L’Aiglon (page 9)

Edmond Rostand · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — L’Aiglon · 22 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Elle ayant l’air de dessiner comme une Anglaise,

Et moi parlant du fond d’un trou comme un souffleur, —

Nous causons des moyens de vous faire empereur.

LE DUC, après un léger silence d’émotion.

Et pour un dévouement d’une suite pareille,

Que me demandes-tu ?

FLAMBEAU.

Que me demandes-tu ? De me tirer l’oreille.

LE DUC.

De ?…

FLAMBEAU, gaiement.

De ?…Que peut demander un ex-grognard ?

LE DUC, un peu troublé par sa familiarité soldatesque.

De ?…Que peut demander un ex-grognard ? Un ex ?…

FLAMBEAU.

J’attends !… Mais allez donc !… Oui… le pouce… et l’index…

(Le Duc lui tire l’oreille, maladroitement, d’un geste, malgré lui, hautain. Flambeau fait la moue.) Ah ! ce n’est pas ainsi, Monseigneur, qu’on la pince !

Vous, vous ne savez pas ; vous, — vous êtes trop prince !

LE DUC, tressaillant.

Ah ! tu crois ?

MARMONT.

Ah ! tu crois ?Maladroit, de lui dire ce mot !

FLAMBEAU.

Quand le prince est Français, c’est un demi-défaut !

LE DUC, anxieusement.

Mais… me sent-on Français dans ce palais d’Autriche ?

FLAMBEAU.

Oh ! oui !

(Regardant autour de lui.) Oh ! oui !Vous n’allez pas ici. C’est lourd ! C’est riche !

MARMONT.

Comment, tu vois ça, toi ?

FLAMBEAU.

Comment, tu vois ça, toi ? Mon frère est tapissier,

Et travaille, à Paris, pour Fontaine et Percier.

Ça veut nous imiter. Mais ils vous ont, tonnerre !

Un Louis-Quinze, ici, — qui n’est pas ordinaire !

Je ne suis pas un grand connaisseur, mais j’ai l’œil !…

(Il saisit un fauteuil que sa large main enlève comme une plume, et désignant le lourd bois doré, d’un goût allemand.) Est-ce assez siroté, le bois de ce fauteuil !

(Il le repose, et montrant la tapisserie montée dans ce bois.) Mais la tapisserie !… hein ? ce goût !… ce mystère !…

Ça chante !… ça sourit !… ça fiche tout par terre !

Pourquoi ? Vous le savez : ce sont des Gobelins !

Et comme on voit que ça, c’est fait par des malins !

Ça jure, là-dedans, ce goût, cette élégance !…

— Vous aussi, Monseigneur, on vous a fait en France.

MARMONT, au duc.

Il faut y retourner !

FLAMBEAU.

Il faut y retourner ! Et sur la croix d’honneur

Venir faire remettre un petit empereur !

LE DUC.

Mais qui donc ont-ils mis à sa place ?

FLAMBEAU.

Mais qui donc ont-ils mis à sa place ? Henri Quatre.

Dame ! il fallait trouver quelqu’un qui sût se battre…

Mais, basta ! l’empereur Napoléon sourit

D’avoir, pour fausse barbe, un jour, le roi Henri !…

— Avez-vous jamais vu la croix ?

LE DUC, mélancoliquement.

Avez-vous jamais vu la croix ? Dans des vitrines.

FLAMBEAU.

Monseigneur, il fallait voir ça sur des poitrines !

Là, sur le drap bombé, goutte de sang ardent

Qui descendait, et devenait, en descendant,

De l’or, et de l’émail, avec de la verdure…

C’était comme un bijou coulant d’une blessure.

LE DUC.

Ce devait être beau, mon ami, je le crois,

Sur ta poitrine, là.

FLAMBEAU.

Sur ta poitrine, là.Moi ?… Je n’ai pas la croix !

LE DUC, sursautant.

Après ce que tu fis, modeste et grandiose ?

FLAMBEAU.

Pour l’avoir, il fallait faire bien autre chose !

LE DUC.

Tu n’as pas réclamé ?

FLAMBEAU, simplement.

