L’Aiglon (page 12)
Un grenadier français monte, à Schœnbrunn, la garde !
(Il se met à se promener de long en large, dans le clair de lune, comme un factionnaire.) C’est la dernière fois.
(Avec un coup d’œil sur la chambre du prince.) C’est la dernière fois.Tu ne l’auras pas su. —
C’est pour moi seul. C’est du vrai luxe, — inaperçu !
(Il s’arrête, l’œil jubilant.) S’offrir un pareil coup pour n’éblouir personne,
Mais pour se dire, à soi tout seul : « Elle est bien bonne ! »
(Il reprend sa promenade.) À leur barbe ! — à Schœnbrunn !… Je me trouve insensé !…
Je suis content !… Je suis ravi !…
(On entend un bruit de clef dans une serrure, à droite.) Je suis content ! Je suis ravi !Je suis pincé !
Scène VIII
FLAMBEAU, METTERNICH.
FLAMBEAU, bondissant hors du clair de lune et se réfugiant dans l’ongle sombre au fond, à gauche.
Qui donc s’est procuré la clef ?
(La porte s’ouvre.)
METTERNICH, entre. Il a pris en traversant un des salons un lourd candélabre d’argent tout allumé dont il s’éclaire. Il referme la porte en disant d’un ton résolu.
Qui donc s’est procuré la clef ?Non, cette scène
Ne se reproduira jamais !
FLAMBEAU, le reconnaissant avec stupeur.
Ne se reproduira jamais !Népomucène !
METTERNICH, allant vers la table, — et bas, d’un air préoccupé.
Oui… ce soir… lui parler… sans témoin importun…
(Il pose le candélabre sur la table, et, en le posant, voit le petit chapeau.) Tiens ! je ne savais pas que le duc en eût un.
(Souriant.) Ah ! c’est l’archiduchesse encor qui dut lui faire
Passer ce souvenir…
(S’adressant au chapeau.) Passer ce souvenir…Te voilà, — Légendaire !
Il y avait longtemps que…
(Avec un petit salut protecteur.) Il y avait longtemps que…Bonjour !
(Ironiquement, comme si le chapeau s’était permis de réclamer.) Il y avait longtemps que…Bonjour !Tu dis ?… Hein ?…
(Il lui fait signe qu’il est trop tard.) — Non ! Douze ans de splendeur me contemplent en vain
Du haut de ta petite et sombre pyramide :
Je n’ai plus peur.
(Il touche du doigt et riant avec impertinence :) Je n’ai plus peur.Voici le bout de cuir solide
Par lequel on pouvait, sans trop te déformer,
T’enlever, tout le temps, pour se faire acclamer !
— Toi, dont il s’éventait après chaque conquête,
Toi, qui ne pouvais pas, de cette main distraite,
Tomber sans qu’aussitôt un roi te ramassât,
Tu n’es plus aujourd’hui qu’un décrochez-moi ça,
Et si je te jetais, ce soir, par la croisée,
Où donc finirais-tu, vieux bicorne ?
FLAMBEAU, dans l’ombre, à part.
Où donc finirais-tu, vieux bicorne ?Au musée.
METTERNICH, tournant le chapeau dans ses mains.
Le voilà, ce fameux petit !… Comme il est laid !
On l’appelle petit : d’abord, est-ce qu’il l’est ?
(Haussant les épaules et de plus en plus rancunier.) Non. — Il est grand. Très grand. Énorme. C’est en somme
Celui, pour se grandir, que porte un petit homme !…
— Car c’est d’un chapelier que la légende part :
Le vrai Napoléon, en somme…
(Retournant le chapeau et l’approchant de la lumière pour lire, au fond, le nom du chapelier.) Le vrai Napoléon, en somme…C’est Poupart !
(Et tout d’un coup, quittant ce ton de persiflage) — Ah ! ne crois pas pour toi que ma haine s’endorme !
Je t’ai haï, d’abord, à cause de ta forme,
Chauve-souris des champs de bataille ! chapeau
Qui semblais fait avec deux ailes de corbeau !
