L’Aiglon (page 15)
LE DUC, précipitamment.
Ne dis pas non. Ne dis pas oui. J’attendrai.
THÉRÈSE, bouleversée.
Ne dis pas non. Ne dis pas oui. J’attendrai.Mais…
LE DUC, reprenant sa voix câline et triste d’enfant malheureux.
Songe combien je suis malheureux désormais :
J’ai perdu tout espoir de jouer un grand rôle.
Je n’ai plus qu’à pleurer : j’ai besoin d’une épaule.
(Il a presque laissé tomber sa tête sur l’épaule nue de la Petite Source, lorsque le bruit d’un pas sur le gravier les fait se séparer vite. C’est Tiburce, drapé dans sa cape de spadassin, qui passe au fond, ayant au bras une femme. En les voyant, il cesse de causer, et arrête sur Thérèse un regard de menace. Elle lui répond d’un œil dédaigneux, et disparaît vers le bal. Tiburce, reprenant sa galante conversation, s’éloigne. Le Duc, qui n’a même pas reconnu Tiburce, appelle d’un signe un des laquais debout à la sortie de droite, et tire de son frac un feuillet de papier qu’il griffonne sur son genou.)
Scène VI
LE DUC, UN LAQUAIS, puis FANNY ELSSLER et L’ATTACHÉ FRANÇAIS.
LE DUC, tendant au laquais le mot qu’il vient d’écrire.
Au château, pour mes gens. Je ne rentrerai pas.
Je vais au pavillon. Vite quelqu’un là-bas.
Voilà. Rapporte-moi que la chose est comprise.
LE LAQUAIS, s’inclinant.
C’est tout ?
LE DUC.
C’est tout ?C’est tout. — Demain matin, la jument grise.
(Le laquais sort. Fanny Elssler, toujours masquée, repasse en courant, se retournant pour regarder si elle est poursuivie. Elle s’arrête en apercevant le duc dont le manteau violet laisse voir l’uniforme blanc.)
FANNY ELSSLER, s’approchant du duc, et récitant mystérieusement.
… Son uniforme sous un manteau…
LE DUC, sursaute, et achevant la phrase du billet reçu par Prokesch
… Son uniforme sous un manteau…… violet.
(Ironiquement.) Il était d’une femme, ô Prokesch, le billet !
FANNY, montrant au duc l’attaché français qui vient d’apparaître.
Le temps de dépister ce masque qui m’obsède,
Et je reviens !…
LE DUC, souriant.
Et je reviens !…J’attends…
(Fanny fuit à travers les ruines, essayant de perdre l’attaché. — Le duc se promène de long en large, et avec une sorte de rage.) Et je reviens !…J’attends…C’est mon destin ! — Je cède ! —
Aimons !
(La musique est de plus en plus énervante. Des couples passent au fond, cherchant l’ombre.) Aimons !Ayons au cœur un furieux avril !
Aimons…
(Il montre un couple très tendre qui se dirige vers le banc.) Aimons…comme ceux-là !… comme tous !…
(Mais, soudain, il tressaille et se jette derrière un oranger, qui le cache ; car le couple parle, se croyant seul ; et dans ce couple qu’il a désigné d’un geste méprisant, il reconnaît Marie-Louise et son chambellan Bombelles.)
Scène VII
MARIE-LOUISE, BOMBELLES, — LE DUC, derrière un oranger.
BOMBELLES, continuant une conversation commencée.
Aimons…comme ceux-là !… comme tous !…Était-il
Très épris ?
MARIE-LOUISE, riant.
Très épris ?C’est de lui que vous parlez encore ?
BOMBELLES.
Très épris ?C’est de lui que vous parlez encore ?Oui.
LE DUC, d’une voix étranglée.
Bombelles !… ma mère !…
BOMBELLES.
Bombelles !… ma mère !…Il vous aimait ?
MARIE-LOUISE, s’asseyant. Bombelles reste debout, un genou sur le banc.
Bombelles !… ma mère !…Il vous aimait ?J’ignore.
Mais je sentais très bien que je l’intimidais.
Même sur son estrade aux lauriers d’or pour dais,
Il se sentait moins haut que moi par la naissance ;
Alors, il m’appelait, pour prendre un air d’aisance
« Bonne Louise ! »… Eh ! mon Dieu ! oui !… C’était d’un goût !