Tu n’as pas réclamé ? Quand le petit Tondu

Ne donnait pas l’objet, c’est qu’il n’était pas dû.

LE DUC.

Eh bien ! moi, sans pouvoir, sans titre, sans royaume,

Moi qui ne suis qu’un souvenir dans un fantôme !

Moi, ce duc de Reichstadt qui, triste, ne peut rien

Qu’errer sous les tilleuls de ce parc autrichien,

En gravant, sur leurs troncs, des N dans la mousse…

Passant qu’on ne regarde un peu que lorsqu’il tousse !

Moi qui n’ai même plus le plus petit morceau

De la moire si rouge, hélas ! dans mon berceau !

Moi dont ils ont en vain constellé l’infortune !

(Il montre les deux plaques de sa poitrine.)

Moi qui ne porte plus que deux croix au lieu d’Une !

Moi malade, exilé, prisonnier… je ne peux

Galoper sur le front des régiments pompeux

En jetant aux héros des astres !… Mais j’espère,

J’imagine… il me semble enfin que, fils d’un père

Auquel un firmament a passé par les mains,

Je dois, malgré tant d’ombre et tant de lendemains,

Avoir au bout des doigts un peu d’étoile encore…

Jean-Pierre-Séraphin Flambeau, je te décore !

FLAMBEAU.

Vous ?

LE DUC.

Vous ?Dame ! ce ruban n’est pas le vrai…

FLAMBEAU.

Vous ?Dame ! ce ruban n’est pas le vrai…Le vrai,

C’est celui qu’on reçoit en pleurant. — J’ai pleuré.

MARMONT.

D’ailleurs, c’est à Paris que ça se légalise !

LE DUC.

Mais que faire pour y rentrer ?

FLAMBEAU.

Mais que faire pour y rentrer ?Votre valise !

LE DUC.

Hélas !

FLAMBEAU, rapidement.

Hélas !Non ! plus d’hélas ! — C’est aujourd’hui le neuf ;

Si vous voulez, le trente, être sur le Pont-Neuf,

Assistez — et, le trente, on reverra la Seine ! —

Au bal que demain soir donne Népomucène.

LE DUC et MARMONT.

Qui ?

FLAMBEAU.

Qui ? Metternich (Clément-Lothaire-Wenceslas-

Népomucène). Allez au bal, — et plus d’hélas !

MARMONT.

Mais tu dis devant moi des choses bien secrètes !

FLAMBEAU, gaiement, l’enrôlant d’un geste.

Vous n’éventerez pas un complot — dont vous êtes !

LE DUC, avec un haut-le-corps.

Non ! pas Marmont !

MARMONT.

Non ! pas Marmont !Mais si ! je m’en mets !

(À Flambeau.) Non ! pas Marmont !Mais si ! je m’en mets !C’est égal.

Tu ne m’auras pas pris avec un madrigal !

Tu m’as fait tout à l’heure une sortie… outrée !

FLAMBEAU.

Oui, mais ça me faisait une jolie entrée.

MARMONT.

C’était très imprudent !

FLAMBEAU.

C’était très imprudent !C’est vrai… mais mon défaut

C’est d’en faire toujours un peu plus qu’il ne faut !

Aux consignes, toujours, j’ajoute quelque chose :

J’aime me battre avec, à l’oreille, une rose !

Je fais du luxe !

MARMONT.

Je fais du luxe !Donc, si la Camerata

Veut m’employer…

LE DUC, avec violence.

Veut m’employer…Non ! pas Marmont !

FLAMBEAU.

Veut m’employer…Non ! pas Marmont !Tara ta ta !

Laissez-le donc se racheter !

LE DUC.

Laissez-le donc se racheter !Non !

MARMONT, à Flambeau.

Laissez-le donc se racheter !Non !J’ai des listes

Très bien faites !… des mécontents, des royalistes,

L’ambassadeur Maison est un de mes amis !

FLAMBEAU, vivement.

Oh ! il peut nous servir !

LE DUC, douloureusement.

Oh ! il peut nous servir !Déjà des compromis !

(Avec désespoir.) Non ! non ! je ne veux pas que Marmont se consacre…

MARMONT, saluant.