À cause des façons implacables et nettes
Dont tu te découpais sur nos ciels de défaites,
Demi-disque semblant sur le coteau vermeil
L’orbe à demi monté de quelque obscur soleil !
À cause de ta coiffe où le diable s’embusque,
Chapeau d’escamoteur qui posé, noir et brusque,
Sur un trône, une armée, un peuple entier debout,
Te relevais, ayant escamoté le tout !
À cause de ta morgue insupportable ; à cause
De ta simplicité qui n’était qu’une pose,
De ta joie, au milieu des diadèmes d’or,
À n’être insolemment qu’un morceau de castor ;
À cause de la main rageuse et volontaire
Qui t’arrachait parfois pour te lancer à terre ;
De tous mes cauchemars que dix ans tu peuplas ;
Des saluts que moi-même ai dû te faire, plats ;
Et, quand pour le flatter je cherchais l’épithète,
Des façons dont parfois tu restas sur sa tête !
(Et tous ces souvenirs lui remontant, il continue, dans une explosion de haine clairvoyante) Vainqueur, neuf, acclamé, puissant, je t’ai haï,
Et je te hais encor vaincu, vieux et trahi !
Je te hais pour cette ombre altière et péremptoire
Que tu feras toujours sur le mur de l’histoire !
Et je te hais pour ta cocarde arrondissant
Son gros œil jacobin tout injecté de sang ;
Pour toutes les rumeurs qui de ta conque sortent,
Grand coquillage noir que les vagues rapportent,
Et dans lequel l’oreille écoute, en s’approchant,
Le bruit de mer que fait un grand peuple en marchant !
Pour cet orgueil français que tu rendis sans bornes,
Bicorne qui leur sert à nous faire les cornes !
(Il a rejeté le chapeau sur la table et penché maintenant sur lui :) Et je te hais pour Béranger et pour Raffet,
Pour les chansons qu’on chante, et les dessins qu’on fait,
Et pour tous les rayons qu’on t’a cousus, dans l’île !
Je te hais ! je te hais ! et ne serai tranquille
Que lorsque ton triangle inélégant de drap,
Râpé de sa légende enfin, redeviendra
Ce qu’en France il n’aurait jamais dû cesser d’être :
Un chapeau de gendarme ou de garde champêtre !
Je te…
(Il s’arrête, saisi par le silence, l’heure, le lieu. Et avec un sourire un peu troublé.) Je te…Mais tout d’un coup… C’est drôle… Le présent
Imite le passé, parfois, en s’amusant…
(Passant la main sur son front.) De te voir là, comme une chose familière,
Cela m’a reporté de vingt ans en arrière ;
Car c’était là, toujours, qu’il te posait ainsi
Lorsqu’il y a vingt ans il habitait ici !
(Il regarde autour de lui avec un frisson.) C’était dans ce salon qu’on faisait antichambre ;
C’était là qu’attendant qu’il sortît de sa chambre,
Princes, ducs, magyars, entassés dans un coin,
Fixaient sur toi des yeux humiliés, de loin,
Pareils à des lions respectant avec rage
Le chapeau du dompteur oublié dans la cage !
(Il s’éloigne un peu, malgré lui, en fixant ce petit chapeau dont le mystère noir devient dramatique.)
Il te posait ainsi !… C’était comme aujourd’hui…
Des armes… des papiers… On croirait que c’est lui
Qui vient de te jeter, en passant, sur la carte ;
Qu’il est encore ici chez lui, ce Bonaparte !
Et qu’en me retournant, je vais, — sur le seuil, — là,
Revoir le grenadier montant la garde.
(Il s’est retourné d’un mouvement naturel, et pousse un cri en voyant, debout devant la porte du Duc, Flambeau qui, d’un pas, est rentré dans le clair de lune.)
Revoir le grenadier montant la garde.Ha !
(Un silence. Flambeau, immobile, monte la garde. Ses moustaches et ses buffleteries sont de neige. Les petits boutons à l’aigle étincellent sur sa poitrine. Metternich recule, se frotte les yeux.)
