L’Aiglon (page 10)
L’EMPEREUR, très simplement.
Ça n’empêchera pas…Levez-vous, mes enfants
(Il descend. Les petits papiers palpitent de plus en plus. Il a sa longue tête triste des portraits. Mais un grand air de bonté. Il est vêtu, avec une bonhomie voulue, du costume bourgeois qu’il affectionne : redingote de drap gris s’ouvrant sur un gilet paille ; culotte de drap gris entrant dans des bottes. Il prend la supplique que lui tend une femme, la lit, et la passe au chambellan qui le suit, en disant :)
La pension doublée.
LA FEMME, se prosternant.
La pension doublée.Ah ! Sire !
L’EMPEREUR, après avoir lu la supplique que lui tend un paysan.
La pension doublée.Ah ! Sire !Hé ! hé ! la paire
De bœufs ! diable ! c’est cher !…
(Il passe le papier au chambellan en disant :) De bœufs ! diable ! c’est cher !…Accordé !
LE PAYSAN, avec effusion.
De bœufs ! diable ! c’est cher !…Accordé !Notre père !
L’EMPEREUR, passant au chambellan la supplique d’une paysanne, qu’il vient de lire.
Accordé !
LA PAYSANNE, le bénissant.
Accordé !Père Franz !…
L’EMPEREUR, s’arrêtant devant un pauvre homme qu’il reconnaît.
Accordé !Père Franz !…Encor toi ?… Ça va bien
À la maison ?
L’HOMME, tournant son bonnet dans ses mains.
À la maison ?Pas mal.
L’EMPEREUR, après avoir passé la pétition au chambellan, arrive devant une vieille villageoise.
À la maison ?Pas mal.Eh bien ? la vieille, eh bien ?
LA VIEILLE, pendant que l’Empereur lit sa supplique.
Oui, tu comprends, le vent a fait mourir les poules…
L’EMPEREUR, passant la supplique.
Allons, soit !…
(Il prend un autre papier que lui tend un Tyrolien et, après avoir lu.) Allons, soit !…Un chanteur ?
LE TYROLIEN.
Allons, soit !…Un chanteur ?…Je sais iouler.
L’EMPEREUR, souriant.
Allons, soit !…Un chanteur ?…Je sais iouler.Tu ioules ?
— Viens à Baden, demain, chanter chez nous.
LE CHAMBELLAN, annotant la supplique que lui passe l’Empereur.
— Viens à Baden, demain, chanter chez nous.Le nom ?
LE TYROLIEN, vivement.
Schnauser.
L’EMPEREUR, arrêté devant un grand gaillard aux jambes nues.
Schnauser.Un montagnard ?
LE MONTAGNARD.
Schnauser.Un montagnard ?Là-bas, à l’horizon,
J’habite le mont bleu qui jusqu’au ciel s’élève :
Être cocher de fiacre, à Vienne, c’est mon rêve.
L’EMPEREUR, haussant les épaules.
Allons ! tu le seras !…
(Il passe la supplique au chambellan, et prend des mains d’un fermier cossu la suivante qu’il lit à mi-voix.) Allons ! tu le seras !Un grand cultivateur
Voudrait que Franz lui fît restituer le cœur
De sa fille, que prit un verrier de Bohême.
(Lui rendant son placet.) — Tu marieras ta fille au Bohémien qu’elle aime.
LE FERMIER, désappointé.
Mais…
L’EMPEREUR.
Mais…Je le doterai.
(La figure du fermier s’éclaire.)
LE CHAMBELLAN, prenant note.
Mais…Je le doterai.Le nom ?
LE FERMIER, vivement.
Mais…Je le doterai.Le nom ?Johannès Schmoll.
(Se courbant devant l’Empereur.) Je te baise les mains !
L’EMPEREUR, lisant le papier qu’il a pris des mains d’un jeune berger profondément incliné et enveloppé d’un grand manteau.
Je te baise les mains !Un pâtre du Tyrol,
Orphelin, sans appui, dépouillé de sa terre,
Chassé par des bergers ennemis de son père,
Voudrait revoir ses bois et son ciel… — Très touchant !
