L’Aiglon (page 13)

Edmond Rostand · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — L’Aiglon · 22 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Manqué !…

(Metternich se précipite derrière lui sur le balcon et suit des yeux, dans le parc, la fuite de Flambeau.)

METTERNICH, avec dépit.

Manqué !…Comme il s’est bien, dans l’ombre, reconnu !

LE DUC, fièrement.

Il connaît le pays : il est déjà venu.

METTERNICH, à plusieurs laquais qui viennent d’entrer par la droite, les congédiant du geste.

Trop tard ! Retirez-vous ! Plus rien pour mon service !

(Les laquais sortent.)

Scène X

METTERNICH, LE DUC

LE DUC, à Metternich, d’un ton presque menaçant.

Et demain, pas un mot au préfet de police !

METTERNICH, avec un sourire.

Je ne raconte pas les tours qu’on m’a joués.

(Et tandis que le Duc, lui tournant le dos, se dirige vers sa chambre, il continue nonchalamment :) Que m’importent d’ailleurs vos grognards dévoués ?

Vous n’êtes pas Napoléon.

LE DUC, qui déjà rentrait chez lui, s’arrêtant, hautain.

Vous n’êtes pas Napoléon.Qui le décrète ?

METTERNICH, montrant le petit chapeau sur la table.

Vous avez le petit chapeau, mais pas la tête.

LE DUC, avec un cri de douleur.

Ah ! vous avez encor trouvé le mot qu’il faut

Pour dégonfler l’enthousiasme !… Mais ce mot

Ne sera pas cette fois-ci le coup d’épingle

Qui crève, ce sera le coup de fouet qui cingle !

Je me cabre, et m’emporte aux orgueils les plus fous !

Pas la tête, m’avez-vous dit ?…

(Il marche sur Metternich, et les bras croisés :) Pas la tête, m’avez-vous dit ?…Qu’en savez-vous ?

METTERNICH, contemple un instant ce prince dressé là devant lui, dans sa rage juvénile, plein de confiance et de force, — puis, d’une voix coupante.

Ce que j’en sais ?…

(Il prend sur la table le candélabre allumé, va vers la grande psyché, et haussant la lumière.) Ce que j’en sais ?…Regardez-vous dans cette glace !

Regardez la longueur morne de votre face !

Regardez ce fardeau si lourd d’être si blond,

Ces accablants cheveux ! mais regardez-vous donc !

LE DUC, ne voulant pas aller à la glace, et s’y regardant, malgré lui, de loin.

Non !

METTERNICH.

Non !Mais tout un brouillard fatal vous accompagne !

LE DUC.

Non !

METTERNICH.

Non !Mais à votre insu, c’est toute une Allemagne

Et c’est toute une Espagne en votre âme dormant.

Qui vous font si hautain, si triste, et si charmant !

LE DUC, détournant la tête, et attiré pourtant vers le miroir.

Non ! non !

METTERNICH.

Non ! non !Rappelez-vous vos doutes de vous-même !

Vous, régner ? Allons donc !… Vous seriez, doux et blême,

Un de ces rois qui vont s’interrogeant tout bas,

Et qu’il faut enfermer pour qu’ils n’abdiquent pas !

LE DUC, saisissant, pour essayer de l’écarter, le candélabre que Metternich lève devant la glace.

Non ! non !

METTERNICH.

Non ! non !Vous n’avez pas la tête d’énergie,

Mais le front de langueur, le front de nostalgie !…

LE DUC, se regardant, et passant sa main sur son front.

Le front ?…

METTERNICH.

Le front ?…Et Votre Altesse, avec égarement,

Sur ce front d’archiduc passe une main d’infant !

LE DUC, regardant sa main, avec effroi, dans la glace

Ma main ?…

METTERNICH.

Ma main ?…Regardez-les, ces doigts tombants et vagues,

Qu’on a, dans des portraits, déjà vus, sous des bagues !

LE DUC, cachant sa main.

Non !

METTERNICH.

Non !Regardez vos yeux par lesquels vos aïeux

Vous regardent…

LE DUC, face à face avec son image, les yeux élargis

Vous regardent…Mes yeux ?…

METTERNICH.