— Non. — Non. — Non. — C’est un peu de fièvre qui dessine !…
Mon tête-à-tête avec ce chapeau m’hallucine !…
(Il regarde, se rapproche. Flambeau est toujours immobile, dans la pose classique du grenadier au repos, les mains croisées sur le coude de la baïonnette qui jette un éclair bleu.)
La lune construit-elle un spectre de rayons ?
Qu’est-ce que c’est que ça ?… Voyons ! voyons ! voyons !
(Il marche sur Flambeau, et d’une voix brève :) Oui… quel est le mauvais plaisant ?
FLAMBEAU, croisant la baïonnette.
Oui… quel est le mauvais plaisant ?Qui va là ?
METTERNICH, faisant un pas en arrière.
Oui… quel est le mauvais plaisant ?Qui va là ?Diable !
FLAMBEAU, froidement.
Passez au large !
METTERNICH, avec un rire un peu forcé, voulant approcher.
Passez au large !Oui… oui… la farce est impayable…
Mais…
FLAMBEAU, croisant la baïonnette.
Mais…Qui va là ?
METTERNICH, reculant.
Mais…Qui va là ?Très drôle !
FLAMBEAU.
Mais…Qui va là ?Très drôle !Un pas, vous êtes mort !
METTERNICH.
Mais…
FLAMBEAU.
Mais…Plus bas !
METTERNICH.
Mais…Plus bas !Permettez !
FLAMBEAU.
Mais…Plus bas !Permettez !Plus bas ! — L’Empereur dort.
METTERNICH.
Comment ?
FLAMBEAU, mystérieusement.
Comment ?Chut !
METTERNICH, furieux.
Comment ?Chut !Mais je suis le chancelier d’Autriche !
Mais je suis tout ! mais je peux tout !
FLAMBEAU.
Mais je suis tout ! mais je peux tout !Mais je m’en fiche !
METTERNICH, exaspéré.
Mais je veux voir le duc de Reichstadt, et…
FLAMBEAU.
Mais je veux voir le duc de Reichstadt, et…Ah ! ouat !
METTERNICH, n’en pouvant croire ses oreilles.
Comment : ah ! ouat ?
FLAMBEAU.
Comment : ah ! ouat ?Reichstadt ? Connaissons pas, Reichstadt !
D’Auerstaedt ! d’Elchingen ! c’est des ducs, c’est notoire ;
Reichstadt, c’est pas un duc : c’est pas une victoire !
METTERNICH.
Mais on est à Schœnbrunn, voyons !
FLAMBEAU.
Mais on est à Schœnbrunn, voyons !Si l’on y est ?…
Grâce au nouveau succès, on y a son billet !
Et l’on s’y reprépare, avec des ratatouilles,
À ré-administrer au monde des tatouilles !
METTERNICH.
Qui ? Comment ? Que dit-il ? Un nouveau succès ?
FLAMBEAU.
Qui ? Comment ? Que dit-il ? Un nouveau succès ?Bœuf !
METTERNICH.
Mais nous sommes le dix juillet mil huit cent…
FLAMBEAU.
Mais nous sommes le dix juillet mil huit cent…Neuf !
METTERNICH.
Je ne deviens pas fou !
FLAMBEAU, tout d’un coup descendant vers lui.
Je ne deviens pas fou !D’où sortez-vous ?… C’est louche !
(Sévère.) — Pourquoi n’êtes-vous pas encor dans votre couche ?
METTERNICH, se redressant.
Moi ?
FLAMBEAU, le toisant.
Moi ?Qui donc a laissé passer cet Artaban ?
Le Mameluck ? Il a pris ça sous son turban ?
METTERNICH.
Le Mameluck ?
FLAMBEAU, scandalisé.
Le Mameluck ?Alors, tout se démantibule ?
METTERNICH.
Mais…
FLAMBEAU, n’en revenant pas.
Mais…Vous entrez, la nuit, dans le grand vestibule ?
METTERNICH.
Mais je…
FLAMBEAU, de plus en plus stupéfait.
Mais je…Vous franchissez le salon de Rosa
Sans voir le voltigeur que l’on y préposa ?
METTERNICH.
Le volt ?…
FLAMBEAU.
