un vers !

Travailler sans souci de gloire ou de fortune,

À tel voyage, auquel on pense, dans la lune !

N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît,

Et modeste d’ailleurs, se dire : mon petit,

Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,

Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !

Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,

Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,

Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,

Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,

Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,

Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !

Le Bret.

Tout seul, soit ! mais non pas contre tous ! Comment diable

As-tu donc contracté la manie effroyable

De te faire toujours, partout, des ennemis ?

Cyrano.

À force de vous voir vous faire des amis,

Et rire à ces amis dont vous avez des foules,

D’une bouche empruntée au derrière des poules !

J’aime raréfier sur mes pas les saluts,

Et m’écrie avec joie : un ennemi de plus !

Le Bret.

Quelle aberration !

Cyrano.

Quelle aberration !Eh bien ! oui, c’est mon vice.

Déplaire est mon plaisir. J’aime qu’on me haïsse.

Mon cher, si tu savais comme l’on marche mieux

Sous la pistolétade excitante des yeux !

Comme, sur les pourpoints, font d’amusantes taches

Le fiel des envieux et la bave des lâches !

— Vous, la molle amitié dont vous vous entourez,

Ressemble à ces grands cols d’Italie, ajourés

Et flottants, dans lesquels votre cou s’effémine :

On y est plus à l’aise… et de moins haute mine,

Car le front n’ayant pas de maintien ni de loi,

S’abandonne à pencher dans tous les sens. Mais moi,

La Haine, chaque jour, me tuyaute et m’apprête

La fraise dont l’empois force à lever la tête ;

Chaque ennemi de plus est un nouveau godron

Qui m’ajoute une gêne, et m’ajoute un rayon :

Car, pareille en tous points à la fraise espagnole,

La Haine est un carcan, mais c’est une auréole !

Le Bret, après un silence, passant son bras sous le sien.

Fais tout haut l’orgueilleux et l’amer, mais tout bas,

Dis-moi tout simplement qu’elle ne t’aime pas !

Cyrano, vivement.

Tais-toi !

(Depuis un moment, Christian est entré, s’est mêlé aux cadets ; ceux-ci ne lui adressent pas la parole ; il a fini par s’asseoir seul à une petite table où Lise le sert.)

Scène IX

CYRANO, LE BRET, Les Cadets, CHRISTIAN DE NEUVILETTE.

Un cadet, assis à une table du fond, le verre en main.

Tais-toi ! Hé ! Cyrano !

Tais-toi ! Hé ! Cyrano ! (Cyrano se retourne.)

Tais-toi ! Hé ! Cyrano ! Le récit ?

Cyrano.

Tais-toi ! Hé ! Cyrano ! Le récit ? Tout à l’heure !

(Il remonte au bras de Le Bret. Ils causent bas.)

Le cadet, se levant, et descendant.

Le récit du combat ! Ce sera la meilleure

Leçon

Leçon(Il s’arrête devant la table où est Christian.)

Leçonpour ce timide apprentif !

Christian, levant la tête.

Leçonpour ce timide apprentif ! Apprentif ?

Un autre cadet.

Oui, septentrional maladif !

Christian.

Oui, septentrional maladif ! Maladif ?

Premier cadet, goguenard.

Monsieur de Neuvillette, apprenez quelque chose :

C’est qu’il est un objet, chez nous, dont on ne cause

Pas plus que de cordon dans l’hôtel d’un pendu !

Christian.

Qu’est-ce ?

Un autre cadet, d’une voix terrible.

Qu’est-ce ?Regardez-moi !

(Il pose trois fois, mystérieusement, son doigt sur son nez.)

Qu’est-ce ?Regardez-moi !M’avez-vous entendu ?

Christian.

Ah ! c’est le…

Un autre.

Ah ! c’est le…Chut !… jamais ce mot ne se profère !

(Il montre Cyrano qui cause au fond avec Le Bret.)

Ou c’est à lui, là-bas, que l’on aurait affaire !

Un autre, qui, pendant qu’il était tourné vers les premiers, est venu sans bruit s’asseoir sur la table, dans son dos.

Deux nasillards par lui furent exterminés

Parce qu’il lui déplut qu’ils parlassent du nez !

Un autre, d’une voix caverneuse, — surgissant de sous la table où il s’est glissé à quatre pattes.