Vous regardent…Mes yeux ?…Regardez-les, ces yeux,

Dans lesquels d’autres yeux, déjà vus dans des cadres,

Rêvent à des bûchers ou pleurent des escadres !

Et vous, si scrupuleux, si consciencieux,

Osez aller régner en France, avec ces yeux !

LE DUC, balbutiant pour se rassurer.

Mais, mon père…

METTERNICH, d’une voix implacable.

Mais, mon père…Vous n’avez rien de votre père !

(Et ramenant de force vers la glace le candélabre que la main crispée du duc ne lâche plus.) Mais cherchez ! cherchez donc ! approchez la lumière !

— Il a voulu, jaloux de notre sang ancien,

Venir nous le voler pour en vieillir le sien ;

Mais ce qu’il a volé, c’est la mélancolie,

C’est la faiblesse, c’est…

LE DUC.

C’est la faiblesse, c’est…Non, je vous en supplie !

METTERNICH.

Regardez-vous pâlir dans le miroir !

LE DUC.

Regardez-vous pâlir dans le miroir !Assez !

METTERNICH.

Sur votre lèvre, là, vous la reconnaissez,

Cette moue orgueilleuse et rouge de poupée ?

C’est celle qu’eut, en France, une tête coupée :

Car ce qu’il a volé, c’est aussi le malheur !

— Mais haussez donc le candélabre !

LE DUC, défaillant.

— Mais haussez donc le candélabre !Non ! j’ai peur !

METTERNICH, presque à son oreille.

Peux-tu te regarder, la nuit, dans cette glace,

Sans voir, derrière toi, monter toute ta race ?

— Vois, c’est Jeanne la Folle, au fond, cette vapeur !

Et ce qui, sous la vitre, arrive avec lenteur,

C’est la pâleur du roi dans son cercueil de verre !…

LE DUC, se débattant.

Non ! non ! c’est la pâleur ardente de mon père !

METTERNICH.

Rodolphe et ses lions, dans un affreux recul !

LE DUC.

Des armes ! des chevaux ! c’est le Premier Consul !

METTERNICH, désignant toujours dans le miroir, quelque sombre aïeul.

Le vois-tu fabriquer de l’or dans une crypte ?

LE DUC.

Je le vois fabriquer de la gloire, en Égypte !

METTERNICH.

Ha ! ha ! et Charles Quint ! le spectre aux cheveux courts,

Qui meurt d’avoir voulu s’enterrer !

LE DUC, perdant la tête.

Qui meurt d’avoir voulu s’enterrer !Au secours,

Père !…

METTERNICH.

Père !…L’Escurial ! les fantasmagories !

Les murs noirs !

LE DUC.

Les murs noirs !Au secours, les blanches boiseries !

Compiègne ! Malmaison !

METTERNICH.

Compiègne ! Malmaison !Tu les vois ? tu les vois ?

LE DUC, désespérément.

Roule, tambour d’Arcole, et couvre cette voix !

METTERNICH.

La glace se remplit !

LE DUC, courbé, se défendant du geste comme si quelque vol terrible s’abattait sur lui.

La glace se remplit !Au secours, les Victoires !

À moi, les aigles d’or contre les aigles noires !

METTERNICH.

Mortes, les aigles !

LE DUC.

Mortes, les aigles !Non !

METTERNICH.

Mortes, les aigles !Non !Et crevés, les tambours !

LE DUC.

Non !

METTERNICH.

Non !Et la glace glauque est pleine de Habsbourgs,

Qui te ressemblent tous !

LE DUC, hors de lui, cherchant à arracher le candélabre que Metternich maintient.

Qui te ressemblent tous !Je casserai la glace !

METTERNICH.

D’autres ! d’autres encore arrivent !

LE DUC, brandissant le lourd candélabre que Metternich vient enfin de lui abandonner, et en frappant, d’un geste insensé, le miroir.

D’autres ! d’autres encore arrivent !Je la casse !

(Il frappe avec rage ; la psyché s’effondre, les bougies s’éteignent ; la nuit se fait, dans un grand bruit d’éclats de verre. Le duc se jette en arrière, délivré, avec une clameur de triomphe.) Il n’en reste pas un !