— J’aime le sentiment !… Je suis femme, après tout !
BOMBELLES.
Avant tout !
MARIE-LOUISE.
Avant tout !C’est mon droit !
(D’un petit ton sec et léger.) Avant tout !C’est mon droit !On s’est mis en colère
Pour un mot que j’ai dit quand ce bon Saint-Aulaire
M’annonça le désastre, à Blois. J’étais au lit ;
Mon pied nu dépassait et, sur le bois poli,
Posé comme ces pieds que cisèle Thomire,
Du meuble Médicis faisait un meuble Empire.
Soudain, voyant glisser les yeux de l’envoyé,
Je souris et je dis : « Vous regardez mon pied ? »
— Et malgré les malheurs de sa patrie, en somme,
C’est parfaitement vrai qu’il regardait, cet homme ! —
Je fus coquette ?… eh bien ! le grand crime ! Mon Dieu,
Que voulez-vous ? c’est vrai, je restais femme un peu,
Et dans l’écroulement trop prévu de la France,
La beauté de mon pied gardait son importance !
LE DUC, voulant fuir, mais ne pouvant pas, comme dans un cauchemar, — et saisissant l’oranger pour ne pas tomber.
Oh ! je voudrais m’enfuir ! oh ! je reste !
BOMBELLES, se penchant sur le bras de Marie-Louise.
Oh ! je voudrais m’enfuir ! oh ! je reste !Quel est
Ce caillou gris que vous portez en bracelet ?
MARIE-LOUISE, tout d’un coup très émue.
Ah ! je ne peux le voir qu’avec des yeux humides !
Ça… voyez-vous… c’est un morceau…
BOMBELLES, vivement.
Ça… voyez-vous… c’est un morceau…Des Pyramides ?
MARIE-LOUISE, sentimentale.
Mais non, voyons !… C’est un vrai morceau du tombeau
Où Juliette dort auprès de Roméo !
(Elle soupire.) Ce souvenir me vient…
BOMBELLES, respectueusement crispé.
Ce souvenir me vient…Vous n’allez pas, de grâce,
Me parler de Neipperg !
MARIE-LOUISE.
Me parler de Neipperg !Oui, Neipperg vous agace !
Pourquoi parler de l’autre, alors ?
BOMBELLES, avec la conviction d’un homme qui préfère être préféré à Napoléon Ier qu’à Monsieur de Neipperg.
Pourquoi parler de l’autre, alors ?C’est différent !
(Et avec plus de curiosité que de jalousie.) Vous, — l’aimiez-vous ?
MARIE-LOUISE, qui n’y est déjà plus.
Vous, — l’aimiez-vous ?Qui donc ?
BOMBELLES.
Vous, — l’aimiez-vous ?Qui donc ?L’Autre !
MARIE-LOUISE.
Vous, — l’aimiez-vous ?Qui donc ?L’Autre !Ça vous reprend ?
BOMBELLES.
Un si grand homme, on doit…
MARIE-LOUISE.
Un si grand homme, on doit…Quant à cela, je nie
Qu’on ait jamais aimé quelqu’un pour son génie !
Et puis, ne parlons plus de lui, parlons de nous
(Coquettement.) Cela vous plaira-t-il, Parme ?
BOMBELLES.
Cela vous plaira-t-il, Parme ?Était-il jaloux ?
MARIE-LOUISE.
Jusqu’à chasser Monsieur Leroy, tailleur-modiste,
Parce qu’en m’essayant un péplum, cet artiste
N’avait pu voir, sans un cri d’admiration,
(Elle a laissé glisser derrière elle, sur le banc, la grande cape qui couvrait sa robe décolletée.) Mes épaules.
(Et ses épaules, couvertes de diamants, apparaissent.)
BOMBELLES, flatté dans son amour-propre d’homme et dans sa haine de royaliste.
Mes épaules.Jaloux ?… Alors, Napoléon…
MARIE-LOUISE, regardant autour d’elle, avec effroi, à ce nom trop indiscrètement prononcé.
Chut !…
BOMBELLES, avec une satisfaction croissante.