Et le champ paternel !… On lui rendra son champ.
(Il passe la supplique au chambellan, qui l’annote.)
LE CHAMBELLAN.
Le nom de ce berger qui demande assistance ?
LE PÂTRE, se redressant.
C’est le duc de Reichstadt, et le champ, c’est la France !
(Il jette son manteau, et l’uniforme blanc apparaît. Mouvement. Silence effrayé.)
L’EMPEREUR, d’une voix brève.
Sortez tous.
(Les officiers font rapidement sortir tout le monde. Les portes se referment. Le grand-père et le petit-fils sont seuls.)
Scène II
L’EMPEREUR, LE DUC.
L’EMPEREUR, d’une voix qui tremble de colère.
Sortez tous.Qu’est ceci ?
LE DUC, immobile et tenant encore à la main son petit chapeau de montagnard.
Sortez tous.Qu’est ceci ?Donc, si je n’étais rien,
Sire, vous le voyez, qu’un pauvre Tyrolien,
N’ayant pour attirer vos yeux, chasseur ou pâtre,
Qu’une plume de coq à son feutre verdâtre,
Vous vous seriez penché sur mon cœur ébloui.
L’EMPEREUR.
Mais, Franz !…
LE DUC.
Mais, Franz !…Ah ! je comprends que tous vos sujets, — oui,
Que tous les malheureux, — toujours, puissent se dire
Vos fils autant que nous ! Mais est-il juste, Sire,
Est-il juste que moi, quand je suis malheureux,
Je sois moins votre fils que le moindre d’entre eux ?
L’EMPEREUR, avec humeur
Mais pourquoi donc — il faut, Monsieur, que je vous gronde ! —
Là, quand je m’occupais de tout ce pauvre monde,
M’être venu parler, et non pas en secret ?
LE DUC.
Pour vous prendre au moment où votre cœur s’ouvrait.
L’EMPEREUR, bourru, se jetant dans le fauteuil.
Mon cœur !… Mon cœur !… Sais-tu que ton audace est grande ?
LE DUC.
Je sais que vous pouvez ce que je vous demande,
Que je suis malheureux, que je me sens à bout,
Et que vous êtes mon grand-père, voilà tout !
L’EMPEREUR, s’agitant.
Mais il y a l’Europe ! — Il y a l’Angleterre ! —
Il y a Metternich !
LE DUC.
Il y a Metternich !Vous êtes mon grand-père.
L’EMPEREUR.
Mais vous ne savez pas quelle difficulté !…
LE DUC.
Je suis le petit-fils de Votre Majesté.
L’EMPEREUR.
Mais…
LE DUC, se rapprochant.
Mais…Sire, vous avez, Sire, en qui seul j’espère,
Bien le droit d’être un peu grand-père ?…
L’EMPEREUR, plus faiblement.
Bien le droit d’être un peu grand-père ?…Mais…
LE DUC, plus près.
Bien le droit d’être un peu grand-père ?…Mais…Grand-père,
Tu peux bien un moment ne pas être empereur ?
L’EMPEREUR.
Ah !… vous avez été toujours un enjôleur !
LE DUC.
Je ne vous aime pas, d’abord, lorsque vous êtes
Comme dans le portrait de la Salle des Fêtes,
Avec le grand manteau, la Toison d’or au cou !
(Il se rapproche encore.) Mais comme ça, tenez, vous me plaisez beaucoup.
Avec le doux argent de tes cheveux, qui flotte,
Tes bons yeux, ton gilet, ta longue redingote,
Tu n’as l’air que d’un simple aïeul, en vérité,
— Par lequel on pourrait être gâté !…
L’EMPEREUR, bougonnant.
— Par lequel on pourrait être gâté !…Gâté !
LE DUC, s’agenouillant aux pieds du vieil empereur.
Ne peux-tu te passer de voir Louis-Philippe,
Sur les écus français faire toujours sa lippe ?
L’EMPEREUR, ne voulant pas sourire.
Chut !… chut !
LE DUC.
Chut !… chut !Adores-tu ces gros Bourbons caducs ?