METTERNICH, déjà sur le seuil, se retourne, et avant de sortir.

Il n’en reste pas un !Il en reste un toujours !

LE DUC, chancelle à ces mots, et fou de terreur, il crie dans la nuit.

Non ! non ! ce n’est pas moi ! pas moi !

(Mais sa voix s’étrangle, il bat l’air de ses bras, tourne dans l’ombre, et tombe, lamentable blancheur, devant le miroir brisé, en appelant :) Non ! non ! ce n’est pas moi ! pas moi !Père ! au secours !…

Rideau.

ACTE IV LES AILES MEURTRIES

Le rideau s’ouvre, au murmure des violons et des flûtes, sur une fête dans les Ruines Romaines du parc de Schœnbrunn.

Ces ruines sont, naturellement, aussi fausses que possible ; mais construites par un agréable archéologue, adossées le plus heureusement du monde à une colline boisée, vêtue de mousses abondantes, caressées d’admirables feuillages, elles sont belles dans la nuit, qui les agrandit et les poétise.

Au fond, au milieu de pittoresques décombres, une large et très haute porte romaine s’arrondit, et laisse voir, en perspective, sous son arc ébréché, une avenue de gazon qui s’élève, comme un chemin de velours, jusqu’à un lointain carrefour bleuâtre, où semble l’arrêter un geste blanc de statue.

Devant cette porte s’allonge un petit vivier d’eau dormante, et des divinités de pierre se cachent dans des roseaux.

Et ce sont des colonnades à demi écroulées à travers lesquelles on voit passer des masques ; des escaliers que montent et descendent tous les personnages de la Comédie Italienne. Car la fête est costumée, la mode étant aux redoutes, aux dominos, aux capes vénitiennes, aux étranges chapeaux chargés de plumes, aux grandes collerettes, aux loups noirs barbus de dentelle, sous lesquels on aime à s’intriguer.

Deux gros orangers taillés en boules ; contre une de leurs caisses, un banc rustique.

Un peu partout, des fragments de bas-reliefs, des fûts de colonne enthyrsés de lierre, des têtes gisantes de marbres décapités.

Les lampions sont rares et d’un vert discret de ver luisant ; on n’a pas abîmé le clair de lune.

La partie du parc réservée à la fête a été close par du treillage, et on aperçoit, à droite, la sortie, où des valets de pied remettent aux gens qui partent leurs manteaux.

À gauche, au tout premier plan, une porte de branches enguirlandées est celle d’un petit théâtre. C’est de ce côté, vers le fond, que s’étend la fête ; c’est par là qu’on danse, il arrive de la coulisse une lumière plus vive et des bouffées de musique.

L’orchestre invisible joue des valses de Schubert, de Lanner, de Strauss, — et les joue à la Viennoise, avec la plus énervante grâce.

Scène première

DES MASQUES, — puis METTERNICH et L’ATTACHÉ FRANÇAIS, — GENTZ, SEDLINSKY, FANNY ELSSLER

UN MANTEAU VÉNITIEN, à un autre, lui montrant les masques qui passent.

Quel est ce fou ?

L’AUTRE.

Quel est ce fou ?Je ne sais pas !

LE PREMIER.

Quel est ce fou ?Je ne sais pas !Ce monsignore ?

LE DEUXIÈME.

Je ne sais pas !

LE PREMIER.

Je ne sais pas !Et ce mezzetin ?

LE DEUXIÈME.

Je ne sais pas !Et ce mezzetin ?Je l’ignore !

UN MATASSIN, survenant.

Mais c’est délicieux !

UN GILLES.

Mais c’est délicieux !Le grand incognito !

UN POLICHINELLE, traverse le fond en courant, et saisit au vol une Marquise par la taille.

Votre oreille ?

LA MARQUISE.

Votre oreille ?Pourquoi ?

LE POLICHINELLE, mystérieusement.

Votre oreille ?Pourquoi ?Chut ! mon secret !

(Il l’embrasse et se sauve.)

UN PIERROT, assis sur un fût de colonne.