Je vous obéirai, Monsieur, après le sacre.

— Je vais voir de ce pas le maréchal Maison.

(Il sort.)

FLAMBEAU, fermant la porte, et redescendant.

Cette ancienne canaille a tout à fait raison.

Scène X

LE DUC, FLAMBEAU.

LE DUC, allant et venant avec agitation.

Soit !… Je partirais bien !… mais la preuve ! la preuve

Que de mon père encor la France se sent veuve !

Elles ont dû mourir, Flambeau, depuis le temps,

Les tendresses pour nous de tous ces braves gens !

FLAMBEAU, lyrique.

Leurs tendresses pour vous ?… Elles sont immortelles !

(Et de sa poche il tire quelque chose de long et de tricolore qu’il fait tournoyer glorieusement au-dessus de sa tête, puis remet dans les mains du duc.)

LE DUC.

Qu’est-ce que c’est que ça, Flambeau ?

FLAMBEAU, tranquillement.

Qu’est-ce que c’est que ça, Flambeau ? C’est des bretelles.

LE DUC.

Es-tu fou ?

FLAMBEAU.

Es-tu fou ? Regardez ce qu’il y a dessus.

LE DUC.

Mon portrait !…

FLAMBEAU.

Mon portrait !…Ça se porte assez. Les gens cossus.

LE DUC.

Mais, Flambeau !…

FLAMBEAU, lui présentant une tabatière qu’il tire de son gousset.

Mais, Flambeau !…Voulez-vous accepter une prise ?

LE DUC, interdit.

Je…

FLAMBEAU, lui faisant signe de regarder.

Je…Sur la tabatière, une tête… qui frise.

LE DUC.

C’est moi !

FLAMBEAU, déployant un grand mouchoir de soie comme en vendent les colporteurs.

C’est moi ! Que pensez-vous de ce grand mouchoir bleu ?

Hein ! ça fait bien, le Roi de Rome, au beau milieu ?

(Il étale le mouchoir au dossier d’un fauteuil.)

LE DUC.

Mais…

FLAMBEAU, dépliant une sorte d’image d’Épinal.

Mais…Image en couleur, pour les murs. Ça se colle.

LE DUC.

C’est encor moi, sur un cheval…

FLAMBEAU.

C’est encor moi, sur un cheval…Qui caracole !

— Et comment trouvez-vous la pipe ?

(Il lui présente une pipe.)

LE DUC, se reconnaissant dans la tête de pipe.

Et comment trouvez-vous la pipe ? Mais, Flambeau !…

FLAMBEAU.

Ah ! vous ne direz pas que vous n’êtes pas beau !

LE DUC, partagé entre l’émotion et le rire.

Je…

FLAMBEAU, sortant toujours de ses poches d’autres petits objets.

Je…Cocarde ! — On la met pour qu’elle soit saisie !

LE DUC.

Qu’est-ce encor ?

FLAMBEAU.

Qu’est-ce encor ? Médaillon. Petite fantaisie !

LE DUC.

C’est toujours moi !

FLAMBEAU.

C’est toujours moi ! Toujours !… Et sur ce verre, en mat,

Quels mots a-t-on gravés ?

(Il a tiré un verre des basques de sa livrée.)

LE DUC, lisant sur le verre.

Quels mots a-t-on gravés ? « François, duc de Reichstadt ! »

FLAMBEAU, sortant de sous son gilet une assiette peinte.

Vous ne voudriez pas qu’il n’y eût pas l’assiette…

LE DUC, de plus en plus stupéfait.

L’assiette ?

FLAMBEAU, disposant tout sur la table à mesure que ça sort de ses poches.

L’assiette ?Le couteau ! — Le rond de serviette !

— Ah ! sur le coquetier, vous avez l’air ravi !

(Il avance un fauteuil.) Le couvert est complet : Monseigneur est servi.

LE DUC, tombant assis.

Flambeau !

FLAMBEAU, avec un enthousiasme croissant.

Flambeau !Enfin, de tout ! — et des cravates roses

Où l’on vous voit brodé dans des apothéoses !

— Des cartes à jouer dont vous êtes l’atout !

LE DUC, éperdu, au milieu des objets qui pleuvent autour de lui sur la table.