Le volt ?…Vous traversez la petite rotonde,
Sans qu’un pareil toupet, un yatagan le tonde ?
Le salon blanc n’est pas de sous-offs habité
Qui, sur le poêle en or, font du punch et du thé ?
Vous ne rencontrez pas quelques vieilles barbiches
Dans la pièce aux chevaux, dans la pièce aux potiches ?
Et dans la galerie, alors, les brigadiers
Trouvent tout naturel que vous vous baladiez ?
(Au comble de l’indignation.) On peut donc traverser le cabinet ovale
Sans que le maréchal du palais vous avale ?
METTERNICH, reculant sous cette abondance inquiétante de détails précis.
Le maréchal ?…
FLAMBEAU.
Le maréchal ?…Ce dogue, alors, c’est un carlin ?
METTERNICH.
Mais j’entre…
FLAMBEAU.
Mais j’entre…Ce palais, alors, c’est un moulin ?
— Et quand vous arrivez au bout de l’enfilade,
Personne ?… Le portier d’appartement ?… malade ?
Et le valet de chambre ?… absent ?… Et le gardien
Du portefeuille ?… où donc s’est-il mis ?… dans le sien ?
METTERNICH.
Mais…
FLAMBEAU.
Mais…Au lieu d’être là pour vous chercher des noises,
L’aide de camp de nuit, que fait-il ?… des Viennoises ?
METTERNICH.
Mais…
FLAMBEAU.
Mais…Et le moricaud de garde ?… il prie Allah ?…
Eh bien ! mais c’est encore heureux que je sois là !
Quel service !… Oh ! oh ! oh ! s’il y met sa lorgnette,
Je crois qu’il y aura d’l’oignon, d’l’oignon, d’l’oignette !
METTERNICH, hors de lui, et voulant passer pour atteindre la poignée dorée d’une sonnette, au mur.
Je vais…
FLAMBEAU, s’interposant, terrible.
Je vais…Ne bougez pas ! Vous le réveilleriez !…
(Avec attendrissement.)
— Il dort sur son petit traversin de lauriers !
METTERNICH, tombant assis dans un fauteuil, près de la table.
Ah ! je raconterai ce rêve !… Il est épique !
(Il approche un doigt de la flamme d’une des bougies, et le retirant vivement.) Mais cette flamme…
FLAMBEAU.
Mais cette flamme…Brûle !
METTERNICH, tâtant la pointe de la baïonnette que Flambeau ne cesse de lui présenter.
Mais cette flamme…Brûle !Et cette pointe…
FLAMBEAU.
Mais cette flamme…Brûle !Et cette pointe…Pique !
METTERNICH, se relevant d’un bond.
Mais je suis réveillé !… Mais je…
FLAMBEAU.
Mais je suis réveillé !… Mais je…Chut ! restez coi !
METTERNICH, avec, une seconde, l’angoisse d’un homme qui se demande s’il a rêvé quinze ans d’histoire.
Mais Sainte-Hélene, alors ?… Waterloo ?…
FLAMBEAU, tombant sincèrement des nues.
Mais Sainte-Hélene, alors ?… Waterloo ?…Water… quoi ?
(On entend bouger dans la chambre du duc.) L’Empereur a bougé !
METTERNICH.
L’Empereur a bougé !Lui !
FLAMBEAU.
L’Empereur a bougé !Lui !Saperlipopette !
Vous devenez plus blanc qu’un cheval de trompette !
(Prêtant l’oreille au pas qui s’est rapproché de la porte.)
C’est lui ! — Sa main tâtonne au battant verrouillé…
Il va sortir. Voilà !
(Avec désespoir.) Il va sortir. Voilà !Vous l’avez réveillé.
METTERNICH.
Non, il ne se peut pas que ce soit lui qui sorte !
Il ne va pas ouvrir lentement cette porte !…
C’est le duc de Reichstadt, voyons ! je n’ai pas peur !
Je sais que c’est le duc ! j’en suis sûr.
(La porte s’ouvre.)
FLAMBEAU, d’une voix sonore.
Je sais que c’est le duc ! j’en suis sûr.L’Empereur !