Chut !……n’aurait pas aimé me voir les trouver belles,
Vos épaules, — ce soir… Il n’aurait pas…
MARIE-LOUISE, le rappelant à l’ordre.
Vos épaules, — ce soir… Il n’aurait pas…Bombelles !
BOMBELLES, dégustant le plaisir de se venger de la Gloire.
… Aimé m’entendre dire à Votre Majesté…
(Il s’assied sur le banc, près d’elle.)
LE DUC.
Oh ! mon père, pardonnez-moi d’être resté !
BOMBELLES, regardant l’édifice de nattes à la mode du jour qui coiffe la tête de Marie-Louise d’une sorte de bonnet d’Arlésienne.
… Qu’elle est coiffée un peu comme nos filles d’Arles,
Mais qu’elle est bien plus belle, étant plus blonde…
MARIE-LOUISE, faiblement.
Mais qu’elle est bien plus belle, étant plus blonde…Charles !
BOMBELLES, joignant le geste à la parole.
… Il n’aurait pas aimé que me penchant ainsi…
(Mais ses lèvres n’ont pas atteint l’épaule de Marie-Louise qu’il a été saisi à la gorge, arraché du banc, jeté à terre par le Duc de Reichstadt bondissant et criant.)
LE DUC.
Pas ça ! Je ne veux pas ! Je vous défends !…
(Il recule, étonné de ce qu’il vient de faire, épouvanté ; passe la main sur son front, et tout à coup :) Pas ça ! Je ne veux pas ! Je vous défends !Merci !
Merci ! Je suis sauvé !
MARIE-LOUISE, défaillante.
Merci ! Je suis sauvé !Franz !
LE DUC.
Merci ! Je suis sauvé !Franz !Car ce cri, ce geste
Ne furent pas de moi !… Moi, toujours, il me reste
Le respect de ma mère — et de sa liberté !
C’est donc… c’est donc Celui dont j’étais habité,
Qui vient, là, hors de moi, de bondir avec force !
Merci ! je suis sauvé ! c’était un sursaut corse !
BOMBELLES, qui s’est relevé, faisant un pas vers le Duc.
Monsieur…
LE DUC, reculant avec une hauteur glaciale.
Monsieur…Rien entre nous !
(Bombelles s’arrête, sentant qu’en effet rien n’est possible entre eux, et le duc, se tournant vers sa mère, la salue profondément.) Monsieur…Rien entre nous !Madame, mes respects !
Au palais de Sala retournez vivre en paix !
Ce palais n’a-t-il pas deux ailes, dont une aile
Est un petit théâtre et l’autre une chapelle ?
Vous allez vous sentir, habitant au milieu,
Dans un juste équilibre entre le monde et Dieu !
— Mes respects ! mes respects !
MARIE-LOUISE, d’une voix tremblante.
— Mes respects ! mes respects !Mon fils !
LE DUC.
— Mes respects ! mes respects !Mon fils !Mais oui, Madame,
Mais oui ! c’est votre droit de n’être qu’une femme !
Allez être une femme au palais de Sala !
Mais dites-vous, dites-vous bien, et que cela
Soit la revanche amère et triste de sa gloire,
— Veuve qui n’a pas su garder la robe noire ! —
Dites-vous, désormais, qu’on ne fait les yeux doux
Qu’au prestige immortel qu’il a laissé sur vous,
Et que vous n’êtes belle, et que vous n’êtes blonde,
Que parce qu’autrefois il a conquis le monde !
MARIE-LOUISE, atteinte au plus sensible.
Mais… Bombelles, venez !… ne restons pas ici !…
LE DUC.
Retournez à Sala ! Je suis sauvé ! Merci !
MARIE-LOUISE, qui va pour sortir, suivie de Bombelles.
Adieu, Monsieur !
LE DUC, immobile, ne les regardant plus.
Adieu, Monsieur !Ô mains, mains froides, dans la tombe,
Ô mains tristes encor de leur anneau qui tombe,
Mains où posa le front de celle qui jadis
Sanglotait parce que je n’étais pas son fils,
Mais dont je sens les doigts sur mon âme orpheline,
Je vous baise en pleurant, ô mains de Joséphine !
MARIE-LOUISE, à ce nom se retourne, et laissant éclater une haine de femme.