Flambeau !

FLAMBEAU.

Flambeau !Des almanachs !

LE DUC.

Flambeau ! Des almanachs !Flambeau !

FLAMBEAU.

Flambeau ! Des almanachs ! Flambeau !De tout ! de tout !

LE DUC, éclatant en sanglots.

Flambeau !

FLAMBEAU.

Flambeau !Hein ? vous pleurez ?… Nom d’un petit bonhomme !

(Il saisit le foulard qu’il a mis au dossier du fauteuil.) Essuyez-vous les yeux avec le Roi de Rome !…

(Agenouillé près du Duc et lui essuyant les yeux avec le mouchoir.) Moi, je vous dis qu’on bat les fers lorsqu’ils sont chauds ;

Que vous avez le peuple avec les maréchaux ;

Que le roi, le roi même, à cette heure n’existe

Qu’à la condition d’être bonapartiste ;

Qu’en vain, ils ont un coq qui se donne du mal

Pour ressembler, de loin, à l’aigle impérial ;

Qu’on trouve irrespirable, en France, un air sans gloire ;

Qu’une couronne ne tient pas sur une poire ;

Que la jeunesse, autour de vous, va se ranger,

En fredonnant une chanson de Béranger ;

Que la rue a frémi, que le pavé tressaille,

— Et que Schœnbrunn est bien moins joli que Versailles.

LE DUC, debout.

J’accepte… je fuirai…

(On entend une musique militaire, dehors. Le duc tressaille.)

FLAMBEAU, qui a couru à la fenêtre.

J’accepte… je fuirai…Sur l’escalier d’honneur,

C’est la musique de la garde. — L’Empereur

Doit rentrer au château.

LE DUC, dégrisé.

Doit rentrer au château.Mon grand-père qui rentre !…

Ma promesse !…

(À Flambeau.) Ma promesse !…Non ! non ! avant d’accepter…

FLAMBEAU, inquiet.

Ma promesse !…Non ! non ! avant d’accepter…Diantre !

LE DUC.

… Je dois tenter auprès de lui… ! Mais si ce soir,

Quand tu viendras ici me garder, tu peux voir

Quelque chose… que tu n’y vois pas d’habitude,

C’est que j’accepte alors de m’enfuir !…

FLAMBEAU, en gamin de Paris.

C’est que j’accepte alors de m’enfuir !…Ô Latude !

— Que sera ce signal ?

LE DUC.

— Que sera ce signal ? Tu le verras !

FLAMBEAU.

— Que sera ce signal ? Tu le verras ! Oui, mais…

(La porte s’ouvre. Il s’éloigne vivement du Duc et a l’air de ranger dans la pièce. On voit paraître sur le seuil un garde noble hongrois, rouge et argent, botté de jaune, la peau de panthère sur l’épaule, et le bonnet de fourrure surmonté d’un long plumet blanc à monture d’argent.)

Scène XI

Les Mêmes, UN GARDE-NOBLE.

LE GARDE-NOBLE.

Monseigneur…

FLAMBEAU, à part, regardant le Hongrois.

Monseigneur…Les mâtins, ont-ils de beaux plumets !

LE DUC.

Qu’est-ce donc ?

LE GARDE-NOBLE.

Qu’est-ce donc ?L’empereur rentrait. On vint lui dire :

« C’est aujourd’hui le jour de la semaine, Sire,

Où Votre Majesté reçoit tous ses sujets…

Bien des gens sont venus de très loin. » — « J’y songeais ! »

Répondit l’empereur, toujours simple… « et j’espère

Les recevoir. Je suis à Schœnbrunn en grand-père ;

Je serai, chez le duc, tantôt, de cinq à six ;

Que mes autres enfants soient chez mon petit-fils ! »

— Peut-on monter ?

LE DUC.

Peut-on monter ?Ouvrez toutes les portes closes !

(L’officier sort. — Jusqu’à la fin de l’acte on entend jouer la musique de la garde dans le parc.)

Scène XII

LE DUC, FLAMBEAU.

LE DUC, vivement, dès qu’il voit qu’ils sont seuls, montrant les objets épars sur la table.