On ne peut faire, sans défuncter avant l’âge,

La moindre allusion au fatal cartilage !

Un autre, lui posant la main sur l’épaule.

Un mot suffit ! Que dis-je, un mot ? Un geste, un seul !

Et tirer son mouchoir, c’est tirer son linceul !

(Silence. Tous autour de lui, les bras croisés, le regardent. Il se lève et va à Carbon de Castel-Jaloux qui, causant avec un officier, a l’air de ne rien voir.)

Christian.

Capitaine !

Carbon, se retournant et le toisant.

Capitaine !Monsieur ?

Christian.

Capitaine !Monsieur ?Que fait-on quand on trouve

Des méridionaux trop vantards ?…

Carbon.

Des méridionaux trop vantards ?…On leur prouve

Qu’on peut être du Nord et courageux.

(Il lui tourne le dos.)

Christian.

Qu’on peut être du Nord et courageux.Merci.

Premier cadet, à Cyrano.

Maintenant, ton récit !

Tous.

Maintenant, ton récit !Son récit !

Cyrano, redescendant vers eux.

Maintenant, ton récit !Son récit !Mon récit ?…

(Tous rapprochent leurs escabeaux, se groupent autour de lui, tendent le col. Christian s’est mis à cheval sur une chaise.)

Eh bien ! donc je marchais tout seul, à leur rencontre.

La lune, dans le ciel, luisait comme une montre,

Quand soudain, je ne sais quel soigneux horloger

S’étant mis à passer un coton nuager

Sur le boîtier d’argent de cette montre ronde,

Il se fit une nuit la plus noire du monde,

Et les quais n’étant pas du tout illuminés,

Mordious ! on n’y voyait pas plus loin…

Christian.

Mordious ! on n’y voyait pas plus loin…Que son nez.

(Silence. Tout le monde se lève lentement. On regarde Cyrano avec terreur. Celui-ci s’est interrompu, stupéfait. Attente.)

Cyrano.

Qu’est-ce que c’est que cet homme-là ?

Un cadet, à mi-voix.

Qu’est-ce que c’est que cet homme-là ?C’est un homme

Arrivé ce matin.

Cyrano, faisant un pas vers Christian.

Arrivé ce matin.Ce matin ?

Carbon, à mi-voix.

Arrivé ce matin.Ce matin ?Il se nomme

Le baron de Neuvil…

Cyrano, vivement, s’arrêtant.

Le baron de Neuvil…Ah ! c’est bien…

(Il pâlit, rougit, a encore un mouvement pour se jeter sur Christian.)

Le baron de Neuvil…Ah ! c’est bien…Je…

(Puis, il se domine, et dit d’une voix sourde.)

Le baron de Neuvil…Ah ! c’est bien…Je…Très bien…

(Il reprend.)

Je disais donc…

(Avec un éclat de rage dans la voix.)

Je disais donc…Mordious !…

(Il continue d’un ton naturel.)

Je disais donc…Mordious !…que l’on n’y voyait rien.

(Stupeur. On se rassied en se regardant.)

Et je marchais, songeant que pour un gueux fort mince

J’allais mécontenter quelque grand, quelque prince,

Qui m’aurait sûrement…

Christian.

Qui m’aurait sûrement…Dans le nez…

(Tout le monde se lève. Christian se balance sur sa chaise.)

Cyrano, d’une voix étranglée.

Qui m’aurait sûrement…Dans le nez…Une dent, —

Qui m’aurait une dent… et qu’en somme, imprudent,

J’allais fourrer…

Christian.

J’allais fourrer…Le nez…

Cyrano.

J’allais fourrer…Le nez…Le doigt… entre l’écorce

Et l’arbre, car ce grand pouvait être de force

À me faire donner…

Christian.

À me faire donner…Sur le nez…

Cyrano, essuyant la sueur à son front.

À me faire donner…Sur le nez…Sur les doigts.

— Mais j’ajoutai : Marche, Gascon, fais ce que dois !

Va, Cyrano ! Et ce disant, je me hasarde,

Quand, dans l’ombre, quelqu’un me porte…

Christian.

Quand, dans l’ombre, quelqu’un me porte…Une nasarde.

Cyrano.