La Créole !… Et crois-tu donc qu’à la Malmaison
Elle n’a pas ?…
(Et l’on sent que tous les racontars vont défiler…)
LE DUC, d’une voix terrible.
Elle n’a pas ?…Silence !
(Elle recule intimidée, se tait ; et lui reprend avec force.) Elle n’a pas ?…Silence !Ah ! si c’est vrai, raison
De plus, raison de plus pour moi d’être fidèle !…
(Marie-Louise gagne la sortie de droite, quittant la fête avec Bombelles. Et le duc reste là transformé, redressé, frémissant d’indignation et d’énergie, — sauvé comme il vient de le dire. Ce n’est plus, ainsi que tout à l’heure, l’être d’ennui et de volupté, le blondin d’une grâce perverse ; c’est, de nouveau, le jeune homme ardent et douloureux. À ce moment reparaît Metternich, achevant sa conversation avec Sedlinsky.)
Scène VIII
LE DUC ; METTERNICH et SEDLINSKY, un instant ; puis FANNY ELSSLER.
METTERNICH, concluant d’un ton satisfait, à Sedlinsky.
Oui, j’ai brisé l’orgueil de cet enfant rebelle !
(Mais il pousse un cri en apercevant, debout devant lui, le prince qu’il a laissé, la nuit dernière, gisant au pied d’un miroir.) Hein ? — Vous ici !
(Et comme le prince, en bondissant sur Bombelles, a laissé glisser son manteau, Metternich ajoute, choqué de le voir en colonel autrichien dans cette fête masquée.) Hein ? — Vous ici !Dans cet uniforme ?… Comment ?
LE DUC.
Ne doit-on pas venir sous un déguisement ?
SEDLINSKY, bas à Metternich.
Cet orgueil, qu’hier soir brisa Votre Excellence,
Garde, même en morceaux, toute son insolence !
METTERNICH, maîtrisant sa colère et essayant de badiner.
À quoi donc vient rêver ici, fuyant le bal
Le petit colonel ?
LE DUC.
Le petit colonel ?Au petit caporal.
METTERNICH, sur le point de s’emporter.
Oh ! je…
(Se calmant, à Sedlinsky.) Oh ! je…Mais le courrier, là-bas, qui me réclame !
(Et il sort par la droite, au bras du préfet de police, en disant entre ses dents) C’est à recommencer !
FANNY ELSSLER, rentrée depuis un instant, s’avance vivement dès qu’ils ont disparu et, tout bas, derrière le Duc.
C’est à recommencer !Prince…
Scène IX
LE DUC, FANNY ELSSLER. passage de masques.
LE DUC, se retourne, reconnaît la femme masquée qu’il a accepté tout à l’heure d’attendre là, et avec, maintenant un recul violent.
C’est à recommencer !Prince…Ah ! non !… Cette femme !…
Non ! Je ne veux plus…
FANNY, malicieusement, se démasquant une seconde.
Non ! Je ne veux plus…Fuir ?
LE DUC, avec un cri de surprise.
Non ! Je ne veux plus…Fuir ?Fanny — Toi ? — Fuir ?
(Changeant de ton et se rapprochant.) Non ! Je ne veux plus…Fuir ?Fanny — Toi ? — Fuir ?Comment ?
Quand ?
FANNY, lui désignant du coin de l’œil des couples qui passent.
Quand ?Feignez avec moi de causer galamment.
C’est grave. Écoutez bien. Mais souriez sans cesse.
(Et elle lui dit en minaudant :) Votre cousine est là, dans ce bal.
LE DUC, très ému, mais d’un air penché.
Votre cousine est là, dans ce bal.La Comtesse ?
FANNY.
Oui.
(Elle prend la main du Duc et la met sur son cœur.) Oui.— Tiens, j’ai — comme un soir de première — le trac !
— Elle a sous son manteau ton habit blanc, ce frac
Avec lequel l’Aiglon a l’air d’une mouette !
Elle te ressemblait, déjà, de silhouette,
Mais depuis qu’elle a teint en blond ses cheveux noirs,
Prince, elle te ressemble à tromper les miroirs !