(Il présente les armes. — Metternich se rejette en arrière. — Mais au lieu de la terrible petite silhouette trapue que ce grenadier de la Garde présentant les armes faisait presque attendre, c’est, sur le seuil, l’apparition chancelante d’un pauvre enfant trop svelte, qui a quitté ses livres pour venir en toussant voir ce qui se passe, et qui s’arrête, blanc comme son habit, en levant sa lampe de travail, — rendu plus féminin par son col dégrafé d’où s’échappe du linge, et par ses cheveux plus blonds sous l’abat-jour.)
Scène IX
Les Mêmes, LE DUC, puis des LAQUAIS.
METTERNICH, se précipitant vers lui avec un rire nerveux.
Ah ! ah ! c’est vous ! c’est vous ! c’est vous ! C’est Votre Altesse !
Ah ! que je suis heureux !
LE DUC, ironiquement.
Ah ! que je suis heureux !D’où vient cette tendresse ?
METTERNICH.
Non ! vraiment, je croyais — tant c’était réussi ! —
Qu’un autre allait sortir !
FLAMBEAU, comme sortant du rêve auquel il s’est pris lui-même.
Qu’un autre allait sortir !Je le croyais aussi !
LE DUC, se retournant vers lui, et apercevant avec épouvante son uniforme.
Dieu ! qu’as-tu fait ?
FLAMBEAU.
Dieu ! qu’as-tu fait ?Du luxe !
METTERNICH, qui a gagné la sonnette, sonnant et appelant.
Dieu ! qu’as-tu fait ?Du luxe !À moi !
LE DUC, à Flambeau.
Dieu ! qu’as-tu fait ?Du luxe !À moi !Fuis !
FLAMBEAU, courant vers le fond.
Dieu ! qu’as-tu fait ?Du luxe !À moi !Fuis !La fenêtre !
LE DUC, voulant le retenir.
La sentinelle va tirer sur toi !
FLAMBEAU.
La sentinelle va tirer sur toi !Peut-être !…
LE DUC.
C’est long, d’ici les bois !
METTERNICH.
C’est long, d’ici les bois !Et si, pendant qu’il court,
On lui tire dessus…
FLAMBEAU.
On lui tire dessus…Ça me semblera court !
LE DUC, vivement, apercevant la livrée de Flambeau à terre.
Mets ta livrée !
METTERNICH, courant et posant son pied dessus.
Mets ta livrée !Ah ! non !
FLAMBEAU, dédaigneusement.
Mets ta livrée !Ah ! non !Gardez cette guenille !
Est-ce qu’un papillon se remet en chenille ?
(Et le fusil en bandoulière, gardant, par défi, tout son attirail, il s’élance sur le balcon.) Au revoir !
LE DUC, le suivant.
Au revoir !Mais c’est fou !
FLAMBEAU, vite et bas au duc.
Au revoir !Mais c’est fou !Chut ! Je gagne le trou
De Robinson ! — Au bal de demain !
(Il enjambe la balustrade.)
LE DUC.
De Robinson ! — Au bal de demain !Mais c’est fou !
FLAMBEAU, disparaissant.
J’y serai !
LE DUC, lui criant à voix basse.
J’y serai !Pas de bruit !
METTERNICH, en le voyant disparaître.
J’y serai !Pas de bruit !Oh ! pourvu qu’il se luxe
Quelque chose !
(On entend la voix de Flambeau entonner tranquillement dans la nuit le Chant du départ : La victoire en chantant…)
LE DUC, terrifié.
Quelque chose !Hein ?
METTERNICH, stupéfait.
Quelque chose !Hein ?Il chante ?
LE DUC, se penchant au balcon avec angoisse.
Quelque chose !Hein ?Il chante ?Oh ! que fais-tu ?
LA VOIX DE FLAMBEAU, dans le parc.
Quelque chose !Hein ?Il chante ?Oh ! que fais-tu ?Du luxe !
(Il continue :
… nous ouvre la carrière…
(Une détonation. La chanson s’interrompt. Seconde de silence et d’attente. Puis, la voix reprend gaiement, plus lointaine :
La liberté…
LE DUC, avec un cri de joie.