Je la pare et soudain me trouve…

Christian.

Je la pare et soudain me trouve…Nez à nez…

Cyrano, bondissant vers lui.

Ventre-Saint-Gris !

(Tous les Gascons se précipitent pour voir ; arrivé sur Christian, il se maîtrise et continue.)

Ventre-Saint-Gris !avec cent braillards avinés

Qui puaient…

Christian.

Qui puaient…À plein nez…

Cyrano, blême et souriant.

Qui puaient…À plein nez…L’oignon et la litharge !

Je bondis, front baissé…

Christian.

Je bondis, front baissé…Nez au vent !

Cyrano.

Je bondis, front baissé…Nez au vent !Et je charge !

J’en estomaque deux ! J’en empale un tout vif !

Quelqu’un m’ajuste : Paf ! et je riposte…

Christian.

Quelqu’un m’ajuste : Paf ! et je riposte…Pif !

Cyrano, éclatant.

Tonnerre ! Sortez tous !

(Tous les cadets se précipitent vers les portes.)

Premier cadet.

Tonnerre ! Sortez tous !C’est le réveil du tigre !

Cyrano.

Tous ! Et laissez-moi seul avec cet homme !

Deuxième cadet.

Tous ! Et laissez-moi seul avec cet homme !Bigre !

On va le retrouver en hachis !

Ragueneau.

On va le retrouver en hachis !En hachis ?

Un autre cadet.

Dans un de vos pâtés !

Ragueneau.

Dans un de vos pâtés !Je sens que je blanchis,

Et que je m’amollis comme une serviette !

Carbon.

Sortons !

Un autre.

Sortons !Il n’en va pas laisser une miette !

Un autre.

Ce qui va se passer ici, j’en meurs d’effroi !

Un autre, refermant la porte de droite.

Quelque chose d’épouvantable !

(Ils sont tous sortis, — soit par le fond, soit par les côtés, — quelques-uns ont disparu par l’escalier. Cyrano et Christian restent face à face, et se regardent un moment.)

Scène X

CYRANO, CHRISTIAN.

Cyrano.

Quelque chose d’épouvantable !Embrasse-moi !

Christian.

Monsieur…

Cyrano.

Monsieur…Brave.

Christian.

Monsieur…Brave.Ah çà ! mais !…

Cyrano.

Monsieur…Brave.Ah çà ! mais !…Très brave. Je préfère.

Christian.

Me direz-vous ?…

Cyrano.

Me direz-vous ?…Embrasse-moi. Je suis son frère.

Christian.

De qui ?

Cyrano.

De qui ?Mais d’elle !

Christian.

De qui ?Mais d’elle !Hein ?…

Cyrano.

De qui ?Mais d’elle !Hein ?…Mais de Roxane !

Christian, courant à lui.

De qui ?Mais d’elle !Hein ?…Mais de Roxane !Ciel !

Vous, son frère ?

Cyrano.

Vous, son frère ?Ou tout comme : un cousin fraternel.

Christian.

Elle vous a ?…

Cyrano.

Elle vous a ?…Tout dit !

Christian.

Elle vous a ?…Tout dit !M’aime-t-elle ?

Cyrano.

Elle vous a ?…Tout dit !M’aime-t-elle ?Peut-être !

Christian, lui prenant les mains.

Comme je suis heureux, Monsieur, de vous connaître !

Cyrano.

Voilà ce qui s’appelle un sentiment soudain.

Christian.

Pardonnez-moi…

Cyrano, le regardant, et lui mettant la main sur l’épaule.

Pardonnez-moi…C’est vrai qu’il est beau, le gredin !

Christian.

Si vous saviez, Monsieur, comme je vous admire !

Cyrano.

Mais tous ces nez que vous m’avez…

Christian.

Mais tous ces nez que vous m’avez…Je les retire !

Cyrano.

Roxane attend ce soir une lettre…

Christian.

Roxane attend ce soir une lettre…Hélas !

Cyrano.

Roxane attend ce soir une lettre…Hélas !Quoi !

Christian.

C’est me perdre que de cesser de rester coi !

Cyrano.

Comment ?

Christian.

Comment ?Las ! je suis sot à m’en tuer de honte.

Cyrano.