Votre oreille ?Pourquoi ?Chut ! mon secret !Watteau…

LE POLICHINELLE, repassant au fond, et saisissant par la taille une Isabelle.

Votre oreille ?

LE PIERROT.

Votre oreille ?… eût aimé ces fuites de basquines…

L’ISABELLE, au Polichinelle.

Pourquoi ?

LE POLICHINELLE, mystérieusement.

Pourquoi ?Chut ! mon secret !

(Il l’embrasse et se sauve.)

LE PIERROT.

Pourquoi ?Chut ! mon secret !… dans ce décor de ruines !

UN ARLEQUIN, qui rêve, un pied sur la margelle du bassin.

Tout est incertitude et tout est trémolo,

La musique, nos cœurs, le clair de lune, et l’eau !

(Metternich, en habit de cour sous un grand domino noir, entre avec l’attaché militaire français qui est aussi en habit et domino ; il lui explique la fête avec condescendance.)

METTERNICH.

Donc, Monsieur l’attaché d’ambassade de France,

Ici de la pénombre et du demi-silence…

(Il désigne le fond à gauche.) Et, dans la lumière et dans du bruit, là-bas,

Le bal…

L’ATTACHÉ, admiratif

Le bal…Oh ! c’est vraiment…

METTERNICH, négligemment.

Le bal…Oh ! c’est vraiment…C’est joli, n’est-ce pas ?

(Montrant la droite.) Par là…

L’ATTACHÉ, avec un étonnement respectueux.

Par là…Quoi ! vous daignez être mon cicerone ?…

METTERNICH, lui prenant le bras, avec une affectation de frivolité.

Mon cher, je suis moins fier du Congrès de Vérone

Que d’avoir réussi ce bal dans ces jardins,

Et d’avoir mélangé tous ces parfums mondains

À cette âpre senteur nocturne et forestière !…

— Donc, par là, la sortie. Au fond, le vestiaire,

De sorte qu’en partant, tout de suite, on pourra

Reprendre sa roulière, ou bien sa witchoura.

(Montrant la porte de gauche.) Enfin, dans un salon de boulingrin bleuâtre,

Là, près de la Fontaine aux Amours, le théâtre.

Un bijou de petit théâtre, sur lequel

Des amateurs princiers vont nous jouer Michel

Et… je ne sais plus quoi… — piécette à l’eau de rose

D’un Français qui s’appelle Eugène… quelque chose !

L’ATTACHÉ.

On soupe ?…

METTERNICH.

On soupe ?…Ici.

L’ATTACHÉ, surpris, regardant autour de lui.

On soupe ?…Ici.Comment ?

METTERNICH, posant la main sur une caisse d’oranger.

On soupe ?…Ici.Comment ?Sur chaque caisson vert

Va neiger une nappe et pleuvoir un couvert !

L’ATTACHÉ, amusé.

Ah ! bah ! les orangers ?…

METTERNICH, enchanté de son effet.

Ah ! bah ! les orangers ?…Oui. Tout à l’heure on roule

Ici tous ceux du parc ; sous chaque grosse boule

Deux couples prennent place, affamés et légers…

L’ATTACHÉ.

Enfin, c’est un souper par petits orangers !

C’est admirable !

METTERNICH, modestement.

C’est admirable !Eh ! oui ! — Quant aux affaires graves…

(À un laquais.) Allez dire que c’est assez de danses slaves !

(Le laquais sort en courant par la gauche. Revenant à l’attaché :) Je ne les remets pas à demain, moi. Je pars

Avant souper. Je dois répondre aux Hospodars

On m’attend.

(À un autre laquais, lui désignant l’intérieur du théâtre :) On m’attend.Les festons par là sont un peu pingres !

(Revenant à l’attaché :) Organiser un bal, c’est mon violon d’Ingres ;

Puis, quand le bal est bien bondissant et riant,

Je vais te retrouver, Question d’Orient !

J’aime régler des sorts de peuples et des danses,

Arbitre de l’Europe…

L’ATTACHÉ, s’inclinant.

Arbitre de l’Europe…Et de ses élégances !

GENTZ, qui est entré depuis un moment avec une femme en domino, masquée, s’avançant vers eux, un peu gai.