L’EMPEREUR, lui caressant les cheveux, pensivement.
Vous ne ressemblez pas aux autres archiducs !
LE DUC.
Tu crois ?
L’EMPEREUR.
Tu crois ?D’où tenez-vous l’art des gamineries ?
LE DUC.
Mais c’est d’avoir joué, petit, aux Tuileries.
L’EMPEREUR, le menaçant du doigt.
Ah ! vous y revenez ?
LE DUC.
Ah ! vous y revenez ?J’y voudrais revenir.
L’EMPEREUR, fixant gravement l’enfant agenouillé.
En avez-vous gardé vraiment le souvenir ?
LE DUC.
Vague…
L’EMPEREUR, après une seconde d’hésitation.
Vague…Et de votre père ?
LE DUC, fermant les yeux.
Vague…Et de votre père ?Il me souvient d’un homme
Qui me serrait, très fort, — sur une étoile. Et comme
Il serrait, je sentais, en pleurant de frayeur,
L’étoile en diamants qui m’entrait dans le cœur.
(Il se lève et fièrement.) — Sire, elle y est restée.
L’EMPEREUR, lui tendant la main.
— Sire, elle y est restée.Est-ce que je t’en blâme ?
LE DUC, avec chaleur.
Oui, oui, laissez parler la bonté de votre âme !
Lorsque j’étais petit, vous m’aimiez, n’est-ce pas ?
Vous vouliez avec moi prendre tous vos repas.
Nous dînions tous les deux, tout seuls…
L’EMPEREUR, rêvant.
Nous dînions tous les deux, tout seuls…C’était un charme !
LE DUC.
J’avais de longs cheveux. J’étais prince de Parme.
(Il s’assied sur le bras du fauteuil.) Quand on me punissait, toi, tu me pardonnais !
L’EMPEREUR, souriant.
Et te rappelles-tu ton horreur des poneys ?
LE DUC.
Un jour qu’on m’en montrait un blanc comme la neige,
Je trépignais de rage au milieu du manège.
L’EMPEREUR, riant.
Dame ! un poney pour toi, tu prenais ça très mal !
LE DUC.
Furieux, je criais : « Je veux un grand cheval ! »
L’EMPEREUR, secouant la tête.
Et c’est un grand cheval, encor, que tu demandes !
LE DUC.
Et lorsque je battais mes bonnes allemandes !
L’EMPEREUR, entraîné par ces souvenirs.
Et lorsque, avec Colin, vous creusiez, sans façon,
Des grands trous dans mon parc…
LE DUC.
Des grands trous dans mon parc…On faisait Robinson.
L’EMPEREUR, grossissant sa voix.
C’était vous, Robinson !
LE DUC.
C’était vous, Robinson !J’entrais dans ces cachettes,
Et j’avais un fusil, deux arcs et trois hachettes !
L’EMPEREUR, s’animant de plus en plus.
Puis, tu montais la garde à ma porte !…
LE DUC.
Puis, tu montais la garde à ma porte !…En hussard !
L’EMPEREUR.
Et les dames, chez moi, n’entraient plus qu’en retard,
Et trouvaient cette excuse, en entrant, naturelle :
« Pardon, Sire, mais j’embrassais la sentinelle ! »
LE DUC.
Tu m’aimais bien.
L’EMPEREUR, l’entourant de ses bras.
Tu m’aimais bien.Je t’aime encor !
LE DUC, se laissant glisser sur les genoux de son grand-père.
Tu m’aimais bien.Je t’aime encor !Prouve-le-moi !
L’EMPEREUR, tout à fait attendri.
Mon petit-fils, mon Franz !
LE DUC.
Mon petit-fils, mon Franz ! Est-il vrai que le roi,
Si moi je paraissais, n’aurait qu’à disparaître ?
L’EMPEREUR.
Mais…
LE DUC.
Mais…Dis la vérité !
L’EMPEREUR.
Mais…Dis la vérité !Je…
LE DUC, lui mettant un doigt sur les lèvres.
Mais…Dis la vérité !Je…Ne mens pas !