Mais non, tu ne l’es pas puisque tu t’en rends compte.

D’ailleurs, tu ne m’as pas attaqué comme un sot.

Christian.

Bah ! on trouve des mots quand on monte à l’assaut !

Oui, j’ai certain esprit facile et militaire,

Mais je ne sais, devant les femmes, que me taire.

Oh ! leurs yeux, quand je passe, ont pour moi des bontés…

Cyrano.

Leurs cœurs n’en ont-ils plus quand vous vous arrêtez ?

Christian.

Non ! car je suis de ceux, — je le sais… et je tremble ! —

Qui ne savent parler d’amour…

Cyrano.

Qui ne savent parler d’amour.Tiens !… Il me semble

Que si l’on eût pris soin de me mieux modeler,

J’aurais été de ceux qui savent en parler.

Christian.

Oh ! pouvoir exprimer les choses avec grâce !

Cyrano.

Être un joli petit mousquetaire qui passe !

Christian.

Roxane est précieuse et sûrement je vais

Désillusionner Roxane !

Cyrano, regardant Christian.

Désillusionner Roxane !Si j’avais

Pour exprimer mon âme un pareil interprète !

Christian, avec désespoir.

Il me faudrait de l’éloquence !

Cyrano, brusquement.

Il me faudrait de l’éloquence !Je t’en prête !

Toi du charme physique et vainqueur, prête-m’en :

Et faisons à nous deux un héros de roman !

Christian.

Quoi ?

Cyrano.

Quoi ?Te sens-tu de force à répéter les choses

Que chaque jour je t’apprendrai ?…

Christian.

Que chaque jour je t’apprendrai ?…Tu me proposes ?…

Cyrano.

Roxane n’aura pas de désillusion !

Dis, veux-tu qu’à nous deux nous la séduisions ?

Veux-tu sentir passer, de mon pourpoint de buffle

Dans ton pourpoint brodé, l’âme que je t’insuffle !…

Christian.

Mais, Cyrano !…

Cyrano.

Mais, Cyrano !…Christian, veux-tu ?

Christian.

Mais, Cyrano !…Christian, veux-tu ?Tu me fais peur !

Cyrano.

Puisque tu crains, tout seul, de refroidir son cœur,

Veux-tu que nous fassions — et bientôt tu l’embrases ! —

Collaborer un peu tes lèvres et mes phrases ?…

Christian.

Tes yeux brillent !…

Cyrano.

Tes yeux brillent !…Veux-tu ?…

Christian.

Tes yeux brillent !…Veux-tu ?…Quoi ! cela te ferait

Tant de plaisir ?…

Cyrano, avec enivrement.

Tant de plaisir ?…Cela…

(Se reprenant, et en artiste.)

Tant de plaisir ?…Cela…Cela m’amuserait !

C’est une expérience à tenter un poète.

Veux-tu me compléter et que je te complète ?

Tu marcheras, j’irai dans l’ombre à ton côté :

Je serai ton esprit, tu seras ma beauté.

Christian.

Mais la lettre qu’il faut, au plus tôt, lui remettre !

Je ne pourrai jamais…

Cyrano, sortant de son pourpoint la lettre qu’il a écrite.

Je ne pourrai jamais…Tiens, la voilà, ta lettre !

Christian.

Comment ?

Cyrano.

Comment ?Hormis l’adresse, il n’y manque plus rien.

Christian.

Je…

Cyrano.

Je…Tu peux l’envoyer. Sois tranquille. Elle est bien.

Christian.

Vous aviez ?…

Cyrano.

Vous aviez ?…Nous avons toujours, nous, dans nos poches,

Des épîtres à des Chloris… de nos caboches,

Car nous sommes ceux-là qui pour amantes n’ont

Que du rêve soufflé dans la bulle d’un nom !…

Prends, et tu changeras en vérités ces feintes ;

Je lançais au hasard ces aveux et ces plaintes :

Tu verras se poser tous ces oiseaux errants.

Tu verras que je fus dans cette lettre — prends ! —

D’autant plus éloquent que j’étais moins sincère !

— Prends donc, et finissons !

Christian.

— Prends donc, et finissons !N’est-il pas nécessaire

De changer quelques mots ? Écrite en divaguant,

Ira-t-elle à Roxane ?

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