Donc, pendant qu’on jouera,
(Elle montre, à gauche, la porte du petit théâtre.) Donc, pendant qu’on jouera,là, Michel et Christine,
Tu changes de manteau, vite, avec ta cousine…
LE DUC, comprenant.
Je me masque…
FANNY.
Je me masque…Tu disparais comme en un truc…
LE DUC.
Cependant qu’apparaît un faux duc !
FANNY.
Cependant qu’apparaît un faux duc !Le faux duc
Sort ostensiblement…
(Elle montre la sortie de gauche.)
LE DUC.
Sort ostensiblement…En sortant, me délivre
Des agents qui, dehors, m’attendent pour me suivre…
FANNY.
Rentre à Schœnbrunn…
LE DUC.
Rentre à Schœnbrunn…S’enferme en ma chambre avec soin…
FANNY.
Et s’éveille si tard demain…
LE DUC.
Et s’éveille si tard demain…… que je suis loin !
— Seulement…
FANNY.
— Seulement…Vous voyez un seulement ?
LE DUC.
— Seulement…Vous voyez un seulement ?Énorme !
Si, voyant le faux duc sortir en uniforme,
Quelque masque, croyant me parler, lui parlait ?
FANNY.
Impossible. Tout est réglé comme un ballet.
Pour qu’il sorte sans crainte et puis que tu te sauves,
Douze femmes sont là, — douze dominos mauves ;
Elles vont, coquetant, riant, jouant de l’œil,
L’accaparer, l’une après l’autre, jusqu’au seuil,
— Et, comme un volant blanc, de raquette en raquette,
Le faux duc sortira de coquette en coquette !
UNE BANDE, passant au fond à la poursuite d’un masque à tête de loup.
Quel est ce loup ?
LE LOUP, poursuivi, se retournant vers eux.
Quel est ce loup ?Hou ! hou !
(Il disparaît dans le bois.)
LA BANDE, se précipitant alors à la poursuite d’un Triboulet qui passe en gambadant.
Quel est ce loup ?Hou ! hou !Quel est ce fou ?
LE FOU, se sauvant et agitant sa marotte.
Quel est ce loup ?Hou ! hou !Quel est ce fou ?Tzing ! tzing ?
(Tout disparaît dans des éclats de rire.)
FANNY, reprenant, au duc.
Puis, toi, tu sors du parc…
LE DUC.
Puis, toi, tu sors du parc…Par la porte d’Hietzing ?
FANNY.
Non !
LE DUC.
Non !Par où ?
FANNY.
Non !Par où ?Prenez garde. On passe. — Je m’évente…
Regardez l’éventail de votre humble servante…
LE DUC.
Eh ! bien ?
FANNY, tout en s’éventant coquettement.
Eh ! bien ?J’ai dessiné dessus le plan du parc.
Voyez-vous le chemin ? En rouge. Il fait un arc.
Suivez-vous ? Les petits carrés blancs sont des marbres,
Et les petits pâtés vert pomme sont des arbres.
On évite, par là, les gardes malfaisants,
On tourne à gauche, on prend du côté des faisans…
LE DUC, les yeux sur l’éventail.
Les hachures, qu’est-ce que c’est ?
FANNY.
Les hachures, qu’est-ce que c’est ?C’est quand ça monte,
— On redescend. On tourne au gros triton de fonte.
Et l’on sort Empereur par ce petit portail…
Tout est-il bien compris ? Je ferme l’éventail.
LE DUC, avec une fièvre joyeuse.
Empereur !
FANNY, plaisantant.
Empereur !C’est cela, le carrosse du Sacre,
Tout de suite !
LE DUC.
Tout de suite !Et l’on trouve à ce portail ?
FANNY.
Tout de suite !Et l’on trouve à ce portail ?Un fiacre.
LE DUC.
Hein ?
FANNY.
Hein ?Très bien attelé ! Ne sois pas inquiet !
LE DUC.
Et qui me mène ?
FANNY.
Et qui me mène ?Au lieu de rendez-vous !
LE DUC.
Et qui me mène ?Au lieu de rendez-vous !Qui est ?
FANNY.
À deux heures d’ici — c’est vrai, ça vous écarte, —
Mais la comtesse y tient : Wagram !
LE DUC, souriant.
Mais la comtesse y tient : Wagram !La Bonaparte !
— Et Prokesch ?