L’EMPEREUR.
Mais…Dis la vérité !Je…Ne mens pas !Peut-être !
LE DUC, l’embrassant avec un cri de joie.
Ah ! je t’aime !
L’EMPEREUR, conquis et oubliant tout.
Ah ! je t’aime !Eh bien ! oui, sur le pont de Strasbourg,
Si, toi, tu paraissais, tout seul, sans un tambour,
C’en serait fait du roi !
LE DUC, l’embrassant encore plus fort.
C’en serait fait du roi !Je t’adore, grand-père !
L’EMPEREUR.
Mais tu m’étouffes !
LE DUC.
Mais tu m’étouffes !Non !
L’EMPEREUR, riant et se débattant.
Mais tu m’étouffes !Non !J’aurais bien dû me taire !
LE DUC, très sérieusement.
D’ailleurs le vent de Vienne est mauvais pour ma toux,
On m’ordonne Paris.
L’EMPEREUR.
On m’ordonne Paris.Vraiment ?
LE DUC.
On m’ordonne Paris.Vraiment ?L’air est plus doux.
Et s’il faut qu’à Paris pour moi la saison s’ouvre,
Je ne peux pourtant pas descendre ailleurs qu’au Louvre.
L’EMPEREUR.
Ah ! bah !
LE DUC.
Ah ! bah !Si tu voulais !
L’EMPEREUR, très tenté.
Ah ! bah !Si tu voulais !Certes, on nous proposa
Souvent de vous laisser enfuir !…
LE DUC, vivement.
Souvent de vous laisser enfuir !…Oh ! fais donc ça !
L’EMPEREUR.
Mon Dieu ! je voudrais bien…
LE DUC.
Mon Dieu ! je voudrais bien…Tu peux !
L’EMPEREUR.
Mon Dieu ! je voudrais bien…Tu peux !Ce qui m’arrête…
LE DUC.
N’ayez pas des pensers de derrière la tête.
Ayez des sentiments, là, de devant le cœur.
Ce serait si joli qu’un jour un empereur
Pour gâter son enfant bouleversât l’histoire ;
Et puis c’est quelque chose, et c’est un peu de gloire,
De pouvoir quelquefois, — sans avoir l’air, tu sais, —
Dire : « Mon petit-fils, l’empereur des Français ! »
L’EMPEREUR, de plus en plus charmé.
Certes !
LE DUC, impétueusement.
Certes !Tu le diras ! Dis que tu vas le dire !
L’EMPEREUR, après une dernière hésitation.
Eh bien ! mais…
LE DUC, suppliant.
Eh bien ! mais…Sire !
L’EMPEREUR, ne résistant plus et lui ouvrant les bras.
Eh bien ! mais…Sire !Oui, sire !
LE DUC, avec un cri de joie.
Eh bien ! mais…Sire !Oui, sire !Ah ! sire !
L’EMPEREUR.
Eh bien ! mais…Sire !Oui, sire !Ah ! sire !Sire !
LE DUC.
Eh bien ! mais…Sire !Oui, sire !Ah ! sire !Sire !Sire !
(Ils sont dans les bras l’un de l’autre, pleurant et riant à la fois. La porte s’ouvre. Metternich paraît. Il est en grand costume : habit vert chamarré d’or, culotte courte et bas blancs ; la Toison d’or jaillit de sa cravate. Il reste immobile une seconde, contemplant d’un œil de ministre ce tableau de famille.)
L’EMPEREUR, l’aperçoit, et vivement au duc.
Metternich !
(Le grand-père et le petit-fils se séparent, comme pris en faute.)
Scène III
L’EMPEREUR, LE DUC, METTERNICH.
L’EMPEREUR, peu rassuré, au duc.
Metternich !Ne crains rien.
(Il se lève, et posant sa main sur la tête du prince qui est resté à genoux, il dit à Metternich d’une voix qu’il essaye de rendre ferme.) Metternich !Ne crains rien.Je veux…
LE DUC, à part.
Metternich !Ne crains rien.Je veux…Tout est perdu !
L’EMPEREUR, avec beaucoup de force et de majesté.