Maintenant, fais-moi vite un paquet de ces choses ;

Dans ma chambre, à loisir, je compte les revoir !

FLAMBEAU, entassant rapidement tous les petits objets dans le foulard.

J’en fais un baluchon, tenez, dans le mouchoir !

— Mais dites-moi ce que ce signal peut bien être ?

LE DUC.

Flambeau, tu ne peux pas ne pas le reconnaître !

— Les entends-tu jouer, en bas, l’air autrichien ?

FLAMBEAU, ramenant les bouts du foulard pour terminer le paquet.

Ça ne vaut pas la Marseillaise, nom d’un chien !

LE DUC.

La Marseillaise !… — Eh bien ! les bouts, tu les attaches ? —

Oui, mon père disait : « Cet air a des moustaches ! »

FLAMBEAU, nouant et serrant.

Il a des favoris, leur air national !

LE DUC, passant dans le paquet une badine qu’il vient de prendre sur la table, et la mettant sur son épaule.

Rentrer en France, à pied, ce ne serait pas mal,

Avec son baluchon, comme ça, sur l’épaule !

(Il remonte vers sa chambre, d’un petit air crâne de conscrit, le paquet bleu se balançant derrière lui.)

FLAMBEAU, le suivant des yeux, brusquement attendri.

Que vous êtes gentil et que vous êtes drôle !

— C’est la première fois que je vous vois ainsi.

LE DUC, qui va entrer dans sa chambre, se retourne.

Un peu jeune ? un peu gai ?… C’est vrai, Flambeau !

(Et avec émotion.) Un peu jeune ? un peu gai ? C’est vrai, Flambeau !Merci !

Rideau.

ACTE III LES AILES QUI S’OUVRENT

Le même décor.

La fenêtre est toujours ouverte sur le parc. Mais la coloration du parc a changé avec l’heure. Ce sont maintenant les somptueuses teintes de la fin du jour. La Gloriette est en or.

On a repoussé la table chargée de livres vers la droite pour laisser un grand espace libre. On a apporté non pas un trône, mais une vaste bergère, pour que le vieil Empereur y soit à la fois majestueux et paternel.

Au lever du rideau, les gens que doit recevoir l’Empereur ont été introduits. Ils attendent, debout, causant à voix basse. Chacun tient à la main un petit papier ou sa demande est écrite. Bourgeois endimanchés, veuves de militaires en deuil. Paysans et paysannes venus de tous les coins de l’Empire : Bohémiens, Tyroliens, etc… Bariolage de costumes nationaux.

Des arcières, un peu pareils à des suisses d’église (habit rouge galonné, parements et ceinturon de velours noir, culotte blanche, hautes bottes, bicorne à demi recouvert d’une retombée de plumes de coq) sont immobiles aux portes de droite. Un garde-noble hongrois va et vient faisant des effets de pelisse.

Il refoule tout le monde vers le fond, devant la fenêtre, et à gauche, contre les portes fermées de la chambre du Duc.

Scène première

Un GARDE-NOBLE, des ARCIÈRES, des PAYSANS, des BOURGEOIS, des FEMMES, des ENFANTS, etc…, puis L’EMPEREUR FRANZ.

LE GARDE-NOBLE.

Rangez-vous ! Chut, le vieux ! — Toi, le petit, sois sage !

(Il montre la porte du second plan, à droite.) L’Empereur vient par là. — Laissez-lui le passage !

— Le géant montagnard, ne râclez pas vos pieds !

UN HOMME, timidement.

Il passe devant nous ?

LE GARDE-NOBLE.

Il passe devant nous ?En prenant les papiers.

— Tenez bien vos petits papiers en évidence !

(Tous les petits papiers palpitent au bout des doigts.)

Ne lui racontez pas d’histoires !

(Tout le monde est rangé. Il va se placer près de la table, — puis se rappelant une recommandation à faire :) Ne lui racontez pas d’histoires !Ah !… défense

De se mettre à genoux, quand il entre !

UNE FEMME, à part.

De se mettre à genoux quand il entre !Défends !

Ça n’empêchera pas…

(La porte s’ouvre. L’Empereur paraît. Tout le monde se met à genoux.)

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