C’est très juste !… Arbiter elegantiarum !

METTERNICH, se retournant.

Tiens ! vous parlez latin ? Qu’avez-vous bu ?

GENTZ, titubant très légèrement.

Tiens ! vous parlez latin ? Qu’avez-vous bu ?Du rhum.

METTERNICH.

On a dû, chez Fanny, rester longtemps à table !

Oh ! cette liaison !… Vous n’êtes plus sortable !

GENTZ, avec indignation.

Moi, Fanny ?… C’est fini !

METTERNICH, incrédule.

Moi, Fanny ?… C’est fini !Ah ?

(Apercevant le préfet de police qui le cherche.) Moi, Fanny ?… C’est fini !Ah ?Sedlinsky !

GENTZ, la main sur son cœur.

Moi, Fanny ?… C’est fini !Ah ?Sedlinsky !Fini !

SEDLINSKY, à Metternich.

Un mot !

(Il lui parle bas.)

GENTZ, continuant de parler à Metternich, qui s’est éloigné.

Un mot !Fini !

(Le domino qui était avec lui vient le prendre sous le bras. Il se retourne et changeant de ton :)

Un mot !Fini !J’eus tort de t’amener, Fanny !

Si l’on savait que grâce à moi… Quelle imprudence !

Une danseuse…

FANNY.

Une danseuse…Ici, c’est pour moi que je danse !

(Elle pirouette. L’attaché français la regarde avec admiration.)

GENTZ, vivement.

On te reconnaîtra !… Tâche de danser mal !

METTERNICH, à Sedlinsky.

Un complot, dites-vous ?

SEDLINSKY.

Un complot, dites-vous ?Pour le duc, dans ce bal.

METTERNICH, souriant.

Je n’ai plus peur…

GENTZ, suivant Fanny qui s’éloigne en dansant.

Je n’ai plus peur…Encor faudrait-il que j’apprisse

Pourquoi tu voulus tant venir ici ?

FANNY.

Pourquoi tu voulus tant venir ici ?Caprice !

(Elle sort en valsant. Gentz la suit. L’attaché français aussi.)

METTERNICH, à Sedlinsky.

Je n’ai plus peur du duc. J’ai tué son orgueil.

On ne le verra pas au bal. Il est en deuil.

SEDLINSKY.

Mais on conspire !…

METTERNICH, gaiement.

Mais on conspire !…Ah ! bah !

SEDLINSKY.

Mais on conspire !…Ah ! bah !Des femmes.

METTERNICH, haussant les épaules.

Mais on conspire !…Ah ! bah !Des femmes.Quelques pecques !

SEDLINSKY.

De grandes dames !…

METTERNICH, ironique.

De grandes dames !…Oh !…

SEDLINSKY.

De grandes dames !…Oh !…… Polonaises et Grecques :

La princesse Grazalcowich !

METTERNICH.

La princesse Grazalcowich !Grazalcowich ?…

C’est terrible !

(À un laquais qui passe.) C’est terrible !Donnez-moi donc une sandwich !

SEDLINSKY.

Vous riez ?… Chut !…

(Il lui désigne un groupe de dominos mauves qui entrent mystérieusement.)

Vous riez ?… Chut !…Fuyant l’éclat de la torchère,

Les voici, cherchant l’ombre, et chuchotant…

(Il entraîne Metternich derrière un des orangers.)

Scène II

LES DOMINOS MAUVES, — METTERNICH et SEDLINSKY, cachés.

PREMIER DOMINO, à un autre.

Les voici, cherchant l’ombre, et chuchotant…Ma chère,

Que c’est doux de courir pour lui quelque danger !

DEUXIÈME DOMINO, avec délice.

Conspirons !

TROISIÈME DOMINO.

Conspirons !Ses cheveux sont d’un or si léger !

(Ces conspiratrices ont toutes un petit accent grec ou polonais.)

LA PREMIÈRE.

Oui, ma chère, on dirait que son front s’environne

D’un halo… dans lequel commence une couronne !

UNE AUTRE.

Oh ! et son double charme inattendu, troublant,

De Bonaparte blond, ma chère, et d’Hamlet blanc !

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