Je veux que cet enfant règne.
METTERNICH, s’inclinant profondément.
Je veux que cet enfant règne.C’est entendu.
(Se tournant vers le duc.) Avec vos partisans, Prince, je vais me mettre
En rapport…
LE DUC, étonné.
En rapport…Je craignais…
L’EMPEREUR, un peu étonné aussi, mais se redressant fièrement.
En rapport…Je craignais…Quoi donc ?… C’est moi le maître !
LE DUC, gaiement, prenant le bras de son grand-père.
Qui vas-tu m’envoyer, dis, comme ambassadeur ?
METTERNICH, descendant.
… Entendu !…
L’EMPEREUR, au duc, lui donnant une tape sur la joue.
… Entendu !…Tu viendras me voir, en empereur ?
LE DUC, avec importance.
Oui, peut-être, — quand mes Chambres seront sorties !
METTERNICH, immobile, près de la table, à droite.
Nous ne demanderons que quelques garanties.
LE DUC, le regardant.
Tout ce que vous voudrez !
L’EMPEREUR, qui s’est rassis.
Tout ce que vous voudrez !Es-tu content ?
(Le duc lui baise la main.)
METTERNICH, négligemment.
Tout ce que vous voudrez !Es-tu content ?D’abord,
Sur des points de détail nous nous mettrons d’accord.
Je crois que vous aurez des groupes à dissoudre…
Nous craignons les voisins qui cultivent la foudre.
LE DUC, qui écoute à peine, à l’Empereur.
Cher grand-père !
METTERNICH.
Cher grand-père !Ah ! et puis… dame ! on nous ennuyait
Un peu beaucoup avec les héros de Juillet !
LE DUC, dressant l’oreille.
Mais…
METTERNICH, continuant froidement.
Mais…Le libéralisme et le bonapartisme
Se tenant… il faudra couper le petit isthme ;
Craindre l’esprit nouveau, dangereux et brillant…
Expulser Lamennais…
LE DUC, s’éloignant d’un pas de son grand-père.
Expulser Lamennais…Mais…
METTERNICH, impassible.
Expulser Lamennais…Mais…Et Chateaubriand.
Ah ! et puis… se résoudre à museler la presse…
LE DUC.
Oh ! ça ne presse pas…
L’EMPEREUR.
Oh ! ça ne presse pas…Mais si, mais si, ça presse !
LE DUC, reculant encore d’un pas.
J’en demande pardon à Votre Majesté,
Mais c’est blesser la Liberté.
L’EMPEREUR, choqué.
Mais c’est blesser la Liberté.La Liberté…
METTERNICH.
Ah ! et puis… nous laisser opérer à Bologne.
Ah ! et puis… se calmer un peu sur la Pologne.
LE DUC, le regardant.
Ah !… et puis ?
METTERNICH.
Ah !… et puis ?Eh bien ! mais, nous solutionnons
La question des noms… vous savez bien, les noms
Des batailles,
(S’inclinant d’un air de condoléances vers l’Empereur.) Des batailles,… mon Dieu, Sire, que vous perdîtes ! —
Il faudra les ôter aux maréchaux.
LE DUC, avec hauteur.
Il faudra les ôter aux maréchaux.Vous dites ?
L’EMPEREUR, conciliant.
Oh ! peut-être…
METTERNICH, sèchement.
Oh ! peut-être…Pardon, mais ces gens-là sont fous
De se croire seigneurs de lieux qui sont à vous,
Et vous n’approuvez pas cette façon, je pense,
D’emporter, dans leurs noms, nos villages en France !
LE DUC.
Ah ! grand-père ! grand-père !
(Il est maintenant tout à fait loin de l’Empereur.)
L’EMPEREUR, baissant la tête.
Ah ! grand-père ! grand-père !Il est bien évident…
LE DUC, douloureusement.
Nous étions dans les bras l’un de l’autre, pourtant !
(Et se tournant vers Metternich.) Avez-vous quelque chose à demander encore ?
METTERNICH, tranquillement.
Oui. La suppression du drapeau tricolore.